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Full text of "Messager des sciences et des arts de la Belgique, ou, Nouvelles archives historiques, littéraires et scientifiques"

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MESSAGER 

DE  LA  BELGIQUE  , 

1  OU 

HISTORIQUES  ,  LITTÉRAIRES  ET  SCIENTIFIQUES. 


MESSAGER 

DES    SCIENCES    ET    DES    ARTS 

ou 

NOUVELLES   ARCHIVES 

UISTORIQUES,    LITTÉRAIRES    ET    SCIENTIFIQUES  ] 


^ecueu  Aaùuc  /uoi- 


MM.  F.   DE  REIFFENBERG,   a  Louvain  ,   C.  P.  SERRURE,   A.  VAN 
LOKEREN,  A.  VOISIN  et  L.  A.  WARNKOENIG,   a  Gand. 


TOME   TROISIÈME. 


GAND, 

D.    DUVIVIER  ,    IfllPRIMEUR    DE   L  OCTROI    MUNICIPAL  , 

Rue  aux  Marjolaines,  Ht."  5). 


1835. 


XiXSTE     DES     COIiIiABOBATEURS. 


MM.  D.  Arnould  ,  à  Louvain 
R.   Chalon,  à  Mons. 
N.  CoRNELissEN ,  à  Gand. 
J,  De  s.  Génois,  ibid. 
H.  Delmotte  ,  à  Moas. 
L.  P.  Gachard,  à  Bruxelles. 
GoBERT,  à  Gand. 
V.  GoETHALS,  à  Bruxelles. 
Lavalleye,  à  Liège. 
J.  J.  Lambin,  à  Yprès. 
Le  Glay  ,  à  Lille. 


MM.  E.  Le  François  ,  à  Gand. 
J.  H.  Mertens  ,  à  Anvers. 
Ch.  Morren,  à  Gand. 
C.  Parmentier,  ibid. 
L.  M.  PoLAiN  ,  à  Liège. 
A.  G.  B.  ScHATES ,  à  Loavain. 
Schmerling  ,  à  Liège. 
Tandel  ,  à  Louvain. 
Ch.  a.  Van  Coetsem,  à  Gand* 
C.  Vervier,  ibid. 
J.  F.  WiLLEMS,  ibid. 


IH£  GEÏÏY  CEfiTIR 


«\C     IXH    KJ^ 


lOHES   BE    e^ycK  TIE  teUT  *■  <)PLEVIT   KNO    '  '-  ■■') 


-H    ONGHENA     GA.MD 


(î^abuaa  ?c    aeaii    v**v    c-^iicli ,    j^Sli. 
HAUTEUR,    22    CENTIMÈTRES  J    LARGEUR,    16    CENTIMETRES. 


XLn  1425  Philippe -le -Bon,  duc  de  Bourgogne,  était  veuf 
de  deux  femmes  et  n'avait  point  de  lignée  (1)  :  quelques 
années  après ,  il  résolut  de  convoler  en  troisièmes  noces 
et  il  jeta  les  yeux  sur  Elisabeth  ou  plutôt  Isabelle  de  Por- 
tugal ,  fille  du  roi  Jean  1"  ,  dit  le  Grand.  Pour  négocier  ce 


(i)  Sa  première  femme  fut  Michelle  de  France,  fille  du  roi  Charles  VI: 
il  l'avait  épousée  en  1409.  Michelle  mourut  à  la  fleur  de  son  âge,  le  8 
juillet  1422,  dans  son  palais  de  la  Poterne  à  Gand.  Elle  fut  enterrée  dans 
le  chœur  de  l'église  du  monastère  de  S.'  Bavon  en  celte  ville.  (Boek  van 
inemorien  der  stad  Gend.  p.  128,  aux  archives  de  la  Flandre  Orientale). 
Sa  douceur  et  son  esprit  conciliant  lui  gagnèrent  le  cœur  de  tous  les 
Gantois  :  le  bruit  se  répandit  qu'elle  avait  été  empoisonnée  par  une 
de  ses  dames  d'honneur ,  nommée  Ursule ,  épouse  du  seigneur  de 
Viefville,  avec  qui  elle  était  liée  d'amitié  et  à  qui  elle  confiait  son  sceau. 
On  ordonna  de  l'arrêter  :  mais  elle  s'échappa  à  l'aide  d'un  ami  ;  et  je  ne 
sache  pas ,  qu'on  ait  jamais  trouvé  des  preuves  de  sa  culpabilité. 

La  Poterne,  en  flamand  Bestorm-poort ^  de  posterne  ou  pasterne , 
existe  encore,  ainsi  qu'une  partie  des  bâtiments  ,  qui  ont  servi  de  demeure 
aux  ducs  de  Bourgogne.  En  i465,  la  cour  de  la  Poterne  fut  vendue  au 
seigneur  d'Imbercourt ,  le  même  qui  fut  décapité  à  Gand  douze  ans 
plus  tard ,  malgré  la  démarche  que  fit  la  comtesse  Marie  auprès  des 
magistrats  pour  intercéder  en  sa  faveur.  On  croit  assez  généralement 
que  cette  scène  eût  lieu  au  Marché  au  Vendredi;  mais  c'est  a  tort. 
Elle  se  trouve  décrite,  avec  les  plus  grands  détails  dans  le  manuscrit, 
rappelé  plus  haut. 

1 


(2) 

mariage ,  il  envoya  en  ce  pays  Messirc  Jehan ,  seigneur  de 
Roubais  et  de  Herzelles ,  son  conseiller  et  premier  chambel- 
lan et  plusieurs  autres  gentilshommes  de  marque.  Le  prince 
voulut  que  son  ambassade  représentât  dignement  sa  cour, 
la  plus  fastueuse  de  l'Europe ,  à  cette  époque  ;  aussi  ordonna- 
t-il  à  Guy  Guilbaut,  son  conseiller  et  gouverneur  général 
de  ses  finances ,  de  lui  '  délivrer  largement  deniers  pour 
faire  grande  et  honnourahle  despense  :  jJOtir  laquelle  con- 
duire ,  il  ordonna  et  envoya  un  gentilhomme  nommé 
Bauduin  Dongnies,  escuier ,  maistre  d'ostel  d'-icelle  despen- 
se,  et  un  clercq  d'office  pour  en  faire  le  paiement.  ,, 

Le  bon  duc  avait  joint  à  l'ambassade  un  homme  qu'il  pou- 
vait estimer  autant  que  le  plus  beau  joyau  de  sa  couronne 
et  à  qui  il  avait  confié  une  mission  particidiére ,  celle  de  faire 
le  portrait  de  sa  future.  Cet  homme  était  Jean  Fan  Egck  ! 

Ce  fait  est  consigné  dans  le  deuxième  registre  aux  chartes 
de  la  chambre  des  comptes  de  Brabant ,  reposant  des  archi- 
ves du  royaume  (1)...  "Avec  ce,  y  est-il  dit,  lesdils  ani— 
))  haxadeurs  ,  par  ung  nom^né  maistre  Jehan  de  Eijk, 
»  varlet  de  chambre  de  mondit  seigneur  de  Bourgoingne  et 
))  excellent  maistre  en  art  de painture  ,  firent paindre  bien 
»   au  vif  la  figure  de  madite  dame  l'infante  Elisabeth.  „ 

L'ambassade  partit  du  port  de  l'Ecluse ,  en  Flandre ,  sur 
deux  galères  de  Venise,  le  19  d'octobre  1428,  et  arriva 
en  Portugal  le  26  décembre  de  la  même  année.  Vers  la 
mi -janvier  (1428)  les  ambassadeurs  entrèrent  en  négocia- 
tion relativement  au  but  de  leur  voyage  et  Van  Evck  se  mit 
à  l'œuvre  :  son  portrait  fut  fini  vers  le  douze  du  mois  de 
février  et  envoyé,  avec  le  précis  des  négociations,  au  duc 


(i)  Cette  pièce  a  été  publiée  par  M.''  Gachard,  archiviste  du  royaume, 
dans  sa  Collection  de  documens  inédits  concernant  Vhisloire  de  la 
Belgique  ,  t.  II.  liv.  i.  page  63. 


(3) 

de  BoiirtTogne  "  aussi  luy  envoyerent-ils  la  figure  de  ladite 
»   dame  faîcte  par  painclre  ,  comme  dit  est.  „ 

Les  biographes  de  Jean  Van  Eyck  ont  ignoré  son  voyage 
en  Portugal  et  qu'il  fut  yalet  de  chambre  du  bon  duc  : 
Vanniander  (et  depuis,  tous  ceux  qui  ont  puisé  à  cette  source, 
]a  seule  véritable  pour  l'histoire  des  artistes  de  notre  pavs  ) 
allègue,  sans  l'affirmer  toutefois,  qu'il  fut  son  conseiller  privé 
et  qu'il  vécut  dans  son  intimité  :  au  reste ,  il  est  très-proba- 
ble que  ce  yirince,  appréciateur  éclairé  d'une  découverte, 
qui  devait  jeter  autant  d'éclat  sur  son  règne,  que  ses  plus 
beaux   faits  d'armes ,  ait  élevé   Van  Eyck  à  cette  dignité. 

Van  Eyck  séjourna  assez  long-temps  en  Portugal.  Il  fit 
avec  le  seigneur  de  Roubais ,  Messire  Bauduin  de  Lannoy 
et  autres  hauts  personnages  attachés  à  l'ambassade,  une 
excursion  à  S.*  Jacques  en  Galice ,  de  là  ils  allèrent  visiter 
le  duc  d'Arjonne ,  le  roi  de  Castille ,  celui  de  Grenade  et 
plusieurs  autres  grands  seigneurs  :  ils  ne  furent  de  retour 
qu'à  la  fin  de  mai. 

Le  huit  d'octobre  1429  l'ambassade  quitta  Lisbonne, 
accompagnée  de  la  princesse  Isabelle ,  et  aborda  aux  côtes 
de  Flandre  le  jour  de  iNoël  de  cette  année. 

Nous  ne  pouvons  pas  supposer  que  Van  Eyck  ait  passé 
huit  à  neuf  mois ,  aux  bords  du  Tage ,  sans  se  livrer  à  son 
art ,  qu'il  dut  aimer  avec  passion  et  à  si  juste  titre  :  le  beau 
soleil  de  la  Lusitanie  aura  aiguillonné  son  génie,  et  quel- 
ques chefs-d'œuvre  auront  enrichi  ces  plages  lointaines. 

Ces  notions  étaient  trop  précieuses  pour  cpie  nous  n'en 
prissions  pas  acte  dans  un  article  relatif  à  un  nouveau  ta- 
bleau de  J.  Van  Eyck  :  il  vient  du  vUlage  de  Dikkelvenne  (1). 
Un  ecclésiastique  ,  par  l'entremise  d'autres  personnes ,  le  fit 
offrir  en  vente  à  Gand,  toutefois  sans  le  mettre  à  prix;  enfin 


(i)  Ce  village  se  trouve  à  trois  lieues  de  Gand  ,  sur  l'Escaut  :  c'est 
le  seul  endroit  de  la  Flandre ,  dont  le   nom  soit  rappela  dans  l'acte  de 


(4) 

transporté  à  Anvers ,  ce  tableau  fut  acheté  pour  la  superbe 
collection  de  tableaux  antiques  de  M.'^^  Van  Erborn.  Il  repré- 
sente la  Vierge  et  l'Enfant  Jésus  :  Marie  ,  couverte  d'un 
manteau  d'azur,  dont  les  plis  ondoyants  tombent  jusqu'à 
terre ,  se  tient  debout ,  avec  son  divin  enfant  sur  les  bras, 
vers  la  partie  inférieure  d'un  tapis  écarlate ,  richement  brodé 
en  or,  soutenu  par  deux  génies.  Le  fond  est  un  bosquet 
touffu  de  lis  et  de  roses  :  sur  la  gauche  on  voit  une  fontaine, 
dont  les  eaux  jaillissent  dans  un  bassin  de  vermeil.  Le  pan- 
neau ,  qui  est  enchâssé  dans  le  cadre ,  est  marbré  à  l'exté- 
rieur, avec  le  plus  grand  soin. 

Ce  tableau,  qui,  selon  toutes  les  apparences,  est  resté 
long-temps  enfoui  dans  quelque  sacristie,  est  d'une  conser- 
vation rare  ;  nous  disons  rare ,  car  deux  petits  éclats  que 
l'on  voit  l'un  à  la  tête  de  l'enfant ,  l'autre  à  celle  de  la  mère, 
ne  sauraient  détruire  cette  qualification,  si  l'on  considère 
qu'il  y  a  bientôt  quatre  siècles  qu'il  est  peint.  Personne  autre 
que  Van  Eyck  n'y  a  touché ,  il  porte  encore  le  vernis  que 
ce  maître  y  mit  et  qui  fut  sa  première  découverte.  Son  exé- 
cution ne  laisse  rien  à  désirer  :  sa  pureté  permet  d'y  étudier 
toute  la  délicatesse  du  pinceau  de  cet  artiste,  dont  on  ne 
connait  guère  que  des  ouvrages  beaucoup  plus  grands.  Le 
ton  de  la  couleur ,  tant  soit  peu  brune ,  a  quelque  chose  de 
mâle,  la  touche  en  est  ferme  et  moins  léchée  que  celle  de 
Memling  en  général.  On  peut  juger,  par  le  trait  ci -joint, 
de  la  correction  du  dessin  et  du  caractère  de  la  tète  de  la 
Vierge,  dont  le  contour  forme  un  ovale  parfait ,  plein  de  grâce. 


partage  du  royaume  de  Lothaîre ,  de  870 ,  sous  le  nom  de  Ticïivinni. 
Hilduard ,  évoque  de  Thoul ,  mort  au  même  village ,  y  érigea  un  mo- 
nastère en  ^So  :  les  Normands  le  détruisirent  au  l'K'^^  siècle.  Baudoin  IV, 
comte  de  Flandre  et  de  Hainaut  le  rétablit  en  io68  ;  enfin,  Gérard  II, 
évêque  de  Cambrai  le  transféra  à  Grammont,  en  io8r.  (Voyez  Meyer , 
ann.  fl.  an.  ^So  et  DeBast,  antiquités  rom.  etgaul.  p.  434-) 


(5) 

Ce  petit  bijou  est  d'autant  précieux,  que  l'auteur  l'a 
daté  et  signé  :  les  tableaux ,  qui  peuvent  être  attribués 
à  Jean  Van  Eyck ,  sont  déjà  rares;  ceux  qui  portaient  sa 
signature  avérée  sont  en  nombre  si  petit,  que  cette  circon- 
stance doit  ajouter  beaucoup  à  la  valeur  de  celui-ci. 

Sur  le  bas  du  cadre ,  on  lit  l'inscription  suivante  :  AME 
IXH  XAN.  Et  plus  bas ,  lOHËS  DE  EYCK  ME  FECIT  + 
9PLEVIT  ANO  1439.  La  dernière  phrase  n'a  pas  besoin 
de  commentaire  ,  quant  à  l'autre  ,  exprimée  en  mono- 
gramme ,  nous  avouons  franchement  ne  pouvoir  y  attacher 
un  sens  rationel.  Ces  mêmes  lettres  se  trouvent  au  bas  du  por- 
trait de  la  femme  de  Jean  Van  Eyck ,  peint  par  lui  en  1439, 
et  qui  est  au  musée  de  Bruges.  Le  Messager  en  a  donné  le 
trait  dans  le  volume  de  1825  :  l'auteur  de  l'article  qui  l'ac- 
compagne ,  a  expliqué  ces  lettres  par  "  amate  Jesum  Chris- 
»  tiim  Xanctiss{mu?n.  „  Cette  explication  peut  s'appliquer 
ici ,  on  a  d'abord  pensé  que  la  troisième  lettre  du  premier 
mot  était  un  G  et  non  un  E ,  mais  en  y  regardant  de  plus  prés, 
on  s'aperçoit  facilement  que  c'est  un  E ,  dont  la  branche  du 
milieu  est  effacé.  Au  reste  c'est  un  point  de  discussion  peu 
intéressant ,  et  que  nous  abandonnons  volontiers  aux  philo- 
logues. 

A.  V.  L. 


(6) 

^0  Jeu  t>'(B$n\0icH,  $xU  bu  %Ux 
bc  Sicile 

DRAME    FLAMAND    DU    XIII''    SIÈCLE. 


L'Histoire  du  Théâtre  au  moyen-âge  est  encore  à  faire. 
Ce  n'est  que  depuis  un  demi- siècle  que  quelques  sayans 
laborieux  s'en  sont  occupés.  Leurs  efforts  ont  prouvé  qu'il 
n'était  pas  sans  intérêt  d'exhumer ,  de  nos  vieux  manuscrits, 
les  pièces  dramatiques  dont  la  représentation  avait  sans  doute, 
pour  nos  ancêtres ,  le  même  attrait  qu'offre  pour  nous  celle 
des  chefs-d'œuvre  de  l'école  moderne. 

L'abhé  De  la  Rue  (l)a  réfuté  dernièrement,  d'une  ma- 
nière victorieuse,  l'opinion  de  ceux  qui  attribuaient  l'origine 
du  Théâtre  en  France,  aux  pèlerins  revenus  de  la  terre 
sainte.  En  effet  le  goût  pour  les  spectacles  avait  passé ,  à 
l'époque  la  plus  reculée,  de  Rome  dans  les  Gaules  et  s'était 
répandu,  de  là, dans  le  reste  de  l'Europe.  Malheureusement 
nous  n'avons  que  très-peu  de  notions  sur  cette  partie  de  la 
littérature  avant  le  XIIP  siècle.  Antérieurement  à  cette 
période  on  trouve  seulement  la  mention  de  quelques  vies  de 
saints  dramatisées  que  l'on  représentait  dans  les  églises,  et 
le  nom  de  quelques  auteurs  devenus  célèbres  dans  ce  genre 
de  compositons. 


(i)  Essai  sur  les  Bardes,  les  Jung!curs  et  les  IVoufères.  Cacji, 
i834,  i.  I.  p.  iSg. 


(7) 

Ailain  De  le  Haie,  surnommé  le  Bossu  ctArras,  Jean 
Bodel,  de  la  même  ville,  el  Rutebeuf,  de  Paris,  trois  poêles 
contemporains  du  XIII''  siècle ,  sont  les  plus  anciens  auteurs 
dont  les  pièces  nous  soient  parvenues.  On  doit,  au  premier, 
le  Jeu  de  Robin  et  de  Marion ,  espèce  d'opéra  comique 
et  celui  connu  sous  le  nom  de  Jeu  d'Adam  ou  de  la 
Feidllee.  Le  second  est  auteur  du  Jeu  de  Saint— Nicolas. 
Quant  à  Rutebeuf,  il  nous  a  laissé,  outre  le  Miracle  de 
Théophile,  la  Dispute  du  croisé  et  du  iion-croisé ,  dans 
lequel  ne  figurent  que  deux  interlocuteurs,  qui ,  tour-à-tour 
disent  un  ou  deux  couplets.  Le  grand  d'Aussy  (1)  a  donné 
une  analyse  de  toutes  ces  pièces  ainsi  que  le  texte  de  Robin  et 
de  Marion.  On  connaît  encore  de  nom  le  Jeu  du  Pèlerin  (2). 
En  ajoutant  à  cela  le  charmant  fabliau  diAucassin  et  Ni- 
coletle,  composition  qui  est  mêlée  alternativement  de  vers 
et  de  prose,  on  a  indiqué  tout  ce  qui  peut  appartenir  à  cette 
première  période  (3). 

En  Angleterre ,  durant  les  XIV®  et  XV*^  siècles ,  on 
donna  des  représentations  dans  les  églises  et  il  paraît  que 
le  genre  des  mi/s(ères  y  eut  long-temps  la  préférence.  En 
effet,  les  pièces  profanes  n'y  remontent  pas  à  une  époque 
fort  reculée.  Un  point  assez  intéressant  pour  nous ,  c'est 
qu'en  tète  de  celles  que  l'on  cite_  ordinairement  on  place 
une  farce  intitulée  :  A  nieryejest  ofa  man  ihat  wascalled 


(i)  Fabliaux  et  Contes,  éd.  de  Paris,  1829.  t.  I. 

(2)  Roquefort ,  de  l'état  de  la  poésie  française  dans  les  Xll^  et 
XIII' siècles ,  \).  2G1. 

(3)  Le  libraire  Tcchener,  de  Paris,  a  publié  dernièrement  une  collec- 
lion  de  Farces,  Moralitez ,  Sermons  ioyeux ,  composée  de  pièces  estrè- 
inemeut  intéressantes ,  mais  qui  toutes  appartiennent  aux  XV^  et  XVI" 
siL'clcs.  Kous  regrettons  que  ces  opuscules  soient  tous  tirés  à  un  très-petit 
nombre  d'exemplaires,  ce  qui,  en  les  rendant  fort  cliers ,  enipêclie  de  ré- 
pandre davantugc  le  goût  pour  ce  genre  d'études. 


(8) 

Howleglas {\) ^  qui,  comme  ledit  la  préface,  est  traduite  du 
flamand  (2).  Ces  aventures  A'  Uilenspiegel  &on\.  loin  de  valoir 
les  compositions  d'Adam  de  le  Haie ,  de  Bodel  ou  le  drame 
flamand  que  nous  publions  aujourd'hui.  Aussi  rentrent-elles 
dans  un  genre  moins  sérieux  dont  nous  avons  conservé  dif- 
férens  exemples  chez  nous. 

Un  fait  remarquable  c'est  que  l'Allemagne ,  qui  ofi"re 
d'ailleurs  pour  le  moyen-âge  une  littérature  si  riche  et  si 
variée ,  n'ait  pas  une  seule  pièce  dramatique  à  citer  avant 
le  XVI°  siècle.  Nous  n'ignorons  pas  que  l'on  donne'comme 
telle  le  poème  de  Wolfram  vonEschilbach,  intitule  derKrieg 
mis  PTartzhurg  (3)  qui  se  trouve  dans  le  manuscrit  n°  7266 
de  la  bibliothèque  du  roi  à  Paris  et  que  l'on  connaît  par  la 
publication  qui  en  a  été  faite  dans  la  collection  des  Minne— 
singer n,  mais  cette  jolie  composition  n'a  rien  du  drame  que 
le  dialogue.  En  effet,  ce  n'est  qu'un  concours  qui  a  lieu  en 
1207,  à  la  cour  de  Thuringue,  devant  le  duc  Herman  et  son 
épouse  Sophie ,  et  auquel  prennent  part  les  principaux 
chantres  de  l'Allemagne. 

Les  auteurs  qui  ont  écrit  sur  l'histoire  et  la  littérature  (4) 


(i)  Les  faits  plaisants  d'un  homme  nommé  UilenspîegeJ. 

(2)  Fercy  ,  Reliques  ofancient  engl.  poetry.  Lond.  1794,  t.  I.  p.  12g. 

(3)  Vonder  Hagen,  Grundrisz  zur  Geschichte  der  deutschen  Poésie, 

p.    521. 

(4)  Il  n'est  question ,  ici ,  que  de  la  partie  de  la  Belgique  où  l'usage  de 
la  langue  flamande  est  général.  On  sait  que  dans  ces  provinces  le  théâtre 
français  est  d'une  époque  très-moderne.  Le  premier,  celui  de  Bruxelles, 
n'existe  que  depuis  1700  ,  celui  deGand  ne  remonte  qu'à  i^So.  Antérieu- 
rement à  cette  époque  les  Chambres  de  Rhétorique ,  qui  jouaient  en 
flamand  ,  avaient  le  privilège  exclusif  de  donner  des  représentations.  Les 
troupes  françaises  n'étaient  qu'ambulantes.  Ainsi  à  Gand  en  1660,  lors 
de  l'inauguration  de  l'cvêque  Charles  van  den  Bosch ,  on  fit  venir  de  Paris 
la  iiQuçc  <\e  Mademoiselle  d'Orléans  pour  jouer  devant  le  prélat.  Voir 
Cannaerl ,  Bydragen  iot  hel  oude  Slrafregl ,  p.  2o5. 


(9) 

de  noire  pays  n'onl  parlé  jusqu'ici  que  des  Mystères,  des 
Moralités  et  des  f^ies  de  Saints  représentés ,  depuis  la  fin  du 
XI V^  siècle  jusqu'à  celle  du  XV!*^,  dans  les  églises,  sur  les 
cimetières  ou  sur  les  marchés.  Les  acteurs  de  ces  sortes  de 
jeux  étaient  ordinairement  des  ecclésiastiques  qui  formèrent 
peut-être  les  premiers  ces  sortes  de  corporations  deyenues 
célèbres  sous  le  nom  de  Chambres  de  Rhétorique ,  dont 
l'origine  cependant  ne  paraît  pas  remonter  au-delà  de  l'épo- 
que des  ducs  de  Bourgogne.  La  composition  la  plus  ancienne 
que  l'on  ait  conservée  des  Rhétoriciens  est  inédite  et  se  trouve 
dans  un  manuscrit  appartenant  à  M.  Lammens  ,  bibliothé- 
caire de  l'université  de  Gand  ;  elle  paraît  avoir  été  jouée  à 
Bruxelles  vers  1444  par  ordre  du  magistrat.  Dans  le  pro- 
logue ,  on  lui  donne  le  titre  de  Première  joie  de  Marie. 
L'histoire  de  Lierre  et  celle  de  Courtrai  font  plus  d'une 
fois  mention  de  spectacles  de  cette  nature  (1).  Dans  les 
comptes  de  la  première  de  ces  villes  de  1428  à  1478, on 
porte  à  différentes  reprises  parmi  les  dépenses ,  les  hono- 
raires payés  à  Henri  Bal ,  de  Maliues ,  et  à  certain  maître 
Wautier,  comme  auteurs  de  différens  Jeux  de  Saint  Gom- 
maire.  A  Courtrai  des  prêtres  représentaient  en  1478  et 
1481  le  Mystère  ou  le  Jeu  de  la  Résurrection. 

On  ne  s'est  pas  douté  jusqu'à  présent  qu'il  ait  existé  chez 
nous ,  comme  en  France ,  un  genre  de  pièces  qui  n'a  rien 
de  commun  avec  celles  dont  nous  venons  de  parler  et  qui 
appartiennent  à  la  période  brillante  de  l'ancienne  poésie 
flamande  ,  c'est-à-dire  à  celle  antérieure  à  l'année  1350. 
Quels  étaient  les  acteurs  de  ces  pièces  ?  Dans  quel  endroit  les 
représentations  avaient-elles  lieu?  C'est  ce  que  nous  n'avons 
pu  découvrir.  Toujours  est-il  certain  qu'elles  n'ont  pas  eu 
des  prêtres  pour  acteurs  puisque  toutes  roulent  sur  des  sujets 


(i)   Vaa  Loin,  Beschryviiig  van  Lier ,  p.  227  et  228,  et  Goelhaîs- 
Vercruysse ,  jaarhoeh  van  Korlryk ,  vol.  11. 


^  (  10) 
profanes,  qui  souvent  sont  loin  d'être  édifians.  Elles  n'étaient 
pas  non  plus  jouées  en  plein  air ,  ni  dans  une  église ,  mais 
Lien  dans  la  partie  supérieure  d'une  maison  où  on  pouvait 
se  procurer  des  rafraîchissemens.  Cela  se  voit  clairement  par 
les  derniers  mots  du  Jeu  d'Esmorée. 

Les  pièces  dramatiques  antérieures  aux  chambres  de  Rhé- 
torique ,  se  divisent  en  deux  classes  très-distinctes  :  1°  en 
Jeux  ou  compositions  sérieuses.  Nous  en  connaissons  quatre 
de  cette  espèce ,  dont  une  seule  :  de  VÉté  et  de  l'Hiver  (1), 
est  à  personnages  allégoriques.  2°  en  Sotties  ou  farces  qui 
roulent  généralement  sur  un  sujet  assez  trivial.  Celles-ci 
sont  au  nombre  de  sept.  Le  spectacle  qui  commençait  par 
une  pièce  du  premier  genre  se  terminait  par  une  sottie. 

Il  nous  reste  à  dire  quelques  mots  sur  le  drame ,  dont 
nous  offrons  la  traduction.  Le  texte  original  (2) ,  qui  est  en 
vers ,  se  trouve  dans  un  manuscrit  du  XV *=  siècle ,  qui  m'a 
été  communiqué  par  feu  M.-^  Van  Hulthem.  Ce  volume  qui 
contient  plus  de  deux  cents  pièces  en  vers  flamands,  presque 
toutes  inécUtes ,  forme  à  lui  seul ,  pour  ainsi  dire  ,  une  an- 
thologie de  notre  poésie ,  depuis  le  XIP  siècle  jusqu'au  XV^ 
Il  commence  par  un  grand  fragment  du  Voyage  de  Saint- 
Brandan  au  Paradis  terrestre,  espèce  d'Odyssée  monas- 
tique qui  existait  dans  plusieurs  langues  dès  le  XIP  siècle, 
époque  à  laquelle  la  version  flamande  appartient  peut-être 
également.  Deux  complaintes,  l'une  sur  la  mort  deWenceslas, 
duc  de  Brabant,  arrivée  en  1383,  et  l'autre  sur  celle  de 


(i)  C'est  peut-être  une  imitation  de  celle  qu'indique  l'abbé  De  la  Rue, 

t.  I.  pag-   189. 

(2)  Le  texte  d'Esmorée  ainsi  que  celui  de  quelques  autres  Jeux  pa- 
raîtra sous  peu  dans  un  premltr  volume  d'une  Collection  de  poésies 
JlamaiicUs  des  XII L-^ ,  XIV- et  XF^  siècles ,  ouvrage  que  l'auteur  de 
cet  article  va  publier  par  souscription ,  chez  rimprimenr  du  Messager 
des  Sciences  et  des  Arts. 


(11  ) 

Louis  de  Malc,  comte  de  Flandre,  1384,  sont,  à  en  juger 
par  le  style ,  ce  que  le  volume  renferme  de  plus-moderne. 
En  effet,  on  s'aperroit  aisément  que  ces  deux  poèmes  n'ap- 
partiennent plus  à  la  belle  période  de  l'ancienne  litlcralure 
flamande.  Peut-être  Jacques  Van  Maerlant,  ennemi  pro- 
noncé de  tout  ce  qui  était  fable  et  tançant  vertement  les 
romanciers  qui  donnaient  un  essor  un  peu  libre  à  leur 
imagination,  avait-il  beaucoup  contribué  à  faire  remplacer 
les  fictions  brillantes  de  ses  devanciers  par  des  sujets  plus 
graves  à  la  vérité  ,  mais  bien  moins  poétiques. 

Revenons  à  Esmorée.  Ce  drame  appartient  selon  nous, 
pour  les  motifs  que  nous  venons  d'énoncer,  auXIIP  siècle. 
Par  qui  a-t-il  été  composé?  C'est  Ce  que  nous  n'avons  pu 
découvrir.  Dans  quelle  ville  a-t-il  été  représenté?  C'est  là 
encore  une  énigme.  Toujours  sait-on ,  comme  nous  l'avons 
déjà  dit ,  qu'il  n'a  pas  été  joué  sur  une  place  publique.  L'épi- 
logue nous  apprend  qvie  le  spectacle  ne  se  bornait  pas  à  un 
seul  jour,  puisqu'on  engage  le  public  à  revenir  le  lendemain. 
Apparemment  a-t-il  eu  lieu  à  l'occasion  de  l'une  ou  l'autre 
fête  publique.  Le  liazard  nous  apprendra  peut-être  toutes 
ces  petites  particularités. 

Le  sujet  de  cette  pièce  semble  être  entièrement  de  l'in- 
vention de  l'auteur  :  du  moins  nous  n'avons  pas  rencontré , 
dans  l'histoire  de  Sicile,  ni  les  noms  des  principaux  person- 
nages ,  ni  le  récit  d'un  événement  qui  puisse  avoir  donné 
lieu  à  cette  fiction. 

Le  style  nous  ferait  attribuer  la  composition  d'Esmorée  à 
un  habitant  des  Flandres.  L'auteur  fait  usage  de  quelques 
mots  peu  connus  dans  les  autres  parties  de  la  Belgique  où 
l'on  parle  la  langue  flamande.  Le  dialecte  ressemble  le  plus 
à  celui  de  G  and. 

Dans  le  texte  original  on  ne  trouve  que  l'indication  des 
personnages  qui  [)arlent  et  rien  de  ])lus.  Aucune  indication 
du  changement  de  scène ,  etc.  Le  co|nstc  a  cru  sans  doute 


(  12  ) 

qu'il  était  inutile  d'en  faire  mention  ,  puisque  la  pièce  était 
destinée  plutôt  à  être  jouée ,  qu'à  être  lue ,  et  qu'il  était  facile 
aux  acteurs  de  suppléer  parleurs  actions  et  leurs  gestes  aune 
foule  de  petits  détails,  que  celui-ci  pouvait  difficilement  expli- 
quer par  écrit.  Cette  omission  rend  malheureusement  ce  jeu 
moins  intelligible  pour  nous ,  qui  ignorons  complètement  de 
quelle  manière  les  théâtres  étaient  disposés  à  une  époque  si 
reculée.  Nous  ne  savons  pas ,  par  exemple,  comment  un  acteur 
fesait  pour  se  trouver  tantôt  en  Sicile ,  et  tantôt  à  Damas  ; 
si  cela  avait  lieu  avec  ou  sans  changement  de  décorations. 

Afin  de  mieux  faire  comprendre  la  marche  du  drame , 
nous  avons  cru  pouvoir  le  diviser  en  deux  parties.  Cela 
s'établit  assez  naturellement  par  une  espace  de  dix-huit  ans 
qui  s'écoule  depuis  la  naissance  d'Esmoréc  jusqu'à  ses  amours 
avec  Damiette.  Nous  avons  également  indiqué  les  scènes. 
Au  reste  on  serait  libre  de  couper  la  pièce  en  actes  ou  en 
tableaux,  comme  on  le  juge  convenable. 

La  naïve  simplicité  du  prologue  et  de  l'épilogue  prou- 
verait seule  l'époque  reculée  à  laquelle  cette  pièce  a  été 
composée.  Ce  sont  bien  là  les  caractères  du  XIIP  siècle. 
Le  Jeu  de  Saint-Nicolas  (1),  qui  date  incontestablement 
de  ce  temps ,  commence  à-peu-près  de  la  même  manière 
qu'Esmorée. 

Quelques  noms  propres  ont  peut-être  besoin  d'un  mot 
d'explication.  Les  poètes  du  moyen-âge  fesaient  deux  per- 
sonnages difiercns  de  Mahom  et  de  Mahomet.  Apolin  et 
Tervogant  sont  des  divinités  payennes  que  l'on  rencontre 
dans  presque  tous  les  romans  de  chevalerie  composés  en 
iVançais,  en  anglais  (2),  en  flamand  ,  etc.  M.""  Eloi  Johan- 
ncau  croit  que  le  mot  ïervogant  est  une  corruption  du  mot 


(i)  Le  Grand  d'Aussy,   l'abliaiix  et  Contes,  t.  i.  p.   i85. 
(a)  Les  Anglais  donnent  le  nom  de  Terinagaunt  à  Tert-ogant,  Percy, 
Reliques ,  t.  I.  p.  ()2  et  6y. 


(13) 

extravagant,  par  aphérèse  et  tnétathèse  (1).  Cette  supposi- 
tion nous  paraît  un  peu  hazardée. 

On  s'apercevra  aisément  que  la  traduction  du  Jeu 
dEsmorée  est  aussi  littérale  que  possible.  Nous  n'avons  rien 
voulu  changer  aux  éternelles  répétitions  de  l'original.  C'est 
là  un  défaut  que  les  poètes  du  moyen-âge  ont  de  commun 
avec  le  chantre  de  l'Iliade.  Il  aurait  été  plus  facile  et  plus 
agréable  peut-être  de  ne  donner  cette  pièce  que  par  extrait , 
mais  comme  on  a  fait  un  reproche  à  Le  Grand  d'Aussy 
d'avoir  tronqué  en  quelque  sorte  les  productions  des  anciens 
auteurs,  nous  donnons  notre  Jeu  en  entier,  au  risque  d'en- 
nuyer nos  lecteurs. 

C.  P.  Serrure. 


PERSONNAGES  D'ESMORÉE. 

Le  Roi  de  Sicile  ,  ou  le  Roi  Chrétien. 

La  Rei>'e  ,  son  épouse. 

EsMORÉE ,  leur  fils  unique. 

Robert,  neveu  du  Roi  de  Sicile. 

Le  Roi  de  Damas  ,  ou  le  Roi  Maure. 

Damiette  ,  sa  fille. 

Plagus  ,  Astrologue  du  roi  de  Damas. 

Quant  aux  personnages  muets ,  qui  peuvent  figurer  dans 
cette  pièce ,  le  lecteur  pourra  aisément  les  placer  là  où  il 
paraissent  nécessaires. 

{La  scène  se  jmsse  tantôt  en  Sicile  et  tantôt  à  Damas.) 


(i)  Des  XXIII  manières  de  Vilains ,  pièce  du  XIII  siècle  accom- 
pagnée d'une  traduction  en  regard,  par  Achille  Jubinal ,  suivie  d'un 
commentaire  par  Eloi  Johanneau.  Paris,  i834.  p.  Sa. 


(14) 

€c  nohlc  3cu  b'^ôtnovéc  ^  £'xl0  bu 
^01  hc  Sicile. 


DRAME     FLAMAND     DU     XIII^    SIECLE. 

PROIiOGUE. 

IKVOCATIOX. 

Dieu ,  né  de  la  \ierge ,  ne  voulant  pas  livrer  à  la  per- 
dition ce  qu'il  avait  créé  de  ses  mains ,  voulut  bien  mourir 
de  la  mort  de  la  croix. 

ALLOCUTION    AU    PUBLIC. 

Messieurs  et  Mesdames,  je  vous  prie  de  faire  silence  et 
de  m'écouter. 

EXPOSITION    DU    SUJET. 

Autrefois  régnait  en  Sicile  un  prince  dont  aous  allez 
entendre  des  merveilles.  Son  épouse  mit  au  monde  un  fils. 
Le  roi  avait  auprès  de  lui  un  méchant  homme  nommé 
RoLert,  le  fils  de  son  frère.  C'était  à  lui  que  le  rovaume 
devait  écheoir,  si  le  roi  venait  à  mourir  sans  postérité.  Mais 
la  naissance  de  cet  enfant  excita  dans  le  cœur  de  Robert 
une  colère  et  une  jalousie  implacables.  Vous  allez  entendre 
ce  qui  advint  au  jeune  homme;  comment  Robert,  en  le 
vendant  aux  Sarrasins ,  le  plongea  dans  l'infortune  et  l'af- 
fliction ,  et  comment  la  mère  qui  le  porta  dans  son  sein , 
vécut  pendant  vingt  ans,  privée  de  la  lumière  du  soleil  et 
des  astres ,  sans  que  le  sourire  parut  sur  ses  lèvres.  Tout 
cela  fui  l'œuvre  de  Robert.  Faites  silence  et  écoulez  le  com- 
mencement de  cette  histoire. 


(  15  ) 
PREMIÈRE  PARTIE. 

SCÈNE    PREMIÈRE. 

[En   Sicile.) 

ROBERT. 

Malheur ,  malheur  à  moi ,  par  cette  fatale  naissance  d'Es- 
morée ,  mon  neveu  !  3Ioi  qui  me  flattais  d'être  roi  après  la 
mort  de  mon  oncle  !  Et  voilà  que  ce  vieillard  vient  d'avoir 
un  enfant  de  sa  femme.  0  Sicile,  jardin  de  délices,  si  riche 
en  bois  majestueux ,  noble  royaume ,  frappé  du  sort  d'un 
bâtard,  jamais  je  ne  pourrai  te  posséder!  Mon  cœur  en  est 
tellement  accablé,  que  je  finirai  par  succomber....  Mais, 
de  par  le  Dieu  qui  gouverne  tout,  dusse -je  me  tourmen- 
ter nuit  et  jour,  j'entraînerai  cet  enfant  à  sa  perte  ;  il  faut 
que  je  l'étouffé  ou  que  je  le  noie  ;  j'y  travaillerai  sans 
relâche,  dussé-je  y  périr  moi-même.  Oui ,  je  veux  être  roi  de 
Sicile,  roi  de  ce  beau  pays.  Commençons  par  mettre  tout 
en  œuATe  pour  diffamer  la  reine ,  afin  que  cette  femme  ne 
partage  plus  la  couche  de  mon  oncle ,  de  ce  vaillant  guer- 
rier  C'est  ainsi  que  j'obtiendrai  ses  états,  si  je  parviens 

à  atteindre  mon  but. 

SCENE  II. 

(  A  Damas.  ) 
L'ASTROLOGLE ,  LE  TyOI  MAURE. 
l'astrologue. 

Où  êtes-vous,  illustre  seigneur,  puissant  roi  de  Damas? 
mon  cœur  saigne  des  choses  que  j'ai  vues. 


(  16) 

LE    ROI    MAURE. 

Savant  Placus ,  d'où  vous  vient  cet  air  soucieux  ?  que 
doit-il  arriver  ? 

l'astrologue. 

Sire  roi,  cette  nuit,  à  l'heure  des  matines,  je  me  trou- 
vais dans  les  champs  où  je  regardais  les  régions  célestes. 
Je  lus  dans  les  planètes  qu'un  enfant  d'une  naissance  il- 
lustre venait  de  voir  le  jour  et  qu'il  vous  donnerait  la  mort 
par  le  fer.  Votre  fille  deviendra  son  épouse  et  se  fera  chré- 
tienne. 

LE    ROI. 

Apprenez-moi,  maître,  quand  naquit  cet  enfant. 

l'astrologue. 

Sachez,  ô  roi,  que  cet  enfant  est  né  la  nuit  dernière. 
Son  père ,  homme  puissant  dans  la  chrétienté ,  est  roi  de 
Sicile. 

LE    ROI. 

Dites-nioi ,  maître ,  ces  événemens  doivent-ils  advenir  ? 

l'astrologue. 

Par  Apolin  !  oui  sire ,  sans  le  pouvoir  de  grandes  pré- 
cautions. Cependant  si  vous  voulez  agir  avec  prudence,  je 
vous  donnerai  un  conseil  qui  pourra  vous  sauver  ,  car  le 
cas  exige  des  mesures  habiles. 

LE    ROI. 

Malheur  à  moi  !  mon  déshonneur  est  donc  inévitable.  Ce 
que  vous  me  dites  me  trouble  tellement  le  cœur ,  que  je 
ne  sais  quel  parti  prendre.  Mais  vous  Placus  ,  cher  ami , 
vous  qui  êtes  un  homme  si  habile  et  qui  m'avez  servi  si 
longtemps  avec  fidélité  ;  vous  m'avez  toujours  donné  des 
conseils  dont  la  sagesse  a  constamment  maintenu  ma  dignité. 


(17) 

Je  vous  prie  donc,  mon  bon  et  loyal  maître,  de  trouver 
sur  le  champ  un  moyen  qui  sauve  mon  honneur,  et  me 
délivre  des  alarmes  que  cet  enfant ,  d'après  vos  prédictions, 
doit  me  causer  quelques  jours. 


l'astrologue. 


Sire  roi,  vaillant  guerrier,  mon  illustre  seigneur ,  écou- 
tez: vous  me  donnerez  de  suite  une  forte  somme  d'argent, 
avec  laquelle  je  vais  sans  tarder  me  transporter  en  Sicile. 
Le  pouvoir  de  mon  art  fera  venir  entre  mes  mains  ce  jeune 
homme  de  haute  naissance.  Je  conjure  Mahomet  de  m'ac- 
corder  son  assistance  et  de  seconder  mes  projets.  Je  ne 
reparaîtrai  pas  devant  vous ,  sans  tous  remettre  cet  enfant. 
A  cet  effet ,  vous  allez  me  confier  beaucoup  d'or  et  d'ar- 
gent, au  moyen  duquel  j'emmènerai  le  jeune  homme;  et 
même,  s'il  le  faut,  je  saurai  me  servir  de  la  ruse  :tel  est  mon 
projet.  C'est  ainsi  que  je  compte  bientôt  vous  rendre  maître 
de  sa  destinée  :  il  deviendra  un  franc  payen  ;  nous  l'instrui- 
rons dans  notre  religion ,  et  vous  maintiendrez  de  la  sorte 
votre  dignité.  Il  croira  que  vous  êtes  son  père.  Mais  le  temps 
presse ,  je  pars  sur  le  champ. 


LE    ROI. 

Votre  projet  est  excellent,  Placus,  partez,  hâtez-vous, 
n'épargnez  rien  ,  puisez  à  volonté  dans  mes  trésors  et  amenez- 
moi  cet  enfant.  Ne  craignez  pas  surtout  de  les  prodiguer, 
car  je  brûle  de  le  voir. 

l'astrologue. 
Assurément ,  sire ,  je  ferai  mon  possible  pour  réussir. 

2 


(  18  ) 
SCÈNE     III. 

(  En  Sicile.  ) 
ROBERT,  L'ASTROLOGUE. 

ROBERT. 

Voilà  donc  mon  attente  remplie  et  mes  désirs  satisfaits. 
Je  le  liens  cet  enfant  si  cher  à  mon  oncle,  ce  vieillard 
tout  cassé ,  et  à  sa  mère  qui  ne  cessent  tous  deux  de  van- 
ter sa  beauté  sans  égale.  Je  détruirai  leur  allégresse  qui 
me  déchire  le  cœur.  Soyez  maudit  ainsi  que  celle  qui  vous 
mit  au  monde!  Depuis  votre  naissance  mon  cœur  n'a  plus 
connu  la  joie.  Dussent-ils  en  perdre  l'esprit ,  je  vous  ôterai 
la  vie  :  vous  périrez  dans  les  eaux,  ou  d'une  mort  plus  cruelle 

encore. 

l'astrologue. 

Ce  serait  fâcheux  ,  mon  ami,  cet  enfant  me  paraît  si  beau. 
Vous  feriez  une  folie  de  lui  ôter  la  vie.  Je  vois  bien  à  votre 
figure  que  vous  lui  en  voulez.  Veuillez,  je  vous  prie,  me 
dire  les  raisons  qui  vous  indisposent  si  fortement  contre  lui. 

ROBERT. 

Sachez,  mon  ami,  que  lorsque  sa  mère  le  mit  au  monde, 
j'appris  dans  un  songe  qu'il  devait  me  faire  mourir.  Voilà 
ce  qui  me  causa  depuis  une  crainte  si  vive,  que  je  n'eus 
plus  le  moindre  repos.  J'ai  profilé  d'un  moment  opportun 
pour  le  dérober  à  sa  mère.  Je  ne  compte  pas  m'en  dessaisir 
tant  qu'il  sera  vivant. 

l'astrologue. 

Mon  ami ,  si  vous  voulez  m'écouter,  je  vous  donnerai  un 
conseil  plus  sage.  Apprenez -moi ,  je  vous  en  conjure  par 
A polin,  quelle  est  son  origine. S'il  était  d'une  certaine  naissance 


(19) 

je  rachèterais  sur  le  champ,  pour  l'emmener  avec  moi  loin 
d'ici ,  chez  les  Maures,  dans  la  \  ille  de  Bagdad ,  située  au-delà 
de  la  Turquie. 

ROBERT. 

Voulez-vous,' ami,  acheter  cet  illustre  rejeton  ?  Je  vous 
ferai  connaître  son  père  et  sa  mère.  Apprenez  que  son  père 
est  roi  de  Sicile  et  guerrier  de  haute  naissance ,  et  que  sa 
mère  est  fillç  du  roi  de  Hongrie. 

l'astrologue. 

Si  telle  est  sa  condition,  il  me  convient  à  merveille.  Je 
l'achèterai  si  vous  voulez.  Parlez,  quel  prix  exigez-vous  ? 

ROBERT. 

Mille  livres  d'or  comptant ,  et  je  vous  l'abandonne. 

l'astrologue. 

Tenez,  les  voici,  et  donnez-moi  l'enfant.  Mais  veuillez 
m'instruire  d'un  point.  Quel  est  son  nom  ? 

ROBERT. 

Esmorée  est  le  nom  de  cet  enfant  illustre. 

l'astrologue. 
Je  vous  garantis  fju'il  restera  éternellement  payen.  Je  pars 
avec  lui  \  que  3Iahomet  me  protège. 

SCÈNE    IV. 

ROBERT. 

Me  voilà  donc  délivré  de  ce  qui  causait  mes  alarmes.  Il 
sera,  comme  je  n'en  doute  point ,  pour  jamais  enseveli  dans 
le  pays  des  Maures.  Car  la  ville  de  Bagdad  est  située  dans 
une  contrée  lointaine ,  bien  au-delà  de  la  Turquie  !  Que 
Dieu  l'abreuve  d'opprobre  !  Com))ien  il  m'a  tourmenté  !  Je 
vais  déposer  tout  cet  or  dans  un  lieu  de  sûreté;  dussé-je  ne 


(20) 

jamais  posséder  le  royaume,  l'argent  que  je  \iens  de  rece- 
voir m'assure  un  rang  élevé.  J'ai  rempli  mon  attente,  car 
la  Sicile  ne  saurait  m'échapper. 

SCÈNE    V. 

(  A    Damas.  ) 

LE   ROI  MAURE,    L'ASTROLOGUE. 

l'astrologue. 

Où  êtes-vous ,  illustre  guerrier ,  puissant  roi  de  Damas  ? 
Venez,  voyez  cet  enfant  issu  de  noble  sang. 

LE    ROI    3IAURE. 

Jamais  je  n'éprouvai  un  contentement  pareil  à  celui  que 
me  donne  cette  précieuse  capture.  Je  l'élèverai  comme  s'il 
était  mon  propre  fils  et  le  confierai  à  ma  fille. 

l'astrologue. 

Surtout  cachez  à  votre  fille  le  nom  de  ses  parens.  Ne  lui 
confiez  jamais  ce  secret,  il  pourrait,  après  de  longues  années, 
vous  causer  de  cuisantes  alarmes.  Le  cœur  d'une  femme  est 
faible.  Ne  lui  faites  pas  connaître  la  haute  naissance  de  cet 
enfant  :  car  si  plus  tard  l'amour  inquiète  son  cœur  et  lui 
inspire  de  la  passion  pour  lui ,  elle  pourrait  bien  lui  révéler 
comment  il  est  venu  dans  ces  lieux.  Lorsque  le  jeune  homme 
aura  grandi,  les  feux  de  l'amour  pourraient  bien  enflammer 
le  cœur  de  votre  fille.  Contentez-vous  donc  de  lui  dire  que 
c'est  un  enfant  trouvé  :  ainsi  elle  s'en  souciera  peu. 

LE  roi  maure. 

Par  Tcrvogant  !  Placus,  j'approuve  fort  vos  conseils;  ca- 
chons éternellement  ce  mystère  à  ma  fille  :  par  là  je  vivrai 
toujours  en  paix.  Où  ètes-vous,  Damielte?  venez  promp- 
tcment ,  ma  fille.  Par  Mahom  !  J'ai  à  vous  parler. 


(  21  ) 

SCÈNE    VI. 

LE    ROI  MAURE,   DAMIETTE. 

DAMIETTE. 

Très-volontiers ,  mon  père  ;  parlez  :  quels  sont  vos  ordres  ? 

LE    ROI    MAURE. 

Par  notre  Dieu!  regardez  cet  enfant  que  nous  venons  de 
trouver  :  sa  bouche  a  la  fraicheur  de  la  rose.  Mahomet  me 
l'a  envoyé.  En  me  promenant  au  verger,  j'entendis  ses  cris 
et  le  trouvai  sous  un  cèdre.  Damiette,  je  le  confie  à  vos 
soins  :  traitez-le  comme  un  frère  et  soyez  à  la  fois,  pour  lui, 
sa  sœur  et  sa  mère.  Son  nom  est  Esmorée. 

DAMIETTE. 

Par  Tervogant  !  mon  père  ,  jamais  je  ne  vis  de  plus  bel 
enfant  :  si  Mahomet  nous  l'a  envoyé,  je  lui  en  serai  recon- 
naissante ainsi  qu'à  Apohn.  Je  lui  servirai  volontiers  de 
sœur  et  de  mère.  Céleste  enfant ,  vous  êtes  la  plus  belle  céa- 
ture  que  mes  yeux  aient  jamais  vue  :  certes  Mahomet  a  droit 
à  ma  reconnaissance,  pour  m'avoir  donné  un  frère  :  oui,  je 
serai  sa  sœur  et  sa  mère.  Esmorée ,  o  bel  enfant ,  combien 
votre  aventure  m'étonne  :  vos  langes  semblent  révéler  une 
naissance  illustre ,  et  l'on  vous  délaisse ,  privé  de  tout  secours  ! 
venez ,  mon  bel  enfant ,  vous  serez  mon  frère. 

SCÈNE     VII. 

(En  Sicile.) 
LE   ROI   CHRÉTIEN,   ROBERT. 

LE    ROI    CHRIiTIEN. 

OÙ  ètes-vous  ,  Robert,  mon  vaillant  neveu  ?  Venez,  j'ai  à 
vous  parler.  Il  me  semble  que  mon  cœur  se  brise  des  pro- 
fonds chagrins  qui  l'accablenl. 


(22) 

ROBERT. 

Eh  !  puissant  seigneur,  quel  est  le  sujet  de  votre  trouble  ? 

LE    ROI    CHRÉTIEN. 

Mon  cœur  est  déchiré  de  peines  si  violentes ,  que  je  crains 
d'y  succomber.  J'ai  perdu  mon  bel  enfant  -,  j'ai  perdu  Es- 
morée,  mon  fUs.  Non,  rien  n'égale  ma  douleur.  La  perte 
de  tous  mes  biens  et  même  de  mon  royaume ,  me  causerait 
infiniment  moins  de  regrets  que  celle  de  mon  bel  enfant. 
O  douleur  amére  !  malheur  à  moi  !  malheur  à  mon  épouse  ! 
Je  crois  que  cette  perte  sera  cause  de  ma  mort  et  de  celle 
de  la  reine ,  cette  noble  femme  ,  tant  sa  douleur  est  grande  ! 
Oui ,  je  préférerais  la  mort  à  ce  tourment. 

ROBERT. 

o  vous ,  dont  la  renommée  s'étend  au  loin ,  ne  vous  af- 
fligez, pas  tant.  Je  sais  bien  ce  qui  en  est.  Quoique  la  reine 
paraisse  inconsolable  ,  sa  douleur  n'est  pas  sincère  ,  j'en 
suis  convaincu  :  elle  est  indisposée  contre  vous ,  parceque 
vous  devenez  vieux.  Souvent ,  sans  qu'elle  s'en  doutât ,  je 
l'ai  entendue  faire  des  plaintes  à  ce  sujet.  Je  crois ,  que , 
par  ses  artifices,  elle  vous  ôtera  la  vie.  Je  prévois  qu'elle 
vous  empoisonnera.  Plus  d'une  fois ,  lorsqu'elle  se  croyait 
seule ,  j'ai  su  l'épier ,  et  lui  ai  entendu  proférer  des  me- 
naces contre  vous.  Cependant,  ma  bouche  demeura  aussi 
close  que  la  vôtre  l'est  en  ce  moment.  Je  sais  qu'elle  même 
a  mis  à  mort  cette  innocente  créature.  Toujours  elle  vous 
eut  en  horreur ,  parce  que  votre  barbe  commence  à  blan- 
chir. Elle  a  sans  doute  d'autres  penchans  pour  quelque 
jeune  homme. 

LE    ROI    CHRÉTIEN. 

Par  les  cendres  de  mon  père  !  Si  j'en  était  assuré ,  ni 
prières ,  ni  trésors  ne  sauraient  la  racheter  de  la  mort  à 
laquelle  je  vouerais  cette  exécrable  femme. 


(23  ) 

ROBERT. 

Ma  tétc  répond  de  la  vérité  de  ce  que  je  tous  avance.  Je 
sais  depuis  nombre  d'années  tpie  son  cœur  ne  yous  est  pas 
attaché. 

LE    ROI    CHRÉTIEN. 

Hélas!  qu*ai-je  fait  pour  le  mériter?  Mes  plaintes  ne  sont 
que  trop  fondées  !  En  voyant  ses  nobles  traits ,  je  crus  voir 
ceux  d'un  ange ,  tandis  qu'ils  cachaient  une  ame  si  noire. 
Certes ,  mon  neveu,  tout  cela  me  surprend  au  dernier  point. 
Allez  et  amenez-la  moi.  Je  veux  l'entendre  parler. 

ROBERT. 

Où  êtes-vous ,  illustre  dame,  approchez  du  roi  mon  oncle. 
Ah  !  noble  femme ,  ayez  soin  de  lui ,  car  ses  esprits  sont 
troublés. 

SCÈNE  VIII. 
LE  ROI ,  LA  REINE  ET  ROBERT. 

LA    REINE. 

Hélas  !  grand  roi ,  qui  nous  consolera  €lu  deuil  amer  où 
nous  plonge  la  perte  de  notre  enfant. 

LE    ROI. 

Taisez-vous  :  que  le  ciel  vous  couvre  d'infamie!  femme 
éhontée  et  méchante  !  C'est  vous  qui  êtes  cause  de  mes  regrets 
et  de  mes  afflictions  :  il  vous  en  arrivera  malheur.  Je  sais  com- 
ment tout  s'est  passé.  Vous-même  avez  étouflé  mon  enfant  : 
vous  seule  avez  commis  ce  meurtre  :  oui ,  il  vous  en  coûtera 
la  vie!  Vous  êtes  sans  contredit  la  femme  la  plus  méchanlc 
rpii  fût  jamais  au  monde. 


(24) 

LA    REIXE. 

0  mon  roi ,  ô  mon  époux  !  Comment  mon  cœur  pour- 
rait-il consentir  à  faire  le  malheur  de  celui  que  j'ai  porté 
dans  mon  sein? 

LE     ROI. 

Taisez-Tous ,  méchante  femme ,  il  suffit  :  je  ne  veux  plus 
TOUS  entendre  parler.  Je  vous  ferai  jeter  dans  une  fosse. 
Robert ,  emmenez-la  en  prison. 

LA   AEIKE. 

Le  Dieu  qui  mourut  en  croix ,  viendra  à  mon  secours  , 
et  dévoilera  mon  innocence,  car  j'ignore  tout. 

ROBERT. 

Certes,  reine,  j'en  suis  désolé. 

LA    REINE. 

0  mon  Dieu ,  ayez  pitié  de  mes  grandes  infortunes.  J'ai 
perdu  mon  enfant ,  et  c'est  moi  qu'on  accuse  de  ce  forfait,  0 
Dieu  puissant ,  dont  tout  relève ,  et  qui ,  dans  votre  humilité, 
avez  souffert  que  l'on  vous  attachât  à  la  croix,  au  moyen 
de  trois  clous ,  sans  que  vous  l'eussiez  mérité  :  Dieu  de  mi- 
séricorde, je  vous  conjure  de  dévoiler  la  vérité  et  de  mettre 
mon  innocence  dans  tout  son  jour.  Reine  descieux,  je  vous 
fais  la  même  prière.  Hélas  !  comment  pourrai-je  conserver 
mon  courage  ?  Grand  Dieu  !  qui  donc  a  si  méchamment 
lancé  sur  moi  ses  traits  empoisonnés?  ô  mon  Dieu,  source 
de  toute  justice  et  de  toute  vérité ,  faites  que  l'on  découvre 
et  que  l'on  reconnaisse  mou  innocence. 


(25) 

DEUXIÈME  PARTIE. 

(18  ans  se  sont  passés.) 

SCÈNE  PREMIÈRE. 

[A  Damas.) 

ESMORÉE. 

Par  Tervogant  et  par  Apolin  !  comment ,  ma  sœur ,  cette 
femme  charmante ,  peut-elle  pousser  la  chasteté  au  point  de 
n'amier  aucun  homme  et  même  de  ne  connaître  dans  les 
pays  soumis  au  prophète ,  personne  dont  elle  veuille  faire 
son  époux  ?  Par  Tervogant  !  ou  bien  sa  nature  céleste  est 
inaccessible  à  l'amour,  car  elle  ne  sent  de  penchant  pour 
aucun  homme  ;  ou  bien  elle  aime  en  secret  et  à  mon  insçu. 
C'est  à  3Iahomet  sans  doute  qu'elle  doit  ce  noble  caractère. 
Voici  le  verger  de  mon  aimable  sœur,  le  lieu  de  sa  pro- 
menade favorite.  Par  mon  dieu  Apolin  ,  je  veux  aussi 
profiter  de  sa  fraîcheur.  Le  sommeil  me  gagne ,  j'en  veux 
goûter  le  repos. 

(^11  essaie  de  s'endormir.) 

SCÈNE  IL 

ESMORÉE,  DAMIETTE. 
DAMiETTE,  satis  aperccvoir  Esmorée. 

Hélas!  Quel  pesant  fardeau  je  porte  en  secret  au  fond 
de  mon  cœur  !  Je  brûle  des  feux  d'un  amour  violent.  C'est 
à  vous ,  ô  Apolin ,  que  j'avoue  la  passion  que  j'éprouve 
pour  un  homme  dont  je  ne  connais  ni  la  naissance ,  ni 
l'origine!  Telle  est  la  puissance  de  l'amour  qui  m'enchaîne 
en  ses  liens,  dei)uis  que  mon  père  trouva  ce  jeune  homme, 
et  qu'il  me  le  remit  comme  un  enfant  trouvé  ,  pour  que  je 
lui  servisse  de  mère  et  de  sœur.  Il  se  croit  mon  frère,  mais 


(26) 

il  ne  m'appartient  par  aucun  lien  du  sang.  Cependant  je 
l'ai  aimé  par-dessus  tout ,  car  il  a  un  caractère  noble  et  un 
courage  éprouTé  :  il  possède  la  vaillance  propre  aux  rangs 
illustres.  Quoiqu'il  soit  un  enfant  trouvé ,  mon  cœur  me  dit 
intérieurement  qu'il  est  d'une  haute  naissance.  Heureux 
Esmorée  !  noble  et  beau  guerrier!  Dix-liuit  ans  se  sont  écoulés 
depuis  que  mon  père  vous  trouva  :  je  le  me  rappellerai  éter- 
nellement; vous  ne  cessâtes  jamais  d'être  l'objet  de  mon 
amour.  Brave  guerrier ,  le  chagrin  sera  éternel  pour  moi ,  car 
je  ne  veux  point  vous  le  confier  :  cette  confidence  porterait 
mon  père  à  m'ôter  la  vie. 

ESMORÉE ,  se  relevant. 

Femme  charmante,  suis-je  donc  un  enfant  trouvé?' Je 
croyais ,  noble  dame ,  que  le  roi  mon  maître  était  mon  père , 
et  que  vous  étiez  ma  sœur.  Oui,  je  croyais  que  nous  étions 
nés  d'un  même  sang.  Hélas!  quel  chagiin  j'éprouve.  Certes, 
par  Tervogant  !  je  suis  l'être  le  plus  malheureux  qui  naquit 
jamais.  Malheureux!  suis-je  donc  un  enfant  trouvé? Non? 
il  ne  fut  jamais  sur  la  terre  homme  plus  affligé  que  moi. 
Te  me  crevais  d'une  naissance  illustre  et  j'apprends  main- 
tenant ma  basse  origine.  Je  vous  en  conjure ,  que  votre 
bouche  vermeille  me  raconte  en  détail  comment  votre  père 
me  trouva. 

DAMIETTE. 

Esmorée,  beau  guerrier,  je  suis  aussi  affligée  que  vous. 
Je  ne  vous  savais  pas  si  près  de  moi ,  quand  je  poussai  ces 
]tlaintcs.  Ne  vous  en  oflensez  pas,  noble  guerrier,  c'est 
l'amour  qui  me  les  arrachait. 

ES3I0RÉE. 

Hlustre  dame,  apprenez-moi  comment  les  choses  se  sont 
passées  ?  J'avais  coutume  de  a  ous  appeler  ma  sœur  ;  ce  nom 


(27) 

ne  m'est  plus  permis  :  il  faut  que  je  change  de  ton ,  et  que 
je  vous  parle  comme  un  homme  qui  vous  est  étranger. 
Toutefois,  je  dois  rester  éternellement  votre  ami, et  \ous 
rendre  mes  hommages  de  préférence  à  toutes  les  autres 
femmes.  Parlez,  princesse,  et  apprenei-raoioùje  fus  trouvé. 


DAMIETTE. 


0  Esmorée  !  noble  jeune  homme  !  vous  dont  le  caractère 
est  si  magnanime;  d'après  ce  que  vous  avez  appris,  je  veux 
vous  dire  où  mon  père  vous  trouva  :  ce  fut  dans  le  verger, 
pendant  qu'il  y  respirait  le  frais. 


ESMOREE. 

0  noble  dame!  apprenez-moi  une  chose,  n'avez -vous 
jamais  appris  dans  la  suite  que  des  épouses ,  ou  de  jeunes 
filles  se  soient  plaintes  d'avoir  perdu  un  enfant  ? 

DAMIETTE. 

Non ,  je  n'appris  jamais  rien  à  cet  égard. 

ESMORÉE. 

Hélas!  je  crains  fort  d'être  né  dans  une  condition  ob- 
scure ,  ou  dans  un  pays  lointain.  Veuille  Mahomet  me 
faire  surmonter  cet  opprobre  :  qu'il  m'apprenne  celui  qui  a 
déshonoré  ma  naissance  en  m'abandonnant  à  mon  sort  mal- 
heureux. Cette  nuit  et  celle  de  demain  ne  .se  seront  pas  écou- 
lées, avant  que  je  n'aie  appris  de  quel  sang  je  suis  issu  et 
quel  est  mon  père. 

DAMIETTE. 

0  Esmorée ,  restez  prés  de  moi  :  je  vous  en  conjure  par 
l'honneur  sacré  d'une  femme.  Si  mon  père  mourait,  je  vous 
prendrais  pour  époux  et  vous  deviendriez  ainsi  le  puissant 
roi  de  Dumas. 


(28  ) 

ESMORÉE. 

Illustre  dame ,  un  tel  déshonneur  ne  vous  arrivera  pas. 
Loin  de  vous  l'opprobre  de  vous  allier  à  un  enfant  trouvé. 
Votre  père  est  un  grand  roi ,  et  votre  beauté  l'emporte  sur 
celle  de  toutes  les  autres  femmes  du  monde.  Mon  cœur 
frémit  ,  lorsque  je  songe  au  déshonneur  attaché  à  mon 
existence. 

DAMIETTE. 

Je  vous  en  conjure,  Esmorée,  calmex  cette  excessive 
douleur  :  jamais  je  ne  vous  reprocherai  l'état  d'abandon  dans 
lequel  mon  père  vous  trouva  :  nous  vivrons  ensemble  dans 
un  bonheur  sans  bornes, 

ESMORÉE. 

Noble  femme ,  je  vous  en  serai  éternellement  reconnais- 
sant ;  mais,  par  Tervogant!  jamais  je  ne  m'unirai  au  sort 
d'aucune  femme,  quelque  brillant  qu'il  soit,  avant  que  je  ne 
connaisse  celui  qui  me  donna  la  vie  et  celle  qui  me  porta 
dans  son  sein.  Beauté  céleste,  je  ne  me  suis  arrêté  que 
trop  long-temps  en  ces  lieux  ;  adieu,  je  vais  à  la  recherche. 

BAMIETTE. 

Hélas  !  quel  sort  malheureux  m'est  réservé!  me  voilà 
donc  seule ,  abandonnée  à  mes  infortunes!  C'est  un  défaut 
que  de  trop  parler  ;  j'en  ai  fait  l'expérience  :  la  prodigalité  des 
paroles  a  souvent  causé  des  malheurs  et  occasionné  la  perte 
d'un  grand  nombre  de  personnes.  Si  j'avais  gardé  le  silence, 
j'aurais  passé  toute  ma  \ie  au  sein  du  bonheur  avec  Esmorée, 
que  mes  discours  indiscrets  viennent  d'éloigner  de  moi. 
Certes,  avec  raison  je  puis  me  plaindre  de  ce  que  ma  langue 
ne  se  soit  pas  glacée  dans  ma  bouche ,  lorsque  je  prononçai 
ces  funestes  paroles. 

ESMORÉE. 

Illustre  dame,  il  me  faut  partir:  que  Mahomet  veille  sur 


(29  ) 

voire  chaste  beauté  :  veuillez,  je  vous  prie ,  saluer  de  ma  part 
le  roi ,  mon  seigneur  :  car  je  ne  reviendrai  pas  avant  d'avoir 
connu  mon  origine  ,  ainsi  que  la  personne  qui  m'exposa  au 
lieu  où  je  fus  trouvé. 

DAMIETTE. 

Beau  jeune  homme,  je  vous  prie  humblement  de  revenir 
près  de  moi ,  quand  vous  en  serez  instruit. 

ESMORÉE. 

Par  Tervogant,  belle  Damiette ,  cœur  généreux,  je  me 
ferai  un  devoir  de  revenir  promptement,  quand  j'aurai  dé- 
couvert la  vérité. 

DAMIETTE. 

0  Esmorée,  prenez  cette  ceinture  qui  vous  enveloppait 
lorsqu'on  vous  trouva.  Croyez-moi,  portez-la  en  évidence 
autour  de  la  tête  :  il  pourrait  se  faire  cjue  quelqu'un  vous 
reconnût  à  ce  signe  :  pensez  à  moi ,  ô  mon  Esmorée ,  car 
loin  de  vous  je  serai  accablée  de  soucis. 

SCÈNE    III. 

(En  Sicile.) 
LA  REINE,  devant  la  fenêtre  d'une  prison,  ESMORÉE. 

ESMORÉE, 

Le  Dieu  à  qui  rien  n'est  caché  doit  être  mon  consolateur. 
Mahomet,  Apolin,  Mahom,  Tervogant,  venez  tous  à  mon 
secours  !  Si  les  belles  arraoieries  qui  sont  brodées  sur  cette 
ceinture  m'appartenaient ,  j'en  serais  ravi ,  car  elles  attes- 
teraient ma  noble  origine.  Je  le  présume  ,  puisque  je  portais 
ce  bandeau  lorsque  je  fus  exposé.  Oui  mon  cœur  me  le  dil,  et 
cette  ceinture  qu'on  a  trouvée  sur  moi  en  est  un  indice  infail- 
lible. Je  ne  saurais  goûter  de  bordicur  avant  que  je  n'aie 
découvert  mon  origine ,  et  que  je  ne  sache  quel  est  celui 


(30) 

qui ,  dès  ma  naissance,  me  livra  à  mon  sort  malheureux.  Par 
Apolin ,  il  en  recevrait  la  récompense.  O  que  mon  cœur 
serait  soulagé  si  je  pouvais  trouver  mon  père  et  ma  mère. 
S'ils  appartenaient  à  un  rang  illustre ,  je  serais  entièrement 
délivré  de  soucis. 


LE   REINE. 


Noble  jeune  homme,  venez  près  de  moi  :  expliquez-vous, 
car  de  loin  je  vous  ai  entendu  pousser  des  plaintes. 


ESMOREE. 


0  belle  dame ,  quels  motifs  vous  ont  fait  enfermer  dans 
cette  prison. 


LA    REIÎÎE. 

Généreux  jeune  homme,  des  traîtres,  en  m'accusant  d'un 
crime  que  je  n'ai  point  commis ,  me  retiennent  dans  cette 
prison.  Apprenez-moi  comment  vous  êtes  venu  dans  ces 
lieux  et  qui  vous  donna  cette  ceinture. 

ESMORÉE. 

Par  Mahomet ,  mon  maître ,  je  veux  volontiers  vous  sa- 
tisfaire. Nous  pouvons  échanger  nos  chagrins  :  vous  êtes 
en  prison  et  moi  je  souffre  cruellement  :  car  étant  encore 
enfant  je  fus  exposé  et  l'on  me  trouva  enveloppé  dans  cette 
ceinture  :  je  la  porte  en  évidence ,  parce  qu'il  se  peut  que 
l'on  me  reconnaisse  quelque  jour  à  ce  signe. 

LA    REIKE. 

Dites-moi ,  savcz-vous  où  vous  fûtes  trouvé  ? 

ESMORÉE. 

Noble  dame,  ce  fut  à  Damas ,  dans  un  verger,  où  le  roi 
de  ce  pays  me  trouva  :  ce  fut  aussi  lui  qui  m'a  retenu  dans 
son  palais. 


(31  ) 

LA    REINE. 

Soyez  béni,  ô  Dieu,  de  qui  provient  toute  vertu!  Quel 
bonheur  d'avoir  vécu  jusqu'au  jour  où  je  revois  mon  enfant. 
Mon  cœur  ne  peut  supporter  l'excès  de  sa  joie  :  je  contera- 
pie  ,  j'entends  parler  mon  fils ,  pour  qui  j'endure  ces  tour- 
mens.  Soyez  le  bien  venu,  mon  cher  fils  Esmorée,  apprenez 
que  je  suis  votre  mère  et  que  vous  êtes  mon  enfant.  Ma 
propre  main  a  brodé  cette  ceinture  que  vous  portiez  lors- 
qu'on vous  trouva  :  elle  vous  enveloppait  au  moment  où 
vous  fûtes  enlevé  d'auprès  de  moi, 

ESMORÉE. 

0  ma  chère  mère,  faites-moi  connaître  sans  tarder  celui 
à  qui  je  dois  le  jour. 

LA    REINE. 

Votre  père ,  beau  jeune  homme  ,  est  le  grand  roi  de 
Sicile,  et  le  mien  est  roi  de  Hongrie.  Vous  ne  pourriez 
prétendre  à  une  plus  illustre  naissance  dans  toute  la  chré- 
tienté. 

ESMORÉE. 

0  ma  mère ,  dites-moi  pourquoi  vous-êtes  en  prison  ? 

LA    REINE. 

0  mon  cher  enfant ,  je  dois  mon  sort  à  un  traître,  méchant 
et  perfide ,  qui  fit  accroire  à  votre  père  que  moi-même  je 
vous  avais  étouffé. 

ESMORÉE. 

Crime  abominable  !  celui  qui  donna  ce  conseil  à  mon 
père  fut  aussi  cause  que  l'on  m'abandonna  à  mon  malheu- 
reux sort.  Ah  !  si  l'auteur  de  ce  forfait  m'était  coimu ,  par 
mon  dieu  Apolin ,  la  mort  serait  sa  récompense.  TS  on ,  ma 
chère  mère,  je  ne  veux  plus  tarder  à  travailler  à  votre  dé- 
livrance. La  piemière  grâce  que  je  demanderai  à  mon  ])ère,  à 


(32) 

cet  illustre  seigneur,  sera  celle  de  vous  tirer  de  cette  prison, 
que  Mahomet  et  Apolin  soient  loués  ,  ainsi  que  le  Dieu  qui 
me  créa  !  Il  m'a  fait  retrouver  ma  famille  et  celle  qui  me 
porta  dans  son  sein.  C'est  avec  raison  que  mon  cœur  tres- 
saillit de  joie  au  moment  où  je  vis  cette  femme  bien  aimée. 

LA    REI>'i;. 

Dieu  d'humilité,  sovez  loué  et  béni  à  toute  heure.  J'ai 
retrouvé  le  cher  enfant  qui  doit  me  délivrer.  La  joie  qui 
enivre  mon  cœur  est  sans  bornes. 

SCÈNE  IV. 
LE  ROI  CHRÉTIEN,  ROBERT. 

ROBERT. 

Hélas  !  le  supplice  du  malfaiteur  qu'on  met  à  mort  n'est 
pas  plus  terrible  que  celui  que  j'endure  en  ce  moment  :  un 
opprobre  éternel  va  me  couvrir.  Si  mes  mains  l'eussent  tué 
au  lieu  de  le  vendre ,  son  existence  ne  me  causerait  plus  de 
tourmens.  Je  crains  fortement  qu'il  ne  m'en  advienne  mal- 
heur: car  si  l'on  découvre  que  je  l'ai  vendu  à  un  Sarrasin, 
c'en  est  fait  de  moi. 

LE    ROI    CHRÉTIEN. 

Allez,  Robert,  mon  neveu,  allez  trouver  la  reine,  mon 
épouse,  que  je  vais  éternellement  aimer  avec  fidéhté,  et  à 
laquelle  je  veux  être  soumis  pour  toujours  ;  car  sans  qu'elle 
l'ait  mérité ,  je  l'ai  gardée  en  prison.  Mon  cœur  est  en  butte 
à  mille  rejirochcs  pour  avoir  été  si  cruel  à  l'égard  de  cette 
femme  innocente.  Allez  ,  amenez-la  moi  sur  le  champ ,  et 
qu'elle  voie  son  fils  bien-aimé. 

ROBERT. 

Sire  roi,  certes,  je  le  ferai  volontiers.  Venez,  noble  dame, 
sortez  de   cette  prison  que  vous  habitâtes  si  long-temps. 


(33) 

Vous  vorve?.  Esmorée  ,  votre  fils  ;  vous  verre/,  ce  jeune 
guerrier.  Mon  cœur  fut  comblé  de  joie,  lorsque  son  air 
belliqueux  frappa  mes  regards. 

SCÈNE   V. 

LE  ROI  CHRÉTIEN,  LA  REINE,  ROBERT. 

LE    ROI    CHRÉTIEN. 

Noble  femme,  donnez -moi  la  main  et  daignez  me  par- 
donner mon  crime.  Je  veux  vous  être  soumis ,  tant  que  je 
vivrai.  Je  vois  clairement  que  les  torts  sont  de  mon  côté  : 
car  notre  fils  Esmorée  est  revenu  plein  de  jeunesse  et  de 
force.  Je  vous  en  conjure,  parle  Dieu  qui  mourut  par  amour 
pour  nous ,  pardonnez-moi  mes  torts  ! 

LA    REIINE. 

Puissant  seigneur,  cœur  généreux,  je  vous  les  pardonne 
volontiers  ,  car  toutes  mes  soufTrances ,  mes  malheurs  et  mes 
chagrins  sont  passés  ;  où  e^t  mon  cher  enfant  Esmorée  ? 
Appelez-le,  que  je  le  voie. 

ROBERT. 

Noble  dame,  vous  allez  être  obéie.  Où  êtes-vous Esmorée, 
mon  neveu? 

ESMORÉE. 

Par  Apolin ,  me  voici.  Par  Mahomet  et  Mahom ,  je  vous 
salue  ,  ô  mes  illustres  parens ,  que  je  vois  aujourd'hui  pour 
la  première  fois.  Tous  les  chagrins  que  mon  cœur  éprouva 
sont  oul)liés.  Lorsque  j'appris  que  j'étais  enfant  trouvé  , 
j'étais  riiomme  le  plus  malheureux  de  la  terre  :  mais  tout 
a  tourné  à  mon  avantage. 

LE    ROI    ClIRÉTIEÎî. 

O  Esmorée ,  faites-moi  connaître  où  vous  avez  séjourné. 

3 


(34) 

ESMORÉE. 

Chez  le  roi  qui  porte  la  couronne  de  Damas,  ô  mon  père. 
Cet  illustre  Sarrasin  me  trouva  dans  son  verger  :  il  a  une 
fille  d'une  caractère  généreux  :  elle  m'adopta  avec  le  plus 
grand  empressement ,  quand  le  roi ,  son  père  ,  m'eut  recuilli, 
elle  me  tint  lieu  de  mère  et  me  traita  comme  un  frère.  C'est 
elle  qui  m'a  fait  connaître  de  quelle  manière  son  père  me 
trouva  et  comment  j'étais  enveloppé  dans  cette  ceinture, 
quand  je  lui  fus  confié. 

LA    REINE. 

Cette  ceinture,  Esmorée,  moi-même  je  l'ai  brodée:  je 
dessinai  en  trois  endroits  différens  les  armes  de  votre  père 
et  celles  de  la  maison  de  Hongrie,  dont  vous  descendez. 
Je  vous  aimais  si  tendrement,  que  moi-même  j'achevai 
ce  travail.  Mais  bientôt,  Esmorée,  lorsque  je  vous  perdis, 
ma  joie  se  changea  en  douleur.  Je  supplie  le  Dieu  qui  choisit 
la  mort  de  la  croix  ,  de  pardonner  à  celui  qui  fut  cause  des 
douleurs  amères  dans  lesquelles  j'ai  vécu  si  long-temps. 

ESMORÉE. 

Par  Apolin  ,  ma  mère,  jamais  il  ne  fut' ni  meurtre  ni 
méfait  qui  ne  vînt  au  grand  jour  et  ne  reçût  enfin  sa  digne 
récompense. 

ROBERT. 

Par  notre  seigneur  qui  fut  couronné  d'épines ,  Esmorée , 
mon  neveu,  si  l'auteur  de  ce  crime  m'était  connu,  il  rece- 
vrait la  mort  de  mes  mains ,  à  moins  que  la  terre  ne  vînt  à 
l'engloutir  :  oui ,  mon  épée  le  tuerait  et  mettrait  fin  à  son 
indigne  vie.  Ah!  si  je  connaissais  le  méchant  qui  vous  cou- 
vrit de  cet  opprobre ,  il  ne  saurait  m'échappcr  dans  aucun 
lieu  de  la  chrétienté. 

LA    REINE. 

Vivons  désormais  dans  un  contentement  parfait  et  ou- 


(35  ) 

blions  toutes  nos  douleurs ,  car  mon  cœur  ressent  une  joie 
sans  homes. 

LE    ROI. 

Allons ,  Esmorée ,  ne  songeons  plus  (jua  notre  honlicur. 
Mais  il  faut  que  vous  abjuriez  Apolin  et  Mahomet ,  et  que 
TOUS  creviez  en  la  Vierge  Marie  et  en  Dieu  le  père  éternel 
qui  nous  a  tous  créés  et  qui ,  par  sa  science  divine ,  a  fait 
naître  tout  ce  qui  respire  sur  la  terre.  Le  soleil ,  la  lune , 
le  jour  et  la  nuit ,  le  ciel  et  la  terre ,  les  arbres  et  les  plan- 
tes ,  tout  doit  l'être  à  sa  puissance  :  c'est  en  lui  que  tous 
devez  croire. 

ESMORÉE. 

Je  le  conjure  donc,  ce  Dieu  tout-puissant,  de  veiller 
aTant  tout  sur  les  jours  de  la  belle  Damiette  :  elle  a  droit  à 
ma  reconnaissance  ,  cette  jeune  et  noble  reine  de  Damas, 
qui  m'a  élcTé  avec  tant  de  soins  :  car  elle  est  bonne  et  sen- 
sible. Je  dois  l'aimer  par-dessus  toutes  les  femmes  du 
monde.  C'est  à  tort  que  je  ne  l'aimerais  pas ,  car  elle  me 
chérit  de  tout  son  cœur. 

ROBERT, 

Cela  n'est  que  trop  juste ,  Esmorée  :  oublions  toutes  nos 
peines.  Le  repas  est  serTi ,  mettons-nous  gaiement  à  table. 

SCÈNE   VL 

[A  Damas.) 

DAMIETTE. 

Hélas  !  qu'est-ce  qui  retient  Esmorée  et  l'empcche  de 
rcTenir  près  de  moi  ?  Je  crains  qu'il  ne  soit  perdu  ou  qu'il 
n'ait  fait  une  mauvaise  fin.  Peut-être  vit-il  au  sein  du  bon- 
heur et  ne  songe  plus  à  moi.  Je  connaîtrai  la  vérité  sur 
tout  ce  qui  le  concerne ,  dussé-je  parcourir  le  monde.  Où 
êtes-vous  Placus ,  savant  maître  ? 


(  36  ) 

SCENE  VII. 

DAMIETTE,  L'ASTROLOGUE. 
l'astrologue. 

Bonne  et  aimable  princesse ,  me  voici  prêt  à  vous  servir. 

DA3IIETTE. 

Maître ,  je  veux  aller  chercher  Esmorée  dans  tous  les  pays , 
(lussé-je  endurer  la  faim  et  la  soif ,  des  revers  et  des  hu- 
miliations. J'y  suis  résolue.  Un  amour  légitime  m'y  force.  Je 
vous  prie,  mon  cher  Astrologue,  de  ne  pas  me  quitter,  et 
de  m'aider  de  vos  conseils  pour  le  retrouver. 

l'astrologue. 

Rassurez-vous  ,  princesse  ;  puisque  telle  est  votre  volonté 
et  que  le  jeune  homme  vous  est  si  cher,  nous  le  chercherons. 

DAMIETTE. 

Allons  donc .  mon  maître ,  mettons-nous  en  route ,  en 

pèlerins. 

SCENE   VIII. 

[En  Sicile.) 

ESMORÉE,  DAMIETTE,  L'ASTROLOGUE.  Les  deux 

derniers  en  Jiahits  de  pèlerins. 

DAMIETTE    ET    l'aSTROLOGUE. 

Hélas  !  n'y  a-t-il  personne  qui  veuille  donner  l'aumône 
à  deux  pèlerins  égarés  et  dépouillés  par  les  brigands? 

ESMORÉE. 

Ah  !  Il  me  semble  entendre  Damiette  :  ne  l'entendsr-je 
pas  ?  Par  la  sainte  Vierge  3Iarie  !  comme  cette  voix  ressemble 
à  celle  de  Damiette  ,  celle  jeune  rcme  de  Damas,  que  j'adore 
par-dessus  toutes  les  femmes  du  monde.  Parlez,  que  j'en- 
tende votre  voix  :  elle  ressemble  à  la  sienne  d'une  manière 
étonnante. 


(37) 

DAMIETTE. 

Si  j'étais  au  palais  de  Damas,  vaillant  et  beau  jeune  homme, 
vous  me  reconnaitriez  mieux  que  sous  ce  costume  de  pèlerin. 

ES5I0RÉE. 

0  noble  femme  ,  ô  ma  chère  Damictte ,  est-ce  bien  vous  ? 
rien  ne  saurait  plus  mettre  obstacle  à  mon  bonheur.  Jamais, 
à  aucun  hôte  du  monde,  je  n'accordai  l'hospitalité  ayec  tant 
de  joie.  Racontez-moi,  noble  princesse,  comment  tous  êtes 
arrivée  dans  ce  pays. 

DA5IIETTE, 

Vaillant  guerrier,  je  conçus  le  projet  de  vous  chercher. 
Mais  comme  je  ne  pouvais  lexécuter  sans  m'exposer  à  de 
grands  dangers ,  je  pris  le  costume  de  pèlerin  et  j'errai  à 
l'aventure  dans  le  pays,  ayant  pris  avec  moi  Placus  ,  pour 
qu'il  me  protégeât. 

ES3I0RÉE. 

Où  êtes-vous ,  mon  père  bien  aimé?  Venez  voir  celle  qui 
m'aime  si  tendrement  et  avec  tant  de  constance  :  il  est  juste 
que  je  la  paie  de  retour  ,  elle  a  tant  fait  pour  moi. 

SCÈNE  IX. 

LE  ROI  CimÉTIEX,  ESMORÉE,  DAMIETTE, 
ROBERT,  L'ASTROLOGUE. 

LE    ROI    CnRÉTIE5. 

Aussi  je  veux  lui  faire  un  accueil  cordial  :  sovez  la  bien- 
venue, charmante  Damictte,  vous  seule  serez  reine  de 
Sicile.  Je  mettrai  la  couronne  sur  la  tête  de  mon  fils  et  vous 
deviendrez  son  épouse  :  car  je  suis  trop  avancé  en  âge 
pour  en  supporter  plus  long-temps  le  fardeau. 


(38) 

ROBERT. 

Par  Saint  Jean ,  ô  mon  oncle  el  mon  roi ,  Esmorée  en  est 
digne  ;  il  est  deTenu  un  chevalier  renommé  qui  manie  bien 
les  armes.  Le  projet  de  lui  céder  votre  couronne  me  paraît 
sage.  Approchez,  Damiette,  soyez,  l'épouse  du  jeune  roi. 

PLAGUS. 

Aidez-moi,  Mahomet!  je  m'étonne  de  me  posséder  dans 
un  pareil  moment.  0  Esmorée ,  noble  et  loyal  chevalier , 
c'est  lui  qui  est  cause  de  tous  vos  malheurs  :  au  fond  du 
cœur  il  désavoue  les  discours  de  sa  bouche.  C'est  lui  qui  vous 
vendit  à  moi ,  et  mille  livres  d'or  furent  le  prix  de  notre 
rnarché. 

ESMORÉE. 

Dites-moi,  maître,  ce  qui  en  est, 

PLAGUS. 

Par  Apolin  ,  il  y  a  dix-huit  ans,  je  me  transportai  au 
même  endroit  que  vous  voyez  d'ici.  Ecoutez  quels  étaient 
les  projets  de  ce  méchant  :  sans  aucun  doute,  il  vous  aurait 
fait  périr  dans  une  fosse;  il  vous  accablait  de  malédictions 
parce  que  votre  naissance  lui  enlevait  tout  espoir  à  la  cou- 
ronne. Son  air  me  fil  connaître  que  vous  lui  apparteniez  par 
les  liens  du  sang. 

ESMORÉE. 

Maître,  je  vous  en  conjure,  racontez-moi  tout  en  détail. 
Je  suis  au  désespoir  de  ne  pas  savoir  la  vérité  el  d'ignorer 
quel  est  celui  qui  a  causé  à  ma  mère  tant  de  peines  el  à  moi 
tant  d'opprobre.  « 

PLAGUS. 

Par  Mahom,  Robert  lui-même  est  l'auteur  de  tout.  Par 
mon  Dieu  Tervogant  !  il  vous  aurait  ravi  la  vie  :  il  était  sur  le 


(  39  ) 
j)0!nt  (le  consommer  ce  crime.  Je  l'entendis  cl  lui  dis  que  c'eût 
^Ic  un  lâche  forfoil  de  faire  mourir  ce  jeune  cl  illustre  enfant  j 
«le  sorte  que  je  vous  achetai  mille  livres  d'or  fin^ 


3BSaiOREE> 


Par  le  seigneur  qui  gouverne  tout ,  ce  crime  sera  vengé 
avant  qu'une  goutte  de  vin  désaltère  ma  soif.  Robert  votre 
dernier  jour  est  arrivé  :  où  êtes-vous ,  mon  père,  noble  baron , 
,e.t  vous  assassin  perfide  ? 


ROBERT. 

Par  Dieu,  mon  neveu,  cela  est  faux.  J'ai  toujours  été 
bon  et  loyal  serviteur,  et  je  ne  fus  jamais  ni  traître  ni  assassin. 

ESMORÉE. 

Taisez-vous ,  fils  d'une  mère  débauchée  !  le  crime  mie 
vous  avez  commis  est  bien  plus  exécrable  :  comment  a  pu 
vous  venir  l'idée  de  vendre  celui  que  les  liens  du  sang  vous 
attachaient  si  étroitement  et  de  faire  croire  à  mon  père  que 
ma  mère  avait  commis  ce  crime? 

ROBERT. 

S'il  est  quelqu'un  dans  le  pays  qui  m'accuse ,  je  veux  entrer 
en  lice  avec  lui  pour  soutenir  mon  innocence. 

PLAGUS. 

Taisez-vous ,  homme  perfide  ;  vous  l'auriez  assassiné ,  si 
je  n'étais  pas  arrivé  près  de  vous.  Jamais  je  ne  fus  si  satis- 
fait, que  lorsque  je  parvins  à  le  tirer  de  vos  mains  à  prix 
«l'argent.  Je  vous  le  donnai ,  sans  le  compter ,  dans  une 
cassette  d'ivoire.  Je  parie  ma  tête  qu'on  la  retrouverait 
<;ucore  dans  vos  coffres. 

ESMORÉE. 

Malheur  à  vous ,  Robert ,  monstre  abominable  ,  je  vous 


(40  ) 

hais  à  juste  titre.  Voici  le  jour  de  \otre  supplice;  l'univers 
entier  ne  saurait  vous  en  arracher. 

(/ci  on  pend  Robert.) 

EPIIiOGUE. 

ESMORÉE. 

Ainsi  l'on  voit  toujours  à  mauvaise  vie  mauvaise  fin  :  les 
cœurs  purs  et  vertueux  finissent  par  triompher.  Je  vous  con- 
seille donc  tous ,  qui  que  vous  soyez  hommes  ou  femmes , 
de  ne  jamais  quitter  le  sentier  de  la  droiture  :  ainsi  vous 
serez  un  jour  unis  à  ce  Dieu  dont  le  trône  sublime  est 
dans  les  cieux  où  vous  entendrez  les  concerts  divins  des 
anges.  Que  le  père  céleste  nous  donne  cette  grâce  !  et 
nous ,  répétons  tous  Amen. 

PLAGus,  au  public. 

Que  Dieu  nous  accorde  à  tous  sa  protection ,  vous  avez 
pu  voir ,  hommes  sages  et  prudens  ,  quelle  vengeance 
Esmorée  a  prise  de  Robert ,  son  oncle. 

Que  personne  ne  quitte  sa  place  pour  retourner  chez  lui , 
car  nous  allons  jouer  une  Sottie  (1)  qui  sera  courte.  Ce- 
pendant si  quelqu'un  d'entre-vous  est  pressé  par  la  faim  ou 
la  soif ,  qu'il  aille  prendre  des  rafraîchissemens  eu  descen- 
dant par  cet  escalier.  Si  vous  vous  êtes  bien  amusés ,  revenez 
tous  demain. 


(i)  Nous  ne  donnons  pas  la  traduction  de  cette  Sollie  ou  Farce,  qui 
suit  immédiatement  le  drame  d'Esmorée  ,  parce  qu'elle  n'oiFrirait  peut- 
ctre  pas  le  même  intérêt  pour  nos  lecteurs. 


(41  ) 


^«♦itt  Wan  i^cttxh^si.  (i) 


L'amour  effréné  de  la  liberté  contribua  à  procurer 
à  la  réformation  un  succès  rapide  dans  la  ville  de 
Gand ,  et  amena  ces  scènes  tumultueuses  par 
lesquelles  cette  ville  eut  le  malheur  de  se  distin- 
guer dans  le  cours  de  la  guerre  des   Pays-Bas. 

Schiller- 


II  est  pénible  d'avoir  à  réveiller  le  souvenir  des  crimes 
de  l'ambition  ;  d'avoir  à  retracer  le  portrait  d'un  homme 
qui  jeta  sa  patrie  dans  un  abîme  de  maux ,  et  de  rappeler 
ces  affreuses  guerres  religieuses  qui  ensanglantèrent  la  Bel- 
gique au  XVI''  siècle  ;  c'est  cependant  une  obligation.  S'il 
est  utile  d'exposer  souvent  aux  yeux  le  spectacle  des  vertus 
civiles  et  religieuses  récompensées ,  il  n'est  pas  moins  né- 
cessaire de  montrer  aussi  l'homme  coupable  et  puissant, 
atteint  enfin  par  la  justice  de  la  Providence ,  et  servant  de 
déplorable  exemple  à  ceux  qui  seraient  tentés  de  marcher 
dans  ces  mêmes  voies  criminelles. 

Les  idées  de  réforme  religieuse  et  politique  ,  qui  avaient 
pris  naissance  en  Allemagne  et  à  Genève  ,  avaient  pénétré 
de  bonne  heure  dans  les  Pays-Bas ,  malgré  les  érUls  sévères 
de  Charles-Quint  (2).  La  secte  des  Anabaptistes ,  aujour- 


(i)  Le  portrait  que  nous  donnons  ici  est  exécuté  d'après  une  bonne  copie 
faite  sur  l'original,  appartenant  à  l'un  des  descendants  de  Van  Ilembyze. 
Nous  devons  la  communication  de  cette  copie  à  l'obligeance  de  M.'^  \\n- 
chitccfc  Goatghebuer ,  qui  possède  une  précieuse  collection  d'estampes 
et  de  dessins  d'anciens  monumens  de  la  ville  de  Gand  ,  ainsi  que  de  por- 
traits de  ses  hommes  illustres. 

(2)  Publiés  en  iSaô,  iSsg  et  souvent  renouvelés  ultérieurement. 


(42) 

d'hui  si  paisible ,  avait  séduit  des  hommes  qui  appartenaient 
aux  classes  lionoraHes  de  la  société.  Nous  lisons  dans  un 
de  nos  chroniqueurs  les  plus  consciencieux  et  les  plus  im- 
portans  pour  cette  époque  (1)  qu'à  Gand,  le  chevalier  de 
Jérusalem  Josse  de  Bakker ,  en  1530  (2);  Arnould  de 
Jaeghere  et  Jean  de  Genlbrugge,  en  1534;  le  chirurgien 
Liévin  Van  de  Walle  et  Alexandre  Huyhrechts,  en  1536  ; 
furent ,  les  uns  brûlés  vifs ,  les  autres  décapités  pour  crime 
d'hérésies. 

Les  sociétés  de  rhétorique  de  la  Flandre ,  déjà  célèbres 
avant  que  les  Jeux  Floraux  fussent  connus  en  France, 
contribuèrent  à  répandre  les  opinions  de  la  réforme.  En 
1539,  celle  de  Gand,  dite  des  Fontaînîstes,  demanda  aux 
sociétés  des  villes  voisines ,  quelle  était  la  plus  grande  con- 
solation de  l'homme  mourant?  La  chambre  de  rhétorique 


(i)  Pater  de  Jonghe ,  Gendsche  geschiedenissen ,  Gend,  1781.T.  I 
en  If.  —  Voyez  aussi  :  Historié  der  Hervormde  TcerTc  te  Gend ,  door 
IF.  Te  Water.  Utrecht,  lySG.  '\n-Z.°^assim.  On  sait  que  le  fils  de  l'au- 
teur publia  à  Utrecht,  en  i  ^94 ,  un  appendice  de  85  pages  et  qu'il  y  ajouta 
un  nouveau  titre  à  l'ourrage  de  son  père. 

(2)  Déjà  avant  cette  année,  des  partisans  des  nouvelles  doctrines  avaient 
été  mis  à  mort  dans  d'autres  villes  des  Pays-Bas.  En  iSaS  ,  Jean  ,  prêtre 
3  Woerden  ,  en  Hollande ,  et  la  noble  dame  van  Bigarden  avec  son  fils  à 
Bruxelles  :  en  if)2^  ,  une  jeune  fille  nommée  "NYendelmat ,  à  La  Haye  j  en 
iSaS,  Henri  Ylaminck ,  moine  augustin  à  Tournai  ;  en  iSag  ,  Guillaume 
de  Zwoll ,  3  Malines.  Aboyez  de  Beschryvinge  van  de  geschiedenissen 
in  der  religie  saecJcen  toegedragen  in  de  Nederlanden.  Deerste  Boecli. 
GedrucJit  in  Augusto  iSSg.  kl.  in-B."  L'auteur  de  cet  ouvrage  de  la  plus 
grande  rareté  ,  est  Jacques  Van  JVesemheecTce ,  conseiller  pensionnaire 
de  la  ville  d'Anvers.  Un  exemplaire  en  flamand  en  a  été  vendu  ,  à  la  vente 
du  capitaine  Michiels  ,  à  Anvers,  en  1^81  ,  fl.  4^i  4  ^o"^  ^^  change 
(97  ^''*  IZ  ^•)  '•  '^'^'^'^  exemplaires  ont  été  vendus,  à  la  vente  du  comte  de 
Proli ,  à  Anvers  ,en  1785 ,  l'un  auprix  de  70  fl.  (148  fr.  i4  c),  l'autre 
4o  fl.  (84  fr.  65  c.)  A  la  même  vente,  un  exemplaire  français  fut  payé 
i3o  fl.  (2;5  fr.  i3  c.) 


(43) 

<le  Bcrgucs  S.'  Winox  ayant  répondu  :  "  La  confiance  dans 
le  Christ  et  dans  son  Esprit.  „  remporta  le  second  prix  : 
les  Gantois  avaient  jugé  que  cette  solution  renfermait  toute 
lesseuce  de  la  religion  reformée  (1).  Les  diverses  questions 
et  les  moralités  {^sinneheelden  )  proposées  par  les  sociétés 
de  rhétorique  des  Pays-Bas ,  et  surtout  de  la  Flandre  , 
éveillèrent  la  soupçonneuse  inquiétude  de  Philippe  IL  Ce 
prince,  par  un  placart  en  date  du  26  Janvier  1559,  défendit 
tous  ces  Jeiix  d'esprit  auxquels  on  mêlait  des  questions 
et  des  matières  qui  jetaient  le  trouble  dans  la  religion 
cathoUque{2).  Toutefois  ces  mesures  vinrent  échouer  contre 
les  progrès  de  la  réforme  qui  se  propageait  avec  tant  de 
rapidité,  qu'en  1544  la  ville  de  Gand  eut  son  ministre  évan- 
gélique ,  dont  le  nom  n'est  point  parvenu  jusqu'à  nous  (3). 
A  la  suite  de  ces  prédications ,  bon  nombre  d'habitans  em- 
brassèrent les  nouvelles  doctrines  de  Luther  ,  et  furent 
exposés  à  de  cruelles  persécutions  qui  firent  naître  de  nou- 
veaux prosélytes. 

Enfin  s'alluma  dans  les  Pays-Bas  la  plus  affreuse  et  la 
plus  longue  des  guerres  civiles  et  religieuses  dont  les  an- 
nales de  l'histoire  fassent  mention.  Les  chefs  de  la  révolution 
^  oulurent  arracher  violemment  leur  patrie  à  la  cruauté  des 
Espagnols ,  et  compromettre  tout  le  peuple ,  afin  de  le  forcer 
à  abattre  son  ennemi ,  pour  ne  point  périr  par  le  bûcher  ; 
ils  mirent  donc  la  hache  et  la  torche  aux  mains  des  icono- 
clastes ,  race  impie  et  grossière.  Alors  parut  le  duc  d'Albe , 
exécuteur  impitoyable  des  vengeances  de  son  maître,  et 
à  sa  voLx  ,  pendant  plusieurs  années  ,  le  sang  innoncent 
comme  celui  du  coupaljle  inonda  chaque  jour  nos  places 


(i)  Van  Meteren  nederl.  historié,  i  boek  ,  bladz.  i6.  a. ,  et  M.''  N.  Cor- 
nclissen  ,  notice  sur  les  chambres  de  Rhétorique ,  etc.  Gand ,  1 8 1 2.  in-8.° 

(2)  Plakkaet-boek  van  Vlaenderen.  bladz.  8i5,  81G,, 

(3)  Historié  der  Martclarcn.    i   deel.  fui.  44- 


(44) 

publiques.  "  C'est  pourquoi  des  gens  d'esprit ,  de  vertu  ,  de 
probité  et  de  littérature  étaient  préoccupés  autant  et  plus 
que  les  autres  contre  les  Espagnols,  et  se  distinguaient 
dans  le  maniement  des  affaires ,  et  dans  toutes  les  mesures 
contre  eux  ;  il  y  en  eut  plusieurs  qui  s'emportèrent  bien 
loin,  jusqu'à  embrasser  les  erreurs  et  l'hérésie;  car,  comme 
les  premières  persécutions  se  fondaient  sur  la  religion ,  le 
respect  se  perdit  pour  n'avoir  rien  de  commun  avec  une 
nation  qui  la  professait  avec  un  zèle  si  outré ,  et  l'antipathie 
qu'on  se  sentait  pour  les  Espagnols  rejaillit  sur  la  religion 
même.  ,,  (1). 

Mais  alors  il  y  avait  aussi  aux  Pays-Bas ,  une  autre  classe 
d'hommes,  qui,  le  cœur  endurci  par  les  horreurs  de  la 
guerre  civile  ,  et  ayant  perdu  tout  sentiment  de  foi  et 
d'honneur ,  sans  amour  ni  pour  leur  terre  natale ,  ni  pour 
la  véritable  liberté  ,  voulaient  s'élever  sur  les  ruines  de  leur 
patrie.  Au  milieu  d'eux  apparaît  et  domine  la  grande  figure 
de  Van  Hembyze  dont  la  carrière  politique  et  la  catastro- 
phe sont  un  des  épisodes  les  plus  dramatiques  de  ces  temps 
de  trouble. 

Issu  de  la  noble  et  illustre  famille  de  Silly ,  dont  les 
descendans  ont  brdlé  en  Hainaut,  en  Flandre  et  en  France, 
Jean  Van  Hembyze,  appelé  dans  nos  chroniques  Jonhheer 
Jan,  avait  été  comblé  de  tous  les  dons  de  la  naissance, 
de  la  fortune  et  des  talens.  Il  naquit  à  Gand  en  1513,  de 
Jean  Van  Hcmbyze,  échevin  des  Parchons  en  1545,  et  de 
Wilhelmine  ïriest ,  fille  de  Josse.  Il  épousa  en  premières 
noces  la  dame  Jeanne  De  Waerhcm  ;  devenu  veuf,  lorsque 
sa  mauvaise  étoile  l'eut  ramené  à  Gand  après  son  expulsion, 
il  prit  pour  seconde  femme  l'une  des  filles  d'un   genlil- 


(i)  Voy.  Vander  Vynchl ,\\\si.  tics  troubles  des  P,-B.  Brux.  1822.  v.  I. 
]i.  I  3.  édit.  de  M.""  de  ReifTenberg.  Dans  le  cours  de  ccUe  notice,  on  s'aper- 
cevra que  j'ai  mis  souvent  cet  excellent  auteur  à  contribution. 


(45  ) 

homme ,  conseiller  au  Conseil  de  Flandre ,  et  dont  les  des- 
cendants existent  encore  dans  la  Flandre-Occidentale  (1). 
Jean  Van  Hembyze  avait  reçu  le  bienfait  d'une  éducation 
solide,  à  une  époque  où  le  génie  d'Erasme  et  la  propaga- 
tion de  l'imprimerie  faisaient  revivre  les  chefs-d'œuvre 
d'Athènes  et  de  Rome  ,'et  avait  acquis,  dés  sa  jeunesse,  une 
profonde  connaissance  des  hommes  et  des  choses;  peut- 
être  aussi  les  écrits  spirituels  et  satiriques  de  l'auteur  de 
V Eloge  de  la  Folie,  eurent -ils  sur  ses  idées  religieuses 
l'influence  qu'ils  avaient  exercée  sur  le  père  du  savant 
Daniel  Hensius,  son  concitoyen  (2).  Divers  voyages  en  Eu- 
rope ,  la  connaissance  de  plusieurs  littératures  étrangères 
et  celle  des  sciences  exactes,  l'étude  enfin  des  anciennes  con- 
stitutions politiques  avaient  développé  son  jugement  :  ajoutez 
à  toutes  ces  qualités  une  éloquence  facile  et  persuasive , 
une  grande  activité  de  corps  et  d'esprit ,  un  génie  entre- 
prenant ,  subtil  et  délié  ,  un  amour  simulé  du  bien  public , 
une  rare  tempérance  (3) ,  enfin  une  connaissance  peu  com- 

(i)  Yoycz  Marcus  Van  Vaernewyck ,  historié  van  Belgis  ,  Gend 
(i83o)  D.  J.  Vander  Haeghen,  2  deeîen  in-8°.  Cette  nouvelle  édition 
qui  est  très-soignée  ,  est  infiniment  plus  am[)le  que  toutes  les  précédentes. 
On  y  trouve  en tr 'autre  un  appendice  de  i3G  pages  sur  les  Gantois  cé- 
lèbres {alphahelische  heredeneerde  naemlyst  der  Gentenacren  die... 
eenen  onslerffelyhen  naem  verivorven  hehbcn).  Ces  biographies,  pu- 
bliées sans  nom  d'auteur ,  et  qui  renferment  des  renseigncmens  pré- 
cieux pour  celui  qui  voudrait  écrire  une  Biographie  de  la  Belgique  , 
ont  pour  la  plupart  été  rédigées  par  trois  de  nos  amis,  que  la  mort  nous 
a  enlevés  en  moins  de  quatre  ans,  MM.  Ilye-Schoutheer ,  secrétaire  de 
la  régence  ,  L.  De  Bast ,  secrétaire  de  la  Société  royale  des  Beaux -Arts, 
et  J.  F.   Van  Iloorehehe ,  pharmacien  et  antiquaire  instruit. 

(2)  Mcursii  Athen.  Rat.  pag.  21 1. 

(3)  Sa  devise  était  sohriè  et  vigilant sr.  Un  auteur,  dont  le  nom  nous 
échappe  ,  a  fait  la  remarque  que  presque  tous  les  ambitieux  étaient  très- 
sobres,  sans  doute  par  crainte  de  trahir  leurs  desseins  secrets.  On  possède 
encore  aux  archives  de  la  ville  de  Gand  quelques-uns  des  coins  originaux 

avec  lesquels  Van  Ilembyze  fit  battre  monnaie  en  son  nom,  lorsqu'il  était 

à  l'apogée  du  pouvoir,  et  qui  portent  sa  devise. 


(  46  ) 

mune  de  l'étal,  des  ressources  et  des  diverses  administra- 
tions de  la  Flandre,  dans  lacpielle  il  avait  souvent  occupé 
des  magistratures.  Ces  qualités  étaient  malheureusement 
effacées  par  des  vices  qui  plongèrent  sa  ville  natale  et  les 
Pays-Bas,  dans  d'épouvantables  désordres ,  et  dont  la  plu- 
part des  historiens  n'ont  pas ,  ce  nous  semble ,  assez  senti 
les  désastreuses  conséquences  sur  la  marche  des  événémens , 
pendant  nos  troubles  du  XVI^  siècle. 

Dévoré  d'une  ambition  insatiable  et  sans  bornes ,  artifi- 
cieux ,  fougeux  dans  ses  passions ,  Van  Hembyze  avait  cru 
ne  pouvoir  plus  facilement  dominer  le  parti  des  Gueitx 
qui  devaient  lui  servir  de  marche— pied  à  la  souveraineté 
popidaire,  qu'en  vouant  aux  Espagnols  et  aux  catholiques  une 
haine  implacable  et  qu'en  reniant  le  Dieu  de  ses  pères  (1). 
Il  disposait  à  son  gré  d'un  peuple  nombreux,  aguerri  par 
dix  ans  de  guerre  civile  et  accoutumé,  depuis  la  destruc- 
tion des  manufactures ,  à  ne  vivre  que  du  pillage  des  églises, 
des  abbayes  et  des  couvents.  A  son  moindre  signal  30,000 
hommes  armés  obéissaient  aveuglément  à  ses  ordres.  Il  avait 
recherché  son  principal  appui  dans  le  sein  de  sa  nom- 
breuse et  puissante  famille  :  ses  trois  frères  François,  Antoine 
et  Roland  Van  Hembyze ,  ainsi  que  son  cousin  Bussaert  Van 
Hembyze  ,  seigneur  de  Gits ,  étaient  ses  instrumens  dociles 
et  dévoués  :  ils  lui  prêtaient  dans  toutes  les  circonstances 
le  secours  de  leurs  bras  et  de  leur  conseil  :  aussi  les  avait-il 
fait  entrer  dans  le  magistrat  gueux  de  la  ville  de  Gand , 
comme  l'appellent   les  auteurs  contemporains.  On   devine 


(i)  Cependant  le  P.  DeJonghe,  I.  4^9»  tlit  avoir  lu  dans  un  ancien 
manuscrit ,  que  Van  Hembyze  était  mort  catholique ,  quoiqu'il  eut  été 
accompagné  jusque  sur  l'échafaud  par  Jacques  Hinnedonch ,  ministre 
protestant  de  S.^  Bavon.  Van  Meteren,  au  contraire,  VIII,  Boek.  fol.  i^S. 
c.  nous  assure  que  ce  fameux  tribun  a  bien  prouvé  qu'il  n'avait  ni 
religion  ni  amour  pour  sa  patrie.  • 


(47) 

facilement  qu'un  tel  homme  était  peu  scrupuleux  sur  les 
moyens  de  se  débarrasser  de  ses  ennemis,  et  de  se  procurer 
de  l'argent  pour  acheter  des  créatures  qu'il  attachait  à  sa 
personne ,  soit  par  des  dons  semés  avec]  adresse ,  soit  par 
une  coupable  indulgence  pour  leurs  crimes. 

Van  Hembyie  était  surtout  impatient  de  toute  domina- 
tion ,  et  ne  reconnaissait  de  maître  qu'autant  qu'il  croyait 
pouvoir  le  faire  servir  à  ses  projets  :  son  aversion  pour  le 
Prince  d'Orange  était  aussi  grande  que  pour  rarchi<luc 
Matthias  et  les  autres  pouvoirs  qui  [succédèrent  à  ce  prince. 
Mais  il  détestait  avant  tout  la  France ,  sans  doute  parce  que 
l'intervention  de  cette  puissante  monarchie  dans  les  affaires 
des  Pays-Bas,  effrayait  ses  projets  de  république  et  de  dic- 
tature suprême.  En  effet,  l'établissement  d'une  republique 
était  l'unique  pensée  qui  dirigeât  toute  sa  conduite.  Combi- 
nant les  principes  démocratiques  de  Sparte  et  de  Rome , 
avec  ceux  du  Luthéranisme ,  son  but  était  de  faire  de  Gand 
une  nouvelle  Genève  ,  et  nous  sommes  forcés  d'avouer  que 
l'organisation  politique  qu'il  lui  donna,  quelque  compliquée 
qu'elle  fut,  porte  l'empreinte  du  génie  (1).  Ce  despote  que 
nous  avons  vu  si  impérieux  à  l'apogée  du  pouvoir ,  fut  lâche 
et  tremblant  lorsque  la  faveur  populaire  l'abandonna  de- 
vant la  seule  présence  du  Prince  d'Orange  :  et  plus  tard , 
quand  les  hommes  de  son  propre  parti  vinrent  lui  demander 
sa  tête  en  expiation  de  ses  forfaits  et  de  sa  trahison  ,  il  versa 
des  larmes ,  comme  un  enfant.  La  terreur  de  la  mort  le 
priva  à  tel  point  de  l'usage  de  ses  facultés  intellectuelles, 
qu'il  ne  sût  plus  écrire  correctement  ni  son  propre  nom , 
ni  la  date  de  l'année  de  son  sup])licc  (2). 


(i)  Voyez,  cette  constitution  dans  Vander  Vinckt ,  L.  C.  II.  i2-23. 

(2)  Voyez  dans  l'ancienne  collection  du  Messager  des  Sciences  et 
des  Arts,  VI.  43i  ,  les  lettres  inédites  de  Van  llenibyzc,  du  Comte 
d'Egmont  et  do  la  reine  Elisabeth  ,  publiées  par  l'auteur  de  cette  notice. 


(48) 

La  conduite  de  Vau  Hembyzc  eut  l'influence  la  plus  dé- 
cisive, sur  le  cours  de  la  révolution  contre  la  tyrannie  es- 
pagnole. Cet  ambitieux  en  voulant  former  de  la  ville  de 
Gand  et  de  la  Flandre  qu'il  avait  soumises  à  son  pouvoir , 
une  républitpie  particulière  qui  ne  reconnaissait  l'autorité 
ni  des  états,  ni  du  prince  d'Orange ,  ni  de  l'archiduc  3Iat- 
thias ,  ni  du  duc  d'Alençon ,  annihila  les  heureux  effets  que 
l'on  attendait  de  la  célèbre  pacification  de  Gand ,  fit  naitre 
chez  les  Wallons  le  tiers-parti  des  tnécontens ,  qui  ouvrirent 
la  Belgique  aux  conquêtes  du  prince  de  Parme,  opéra  la 
scission  des  XVII  provinces  des  Pays-Bas,  et  força  le  prince 
d'Orange  à  cimenter  un  coalition  plus  intime  des  provinces 
du  Nord ,  qui ,  sous  le  nom  fameux  </'  Union  d' Uirecht , 
devint  la  pierre  fondamentale  de  la  république  Hollandaise. 

Semblables  au  flux  et  au  reflux  d'une  mer  orageuse , 
tour— à-tour  vainqueurs  et  vaincus,  à  Gand,  le  parti  des 
catholiques  et  celui  des  gueux  avaient  porté  la  perturbation 
dans  le  pays  et  arrêtaient  la  marche  des  événemens  :  ce 
dernier  se  divisait  encore  en  deux  factions  dont  l'une,  visant 
à  une  entière  mdépendance  républicaine,  avait  pour  chef  Van 
Hembyze,  tandis  que  celle  de  Ryhove  voulait ,  avec  le  prince 
d'Orange ,  la  confédération  des  provinces.  La  révolution 
faisait  une  halte  forcée  au  milieu  du  sang  et  des  crimes  de 
toute  espèce,  et  nulle  part  la  célèbre  Pacification  de  Gand 
n'était  plus  ouvertement  violée  que  dans  la  ville  où  elle 
avait  été  signée.  Pour  mettre  un  terme  à  tant  de  calamités  , 
l'archiduc  Maltliias  et  les  Etats-Généraux  pubbèrent  le  7 
Juillet  1578,  un  règlement  pour  l'exercice  des  deux  reli- 
gions; il  avait  pour  base  la  Pacification  de  Gand.  Ce  rè- 
glement, nommé  Paix  de  religion,  contenait  dix-huit 
articles  (1).  On  y  faisait  le  partage  des  églises  paroissiales 
et  des  chapelles  de  la  ville.  La  religion  réformée ,  désignée 

(j)  Voy.  p.  Bot,  XHI  Boek,  Ll.  72  en  P.  de  Jonglie,  II.  gS. 


(  ^i^  ) 

la  première,  obtenait  les  églises  de  S.*  Jean  (aujourd'luii 
S.^Bavon),  de  S. '^  Sauveur ,  de  Notre-Dame  (maintenant 
détruite),  etc.,  etc.  On  y  pourvoyait  à  la  subsistance  des 
religieux  et  des  religieuses  ,  enfin  l'on  y  prononçait  des 
peines  contre  ceux  qui  troubleraient  l'exercice  de  l'un  ou 
de  l'autre  culte.  Hembyze ,  soutenu  par  le  conseil  des  XVIII 
et  le  fougueux  Datlienus  ,  ministre  de  la  nouvelle  religion , 
voulait  repousser  ce  règlement ,  jusqu'à  ce  que  la  liberté  de 
culte  eut  été  généralement  accordée  dans  les  XVII  provin- 
ces (1).  L'influence  du  prince  d'Orange  ,  venu  exprès  en 
personne  à  Gand,  pour  mettre  un  terme  à  des  troubles  si 
nuisibles  à  l'avancement  de  ses  projets ,  et  la  faction  de 
Rvhove  l'emportèrent  enfin  :  ledit  passa  en  résolution  et 
fut  publié  au  son  de  trompe ,  sur  la  place  de  la  maison- 
de- ville,  le  27  Décembre  1578. 

Quelques  jours  auparavant ,  l'abbé  de  S.*  Pierre  avait  ob- 
tenu de  l'archiduc  Matthias  l'ordre  de  pouvoir  arrêter  la 
démolition  de  son  abbaye  qu'exécutait  Jean  Vander  Laer , 
commissaire  de  la  ville,  accompagné  d'un  certain  nombre 
d'ouvriers  (2),  Cet  ordre  ,  auquel  le  magistrat  s'était  soumis 
à  regret ,  augmenta  la  défiance  naturelle  de  Van  HemJiyxc 
à  l'égard  des  catholiques.  Aussi ,  quoique  la  paix  de  reli- 
gion dût  paraître  bien  plus  hostile  à  ceux-ci  qu'aux  réfor- 
més, afl'ectant  sans  doute  de  craindre  quelque  restriction 
mentale  de  leur  part ,  il  leur  fit  signer  la  déclaration  sui- 
vante ,  à  laquelle  il  apposa  lui-même  sa  signature  avec  le 
second  échevin.  Celte  pièce  intéressante  a  échappé  juscju  ici 
aux  investigations  de  P.  Bor  ,  du  Père  De  Jonghc  ,  do 
Te  Water,  et  de  tous  les  écrivains  qui  se  sont  occupés  de 
l'histoire  de  nos  troubles  religieux.  Nous  en  devons  la  com- 
munication à  l'obUgeance  de  M.'^  Parmentier,  archiviste  de 


(i)   Ilisl.  der  Jleri'ormde  kerke  le  Cent ,  dour  Jf.  Te  //  uler.  bl.  \o, 
(2)   Gendsche  f^esch.   I.  f)3. 

4 


(50  ) 

la  \ille  de  Gand ,  qui ,  en  moins  de  quatre  années ,  a  déjà 
mis  tant  d'ordre  dans  le  riche  dépôt  confié  à  son  activité 
et  à  ses  connaissances   (1). 

Forme  et  projet  de  Serment,  en  remplacement  du  Serment 
pvMié  à  Gajid,  par  la  paix  de   religion,  le  21  Dé— 
ccmhre  1578. 
Nous  etc. ,  Jurons  et  promettons  au  nom   du  Dieu  tout- 
puissant,  cFoLscrcer  inviolahlement  et  en  son  entier  Védit 
de  la  paix  de  religion  sur   l'exercice   des   deux   cull£S  , 
puhlié  par  le  magistrat  de  la  ville  de  Gand,    le  27  Dé— 
cemhre  78  ;   par   conséquent  de   défendre   fîdUement    les 
privilèges  de  la  susdite  ville,   ainsi  que  les  habitaîis  de 
celle-ci ,  de  corps  et  de  biens  ,  tant  de  l'une  que  de  l'autre 
religion  ;  d'aider  à  les  tenir  en  jyaix,  repos  et  tranquillité , 
sous  peine  d'être  punis  de  nos  corps  et  de  nos  Liens ,  par 
ledit  magistrat  :  nous  soumettant ,  tant  ecclésiastiques  que 
sécidiers,  à  être  leurs  Justiciables  ;  et  quant  à  nous,  qui 
sommes  de  la  religion  romaine,  jJour  prévenir  toutes  dis- 
sentions  et  méfiances,  nous  7ious  désistons  j^ar  les  présen- 
tes de  tous  les  privilèges ,  de  toutes  les  immunités,  et  exemp- 
tio7is  qui  pourraient  nous  cire  favorables ,  jmr  les  droits 

(i)  Vorme  ciide  concept  van  Eede  in  de  plaetse  van  Eede  ghepucblicecrt 
biniien  Gliencltby  de  religioens  vrcde  den  27  Decembris  LXXVIII. 
Wy  etc. ,  sweercn  cnde  beloven  by  God  almachtich  vast  ende  onver- 
brckellk  't  lionderhoudene  d'ordonrantie  van  den  religions  vrede  up 
d'excrcilie  van  beede  de  rcligicn  ,  by  den  magistraet  der  stede  van  Gheiidt 
den  27  Deceinber  78.  gliepublicecrt ,  dienvolghendc  de  previlegien  der 
voorsevdei"  stede  ,  00c  aile  de  jusetenen  der  zelvcr  ,  zo  van  d'ecne  als 
dandcre  leligie,  ghetrouwelyk  te  beschermen  in  lyfve  ende  goede,  ende 
le  lielpen  houdcne  in  paisc  ,  ruste,  cnde  vrede,  up  peijne  van  bij  't  voor- 
iiocmde  magistraet,  zo  in  lyfvc  als  goede,  ghepuniert  tCAverdene  ,  alwaer 
wyliedcn  zo  ghecstelj-cke  als  weerlicke  ons  te  redite  stellen  ende  ad- 
voueren ,  ciide  onie  l;y  ons  van  roomsehe  religle  aile  difTidentien  cnde 
misvcrlrouwen  te  weerene ,  renimcbieren,  ende  gaen  af  by  dcsen,  van 
iillc  previlegien  ,  vryhcdcn  ende  cxcmptieii,  die  ons  wt  Lcyserlickc  ,  pau- 


(51   ) 

impèrîmix ,  ou  canoniques  ;  jmr  les  conciles  ou  autrement, 
tant  par  grâces,  induites,  dispenses  obtenues  ou  à  obtenir 
de  la  part  de  V autorité  ecclésiastique  ou  civile ,  que  sous 
quelque  prétexte  ou  serment  prêté  ou  à  jn'êter  à  ce  contraire, 
et  nommément  à  l'opinion  de  quelques  uns  qu'en  matière 
de  religion  et  de  foi ,  on  ne  serait  point  obligé  de  tenir 
promesse  et  fidélité  à  ses  adversaires ,  laquelle  opinion, 
au  jnoyen  de  ce  qui  est  dit  ci— dessus ^  nous  abjurons ,  aux 
fins  et  effets  précités. 

En  témoignage  de  quoi  cet  acte  a  été  souscrit,  au  désir 
des  deux  parties,  tant  ecclésiastiques  que  laïques  par 
les  prénommés  abbés  de  S.^  Pierre  et  de  Tronchien- 
nes ,  au  nom  du  clergé,  et  par  les  deux  premiers  échevins  de 
la  ville  de  Gand,  au  nom  des  séculiers,  /e  14  Janvier  1579. 

Gheleyx,  abbé  de  S.'-  Pierre. 

LiÉviy ,   humble  abbé  du  couvent  de   Tronchiennes, 

J.  Hembyze. 

GiLLIS  BORLUUT. 


selicte  ,  caiinonicke  rechten  ,  concilien  ,  eiide  aiulerssins  soude  moglien 
te  batcn  commen  ,  zo  by  absolutien  ,  gratien  ,  iiidultcii ,  dispensaticii, 
vercreghem  ofte  te  vercrygbene  by  gheestelicke  ofte  weerlicke  overJieijt, 
ofte  met  eeriighe  pretexien  of  eeJe  gheclaen ,  ofte  te  doene  ter 
contrarien ,  ende  namelyk  der  opiiiie  van  eeujglie,  dat  mcn  in  styck , 
van  religie  etide  gheloove ,  der  wederpartije  iiiet  veri)onden  en  zoude 
zyn  belofte  ende  trouve  te  houdene,  de  ■wclckc  wij  met  aldies  voorseyd 
es,  afzweereii  teu  fijne  ende  efTccIe  voorscieven. 

Oorcondcn  zo  es  ditter  onderteekeud  ter  bcgheerte  vr.n  becde  partyen 
zo  glieestelic  als  weerlic  by  de  voonioenide  liecren  in  Gode  de  Prcluelen 
van  Sinte  Pietcrs  ende  Dronghene,  vulen  name  van  der  dcrgie  ende  viiten 
iiame  van  der  werclicke  by  beedc  de  voorschepcne  der  stcde  van  Gliendt, 
dcien  i4-"  January  i^^g. 

GiiELEïK  ,  abt  van  S.'  Pieters. 

LiEVEN,  oitmoedlcli  abt  van  clooster  van  Droghen. 

J.  IIeMDVZE  CnGlLLIS  BoKLLtX. 


(  52  ) 

Ceci  est  la  minute  originale  convenue  /e  14  Janvier  78, 
en  présence  des  abbés  de  S.^  Pierre  et  de  Tronchiennes , 
des  chanoines  Meyer  Meganck  ,  Maijaert  ,  Curtewille  , 
G.^  Wecnier,  des  curés  Mj  Louis Hmighe^MJ'  Jean  Fan 
Baie,  Adrien  FanLoo,  31  J  Pierre  Fan  de  Pulte ,  Fran- 
çois Her  zèle  ;  de  la  part  des  séculiers ,  en  présence  des  deux 
pi'emiers  éc/ievins ,  du  gentilhomme  Ch.^  Utenhove ^  de 
Dathenus  et  Bolle  ministres ,  du  gentilhomme  Josse  De 
Gruutere,de  G.^  Chasteleer,  £ albi au ,  Martin  Fanden 
Poêle,  Josse  Dehondt,  François  Everaerts ,  Liévin 
Goethals  et  Liévin  dHerde,  clerc. 

Au  dos  de  l'acte  se  trouve  ce  qui  suit  : 

Promesse  souscrite  par  les  abbés  seigneurs  de  S.^  Pierre 
et  Tronchiennes,  au  notn  des  ecclésiastiques  d'une  part, 
et  les  deux  premiers  échevins  de  la  ville  de  Gand,  d'autre 
part,  datée  du  \k  Janvier  1578.  Concernant  l'observance 
de  l'édit  de  la  Paix  de  Religion  ici  promidgée. 

Plus  tard  Van  Hembyze ,  chassé  par  la  faction  de  Ryhovc 
et  du  prince  d'Orange  ,  alla  se  réfugier  en  Allemagne  : 
rappelé  par  ses  partisans  à  la  fin  de  l'année  1583  ,  et  voyant 
les  progrès  que  fesaient  les  armes  du  prince  de  Parme , 
il  voulut  racheter  son  pardon  des  Espagnols,  en  leur  livrant 
sa  ville  natale.  Il  fut  arrêté  et  emprisonné  par  ces  mêmes 
hommes  dont  il  avait  été  l'idole.  Accusé  de  trahison  et 
d'autres  crimes  qui  emportaient  la  peine  de  mort ,  (  Fan 
verraed,  munte,   roof,  moord  en    gewcld),   il  fut   con- 


Dis  es  cic  orii^iiieele  minute  ,  glieaccordeert  den  i4  Jaiiuary  ^8.  prescrit 
prclatcii  Sinte  Pieters  eiule  Dronglieue  ,  caiioiiickun  Rleycr  ,  Meganck  , 
Mayaert,  Curtewille ,  IM."^  G.'  AVcciiier  ,  pasteurs,  heer  I.oys  Iluughe, 
M.*"  Jau  Yaii  Dale,  Adriacn  Vau  Loo,  Franch  Herzele ,  Yan  Weerlicke 
bcccle  (le  voorscepcnen  Jor  Charles,  Dallieiuis  en  Bolle  miuisters, 
Jo."'  Joes  De  Grutere ,  G.»  Chasteleer,  Balbiau  j  Marten  Vanden  Pocle , 
Joos  Dcliondt,  Fraiicli  liveraert,  F,."  Goetlials  eu  I,."  Dhenlc  als  clerc(|. 


(  •'53  ) 

damné,  cl  décapité  le  4aorilir)84,  sur  la  place  de  Sainte 
riiaraïldc,  aujourd'hui  Marché  au  Poisson.  Scion  l'arrêt  du 
jugement ,  la  tête  de  l'ancien  Premier  de  Gand,  devait 
être  exposée  pendant  une  heure  au  bout  d'une  pique  : 
elle  tomba  par  hasard  sur  l'un  des  spectateurs.  Un  bon 
poète  gantois,  Maxhnilien  De  Vriendt ,  qui  avait  fait  , 
sur  le  mariage  inconvenant  de  Van  Hembyze,  une  satyre 
très-spirituelle  en  latin,  nous  a  laissé  sur  ce  dernier  événe- 
ment le  distique  qui  suit  : 

O  quantum  patries  caput  hoc  nocuîsse  putemus , 
Quando   etiam  viuis  post  sua  fata  nocet. 

Un  mois  après  la  mort  de  Van  Hembyze,  le  prince  de 
Parme  entra  à  Gand ,  et ,  en  reconnaissance  des  efforts  que 
ce  célèbre  démagogue  avait  faits  pour  adoancev  la  récon- 
ciliation avec  le  roy ,  il  réhabilita  sa  mémoire,  et  fit  à  la 
veuve  la  remise  de  l'amende  à  laquelle  son  époux  avait 
été  condamné  (1). 

A.  Voisix. 


(i)  Voyez  le  rescrit  tlu  prince  (le  Parme  que  j'ai  publié  dans  rancieniie 
cdllccljon  du  Messager  des  Arts  ,  vol.  \l.  p.   4^9- 


(54) 


j  ■  ft— ** 


Xiotite 

SUR     LE    DÉPÔT    DES    ARCHIVES    DE    GAWD. 


De  tout  temps  nos  ancêtres  ont  attaché  la  plus  haute 
importance  au  dépôt  de  leurs  archives  :  les  magistrats  en 
répondaient  sur  leur  tête  ;  un  simple  soupçon  d'infidélité , 
en  temps  de  troubles  ,  était  plus  que  suffisant  pour  faire 
appliquer  à  la  torture  les  échevins  qui  en  avaient  la  garde. 
Ce  ne  fut  cependant  que  depuis  le  XII.^  siècle  que  les  Gan- 
tois mirent  un  soin  si  jaloux  à  la  conservation  de  leurs 
chartes  :  à  cette  époque  leur  commune  avait  été  instituée, 
ou  pour  mieux  dire  elle  avait  été  renouvellée.  La  charte 
d'affranchissement  avait  trop  d'importance ,  pour  qu'on  ne 
la  mît  point  à  l'abri  de  toute  tentative  de  soustraction  :  il 
est  plus  que  probable  que  c'est  à  l'insouciance  et  à  l'incurie 
des  magistrats  qu'il  faut  attribuer  la  disparution  des  actes 
constatant  les  franchises,  antérieures  à  PhiHppe  d'Alsace  et 
données  à  des  époques  encore  inconnues.  Dés  lors  cette 
charte  importante ,  ainsi  que  tous  les  privilèges  ou  immu- 
nités qu'ils  devaient  à  la  loyauté  de  leurs  comtes ,  ou  qu'ils 
leur  arrachaient  par  la  crainte  et  les  armes  à  la  main  ,  furent 
déposées  dans  le  Lcffroi ,  monument  qu'ils  avaient  érigé 
en  commémoration  de  leur  pacte  fondamental. 

(1)  En  1432,  les  archives  s'y  trouvaient  encore  :  à  cette 


(i)  pour  ce  (|iil  suii,  voyez  Dicricx ,  mûn.  sur  la  ville  de  Gand , 
vol.  I.  [nùï.  page  G  cl  suiv. 


(55  ) 

époque  deux  commissaires ,  de  la  part  du  collège  des  éche- 
\ins,  unis  aux  deux  grands  doyens  et  à  un  certain  nombre 
des  plus  notables  bourgeois,  s'y  rendirent,  pour  dresser 
un  inventaire,  qui  porte  la  date  du  20  Juin  de  cette  année. 
Cet  inventaire  fut  renouvelle  et  augmenté  le  10  Juillet  1525, 
ainsi  que  le  9  Août  1532. 

Survint  la  téméraire  révolte  de  1539  :  Charles-Quint 
confisqua  toutes  les  chartes  déposées  au  Beffroi ,  ainsi  qu'un 
grand  nombre  d'autres  actes,  qui  se  trouvaient  à  l'hôtel- 
de-ville  :  il  fit  plus ,  il  cancella  presque  tous  les  privilèges 
des  Gantois,  et  ordonna  de  brûler  quelques  registres. 

Cependant,  avant  la  fin  de  l'année,  l'empereur  fit  rendre 
à  la  Ville  de  Gand  tous  les  titres,  par  lesquels  les  Gantois 
avaient  acquis  leurs  propriétés  communales  et  d'autres  do- 
cumens  relatifs  à  leur  ancien  commerce.  En  avril  1543, 
toutes  ces  pièces  furent  inventoriées ,  de  même  qu'en  1584  : 
comme  elles  avaient  été  numérotées  et  mises  dans  des  layettes, 
oa  les  renferma  dans  un  coffre  de  fer ,  qui  fut  placé  dans 
un  petit  cabinet,  attenant  à  la  première  secrétairerie  des 
échevins  de  la  Keure. 

Quant  aux  autres  chartes  et  privilèges ,  elles  furent  trans- 
portées à  la  chambre  des  comptes  à  Lille ,  où  elles  restèrent 
jusqu'au  temps  des  troubles ,  sous  Philippe  IL 

L'article  18  de  ledit ,  nommé  la  pacification  générale 
portant  que  les  villes  et  autres  administrations  seraient 
réintégrées  dans  leurs  anciens  droits  et  privilèges  ,  les 
échevins  de  Gand ,  le  corps  représentatif  de  la  commune  , 
dit  la  coUace ,  et  le  grand— bailli ,  s'adressèrent  aux  états- 
généraux,  assemblés  à  Bruxelles,  pour  demander  la  resti- 
tution de  leurs  chartes.  Cette  demande  leur  fut  octroyée 
par  décret  du  22  Octobre  1577,  que  l'on  notifia  ù  la 
chambre  des  comptes  :  aux  mois  de  janvier  et  février  de 
l'année  suivante,  l'inventaire  en  fut  fait,  par  ordre  de  date- 
et  en  mars,  les  députés  de  la  ville  de  Gand  vinrent  enlever 


(  ^>«  ) 

leurs  chartes ,  avec  le  double  de  l'imeiitaire ,  et  ils  les 
déposèrent  dans  une  chambre  à  côté  de  la  trésorerie. 

Depuis  ce  moment  les  soins  religieux  que  l'on  avait  mis 
à  la  conservation  des  privilèges  ,  diminuèrent  de  jour  en 
jour  :  la  puissance  toujours  progressive  des  comtes ,  qui 
foulaient  aux  pieds  les  droits  les  mieux  établis,  fit  oublier 
des  chartes ,  cpi'on  était  dans  l'impuissance  de  faire  valoir. 

L'oubli  en  était  arrivé  à  un  tel  point ,  que  les  écuevins 
de  la  Keure  firent  connaître  par  une  résolution  du  25  fé- 
vrier 1705  ,  qu'un  grand  nombre  des  minutes  de  notaires 
se  trouvaient  chez  des  boutiquiers  !  A  la  révolution  de  89 
les  archives  étaient  dans  un  abandon  complet  ;  alors  les 
chartes  se  sont  vendues  presque  publiquement-,  aussi  man- 
que-t-il  la  moitié  des  pièces ,  qui  revinrent  de  Lille  en  1578  5 
et  le  coffre  de  fer ,  qui  renfermait  tant  de  documens  inté- 
ressans  pour  l'histoire ,  fut-il  égaré  pendant  long-temps  ; 
on  le  retrouva  enfin ,  placé  qu'il  était  sous  quelqu'escalier. 

En  1794  ,  les  révolutionnaires  avaient  pénétré  dans  l'in- 
térieur de  l'hôtel-de— Aille  :  leur  premier  soin  fut  de  pré- 
cipiter dans  la  rue  le  buste  de  Philippe  II,  exécuté  par 
Dnquesnoy.  Ils  exigèrent  de  l'inspecteur  des  travaux  de  la 
A  ille  ,  la  remise  des  archives  :  il  s'y  opposa  au  péril  de  sa 
vie.  Revenus,  avec  une  nouvelle  fureur,  un  de  ces  for- 
cenés laissa  échapper  le  motif  de  leur  acharnement  :  ils 
A  oulaient  détruire  les  archives ,  parce  que  les  registres  des 
Échevins  des  parchons ,  portaient  sur  la  couverte  les  ar- 
mes du  souverain  et  celle  du  premier  échevi^i .' . . .  On 
parvint  à  les   calmer   en   les   eflaçant  (1). 

C'est  à  feu  M.'^  Hye,  secrétaire  de  la  régence,  que  l'on 
a  l'obligation,  que  les  archives  delà  ville  n'aient  pas  perdu, 


(1)  Quatre  de   ces  couvertures   sont  conservées  intactes   :  elles  sont 
de    i4(>9- i5o5  -  i5o6  et  i5o^. 


(  57  ) 

leurs  plus  précieux  monumens.  Il  sut  rendre  infruclueuse 
la  mission  tlu  commissaire  spécial  Dupré ,  chargé  en  1812, 
par  le  gouvernement  français ,  d'inventorier  les  archives  des 
dillérentes  administrations,  pour  en  transférer  en  suite,  à 
Paris,  les  pièces  les  plus  intéressantes. 

Depuis  la  création  du  royaume  des  Pays-Bas,  l'adminis- 
tration municipale  s'est  occupée  plus  spécialement  du 
dépôt  des  archives,  La  nécessité  d'une  réorganisation  dans 
cette  partie ,  s'étant  fait  ressentir  partout ,  l'arrêté  royal  du 
23  décembre  1826,  y  pourvut.  L'impulsion  était  donnée: 
l'esprit  libéral  qui  présida  à  la  rédaction  de  cet  arrêté ,  n'a 
pas  peu  contribué  à  propager  d'avantage  le  goût ,  déjà  très 
prononcé ,  pour  les  études  historiques  en  ce  pays. 

L'administration  de  la  ville  de  Gand ,  avant  fourni  géné- 
reusement ,  aux  frais  indispensables  que  nécessitait  la  mise 
en  ordre  des  archives ,  les  archivistes  ont  l'extrême  satis- 
faction de  pouvoir  annoncer  que  tous  les  documens ,  chartes , 
cartulaires ,  registres,  etc,  sont  classés  et  mis  en  ordre.  En 
attendant  l'entier  achèvement  de  l'inventaire  ,  qui  exige 
encore  plusieurs  mois  d'un  ti-avail  assidu ,  et  dans  le  désir 
de  justifier  la  confiance  que  l'on  a  placée  en  eux  et  d'être 
utiles  en  même  temps  à  leurs  concitoyens ,  ils  ont  jugé 
qu'il  était  de  leur  devoir  de  publier  le  relevé  sommaire ,  qui 
suit ,  de  tout  ce  que  les  archives  de  la  ville  de  Gand  pos- 
sèdent. 

A  l'exception  des  deux  premières  cathégories  les  cartu- 
laires, etc.,  et  les  chartes  au  nombre  de  1213,  non  inven- 
toriées à  Lille  en  1578,  et  cpii  ne  proviennent  pas  du  coflrc 
de  fer,  on  a  suivi  dans  cette  notice  les  anciennes  classi- 
fications. 


(58  ) 
CARTULAIRES  ET  AUTRES  REGISTRES. 

PLA>'S,    DESSI>"S  ,    ETC.,    ETC. 

Plan  original  du  Beffroi  de  G  and  de  l'année  1183, 
au  dos  duquel  on  trouve  écrit  :  Dheweerp  van  den  heel- 
froete  —  S/'geriis  castelanus  ganden  me  fondavit  aiio 
3L°  C°  LXXXIII  ///."  kal  Maij. 

Dessins  originaux  de  l'hôtel-de-Tille  de  Gand,  du  com- 
mencent du  XV!.*^  siècle   (1). 

Plan  de  la  ville  de  Gand,  fait  en  1592  par  François 
Horcnbault  (2). 

Plan  de  la  ville  de  Gand,  fait  par  Jacques  Horenbault 
au  mois  d'Avril  1G19. 

Deux  dessins  du  Beffroi ,  faits  par  Lié  vin  Cruyl ,  archi- 
tecte,  en  1684  (3). 

Un  portefeuille  contenant  grand  nombre  de  plans ,  cartes 
et  projets  de  bàtimens  publics,  maisons,  etc.,  de   Gand. 

Quatre  planches  en  cuivre;  entrée  triomphale  du  gou- 
verneur général  des  Pavs-Bas  Léopold- Guillaume,  dans  la 
ville  de  Gand,  en  1654,  gravées  par  Bolswert  et  Quellinus 
aux  frais  de  la  ville. 

Cinquante  anciens  et  nouveaux  cachets  et  coins,  —  Dans 
ce  nombre  se  trouve  un  cachet  de  l'hôpital  de  S.*^  Jacques 
à  Gand  (4);  ainsi  que  trois  coins  avant  servi  à  battre  mon- 

(i)  I^a  nouvelle  maison  échcviiialefut  commencée  en  i48i  :  la  première 
pierre  en  fut  placée  le  l\  juillet  :  Jaeu  Taesens  en  fut  l'architecte.  La  mort 
Payant  enlevé  à  ses  travaux  ,  il  eut  pour  successeur  Justin  Follet  (i5i6) 
qui  fit  abattre  tout  ce  que  son  prédécesseur  avait  fait,  et  élargir  la  rue 
(le  la  Haute  Porte.  On  lui  adjoignit  deux  architectes  étrangers  ,  l'un  de 
Malincs  et  l'autre  d'Anvers.  Ce  sont  les  plans  de  Justin  Follet,  qui  ont 
été  conservés  et  dont  luie  partie  fut  exécutées  , 

{•i)  Ce  plan  a  été  gravé  en  1G40,  ou  /j  i   par  II.  Hondius. 

(3)  Tous  ces  dessins  sont  encadrés  sous  glace. 

(4)  Le  sceau  d'une  charte,  émanée  de  cet  hôpital,  de  i2()3,en  porte 
rcmprciiito  :  elle  se  trouve  aux  archives. 


(59) 

naie  à  Garni ,  lors  des  troubles  à  la  fin  du  XVI. ^    siècle. 
Trois  portefeuilles  d'autographes  et  signatures  au  nombre 
de  261  pièces,  des  années  1521  à  1794. 

Registre  d'ordonnances  et  privilèges,  concernant  les  droits 
du  comte  sur  les  rivières  ,  (myns  hecren  stroera  van  Vlaen- 
deren)  1199  à  1424. 

Ancien  registre  des  tonlieux  :  contenant  le  tonlieu  de 
Gand  que  l'on  payait  dans  cette  ville,  celui  du  pont  de 
Brabant ,  de  Wasselin ,  de  la  porte  de  Troncbiennes,  celui 
de  Rodes,  celui  que  l'on  payait  par  charité  au  pont  en 
pierres  près  de  l'église  de  S.*  Jacques,  respectivement  de 
Tan  1199  :  en  tète  de  ce  registre  se  trouve  l'enquête  que 
fil  faire  la  comtesse  Marguerite,  en  1271,  pour  le  renou- 
vellement des  tonlieux. 

Registre  des  statuts  pour  les  frères  et  sœurs  de  l'hôpital 
des  Lépreux,  avec  les  résolutions  prises  à  l'égard  de  cet 
hôpital,  par  les  échevins  de  Gand  :  1236  à  1623. 

Idem  des  ordonnances  de  Gand  (Keuren)  accordées  par 
le  comte  Gui  en  1296.  —  Paix  de  Casant  et  autres  privi- 
lèges ;  écriture  du  commencement  du  XVI.''  siècle. 

Idem  contenant  plusieurs  privilèges,  etc.,  de  1296  à  1591. 
Idem,  copies  d'actes  et  chartes  du  XIII.''  et  XIV. '^  siècle; 
écriture  du  XIV."  siècle. 

Idem  où  sont  inscrits  tous  les  noms  des  échevins  des 
deux  bancs  de  la  ville  de  Gand  de  1301  à  1793,  et  des 
noms  des  magistrats  depuis  cette  époque,  jusqu'en  1815, 
avec  plusieurs  annotations  historiques. 

Le  livre  hlaiic  superbe  cartulaire,  contenant  plusieurs 
anciens  privilèges  du  pays  de  Flandres,  du  XII.'^  au  XV." 
siècle  :  écrit  au  commencement  du  XVI.*'  (1). 


(i)  D'après    la    tradition,  il  a   été  donné  à  la  ville,   par    un   ancien 
magistrat.  Diericx  mém.  sur  la  ville  de  Gand.  ï.  I.   prd-fucc  page  g. 


{  60  ) 

Cartulaire  intitulé  Sicarten  Boek,  écritme  du  XV. ^  siècle, 
contenant  copies  de  différens  actes  des  XI. •" ,  XII. ^  et  XIII. ^ 
siècles  ,  ayant  rapport  à  l'abbaye  de  Saint  Pierre-lez-Gand. 

Registre  des  publications ,  des  écheyins  de  la  Reure 
(voorgeboden  )  de  1337  à  1338. 

Idem  où  se  trouve  inscrit  le  transport  de  Flandres  de 
1408  et  autres  actes  de  ce  siècle. 

Idem  des  bannis  ,  commençant  le  2  octobre  1472,  au 
13  juin  1537. 

Idem  miscellanea,  1408-1592. 

Idem  contenant  plusieurs  anciennes  loix  et  privilèges  de 
Gand. 

Idem  de  fiefs  et  arrière-fiefs  du  vicomte  de  Gand  (écri- 
ture du  XV. ^  siècle);  c'est  une  copie  collationnée  d'un 
semblable  registre  reposant  en  la  chambre  des  comptes  à  Lille. 

Idem  des  bourgeois  dits  huyten-poorters  de  1476  à  1478. 
—  Id.  Poorfer-loek  Gent  1480  à  81.  — Id.  1487  à  92.  Id. 
1651  à  1738. 

Idem  Stapelhouck  van  de  graenen ,  commençant  par  une 
ordonnance  de  l'an  1484,  concernant  l'étape  des  grains 
à  Gand. 

Idem  où  se  trouve  l'acte  d'achat  au  profit  de  la  ville  de 
Gand,  de  plusieurs  terrains  vagues  (upstallen)  sis  dans  ladite 
ville,  en  date  1269,  ainsi  que  plusieurs  actes  concernant 
la  rivière  la   Lieve,  etc. 

Idem  sentences  du  conseil  provincial  des  Flandres  des 
années  1500. 

Idem  sentences  du  même  conseil  du  XVI. ^  siècle. 

Idem  grand  nombre  de  lettres  autographes  écrites  par 
Antoine  ïricst ,  évèque  de  Gand  ,   de  1631  à  1655. 

Idem  formules  d'actes  usités  par  les  secrétaires  en  cour , 
du  temps  de  Charlcs-Quinl  et  Philippe  II. 

Idem  pièces  avant  rapport  aux  chambres  de  Rhétorique 
de  la  Flandre  de  1437  a  1819. 


{Gl   ) 

Idem  des  délibérations  de  la  coUaee  pcndanl  l'année 
1539  (1). 

Deux  idem  des  délibérations  de  la  coUace  de  1540  à 
1573.  —  Idem  de  1562  à  loG8  ,  diverses  requêtes  ,  sur 
lesquelles  ont  été  accordées  plusieurs  censés  au  profit  de 
la  ville,  demandes  afin  de  reconstructions  déniaisons,  etc., 
curage  et  élargissement  du  petit  Escaut  et  autres  ouvrages. 

Idem  documens  concernant  les  troubles  et  nouvelle  re- 
ligion, à  Gand  de  1564  à  1566  —  1565  à  1567  et  1566 
à  1579  ;  ce  sont,  pour  la  plupart,  des  pièces  originales. 

Idem  procès-verbaux ,  résolutions ,  etc.  ,  des  nobles  et 
membres  de  la  Bourgeoisie  de  Gand  de  1577  à  1583. 

Id.  pièces  ayant  rapport  à  l'union  d'Utrecbt  de  1578  à  79. 

Idem  concernant  l'exportation  des  espèces  et  monnaies 
de  1581  à  1582. 

Idem  l'acte  de  réconciliation  avec  le  prince  de  Parme 
du  13  décembre  1584,  et  autres  pièces  y  relatives;  en  outre 
plusieurs  suppliques  et  requêtes  de  la  part  du  magistrat  de 
Gand  ,  au  gouverneur  général,  etc.,  etc. 

Registres  des  Actes  passés  deva>t  les  Eghevi^s 
DE  LA  Keure. 

14  registres  du  XIV. ^  siècle,  le  premier  contient  les  an- 
nées 1339— 43à44  — 45à  46—49  à  50  —  53  à  54  — 
57  à  58  et  1360  à  1361.  Les  autres  se  suivent  jusqu'à 
l'année  1398. 

50  id.»^  du  XV.-^  siècle,  des  années  1400  à  1499.  — 
70  id.™  du  XYL-^  siècle.  —  32  id.'»  du  XVII  siècle,  savoir  : 
de  1600  à  1646  —  1649  à  1670  et  1616  à  1679. 

53  id.'"  des  échevins  de  la  Keure  de  Gand ,  marqués 
par  ordre  alpliabétique  ,  et  intitulés  :  Wille,  sicartc, 
geluim  et  roode  hoeken ,  etc. 


(i)   r,a  plupart  de  ces  pièces  ont  été  piihliécs  par  M.""  Stem-,  (l;ms  un 
mémoire  couronné  par  rAcadéiulc    de   Bni:.(.Ues  en    iS-^q. 


(  62  ) 

Le  registre  A,  intitulé  :  Aiiden  geluwen  hoek  (écriture 
du  XVI. ^  siècle),  contient  plusieurs  actes  et  ordonnances 
du  temps   de  Charles-Quint. 

Idem  C,  Geluwen  hoek;  (écriture  des  XV."^  et  XVI/ siè- 
cles) :  les  anciennes  coutumes  de  Gand,  décrétées  parle 
comte  Gui,  en  1290  et  plusieurs  autres  actes  des  XIV.^, 
XV.^  et  XVI.^  siècles. 

Idem  Gt  ^  Eerste  zic arien  hoek ,  alias  vroinc  marie  hoek; 
tous  les  différens  traités  de  paix  entre  l'archiduc  Maximi- 
lienet  ceux  de  Gand  et  le  pavs  de  Flandres  ;  ainsi  que  ceux 
faits  ayec  le  roi  de  France  :  en  outre  les  contestations  avant 
rapport  à  la  tutéle  du  duc  Philippe ,  etc. 

Idem  H,  2."  zwarten  hoek;  les  propositions  faites  par 
S,  M.  aux  états-généraux  des  Pays— Bas  des  années  1557  à 
1559,  ainsi  que  les  résolutions,  répartitions  et  octrois  y 
en  suivis ,  etc  . 

Idem  L,  5."  swarlen  hoek,  plusieurs  propositions  et  re- 
quêtes aux  états-généraux  des  Pays— Bas  et  en  particulier 
aux  membres  de  Flandres ,  résolutions  accords ,  actes  d'ac- 
ceptation, refus  et  octrois  y  relatifs,  des  années  1561  à  63. 

Idem  M,  6."  sicarlen  hoek;  grand  nombre  de  requêtes 
présentées  à  S.  M.  au  nom  du  magistrat  de  Gand,  des 
années  1568  à  09,  concernant  la  police  et  administration 
de  la  ville. 

Idem  N  ,  7.°  swarlen  hoek  ;  contient  entr'autres  les 
affaires  des  troubles  et  rébellions  du  pavs  des  années  1576 
et  suivantes. 

Idem  P,  Nieuwen  swarlen  hoek,  enlr' autre  la  cession 
des  Pays-Bas,  faite  par  Charles-Quint  à  son  fils  Philippe. 

Idem  R,  S,  ï,  V,  W  et  Xj  placcards  et  ordonnances 
de  1550  à  1588. 

Idem  T,  V  et  W  :  pour  la  plupart,  placcards  et  ordon- 
nances concernant  les  troubles. 

Dans  le  registre  AA  :  Ecrsien  icitlcn  hoek ,  se  trouve  la 


(  G3  ) 

copie  v^lc  l'inventaire  des  actes  et  dociiraens  restitués  à  ia 
ville  de  Gand  par  Charles-Quint ,  par  suite  de  la  sentence 
à  charf^e  de  ladite  ville  en  1540. 

Le  registre  EE,  contient  des  documens  concernant  les 
troubles  et  la  nouvelle  religion. 

Dans  le  registre  LL,  sont  transcrits  plusieurs  actes  d'in- 
stitution de  confréries,  érigées  en  plusieurs  églises  et  cha- 
pelles, à  Gand,  du  consentement  des  échevins. 

Dans  le  registre  QQ,  se  trouvent  plusieurs  relations  des 
troubles  de  l'année  1572. 

Plusieurs  registres  des  ordonnances  de  la  ville  [voonje- 
hoden)(\e  1482  à  1C16,  et  d'autres  ordonnances  politiques, 
sentences,  etc.,  de  1545  à  1695. 

Inventaire  par  ordre  alphabétique  des  matières  de  47  de 
ces  registres  fait  en  1094,  parle  secrétaire  Van  Huile  (1). 

48  registres ,  intitulés  [Resolulieii  Keuré)  contiennent 
les  actes,  procès -verbaux  et  résolutions  du  magistrat  de 
Gand  de  1549  à  1794  (2). 

Idem  des  résolutions  des  échevins  de  la  Keure ,  relatifs 
aux  actes  cautionnemens  pour  les  revenus  de  la  ville 
{stads  mîddelen)  1683  à  1716. 

Idem  des  cautionnemens  des  fermiers  de  la  ville  et  des 
ordonnances  faites  à  ce  sujet  par  les  échevins  de  la  Keure 
de  1402  à  1430. 

Idem  des  maisons  de  logemens  à  Gand  de  la  fin  du 
XV.''  siècle. 


(i)  Ce  volume  a  été  acheté  en  vente  publique  il  y  a  deux  ans.  La  ville 
met  à  la  disposition  des  archivistes  une  somme  annuelle  ,  pour  acquérir 
les  documens  qui  intéressent  l'histoire ,  ou  qui  ont  appartenu  aux 
archives. 

(a)  Ces  registres  sont  trbs-intércssans  pour  les  faits  (ju'ils  renferment 
et  qui  se  rattachent  aux  troubles  de  la  fiti  du  XVI.«  siècle  et  à  la  révo- 
lution de  «789  et  1790.  (r.es  années  1570-  i57!ï  et  quelques  autres 
manquent). 


(G4) 

Compte  des  fraix  pour  les  jeux  du  tir ,  de  la  confrérie 
de  S.^  George  à  Gand  ,  de  la  fin  du  XV. ^  siècle. 

6  Registres  intitulés  p^aerthoecken  de  1546  à  1574  , 
contenant  tous  les  actes  ayant  rapport  au  canal  du  Sas,  etc.  (1). 

4  id.™  (  dans  des  boîtes  en  fer  blanc  )  concernant  les 
censés  et  rentes  foncières ,  appartenant  à  la  ville  de  Gand , 
intitulés  le  1.^''  :  Tweeden  grooten  auden  boek  vry  htiy^ 
vry  erve.  —  Le  2.'^^  Minsten  en  aider minsten  boek.  — 
Le  3."*^  Cleenen  boek,  et  le  k."^^  Eersten  grooten  auden 
boek  van  vry  huys  vry  erve. 

Idem  des  actes  passés  devant  les  échevins  de  la  Keure , 
relatifs  aux  maisons  connues  sous  la  dénomination  de  vry 
huys  van  erve ,  savoir  :  4  des  années  1529  à  1584  — 
1  de  1G29  à  1632  —  14  de  1640  à  1699  —  et  20  de  1700 
à  1796. 

Ancien  registre  des  sermons. 

Idem  déclaration  du  terrain  obtenu  par  la  ville  pour  sa 
défense  en  1490. 

Idem  des  ordonnances  de  la  ville  ,  (  J^oorgeboden  )  de 
1628  à  1644.    . 

Idem  de  la  levée  de  deniers  de  1710  à  1728. 

Idem  tableaux  des  revenus  de  la  ville ,  fait  en  confor- 
mité du  décret  du  4  août  1769. 

Extrait  du  procès-verbal  en  date  17  mars  1770,  de  la 
reconnaissance  des  titres  et  documens  tirés  du  trésor  des 
chartes  de  l'ancienne  chambre  des  comptes  à  Lille  ,  pour 
les  pièces  regardant  la  ville  de  Gand. 

Une  farde  de  pièces  originales  telles  que  résolutions  , 
notices,  correspondance,  etc.,  etc. —  Un  volume  de  dessins 


(i)   Les   lablrs  ;il|.li;il;('tiqiics    dis    matières   île  chacun   des   volumes, 
sont  reliées  <-inemble. 


(65) 

originaux  (1),  le  tout  ayant  rapport  aux  fctcs  du  jubilé  de 
700  ans,  célébré  à  Gand  en  1707. 

Registre  d'ordonnances  politiques ,  statuts  de  corpora- 
tions et  confréries  de  la  ville  de  Gand,  de  1781  à  1791  et 
1782  à  1787. 

Crayon  généalogique  de  la  famille  de  Mesdach,  origi- 
naire de  Bruges ,  par  Delaunay ,  contenant  un  grand  nombre 
d'armoiries  en  couleurs ,  bien  conservées. 

CHARTES   ET    DOCUMENS, 

AU  NOMBRE  DE  1213  ,  QUI  NE  FAISAIENT  PAS  PARTIE  DE 
CEUX  PLACÉS  DANS  LE  COFFRE  DE  FER,  ET  QUI  n'oNT  PAS 
ÉTÉ    INVENTORIÉS    A    LILLE,    EN    1578. 

Grande  Salle  des  Archives. 

Une  copie  moderne ,  en  flamand ,  du  tonlieu  dit  dAys- 
hove ,  avec  autres  pièces  y  relatives,  de  1191. 

Quatre  documens  du  XIII. "  siècle  ,  dont  l'un  est  la  copie  de 
l'ordonnance  décrétée  par  Gui ,  comte  de  Flandres ,  sur  la 
vente  des  draps,  etc.,  à  Gand. —  16  pièces  de  1301  à  1385  , 
—  201  de  1401  à  1499,-474  de  1500  à  1599,—  420 
de  1600  à  1699  et  98  de  1700  à  1792.  Parmi  lesquelles 
figurent  les  suivantes  : 

Louis,  comte  de  Flandres,  par  conseil  de  ses  villes  et 
terroir  du  franc ,  fait  arrêter  les  personnes  et  biens  des 
marchands  allemands ,  appartenants  à  la  Hanze ,  parce  qu'ils 
s'étaient  permis  plusieurs  choses  contraires  à  leurs  privi- 
lèges ,  aux  droits  seigneuriaux  du  comte  et  aux  droits  et 
libertés  de  ses  villes  et  pays.  13  mars  1317. 


(i)  Contient  46  dessins  faits  par  Van  Reysachoot,  peintre  à  Gand  , 
et  qui  ont  servi  aux  graveurs  Ilcylbrouck  et  Wauters  :  les  planches  se 
trouvent  dans  la  description  du  Jubilé  de  S.'  Rlacuire  ,  imprimé  à  Gand  , 
chez  Jean  l\Ieyer,en  17G7. 


5 


(66) 

Viilimus  d'un  manifeste  adressé  par  le  duc  de  Bour- 
gogne ,  aux  baillis  ,  justiciers  ,  oflicicrs  ,  et  Lons  sujets  de 
Gand,  etc.,  à  1  égard  de  Daniel  Sersanders,  Liévin  De  Potter, 
Liéyin  Sneevoet  ,  et  autres  principaux  instigateurs  de 
révolte  ,  et  meneurs  du  bas  peuple  en  ladite  ville.  Du 
^  juin  1451. 

Ordonnance  du  duc  Philippe  de  Bourgogne,  par  lacpielle 
il  déclare  que  la  porte  de  S.*  Liévin  et  celle  de  Courtrai 
demeureront  closes,  chaque  jeudi ,  etc.  —  24  juillet  145^. 

Attestation  d'YweinVan  Vaernewyc,  greffier  de  la  cham- 
bre du  conseil  en  Flandres,  portant  qu'on  avait  transmis 
au  greffe  du  dit  conseil,  pour  en  former  nn  vidimus  sous 
le  sceau  de  la  dite  chambre ,  le  privilège  en  date  28  Mai 
1507,  contenant  défense  d'exercer  aucun  métier  dans  le 
rayon  d'une  lieue  autour  de  la  ville.   23  juillet  1507. 

Copie  authentique  de  l'octroi  de  Charles-Quint ,  con- 
cernant la  translation  du  chapitre  de  S.^  Bavon  dans  l'église 
de  S.*  Jean ,  avec  tous  ses  privilèges  ,  franchises ,  etc. 
10  juillet  1540. 

Copie  du  contrat  fait  entre  les  échevins  de  la  Keure  de 
Gand  et  Jacques  Waghemens,  fondeur  de  cloches  àMalines, 
par  lequel  ce  dernier  s'oblige  à  livrer  une  nouvelle  sonnerie 
pour  l'horloge  du  Beffroi.   1  février  1542. 

Soumission  ,  ordonnance  et  statut,  donnés  à  Gand,  par 
le  princcde  Gavre ,  le  11  septembre  1506,  au  sujet  de 
l'exercice  de  la  nouvelle  religion  dans  ladite  ville  (original  ). 

Copie  de  l'inventaire  de  l'artillerie  et  munitions  de  guerre, 
trouvées  au  grand  château  do  Gand  ,  lors  de  sa  reddition 
à  S.  M. ,  dressé  parles  députés  et  délégués  du  Conseil  d'Etat. 
27  nocenihre  1570. 

Union  des  États-Généraux  des  Pavs-Bas,  souscrite  comme 
original,  par  les  députés  des  dits  Etats  à  l'hôtel-de-ville  à 
Bruxelles,  le  0  janvier  1577  (I). 

(i)    \'l<!c   \'iin  Mctcren  et   P.    I',(>r. 


(67) 

Documens  concernant  le  transport  des  chartes  de  Rupel- 
monde  à  Gand.  0  octobre  1578. 

Lettre  du  duc  d'Anjou  du  28  juillet  1582,  à  l'effet  de 
jnocéder  à  Gand,  à  la  confection  de  l'inventaire  des  mêmes 
chartes. 

Pai'je  de  Religion,  publiée  à  Gand  le  27  décembre  1578, 
suivie  d'une  promesse  sous  serment  d'observer  ladite  paix, 
en  date  du  14  janvier  1579,  faite  et  souscrite  par  les  prélats 
de  S.'  Pierre  et  de  Tronchienncs ,  pour  le  clergé ,  et  par 
Jean  Van  Hembyz.e  et  Gille  Borluut,  premiers  échevins, 
pour  les  séculiers. 

Original  de  l'union  d'Utrecht.   k  février  1579. 

CHARTES  DÉPOSÉES  DANS  LE  COFFRE  DE  FER. 
Les  chartes  et  documens  restitués  à  la  ville  de  Gand, 


par  ordre  de  Charlcs-Quint,  ensuite  de  sa  sentence  à  charge 
de  ladite  ville,  en  date  du  dernier  d'avril  1540  ,  furent  in- 
ventoriés l'an  1543  :  on  y  joignit  les  nouveaux  privilèges, 
carolines  ou  concessions,  ordonnances  et  octrois,  accordés 
depuis  cette  époque  ,  et  concernant  la  ville  ;  cet  inventaire 
se  trouve  imprimé  dans  l'ouvrage  du  chevalier  Diericx, 
tome  1.'''^  des  mémoires  sur  les  lois,  coutumes  et  privi- 
lèges des  Gantois,  f."  345,  et  suivans,  toutes  les  pièces  y 
mentionnées  se  trouvent  dans  le  coffre  de  fer,  à  l'exception 
des  suivantes  i 

Le  N."  2,  layette  E,  (on  a  trouvé  une  notice  que  cette  pièce 
a  été  levée.) 

Le  N.°   18,  layette  T,  et  la  requête  mentionnée  sous  le 
N.»  VII,  layette  A. 

Les  pièces  dont  l'inventaire  ne  fait  pas  mention  et  qui 
s'y  trouvent ,   sont  : 

I."  Déclaration  qu'on  a  satisfait  à  la  sentence,  du  3  mai 
1540,  coté  N.«XV1I.  '»i^ 


(G8) 

2.°  Ratification  du  traité,  signé  par  le  Roi,  à  Madrid 
le  12  décembre  1584,  marqué  B,  IM^ 

D'après  le  relevé  de  toutes  ces  pièces ,  on  trouve  que  la 
plus  ancienne  est  de  1178  (  layette  T.  N.°XVII)  et  que 
celles  du  XII. "  siècle  sont  au  nombre  de  huit;  35 
du  XIII.«  siècle,  11  du  XIV.%  10  du  XV.^  et  44  du 
XVI/  siècle  et  une  sans  date:  total  109  pièces,  la  plupart 
bien  conservées. 

CHARTES  INVENTORIÉES  A  LILLE  EN    1578. 

Les  chartes  inventoriées  en  la  chambre  des  comptes 
à  Lille,  au  mois  de  janvier  et  février  1578,  par  ordon- 
nance des  Etats-Généraux  des  Pays-Bas ,  au  nombre  de  602 , 
pour  la  plupart  des  titres,  concernant  les  droits,  libertés, 
coutumes ,  franchises  et  privilèges  de  la  ville  de  Gand ,  lui 
furent  restituées,  le  18  mars  de  la  même  année. 

Depuis  cette  époque ,  grand  nombre  de  ces  documens 
ont  disparu  (1),  il  n'en  reste  plus  que  326 ,  dont  un  quart 
sont  plus  ou  moins  endommagés. 

Il  y  en  a  2  du  XII.<=  siècle,  41  du  XIII.«  ,  191  du 
XIV.S  64  du  XV.^ ,  23  du  XVI.^  siècle  et  5  sans  date. 

Un  inventaire  de  ces  pièces  vient  d'être  dressé  avec  in- 
dication de  l'état  dans  quel  ils  se  trouvent  :  on  y  a  annoté 
celles  imprimées  dans  les  ouvrages  de  M.''  Diericx  et  trans- 
crites dans  les  cartulaires  et  registres  des  échevins  de  la 
Keure  de  Gand. 


(i)  I,es  arclxivistes  de  la  ville  ont  eu  depuis  peu  la  satisfaction  de 
f;iire  réintégrer  aux  ardiives  les  intéressans  documens  pour  l'histoire , 
cotés  sous  les  N."' 558-572-570  et  574.  (Voyez  l'inventaire,  mémoires 
du  clifvnlier  Diericx,  tom.  I."^''  fol.  373)  qui  se  trouvaient  entre  les 
mains  d'un  purticulier  depuis  i5  à   20    ans. 


(60) 
ARCHIVES  DES  ÉCHEVINS  DE  LA  KEURE, 

Eî(    PARTIE,    C03DIE   FORMA>T    LE     1.'='^  MEMBRE    DE  FLANDRES. 

Un  grand  nomlne  de  liasses,  intitulées  Polices tnémoir es 
de  1483  à  1799;  ces  liasses  contiennent  principalement 
des  mémoires ,  copies  de  diverses  pièces ,  notices ,  frag- 
mcns  de  pièces  de  procédure  ,  instructions  pour  les  députés 
en  cour ,  etc. ,  concernant  les  affaires  du  pays ,  rapports 
faits  par  les  députés  au  collège ,  recpiêtes  de  divers  aux 
quatre  membres  de  la  province  de  Flandres ,  requêtes 
adressées  par  les  membres  à  S.  M.  :  copies  d'actes  des 
assemblées  des  membres ,  comptes  d'impôts ,  bordereaux  et 
tableaux  des  frais  supportés  par  divers  quartiers  pour 
les  troupes ,  depuis  l'arrivée  du  duc  d'Alve  ;  pièces  con- 
cernant le  10.^  et  20.^  deniers,  résolutions  des  membres 
concernant  les  aides  et  subsides ,  suppliques  des  membres 
à  son  excellence ,  aux  mêmes  fins ,  etc.  ;  états  de  déclara- 
tions de  troupes  de  guerre ,  rôles  d'inspection  de  troupes 
( monster-rollen )  ,  projets  nominations  d'offices,  avis  et 
consultations,  etc.,  etc. 

Compte  de  Jean  Rufelaert  relatif  aux  10  et  40  mille  écus  , 
imposés  en  1483. 

Idem  du  même,  à  l'égard  des  20  et  80  mille  écus,  im- 
posés en  1484. 

Idem  de  payemens  aux  troupes  ,  et  achats  d'artillerie  de 
1487  à  1489." 

Idem  des  frais  de  guerre,  1489. 

Idem  rendu  aux  échevins  de  la  Keure  par  les  commis 
aux  récompenses  et  indemnités  à  accorder  aux  personnes 
lésées  par  les  fortifications,  1579  à  1581. 

Registre  des  biens  perdus  par  les  fortifications  de  la  ville 
de  Gand  ,  de  1579. 

Idem  vente  de  biens  ecclèsiastiquen    1570  à   1580. 


(70) 

Hegistre  (le  1580.  —  Idem  de  1581  et  un  idem  des  Liens 
ayant  appartenu  au  monastère  de  S.^  Bavon  de  1581. 

Idem  intitulé  Geestehjke  {joecleren  —  récompense  forti^ 
ficatîen.  — Un  cahier  id.'^  id.*^  de  1590. 

Divers  comptes  d'impositions. 

Un  grand  nombre  de  cahiers ,  impositions  des  lO.'^et  20.® 
deniers,  sur  les  communes  dans  la  province  de  Flandres, 
de  la  fin  du  XVI.*^  siècle. 

Registre  compte,  contributions  de  Menin  de  1581. 

24  Liasses  intitulées  co//a//eM  contenant  des  procès-verbaux 
des  collèges  du  pavs  de  Flandres ,  extraits  des  registres 
aux  résolutions ,  copies  de  lettres ,  impositions  et  charges 
du  pays,  etc.,  etc.,  de  1540  à  1794. 

Registi'e  des  affaires  des  quatre  membres  du  pavs  de 
Flandres  commençant  le  28  Novembre  1564  et  finissant  le 
9  Octobre  1574. 

Idem  intitulé  actes  et  résolutions  des  quatre  membres 
du  pavs  de  Flandres  de  1578. 

Diverses  résolutions  des  membres,  des  années  1576  — 
78 -80 -92  et  1595. 

15  registres  :  résolutions  des  ecclésiastiques  et  membres 
du  pays  de  Flandres,  du  11  Août  1070  au  4  Avril  1083. 

Liasse ,  comptes  et  autres  pièces  concernant  la  seigneurie 
de  Burcht  et  Zwyndrecht. 

Idem ,  lettres  reçues  par  les  états  de  Flandres  1 752  à  1 790. 

Idem,  minutes  de  lettres  écrites  de  1790  ;  et  autres  pièces 
<le  peu  d'importance. 

TRÉSORERIE  (1). 

COJIPTES. 

Les  comptes  de  la  ville  de    Gand  ,    du  XIV.«  siècle 
(  1314  à  1399),  trés-inléressans  pour  les  faits  historiques 

(i)  On  conserve  encore  <lnns  raiicicnne  sulle  de  la  trésorerie  neuf 
glaives  de  justice  et  le  dra^jcau  des  révoltés  sous  Philippe  II. 


J 


(71   ) 

qu'ils  renferment  (1) ,  furent  inventoriés  l'an  1717  :  cet 
inventaire  mentionne  que  31  de  ces  comptes  ne  furent  plus 
découverts  ;  8  furent  également  annotés  comme  manquans 
du  XV. ^  siècle  et  du  XVI. %  on  ne  retrouva  plus  les  an- 
iié^'s  1528-1.333  -  1535  et  1540. 

Depuis  la  confection  de  cet  inventaire  (1717) ,  la  con- 
servation des  archives  n'ayant  été  que  trop  négligée  ,  ces 
registres  ont  été  laissés  à  l'abandon ,  pendant  plus  d'un 
siècle  :  et  ce  n'est  qu'en  1833,  qu'on  est  parvenu  à  les 
sauver  de  leur  perte  totale.  Ceux  du  XIV.^  siècle  sont  reliés 
en  10  volumes  et  ceux  du  XV  en  24. 

Il  est  à  regretter  qu'un  grand  nombre  de  ces  comptes 
manquent,  le  plus  ancien  n'est  que  de  1314,  et  plusieurs 
sont  endommagés  (2). 

Registre  de  rentes  héréditaires  de  la  ville  de  Gand  de 
1337.  _  Id.  de  1360  à  1369.  — Id.  de  1418,  un  du  com- 
mencement du  XV.*^  sièclee ,  2  id.  de  1475  et  1477,  et 
un  id.  rentes  vendues  de  1453  à  1475. 

Idem  des  recettes  et  dépenses  du  trésorier  de  Gand ,  de 
1464. 

Idem  comptes  du  trésorier ,  ventes  de  rentes  à  terme  et 
rentes  viagères  de   1554  à  1562. 

14  Id.  comptes,  pavemens  faits  de  rentes  héréditaires  et 
viagères  de  1458  à  1506 ,  manquent  les  années  1460  à  62  ,  - 
C5  à  69  et  1473  à  1492. 

7  Id.  de  rentes  viagères  et  héréditaires  à  charge  de  la 


(i)  Feu  M.""  Van  Hoorebekcj  dont  la  jjerte  est  si  déplorable  pour 
rhistoire  de  notre  pa3's  ,  avait  parcouru'  ]a  majeure  partie  de  ces 
registres  :  il  était  à  même  de  publier  un  grand  nombre  de  faits  histo- 
riques inconnus  et  intéressans,  que   ces  documcns  lui  avaient  i'oiirnis. 

(•i)  Nous  croyons  que  plusieurs  de  ces  registres  se  trouvent  actuelle- 
ment aui  archives  de  l'étal  à  Bruxelles. 


(72) 

ville  de  Gand  de  1455  à  1518,  manquent  les  années  1456 
à  66  et  1469  à  78. 

Idem  compte  de  maître  Jean  Damman  des  rentes  héré- 
ditaires de  la  ville  pour  l'année  échue  1580. 

Idem  des  renies  sur  la  ville  Gand ,  confisquées  à  charge 
des  partisans  du  duc  Philippe  ,  de  1488  à  1489. 

Idem  comptes  de  biens  des  absens  de    1488-1489. — 
Id.  de  1491. 

Idem  compte  de  Jean  Vutermeere  et  d'Adrien  Claeus, 
procureurs  de  la  confiscation  de  1491. 

2  Id.  des  prêts  d'argent  faits  à  la  ville  de  1368  à  1370  (1) 
et  1492. 

Idem  compte  de  l'imposition  d'un  florin  par  fover  ,  de 
1493. 

Idem  de  payemens  aux  créanciers  à  Tournav,  pour  rentes 
sur  la  ville  de  Gand  de  1497. 

Registre  d'alimentations  accordées  aux  ecclésiastiques  par 
les  échevins  de  la  Rcure  de  Gand,  en  1579. 

1  Id.  comptes  de  censés  de  la  ville  de  1565. —  1  Idem 
de  1689  à  1692.  —  2  Id.  de  1735  à  1743  et  7  id.  de  1748 
l'année  à  1795. 

Idem  contenant  les  ordonnances  expédiées  au  trésorier 
de  1556  à  1562. 

Diverses  liasses ,  minutes ,  ordonnances  de  payement  de 
1562  à  1795. 

9  Id.  d'annonces-fermages,  revenus  de  la  ville  de  1481 
à  1790. 

Registres  de  revenus  de  la  ville  (pagtbockeu)  de  1517 
à  1555.—  Id.  de  1625  à  1685. 


(i)  Dans  ce  registre  se  trouve  inie  liste  des  corporations  et  métiers 
de  la  ville  de  Oand ,  au  nombre  de  Sy  {der  cïeenen  neeringhen). 


(73  ) 

Registre  comple  du  receveur  des  ouvrages  de  la  ville,  de 
1081-82. 

Grand  nombre  de  pièces  concernant  les  ouvrages  de  la 
ville,  de  1593  à  1794. 

2  Liasses ,  conditions ,  pour  les  ouvrages  de  la  ville  , 
faits  par  entreprise,  de  1564  à  1669. 

Registre ,  compte  des  ouvrages  faits  dans  la  ville  de  Gand 
en  l'an  1635  ,  lors  de  l'entrée  triomphale  à  Gand  du  prince 
cardinal  Ferdinand,  frère  du  roi  d'Espagne. 

Une  liasse ,  comptes ,  dépenses  ,  lors  du  siège  de  Gand 
en  Mars  1678. 

Diverses  id, ,  comptes  du  receveur  de  la  ville,  de  1636  à 
1755.  —  Idem  comptes  de  la  contribution  foncière  dite 
huysgeld,  de  1644  à  1793. 

Idem  comptes  dits  gemeene  iniddelen,  de  1733  à  1788. 

Deux  registres  marqués  AI  et  KW ,  intitulés  Nieiiwe 
boeken  huysgeld. 

Un  paquet  de  divers  comptes  des  détenus  pauvres  de  la 
ville  à  la  prison  dite  chastelette. 

.  Plusieurs    comptes   de  l'Académie    royale   de    dessin  à 
Gand,  de  1771  à  1793. 

Liasse  concernant  les  ouvrages  de  la  Coupure  ,  canal  qui 
unit  celui  de  Bruges  à  la  rivière  la  Lys,  de  1750  à  1754. 

Un  grand  nombre  de  comptes  des  impositions  et  droits 
de  ville,  ainsi  que  plusieurs  autres  liasses  de  peu  d'im- 
portance. 

ADMIÎSISTRATION. 

Un  grand  nombre  de  pièces  arrangées  par  ordre  alpha- 
bétique ,  dont  l'inventaire  se  trouve  aux  archives ,  ayant 
principalement  rapport  à  l'admodiation  des  droits  de  la 
province,  levée  de  deniers,  chaml)re  des  pauvres,  ventes 
d'office ,  capitulations  de  la  ville  de  Gand ,  maison  d'arrêt 


(74) 

et  autres  prisons ,  fondations  à  Gand  ,  curage  des  canaux , 
fortifications  et  ouvrages  de  la  ville ,  écoles  des  pauvres, 
séparation  des  limites  à  l'endroit  dite  Den  Ham,  inaugu- 
rations ,  église  des  pères  jésuites  ,  cimetières  ,  loteries  , 
rivière  dite  la  Liève ,  nouveau  bâtiment  sur  le  3Iarclié-aux- 
Grains  ,  grande  boucherie  ,  patentes  et  nominations  des 
ffrands  baillis  et  châtelains  du  château  de  Gand,  ré^lemens 
de  la  ville ,  confrérie  de  la  Rhétorique  ,  orfèvres  ,  char- 
pentiers et  menuisiers ,  liste  des  tableaux  inventoriés  en 
1770,  inventaire  de  l'artillerie   de  la  ville  faite  en  1727. 

50  Liasses,  missives  et  lettres  adressées  aux  échevinsde 
la  Keure  à  Gand,  de  1400  à  1795. 

34  Id.  minutes  de  lettres  écrites,  de  1550  à  1794. 

Plusieurs  id.  représentations  par  la  ville  à  S.  M.  de  1542 
à  1782. 

Notice  faite  par  feu  le  secrétaire  Hye  :  indication  de  quel- 
ques lettres  du  prince  d'Orange -Nassau,  Guillaume  l.*"*, 
adressées  aux  échevins  de  la  ville  de  Gand,  de  1580  à 
1584,  jointe  aux  missives  sus-indiquées. 

20  Liasses,  lettres  d'avis  de  S.  M.  de  1509  à  1794. 

15       id.  décrets  et  advertances  de  S.  M.  de  1573  à  1701. 

2         id.  rescriptions  diverses ,  de  1580  à  1794. 

8         id.  minutes  résolutions,  de  1098  à  1794. 

Rescriptions  admodiateurs ,  de  1755  à  1788. 

Liasses,  requêtes  diverses,  1540  à  1795. 

4  Id.  contrats  ordinaires,  de  1583  à  1022.  —  2  Id.  de 
1020  à  1039  et  5  id.  de  1041  à  1750. 

23  Id.  requêtes  et  plans  afin  de  reconstruction  de  mai- 
sons, etc.,  à  Gand,  de  1000  à  1800. 

Registre  , nomination  de  tuteurs  aux  interdits,  de  1055 
à  1080. 

Un  grand  nombre  de  liasses,  d'attestations-procuralions, 
contrats  de  ventes  d'immeubles,  reconnaissances  de  dettes 
et  baux,   nominations  et  renonciations  au  droit  de  bour- 


(75) 

«(>oisie ,  d'actes  intilulés  Erfscheedingen,  Smalle  JVetten, 
tle  requêtes  en  nomination  et  commission  d'offices ,  d'actes 
de  caution  pour  afiaires  ordinaires  et  d'admistration ,  de 
censés  de  la  \ille,  de  logemens  militaires,  de  placcards  de 
S.  M.,  d'actes  intitulés  Vry-hmjs,  /^rî/-eri?e,  de  documens 
concernant  le  canal  du  Sas ,  d'actes  d'émancipation ,  de 
décrétemens ,  d'autorisations ,  de  curatéles ,  de  divorces , 
de  consentemens  supplétifs  pour  contracter  mariage,  de 
comptes  et  états  des  mineurs  {^overjarige  iceesen)  ^  de  no- 
minations et  démissions  de  curateurs ,  pièces  concernant 
les  voisinages ,  la  monnaie  et  les  écluses  à  Tournay ,  et  un 
grand  nombre  d'autres  pièces. 

Plusieurs  liasses ,  revues  de  la  garde  bourgeoise  de  la 
ville  de  Gand  de  1583  à  1788,  manquent  les  années  1661 
à  1667. 

Diverses  pièces  concernant  la  garde  bourgeoise  des  XVI. ^, 
XVII.-^  et  XYIIL-^  siècles. 

AFFAIRES  CRIMINELLES , 

DEVANT      LES     ÉCIIEVIAS     DE     LA      KEURE. 

14  Registres  qui  contiennent  des  sentences  et  enquêtes 
criminelles  de  l5l5  à  1508:  les  registres  des  années  1524 
à  37  manquent,  de  même  de  1540  à  54  ,  de  1568  à  71  , 
ainsi  que  l'année  1384  (1). 

140  Id.  suite  aux  précédens  de  1600  à  1609,  manquent 
les  années  1634-38-40   et  1671. 

54  Id.  id.  de  1700  à  1770,  plusieurs  années  manquent. 

5  Liasses,  sentences  criminelles  de  1625  à  1711. 


(i)  Ccst  dans  ce  registre  qu'ont  été  transcrites  les  inlbrmations  et 
enquêtes  contre  Jean  Van  Jleinhjze  ,  ainsi  que  la  sentence  prononcée 
contre  lui.  Ce  registre  a  probablement  été  anéanti ,  lors  de  la  réha- 
bilitation de  Yan  Hcmbyze ,  par  le  prince  de  Parme. 


(76  ) 

I  Liasse  procès-verbaux  de  torture,  de  162S  à  1711. 

6  Id.  requêtes  sur  avis ,  advertances  de  Sa  3Iajesté  ,  etc. , 
des  années  1582  à  1793. 

16  Id.  d'enquêtes  et  informations  criminelles,  de  1590  à 
1714  :  manquent  plusieurs  années. 

10  Id.  ,  lettres  reçues  et  écrites  au  sujet  des  affaires 
criminelles,  de  1602  à  1794. 

4  Id.  procès-verbaux  d'inspections  de  cadavres  (assassi- 
nés et  noyés)  de  1623  cà  1796. 

II  Id.  actes  des  grands  et  sous— baillis  de  Gand,  con- 
tenant  des  accusations  Çtichten)  de  1630  à  1793. 

Une  Id.  actes  de  grâces  ou  pardons  accordés  par  S.  M.  à 
plusieurs  criminels  le  Vendredi-Saint,  de  1638  à  1793. 

Une  Id.  lettres  d'avis,  rescriptions  criminelles,  de  1692 
à  1793. 

Une  Id.  avis  criminel,  de  1623  à  1718. 

Une  Id.  comptes  des  geôliers  des  prisons  de  la  ville ,  et 
hallebardiers ,  de   1656  à  1728. 

Une  farde  contenant  les  pièces  de  procédure  à  charge 
du  sculpteur  Jérôme  Duquesnoy  :  les  interrogatoires  qu'il 
a  signés  se  trouvent  dans  le  registre  de  l'année  1654. 

Registre  intitulé  Informations  et  Sentences  (examina  en 
sententien  )  par  le  souverain  bailli  au  quartier  de  Gand  ,  de 
1573  à  1574. 

Pareil  registre  du  prévôt  de  Bruges  et  terroir  du  franc, 
de  1573  à  1574. 

DIFFÉRENS   TRIBUNAUX  DES  ÉCHEVINS 

DE    LA.    KeURE. 

Registre  des  sentences  civiles  en  chambre  dite  J^eir- 
schaere,  de  1386  à  1420. 

Idem  fragmens  de  deux  registres  id. ,  de  1448  à  1469  et 
de  1476  à  1489. 


(77) 

Fragment  d'un  pareil  registre,  de  1540  à  1542. 

2  Liasses,  avis  et  sentences,  de  1564  à  1777. 

2  Id.  de  sentences  civiles  158G  à  1773. 

Registre,  sentences  dites  in  cameren,  de  1008. 

33  Liasses  avis  et  sentences  en  chambre  dite  FierschaerCf 
de  1617  à  1705. 

40  Id.  avis  et  sentences  civiles,  de  1661  à  1795, 

Registre  manuel  d'enquêtes,  de  1515. 

Idem  affaires  civiles  dites  en  chambre,  de  1529  à  1530. 

Idem  id. ,  de  1535  à  1536. 

Idem  contenant  les  noms  des  personnes  déclarées  insol- 
vables [in  de  belle  gedaen)  de  1543  à  1662. 

Idem  des  nantissemens ,  de  1579  à  1584. 

Idem  des  procès-verbaux,  ventes  par  décret,  etc.,  de 
1585  à  1595. 

29  Liasses  ventes  d'immeubles  par  expropriation  forcée  , 
de  1587  à  1794  :  manquent  les  années   1641  et  43. 

7  Id,  liquidations  de  poursuites  en  expropriation  forcée , 
de  1660  à  1794. 

8  Id.  ventes  volontaires  d'immeubles,  de  1661  à  1795 
manquent  les  années  1761  à  65, 

42  Liasses  d'enquêtes,  de  1634  à  1792, 
5  Id,  procès-verbaux,  de   1624  à  1795, 
5  Id,  de  coUocations ,  de  1663  à  1789, 
Registre  de  consignations,  de  1736  à  1753. 
Idem  de  procès-verbaux,  de  1750  à  1754,  —  Idem,  de 
1754  à  1757, 

2  Liasses  autorisations,  approbations,  agréations,  divorces 
et  émancipations,  de  1751  à  1771,—  6  id.,  de  1781  à  1793. 
Une  id,  actes  de  divorces,  de  1765  à  1775, 
2  Id,  coUocations,  obéissances  et  main-levées,  de  1784 
à  1794, 

5  registres  de  nantissemens,  de  1691  à  1748. 


(78) 

Une  liasse  actes  intitulés  IFetlehjkheden  van  vrij-hmjs 
vry-erve,  de  1780  à  1793. 

Plusieurs  pièces ,  saisies  et  poursuites  en  levée  ,  concernant 
des  nantissemens  et  consignations ,  dites  Vry-huys  vry-erve. 

Une  liasse,  intitulée  F  uideren  der  dicersche  prochien, 
de  1710  à  1715. 

Une  id.  intitulée  Collatien-vinderen ,  de  1781  à  1794. 

Et  plusieurs  liasses  de  saisies ,  nantissemens  ,  consigna- 
lions  et  autres  actes  de  peu  d'importance. 

REGISTRES  DES  NOTAIRES. 

Un  grand  nombre  de  registres  et  protocoles  de  notaires 
de  1591  à  1794. 

L'inventaire  se  trouve  aux  archives  de  la  ville. 

ARCHIVES  DES  ECHEVINS  DE  LA  KEURE 
ET  PARCHONS. 

AFFAIRES     CIVILES     DEVANT     LES     TRIBUNAUX,     SEQUESTRES    ET 

CONSIGNATIONS. 

Inventaire  des  états  de  biens  passés  devant  les  échevins 
des  parchons  ,  de  1701  à  1785. 

Un  grand  nombre  de  pièces  de  procédure,  concernant 
la  ville  ,  en  partie  inventoriés  et  dont  l'inventaire  se  trouve 
aux  archives. 

Pièces  de  procédure  à  la  poursuite  du  sous-bailli  deGand. 

Registre  concernant  les  droits  d'issue. 

Un  grand  nombre  de  documens ,  séquestres  et  consigna- 
tions sous  les  échevins  de  la  Keure ,  classés  par  ordre  al- 
phabétique et  dont  un  inventaire  se  trouve  aux  archives. 

143  Registres  contenant  des  sentences  et  jugemens, 
affaires  civiles  intitulés  :  Dictums  van  sententien ,  de  1.517 
à  1751. 


(79) 

106  Registres  conlenant  des  procés-verbaux ,  iutilulés 
Feriehoeken  in  vierschaeren ,  de  1533  à  1761  ,  maiK[iicnt 
plusieurs  années. 

Livres  d'enquêtes,  de  1592  à  1794. 

1 7  Registres  contenant  des  actes ,  procurations  pour  les 
affaires  dites  in  cameren ,  de  1626  à  1795. 

63  Id.  intitulés  Furnissementen  in  vierschaeren,  de 
1627  à  1795. 

121  Id.  intitulés  Feriehoeken  in  cameren,  de  1633  à  1 795  : 
manquent  lesannées  1643 -44-57  et  58,-63  à  65  et  1674. 

8  Id.  de  procurations  passées  au  greffe  ,  de  1644  à  1702. 

19  Id.  Rapport  en  disfribiitie  hoeken ,  de  1668  à  1794, 

6  Id.  contenant  des  procurations  au  bureau  des  enquêtes, 
de  1669  à  1772. 

26  Id.  Furnissementen  in  catneren,   de   1675  à  1792. 

Idem  Procès-verbaux,  de  1700  à  1795. 

5  Id.  Feriehoeken-smalle  weiten,  de  1715  à  1794. 

62  Id.  Slapelhoeken  (pour  les  grains)  de  1637  à  1734, 

ÉCHEVINS    DES    PARCIIONS, 

CHEF— TUTEURS    DES    MINEURS. 

417  Liasses  numérotées  de  1  à  417,  contenant  des  étals 
de  biens,  balances,  etc.,  passés  devant  les  échevins  des  par- 
chons,  de   1505  à  1795. 

162  Id.  numérotées,  comptes  de  1582  à  1792. 

1  Id.  conditions  de  ventes  d'immeubles,   1614  à  1694. 

—  Id.  de  1632  à  1639.  101  Id.  de  1642  à  1795. 

Une  liasse,  actes  purges  d'hypothèques,   1630  à  1050. 

—  5  Id.  de  1660  à  1720.—  2  Id.  de  1730  à  1795. 
168  Id.  actes  et  contrats  passés  devant  les  échevins  des 

parchons ,  de  1701  à  1795. 

n  Id.  enquêtes  tenues  devant  les  échevins,  1575 
à  1689. 


(80) 

6  Liasses    de  procès  -  verbaux  intitulés  f^  erhaelen ,   de 
1630  à  1794. 

433  Registres  des  éclievins  des  parclions  intitulés  JVeeze 
hoeken ,  commençant  en  1350  et  finissant  en  1788;  savoir  : 
50  registres  de  1350  à  1399—97  de  1400  à  1499  —  109 
de  1500  à  1599  — 97  de  1600  à  1699  et  80  registres  de 
1700  à  1788.  Les  plus  anciens  sont  divisés  en  deux  parties, 
la  l.'^^ contient  divers  actes,  telsqu'états  de  biens,  testamens, 
ventes,  etc.  ;  la  2.*^^  intitulée  Zoendinc  hoehen,  fait  mention 
des  réconciliations  entre  parties,  pour  les  faits  de  meurtres, 
blessures  et  autres  cas,  et  contient  en  outre  d'étranges 
condamnations ,  tels  que  d'aller  en  pèlerinage  dans  plusieurs 
états  de  l'Europe,  etc.,  etc. 

Les  anciens  registres  ci-dessus  mentionnés  furent  in- 
ventoriés en  1534.  Il  conste  par  cet  inventaire  ,  qu'on  ne 
découvrit  plus  les  registres  des  années  1429  à  30  et  1444 
à  45.  Depuis,  celui  de  1478  s'est  aussi  égaré. 

Dans  la  série  du  XVH.'^  siècle  plusieurs  années  man- 
quent également. 

168  Registres  des  actes  et  contrats  passés  devant  lesdits 
échevins  des  parchons,  savoir  :  97  de  1599  à  1699  —  69  de 
1699  à  1785  et  2  de  1787  à  1788. 

22  Id.  \ni\\.\AéiS  Betooghoehen  op  rekeningen,  de  1653 
à  1794. 

35  id.  intitulés  Boeken  op  staeten ,  de  1625  à  1795. 
4  Id.  tenus   par  les  frères  Alexiens  ,  dits    Cellehroeders ^ 
chargés  des  enterremens  dans  la  ville  de  Gand  :  le  l.*"'  est 
de  1673  à  1699  et  les  autres  de  1703  à  1796. 

15  Livres  manuels  des  échevins  de  parchons  concernant 
leurs  affaires ,  savoir  :  1  de  1433  à  35  —  1  de  1443  — 
1  de  1459  à  60  —  3  de  1463  à  66  —  1  de  1470  à  71  — 
3  de  1485  à  88  —  2  de  1494  à  96  —  2  de  1514  à  19 , 
ainsi  qu'un  registre  contenant  des  sentences  civiles  de  1478 
il  79. 


(81  ) 

Registre  intitulé  Zicarten  hoek,  gedeelle. 

Idem  contenant  plusieurs  actes  et  jugemens  du  XV/  siècle. 

4  Ll.  des  consignations,  de  1467  à  1739.  —  2  Id. ,  de 
1709  à  1788. 

Registre  des  nantissemcns  ,   de    1727  à  1793. 

Idem  des  curatéles  et  séquestres ,  de  1644  à  1673.  — 
Idem  ,  de  1081  à  1716.  —  Idem,  de  1695  à  1724.  —  Idem , 
de  1724  à  1743.  — Idem,  de  1735  à  1774.  —  Idem,  de 
1740  à  1795  et  un  id.  contenant  des  notices  de  séquestres, 
de  1775  à  1783. 

50  id.  enquêtes  en  affaires  civiles,  tenues  devant  les 
écbevins,  des  années  1631  à  1793. 

En  outre  un  grand  nombre  de  registres  du  XVII.*'  et 
XVIII.'^  siècles ,  des  procès-verbaux  dans  les  affaires  civiles , 
rédigés  parles  secrétaires  des  écbevins  des  parcbons;  regis- 
tres de  sentences  civiles  et  autres,  concernant  les  différens 
tribunaux  dits  écbevins  des  parcbons. 

CARTULAIRES,    REGISTRES    ET    COMPTES, 

DES    ATfGIENNES    GORPORATIOîîS    ET    METIERS. 

La  plupart  des  registres  et  comptes  qui  suivent  ont  été 
déposés  ,  volontairement ,  aux  arcbives ,  ensuite  d'une  cir- 
culaire adressée  en  1830,  par  M.''  le  gouverneur  Van 
Doom ,  aux  détenteurs  de  ces  pièces. 

Parmi  ces  registres  les  plus  intcressans  sont  les  suivans  : 

3lélier  des  Charrons.  —  Un  petit  registre ,  contenant 
leurs  ordonnances  de  1334,  renouvelles  en  1484.  —  Idem 
fait  en  1535.  —  Un  idem,  où  sont  inscrits  les  noms 
des  maîtres,  de  1535  à  1788. —  Idem  des  résolutions,  de 
1689  à  1793, 

Orfèvres.  —  Registre,  de  1338  à  1583,  de  leur  statuts 
et  des  noms  des  maîtres  et  ouvriers  ;  registre  des  rentes 
héréditaires  appartenantes  à  cette  corporation,  avec  plu- 

6 


(82) 

sieurs  actes  ayant  rapport  à  ce  métier,  des  XIV. "^ ,  XV.*  et 
XVI. ^  siècles.  » 

1 3  Planches  en  cuivre  où  sont  gravés  les  noms ,  mar- 
ques ou  poinçons  des  membres  de  cette  corporation  :  dont 
une  commence  en  1454  et  une  autre  en  1480. 

Un  portefeuille  contenant  un  grand  nombre  de  sentences 
civiles  prononcées  par  les  doyens  du  corps  des  métiers  de 
la  ville  de  Gand,  de  1357  à  1583. 

Charjientiers  {\)  et  fendeurs  de  bois.  —  Registre  des 
fendeurs  de  bois  :  leurs  statuts  (  écriture  de  la  fin  du 
XV.^ siècle)  et  les  noms  de  leurs  chefs  et  jurés,  de  1403 
à  171C;  une  belle  vignette  se  trouve  en  tête  du  volume. 

Registre  des  charpentiers,  fendeurs  de  bois  et  menuisiers, 
où  sont  inscrits  leurs  noms,  commençant  en  1403  et  finis- 
sant en  1510. 

Idem  du  métier  des  charpentiers.  Leurs  statuts  y  sont 
suivis  d'une  ordonnance ,  qui  fixe  de  quelle  manière  ils 
sont  tenus  de  veiller  et  de  monter  la  garde  Çaiiweet  doen)  à 
la  mi-carême  (2)  (écriture  du  commencement  du  XV. "  siècle)  ; 
on  y  trouve  en  outre  le  nom  des  doyens  et  jurés  jusqu'en 
1517. 

Inventaire  des  documens  appartenants  au  métier  des  fen- 
deurs de  bois,  de  1417,  avec  copie  de  divers  actes  des 
XIV.*'  et  XV.''  siècles. 

Registre  des  charpentiers,  de  1609  à  1683. 

Idem  des  charpentiers  et  fendeurs  de  bois ,  contenant 
les  noms  des  chefs  et  jurés,  de  1685  à  1769,  avec  une 
vignette  en  tête  du  volume. 

Idem  des  résolutions  des  charpentiers ,  de  1671  à  1699. 


(i)  L'étcndarcl  de  ceUe  corporation  ,  ainsi  que  celui  des  non-francs 
bateliers  ,  (^st  conservé  aux  archives. 

(u)  Cette  ordonnance,  donnée  en  i/ji/f)  est  très  intéressante,  sous  le 
rapport  de  l'équipement  et  armement  des  hommes  de  guerre,  à  cette  époque. 


(83) 

—  Idem,  (le  1699  à  1750.  —  Idem,  de  1750  à  1772,  et 
idem  de  17G9  à  1772. 

Tailleurs.  —  Registre  des  tailleurs ,  dits  sceppers  ,  avec 
les  noms  des   doyens,  maîtres,  etc. ,  de  1423  à  1609. 

Chivurcjiens-harhiers  [haerdemaekers).^  —  Leur  registre 
avec  leurs  noms  ,  de  1433  à  1793. 

Forgerons. — Deux  registres  reliés  ensemble  de  1438  et 
1521 ,  contenant  les  noms  des  doyens,  maîtres  et  enfans  des 
maîtres  du  métier. — Registre  de  leurs  statuts  de  1477:  en 
outre  plusieurs  copies  d'actes  des  XIV ,  XV  et  XVI''  siècles. 

Boucliers.  —  Registre  des  naissances  des  enfans  des 
boucliers  de  la  grande  Boucherie  de  Gand ,  de  1463  à 
1478.  —  Idem  des  comptes  des  bouchers,  de  1471  à  1510. 

—  Idem  de  leurs  résolutions,  de  1667  à   1722. 

f^ieux  cordonniers.  —  Un  petit  registre  contenant  plu- 
sieurs ordonnances  relatives  à  ce  métier. 

Tanneurs.  —  Registre  de  cette  corporation  :  en  tête 
se  trouve  une  très-belle  vignette.  Il  commence  par  leurs 
statuts  et  contient  les  noms  de  ceux  qui  ont  fait  partie  de 
ce  métier,  de  1478  à  1697,  avec  plusieurs  annotations 
curieuses;  l'écriture  est  du  XVI. "^  siècle  (1). 

Idem  du  même  métier  fait  en  1511  ;  plusieurs  actes  des 
XIV. " ,  XV.^  et  XVI. *"  siècles,  relatifs  à  cette  corporation, 
y  sont  annotés. 

Francs  merciers.  —  Registre  où  sont  inscrits  les  noms 
des   membres  de  cette  corporation  ,  de  1485  à  1753. 

Tonneliers.  —  Registre  de  cette  corporation,  de  1555  à 
1757,  contenant  les  noms  des  garçons  du  métier,  [knape-' 
licke  kinderen)  des  jurés  et  des  acquéreurs  (2). 


(i)  Cet  intéressant    manuscrit    a    été   donné  aux    archives    par   feu 
M  •■  Van  Hoorebeke ,    pliannacien  à  Gand. 

(2)  En  i555  Jean  Van  Hembyze,  fils  de  G."""  était  chef  de  ce  métier 
\hoofdman)  et  en  i5Gi  son  frère  François  accepta  la  même  charge. 


(  84  ) 

Chaudronniers.  —  Registre  des  résolutions  de  ce  métier , 
de  1737  à  1781. 

Coîifrérie  des  S  }^  Pierre  et  Paul  des  pêcheurs  d^  eau  douce 
(verssche  visschers.  )  —  Registre  de  cette  confrérie  ,  re- 
nouvelle en  1560  et  continué  jusqu'en  1733. 

Une  liasse ,  requêtes  relatives  à  l'admission  de  cliirur- 
giens  et  apothicaires  et  autres  pièces  concernant  cette  cor- 
poration, de  1665  à  1721. 

Un  grand  nombre  de  comptes  rendus  aux  échevins  du 
premier  banc  de  la  ville  de  Gand  ,  par  presque  tous  les 
métiers  et  corporations  de  la  ville ,  dont  les  plus  anciens 
sont  de  1613  et  vont  jusqu'en  1795  :  plusieurs  années 
manquent. 

Autres  documcns  et  pièces  de  ces  corporations ,  de  peu 
d'importance. 

Comptes  du  collège  des  médecins,  de  1664  à  1716. 

Plusieurs  pièces  concernant  Jean  Palfyn,  de  Courtray. 
.  Une  liasse  de  requêtes  ,  afin  d'autorisation  d'ordonnances 
politiques ,  créations  et  remboursemens  de  rentes ,  de  plu- 
sieurs corporations  libres  et  confréries. 

DOCUMENS,  coNCERTfANT  l'hôpital  de  ^.^  Jean,  près  de 
l'église  de  s.*  Jacques  ,  a  Gand  ,  fondé  par  les 
magistrats  de  cette  ville. 

Copie  d'une  charte  de  la  comtesse  Marguerite,  de  1278, 
par  laquelle  elle  donne  à  l'hôpital,  plusieurs  biens  situés 
'à  Assenede  ,  écrite  à  la  fin  d'un  rouleau ,  contenant  la 
spécification  des  mêmes  biens. 

Ancienne  déclaration  ou  spécification  (écriture  de  12  à 
1300  )  des  biens ,  rentes  et  terres  apparlenans  à  l'hôpital. 

Rouleau  des  fermages  des  biens  situées  à  Eychem,  fait 
en  1317. 

1 9  Anciens   rouleaux ,  description   des  biens  à  Gand , 


(85  ) 

Evchem ,  Saemslachl ,  Asseiiede   et  ailleurs ,  rentes  héré- 
ditaires, censés,    etc.,  etc.,  sans  dates. 

14  Rouleaux,  écriture  du  XIV.®  siècle,  contenant  la 
spécification  des  Liens  ,  rentes ,  fermages  et  censés  à  Gand , 
Evchem,  Saemslaclit  et  autres  lieux. 

Rouleau ,  écriture  du  XIV. "^  siècle ,  contenant  une  ample 
explication  de  ce  que  les  fermiers  d'Eychem  et  autres 
endroits  seront  tenus  d'observer  à  l'égard  de  l'entretien  de 
leurs  habitations  et  bàtimens ,  et  principalement  concer- 
nant la  culture  des  terres,  etc.,  etc. 

Un  registre  sur  parchemin  contenant  les  ordonnances 
des  frères  et  sœurs  de  l'hôpital,  données  par  les  échevins 
de  la  Keure  de  Gand,  en  1404.  —  Copie  d'un  acte  passé 
devant  les  échevins,  en  1470.  —  Relation  des  droits  des 
enrayée-  {^diillen),  entrant  dans  l'hôpital  de  S. '^  Jean;  an- 
ciennes coutumes  et  ordonnances  ,  données  par  la  ville  de 
Gand  ,  en  qualité  de  tuteurs  de  l'hôpital.  —  Idem  con- 
cernant les  prébendes.  —  Actes  de  1364  et  1414  ,  ainsi 
qu'une  ordonnance  du  magistrat  de  Gand  ,  du  mois  de 
mai  1245,  tous  ayant  rapport  à  l'hôpital  de  S.*  Jean. 

15  Chartes  de  1196  à  1300, -88  de  1302  à  1309, -118 
de  1404  à  1499,  -  53  de  1500  à  1594,  -  8  de  1614  à 
1692  et  2  id. ,  de  1719  à  1729.  Pour  la  plupart  bien  con- 
servées ,  et  contenant  des  actes  de  ventes ,  et  donations 
au  profit  de  l'hôpital.  Les  plus  intéressantes  sont  celles  qui 
suivent  : 

Règle  ou  institution  de  l'ordre  des  frères  et  sœurs  de 
l'hôpital  de  S.*  Jean  aux  enragés  (aliénés),  de  l'année  1196. 

Ordonnance  sur  la  prière,  sans  date. 

Acte  de  donation  faite  par  Marguerite,  comtesse  de 
Flandres  et  Gui  son  fils,  au  profit  de  l'iiôpital,  de  4  bon- 
niers  et  demi  de  terre,  à  Asscncdc,  à  charge  d'une  rede- 
vance annuelle  de  2  deniers  pour  chaque  bonnicr. 

Charte  en  date  du  lundi  devant  l'annonciation  de  Notre 


(SG) 

Dame,  1302,  par  lequel  Jean  De  Namur  déclare  prendre 
l'hôpilal  sous  sa  protection  et  sauvegarde. 

Acte  daté  de  Lille,  du  16  octobre  1386,  par  lequel 
Philippe,  duc  de  Bourgogne,  déclare  prendre  l'hôpital  et 
tous  ses  biens,  sous  sa  protection  et  sauvegarde. 

Ordonnance  pour  l'hôpital  de  S.*  Jean,  du  14  novembre 
1409. 

Copie  authentique  faite  le  17  juillet  1432,  de  l'ordon- 
nance et  règle  de  l'hôpital  de  S.*  Jean  à  Gand  en  date  1262. 

Actes  des  échevins  de  la  Keure  de  Gand,  du  25  septem- 
bre 1501,  ainsi  qu'une  copie  coUationuée  contenant  les 
droits  des  enragés  (aliénés)  qui  seront  admis  à  l'hôpital. 

Ordonnances  sur  le  marché  au  bétail,  des  années  1509 
et  1515. 

Ordonnance  prescrivant  de  quelle  manière  les  frères  et 
sœurs  de  l'hôpilal  seront  tenus  de  vivre ,  octroiée  par  l'évê- 
que  de  Tournay,  le  14  janvier  1517. 

Copie  de  l'adjudication  de  l'aunage  des  toiles  à  la  maison 
Aïiehet  Metershuysk  Gand,  en  date  19  février  1554. 

Ordonnance  en  date  19  septernJ)re  1565  ,  concernant 
les  prébendées  de  l'hôpital. 

Comptes  de  l'hôpital  de  1425  à  1496,  manquent  les 
années  1428  à  46— 1459  à  66  —  1469  à  73  —  1474  à 76 
—  1478  à  84  — 1486  à  95. 

Idem  comptes  de  1535  à  1561 ,  manquent  les  années 
1542-1551-1553  à  56  et  1559. 

Enfin  une  spécification  et  description  des  biens  concer- 
nant l'hôpital  susmentionné. 

DOCUMENS    CONCERNANT   l'hôpital   de  s.*  Jacques  a 

Gand. 

Trois  fragmens  de  registres  pour  les  paroisses  de  S.'  Jean, 
de  S.'  Jacques  et  de  S.'  Nicolas,  commençant  par  les  statuts 


(87) 

lie  la  confrérie  de  S.*  Jacques,  érigée  par  des  personnes  qui 
s'étaient  rendues  en  pèlerinage  à  S.^  Jacques  en  Galliee. 
Ces  statuts  contiennent  entr' autres,  que  les  personnes, tant 
hommes  que  femmes ,  pour  être  admises  dans  cette  confrérie 
doivent  faire  le  même  voyage  endéans  l'année  de  leur 
inscription  ,  s'ils  ne  peuvent  faire  conster,  qu'ils  ont  déjà 
ftiit  ce  pèlerinage  ;  libre  à  eux  toutefois  d'y  envover  quel- 
qu'un et  à  défaut  d'être  tenus  de  payer  certaine  somme  au 
profit  de  la  confrérie. 

L'écriture  de  ces  statuts  est  du  XIII.«  siècle ,  à  la  suite 
se  trouvent  inscrits  les  noms  des  confrères ,  et  on  trouve 
mentionné  sur  les  2."=  et  4."=  feuillets  de  ces  registres,  l'an- 
née 1290. 

4  Chartes  du  XIII. ^  siècle,  achats  de  propriétés,  faits 
par  l'hùpital;  un  acte  de  1291  contenant  fondation  d'une 
chapeUenie  au  profit  de  la  confrérie  de  S.*  Jacques,  par 
Scger  Utendaele  et  sa  femme,  et  fondation  d'une  autre 
chapeUenie  au  profit  de  l'hôpital,  par  l'ahLé  de  S.^  Bavon, 
de  1293. 

63  Chartes  de  1307  à  1399  —  76  Id.  de  1400  à  1499 
—  62  de  1500  à  1596  et  8  id.  de  1628  à  1677 ,  pour  la 
])lnpart  bien  conservées  et  contenant  des  actes  de  vente 
et  donations  au  profit  de  l'hôpital. 

Livre  de  rentes,  de  1333  et  années  suivantes. 
Plan  d'une  croix ,  faite  et  érigée  hors  la  porte  dite 
Pclcrcellc-poorte ,  à  l'endroit  nommé  ten  Screijhoome,])diT 
Gui-sbert  Mayhus  ,  Jacques  Bette,  Jacques  Sneevoet,  Jean 
Ghisels ,  Henri  Van  Danckaertshceke  ,  proviseurs  de  la 
maison  de  S.' Jacques  à  Gand,  aveo  l'acte  de  soumission 
(sans  date ,  paraît  être  du  commencement  du  XIV.'=  siècle) 
de  maître  Jean  Ecbins,  par  lequel  il  s'oblige  à  construire 
cet  ouvrage  avec  des  pierres  blanches  du  Brabunt  ,pour 
la    somme    de  10  livres   de  gros  tournois. 

Comptes  de  l'hôpital  de  S.»  Jacques,  de  1416-19-20 


(88) 

-  21   et  de   1422  à  1476  :  manquent  les  années  1423  à 
1427  -  1459  à  1461  et  1467  à  1475. 

Idem,  de  1477  à  1499  :  manquent  les  années  1479  à 
1484  -  1486  et  1493  à  1496. 

Registre  contenant  la  description  de  plusieurs  biens  de 
l'hôpital,  fait  en  1432,  sur  lequel  se  trouve  transcrit  un  acte 
mentionnant  qu'en  1282  ,  lors  d'une  assemblée  de  4  à  500 
personnes  ,  ayant  fait  le  pèlerinage  de  S.'  Jacques  en  Cora- 
postelle,  cette  confiérie  fut  érigée  par  eux  en  hôpital  de 
S.*  Jacques  sur  la  Terre-Neuve ,  à  Gand. 

Compte  des  recettes  du  jaugeage  des  bateaux,  en  1440. 
Ainsi  que  le  livre  de  recette  de  l'hôpital  de  S.*^  Jacques , 
dans  lequel  on  a  écrit  d'anciens  vers  flamands. 

Registre  de  rentes  renouvellées  en  1477. 

Idem  des  confrères  et  consœurs  de  la  confrérie  de 
S.*  Jacques  sur  la  Terre-Neuve ,  avec  copies  collationnées 
de  chartes. — Ordonnances  concernant  l'hôpital,  de  1499 
et  1538. 

Inventaire  des  chartes  et  autres  documens  concernant 
cet  hôpital,  écriture  du  XV."  siècle. 

12  Anciens  rouleaux  des  rentes  et  fermages  dont  un 
contient  la  description  des  ornemens  de  la  chapelle,  tous 
regardant  l'hôpital  et  sans  date. 

Livre  des  rentes  hors  de  la  ville  ,  sans  date. 

Décret  du  4  mai  1717,  souscrit  par  le  marquis  de  Prié, 
contenant  ce  que  les  prébendes  de  l'hôpital  sont  tenus 
de  payer  à  leur  entrée,  etc.,  etc. 


# 


CH.  ONCHENA      se. 


(80) 

iïlnu00Uc  bc  h  eux  b«imc5  b'lt0uttieuir 

Qui  se  trouve  dans  l'église  de  S.*  André,  a  Anvers. 


La  Belgic[ue  a  été  de  tout  temps  le  pays  où  les  Anglais 
exilés  clierchèrent  un  refuge.  Déjà,  en  95G,  nous  voyons 
S.  Dunstan,  après  avoir  encouru  la  disgrâce  d'Edwin,  roi 
des  Anglo- Saxons ,  se  retirera  Gand  où  il  séjourna  pendant 
quelque  temps  h  l'aLbaye  de  S.*  Pierre  (1).  Ce  fut  encore  là, 
que  le  roi  Elfred  cherclia  une  retraite ,  et  ce  prince ,  en 
récompense  du  bon  accueil  qu'il  avait  reçu  des  moines, 
leur  donna  le  manoir  de  Levesliam  avec  les  appendances 
Greenwich,  Woohvich  et  la  terre  appellée  PFerman  acre, 
située  près  de  Londres.  Telle  est  l'origine  des  vastes  pos- 
sessions de  l'abbaye  de  S.  Pierre  en  Angleterre ,  qui 
furent  successivement  confirmées  en  1044  par  S.*  Edouard, 
en  1240  par  Henri  III ,  et  par  leurs  successeurs.  Nous  avons 
déjà  vu  que  la  princesse  Gunilde  ,  sœur  de  Harold  II, 
dernier  roi  de  la  race  Anglo  -  Saxonne ,  finit  ses  jours  à 
Bruges  ,  en  1087  (2). 

Plus  tard,  lorsqu'en  Angleterre  les  catholiques  furent  en 
butte  à  toutes  sortes  de  vexations ,  ils  se  réfugièrent  en 
masse  chez  nous,  et  il  existe  encore  aujourd'hui,  en  Bel- 


(i)  Liiigard,  antiquités  de  1  église  Anglo-Saxonnc.  Paris,  1828.  p.  483. 
(u)  Messager  des  Arts,   nouvelle  séiic.   I.   \-i^. 


(90) 

gique ,  plus  d'une  famille  originaire  de  la  G  rande-Bretagne, 
dont  les  ancêtres  quittèrent  leur  patrie  à  cette  époque. 
C'est  à  ces  nombreuses  émigrations,  qu'il  faut  attribuer 
l'origine  des  couvens  anglais  et  irlandais  qui  existaient  dans 
presque  toutes  les  villes  de  la  Belgique.  On  voyait  autrefois, 
dans  la  plupart  de  nos  églises,  des  épitaphes  de  personnes 
appartenant  aux  premières  familles  d'Angleterre ,  qui  , 
voulant  s'éloigner  des  trouljles  de  leur  patrie  ,  étaient 
venues  mourir  dans  la  terre  étrangère.  Les  ouvrages  de 
Sweertius ,  de  Le  Roy,  de  Sanderus,  de  Christyn ,  de  Tom- 
beur ,  de  De  Munck  et  autres  ,  nous  en  ont  conservé  un 
bon  nombre,  sans  indiquer  cependant  toutes  celles  qui 
oflVaient  quelqu'intérèt  (1). 

On  voit  encore  dans  l'église  de  S.*  André,  à  Anvers, 
un  Mausolée  élevé  à  la  mémoire  de  deux  dames  d'hon- 
neur de  la  malheureuse  reine  d'Ecosse,  Marie  Stuart.  Ce 
monument  se  trouve  placé  contre  un  pilier ,  en  face  de  la 
chapelle  du  S.*  Sacrement.  11  est  en  marbre  noir  et  blanc, 
et  les  chapiteaux ,  ainsi  que  les  soubassements  des  colon- 
nes sont  dorés.  Comme  il  n'a  jamais  été  gravé,  nous  croyons 
faire  plaisir  en  le  donnant ,  ici ,  d'après  un  dessin  que  nous 
devons  à  l'obligeance  de  M."  P.  Kremer,  peintre  d'histoire, 
et  A.  J.  Rousseaux,  marbrier,  à  Anvers  (2). 


(i)  A  rextrcnie  droite  du  pourtour  du  chœur  de  réglise  de  Notre- 
Dame  ,  à  Anvers ,  on  lit  sur  une  pierre  tumulaire  l'inscription  suivante  : 

IN    MEMORIAM 

D.    10A^^■IS    BUTLERI 

ASGLI 

OBllT    2    OCTOBRIS 

iGGj 

R.    1.     P. 

La  famille  Butler  a  produit  beaucoup  d'hommes  célèbres.  Nous  ignorons 
si   cette  épilaphe  a  rapport  à  l'un  d'eux. 

(2)  Ces  messieurs,  :,insi  que  M.''  Mertens,  ont  reçu  de  M.'  le  curé 
de  S.i  André  l'accueil  le  plus  -  bienveillant ,  et  il  s'est  empressé  de  leur 
procurer  toutes  les  facilites  pour  exécuter  ce  dessin. 


{91  ) 

Les  différentes  inscriptions  sont  en  lettres  dorées ,  sur 
un  fond  de  marbre  noir.  Nous  aimons  à  les  reproduire  , 
parce  que  dans  l'ouvrage  du  baron  Le  Roy ,  Théâtre  sacré 
du  Brabant,  et  dans  celui  de  Descamps ,  Foi/age  pit- 
ioresqtte,  édit.  de  Rouen,  1769,  les  seuls  où  on  les  trouve, 
le  texte  est  loin  d'être  exact ,  et  l'ordre  des  lignes  n'a  pas 
été  observé.  M.'"  Mertens ,  bibliothécaire  de  la  ville  d'Anvers, 
à  qui  nous  devons  une  grande  partie  des  détails  qui  sui- 
vent ,  a  eu  la  bonté  de  les  lever  sur  les  lieux,  avec  la  plus 
scrupuleuse  exactitude. 

Voici  les  deux  inscriptions  sous  le  portrait.  La  première 
se  trouve  sur  le  larmier. 

M-VRIA    STVARTA    SCOT   :    ET    GALL  :    REG  :    lAGO  .*  3IAG  :  BRITA 

REG  :    3IATER 

AN."  1.5.6.8    IN    A>'GL.    REFVGY    GAVSA    DESGEXDE5S 

COG>A.  ELISE  :  IBI  REG>"A>"  :    PERFIDIA.  SE]\"AT.  HjERET  :  I>VIDIA 

POST.    XIX.    CAPTIVIT  :    A>'OS  RELIG   :  ERGO    CAPITE    OBTRV>'C  : 

aiARTYRIV    C0>"SVM3IAVIT    A>'.°  D>.    1.5.8.7.    iETA  '.   REG.    4.5. 

Inscription  principale  : 

DEO  OPT.  MAX.  SACR. 

NOBILISS.   DVAR.   E   BRITA>'>'IA    MATROXAR. 

MONVMEXTVM    VIATOR    SPEGTAS   : 

ÇV^  AD    REGIS    GATÏIOL  '.   TVTEL.    ORTHODO.    RELIGION.   GAVSA 

A  PATRIA   PROFVG^.   HIC   IN   SPE   RESURRECT.    QVIESGVNT 

IN  PRI5IIS   BARBARA.  3I0VBRAYD.  lOnAN.   MOVBRAY   BAROMS  F. 

qym.  sereniss.  mari^  stvartje  regin^  sgot.  a  gvbigvlis 

NVPTVI   DATA  GVILBERTO  GVRLE  ,   QVI  AMî.    AMPLIVS.   XX. 

A.   SECRETIS    REG.    FVERAT  VNAiQ  SINE  QVERELA  ANN.   XXIIII. 

YIXERVNT,  LIBEROSQ  OGTO  SVSTVLER  .  SEX  C^LO  TRANSGRIPTIS 

FILII    DVO    SVPERSTITES,    IN   STVDUS    LIBERALITER    EDVCATI. 

lAGOBYS  SOCIE.    lESV    SESE   MADRITI  AGGREGAVIT ,    IN  HISP. 


(92) 

HIPPOLYTVS    NATV    MINOR    ITi    GALLO.    BELG.    SOCIET.  lEST 

PROV.  ADSCRIBI  CHRISTI  MILITIiE  VOLVIT 

HIC   MOESTVS    GV3I  LACRYMIS  OPTIMJE  PARE>'TI.    P.    G. 

Q\M  PRID  KALEND.  AVGVST.  AIN."  D.  CIO.  10  CXVI.  ÎET.  LVII. 

VITAM  GADVCAM  GVM  iETERNA    COMMVTAVIT. 

ITEM  ELIZAB.  GVRLJE  AMITiE  EX  EADE3IN0B.  CVRLEOR.  STIRPE 

MARIiE  QVOQ.    REGINJE  A  CVBIGVLIS  ,    OGTO  ANMS  YINGVLR. 

FIDjE  SOCIJE  ,    CVI    MORIE>'S   VLTIMVM  TVLIT   SVAVIVM. 

PERPETVO   CiELIBI  ,    MORIBVSQ.  CASTISS.  AC  PIESTISSIMiE 

HIPPOLYTVS    CVRLE   FRATRIS   EIVS   F.    HOG   M05VBI. 

GRATI  AlS^mi  PIETATISQ,   ERGO  LIB   MER.   POSVIT. 

H^G  VLTiaiUM  VITiE  DIE3I   CLAVSIT.  AN"  Dîfl    1620. 

iETAT.    LX."^"   DIE   29   MAY. 

REQVIESCAIS'T    IN    PAGE.    A3IEN. 

Ce  qui  veut  dire  : 

Marie  Siuart,  reine  d'Ecosse  et  de  France,  mère  de 
Jacques,  roi  d'Angleterre,  chercha  en  1568  un  asile  en 
Angleterre;  par  la  perfidie  de  la  reine  Elisabeth ,  sa 
parente,  et  la  haine  cVnn  parlement  hérétique ,  après  une 
captivité  de  dix— neuf  ans,  elle  y  eut  la  tête  tranchée  à 
cause  de  sa  relifjioji,  et  souffrit  la  mort  des  martyrs  Van 
1587^  la  45.''  année  de  son  règne  et  de  son  âge. 

A  Vhonneur  de  Dieu  tout-jniissant. 

Passant,  tu  vois  ici  un  monument  où  reposent,  en  at- 
tendant le  réceil  des  justes ,  deux  nobles  dames  anglaises^ 
que  leur  attachement  à  la  religion  orthodoxe  a  fait  fuir 
de  leur  jyatrie  ^  pour  se  mettre  sous  la  protection  de  S.  M. 
très-catholique. 

L'une  d'elles,  Barbe  Moubray,  fille  du  baron  Jean  Mour- 
hray ,  Dame  d'honneur  de  la  sérénissinie  Marie  Siuart, 
reine  d'Ecosse ,  fut  mariée  à  Gilbert  Curie ,  qui  durant 
plus  de  vingt  ans ,  fut  secrétaire  du  roi.  Ils  vécurent  en- 


(93) 

semble,  vendant  vingt-quatre  années,  dans  l\mion  la  jilus 
paisible  et  donnèrent  h  jour  à  huit  enfans ,  dont  six  ont 
déjà  passé  au  ciel.  Les  deux  qui  survivent  furent  élevés 
dans  la  carrière  des  lettres.  Jacques ,  Vaine ,  s'aggrérjea  à 
la  Société  de  Jésus,  à  Madrid.  Hippohjte ,  le  second,  vou- 
lut également  faire  partie  de  la  milice  du  Christ  en  s'asso- 
ciant  à  la  même  compagnie ,  dans  la  province  de  la 
Gaule— Belgique.  Ce  dernier  pleurant  la  meilleure  des 
mères,  qui  passa  de  cette  vie  terrestre  à  la  vie  éternelle , 
le  ^i  juillet  1616,  à  l'âge  de  57  ans,  lui  a  fait  ériger  ce 
monument. 

L'autre,  Elisabeth  Curies  issue  de  la  7nême  illustre  fa- 
mille des   Curie,  fut  pareillement  Dame  d'honneur  de 
Marie  Stuart ,  et  après  avoir  été  pendant  huit  ans  sa 
compagne  fidèle ,  dans  la  prison,  ce  fut  elle,  qui,  au  mo- 
ment du  supplice  de  la  reine ,  en  reçut  le  dernier  baiser. 
Cest  également  à  l'honneur  de  cette  dame ,  sa  tante,  que 
Hippoljjle  Curie ,  fils  de  son  frère,  a  érigé  ce  monument, 
comme  un  témoignage  de  sa  piété  et  de  sa  gratitude.  Elle 
termina  ses  jours  le  29  mai  1620,  à  Vuge  de  60   ans. 
Que  leurs  âmes  reposent  en  ptaix.  Amen. 
Les  Anglais,  si  a\ides  de  tout  voir  quand  ils  sont  en  pays 
étranger  ,  et  si  curieux   de  tout  ce  ,qui  appartient  à  leur 
histoire ,    ne   manquent  jamais    d'aller   visiter  leglise  de 
S.*  André.  Leur  admiration  pour  ce  monument,  sans  doute 
plus  intéressant  sous    le  rapport  du  souvenir  qui  s'y  rat- 
tache, que  sous  celui  de  l'art,  va  si  loin,  que  plus  d'une 
fois  on  a  prétendu  ,   non   seulement  que   le  portrait   est 
un  de  ceux  qui  retrace  le  plus  fidèlement  les  traits  de  la 
malheureuse  31arie  Stuart ,  mais  qu'on  a  été  jusqu'à  l'at- 
tribuer  au    pinceau    de   Van  Dyck.    Aussi    bon    nombre 
d'amateurs  d'outre-mer  l'ont-ils  fait  copier  dans  les  derniers 
temps. 

Pour  ce  qui  est  de  la   ressemblance  nous  sommes  loin 


(94) 

de  la  contester.  Les  traits  du  visage  sont  tout -à- fait 
ceux  qu'on  retrouve  dans  les  meilleurs  portraits  de  cette 
reine  d'Ecosse,  et  le  peintre  n'a  pas  négligé  de  lui  donner 
jusqu'à  la  chevelure  roussàtre  ,  telle  que  la  dépeignent  les 
meilleurs  historiens  et  même  Walter-Scott,  qu'on  me  par- 
donnera de  citer  en  cet  endroit  ;  car  tout  romancier  qu'il 
est ,  son  témoignage  ne  peut  pas  être  suspect ,  puisque  peu 
de  personnes  connaissaient  mieux  les  antiquités  de  son  pays 
que  lui.  Cet  auteur  en  fesant ,  dans  l\4hhé ,  le  portrait  de 
Maric-Stuart ,  ne  manque  pas  de  dire  the  thick  clustered 
tresses  of  dark  hrown. 

Ce  serait  une  opinion  plus  que  hasardée  que  d'attribuer 
ce  tableau  à  Yan  Dvck  qui  était  maître  en  ce  genre ,  et  le 
portrait  est  loin ,  sous  tous  les  rapports  ,  d'approcher  du 
faire  de  ce  peintre.  Nous  n'ignorons  pas  que  Van  Dyck 
n'avait  que  vingt-et-un  ans  en  1620,  lorsque  ce  monument 
paraît  avoir  été  élevé  ,  mais  encore  pensons  nous  que  même 
à  cet  âge  il  aurait  fait  mieux. 

Une  reraarcp-ie  faite  par  M.^  Mertens  concourt  encore 
à  prouver  c[ue  ce  tableau  ne  mérite  pas  l'importance  que 
l'on  y  a  souvent  attachée.  En  effet ,  il  croit  que  le  mausolée, 
tel  qu'il  se  voit  aujourd'hui,  a  subi  différentes  modifications 
depuis  son  érection  primitive.  Cela  paraît  avoir  eu  lieu 
soit  lors  de  la  révolution  française ,  soit  déjà  à  une  épo- 
que antérieure.  On  remarque,  dans  la  partie  inférieure 
du  monument ,  trois  taches  raboteuses  à  l'endroit ,  où 
autrefois  ,  étaient  sans  doute  placées  les  armoiries  des 
familles  Moubray  et  Curie ,  qui  n'ont  chsparu  que  sous  la 
main  des  Vandales  du  XIX.'=  siècle.  Ce  fait  est  pour  ainsi 
dire  certain.  En  outre,  il  est  assez  douteux  que  les  statues 
de  S.*  Barbe  et  de  S.*  Elisabeth  soient  encore  les  figures 
primitives.  Elles  pourraient  très-bien  provenir  de  l'un  ou 
l'autre  autel,  et  n  avoir  été  adaptées  ici  que  pour  remplacer 
celles  qui  s'y  trouvaient  anciennement. 


(95  ) 

Nous  venons  de  dire  cpie  déjà,  antérieurement  à  la  révo- 
lution française,  ce  monument  semblait  avoir  subi  quelques 
changements ,  et  c'est  sur  le  témoignage  de  Descamps  que 
nous  appuyonts  cette  conjecture.  Cet  auteur  s'exprime,  dans 
\c  voyage  pittoresque  de  la  Flandre  et  dit  Brahant,  édi- 
tion de  Rouen  1769  ,  de  la  manière  suivante  :  ici  vis-à-vis 
(de  la  chapelle  du  S.' Sacrement)  est  un  mausolée  élevé  à 
la  mémoire  de  la  reine  d^ Ecosse,  Marie  Stuart,  son  buste 
en  marbre  comme  tout  le  reste  a  été  fait  aux  dépens  de 
deux  dames  anglaises  réfugiées  en  cette  ville.  D'après  cela, 
il  paraît  qu'en  1769  il  y  avait  un  buste  au  lieu  d'un  ta- 
bleau. Voici  maintenant  l'extrait  du  même  livre  mais  de 
l'édition  d'Anvers  1792.  Ici  vis-à-vis  est  un  mausolée  élevé 
à  la  mémoire  de  la  reine  d'Ecosse,  Marie  Stuart,  son 
portrait  peint ,  et  tout  l'ouvrage  ont  été  faits  aux  dépens 
de  deux  dames  anglaises  réfugiées  dans  cette  ville.  On  se 
demande  donc,  si  une  erreur  qui  s'était  glissée  dans  la 
première  édition  du  livre  de  Descamps  a  été  corrigée  dans 
celle  de  1792,  ou  si  effectivement  de  1769  à  1792,  il  y  a 
eu  substitution  d'un  portrait  à  un  buste.  Ce  dernier  point 
est  le  plus  probable  ,  puisqu'encore  aujourd'hui  le  portrait 
se  trouve  entouré  d'un  cercle  en  cuivre  bombé  ,  ce  qui 
convient  beaucoup  plus  à  une  espèce  de  niche  pour  le 
placement  d'un  buste,  qu'à  l'encadrement  d'un  tableau. 
C'est  sans  doute  à  l'un  ou  l'autre  de  ces  renouvellemens 
que  l'on  doit  les  deux  inexactitudes ,  assei  légères  à  la 
vérité ,  que  l'on  observe  dans  l'inscription  principale.  A 
la  ligne  6.*^  on  lit  movbrayd  au  lieu  de  movbrvy.  d. 
L'autre  ne  consiste  que  dans  les  dates  1620  et  die  29  ma  y 
écrites  en  chiffres  arabes ,  tandis  que  ,  pour  être  d'accord 
avec  le  reste  ,  il  faudrait  lire  comme  Descamps  dans  l'édi- 
tion de  Rouen ,  cio.ioc.xx  et  die  xxix  may. 

Ajoutons  encore,  qu'outre  ce  monument  honoraire,  on 
voyait  autrefois  une  pierre  sépulcrale  de  marbre  bleu  ,  placée 


(96) 

au-dessus  de  l'entrée  du  caveau  dans  lequel  les  corps  étaient 
enterrés.  On  lisait  sur  cette  pierre  une  seconde  inscription 
que  le  baron  Le  Roy  nous  a  conservée  dans  le  Théâtre 
sacré.  La  voici  : 

D.  0.  M. 
Siib  hoc  lapide  diiarmn  feminariim  vere  piarum  con- 
dunlur  corpora  d.  barbarie  moubray  et  d.  ELiSABETHiE 
CURLE  utrœque  Scotœ ,  nohilissimœ  Mariœ  Beginœ  a 
cuhiculis ,  quarum  tnonumentmn  superiori  affïgjtur  co- 
luninœ.  Illa  vidua  mortaliuni  legi  cessit  xxxi  Jtdii  anno 
œlatis  Lvii ,  dmn  hœc  seinper  cœlehs  xxix.  Mail  œtatis  lx. 
Dni  M.G.xx. 

Ce  n'est  ,  comme  on  voit ,  que  la  répétition  en  abrégé 
de  la  première. 

C.  P.  Serrure. 


(97) 


Uotitt 

Sur  la  collection  des  Manuscrits  de  Granvelle,  con- 
servée A  LA  Bibliothèque  de  Besançon. 


>MI< 


Le  rapport  que  M.  Guizot ,  ministre  de  l'instruction  publi- 
que, a  présenté  au  roi  des  Français ,  le  27  novembre  dernier, 
relativement  à  la  publication  des  monuments  inédits  de  l'his- 
toire de  France  (1),  a  rappelé  l'attention  de  toutes  les  per- 
sonnes que  nos  fastes  nationaux  intéressent ,  sur  une  collec- 
tion de  pièces  qui  est  plus  belge  que  française ,  quoiqu'elle 
se  conserve  à  la  bibliothèque  de  Besançon  :  nous  voulons 
parler  des  manuscrits  du  fameux  cardinal  de  Granvelle. 

Il  y  a  longtemps  que  cette  collection  a  été  signalée  à  la 
curiosité  des  savans.  Dans  le  XVH.e  siècle,  l'abbé  Boizot,  qui 
l'avait  formée ,  écrivit  une  lettre  à  Pélisson ,  où  il  donnait 
quelques  détails  sur  les  documens  dont  elle  se  composait  ; 
cette  lettre  est  insérée  dans  le  tome  IV  des  Mémoires  de 
littérature  du  P.  Dcsmolets,  qui  sont  entièrement  oubliés 
aujourd'hui.  Bernard  de  la  Monnoye  en  parla,  à  son  tour, 
dans  l'édition  qu'il  fit  paraître,  en  1715,  à\x  Ménagiana. 
Plus  tard ,  elle  fut  encore  citée  dans  les  Mémoires  j)our 
servir  à  l'histoire  du  cardinal  de  Granvelle  (2) ,  par  dom 
Prosper  Lévêque ,  dans  la  préface  de  l'édition  ,  imprimée  à 
Bruxelles,  de  l'Histoire  du  cardinal,  par  Luc  Denans  de 


(i)  Ce  rapport  a  été  inséré  dans  la  plupart  des  journaux  de  Paris,  et 
nommément  dans  le  Journal  des  Débats  ,  du  3o  novembre  i834. 

(a)  Paus .  Desprez ,  1^54  ,  deux  volumes  in- 12,  sans  nom  d'auteur. 

7 


(98) 

Courchetet  (1),  dans  le  mémoire  historique  lu  à  l'académie 
de  Besançon  par  dom  Grappin,  le  24  août  1787;  enfin, 
tout  récemment ,  M.  Capefigue  ,  dans  sa  lettre  à  M.^  le  baron 
Pasquier ,  président  de  la  chambre  des  pairs ,  qui  sert  de 
préface  à  son  Histoire  de  la  réforme,  de  la  ligue  et  du 
règne  de  Henri  I p^  (2),  en  a  fait  mention  aussi. 

C'est  dans  les  Mémoires  de  dom  Prosper  Lévêque ,  qu'on 
trouve  le  plus  de  renseignemens  sur  les  manuscrits  de 
Granvelle  ;  toutefois  ils  sont  loin  de  suffire  pour  l'appré- 
ciation d'une  collection  aussi  vaste  et  aussi  importante. 

Un  religieux  bénédictin  de  la  congrégation  de  Saint- 
Vannes  ,  qui  fut ,  pendant  de  longues  années ,  bibliothé- 
caire de  l'abbaye  de  Saint-Vincent,  à  Besançon,  où  elle 
était  déposée  ,  et  qui,  en  1784,  vint  à  Bruxelles  s'associer 
aux  travaux  des  Bollandistes ,  dom  Anselme  Berlhod ,  avait 
rédigé ,  dans  le  temps  qu'il  habitait  Besançon ,  des  anecdo- 
tes,  ou  plutôt  des  extraits  tirés  de  ces  manuscrits.  Il  les 
avait  présentés  à  l'académie  de  cette  ville ,  dont  il  était 
membre;  mais  ils  ne  furent  pas  rendus  publics. 

Me  trouvant  à  Paris  au  commencement  de  1828,  j'appris, 
par  une  Notice  que  M.  ChampoUion-Figeac  venait  de  mettre 
au  jour  sur  le  cabinet  des  chartes  et  diplômes  de  l'Histoire 
de  France  (3),  l'existence,  dans  ce  cabinet,  de  «  deux  vo- 
))  lûmes  in-folio  :  Extraits  analytiques  des  85  volumes  de 
»  manuscrits  historiques  de  Nicolas  et  Antoine  de  Gran- 
))  vclle  ,  ministres  de  Charles  -  Quint  et  de  Philippe  II.» 
M.  ChampoUion,  à  la  rare  complaisance  duquel  je  suis  heu- 
reux d'avoir  cette  occasion  de  rendre  hommage  (4) ,  ayant 

(i)  Bruxelles.  Ermens,  1784,  deux  volumes  in- 12. 

(2)  Bruxelles,  Louis  Hauman  et  Compagnie,  1 834.  Six  vol.  ont  paru. 

(3)  Paris,  imprimerie  de  Firmin  Didot ,    1827  :  in-8°  de  32  pages. 

(4)  M.  Chumpollion-Figeac  est  aujourd'hui  conservateur  de  la  section 
des  manuscrits  de  la  bibliothèque  du  roi ,  dont  le  cabinet  des  chartes 
et  diplômes  forme  une  dépendance. 


(09) 

Lien  voulu  les  mellre  à  ma  disposition ,  je  reconnus  qu'ils 
étaient  la  copie  des  anecdotes  de  dom  Bcrthod  envoyée , 
en  1787,  par  son  successeur  à  Besançon,  dom  Grappin,  à 
M.  Moreau,  historiographe  de  France  et  directeur  du  cabi- 
net des  chartes  (1).  Inutile  de  dire  que  je  les  parcourus  avec 
avidité.  Mais  je  ne  me  l)ornai  pas  à  les  lire  ;  j'en  pris  des 
extraits  assez  étendus. 

C'est  ce  travail  qui  me  met  aujourd'hui  en  état  de  fournir 
aux  amis  de  notre  histoire  nationale  ,  sur  la  Collection  de 
Granvelle,  des  notions  qui,  je  l'espère,  seront  accueillies 
par  eux  avec  plaisir. 

Mais,  avant  de  décrire  ce  Recueil,  il  importe  de  faire 
connaître  quelques  particularités  qui  se  rattachent  à  sa  for- 
mation ;  ici  je  laisserai  parler  l'auteur  des  Mémoires  pour 
servir  à  l'histoire  du  Cardinal  :  «  Peu  de  ministres ,  dit  dom 
))■  Prosper  Lévêque,  ont  été  aussi  laborieux,  aussi  exacts, 
»  aussi  attentifs ,  que  le  cardinal  de  Granvelle.  Il  conservait 
»   toutes  les  lettres  qu'on  lui  écrivait ,  jusqu'à  celles  de  pur 

»  compliment On  peut  juger  par  là  du  soin  qu'il  avait 

»  de  rassembler  les  lettres  d'affaires  et  de  conséquences  ; 
))  il  en  a  laissé  un  grand  nombre  écrites  en  différentes  lan- 

»   gués,  toutes  chargées  d'apostilles  de  sa  propre  main 

»  Cependant ,  après  la  mort  du  cardinal ,  ces  riches  monu- 
»  ments  de  son  habileté ,  ces  preuves  fidèles  et  solides  de  la 
»   confiance  de  ses  maîtres,  ces  dépôts  les  plus  secrets  et 

Tous  ceux  qui  ont  eu  à  faire  des  recherches  dans  ce  vaste  dépôt  des 
connaissances  humaines,  s'empresseront  de  rendre  hommage,  avec  moi, 
à  l'inépuisable   complaisance  de  ce  savant. 

(i)  On  conserve  aussi,  au  cabinet  des  chartes  et  diplômes,  une  copie 
du  «  Mémoire  sur  quelques  manuscrits  de  la  bibliothèque  publique  de 
»  l'abbaye  de  Saint- Vincent  de  Besançon ,  lu  à  la  séance  de  l'académie, 
»  le  28  novembre  1770,  par  dom  Bcrthod,  sous-prieur  et  bibliothé- 
»  caire  de  celte  al)bnye.  »  Mais  ce  mémoire  est  beaucoup  moins  riche  en 
renseignemenls  sur  la  collection  de  Granvelle  ,  que  les  deux  volumes 
à^  Anecdotes. 


(  100  ) 

))  les  plus  précieux  des  affaires  politiques  de  son  siècle, 
))  furent  regardés  comme  des  paperasses  inutiles  ;  on  les 
»  transporta  dans  un  galetas,  puis  chez  un  épicier  :  triste 
»  sort ,  mais  trop  ordinaire  !  Il  ne  fallut  pas  moins  que 
»  toutes  les  recherches  de  l'abbé  Boizot,  pour  recouvrer  ce 
»  trésor,  et  empêcher  qu'il  ne  fût  dissipé  en  grande  partie. 
»  M.  Jules  Chifflet ,  abbé  de  Balérne ,  conseiller-clerc  au 
»  parlement  de  Bourgogne  et  ancien  chancelier  de  l'ordre 
»  de  la  Toison-d'Or,  avait  dé']krécliappé  du  naufrage  beau- 
»  coup  de  ces  lettres  ;  M.  le  comte  de  Saint-Maurice  et  le 
»  baron  de  Thoraise  en  avaient  conservé  plusieurs  autres , 
comme  des  effets  de  famille  :  diverses  autres  personnes 
en  gardèrent,  par  la  seule  vénération  qu'on  a  encore 
dans  Besançon  pour  tout  ce  qui  vient  de  la  maison  de 
Granvelle.  Tous  ceux  dont  je  viens  de  parler  cédèrent  à 
»  l'abbé  Boiz.ot  chacîin  leur  part  de  ces  papiers ,  il  rassembla 
»  le  reste  de  côté  et  d'autre.  » 

La  collection  de  Granvelle  se  compose  de  85  volumes , 
lesquels  portent  les  titres  suivans  : 

Mémoires  de  Granvelle 35   volumes. 


Lettrés  de  3Iorillon 8 

Lettres  d'Hoppérus 7 

Apologie  de  l'empereur  Charles  V.     .  1 

Ambassade  de  Saint -Mauris.     ...  1 

Ambassades  de  Simon  Renard.     .     .  5 

Ambassade  de  Chantonay    ....  8 

Lettres  de  M.  de  Champagnev.     .     .  8 

Lettres  de  et  à  M.  de  Bellefontaine.     .  3 

Lettres  de  et  à  M.  de  Vergv,     ...  2 

Mémoires  pour  servir  à  l'histoire.     •  2 

Traités  de  paix.    .     ^ 4 

Journal    des    voyages    de   l'empereur 

Charles  -  Quint 1 


85  volumes. 


(  101   ) 

Chacun  de  ces  recueils  a  un  caractère  d'intérêt  qui  lui  est 
propre,  cl  qu'indique  en  général  le  titre  qui  lui  a  été  donné. 
Un  aperçu  des  principaux  docuraens  que  les  uns  et  les  autres 
contiennent  fera  mieux  apprécier  cet  intérêt. 

MÉMOIRES  DE  GRAKVELLE  ,  35  VOLUMES. 

Lorsque  l'abLé  Boizot  recueillit  et  classa  les  manuscrits 
de  Granvelle,  il  voulut  d'abord  les  ranger  tous ,  sans  excep- 
tion, selon  l'ordre  des  dates  :  mais  ensuite,  trouvant  des 
séries  considérables  de  papiers  ayant  rapport  au  même 
objet,  il  jugea  préférable  de  former  de  ceux-ci  des  recueils 
distincts  et  séparés.  Ce  fut  dans  ce  système,  qu'il  composa 
des  collections  particulières  des  lettres  de  Morillon,  de  celles 
«le  Champagney ,  de  celles  d'Hoppérus ,  etc.  :  tous  les  docu- 
ments qu'il  ne  put  pas  faire  entrer  ainsi  dans  un  cadre 
s})écial,  il  les  réunit,  en  les  souraetlant  à  l'ordre  chrono- 
logique, sous  le  titre  de  Granvelle. 

Cette  dernière  partie  de  la  collection,  qui  est  la  plus 
considérable,  est  aussi  la  plus    précieuse   pour  l'histoire. 

Les  quatre  premiers  volumes  contiennent  des  pièces  du 
XV.*^  et  de  la  première  moitié  du  XVI.^  siècles,  savoir  :  des 
lettres  de  Jean-sans-Peur ,  de  Philippe-le-Bon ,  de  Charles- 
le- Téméraire,  de  3Iaximilien,  de  Philippe -le -Beau,  de 
Charles -Quint,  de  Marguerite,  duchesse  de  Savoie,  de 
François  I.'^'^ ,  lors  de  sa  captivité  ;  des  lettres  et  des  in- 
structions de  Charles -Quint,  de  la  reine  Marie,  et  du 
chancelier  Perrenot,  aux  ambassadeurs  en  France,  etc. 

On  trouve,  dans  le  o.*",  (années  1554-1557),  des  let- 
tres de  l'évêque  d'Arras  à  1  empereur  et  à  Philippe ,  son  fils. 

Dans  les  6.%  8.<=  et  9.^  (15o8-15G3),  un  grand  nom- 
iire  de  lettres  de  Granvelle  au  roi  et  vicisaim,  tant  avant 
qu'après  le  départ  de  ce  prince  pour  l'Espagne  ,  jusqu'au 
moment  où  le  cardinal  se  retira  des  Pays-Bas; 

Dans  le  10.*  et  les  suivans  jusques  et  compris  le  24.', 


(  102  ) 

des  lettres  de  Granvelle  au  roi ,  à  l'empereur ,  à  la  du- 
chesse de  Parme,  arec  les  réponses  de  ces  princes;  nombre 
de  lettres  de  Viglius  ,  du  secrétaire  Bave  ,  de  lecuver 
Bordey  et  de  quekpies  autres  amis  du  cardinal  restés  aux 
Pavs-Bas,  par  lesquelles  ils  l'intruisaient  régulièrement  de 
tout  ce  qui  se  passait  à  Bruxelles  et  dans  les  provinces  : 
ces  quinze  volumes  embrassent  une  des  époques  les  plus 
intéressantes  de  nos  troubles,  les  années  1564  à  1567. 

La  correspondance  du  cardinal  avec  Claude  Bélin ,  Franc- 
Comtois  qui ,  par  le  crédit  de  G  ranvelle ,  avait  été  appelé 
à  siéger  au  conseil  des  troubles ,  est  ce  qui  mérite  le 
plus  d'attention  dans  les  25.^  et  26.''  volumes ,  qui  se  rap- 
portent aux  années  1567  et  1568. 

Les  27.*=,  28.^  et  20.''  volumes  n'offrent  rien  de  bien 
remarquable,  non  plus  que  les  34. «^  et  SS.*". 

Des  correspondances  de  G  ranvelle  avec  le  roi ,  avec  don 
Juan  d'Autriche,  avec  la  duchesse  de  Parme  et  le  prince 
Alexandre  son  fils,  sont  contenues  dans  les  30.^,  31.«, 
32.'=  et  33,« 

Lettres  de  Morillo^v,  8  vol. 

Maximilien  Morillon,  prévôt  d'Aire  et  depuis  éveque  de 
Tournai ,  était  l'ami  particulier  de  Granvelle ,  qui  l'avait 
chargé ,  après  sa  retraite  des  Pays-Bas ,  de  l'administration 
de  l'archevêché  de  Malines.  Ce  n'est  pas  toutefois  sur  cette 
administration  que  roule  principalement  la  correspondance 
dont  il  est  question  ici ,  mais  sur  les  affaires  publiques  , 
dont  le  prévôt  d'Aire  tenait  son  patron  exactement  in- 
formé, et  il  puisait  aux  meilleures  sources. 

Chacun  des  six  pi'emiers  volumes  des  lettres  de  Morillon 
embrasse  une  année,  à  partir  de  1564.  Le  1."  renferme 
des  lettres  de  l'année  1572;  le  8,*=,  des  pièces  mêlées  de 
1573,  1575,   1576,  1578,  1581. 


(  103  ) 

Lettres  d'Hoppérus  a  Philippe  II,  7  vol. 

Joachim  Hoppérus ,  ou  Hopper,  fut  appelé  à  Madrid  par 
Philippe  II,  en  1507,  pour  remplacer  Charles  Tisuacq 
comme  garde-des-sceaux  des  Pays-Bas,  Ce  fut  en  celte 
qualité  ,  qu'il  adressa  au  roi  les  rapports  (plutôt  que  les 
lettres)  dont  est  composé  ce  recueil,  et  sur  la  plupart 
desquels  Philippe  mit  des  apostilles.  Les  cinq  premiers 
volumes  appartiennent  aux  années  1571  à  1575;  les  cinq 
derniers  sont  relatifs  à  l'année  157G.  Il  ne  paraît  pas 
qu'ils  répandent  un  grand  jour  sur  les  ressorts  de  la  politi- 
que de  Philippe  ,  ni  sur  les  causes  secrètes  des  événemens 
du  temps. 

Comment  les  rapports  d'Hoppérus  se  trouvèrent -ils 
ensuite  parmi  les  papiers  de  Granvelle  délaissés  à  Besancon? 
C'est  un  point  qui  n'est  pas  éclairci  :  seulement,  je  pré- 
sume qu'ils  parvinrent  dans  les  mains  du  cardinal ,  lorsque , 
en  1579,  appelé  par  Philippe  auprès  de  lui,  il  se  trouva 
de  nouveau  chargé,  quoique  sans  commission' expresse , 
des  affaires  des  Pays-Bas. 

Apologie  de  l'empereur   Charles  V,  1  vol. 

Dom  Berlhod  avait  une  estime  singulière  pour  ce  recueil , 
qui  contient  des  traités ,  des  lettres  ,  des  instructions  et 
autres  papiers  d'état ,  la  plupart  en  original ,  relatifs  aux 
démêlés  de  Charles  V  et  de  François  I.*^^'  Plusieurs  de  ces 
pièces  sont  rctouciiées  de  la  main  propre  de  l'empereur  et 
de  celle  de  son  chancelier  Nicolas  Perrenot  ,  père  du  car- 
dinal de  Granvelle. 

Ambassade  de  S.'  Mauris  ,  1   vol. 

Jean  de  S.^  Mauris  ,  seigneur  de  Monlbarrey,  fut  envoyé 
ambassadeur  en  France  sur  la  lin  de  1544  ,  et  il  y  demeura 
jusqu'en   1548.    L'objet  de  sa   mission  élail  de    terminer 


(  104  ) 

quelques  difficultés  survenues  dans  l'exécution  du  traité  de 
Crépy. 

C'est  de  cet  objet  que  traitent  les  pièces  rassemblées 
dans  ce  volume  :  elles  sont  des  années   1544  et  1545. 

Ambassades  de  Simoiî  Re>"Ard  ,  5  vol. 

Simon  Renard  succéda  à  S.*  Mauris  dans  son  ambassade 
à  la  cour  de  France.  Il  fut  ensuite  chargé  de  négocier , 
en  Angleterre ,  le  mariage  de  Philippe  II  avec  la  reine 
Marie ,  fille  de  Henri  VIH  ,  et  il  prit  part  aussi  à  la  con- 
clusion de  la  trêve  de  Vaucelles. 

Des  instructions ,  des  dépêches  de  l'empereur  et  de  Nicolas 
et  Antoine  Perrenot ,  des  lettres  et  rapports  de  Renard , 
pendant  les  années  1548,  1549,  1550,  1551,  1553, 
1554,  1555  et  1556,  tels  sont  les  documents  dont  sont 
formés ,  pour  la  plus  grande  partie ,  les  quatre  premiers 
volumes  de  ce  recueil.  Le  5.^  ne  concerne  pour  ainsi  dire 
que  la  famille  de  Renard  :  on  y  trouve ,  entr'autres ,  le 
procès  de  son  maître  d'hôtel  Quiclct ,  condamné  à  perdre 
la  vie  par  arrêt  du  parlement  de  Dole ,  procès  dans  lequel 
Renard  lui-même  se  trouve  impliqué ,  et  qui  fut  dans  la 
suite  la  cause  de  sa  perte. 

Ambassade  de  Chapîtoay,  8  vol. 

Thomas  Perrenot ,  comte  de  Cantecroix ,  baron  de  Chan- 
tonay,  fut  nommé  par  Philippe  II,  en  1565  ambassadeur 
à  Vienne,  avec  la  charge  principale  de  détourner  l'empe- 
reur du  projet,  qu'on  lui  attribuait,  de  solliciter,  à  la  cour 
de  Rome ,  le  mariage  des  prêtres. 

Les  huit  volumes  de  son  ambassade  ne  concernent  pas 
seulement  cet  objet  ;  on  y  trouve  aussi  des  pièces  qui 
offrent  un  intérêt  plus  particulier  pour  notre  histoire  ;  je 
mentionnerai ,  entr'autres  ,  celles  qui  font  connaître  les 
conseils  ,  que   l'empereur  donna  k   Phihppe  ,   d'user   de 


(  105  ) 

clémence  envers  les  Pays-Bas ,  lorsqu'il  y  envoya  le  duc 
(l'Alve,  et  celle  encore  par  où  l'on  voit  les  instances  que 
firent  le  même  prince  et  les  électeurs  de  l'empire  en  faveur 
des  comtes  de  Hornes  et  d'Egmont  ,  ainsi  cpie  leurs  dé- 
marches pour  procurer  une  réconciliation  entre  le  prince 
d'Orange  et  Philippe.  Il  y  a ,  dans  le  même  recueil ,  un 
monument  curieux  de  l'arrogante  vanité  du  duc  d'Alve  : 
ne  trouvant  en  Espagne  aucun  parti  digne  de  son  fils ,  il 
chargeait  Chantonay  de  s'informer  si  l'une  des  filles  de 
l'électeur  de  Bavière  ne  pourrait  pas  lui  convenir. 

Les  pièces  de  Xamhassade  de  Chantonay ,  lesquelles 
sont  pour  la  plupart  des  lettres  et  des  mémoires  à  lui  adres- 
sés, se  rapportent  aux  années  1565  à  1570. 

Lettres  de  m.'^  de  Champ agkey  ,  8  vol. 

Cette  correspondance  appartient  aux  années  1590  à  1597; 
ainsi  elle  est  postérieure  à  la  mort  du  cardinal  et  aux 
événemens  principaux  du  XVI. "siècle  :  c'est  assez  dire  que 
les  lettres  dont  elle  est  formée  ne  sont  pas  d'un  intérêt 
majeur.  On  peut  toutefois  y  puiser  quelques  notions  cu- 
rieuses sur  le  caractère  de  ce  frère  de  Granvelle  et  de 
plusieurs  autres  personnages  du  temps. 

Lettres  de  et  a  m.''  de  bellefotîtaiise  ,  3  vol. 

N.  de  S.*  Mauris-3Iontljarrey ,  prieur  de  Bcllefontaine , 
était  le  cousin  de  Granvelle  ,  qui  avait  en  lui  la  plus  grande 
confiance  :  c'est  leur  correspondance  que  renferme  le  pré- 
sent recueil.  L'abbé  Boiz,ot  ne  faisait  d'aucune  des  parties 
de  sa  collection  autant  de  cas  que  de  celle-ci,  et  dom 
Prospcr  Lévèque  en  parle  également  avec  la  plus  grande 
estime.  Je  ne  saurais  lui  accorder  la  même  valeur.  J'ai 
parcouru  les  Lettres  de  Belle  fontaine  dans  une  copie  en 
trois  volumes  in-folio,  qui  se  conserve,  je  ne  sais  pour- 
([uoi ,  à  la  section  des  livres  imprimés  de  la  bibliothèque 


(  106  ) 

de  la  rue  de  Richelieu  ;  elles  offrent ,  il  est  vrai ,  des  par- 
ticularités dignes  d'être  recueillies  ;  mais ,  sous  le  rapport 
historique ,  elles  sont  loin  d'avoir ,  à  mes  yeux  ,  autant  de 
prix  que  les  Mémoires  de  Granvelle  et  la  correspondance 
de  Morillon. 

Les  lettres  contenues  dans  les  deux  premiers  volumes 
sont  des  années  15G1 ,  1562,  1563,  1567,  1568,  1572, 
1574,  1577,  1578,  1579,  1580,  1581,  1582,  1583, 
1584,  1586. 

Le  troisième  volume  concerne  exclusivement  la  famille 
de  S.*  Mauris-Montbarrey. 

Lettres  de  et  a  m.^  de  Vergy,  2  vol. 

Ces  lettres ,  qui  sont  du  XVL<=  et  du  XVH.^  siècles  , 
n'offrent  nul  intérêt  pour  l'histoire  de  la  Belgique  ;  elles 
n'en  ont  que  pour  la  famille  de  Vergy  et  la  Franche- 
Comté,  dont  un  membre  de  cette  famille  était  gouverneur 
sous  Philippe  II. 

MÉ3I0IRES    POUR    SERVIR    A    l'hISTOIRE,    2    VOL. 

J'en  dirai  autant  de  ce  recueil,  dont  le  contenu  s'ap- 
plique principalement  au  ministère  du  cardinal  de  Richelieu 
et  à  des  événemens  postérieurs. 

Traités  de  paix  ,  4  vol. 

On  trouve  ,  dans  le  premier  volume ,  le  traité  conclu 
à  Madrid,  entre  l'empereur  et  François  I.",  avec  plusieurs 
actes  y  relatifs  ;  puis  les  traités  de  Cambrai ,  de  Grépy  et 
de  Cateau-Cambrcsis. 

Le  2."  contient  divers  traités  entre  les  ducs  de  Bourgogne 
et  les  rois  de  France. 

Les  3.^  et  4.*^  sont  consacrés  au  traité  de  Vcrvins. 


(  107  ) 

JOURSAL  DES  VOYAGES  DE  LEMPEREUR  GhARLES  V,  2  VOL. 

Voici  le  titre  lilléral  de  ce  volume,  (pii  est  l'origiiml 
même  de  l'auteur,  dédié  et  présenté  par  lui  à  réoéreiuUs- 
fi'nne  et  illustrissime  seigneur ,  monxeiyneur  le  cardinal 
lie  G r an V elle. 

«  Sommaire  des  voyaiges  faicts  par  Charles  cinquième 
»  de  ce  nom,  toujours  auguste,  empereur  des  Romains,  etc., 
»  depuis  l'an  mil  cinq  cent  et  quatorze  jusques  le  vingt- 
»  cinquième  de  may  l'an  mil  cinq  cent  cinquante  et  ung 
»  inclusivement ,  recueillis  et  mis  par  escript  par  Jehan 
»  de  Vandenesse ,  contreroleur ,  ayant  suivi  S.  M.  en  tous 
»  lesdits  voyaiges,  continué  pour  Philippe  II  depuis  1551 
))  jusqu'à  1560.  » 

Dom  Berthod  parle ,  avec  les  plus  grands  éloges ,  de 
ce  manuscrit ,  qu'il  s'était  proposé  de  publier  ;  on  ignore 
les  circonstances  qui  l'empêchèrent  de  donner  suite  à  ce 
dessein  :  j'ailu  ihn?>V E mancipation  du  21  décembre  1834, 
que  mon  savant  collègue  à  la  commission  d'histoire ,  M.  le 
baron  de  Reiffenberg ,  en  avait  donné  des  extraits  fort 
curieux  dans  des  Particularités  inédites  sur  Charles- 
Quint  et  sa  sœur,  insérées  au  8.*^  volume  des  mémoires 
de  l'académie  belge ,  qui  doit  bientôt  paraître. 

Par  cette  simple  indication  des  documents  dont  se  com- 
pose en   général  la   Collection  de   Grancelle,  on  peut  se 
faire   une    idée  de  son  importance  pour   l'histoire    de  la 
Belgique.    Peut-être    n'en    est-il   aucune  ,    sans   excepter 
même  celle  des  papiers  d'état  qui  se  conservait  autrefois  à 
Bruxelles ,  et  que  la  cour  de  Vienne  n'a  pas  encore  res- 
tituée ,  qui  répande  plus  de  lumières  sur  les  causes  de  la 
révolution  du  XV!.*"  siècle,  cl  sur  le  caractère  des  person- 
nages qui  y  jouèrent  les  principaux  rôles ,  sur  celui  surtout 
de  ce  célèbre  cardinal ,  émule  des  Ximénès  et  des  illazarin, 
qui,  malgré   les  portraits  que  tant  de  mains    habiles  eu 
ont  tracés ,  n'a  pas  encore  été  représente  sous  sou  vrai  jour. 


(  108  ) 

C'est  dans  cette  collection  que  l'on  peut  voir ,  démontrée 
par  les  faits  ,  l'influence  qu'exerça  Granvelle  sur  les  réso- 
lutions de  Philippe  II,  soit  lorsque  ce  prince,  au  moment 
de  partir  pour  l'Espagne ,  organisa  le  gouvernement  général 
de  Bruxelles  ,  soit  ensuite  dans  les  instructions  que  de 
Madrid  il  faisait  passer  à  la  gouvernante.  Les  motifs  qui 
déterminèrent  Granvelle  à  se  retirer  des  Pays-Bas,  et  qui 
ont  été  ignorés  des  historiens ,  lesquels  attribuent  à  tort 
cette  sortie  à  un  ordre  de  Philippe;  les  circonstances  qui 
l'accompagnèrent  et  la  suivirent,  s'y  trouvent  retracées  avec 
beaucoup  de  détails.  Elle  en  offre  aussi  de  peu  connus  sur 
l'érection  des  nouveaux  évêchés  ,  sur  l'acceptation  du  con- 
cile de  Trente,  sur  le  procès  des  comtes  d'Egmont  et  de 
Hornes  ,  sur  l'imposition  des  10.^  et  100.^  deniers  ,  sur 
l'envoi,  en  1572,  du  duc  de  3Iédina-Cœli  pour  remplacer 
le  duc  d'Alve,  mesure  qui,  accordée  à  l'indignation  univer- 
selle, fut  rendue  infructueuse  par  l'audacieuse  persistance 
de  ce  dernier  ;  sur  les  démêlés  qu'il  y  eut  entre  Marguerite 
de  Parme  et  son  fils ,  lorsque ,  après  la  mort  de  don  Juan 
d'Autriche ,  la  duchesse  fut  de  nouveau  chargée  du  gou- 
■\erncment  des  Pavs— Bas. 

j 

On  y  apprend  encore  que  ce  fut  Granvelle  qui  détourna 
constamment  Philippe  d'autoriser  la  convocation  des  Etats- 
Généraux,  et  que  ce  fut  lui  aussi  qui,  nourrissant  contre 
Guillaume-le-Taciturne  une  haine  invétérée ,  donna  au  roi 
le  conseil  de  mettre  à  prix  la  tête  de  ce  chef  de  l'insurrec- 
tion ,  circonstance  qui  n'est  point  non  plus  parvenue  à  la 
connaissance  des  historiens. 

Dans  sa  volumineuse  correspondance,  le  cardinal  dévoile 
plus  d'une  fois  les  traits  caractéristiques  de  Philippe , 
«  voulant  tout  faire ,  et  faisant  peu  ou  rien  ,  toujours 
»  abhorrant  les  résolutions  et  les  conclusions  »  :  ce  monar- 
<jue  superstitieux  semble  avoir  pris  le  soin  de  se  peindre 
lui-même  dans  une  lettre  à  lloppérus  ,  où  il  se  montre 


(109) 

plicn  de  joie  de  l'horoscope  donné  par  un  astrologue  que 
celui-ci  avait  consulté  à  l'occasion  de  la  naissance  du  prince 
d'Espagne. 

Guillaume ,  Egmont ,  Hornes ,  Marguerite  de  Parme , 
Alexandre  son  fils ,  le  duc  d'Alve ,  Viglius ,  Hoppérus  et 
nombre  d'autres  qui  prirent  part  aux  affaires  du  temps, 
sont  peints  dans  une  foule  d'anecdotes  extrèmeneut  cu- 
rieuses. Une  lettre  de  Champagney  au  cardinal  bouleverse 
toutes  les  idées  qu'on  s'était  formée ,  d'après  les  récils  des 
historiens ,  du  caractère  du  vainqueur  de  Lépante ,  de  don 
Juan  d'Autriche  :  par  cette  lettre ,  qui  est  de  l'année  1584, 
Champagney  mande  à  son  frère  que  les  seigneurs  regardaient 
don  Juan  comme  stupide  ;  que ,  pendant  qu'on  délibérait 
au  conseil ,  on  le  surprit  caché  derrière  une  tapisserie  ;  que , 
à  l'époque  de  ses  discussions  avec  les  Etats ,  il  pensait  à 
sortir  furtivement  des  Pays-Bas,  etc. 

J'aurais  à  m'étendre  longuement,  si  je  voulais  reproduire 
tout  ce  que  j'ai  noté  de  remarquable  dans  les  extraits  de 
dom  Berthod ,  lesquels  ne  présentent  pourtant  qu'une  ana- 
lyse décolorée  de  la  collection  même.  L'examen  que  j'y  ai 
consacré  m'a  convaincu  plus  que  jamais  que ,  malgré  les 
livres  de  Van  Meteren,  de  Le  Pptit,  de  Pierre  Bor,  tle 
Bentivoglio ,  de  Strada  ,  de  Vander  Vynckt ,  une  histoire 
exacte  et  complète  de  la  révolution  du  XVL"  siècle  est 
encore  à  écrire. 

Je  terminerai  cette  notice  par  quelques  observations. 
Aujourd'hui  que  l'on  attache ,  et  à  juste  titre ,  tant  de 
prix  aux  travaux  qui  ont  pour  objet  de  faire  connaître  1  une 
ou  l'autre  des  époques,  d'éclairer  une  des  faces  quelconques 
de  notre  histoire  nationale;  aujourd'hui  que  tout  le  monde 
sent  le  besoin  de  recourir  aux  monuments  originaux,  pour 
avoir  enfin  des  annales  qui  ne  renferment  plus  des  faits  de 
convention ,  mais  des  faits  authentiquement  établis ,  ne 
serait-ce  pas  une  mesure  qui  obtiendrait  l'assentiment  du 


(110) 

pays  tout  entier ,  que  l'allocation ,  dans  le  budget  de  l'état, 
d'une  somme  destinée  à  couvrir  les  frais  de  copie  des 
documens  intéressans  pour  la  Belgique  qui  existent  à  l'étran- 
ger ,  et  nommément  ceux  de  Besançon  ?  Ce  fut  ainsi  que 
procéda  le  gouyernement  français  dans  le  siècle  dernier, 
lorsqu'il  voulut  rassembler  les  monumens  de  l'histoire  de 
la  monarchie  ;  et  cet  exemple  est  imité  par  le  gouverne- 
ment britannique  ,  qui,  depuis  plusieurs  années,  fait  copier, 
dans  toutes  les  archives,  dans  toutes  les  bibliothèques  du 
continent ,  les  documens  concernant  l'histoire  d'Angleterre 
qui  s'y  trouvent . 

On  objectera  peut-être  ,  quant  à  la  Collection  de  Gran- 
velle ,  que  M.  Guizot  a  annoncé  l'intention  d'en  faire  publier 
la  partie  principale.  Mais  il  est  fort  probable  que  cette 
publication  ne  comprendra  que  les  pièces  qui  se  rappor- 
tent aux  affaires  de  la  France  ,  ou  aux  affaires  générales 
de  l'Europe  ,  et  qu'on  laissera  de  côté  celles  qui  n'inté- 
ressent que  la  Belgique,  c'est-à-tHre  les  plus  essentielles 
pour  nous  :  cela  est  dans  l'ordre.  Au  surplus ,  on  pourrait 
s'entendre  ,  à  cet  égard  ,  avec  la  commission  que  M.  Guizot 
a  établie  à  Besançon ,  sous  la  présidence  du  bibliothécaire , 
M.'  Weiss  ;  je  puis  d'avance  garantir  qu'on  trouverait , 
dans  ce  savant ,  avec  lequel  je  m'honore  d'avoir  eu  quel- 
ques relations  ,  la  plus  obligeante  disposition  à  faciliter 
l'examen  et  la  copie  des  pièces. 

Je  dois  déclarer  ici  que  la  mesure  que  j'indique  était 
entrée  dans  les  vues  du  gouvernement  précédent ,  j'en 
conserve  la  preuve  dans  une  lettre  que  le  département  de 
l'inslruclion  publique  m'écrivit  en  1827,  d'après  quelques 
notions  que  je  lui  avais  fournies  (  les  seules  que  je  pos- 
sédasse à  cette  époque  )  sur  la  Collection  de  Granvelle ,  et 
ce  fût  même  à  cette  occasion ,  que  j'entrai  en  correspon- 
dance avec  M.""  Weiss ,  pour  préparer  les  voies  à  l'exploration 
des  manuscrits ,  dont  on   désirait  que  je  me  chargeasse. 


(  111  ) 

En  17G4 ,  le  comte  de  Cobcnxl ,  ministre  plénipotentiaire 
(le  l'impératrice  Marie-Thérèse  aux  Pays-Bas  ,  avait  conçu 
un  dessein  plus  grand  encore;  il  voulait  acquérir  la  Col- 
lection de  GraiivcUe ,  qui  était  alors  la  propriété  de  l'abbaye 
de  Saint- Vincent.  Ce  projet  n'eut  point  de  suite;  mais  il 
ne  fut  pourtant  pas  sans  résultat  :  car ,  le  comte  de  Cobenzl 
en  ayant  fait  part  à  l'abbé  de  Nélis,  celui-ci  en  prit  occasion 
de  signaler  au  ministre  l'existence ,  dans  la  bibliothèque 
des  jésuites  du  faubourg  Saint-Antoine  à  Paris ,  dont  la 
vente  était  annoncée ,  de  trois  portefeuilles  de  lettres  qui 
avaient  la  même  origine  que  les  manuscrits  de  Besançon  (1), 
et  le  ministre  les  fit  acheter  pour  la  bibliothèque  de  Bour- 
gogne (2).  Ce  n'est  pas  sans  intention  que  j'ai  cité  ces 
deux  faits.  Si  des  gouvernans  étrangers  se  sont  autant  oc- 
cupés d'un  objet  qui  intéresse  la  Belgique ,  que  ne  doit-on 
pas  attendre  du  gouvernement  national  auquel  sont  main- 
tenant confiées  les  destinées  du  pays  ? 

Gaghard  , 
archiviste  général  du  royaume. 


(i)  Lettre  originale  de  l'abbé  de  Nélis  au  comte  de  Cobcnzl ,  en  date 
du  26  novembre  i|y64,  conservée  aux  archives  du  royaume. 

(2)  II  furent  payées  800  livres.  De  ces  trois  portefeuilles,  il  n'y  en  a 
plus  que  deux  à  la  bibliotliuque  de  Bourgogne;  l'autre  est  dans  la  biblio- 
thèque délaissée  par  feu  M.  Van  Hulthem ,  qui  en  fit  l'acquisition  lors 
de  la  vente  des  livres  et  manuscrits  de  M.  de  Nélis. 


(  112) 


Qiunlyi$û0   dntiquc^   b'(!)nvva^t0. 


Observations  Sur  le  premier  titre  du  projet  de  loi 
SUR  l'instruction  publique  ,  présenté  a  la  Chambre 
des  représentans  le  31  juillet  1834,  précédées  de 
l'analyse  de  ce  titre. 

Analyse  du  Titre. 

Le  système  adopté  pour  l'organisation  de  l'enseignement 
élémentaire  est  exposé  en  ces  termes,  dans  les  motifs  de 
la  Commission  de  rédaction  (folio  11  )  :  «  Les  frais  de  l'in- 
»  struction  primaire  doivent  être  à  la  charge  de  la  com- 
»  mune  :  c'est  le  système  le  plus  naturel;  la  commune  est 
))  l'association  qui  remplace  la  famille  ;  c'est  le  seul  système 
))  praticable  ;  il  est  en  harmonie  avec  l'ensemLle  de  la  légis- 
»  lation ,  et  confirmé  par  l'expérience  des  lois  étrangères. 
»  Comme  la  commune  vient  au  secours  de  la  famille  indi- 
»   gente ,  de  même  la  province  viendra  au  secours  de  la 

»   commune,  quand  ses  revenus  sont  insuffisans 

» ))  le  trésor  public  suppléera 

»   au  budget  des  provinces  quand  la  charge  sera  trop  grande. 

D'après  ces  principes  : 

L'art.  1.^'  a  pour  objet  d'assurer  l'existence  d'une  école 
primaire  au  moins  par  commune,  sauf  le  cas  de  nécessité 
ou  plusieurs  communes  seront  autorisées  à  se  réunir  pour 
fonder  une  école. 

L'art.  2  détermine  les  matières  qui  y  seront  nécessaire- 
ment enseignées. 


(113) 

L'art.  3  veut  que  l'instruction  soit  donnée  gratuitement 
aux  enfants  pauvres. 

L'arl.  4  crée  une  commission  d'instruction  pour  chaque 
province.  Elle  est  composée  de  six  membres  nommés  par 
le  conseil  provincial ,  et  renouvelés  par  tiers  tous  les  deux 
ans  ;  les  membres  sortants  sont  rééligibles.  Celte  commis- 
sion choisit  son  président  et  son  secrétaire.  Elle  veille  à 
l'exécution  des  articles  précédents  et  remplit  les  autres 
fonctions  déterminées  ci-après. 

L'art.  5  assimile  entièrement  aux  particuliers,  les  com- 
munes qui  établissent  des  écoles  à  leurs  frais  et  les  soustrait 
à  l'intervention  de  la  commission,  soit  pour  nommer,  sus- 
pendre ou  révoquer  les  instituteurs,  soit  pour  fixer  leur 
traitement ,  soit  pour  diriger  l'instruction. 

L'art.  6  enjoint  à  la  commission  de  requérir  le  conseil 
communal ,  dans  les  lieux  où  il  n'y  aurait  pas  d'école  fondée 
ou  adoptée  par  lui,  d'en  créer  une  dans  un  délai  prescrit. 

L'art.  7  autorise  la  députation  permanente,  dans  le  cas 
où  le  conseil  ne  déférerait  pas  à  l'injonction  de  la  com- 
mission ,  de  porter  d'office  au  budget  communal  une  somme 
pour  l'érection  de  l'école. 

L'art.  8  crée ,  mais  seulement  pour  les  écoles  commu- 
nales qui  reçoivent  un  subside  ,  un  comité  local  de  sur- 
veillance, composé  du  bourgmestre  et  du  curé  qui  sont 
membres  de  droit ,  et  de  trois  notables  choisis  par  la  com- 
mission d'instruction ,  sur  une  liste  double  de  candidats 
présentée  par  le  conseil  communal. 

L'art.  9  exige  que  la  vacance  des  places  d'instituteurs 
soit  publiée,  dans  les  journaux,  un  mois  avant  la  nomination. 

L'art.  10  veut  que,  pour  les  écoles  subsidiécs,  la  com- 
mission provinciale  s'assure  de  la  capacité  et  de  la  mora- 
lité des  candidats ,  et  qu'après  avoir  pris  l'avis  du  comité 
local ,  elle  en  présente  trois  parmi  lesquels  le  conseil 
communal  choisira  l'instituteur. 

8 


(114) 

L'art.  1 1  autorise  le  conseil  municipal ,  sur  la  plainte  du 
comité  local,  à  suspendre  l'instituteur  pour  un  terme  qui 
n'excédera  pas  un  mois. 

L'art  12  accorde  à  la  commission  le  pouvoir  de  révoquer 
l'instituteur,  soit  d'office,  soit  sur  la  proposition  du  conseil 
communal  ou  du  comité  local ,  après  les  avoir  entendus 
ainsi  que  l'instituteur. 

L'art.  13  dit;  que  le  traitement  de  l'instituteur,  fixé  par  le 
conseil  municipal ,  sous  l'approbation  de  la  députation  per- 
manente, ne  peut  être  moindre  de  300  francs,  plus  l'ha- 
bitation ou  une  indemnité  de  logement. 

L'art.  14  soumet  à  l'approbation  de  la  commission  pro- 
vinciale ,  le  règlement  du  conseil  municipal  qui  détermine 
la  rétribution  des  élèves ,  les  heures  du  travail ,  les  vacances , 
le  mode  de  punition  et  de  récompense. 

L'art.  15  veut,  qu'en  cas  d'insuffisance  des  ressources  des 
provinces ,  il  leur  soit  alloué  des  subsides  sur  le  trésor 
public,  pour  contribuer  aux  dépenses  de  l'instruction  pri- 
maire. 

Les  articles  16,  17,  18,  19,  20  et  21  sont  relatifs  aux 
écoles-modèles  à  établir  aux  frais  de  l'état,  dans  les  chefs- 
lieux  de  province  et  dans  les  arrondissements  ,  aux  leçons 
normales  qui  s'y  donneront  à  certaines  époques  de  l'année, 
et  à  l'école  normale  pour  l'enseignement  primaire  ;  ils  sont 
extraits  à  peu  de  chose  prés  du  travail  de  la  première 
commission ,  sauf  qu'on  laisse  au  gouvernement  la  faculté 
de  créer  successivement  deux  autres  écoles  normales. 

L'art.  22  laisse  au  conseil  provincial  la  fixation  de  l'in- 
demnité à  accorder  à  la  commission  pour  frais  de  dépla- 
cement, de  présence,  de  bureau  et  pour  le  traitement  du 
secrétaire  qui  ne  sera  pas  en  dessous  de  mille  francs. 

Enfin  l'art.  23  et  dernier  oblige  la  commission  provin- 
ciale à  faire  annuellement  un  rapport  sur  l'état  de  l'ins- 
truction primaire ,  qui  sera  imprimé ,  soumis  au  conseil , 


(  115  ) 

el  adressé  au  gouvcrnemenl ,  et  dans  lequel  elle  signalera 
les  instituteurs  des  écoles  rétribuées  par  la  province  qui  se 
sont  distingués. 


'O* 


Observations  sur  les  articles  4,  5,  8,  15  et  19. 

Nous  nous  sommes  attachés,  dans  cette  analyse,  à  mettre 
les  lecteurs  à  même  d'apprécier  le  système  du  projet,  la 
composition  et  les  attributions  des  commissions  provin- 
ciales ,  et  les  divers  rapports  de  ces  commissions  avec  les 
autorités  municipales,  suivant  que  les  écoles  sont  entrete- 
nues aux  frais  de  la  commune  ou  subsidiées  par  la  pro- 
vince. 

Le  système  est  d'une  application  d'autant  plus  facile  et 
plus  immédiate ,  qu'il  se  conforme  aux  habitudes  du  pavs,  en 
chargeant  les  communes  de  pourvoir  à  l'instruction  élé- 
mentaire de  leurs  habitans. 

Mais  il  ne  suffisait  pas  de  reconnaître  le  principe  ,  il 
fallait  pourvoir  aux  moyens  de  surveillance  nécessaires 
pour  assurer  l'exécution  de  la  loi.  Les  rédacteurs  du  projet 
ont  encore  eu  recours  à  une  institution  connue ,  en  réta- 
blissant les  commissions  provinciales  d'instruction.  Ils  en 
ont  écarté  avec  soin  tout  ce  qui ,  sous  un  autre  régime , 
avait  été  blàraé  ,  et  ils  y  ont  associé  des  comités  locaux 
de  surveillance ,  à  l'instar  de  ceux  qui  ont  été  créés  en 
France,  par  la  loi  du  28  juin  1833. 

Nous  croyons  devoir  rappeler  ici ,  que  les  six  membres 
des  commissions  provinciales  sont  nommés  par  les  conseils 
provinciaux ,  que  les  trois  notables  des  comités  sont  pré- 
sentés par  les  conseils  municipaux  et  que  les  écoles  com- 
munales non  subsidiées,  sont  assimilées  aux  écoles  privées  , 
et  relèvent  uniquement  de  la  commune.  Le  projet  aban- 
donne donc  entièrement  aux  communes  et  aux  provinces , 
la  direction ,   ladminist ration  cl  la  surveillance  des  écoles 


(  116) 

primaires  communales,  et  ne  laisse  pas  au  gouvernement 
la  moindre  part  d'influence.  Il  ne  fait  même  mention  de 
l'état  que  pour  ce  qui  concerne  les  écoles  établies  à  ses 
frais  et  pour  les  subsides  qu'il  doit  fournir,  en  cas  d'insuffi- 
sance des  ressources  des  provinces. 

Cependant  lorsque  l'état  intervient  comme  la  province 
par  des  subsides  en  faveur  des  écoles  communales ,  il  est 
bien  juste  qu'il  intervienne  aussi  comme  elle  dans  la 
surveillance  de  l'emploi  qu'on  en  fait.  Voilà  pour  la 
question  d'argent ,  et  si  on  se  bornait  à  celle-là  ,  on 
pourrait  ajouter  que  les  dépenses  des  communes,  des 
provinces ,  et  de  l'état  ne  se  paient  qu'au  moyen  des  con- 
tributions imposées ,  sous  diverses  formes ,  au  peuple ,  et 
que  le  gouvernement  doit  veiller  à  ce  qu'on  n'en  fasse 
pas  un  usage  contraire  à  l'intérêt  général. 

Mais  il  en  est  une  autre  d'un  ordre  plus  relevé  :  si , 
comme  on  le  reconnaît  dans  tous  les  états  de  l'Europe, 
soit  constitutionnels  ,  soit  despotiques ,  l'instruction  primaire 
est  une  dette  de  l'état ,  le  gouvernement  ne  peut  rester 
étranger  à  la  manière  dont  les  communes  acquittent  cette 
dette  en  son  nom. 

Le  système  qui ,  sous  le  régime  précédent ,  laissait  au 
roi  la  nomination  des  membres  des  commissions  provin- 
ciales ,  et  celui  qui ,  sous  le  gouvernement  actuel ,  aban- 
donnerait entièrement  ces  nominations  aux  provinces ,  sont 
dans  un  sens  contraire ,  également  absolus  ;  car  si  d'une 
part  la  centralisation  pouvait  oflVir  de  graves  inconvéniens, 
d'autre  part  l'esprit  provincial  n'ofî'rirait  pas  de  moindres 
dangers  par  sa  tendance  à  l'isolement.  Qui  sait  si  on  ne 
verrait  pas  quelques  provinces  adopter  des  doctrines  dif- 
férentes, et  en  changer  au  gré  de  linfluence  sous  laquelle 
les  conseils  nommeraient  les  membres  des  commissions 
provinciales ,  et  si  nos  écoles  disputées  par  les  partis  ne 
seraient  pas  dirigées  dans  le  sens  d'un  libéralisme  exalté 


(117) 

ou  dans  un  sens  entièrement  opposé ,  suivant  la  compo- 
sition (les  commissions. 

On  éviterait  ces  deux  extrêmes  en  adjoignant  aux  six 
membres  élus  par  le  conseil  provincial  ,  deux  membres 
à  la  nomination  du  gouvernement ,  le  président  et  le 
secrétaire.  La  présidence  appartiendrait  généralement  au 
gouverneur  de  la  province  qui ,  en  cette  qualité ,  pourrait 
fournir  d'utiles  reuseignemens  ,  faciliter  les  relations,  et 
les  seconder  de  toute  1  influence  que  lui  donne  sa  haute 
position.  Le  secrétariat  serait  confié  à  un  homme  capable 
et  zélé ,  qui  deviendrait  la  cheville  ouvrière. 

Ces  deux  fonctionnaires  apporteraient,  dans  la  commission, 
des  idées  de  conservation  et  d'unité  de  vue  si  désirables  en 
matière  d'enseignement  ;  ils  imprimeraient  aux  travaux 
l'impulsion  sage  et  modératrice  d'un  gouvernement  national, 
et  opposeraient  un  obstacle  aux  trop  brusques  changemens 
que  le  renouvellement  bisannuel  des  membres  électifs 
pourrait  amener. 

C'est  dans  des  vues  semblables  que ,  en  France  ,  la  loi 
de  1833,  introduit  dans  les  comités  d'arrondissement,  des 
membres  de  droit  qui  sont  :  le  préfet  ou  le  sous-préfet , 
président;  le  procureur  du  roi,  un  juge-de-paix,  un  curé, 
un  ministre  de  chacun  des  cultes  en  exercice  dans  la  cir- 
conscription ,  un  professeur  et  un  instituteur ,  à  côté  des 
trois  membres  du  conseil  d'arrondissement  nommés  par  ce 
conseil,  et  des  membres  du  conseil  général  du  département 
qui  ont  leur  domicile  dans  le  ressort  du  comité.  Tous  les 
intérêts  sont  représentés  dans  celte  composition,  mais  elle 
offre  le  désavantage  de  rendre  le  comité  trop  nombreux  , 
et  d'y  introduire  des  personnes  qui  pourraient ,  par  leur 
indiliércnce  et  leurs  fréquentes  absences ,  rester  étrangères 
aux  opérations ,  et  en  rompre  l'esprit  de  suite  quand  elles 
assisteraient  aux  séances. 

Le  système  adopté  en  Prusse  est  beaucoup  plus  ï-imple  : 


(  11^ 

l'instruction  primaire  entre,  comme  les  autres  branches 
d'administration  ,  dans  les  attributions  de  la  régence  du 
département  qui  représente  nos  députalions  proTinciales , 
mais  à  chacune  de  ces  régences  se  trouve  attaché ,  sous  le 
nom  de  Schulralh ,  un  conseiller  spécial  nommé  par  le 
gouvernement  pour  les  écoles  primaires  ;  il  correspond  avec 
les  ministres  de  l'instruction  public{ue  et  de  l'intérieur ,  avec 
les  inspecteurs  ,  les  comités  locaux  et  les  instituteurs  ;  il 
visite  les  écoles  et  fait  ses  rapports  à  la  régence  départe- 
mentale qui  prend  les  décisions  qu'elle  juge  les  plus  con- 
venables. 

Ce  svstème  aurait  pu,  selon  quelques  personnes,  s'ap- 
proprier aux  institutions  actuelles  de  la  Belgique  ;  car  nos 
députations  permanentes  étant  nommées  par  le  conseil  pro- 
vincial ,  et  renouvelées  par  tiers  tous  les  deux  ans ,  sont 
sous  le  rapport  de  leur  origine  populaire  dans  la  même  posi- 
tion que  les  commissions  provinciales  proposées  ;  elles  sont 
en  outre,  sous  le  rapport  administratif,  dans  une  situation 
bien  plus  avantageuse  ,  en  ce  quelles  sont  réunies  toute 
l'année  ,  et  entretiennent  des  relations  constantes  avec  les 
communes  dont  elles  connaissent  parfaitement  les  ressources 
et  les  besoins.  Il  ne  s'agirait  donc  que  d'autoriser  le  gou- 
vernement à  leur  adjoindre  un  fonctionnaire  spécial  qui 
remplirait  les  fonctions  d'inspecteur  pour  les  écoles ,  et  de 
rapporteur  pour  toutes  les  affaires  qui  les  concernent  et 
sur  lesquelles  la  députation  aurait  à  prononcer. 

La  dépense  qu'exigerait  le  traitement  de  ce  fonctionnaire 
serait  moindre  que  l'indemnité  que  ,  d'après  l'article  22  du 
projet ,  l'on  devra  accorder  à  la  commission  pour  frais  de 
déplacement ,  de  présence,  de  bureau  et  pour  le  traitement 
du  secrétaire  dont  le  minimum  est  fixé  à  mille  francs. 

Les  partisans  de  ce  système  disentj;  qu'un  fonctionnaire 
responsable  est  généralement  plus  actif  cl  plus  conciliant 
que  les  membres  d'une  commission  qui,  n'acceptant  souvent 


leurs  fondions  qu'à  regret  ,  et  ne  les  exerçant  qu'avec 
insouciance  ,  ou  qui  mus  par  l'esprit  de  parti ,  cherchent 
plutôt  à  propager  leurs  doctrines  qu'à  donner  à  l'enseigne- 
ment une  sage  direction. 

Les  commissions  provinciales  d'instruction  ayant  été 
supprimées  (1)  par  arrêté  du  régent  de  la  Belgique,  en  date 
du  31  mai  1831,  la  commission  nommée  le  31  août  de  la 
même  année  ,  pour  la  rédaction  du  projet  de  loi  sur  l'en- 
seignement ,  avait  proposé  de  les  remplacer  par  un  inspecteur 
provincial  à  la  nomination  du  roi ,  ce  qui  était  d'autant 
plus  rationnel  qu'il  ne  s'agissait  alors  que  des  écoles  établies 
aux  frais  de  l'état  ou  subsidiées  par  le  trésor  public. 

Ce  fonctionnaire  représenterait  le  Schulvath  de  la  Prusse, 
s'il  était  attaché  à  la  députation  des  étals  comme  rappor- 
teur ,  ou  bien  il  serait  secrétaire  permanent  de  la  com- 
mission provinciale  proposée  par  le  projet  de  1834  ,  si 
l'on  croit  trouver  plus  de  garantie  dans  l'établissement  de 
ces  commissions. 

En  exposant ,  pour  éclairer  la  question ,  les  divers  sys- 
tèmes admis  ou  proposés  pour  la  surveillance  des  écoles , 
nous  n'avons  eu  en  vue  que  de  mieux  faire  sentir  la 
nécessité  de  chercher  une  combinaison  dans  laquelle  la 
commune  ,  lu  province  et  l'état  interviendraient  dans  l'ordre 
de  leurs  attributions.  Les  détails  administratifs  seraient 
ainsi  laissés  aux  localités ,  et  l'action  du  gouvernement  ne 
se  ferait  sentir  que  pour  surveiller  ou  provoquer  l'exécu- 
tion des  lois  ,  et  pour  donner  une  impulsion  générale 
propre  à  forliher  les  sentimens  de  nationalité  ,  si  l'esprit 
provincial  tendait  à  les  aifaiblir. 


(i)  En  France  ,  où  la  loi  de  iS33  a  déjà  pourvu  si  largement  à 
la  surveillance  des  écoles,  une  ordonnance  du  26  février  i835,  porte 
qu'il  y  aura,  dans  chaque  département,  un  inspecteur  spécial  de  l'in- 
struction primaire. 


(  120  ) 

Nous  croyons  que  moyennant  l'adjonction  d'un  président 
et  d'un  secrétaire  nommés  par  le  roi ,  les  commissions 
provinciales  se  composeraient  des  élémens  nécessaires  pour 
en  assurer  le  succès. 

Mais  quelle  que  soit  la  combinaison  qu'on  admette ,  ces 
commissions  n'atteindraient  qu'imparfaitement  le  but  que 
se  promettent  les  auteurs  du  projet  de  loi ,  si  l'on  n'étend 
pas  leurs  attributions  à  toutes  les  écoles  communales. 

Il  faut ,  dit  l'exposé  des  motifs  (  folio  1 1  )  «  une  sanction 
»  à  la  loi  :  une  autorité  doit  recevoir  la  mission  de  s'en- 
»  quérir  si  les  communes  remplissent  leurs  obligations , 
»  et  de  les  y  contraindre  en  cas  de  négligence.  Une 
»  commission  nommée  par  le  conseil  provincial  nous  a 
»  paru  propre  à  remplir  ces  fonctions  importantes  et 
»  délicates  :  l'assemblée  des  élus  de  la  province  réunit 
»  les  conditions  d'indépendance  et  de  confiance  qui  seules 
))  peuvent  garantir  des  choix  que  l'opinion  publique  con- 
»   firme  ra.  » 

Cependant  l'article  5  vient  rompre  toute  l'hai-monie  du 
système  ,  en  émancipant  de  la  surveillance  de  la  commission 
provinciale ,  les  communes  qui  établissent  des  écoles  à  leurs 
frais.  Il  ôte  ,  nous  seuible-l-il ,  à  la  commission  ,  le  moyen 
de  s'assurer*?  les  communes  remjylissent  leurs  ohliyations. 

Cette  exception  est  fondée,  disent  les  motifs  (folio  10  ) 
sur  ce  que  «  lorsqu'une  commune  possède  un  local 
»  convenablement  disposé  où  on  enseigne  ce  qui  est 
»  prescrit  par  la  loi  ,  où  on  instruit  gratuitement  les 
»  cnfans  des  familles  indigentes ,  elle  a  satisfait  à  ses 
»  devoirs;  elle  peut,  dès-lors,  comme  tout  particulier, 
»  revendiquer  la  prérogative  constitutionnelle ,  et ,  par 
»  conséquent,  l'administration  indépendante  de  ses  écoles. 
»  Le  législateur  n'intervient  que  pour  sup[)léer  à  l'action 
»  de  la  liberté  cl  assurer,  dans  tous  les  cas,  le  bienfait 
»  de  l'instruction  générale.  » 


(  121   ) 

C'est  justement  parce  que  le  législateur  intervient  pour 
asi-urer  le  bienfait  de  l'instruction  générale  que  les  com- 
munes ne  peuvent  être  assimilées  aux  particuliers  à  qui 
assurément  on  ne  peut  imposer  l'obligation  d'ouvrir  une 
école.  La  question  constitutionnelle  est  là  toute  entière , 
elle  se  réduit  à  savoir  si  l'article  17  de  la  constitution 
permet  ou  défend  d'imposer  cette  obligation  aux  com- 
munes. 

Mais  du  moment  où  l'on  reconnaît  ce  pouvoir  au  légis- 
lateur ,  on  ne  peut  lui  refuser  celui  de  faire  exercer ,  sur 
les  écoles  communales,  la  surveillance  nécessaire  pour 
l'accomplissement  de  la  loi. 

La  restriction  proposée  par  l'art.  5 ,  serait  tout-à-fait 
en  désaccord  avec  notre  législation  administrative  qui 
assujettit  les  communes  à  la  surveillance  de  l'autorité  , 
et  soumet  même  à  l'approbation  certains  actes  qui  ne 
concernent  que  leurs  propres  intérêts. 

D'ailleurs  l'article  108  de  la  constitution  en  bornant, 
dans  le  §  2 ,  les  attributions  des  conseils  communaux  à 
tout  ce  qui  est  d'intérêt  communal,  prescrit  au  pouvoir, 
dans  le  §  8  ,  d'empêcher  que  ces  conseils  ne  sortent  de 
leurs  attributions  et  ne  blessent  l'inlérét  général.  Or, 
comme  de  tous  les  intérêts  généraux  le  plus  important 
est  de  former  de  bons  citoyens  par  une  instruction  bien 
dirigée,  il  est  indispensable  que  l'état  qui  confie  ce  soin 
aux  communes ,  puisse  s'assurer  en  tout  temps  qu'elles 
s'en  acquittent  consciencieusement.  La  loi  en  remettant 
ce  soin  aux  élus  des  conseils  provinciaux  ne  pourrait 
point  exciter  les  défiances  nées  sous  un  ordre  de  choses 
tout  différent.  Comment  d'ailleurs  la  commission  provin- 
ciale pourrait-elle  savoir  qu'une  commune  possède  une 
école  dans  un  local  convenablement  disposé ,  si  elle  ne 
peut  vérifier  par  elle-même  ou  par  son  délégué  ,  que  ce 
local  est   sain  ,  bien   aéré ,  d'une   grandeur  suflisanle ,  cl 


(  122  ) 

pourvu  du  matériel  nécessaire  ?  Que  l'on  enseigne  ce 
qui  est  jyrescrit  par  la  loi,  et  que  l'on  instruit  (jratui- 
tement  les  enfans  des  familles  indigentes  ,  si  elle  ne  peut 
assister  aux  leçons  et  prendre  des  renseignements  près  de 
l'autorité  communale  ? 

Et  tandis  qu'elle  intervient  pour  le  traitement ,  la  no- 
mination ou  la  révocation  des  instituteurs  des  écoles  sub- 
sidiées  ,  pourquoi  permettrait-on  aux  autres  de  n'allouer 
qu'un  traitement  insuffisant ,  de  faire  choix  d'hommes  qui 
n'offriraient  pas  les  garanties  nécessaires  de  capacité  et 
de  moralité  ou  de  conserver  par  faiblesse ,  comme  cela 
arrive  encore  quelquefois ,  des  maîtres  d'école  dont  l'ivro- 
gnerie ou  les  vices  offrent  à  la  jeunesse  les  exemples  les 
plus  pernicieux? 

Pourquoi  surtout  ces  communes  seraient-elles  privées 
du  comité  local  do  surveillance  établi  par  l'art.  8  du 
projet  ?  Et  cependant  on  ne  peut  leur  en  donner  un  sans 
le  faire  entrer  dans  les  attributions  de  la  commission 
provinciale ,  à  moins  d'introduire  une  nouvelle  anomalie 
dans  la  loi ,  car  cette  commission  doit  faire  choix  de  trois 
notal^les  qui  entrent  dans  la  composition  du  comité  local. 

D'après  ces  observations ,  nous  pensons  qu'il  convient 
de  retrancher  entièrement  l'article  5  du  projet ,  et  de 
supprimer  dans  l'article  8  le  passage  qui  ne  permet  d'éta- 
blir un  comité  local  de  surveillance  que  prés  des  écoles 
qui  reçoivent  des  subsides  de  la  province.  (1). 

Tout  a  été  dit  en  France  sur  ces  comités  locaux  lors 
de  la  discussion  de  la  loi  du  23  juin  1833;  il  nous  sem- 
ble qu'en  lui  empruntant  celte  institution  ,  il  eût  fallu 
aussi  lui  emprunter  le  correctif.  On  peut  l'adopter  à  notre 


(i)  Le  Courrier  de  la  Meuse  du        août  1 834,  a  fait  ^^^r  l'article  5 
des  observations  de  mù/ne  nature. 


(  123  ) 

icgislation  eu  aulorisant  la  députation  permanente ,  sur 
l'avis  de  la  commission  provinciale ,  à  dissoudre  le 
comité  local  de  surveillance  et  à  le  remplacer  par  un 
comité  spécial ,  dans  lequel  personne  ne  sera  compris 
de  droit. 

Cette  disposition  ne  pourrait  donner  aucune  inquiétude 
sérieuse ,  puisqu'elle  confierait  aux  élus  du  conseil  pro- 
vincial le  droit  de  dissolution  que  la  loi  française  accorde 
au  ministre  de  l'instruction  publique.  C'est  d'ailleurs  le 
seul  remède  à  opposer  à  l'apathie  ,  à  l'ignorance  ou  au 
mauvais  vouloir  des  comités  locaux  qui  se  refuseraient 
aux  injonctions  de  la  commission  ou  de  la  députation 
provinciale. 

Nous  ferons  une  observation  du  même  genre  sur  l'art.  15 , 
concernant  les  subsides  à  accorder  par  l'état  en  cas  d'in- 
suflisance  des  ressources  des  provinces.  11  nous  parait 
nécessaire  d'ajouter  à  cet  article  une  disposition  analogue 
à  celle  de  la  loi  de  1833  (  art.  13  )  qui  autorise  les 
conseils  à  imposer  aux  communes  jusqu'à  concurrence  de 
3  p.  "/o  et  aux  départemens  jusqu'à  2  %  des  contributions 
foncière  ,  personnelle  et  mobilière ,  et  veut  que  cette 
imposition  soit  établie  par  ordonnance  royale,  en  cas  de 
défaut  de  vote  du  conseil  communal  ou  du  conseil  général. 
Ce  n'est  que  lorsque  cette  obligation  est  remplie  que  le 
trésor  public  vient  au  secours  des  caisses  communales  et 
départementales. 

Cet  amendement  empêcherait  les  communes  et  les  pro- 
vinces de  rejeter,  autant  que  possible,  sur  le  budjet  de 
l'état ,  les  dépenses  de  leurs  écoles ,  et  tracerait  en  même 
temps  au  gouvernement  et  aux  provinces  ,  une  règle  propre 
à  faire  cesser  les  accusations  de  partialité  dans  la  distri- 
bution des  subsides. 

L'article  16  crée  des  écoles  primaires-modèles  aux  frais 
du  gouvernement  dans  toutes  les  provinces.  11  pourra ,  dit 


(  124) 

le  projet,  en  être  établi  une  dans  chaque  arrondissement 
judiciaire.  Nous  voudrions  remplacer  le  mot  il  pourra  par 
il  y  aura^  comme  dans  le  projet  de  la  première  commission, 
afin  qu'il  n'y  eût  pas  d'exception. 

Il  est  à  regretter  qu'en  extrayant  de  ce  premier  projet 
tout  ce  qui ,  dans  le  second  ,  est  relatif  aux  écoles  entre- 
tenues par  le  trésor  public  ,  on  n'ait  pas  reproduit  les 
dispositions  du  chapitre  IV ,  concernant  les  examens  à  subir 
par  les  instituteurs.  Elles  auraient  pu  être  facilement  ap- 
pliquées au  système  adopté  ,  en  les  resserrant  pour  les 
écoles  commuuales,  dans  les  bornes  prescrites  par  la  liberté 
de  l'enseignement. 

Nous  ne  voyons  pas  non  plus  pourquoi  l'art.  19  accorde 
au  gouvernement  la  faculté  de  créer  trois  écoles  normales. 
Serait-ce  pour  en  placer  une  dans  les  provinces  flamandes , 
et  une  dans  les  provinces  wallones  ?  Cela  ne  pourrait  que 
renforcer  la  séparation  que  la  différence  de  langue  et  de 
mœurs  n'étabht  déjà  que  trop  entre  des  provinces  qu'il 
faudrait,  autant  que  possible  ,  chercher  à  rapprocher  par  une 
éducation  commune.  Nous  pensons  ,  avec  les  auteurs  du 
premier  projet ,  qu'une  seule  école  normale  suffit  aux  besoins 
de  la  Belgique  ,  et  qu'elle  doit  être  placée  au  centre  du 
royaume ,  afin  que  les  aspirans-instituteurs  s'y  forment  à 
l'enseignement  dans  les  deux  langues,  y  puisent  l'instruction 
à  la  même  source ,  et  s'y  éclairent  par  de  fréquentes  con- 
férences. Ils  pourront,  dés  lors ,  reporter  dans  les  communes 
un  esprit  dégagé  des  idées  étroites  de  localité  ,  et  faire  naître 
dans  l'ame  de  leurs  élèves  des  scntimens  de  nationalité  qui 
contribueront  un  jour  Ji  la  force  et  à  la  prospérité  du  ])ays. 

Le  titre  que  nous  examinons  se  termine  par  l'article  23 
conçu  en  ces  termes  : 

«  Un  mois  avant  la  session  ordinaire  du  conseil  pro- 
»  vincial ,  la  commission  d'instruction  fcraà  la  dépulation 
))  permanente  un  rapport  sur  l'état  de  l'instruction  primaire, 


(  125  ) 

»  qui  sera  imprimé ,  soumis  au  conseil  et  adresse  au  gou- 
))   veruemenl. 

«  Elle  signalera  dans  ce  rapport  les  instituteurs  des  écoles 
>)  rétribuées  par  la  province  qui  se  sont  distingués  et 
»   pourra  proposer  des  moyens  de  récompenses.  » 

Le  rapport  annuel  prescrit  sera  nécessairement  très  in- 
complet, si  on  laisse  subsister  dans  le  dernier  paragraphe 
de  cet  ai'ticle  les  mots  écoles  rétribuées  par  la  jn'ovrnce. 
Cette  observation  renforce  encore  celle  que  nous  avons  faite 
sur  la  nécessité  de  supprimer  l'article  5  ;  car  si  les  écoles 
non  subsidiées  sont  en  dehors  de  la  sphère  d'action  de  la 
commission  provinciale ,  elle  ne  pourra  rendre  compte  de  ce 
qui  les  concerne ,  et  son  rapport  ne  comprendra  que  l'état 
de  l'instruction  primaire  dans  quelques  communes ,  au  lieu 
de  l'état  de  l'enseignement  dans  toutes  les  écoles  com- 
munales de  la  province. 

Résujié. 

Nous  n'avons  eu  pour  but,  en  entreprenant  ce  travail,  que 
d'attirer  l'attention  publique,  sur  les  moyens  de  donnera 
la  loi  l'étendue  nécessaire  pour  produire  d'heureux  résultats. 

Personne  au  surplus  n'apprécie  mieux  que  nous  toute 
la  difficulté  du  sujet  ;  il  n'en  est  aucun  en  Belgique  sur 
lequel  les  opinions  soient  plus  divergentes  et  montrent  plus 
d'exigence.  Le  projet  nous  paraît  propre  à  les  calmer; 
mais  nous  pensons  néanmoins  que  pour  organiser  conve- 
nablement l'instruction  primaire ,  il  serait  nécessaire  d'y 
introduire  les  modifications  proposées  ci-dessus;  nous  allons 
résumer  les  principales  : 

1.°  Adjoindre  à  la  commission  de  six  membres  élus  par 
les  conseils  provinciaux,  deux  membres  à  la  nomination  du 
roi,  savoir  :  le  président  et  le  secrétaire,  afin  cpie  le  gou- 
vernement ait  la  part  d'influence  qui  lui  appartient  pour 
surveiller  l'emploi  des  subsides ,  pour  requérir  l'exécution 


(  126  ) 

de  la  loi ,  et  pour  imprimer  au  besoin  une  impulsion  con- 
ciliatrice et  nationale  (art.  4  ). 

2,°  Supprimer  l'art.  5  qui ,  tel  qu'il  est ,  offrirait  une  ano- 
malie dans  l'administration  provinciale. 

3.°  Accorder  à  la  députation  permanente  le  pouvoir  de 
dissoudre  le  comité  local  de  surveillance  qui,  sans  cette 
réserve  ,  pourrait  opposer  la  force  d'inertie  aux  injonctions 
de  l'autorité  supérieure  (art.  8). 

4."  Fixer,  autant  que  possible ,  la  proportion  dans  laquelle 
la  commune  et  la  province  doivent  contribuer  dans  les  dépen- 
ses des  écoles ,  avant  d'obtenir  les  subsides  de  l'état ,  afin 
d'éviter  toute  erreur  dans  la  distribution  des  secours  (art.  15). 

5.°  Ne  créer  qu'une  seule  école  normale,  et  la  placer 
au  centre  du  rovaume ,  afin  que  les  instituteurs  flamands 
et  wallons  y  puisent  l'instruction  à  la  même  source  (  art.  19  ). 

Nous  regrettons  que  le  projet  ne  contienne  aucune 
disposition  pour  l'établissement  de  l'école  des  filles ,  et 
pour  assurer  une  retraite  honorable  aux  vieux  instituteurs  ; 
mais  la  crainte  de  soulever  des  questions  qui  pourraient 
retarder  l'adoption  de  la  loi ,  si  elles  étaient  agitées ,  nous 
empcclie  de  sortir  du  cercle  que  les  rédacteurs  se  sont 
tracé.  Nous  nous  sommes  donc  bornés  aux  amendements 
les  plus  indispensables ,  persuadés  que ,  s'ils  sont  admis , 
cette  partie  de  la  loi  renfermera  tous  les  élémens  propres 
à  assurer  au  pays  les  avantages  qu'il  a  droit  d'en  attendre. 

Ce  n'est  ni  par  amour  de  la  centralisation  ,  ni  dans  la 
•vue  d'augmenter  les  prérogatives  du  pouvoir,  que  nous  pro- 
posons d'accorder  à  l'autorité  provinciale  et  au  gouvernement 
une  part  d'influence  sufiisante  pour  assurer  les  bienfaits 
de  l'instruction  :  l'intérêt  de  la  civilisation  et  du  progrès 
ne  permet  pas  d'abandonner  exclusivement,  aux  autorités 
inférieures,  le  plus  précieux  de  tous  les  biens  que  nous 
puissons  léguer  aux  générations  appelées  à  nous  succéder. 

D.  A. 


(  127) 


(Bxamcn  bc  ï,t  lac<jixtclxnt  bc  H^nvikxc 


DE   M.K    PROSFER    N07ER. 


Possunt,  quia  posse  videntur. 

ViRG, 


Ce  principe ,  si  plein  de  yitalité ,  semblait  avoir  jus- 
qu'ici manqué ,  à  la  littérature  du  pavs.  Loin  qu'elle 
trouvât  dans  l'esprit  public  ces  encouragements  qui  font 
la  force ,  un  funeste  préjugé  malheureusement  trop  ré- 
pandu l'avait  frappée  au  cœur ,  ou  semblait  croire  à  son 
impuissance.  Envain,  dans  la  conscience  de  leurs  talens , 
maints  littérateurs  ,  à  l'exemple  de  ce  philosophe  de 
l'antiquité  à  qui  l'on  niait  le  mouvement,  avaient  marché, 
pour  convaincre  les  incrédules  ;  de  continuelles  entraves 
les  arrêtaient  dans  la  carrière.  C'était  surtout  au  théâtre 
qu'ils  rencontraient  des  obstacles  qu'on  aurait  pu  croire 
insurmontables.  Le  brillant  succès  obtenu  par  M.  Prosper 
IXoyer,  a  changé  totalement  la  disposition  des  esprits. 
Sa  pièce  fera  époque  :  l'auteur ,  en  provocpiant ,  si  je  puis 
j)arler  ainsi,  cette  innovation  sociale,  aura  doublement 
bien  mérité  du  pays.  Au  reste  cette  heureuse  révolution 
se  préparait  en  silence.  Le  goût  de  plus  en  plus  décidé 
pour  les  bons  ouvrages  y  poussait  puissamment.  Les  jour- 


(  128  ) 

naux  littéraires  et  scientifiques  répandus  partout ,  portaient 
partout  le  feu  sacré.  L'étuJe  de  la  localité ,  cette  étude 
si  éminemment  nationale ,  s'était  aussi  propagée.  De  là 
plus  de  lumière.  De  là  plus  d'amour  du  pays.  Aussi ,  j'en 
ai  la  conviction  intime ,  quelque  soit  le  mérite  intrinsèque 
de  l'ouyrage  de  M.  Prosper  Noyer,  le  choix  d'un  sujet 
national  n'aura  pas  peu  contribué  à  son  succès.  Et  puis 
l'époque  est  évidemment  propre  à  la  scène.  Quoi  de  plus 
dramatique,  en  effet ,  que  le  grand  et  noble  caractère  d'une 
princesse  sur  laquelle  la  nature  avait  épuisé  ses  dons  les 
plus  précieux ,  une  rare  beauté  ,  un  esprit  vif  et  pénétrant , 
une  fermeté  et  une  résolution  au-dessus  de  son  sexe ,  et 
à  laquelle  sa  fortune  semblait  promettre  la  plus  heureuse 
destinée  !  Comme  ses  belles  qualités  reçoivent  un  nouveau 
lustre  de  la  faiblesse  du  duc  Jean,  son  époux  et  de  sa 
conduite  envers  elle  !  Et  ce  Philippe  de  Bourgogne  , 
que  la  douceur  de  son  gouAernement  a  fait  surnommer 
le  Bon  ,  quelle  injuste  spoliation  il  exerce  sur  une 
princesse  de  son  sang,  sa  proche  parente!  quelle  tache 
pour  sa  gloire  !  Quant  à  Borselle  qui ,  dans  le  drame  de 
M.  Nover ,  joue  un  si  grand  rôle ,  tout  en  conservant 
son  caractère ,  si  l'auteur  ne  s'est  pas  conformé  à  l'his- 
toire ,  pour  l'époque  des  faits ,  il  s'est  cru  sans  doute 
autorisé  à  cette  espèce  d'anachronisme  par  des  antécédents 
nombreux  que  la  scène  lui  offrait  de  toutes  parts.  Il  faut 
avouer  qu'il  en  a  su  tirer  le  plus  heureux  parti.  Celte 
attraction  que  Jacqueline  et  Borselle  exercent  récipro- 
quement l'un  sur  l'autre  est  du  plus  dramatique  effet. 
Toute  la  magie  de  la  pièce  ,  et  elle  est  entraînante , 
est  là.  Le  drame ,  comme  tous  ceux  de  notre  époque ,  se 
rattache  au  genre  romantique,  mais  l'auteur  n'a  point 
cherché  des  émotions  dans  des  mœurs  imaginaires  et  tout 
exceptionnelles  ;  il  ne  les  a  pas  provoquées ,  comme  on 
dit ,  à   coups  de  machines ,  et  dincidens   bien  cxtraordi- 


(129) 

haires,  bien  noirs,  bien  affreux;  en  un  mot,  il  n'a  pas 
recherché  les  honneurs  du  drame  frénétique  ;  mais  l'in- 
térêt de  sa  pièce  qui  va  toujours  croissant ,  il  le  doit  à 
une  peinture  toujours  vraie ,  toujours  bien  sentie  du  cœur 
humain.  M.  Noyer  est  né  observateur,  me  disait  un  de 
ses  amis ,  sa  pièce  le  prouve. 

L'exposition  ne  se  fait  pas  attendre.  La  scène  nous 
reporte  à  ces  époques  de  troubles  et  d'alarmes  où  le  droit 
trop  souvent  méconnu  avait  parfois  recours  à  des  moyens 
qui  nous  rappellent  l'épée  et  la  corde  de  la  terrible 
Vechmée.  Un  guerrier  inconnu ,  visière  baissée  ,  s'est 
présenté  devant  l'enclos  d'une  hôtellerie,  située  dans  la 
Campagne  près  de  Bruxelles.  Comme  on  tarde  à  lui 
ouvrir  ;  d'un  coup  de  sa  hache  d'armes ,  il  brise  la  bar- 
rière. Vive  altercation  entre  l'inconnu  et  un  poste  de 
piquiers  qui  se  trouve  là  ;  mais  la  fîére  contenance  de 
l'étranger  leur  impose.  Les  couleurs  de  madame  Jacqueline 
qu'il  porte ,  et  la  ccrvoise  qu'il  leur  fait  servir  par  l'hôtelier , 
car  il  veut  les  faire  jaser  ,  ont  amené  la  confiance.  Il 
apprend  d'eux ,  et  nous  avec  lui ,  qu'ils  forment  l'escorte 
du  comte  de  Croy  ,  chambellan  de  Brabant  ;  qu'un  tour- 
nois va  avoir  lieu  à  Bruxelles ,  en  l'honneur  de  l'arrivée 
du  comte  de  Glocester  ;  que  le  comte  de  Croy ,  en  sa 
qualité  de  commandeur  de  l'ordre  du  Cvgne ,  est  venu 
au-devant  des  chevaliers  étrangers  qui  arrivent  de  tous 
côtés  pour  prendre  part  à  cette  fête.  La  conversation 
s'engagcant  de  plus  en  plus ,  on  a  parlé  des  maîtres ,  de 
l'amour  que  l'on  portait  à  la  duchesse  ,  de  la  fermeté  , 
du  courage  qu'elle  a  montré  en  marchant  contre  le 
Bavarois ,  son  oncle  ,  ancien  évcque  chassé  par  les  Liégeois , 
et  de  la  faiblesse  du  duc  Jean  ,  son  époux  ,  qui  au  mv.- 
menl,  où  elle  serrait  de  près  les  Prisons  et  reprenait  une 
à  une  les  villes  rebelles ,  eut  la  lâcheté  de  conclure  avec 
le  Bavarois  une  paix  honteuse.  La  mésintelligence  entre 

9 


(  130  ) 

les  époux  s'en  serait  accrue ,  et  le  duc  se  serait  même 
engagé  à  livrer  la  princesse  à  son  ennemi.  Ces  renseigne- 
ments et  d'autres  sur  les  ennemis  particuliers  de  Jacqueline 
sont  donnés  avec  hésitation    d'abord ,  ensuite  avec  moins 
de  réserve  et   enfin  avec   un   entier  abandon,  à   mesure 
que  la  cervoise  opère;   car  on  a  craint  d'abord  les  bou- 
laies  des  sergents.  Mais  cet  inconnu  quel  est-il  ?  S'il  est 
comme  tout  l'annonce  un  partisan    de   Jacqueline ,    d'où 
vient  le  soin  qu'il  met  à  se  cacher;   et  l'on    est  intrigué 
plus  que  jamais ,  quand  on  le  voit  se  récrier ,   lorsque  les 
soldats  viennent  à  nommer  le  vieux  Floris  Borselle  parmi 
les  ennemis  de  la  duchesse  ,  Borselle  ,  qui ,  dans  la  guerre 
de   Zélande    était ,    pour    me    servir    de    l'expression    des 
piquiers ,  l'ame  damnée  du  Bavarois.  La  dispute  s'échauf- 
fant ,   ils  vont    l'arrêter ,    quand   le    comte    de  Croy  sort 
de  l'hôtellerie  avec  le  capitaine  du  poste.  Ils  le  désignent 
comme  suspect  au  comte  qui  l'interroge.  Il  fait  retirer  le 
capitaine    et    les    soldats  ;    car   il    a    reconnu    Borselle , 
Borselle  rebelle ,  proscrit ,  mais  son  ami ,  son  ancien  frère 
d'armes.  Qu'on  se  figure  l'étonnement ,  l'effroi  même  du 
comte ,  quand  Borselle  lui  demande  les  moyens  d'arriver 
à  la  duchesse,    «  il  faut   qu'il  la  voie.  »  Le  comte  de  se 
récrier  ;    Borselle    de  lui    ouvrir    son   cœur  :  il  a   vu   la 
princesse ,  il  en  est  épris  ,  et  d'ennemi  acharné  qu'il  était , 
il  est  maintenant  son  gardien ,  son  esclave.  L'impétuosité 
du  caractère  de  Borselle  se  révèle  tout  entier  dans  l'ex- 
pression de  sa  passion.  Le  comte   entraîné  finit   par  pro- 
mettre. Mais  Borselle  en   peignant  sa   passion  à  son  ami 
n'a  pu  lui  en  découvrir  que  la  violence  ;  la  circonstance 
qui  l'a  fait  naître  ,  ce    qui  la  nourrit ,   le  motif  si  puis- 
sant   qu'il  a   de    voir  de   suite  la  duchesse  ,   il    est  forcé 
de  le  lui  cacher.  Ce  sentiment  si  exalté  est  partagé  par 
Jacqueline.    Déjà    Borselle    l'a    sauvée    des    plus    grands 
périls...  le  mystère  qu'il    est  contraint  de  mettre  dans  la 


(131  ) 

protection  dont  il  l'entoure ,  tout  concourt  à  développer 
ce  sentiment  dans  le  cœur  d'une  princesse  ,  portée  natu- 
rellement aux  affections  tendres.  Cependant  Borselle  a 
trouvé  moyen  de  s'introduire  auprès  de  la  duchesse  et 
lui  a  dévoilé  les  affreux  projets  de  son  époux.  Il  lui  remet 
des  dépêches  adressées  au  Bavarois ,  qui  ne  laissent  aucun 
doute ,  et  qu'il  a  fait  enlever  la  nuit  même  à  un  agent 
du  duc  qui  les  portait  en  Zélande.  Le  duc  survient ,  on 
fait  placer  Borselle  derrière  le  dais  du  fauteuil  de  Jacque- 
line (  car  on  craint  quelque  violence  )  «  et  si  ma  volonté 
est  sacrée  pour  mes  défenseurs  ,  a  dit  la  princesse , 
quelque  chose  qu'ils  entendent  ,  ils  commanderont  à 
leur  cœur  la  froideur,  à  leurs  bras  l'inaction  jusqu'à  ce 
que  j'appelle  leur  secours.  »  La  scène  entre  les  deux 
époux  est  pleine  de  mouvement  et  de  vie.  La  différence 
de  leur  caractère  est  parfaitement  reproduite.  C'est  d'une 
part  la  fermeté  que  montre  Jacqueline,  en  ne  souffrant  pas 
que  t'Serclaes ,  l'un  des  perfides  conseillers  ,  à  qui  elle 
doit  en  partie  sa  disgrâce ,  entre  chez  elle  avec  son  époux  ; 
c'est  la  noblesse  et  la  dignité  avec  laquelle  elle  repousse 
les  injurieux  propos  du  duc ,  irrité  de  l'affront  fait  à  son 
favori;  et  lorsqu'elle  lui  reproche  ses  infâmes  complots 
comme  il  est  attéré  !  comme  il  se  dit  repentant  !  comme 
il  s'empresse  de  proposer  luie  réconciliation.  Peut-être 
aurait-on  désiré  que  Jacqueline  allât  moins  loin  ,  qu'elle 
ne  fit  point  pressentir  au  duc  un  assassinat  ;  comme  quand 
elle  lui  dit  :  «  Regardez  autour  de  vous  et  songez  où  vous 
êtes!...  Eh  bien!  est-ce  qu'une  horreur  secrète  ne  s'élève 
pas  en  vous,  comme  à  l'approche  d'un  événement  sinistre, 
est-ce  que  vous  ne  tremblez  pas ,  etc.  »  Mais  cette  partie  de 
la  scène  est  d'un  grand  effet  tliéàlral  ;  l'auteur  s'y  sera 
'aissé  entraîner.  Mais  un  incident  terrible  est  survenu  ; 
six  écuyers  entrent  précipitamment  et  annoncent  au  duc 
l'assassinat  de  son  chapelain ,  le  Père  Gérardus.  C'est  lui 


(  132  ) 

qui  était  porteur  des  dépêches  ;  elles  ont  été  enlevées  , 
et  la  duchesse  en  connaissait  le  contenu,  elle  est  donc 
complice  du  crime  !  Étrange  perplexité  de  cette  dernière  ; 
fureur  du  duc.  Il  sort  en  annonçant  qu'il  met  à  prix  la  tête  du 
meurtrier.  Jacqueline  qui  a  \oulu  le  retenir  est  repoussée 
par  lui  et  \ient  tomber  sur  les  marches  du  dais.  Et 
Borselle  sort  de  sa  cachette ,  «  il  a  frappé  G  érardus ,  parce 
que  c'était  un  des  ennemis  de  Jacqueline;  il  les  frappera 
tous.  ))  Et  la  duchesse  ne  pouvant  s'empêcher  de  lui  té- 
moigner tout  son  mépris  pour  une  telle  action ,  hors  de 
lui,  il  s'élance  au  perron  et  se  livre  à  la  garde  comme 
le  meurtrier  que  l'on  cherche.  Cette  dernière  scène  offre 
ainsi  que  celle  qui  précède  une  suite  non  interrompue 
d'émotions  les   plus  secouantes. 

La  duchesse  s'est  retirée  dans  ses  étals  du  Hainaut  pour  se 
soustraire  aux  persécutions  de  son  mari.  Ce  prince  trop  faible 
pour  aller  attaquer  seul  une  femme  si  courageuse,  a  appelé 
à  son  secours  le  duc  de  Bourgogne  qui ,  dans  ses  vues  ambi- 
tieuses ,  s'est  empressé  d'arriver  avec  une  puissante  armée. 
La  princesse  s'est  vue  contrainte  de  s'enfermer  dans  la 
ville  de  Mons  qui  est  assiégée  par  les  armées  combinées, 
et  où  Philippe  a  de  secrètes  intelligences.  Au  moment  où 
la  scène  s'ouvre  ,  il  y  a  une  trêve  de  quarante-huit  heures. 
Mais  la  ville ,  travaillée  par  des  agents  de  troubles ,  est 
menacée  des  plus  affreux  désordres.  Le  grand-bailli  a  été 
tué  la  nuit  même.  Des  soldats  blessés  et  des  hommes 
du  peuple  occupent  l'hôtel-de-ville  que  les  magistrats 
ont  abandonné.  On  entend  un  grand  bruit,  c'est  le  bou- 
cher Pelou  qui  vient  avec  sa  corporation  s'y  installer 
Grand-Bailli.  Cette  scène,  comme  on  s'y  attend,  est  tout 
à  la  fois  violente  et  comique.  Cependant  la  duchesse  qui 
a  eu  connaissance  de  l'intention  des  bouchers,  arrive  à 
l'hôlel-de-ville.  Plusieurs  bouchers  veulent  barrer  le  pas- 
sage à  la  princesse.   Le  comte  de   Croy  qui  la    précède 


(  133  ) 

repousse  l'un  d'eui  et  lui  arrache  !>a  hallebarde.  Jacqueline 
s'avance  et  en  habile  politique ,  reprenant  la  hallebarde 
des  mains  du  comte,  «  Si  tous  les  désarmez,  comment 
me  défendront-ils?  Reprends  ton  arme,  et  viennent  les 
archers  de  Flandre,  tu  répondras  à  leur  bonjour,  n'est-ce 
pas  !  »  Et  Borselle  ?  qu'est  devenu  Borselle  ?  Dans  un 
danger  aussi  pressant ,  la  princesse  aurait  bien  besoin  de 
son  bras  et  de  sa  fougueuse  audace.  Rassurons-nous,  il  a 
trouvé  moyen  de  s'évader  de  la  prison  où  il  avait  été  jeté 
d'après  son  aveu.  Il  a  appris  les  dangers  de  Jacqueline 
et  il  a  Tolé  à  son  secours.  C'est  toujours  mystérieusement 
qu'il  agit-,  les  ennemis  de  Jacqueline  sont  si  nombreux  ,  sont 
si  puissants  qu'il  n'a  pu  la  servir  qu'en  feignant  toujours 
d'être  son  ennemi.  Il  veut  du  moins  se  réserver  le  moyen 
de  pouvoir  la  sauver  au  moment  d'une  catastrophe  qu'il 
est  aisé  de  prévoir;  elle  ne  peut  lutter  contre  les  forces 
réunies  des  deux  ducs.  Et  puis  il  a  prévu  les  projets 
ambitieux  du  duc  de  Bourgogne  ;  il  a  prévu  qu'à  la  mort 
du  duc  de  Brabant  qui ,  vu  son  mauvais  état  de  santé , 
ne  peut  tarder,  l'officieux  cousin  s'emparera  de  ses  états 
qu'il  se  sera  fait  laisser  en  héritage ,  qu'il  s'emparera 
de  ceux  de  Jacqueline.  Borselle  compte  sur  les  suites 
de  cette  spoliation ,  sur  l'esprit  des  peuples  qu'il  pourra 
plus  facilement  soulever  alors;  car  malgré  sa  tête  ardente, 
il  voit  de  loin.  Alors  ses  vues  sur  Jacqueline  pourront  se 
réaliser.  Dans  ce  moment ,  il  est  à  Mons  à  la  tète  du 
parti  de  Bourgogne.  11  est  tout  puissant  sur  la  populace. 
Pendant  que  Jacqueline  est  avec  le  bailli  Pelou  dont 
elle  a  confirmé  la  nomination  pour  conserver  sa  préroga- 
tive ;  le  peuple  qui  a  appris  que  le  secours  anglais  sur 
lequel  comptait  Jacqueline  vient  d'être  écrasé  par  les 
Flamands ,  s'est  soulevé  aux  cris  de  Bourgogne ,  et  court 
à  1  hôtel-de-ville  pour  égorger  la  duchesse.  La  princesse 
qui  n'a  plus  avec  elle  que  le  comte  de    Croy,  car  elle  4 


(  134  ) 

déterminé  avec  assez  de  peine  Pelou  à  courir  à  la  défense 
des  remparts  menacés  par  une  surprise  ;  la  princesse  se 
croit  perdue  ;  mais  Borselle  arrive  ,  dissipe  d'un  mot  l'at- 
troupement, monte  seul  auprès  d'elle  et  lui  indique  un 
moyen  de  se  sauver  par  un  passage  souterrain  à  lui  connu. 
Resté  avec  Jacqueline ,  pendant  que  le  comte  est  allé  recon- 
naître les  lieux,  il  se  fait  enfin  connaître  à  la  princesse 
qui  jusqu'alors  avait  ignoré  son  nom.  Quelque  précaution 
qu'il  prenne  avant  de  se  nommer  ,  le  nom  de  Borselle 
fait  sur  la  princesse  une  impression  terrible  ;  le  fils  de 
Floris  Borselle ,  l'ennemi  le  plus  acharné  de  sa  maison  ! 
Cependant  en  songeant  à  tout  ce  qu'il  a  déjà  fait  pour 
elle,  elle  consent  à  l'entendre.  Elle  est  vivement  émue 
à  la  peinture  de  son  dévouement  et  de  son  amour  en- 
thousiaste ,  elle  est  comme  en  extase  devant  cet  exposé 
de  l'homme  selon  sa  tête ,  selon  son  cœur.  Ce  qu'elle 
demande ,  ce  n'est  pas  seulement  la  vie  sauve ,  mais  la 
ruine  de  ses  ennemis ,  mais  le  triomphe  de  son  ambition 
plus  vaste  qu'elle  ne  fut  jamais.  Voilà  quelle  je  suis , 
s'écrie-t-elle  ;  voilà  mes  projets!  S'ils  sont  dignes  de  ton 
courage ,  sois  mon  compagnon  ,  je  t'accepte  ;  et  pour  gage 
de  sa  promesse ,  elle  lui  donne  un  anneau  qui  vient  de 
son  père.  Elle  part  pour  soulever  la  Zélande.  Ils  doivent 
se  retrouver  dans  un  mois  à  la  cour  de  Bruxelles ,  Borselle 
l'hermine  ducale  et  le  sceptre  au  poing,  ou  sous  le 
manteau  de  conspirateur  et  le  poignard  à  la  main. 

Jacqueline  a  succombé  dans  son  projet.  Elle  vient  de  re- 
joindre Borselle  qui  a  réuni ,  au  milieu  des  ruines  de  l'abbaye 
de  Caudenbcrg,  les  principaux  agens  d'une  conspiration  qu'il 
a  formée  contre  le  duc  de  Bourgogne.  Il  est  neuf  heures 
du  soir  *,  l'heure  est  fixée  à  minuit ,  si  d'ici  là  rien  n'arrête 
l'exécution.  Au  reste  une  torche  allumée  au  haut  de  la  tour 
S.*  Michel  donnera  le  signal.  Les  conspirateurs  congédiés, 
Jacqueline  reste   seule   avec  Borselle.  C'est  une  des  plus 


(135  ) 

belles  scènes  du  «Irame.  Elle  est  tracée  de  main  de  maître. 
Jusqu'ici  nous  avons  vu  Jacqueline  entrainée  vers  Borselle 
j)ar  l'ascendant  de  son  caractère  entreprenant  et  audacieux , 
par  le  dévouement  sans  bornes  qu'il  lui  montre  ,  et  depuis 
l'entrevue  de  Mons ,  par  un  amour  partagé  depuis  long- 
temps à  son  insu  peut-être ,  mais  plus  vif  dès  lors  qu'il 
était  ouvertement  avoué  ;  mais  cet  amour  avait  pour  but 
une  conformité  de  vues ,  de  caractère ,  un  même  enthou- 
siasme ,  une  même  exaltation.  Aujourd'hui  la  passion  de 
Jacqueline  nous  apparaît  sous  une  autre  forme.  Ce  n'est  plus 
la  princesse  si  intrépide ,  si  attachée  au  succès  de  ses  en- 
treprises ,  qui  n'est  arrêtée  par  aucun  danger  ;  c'est  une 
femme  aimante ,  qui  ne  voit  de  bonheur  pour  elle  que 
dans  son  union  avec  le  bien  aimé  ,  car  la  mort  du  duc 
l'a  rendue  libre.  Ce  n'est  plus  l'homme  intrépide  qu'elle 
aime  en  Borselle,  c'est  Borselle  lui-même;  ce  n'est  plus 
l'homme  qui  peut  assurer  la  réussite  de  ses  projets  qu'elle 
recherche ,  ces  projets  auxquels  elle  tenait  tant ,  elle  est 
prête  à  y  renoncer,  pour  ne  pas  avoir  à  craindre  d'être 
séparée  de  l'homme  de  son  choix;  cette  crainte  même  a 
peut-être  contribué  à  sa  défaite  en  Zélandc  ;  elle  jusque 
là  si  intrépide ,  qui  n'avait  qu'une  idée  fixe ,  celle  de  triompher 
(le  ses  ennemis  ;  eh  bien  !  elle  s'est  surprise  craignant  la 
mort ,  la  mort  qui  devait  la  séparer  de  l'époux  selon  son 
affection .  Boileau  a  dit  avec  raison  de  l'amour, 

De  cette  passion  la  sensible  peinture , 

Est  pour  aller  au  cœur  la  route  la  plus  sure. 

En  effet ,  nous  sommes  d'abord  étonnés  de  voir  une  prin- 
cesse d'un  caractère  si  ferme  et  si  décidé,  soumise,  comme 
une  faible  femme ,  à  un  sentiment  qui  la  fait  renoncer  à 
tout;  mais  l'aveu  qu'elle  en  fait  avec  tant  de  naturel  nous 
touche  et  augmente  encore  l'intérêt  qu'elle  nous  inspire 
ainsi  que  Borselle.  La  résistance  qu'il  lui  oppose,  les  grands 


(  13G) 

et  nobles  motifs  qu'il  fait  valoir  nous  rassurent.  On  craint 
pour  un  instant  qu'il  n'accède.  Céder  pour  lui  eut  été  fai- 
blesse. Il  ne  peut  mériter  son  bonheur  qu'en  ne  reculant 
devant  aucun  danger,  il  ne  peut  y  avoir  de  bonheur  pour 
lui  avec  Jacqueline  qu'en  lui  rendant  son  trône  ;  c'est  alors 
seulement  qu'il  sera  digne  de  le  partager  avec  elle.  La  noble 
opposition  de  Borselle  a  rendu  Jacqueline  à  sa  fermeté  pre* 
mière  ,  et  pour  que  la  bénédiction  du  ciel  descende  sur 
leurs  têtes,  avant  que  la  foudre  éclate,  un  moine  dévoué 
à  la  duchesse,  dont  il  fut  autrefois  le  chapelain,  les  unira 
dans  une  heure  en  sa  cellule.  Ils  se  séparent  alors  en  se 
livrant  tous  deux  à  l'espoir  d'un  plus  heureux  avenir.  Mais 
le  duc  est  déjà  instruit  de  tout.  Les  dernières  mesures  que 
l'on  vient  d'arrêter  viennent  de  lui  être  communiquées  par 
un  espion  qui  s'était  mêlé  parmi  les  conspirateurs ,  à  l'aide 
d'une  lettre  du  comte  de  Croy  adressée  à  Borselle,  et  qu'il 
avait  trouvé  moyen  d'enlever  à  celui  qui  devait  en  être 
le  porteur.  Il  sait  que  c'est  dans  le  caveau  de  l'abbaye  où 
l'on  doit  célébrer  à  minuit  un  service  anniversaire  sur  le 
tombeau  de  son  père  ,  qu'on  doit  l'attaquer;  sur  le  tombeau 
de  son  père  assasiné  à  pareil  jour,  à  pareille  heure  sur  le 
pont  de  Montereau,  comme  le  lui  fait  observer  son  écuyer 
Jacques  de  Lallaing,  qui  veut  détourner  le  duc  de  s'y  rendre. 
Mais  celui-ci  persiste,  il  sent  toute  l'importance  de  sur- 
prendre la  conspiration  en  flagrant  délit.  Toutes  les  mesures 
sont  prises  à  cet  efict.  Seulement  les  chevaliers  du  Cygne 
et  de  la  Toison  d'or,  parmi  lesquels  il  sait  que  les  conjurés 
doivent  se  glisser ,  ne  descendront  pas  avec  lui  au  caveau  , 
il  n'aura  que  ses  huit  conseillers.  Tout  se  passe  comme 
il  l'a  prévu.  L'effet  théâtral  est  des  plus  émouvants.  Tous 
les  conspirateurs  ont  été  emmenés ,  Borselle  seul  est  resté 
dans  le  caveau.  Le  duc  peut  maintenant  sévir  sans  crainte 
d'être  taxé  de  cruauté  ,  l'attentat  à  sa  vie  est  constant  ;  mais 
}îyr.selle  n'est  })lus  un  conspirateur  ordinaire,  Son  niariage 


(  137  ) 

avec  Jacqueline ,  car  le  duc  en  a  connaissance ,  en  a  fait 
<le  suite  un  homme  important.  Le  duc  ne  peut  se  dissimuler 
tout  l'odieux  de  son  usurpation.  Borselle  a  voulu  à  tout  prix 
rendre  à  son  épouse  la  couronne  que  son  parent  lui  a  ravie  ; 
voilà  les  réflexions  qu'on  ne  manquera  pas  de  faire  et  qu'il 
voudrait  prévenir.  Il  sait  d'ailleurs  que  Jacqueline  a  de 
nombreux  partisans  ;  que  d'autres  tentatives  ne  manqueront 
pas  d'être  faites  encore;  ses  jours  seront  donc  toujours  me- 
nacés !  S'il  pouvait  obtenir  une  renonciation  volontaire  ; 
Borselle  a  tout  pouvoir  sur  son  esprit ,  elle  l'aime ,  il 
doit  périr,  elle  ne  pourra  rien  lui  refuser  pour  qu'il  sauve 
sa  tète.  Et  le  duc  va  trouver  Borselle  «  Ah  !  vous  rassa- 
sier des  touiments  d'un  captif ,  c'est  un  noble  plaisir  !  » 
s'ccrie  celui-ci  dés  qu'il  l'aperçoit.  —  Il  se  trompe  :  il 
n'est  venu  que  parce  que  seul  il  pouvait  lui  dire  les 
choses  qu'il  va  entendre.  Il  faut ,  dans  ce  dernier  quart- 
d'heure  qui  lui  reste  ,  qu'ils  décident  ensemble  d'une 
grande  destinée  à  venir.  Il  sait  qu'il  est  l'époux  de  Jac- 
queline ,  il  voudrait  lui  pardonner ,  mais  la  tranquillité 
de  ses  états  s'y  oppose;  qu'il  se  dépouille  de  ce  qui  le 
rend  redoutable ,  qu'il  obtienne  de  Jacqueline  une  renon- 
ciation à  son  titre  de  souveraine ,  et  il  n'écoute  que  son 
cœur,  et  il  lui  fait  grâce  à  l'instant.  Borselle  de  rejeter 
cette  proposition  de  toute  l'iiulignation  de  son  ame.  Mais 
le  duc  sans  se  rebuter  va  changer  de  batteries.  Dans  les 
âmes  exaltées,  si  l'on  ne  peut  éteindre  le  courage,  on 
peut  éveiller  les  faiblesses,  a-t-il  dit  précédemment  à  Jacques 
de  Lallaing ,  son  écuyer  et  son  confident  ;  c'est  à  ce  moyen 
qu'il  va  avoir  recours.  Une  lettre  de  Jacqueline  au  comte 
de  Glocester  va  servir  de  base  à  sa  nouvelle  attaque.  Cette 
lettie  n'a  rien  de  déshonorant  pour  Jacqueline  ni  pour 
son  époux.  Elle  l'écrivait  à  ce  prince,  pressée  qu'elle  était 
de  toute  part  par  ses  ennemis,  pour  lui  olirir  ses  états  qu'elle 
ne  pouvait  plus  défendre ,  et  sa  personne  ;  c'était  l'œuvre 


(  1<^^  ) 

de  la  nécessité ,  un  cri  de  détresse  poussé  dans  un  moment 
où  elle  était  aux  abois ,  mais  cette  lettre  est  adressée  à 
un  prince  dont  le  nom  suffit  pour  mettre  Borselle  en  fu- 
reur, et  Borselle  une  fois  troublé,  il  insinuera  plus  faci- 
lement le  soupçon  dans  son  cœur,  tout  en  ayant  l'air  de 
s'apitoyer  sur  son  sort.  Borselle  criera  à  la  calomnie  et 
le  prince  en  s'approchant  de  lui  et  lui  glissant  la  lettre 
dans  la  main  «  dis-moi ,  ne  sens-tu  pas  en  la  touchant , 
que  c'est  là  cette  œuvre  de  perfidie?...  prends-la  et  je  te 
laisse.  Adieu ,  mais  rappelle-toi  que  tu  as  été  prisonnier 
à  Mons  pendant  une  année  ,  n'oublie  pas  que  lorsque  tu  fus 
délivré,  le  prince  de  Glocester venait  de  retournera  Londres. 
—  C'est  vrai,  s'écriera  Borselle  malgré  lui  ;  et  le  duc  le  lais- 
sera se  débattre  sous  le  trait  dont  il  vient  de  lui  percer 
le  cœur.  » 

Borselle  resté    seul  lutte  long-temps    contre    l'affreuse 
tentation.  A  la  fin  il  lit  la  fatale  lettre.  Dans  son  trouble , 
il  se  croit  trahi;  et  comme  on  vient  de  lui  apporter  le  vin 
des  suppliciés ,  il  y  mêle  le  poison  renfermé  dans  la  bague 
qu'il  tient  de  Jacqueline.  La  scène  du  dénouement  est  dé- 
chirante. La  duchesse  est  venue.  Elle  s'est  disculpée  d'un 
mot,  elle  a  fait  au  duc  de  Bourgogne  l'abandon    de  ses 
états,   s'il    veut  sauver   son   époux.    Voilà  ce   qu'apprend 
Borselle ,  quand  déjà  la  mort  est  dans  son  sein.  Car  pour 
être  plus  calme,  il  a  voulu  mettre  la  mort  entre  elle  et  lui, 
avant  de  lui  adresser  des  reproches.  On  se  figure  son  déses- 
poir. La  princesse  qui  l'attribue  d'abord  au  danger  de  sa 
position  et  au   regret  de  l'avoir  injustement  soupçonnée , 
s'efforce  de  le  calmer  par  l'expression  de  l'amour  le  plus 
tendre.    Son    désespoir  s'en   accroit ,  la  princesse  s'effraie 
enfin  de  la  sueur  froide  qui  couvre  le  visage  de  Borselle, 
l'anneau  qu'il  lui  montre  lui  annonce  l'affreuse  vérité.  En 
ce  moment  la  porte  de  fer  s'ouvre.  Le  duc  de  Bourgogne, 
le  capitaine  des  gardes,  deux  conseillers  et  un  homme  te- 


(  139  ) 

nanlune  lorche,  se  rangent  sur  le  palier  au  haut  de  l'escalier. 
Le  capitaine  {lisant).  De  par  monseigneur  le  Duc,àmessire 
France  de  Borselle  il  est  fait  grâce  de  la  vie.  Sa  grâce ,  s'écrie 
Jacqueline.  Puis  secouant  son  époux.  Borselle  !  Borselle  ! 
Et  voyant  qu'elle  n'étrcint  plus  qu'un  cadavre ,  elle  le  laisse 
tomber ,  et  se  levant  toute  droite  :  elle  appelle  la  malédic- 
tion du  ciel  sur  l'auteur  de  ses  maux. 

On  a  pu  voir  d'après  ce  faible  aperçu ,  que  le  drame  de 
M.""  Prosper  Noyer  est  extrêmement  remarquable.  La  teinte 
de  l'époque  est  généralement  bien  conservée  ;  les  caractères 
bien  saisis ,  bien  soutenus.  Le  style  est  le  plus  souvent  ce 
qu'il  doit  être  ;  si  parfois  il  donne  un  peu  dans  l'enflure , 
ce  n'est  pas  le  défaut  de  l'auteur  ;  c'est  une  concession 
qu'il  a  cru  devoir  faire  à  certaines  notabilités  du  genre. 
Mais  avec  le  talent  qu'il  vient  de  montrer ,  on  peut  faci- 
lement se  passer  de  cet  appui. 

Gobert-Alvin. 


Bcl0e$^ 

Par  m.''  C...  de   P....  Bruxelles,  1   1835.  vol.  iiî-8". 

Un  g.}nre  de  littérature  fort  à  la  mode  aujourd'hui,  celui 
de  présenter  des  faits  historiques  sous  la  forme  de  roman, 
s'est  aussi  répandu  en  Belgique.  Parmi  les  persoimes  qui 
consacrent,  chaque  jour,  quelques  instans  à  la  lecture  des 
journaux  ,  un  grand  nombre  afl'cclioniic  ces  compositions 


(  140) 

plus  ou  moins  heureuses ,  dont  nos  publications  quoti- 
dienne ornent  leurs  feuilletons.  L'histoire  du  pays  est  riche 
de  faits  singuliers ,  d'anecdotes  piquantes  et  d'épisodes  in- 
téressans.  Il  se  passait  autrefois ,  en  Belgique  ,  des  choses 
qui  nous  paraîtraient  aujourd'hui  fort  étonnantes.  Mais  il 
n'est  pas  donné  à  tous  de  nous  les  retracer  avec  talent , 
sous  les  couleurs  poétiques  de  la  littérature  contemporaine  : 
ou  l'histoire  est  complètement  altérée ,  où  le  récit  est  lan- 
guissant et  fastidieux.  Aussi ,  lorsque  le  sort  nous  favorise 
parfois  d'une  légende  bien  racontée,  nous  la  lisons  avec 
le  plus  grand  plaisir. 

Un  littérateur  connu  par  un  grand  nombre  de  compo- 
sitions de  ce  genre ,  publiées  depuis  deux  ans ,  dans  les 
feuilletons  de  l' Emancipation ,  a  fait  un  choix  de  ses  meil- 
leurs morceaux  inédits ,  en  ce  genre ,  pour  en  former  un 
recueil  destiné  à  l'amusement  de  la  jeunesse.  L'auteur  ayant 
communiqué  son  manuscrit  aux  rédacteurs  du  Messager , 
afin  de  connaître  leur  opinion  sur  l'opportunité  de  cette 
publication,  nous  croyons  être  agréables  à  nos  lecteurs, 
en  leur  offrant ,  comme  un  échantillon  de  cet  ouvrage, 
non  encore  paru ,  un  morceau  qui  nous  a  semblé  l'un  des 
plus  heureux  de  ce  recueil  intéressant. 

Quoique  ce  morceau  ne  rentre  pas  dans  le  cadre  ordi- 
naire du  Messager  (le  genre  historique  sévère)  nous  n'avous 
pas  hésité  à  le  donner;  car  l'anecdote  qui  nous  est  racontée 
ne  renferme  aucun  fait ,  aucune  allusion  qui  ne  soit  his- 
torique. Le  fait,  par  lui-même,  est  si  extraorthnaire  ,  qu'il 
mérite  d'être  rappelé  au  souvenir  de  la  génération  actuelle 
de  la  Belgique. 

La  Rédaction. 


(  141  ) 

UNE  LEÇON   DE  JUSTE-LIPSE. 


Loquela  pronipta  nec  sine  venere  iu  publico. 
Baron  De  Reiffeîîberg. 


II  Y  avait ,  à  l'iiôlel  de  ville  de  Loiivain ,  le  28  novemJjre 
de  l'année  1590,  une  cour  élincelante  et  nombreuse.  C'était 
celle  de  l'archiduc  Albert  et  de  l'infante  Isabelle ,  sa  rovale 
épouse.  Enfin  la  Belgique  voyait  en  eux,  non  plus  des 
gouverneurs -généraux  ,  mais  des  souverains.  Le  vieux 
Philippe  II  tenait  d'autant  plus  aux  Pays-Bas  qu'ils  lui 
avaient  coûté  plus  de  peines.  Quarante  ans  de  guerres  et  de 
troubles  sanglants  n'avaient  pu  en  efl'et  remettre  les  Belges 
sous  son  obéissance.  En  15UG,  il  avait  confié  à  l'archiduc 
Albert ,  son  neveu ,  cardinal  de  Tolède ,  le  soin  de  pacifier 
ces  malheureuses  contrées.  Déjà  ,  quoique  fort  jeune,  dans 
sa  vice-royauté  du  Portugal  nouvellement  conquis ,  Albert 
vait  montré  de  la  sagesse  et  des  talents  politiques.  Cest 
talents  ne  suffirent  pas  en  Belgique ,  où  il  fallait  combattre 
à  chaque  instant.  Dans  le  but  tardif  de  contenter  les 
esprits  qui  ne  pouvaient  s'accoutumer  au  gouvernement 
espagnol  ,  Philippe  II  se  décida  en  1598  à  détacher  les 
Pays-Bas  catholiques  de  sa  couronne.  Il  en  fit  un  élat  à 
part,  indépendant,  qu'il  donna  pour  dot  à  sa  fille  Isabelle- 
Claire -Eugénie  ;  et  il  se  résolut  à  la  marier  à  l'archiduc 
Albert.  Ce  prince  avait  besoin  pour  une  telle  union  de 
doubles  dispenses  ;  il  épousait  sa  cousine  ;  et  il  était  car- 
dinal. Le  roi  d'Espagne  obtint  tout  de  Rome  ,  pour  une 
disposition  qui  devait  mettre  fin  à  tant  de  guerres.  Albert, 
relevé  de  ses  vœux ,  dé])o.sa  sa  robe  et  son  chapeau  de  car- 
dinal aux  pieds  de  Notre-Dame  de  Hal  ;  après  quoi,  re- 
prenant le  costume  de  chevalier  et  laissant  au  cardinal 
André  d'Autriche  le  soin  de  gouverner  les  Pavs-Bas  en  son 


(  1^2) 

absence ,  il  partit  pour  la  célébration  de  son  mariage ,  qui 
eut  lieu  à  Valence  le  18  d'avril   1599. 

L'archiduc  Albert  avait  quarante  ans  ;  sa  figure  était 
froide  et  réservée.  L'infante  Isabelle  venait  d'entrer  dans 
sa  trente-troisième  année.  Elle  était  grande  ,  un  peu  maigre, 
mais  elle  avait  des  yeux  noirs  expressifs  et  la  peau  très- 
brune  ;  du  reste  une  beauté  plus  qu'ordinaire.  C'est  elle 
que  la  satyre  menippée  représente  dans  ces  vers  : 

Pourtant  ,  si  Je  suis  brunette , 
Ami ,   n'en  prenez  émoi  ; 
Car  autant  aimer  souhaite 
Qu'une  plus  blanche  que  moi. 

Mais  malgré  sa  peau  basanée  ,  et  quoique  déjà  surannée  , 
comme  disaient  les  rimeurs  d'alors ,  l'infante  Isabelle  était 
une  princesse  recommandable  par  sa  sagesse  ,  sa  piété  pro- 
fonde et  ses  vertus.  Elle  était  accoutumée  à  la  guerre  , 
aux  expéditions  ,  à  la  chasse,  à  la  fatigue,  et  aussi  aux 
travaux  de  cabinet.  "C'était,  dit  Brantôme ,  une  princesse 
»  de  gentil  esprit ,  qui  faisait  toutes  les  affaires  du  roi  son 
»  père  et  y  était  fort  rompue.  Aussi  l'y  nourrissait-il  fort. ,, 
Philippe  II  l'appelait  la  lumière  de  ses  yeux.  Long-temps 
il  avait  espéré  la  voir  reine  de  France.  Il  avait  même  pro- 
posé au  roi  de  Navarre  (depuis  Henri  le  Grand)  de  répudier 
Marguerite  de  Valois  pour  épouser  l'infante,  qui,  alors  (en 
]  584)  avait  dix-huit  ans.  Mais  les  français  ne  se  montrèrent 
pas  disposés  à  entrer  en  quelque  sorte  sous  la  protection 
de  l'Espagne  ;  et  après  bien  des  négociations  ,  des  guerres  , 
des  efforts  divers  ,  Philippe  II ,  comme  nous  l'avons  dit , 
s'était  décidé  à  la  marier  enfin  à  son  cousin  Albert ,  et  à 
l'employer  comme  instrument  politique  à  la  soumission  des 
provinces  belges ,  qu'il  renonçait  à  réduire  par  la  force. 

Mais  il  fallait  toute  la  constance  d'Albert  et  d'Isabelle, 
à  qui  du  moins  cette  qualité  était  commune ,  pour  ra- 
mener le  calme  dans  nos  belles  contrées.  Les  premières. 


(143  ) 

années  de  leur  règne  furent  de  longues  et  furieuses  guerres. 
Albert  quoiqu'il  eut  été  homme  d'église,  était  bra\e  ;  plu- 
sieurs faits  le  témoignent  ;  et  sa  cuirasse  ,  que  l'on  con- 
serve au  musée  de  Bruxelles ,  porte  l'empreinte  de  quatre 
coups  de  mousquet ,  qu'il  reçut  au  long  siège  d'Ostendc. 
C'est  pendant  ce  siège  ,  que  l'infante  ,  compagne  assidue  de 
son  époux  jusques  dans  les  camps ,  donna  ses  diamants 
aux  soldats  qui  se  révollaicnt  parce  qu'on  ne  les  payait 
point  ;  c'est  là  aussi  que  fatiguée  de  la  résistance  que  lui 
opposait  Ostende  ,  et  comptant  sur  un  surcroit  de  forces 
qui  lui  était  parvenu ,  elle  fit  vœu  de  ne  point  changer  de 
linge  qu'elle  ne  fut  maîtresse  de  la  place  ;  elle  tint  ce 
serment  ;  et  le  siège  ayant  duré  plus  de  trois  années ,  le 
linge  que  portait  la  princesse  acquis  cette  couleur  fauve , 
qui  de  son  nom  est  appelée  encore  couleur  Isahelle. 

Mais  en  empiétant  sur  l'avenir,  pour  faire  connaître  les 
personnages  qui  nous  occupent ,  nous  nous  écartons  de 
l'époque  que  nous  avons  posée.  Mariés  le  18  d'avril  1599, 
Albert  et  Isabelle  avaient  fait  leur  entrée  à  Bruxelles  avec 
magnificence ,  le  6  de  septembre.  Quoique  nommés  sou- 
verains par  Philippe  II ,  il  fallait  dans  ce  pays  de  libertés 
qu'ils  fussent  reconnus  comme  tels  ;  les  états ,  attentifs  au 
maintien  des  privilèges  publics ,  avaient  mis  du  temps  à 
la  rédaction  de  la  formule  du  serment  réciproque  que 
devaient  se  prêter  les  souverains  et  les  peuples.  L'inaugura- 
lion  des  archiducs,  c'est  le  nom  que  prirent  Albert  et 
Isabelle,  ne  fut  célébrée  à  Louvain  qu'à  la  fin  de  no- 
vembre. Elle  n'eut  lieu  à  Gand  qu'en  IGOO. 

Isabelle  et  son  époux  aimaient  les  sciences  et  les  arts; 
ils  se  montraient  fa\orables  à  l'industrie  et  au  commerce. 
Mais  leur  piété  rigide  et  la  sévérité  de  leurs  mœurs 
promettaient  de  leur  part  un  gouvernement  austère. 
Beaucoup  d'hérétiques  et  de  coupables  gémissaient  dans 
les  prisons.  Ils  pouvaient  attendre  des  nouveaux  souverains 


(  1^^  ) 

une  justice  complète,  selon  les  lois  d'alors,  mais  point  de 
grâces  ;  et  dans  les  circonstances  qui  entouraient  le  nais- 
sant pouvoir  des  archiducs,  il  eut  fallu  de  1  indulgence 
surtout ,  pour  fermer  toutes  les  plaies. 

La  cour  des  archiducs  était  donc  rassemblée  après  la 
messe,  ce  qui  était  un  devoir  de  tous  les  jours,  dans  la 
plus  grande  salle  de  l'hôtel-tle-ville  de  Louvain.  C'était 
comme  on  l'a  dit ,  le  28  de  novembre.  Le  temps  était 
sombre  et  pluvieux  ;  il  était  neuf  heures  du  matin  5  et  la 
nombreuse  assemblée  ,  avec  des  princes  peu  amusables , 
contemplait  la  perspective  d'une  journée  d'ennui,  lors- 
qu'Albert  demanda  doucement  :  —  Qu'y  a-t-il  a  connaître 
dans  cette  ville  ? 

—  Mais  l'université  ,  monseigneur  ,  répondit  le  bourg- 
mestre de  Louvain.  Elle  a  vu  Charles-Quint  sur  ses  bancs. 

—  Et  maintenant,  ajouta  le  comte  de  Fuentés  ,  elle 
compte  ,  parmi  ses  professeurs ,  Juste-Lipse. 

—  Je  connais  ce  grand  nom ,  dit  Isabelle.  Mon  père 
lui  a  conféré  le  titre  de  son  historiographe.  N'est-il  pas 
de  Brabant  ? 

—  Oui  madame ,  répondit  le  bourgmestre.  Il  est  né 
à  Isque ,  entre  Louvain  et  Bruxelles ,  il  a  maintenant 
cinquante  deux  ans.  Sa  famille  était  noble  et  riche  ;  son 
oncle  -Martin  fut  l'ami  d'Erasme.  A  dix  ans  ,  au  colléçre 
d'Ath  ,  il  fit  des  vers  latins  qui  eurent  de  l'éclat. 

—  A  dix  neufp  poursuivit  le  comte  de  Berg,  il  publia 
son  livre  des  diverses  leçons  van'arum  lectionum ,  où 
l'on  admire  une  latinité  pure ,  une  élégance  de  style  qui 
semblent  appartenir  aux  beaux  tems  de  la  langue  des 
Romains. 

—  Je  l'ai  lu,  dit  Isabelle.  On  le  croirait  de  Cicéron. 
Ce  livre  n'était-il  pas  dédié  au  révérend  cardinal  de 
Granvelle  ? 

—  Précisément  madame. 


(  l^->  ) 

—  Je  fais  cas  ,  dit  Albert  de  son  commentaire  sur 
Tacite. 

—  C'est  un  prodige  que  cet  ouvrage  ,  répliqua  le  comte 
de  Fuentès.  Aussi  l'a-t-on  déjà  réimprimé  dix  fois. 

—  Je  lui  préfère  pour  mon  compte ,  dit  Isabelle  le 
traité  De  Mililiâ  Romanâ  ;  mais  sa  2)olilique  ne  me 
paraît  pas  excellente. 

—  Il  en  a  fait  cependant ,  repondit  Cabbeliaw  (  c'était 
un  capitaine  flamand).  N'a-t-il  pas  pris  parti  pour  le  duc 
de  Leicester  ,  quand  la  reine  Elisaljeth  nous  envoya  ce 
seigneur,  avec  l'espoir  que  nous  nous  ferions  anglais. 

—  Oh  !  dit  Albert ,  ce  sont  des  choses  qu'il  faut  oublier. 
Nous  sommes  persuadés  que  Juste-Lipsc  ne  se  souvient 
guéres  lui-même  de  ses  petits  égarements. 

—  Il  a  pourtant  bonne  mémoire,  dit  en  souriant  le  comte 
de  Berg.  Car  on  dit  qu'en  étudiant  Tacite  il  est  parvenu 
à  le  savoir  par  cœur  tout  entier.  On  conte  même  qu'un 
jour  il  s'obligea  à  réciter,  mot  pour  mot,  tous  les  passades 
qu'on  lui  désignerait  de  cet  écrivain  célèbre  ,  consentant 
à  être  poignardé ,  dans  le  cas  où  il  ne  les  rapporterait  pas 
fidèlement, 

—  De  tels  hommes  font  de  si  hautes  exceptions ,  qu'on 
ne  saurait  trop  les  ménager,  ditrarchiduchesse. 

—  C'est  l'honneur  du  pays ,  madame ,  continua  le  comte 
de  Fuentés.  Aussi  voyez  tout  ce  qu'on  a  fait  pour  nous  le 
ravir  !  A  Vienne ,  on  n'a  pas  épargné  les  séductions  ;  à  lena , 
où  il  professait ,  il  y  a  vingt-cinq  ans ,  l'éloquence  et  l'his- 
toire ,  les  princes  de  Saxe-Cobourg  lui  ont  fait  les  offres 
les  plus  honorables.  A  Leyde ,  on  lui  proposait  pour  lo 
retenir  des  montagnes  d'or.  Il  y  a  six  ans ,  pendant  qu'il 
était  à  Liège ,  le  pape  Clément  VIII  à  Rome  ,  le  sénat  do 
Venise ,  le  roi  Henri  IV  à  Paris ,  Ferdinand  de  Médicis  à 
Florence ,  l'académie  de  Fisc  lui  envoyèrent  des  ambassa- 
deurs, c'est  à-peu-près  le  mot  quejcdoisoiiiiloyer.  L'amour 

10 


(  I^C) 

de  la  patrie  l'emporta  dans  le  cœur  de  Jusle-Lipse.  Il  préféra 
une  chaire  d'histoire  ancienne  à  l'université  deLouyain; 
et  il  l'occupera  jusqu'à  sa  mort. 

—  Et  sans  doute  ,  dit  Albert ,  il  est  revenu  de  ses  erreurs 
religieuses  ? 

— En  doutez-vous  répliqua  l'infante  ?  N'a-t-il  pas  abjuré 
à  Mayence  tout  qui  pouvait  se  trouver  entaché  d'hérésie 
dans  ses  écrits  et  dans  ses  actions ,  du  temps  qu'il  vivait 
au  milieu  des  hérétiques?  Et  n'écrit-il  pas  à  présent  l'histoire 
des  miracles  de  Notre-Dame  de  Hal?  Quand  se  dorment  les 
leçons  d'histoire  ancienne? 

—  A  l'heure  qu'il  est ,  madame  ,  répondit  le  bourgmestre 
Muyen  de  Louvain. 

—  Messieurs  ,  reprit  Isabelle ,  en  élevant  la  voix  ,  nous 
allons  ^isitcv  ce  qui  est  plus  rare  qu'un  monument,  un 
wrand  homme.  Notre  désir  est  que  toute  la  cour  assiste  avec 
nous  à  une  leçon  du  docteur  Juste-Lipse  ,  sur  les  mêmes 
bancs  où  s'est  assis  Charles-Quint ,  notre  aïeul  auguste. 

L'assemblée  salua  toute  entière  avec  satisfaction  ;  elle 
voyait  là  du  moins  inie  distraction  d'une  heure.  Les 
archiducs  et  leur  suite ,  les  chevaliers  de  la  Toison  d'Or, 
les  ducs ,  les  marquis  et  les  comtes ,  les  dames  d'honneur 
et  les  capitaines,  le  bourgmestre  et  les  notables  de  la 
ville ,  deux  cents  personnes  environ ,  plus  ou  moins  cha- 
marrées de  soie ,  d'or  et  de  velours ,  ornées  de  plumes , 
de  colliers  ,  de  diamants  et  de  dentelles ,  se  rendirent  à 
l'université  ,  précédées  par  un  corps  de  musique ,  escortées 
de  la  foule  curieuse. 

Les  portes  du  temple  des  sciences ,  fonde  par  Jean  IV, 
duc  de  Brabant ,  s'ouvrirent  toutes  entières  devant  le 
noble  cortège  ;  et  la  cour  d'Isabelle  pénétrait  dans  l'en- 
ceinte ,  alors  silencieuse ,  quand  Juste-Lipse  ,  à  qui  la 
musique  faisait  mal  ,  demanda  la  cause  de  tout  le  bruit 
qu'il  entendait? 


(147) 

Pour  toute  réponse,  il  vit  paraître  les  archiducs  et 
leur  suite  nombreuse.  Le  bourgmestre  lui  dit  que  leurs 
altesses  désiraient  assister  à  sa  leçon.  Le  silence  de  l'école 
ne  fut  pas  autrement  troublé.  Isabelle  et  sa  cour  saluèrent 
sans  dire  un  mot;  le  professeur,  sans  descendre  de  sa 
chaire  ,  se  leva  et  posa  sa  toque.  11  savait  que  les 
hommes  supérieurs  allaient  alors  de  pair  avec  les  sou- 
verains. 11  se  rappelait  que,  dans  une  cérémonie  publique, 
l'empereur  Charles-Quint  avait  donné  la  droite  au  recteur 
magnifique  de  Louvain.  11  salua  cependant ,  en  inclinant 
la  tête  vers  ses  noldes  auditeurs  ,  pendant  que  ses  nom- 
breux élèves ,  qui  chérissaient  leur  maître ,  se  pressaient 
pour  faire  place  à  la  cour. 

Juste-Lipse  était  d'une  taille  moyenne;  il  avait  le  front 
large  et  élevé ,  l'œil  vif  ;  il  maigrissait  en  vieillissant  ;  la 
couleur  de  son  teint  révélait  le  commencement  de  la 
maladie  de  foie  qui  devait  bientôt  le  mettre  au  cercueil. 
Il  était  vêtu  d'une  simple  robe  à  larges  manches.  Il  avait 
devant  lui ,  dans  un  petit  vase  blanc ,  une  tulipe  ;  car  il 
se  plaisait  à  cultiver  ces  fleurs  ;  son  chien  Saphir  était  assis 
avec  recueillement  au  pied  de  sa  chaire. 

La  leçon  de  Juste-Lipse  n'avait  été  arrêtée  que  par  un 
léger  mouvement  de  quelques  minutes  ;  tout  était  redevenu 
calme  ;  seulement  l'auditoire  avait  changé  de  face. 

Au  moment  où  la  cour  avait  paru ,  le  professeur  expli- 
quait à  ses  élèves  la  belle  retraite  des  dix  mille ,  écrite 
par  Xénophon ,  qui  en  avait  été  le  héros.  Au  lieu  de 
poursuivre  cette  matière  devant  les  archiducs ,  il  se  leva 
de  nouveau  ;  et  prenant  en  main  le  livre  de  Sénèque  De 
la  Clémence,  il  lut  ce  ^lassage  remarquable  où  la  vertu 
qui  pardonne  est  présentée  avec  chaleur  comme  capable 
d'élever  l'homme  jusqu'aux  dieux.  Lipse  en  public  parlait 
avec  ame ,  avec  éloquence ,  avec  grâce  ;  tout  le  feu  de 
son*  génie  l'inspira  ;  il  commenta  magnili(|aement  un  texte 


(  1^8  ) 

si  convenable  à  la  circonstance  ;  il  fit  voir  que  la  clémence 
était  la  seule  vertu  spéciale  qui  put  distinguer  les  grands 
des  autres  hommes  :  —  Eux  seuls  ont  le  bonheur  de  pouvoir 
l'exercer,  dit-il;  eux  seuls  peuvent  vaincre  leurs  ennemis 
à  force  de  bienfaits  ! 

Il  peignit  l'autorité  qui  comprime  les  cœurs,  et  la  bonté 
qui  les  gagne  ;  la  justice  qui  glace  les  peuples ,  le  pardon 
qui  les  réjouit  et  les  ranime.  11  fit  un  suave  tableau  de  la 
sérénité  qui  entoure  une  ame  douée  de  clémence  ,  du 
doux  sommeil  qui  repose  un  cœur  bienfaisant  ;  il  montra 
la  mort  sans  agonie ,  sans  épouAante  ,  sans  effroi ,  sans 
laideur,  au  terme  d'une  vie  généreuse.  Il  releva  encore  la 
sublime  morale  du  philosophe  pa}  en ,  en  la  renforçant  de 
la  doctrine  surhumaine  et  des  paroles  augustes  de  l'évangile. 
—  Dieu  ne  serait  pas  Dieu,  dit-il,  si  sa  clémence  n'égalait 
son  immensité  ;  et  Satan  ne  serait  plus  le  démon ,  si  la 
clémence  pouvait  entrer  dans  son  cœur.  Aussi  parmi  les 
souverains ,  ceux-là  seuls  seront  grands  devant  les  hommes 
et  seront  élus  devant  Dieu,  qui  auront  mesuré  leur  clémence 
à  l'étendue  de  leur  pouvou.... 

Le  professeur  s'arrêta.  La  leçon  était  terminée  ;  la  cour 
se  retira,  pénétrée,  grave,  sérieuse.  Le  soir  de  ce  jour  là, 
l'archiduc  Albert  nomma  Juste-Lipse  membre  de  son  conseil 
d'état.  Il  signa,  avec  Isabelle ,  les  lettres  de  grâce  de  trois 
cents  brabançons  condamnés ,  qui  le  lendemain  virent  s'ou- 
vrir, émcrvedlés  ,  les  portes  de  leurs  prisons  5  le  30  novem- 
bre ,  ils  allèrent  en  corps  remercier  Juste-Lipse  ;  tous  les 
ans  ,  à  pareil  jour ,  ils  lui  portèrent  jusqu'à  sa  mort  un 
bouquet  de  tulipes  éclatantes. —  3Iais  en  l'année  1G06,  ils 
le  déposèrent  sur  son  tombeau. 


(  t^9) 

Recherches  sur  les  Ossemens  fossiles  découverts  dabs 

LES    C.VVERWES    DE    LA    PROVINCE    DE    LiÉGE ,  par   le   doc- 

ieur  ScHMERLi>'G.  l.*^"^^  volume;  in-^.'^  de  167  jmges 
avec  Allaf>  in— fol.  de  XXXI J^  planches  lithogra- 
2)hiées.  Liège,   1833-34. 

La  géologie  moderne  est  venue  singulièrement  aug- 
menter l'intérêt  que  nous  présentaient  déjà  par  leur  forme , 
leur  étendue ,  leurs  inscruslations ,  ces  cavités  souterraines 
connues  sous  le  nom  de  grottes.  Ces  cavités  ont ,  en  effet, 
été  tellement  fouillées  par  les  géologues  ,  qu'aujourd'hui 
on  doit  les  considérer  comme  les  vraies  catacombes  des 
temps  diluviens.  L'Angleterre,  l'Allemagne,  le  midi  de  la 
France  ont  offert  des  grottes  remplies  d'ossemens  d'animaux 
fossiles  entremêlés  pêle-mêle,  tantôt  avec  des  animaux 
encore  connus  de  nos  jours,  tantôt  de  races  éteintes , 
tantôt  enfin  avec  les  restes  de  l'espèce  humaine.  La  groite 
de  Han  ,  connue  depuis  long— temps  en  Belgique ,  n'avait 
pas  montré  ces  ossemens.  Dans  celle  de  Remoucliamps , 
on  n'avait  rencontré  que  des  dents  d'Hyènes.  En  1829, 
M.  Schmerling  découvrit  des  grottes  nouvelles  à  Chokier 
dans  la  province  de  Liège,  et  ces  cavités  ont  été  reconnues 
par  lui  comme  des  gites  ossifères  précieux.  Ils  sont  en  effet 
des  plus  riches. 

Les  géologues  sont  loin  d'être  d'accord  sur  la  formation 
des  grottes.  M.  Schmerlhig  a  pu  se  former  une  idée  à  lui 
sur  cette  formation,  parce  que,  lorsqu'il  a  découvert  ces 
cavités,  elles  étaient  vierges  et  personne  avant  lui  n'y  avait 
pénétré.  Ce  ne  sont  pas  les  eaux,  ce  ne  sont  pas  les  gaz 
qui,  selon  lui,  ont  formé  ces  cavités,  mais  ce  sont  peut- 
être  ,  dil-il ,  les  replis  nudtipliés  du  calcaire  intermédiaire 
qui  les  ont  produites.  L'auteur  pense  ainsi ,  parce  que 
les  grottes  se  rencontrent  dans  ces  replis,  plus  ou  moins 
haut,  mais  rarement  sur  les  escarpemens  éloignés  de  ces 


(  1^0  ) 

replis.  Ici ,  l'on  pourrait  peut-être  se  demander  d'où 
viennent  les  replis  dans  le  calcaire  de  transition,  et  l'auteur 
se  les  explique  par  le  redressement  des  couches  calcaires, 
lorsque  celles-ci  avaient  déjà  acquis  un  degré  de  dureté 
peu  différent  de  celui  qu'elles  possèdent  aujourd'hui. 

Les  ossemens  nombreux  que  recèlent  ces  grottes  y  ont 
été  amenés  par  les  eaux;  celles  de  Chokier,  d'Engihoul, 
de  Huy  n'ont  point  servi  de  repaires  aux  ours ,  aux  hyènes; 
celles  d'Engihoul  et  du  fond  de  Forêt  dont  les  entrées 
étaient  très-faciles,  ne  contenaient  que  très-peu d'ossemens 
de  ces  grands  animaux.  Ces  mêmes  cavités  renfermaient 
des  os  d'animanx  herbivores ,  marins ,  des  coquilles  d'eau 
douce ,  des  béîemnites  et  une  baculite. 

M.  Schmerling  décrit  ensuite  séparément  les  cavernes 
de  Chokier ,  d'Engis ,  d'Engihoul ,  celles  des  rives  de 
l'Ourle ,  de  la  Vesdre ,  du  fond  de  Forêt ,  de  Goffontaine  ; 
il  donne  les  figures  de  l'entrée  de  quelques-unes  d'entre 
elles. 

Un  fait  extraordinaire,  mais  qui  n'était  pas  sans  anté- 
cédens ,  est  la  découverte  qu'a  faite  M.  Schmerling  , 
d'ossemens  humains  fossiles  dans  ces  grottes  ;  les  deux 
crânes  qu'il  a  découverts  ramènent  ces  hommes  à  la  race 
éthiopienne;  l'auteur  croit  que  ces  ossemens  ont  été 
enfouis  dans  le  limon  des  cavernes  par  un  courant  d'eau 
douce  en  même  temps  que  les  autres  ossemens  d'animaux 
fossiles. 

Après  une  belle  discussion  sur  les  hommes  fossiles,  le 
géologue  passe  successivement  en  revue  les  ossemens 
fossiles  qu'il  a  trouvés  dans  sa  province  et  qui  se  rappor- 
tent aux  chauves-souris ,  hérissons ,  musaraigne  ,  taupe , 
nrsus  spœleus ,  tin-^is  jyriscus,  ursus  leodieinis  (nouvelle 
espèce  ) ,  ursus  giganteus  (  nouvelle  espèce  ) ,  ursus  arc— 
toideus,  glouton,  blaireau.  Celle  dernière  espèce  nous  force 
à  faire  une  légère  remarque.  L'auteur ,  page  166  ,  parait 


(  151   ) 

croire  que  l'existence  tUi  Blaireau  fossile  n'aurait  été 
signalée  que  par  lui  et  M.  Tournai ,  mais  long-temps  avant 
1833  ,  nous  avons  mentionné  un  Mêlés  fossile  des  environs 
de  Bruxelles. 

Les  planches  de  l'ouvrage  de  M.  Schraerling  sont  faites 
avec  soin  et  exactitude  ;  l'ouvrage  est  écrit  avec  une 
élégante  lucidité  et  tous  les  géologues  conviendront  que 
depuis  fort  long-temps  la  Belgique  n'avait  produit  un 
travail  poîff  ontologique  aussi  remarquable  et  aussi  méritoire. 
La  puldication  du  second  volume  a  commencé  ;  aussitôt 
que  la  première  partie  nous  sera  parvenue  (1) ,  nous  nous 
empresserons  d'en  rendre  compte  à  nos  lecteurs. 

Ch.  Morreït. 

L'ouvrage  de  M.  Sclimerling  dont  M.  Morren  vient  de 
donner  une  courte  analyse  ,  a  excité  au  plus  haut  degré 
l'attention  des  savans  Allemands  :  un  des  géologues  les 
plus  célèbres  de  l'Allemagne ,  M.  Noeggerath ,  professeur 
de  Minéralogie  et  de  Géologie  à  l'université  de  Rouen  ,  a 
publié  sur  la  première  livraison  de  ce  livre ,  un  article 
qui  fait  bien  connaître  toute  son  importance  scientifique  : 
cela  nous  engage  à  en  donner  ici  la  traduction  (2). 


Les  amas  d'ossemens  fossiles  récemment  découverts 
dans  les  montagnes  calcaires  des  environs  de  Liège,  ont 
acquis  une  importance  spéciale  ,  parce  qu'on  y  trouve  ,  dans 
le  même  état  de  pétrification  ,  des  restes  de  rfices  d'animaux 
qui  ont  disparu  du  globe  ,  avec  d'autres  espèces  encore 
existantes ,  et  même  des  osscmeus  humains  le  tout  entre- 


(i)  Elle  a  paru   il  y   a    quelques  mois. 

{i)  Cet  article  se  trouve  dans  les  Annales  pour  la  critique  tcientifi- 
fjue ,  de  Berlin.  Juin    i83.|.   n."   ii3. 


(  152  ) 

mêlé  avec  des  objets  travaillés  par  la  main  de  l'homme. 
On  a  découvert ,  à  la  vérité ,  il  y  a  déjà  long-temps ,  en 
Angleterre  et  en  Allemagne ,  des  ossemens  humains  parmi 
des  restes  d'espèces  d'animaux  éteintes  ;  mais  l'opinion  gé- 
néralement admise  que  l'homme  doit  appartenir  à  une 
création  plus  récente ,  et  qu'il  ne  peut  avoir  vécu  dans  les 
mêmes  contrées  que  ces  races  d'animaux  éteintes  était  trop 
universellement  reçue  ;  et  la  doctrine  de  Cuvier ,  la  dessus , 
ne  fut  plus  révoquée  en  doute.  On  s'efforça  donc  d'expli- 
quer comment  ces  ossemens  auraient  pu  être  accum.uiés, 
plus  tard  et  par  hasard ,  dans  ces  cavernes.  On  en  avait 
trouvé  les  causes  ,  dans  plusieurs  circonstances  ,  mais  on 
généralisa  trop  légèrement  ces  données,  qui  ne  pouvaient 
être  certaines  que  dans  des  cas  particuliers. 

Cependant  les  découvertes  importantes  qui  furent  faites 
plus  récemment  par  Tournai,  de  Christol ,  Marcel  de  Serres 
et  autres ,  dans  des  cavernes  en  France ,  suscitèrent  des 
doutes  en  faveur  de  l'existence  d'ossemens  fossiles  humains. 
Les  observations  de  ces  naturalistes,  bien  qu'elles  confir- 
massent de  plus  en  plus  cette  opinion  ,  ne  purent  pourtant 
faire  ajouter  foi  généralement  à  l'existence  d'ossemens 
humains,  quoique  Boue  et  Razoumovsky  eussent  déjà  trouvé 
en  Autriche  des  ossemens  d'hommes  avec  des  ossemens 
d'espèces  d'animaux  éteintes.  On  ne  se  laissa  pas  même 
convaincre  par  la  découverte  des  Anthropoliles  de  la  Guade- 
loupe ,  ni  par  celle  que  le  comte  Van  Slernberg  et  Van 
Schlothcim  firent,  dans  les  crevasses  des  pîatrières  deCostritz, 
d'ossemens  humains ,  mêlés  avec  des  ossemens  d'animaux 
antédiluviens  et  d'animaux  appartenant  aux  races  encore 
vivantes.  Cet  esprit  de  doute  ne  céda  pas  non  plus  aux 
découvertes  de  même  nature  ,  plus  rapjrrochées ,  que  Spal- 
laniani  et  Fortis  firent  d'ossemens  humains  dans  la  brèche 
d'ossemens  de  la  mer  Méditerranée. 

Il  n'y  a  pas  long-temps  encore  que  l'auteur  de  cet  article 


(  153  ) 

était  lui-même  au  nombre  des  incrédules  sur  cette  matière, 
et  son  opinion  avait  pris  d'autant  plus  de  consistance ,  qu'en 
visitant  les  cavernes  d'Hohlerstein ,  près  de  Brilon  dans  le 
duché  de  Westphalie  ,  renfermant  un  grand  nombre 
d'osscmens  d'hyène  ,  d'ours ,  etc. ,  il  y  trouva  aussi  des 
ossemens  d'hommes  ,  qui ,  évidemment ,  devaient  y  avoir 
été  rassemblés  à  une  époque  postérieure.  Ce  qui  lui  fit 
croire  qu'il  en  devait  être  de  même  pour  tous  les  ossemens 
humains  trouvés  dans  d'autres  cavernes.  Il  ne  voulut  donc 
pas  se  prononcer  sur  les  découvertes  faites  à  Liège ,  avant 
de  les  avoir  vues  de  ses  propres  yeux.  11  fit  tout  récemment 
le  voyage  de  Liège,  mais  il  n'eut  pas  le  temps  nécessaire 
pour  visiter  ces  cavernes  ;  mais  en  revanche  il  fit  la  con- 
naissance de  M.'"  Schmerbng,  et  il  se  convainquit,  autant 
qu'une  conversation  prolongée  avec  ce  savant ,  le  lui  permit , 
de  l'exactitude  et  de  la  circonspection  que  M.''  Schmerling 
avait  mises  dans  ses  observations.  La  connaissance  person- 
nelle qu'il  fit  de  ce  savant  le  persuada  de  la  véracité  de 
ses  communications  ;  il  vit  sa  riche  collection  d'ossemens 
tirées  des  cavernes  de  ce  pays  ;  collection  qui ,  abstraction 
faite  de  son  intérêt  local ,  est  jusqu'ici  la  plus  riche  et  la 
plus  complète  de  toutes  celles  de  ce  genre.  Dés  lors  le 
soussigné  revint  entièrement  de  sa  prévention  sur  l'im- 
possibilité de  l'existence  d'ossemens  humains  à  l'état  fossile; 
il  ne  lui  manque  que  d'avoir  vu  et  examiné  lui-même  les 
giscmens  des  couches  d'où  on  les  a  tirés. 

Mais  occupons-nous  plus  spécialement  du  contenu  de 
l'ouvrage  de  M.*'  Schmerling.  Dans  son  avant-propos  l'auteur 
raconte  qu'au  mois  de  septembre  1829,  il  fit  la  découverte 
de  la  caverne  d'ossemens  à  Chokier,  et  que  depuis  il  trouva 
plus  de  quarante  cavernes  dans  la  province  de  Liège  ,  dont 
plusieurs  contiennent  des  ossemens  de  même  nature.  Que 
non  seulement  le  nombre  de  ces  ossemens  est  considérable, 
mais  qu'il  en  est  de  même  surtout  du  nombre  des  espèces 


(154) 

reconnues;  de  sorte  que  sous  ce  dernier  rapport,  ces  ca- 
vernes peuvent  rivaliser  avec  les  plus  riches  de  rAllemagne. 
Mj  Schmerling  se  propose  de  donner  la  description  d'osse- 
mens  de  plus  de  soixante  espèces  d'animaux ,  tous  appar- 
tenant aux  cavernes  de  Liéoe.  L'inirocluclion  ne  contenant 
que  des  généralités ,  nous  la  passons  sous  silence. 

Chapitre  I.  Des  cavernes  de  la  2^^'ocince  de  Liège  en 
général.  Ces  cavernes  ne  se  trouvent  que  dans  les  mon- 
tagnes calcaires ,  dont  l'ordre  des  couches  a  été  interverti 
par  de  violentes  révolutions. 

Le  sol  de  ces  cavernes  présente  très-fréquemment ,  dans 
les  couches  supérieures ,  du  sahle  ,  du  gravier ,  ou  une 
couche  dure  d'argile ,  qui ,  rarement  contiennent  des  os- 
semens  ;  vient  ensuite  une  couche  d'argile  moins  dure  ,  grise 
ou  noirâtre  ,  beaucoup  d'ossemens,  des  fragments  de  pierres 
calcaires  angulaires  et  plus  souvent  arrondis ,  des  galets 
siliceux  et  autres  ,  contenant  même  des  stalactites  brisées  , 
(Kalksinter) ,  ce  qui  cependant  ne  se  présente  pas  toujours. 
Les  différentes  hypothèses  sur  l'origine  de  ces  cavernes  sont 
examinées  par  l'auteur.  Nous  sommes  entièrement  de  son  avis 
lorsqu'il  dit  :  "  En  considérant  donc  la  forme  extérieure  de 
ces  cavités,  où  souvent  les  parois  correspondent  exactement 
à  l'inclinaison  des  couches  à  l'extérieur,  ainsi  que  les  vastes 
éboulcmens  que  l'on  o])serve  de  temps  en  temps ,  soit  en 
avant ,  soit  dans  l'intérieur  même  de  ces  cavités  ;  vu  enfin 
la  distribution  irrégidière  ,  la  nombreuse  quantité  de  pierres 
cpii  se  sont  détachées  de  la  voûte  et  de  ses  alentours  ; 
tout  me  porte  à  croire  que  la  majeure  partie  a  clé  formée 
à  une  époque  où  les  bancs  calcaires  avaient  déjà  acquis 
\\n  degré  de  dureté  peu  différent  de  celui  qu'ils  possèdent 
aujourd'hui.  ,,  Les  osscmens  gisent  pèle-mèle  dans  ces 
grottes ,  souvent  ils  sont  roulés  et  arrondis.  L'auteur  déduit 
de  cette  circonstance  et  de  plusieurs  autres  qu'il  indique, 


(  155  ) 

que  la  terre  dite  fossile^  a  clé  charriée ,  avec  tout  ce  qu'elle 
contient  par  l'eau  ,  dans  ces  caTcrnes.  Jamais  on  n'a  trouvé 
d'os  rongés ,  pas  plus  que  des  excrémens  d'hyènes  ou  d'autres 
animaux ,  quoiqu'il  y  ait  des  cavernes  dans  lescpielles  des 
hvénes,  des  ours,  etc.,  ont  vécu,  comme  Buckland  l'a 
démontré  pour  celles  de  Kirkdale  et  de  Lunel-Yieil  ;  la 
plus  grande  partie  des  carrières  d'ossemens  qu'on  connaît , 
ne  paraît  cependant  pas  appartenir  à  cette  catégorie  ,  et 
certainement  celles  de  Liège  ne  sont  pas  de  ce  nombre. 
Nous  aimons  à  rappeler  ici  le  beau  rapprochement  des 
cavernes  de  Gaylenreutli ,  Sundwicli  et  Kirkdale ,  que 
Mj  Goldfuss  a  fait  dans  les  F  erhandluncjen  der  Léopold. 
Carol.  Akademie  der  Naturforscher.  vol.  XI.  sect,  II, 

Chapitre  II.   Des  cavernes  en  particulier.  Ce  chapitre 
renferme  une  description  plus  spéciale  des  cavernes.  Nous 
en  indiquerons  les  noms,  l'ordre  que  l'auteur  a  suivi,  et 
nous   n'extrairons   que    quelques    détails.    1.°  Caverne   de 
Chokier;  elle  se  trouve  à  deux  lieues  et  demie  de  Liège, 
Le  fait  le  plus  intéressant  que  la  grotte  de  Chokier  a 
offert ,  est  sans  contredit  la  présence  de  deux  couches  de 
stalagmites  ;  au-dessous  de  chacune  d'elles  ,  se  trouvaient  des 
ossemens  fossiles.  ,,  Tournai  a  déjà  observédans  des  cavernes 
de  Bi7.e  ,  non  pas  exactement  la  même  chose,  mais  un  fait 
semblable.  En  effet ,  ce  sont  deux  formations  de  glaises  l'une 
sur   l'autre  ,    seulement    on    n'y  trouve   pas   les  galets  de 
stalactite  ,    tant  entre  ces   couches  qu'au-dessus.    2.°  Ca- 
vernes d'Emjis,  à  trois  quarts  de  lieue  de  la  précédente. 
Dans  une  de  ces  grottes  qui  est  riche  en  terres  fossiles , 
on  a  trouvé  une  dent  incisive  ,  un  os  de  la  colonne  ver- 
tébrale  et  une   phalange   de    doigt    d'homme  ;    quelques 
ossemens  d'ours,  d'hjènes,  de  chevaux  et  d'animaux  ru- 
minans,  et  plusieurs    silex    taillés    en  forme  triangulaire. 
Nous  avons  vu  ces  pierres  dans  les  collections  de  l'auteur; 
il  n'en  donne  pas  de  plus  ample  description.  Ce  sont  des 


(  156) 

pierres  à  feu  ,  qui  ont ,  à-peu-près ,  la  forme  d'un  couteau , 
elles  ont  la  largeur  régulière  d'un  peu  plus  d'un  pouce , 
et  leur  section  transyersale  offre  un  triangle  irrégulier  dont 
le  sommet  forme  un  angle  obtus.  Ces  instruments  nous 
surprirent  à  cause  de  leur  ressemblance  frappante  avec  des 
pierres  d'obsiilienne ,  façonnées  de  même  ,  qui  se  trouvent 
entre  des  amas  de  fragments  de  ces  sortes  de  pierres  , 
dans  les  anciennes  mines  du  Mexique.  Il  est  reconnu  que 
les  Mexicains  se  servaient  d'obsidiennes  pour  leurs  instru- 
ments trauclians.  Dans  une  seconde  caverne  près  d'Engis, 
on  trouva  un  fragment  de  crâne  humain  ,  avec  des  cir- 
constances qui  ne  font  aucunement  douter  qu'il  n'ait  été 
enveloppé,  à  la  même  époque,  avec  des  ossemens  d'ani- 
maux en  partie  perdus  et  d'autres  qui  existent  encore.  Nous 
donnerons  quelques  détails  ,  sur  cette  matière  ,  dans  le 
chapitre  suivant.  3.°  Cavernes  d'Eugihoul ,  situées  à  trois 
lieues  vers  le  sud-ouest  de  Liège.  Ces  cavernes  ont  fourni 
sous  les  mêmes  circonstances ,  plusieurs  ossemens  humains , 
ainsi  que  des  os  d'ours ,  d'animaux  ruminans ,  de  renards , 
d'oiseaux  et  autres  animaux.  4.°  Cavernes  sur  les  rives  de 
VOiirte.  Il  y  a  sur  l'Ourte  plusieurs  cavernes  parmi  lesquelles 
celle  de  Remou champ  est  depuis  long-temps  célèbre  par 
son  étendue.  Elle  n'a  fourni  que  des  fragments  d'ossemens 
d'ours ,  d'hyènes  ,  de  renards ,  de  rhinocéros ,  de  chevaux  , 
de  bœufs,  de  cerfs  et  d'un  oiseau.  5.°  Cavernes  situées  sur 
la  Vesdre.  L'auteur  n'en  dit  rien  de  marquant.  6.°  Cavernes 
du  Fond  de  Forêt,  à  trois  lieues  vers  le  sud-ouest  de  Liège, 
contenant  des  ossemens  de  plusieurs  animaux  antédiluviens , 
ainsi  que  d'autres  d'animaux  plus  récents ,  et  situés  à  la 
superficie.  L'auteur  distingue  soigneusement  ces  anciennes 
couches,  d'autres  plus  récentes.  1.°  Caverne  de  Goffontainc, 
également  située  sur  la  Vesdre  ,  à  quatre  lieues  de  Liège, 
Elle  est  certainement  la  plus  riche  en  ossemens  fossiles. 
L'auteur  donne  le  dessin  et  la  coupe  de  l'entrée  de  la  grotte, 
dessins  qui  ne  sont  du  reste  ni  heureux  ni  instructifs. 


(  1-^7  ) 

Chapitre    III.    Des    ossemens    fossiles    humains.    Ce 
chapitre  commence    par    des   réflexions   générales   sur  les 
ossemens  fossiles  d'hommes ,    et  sur  les  opinions  des  dif- 
férents   auteurs    touchant    cette    matière.  Il   y   donne   le 
dessin  et  la  description   du   crâne    d'un    homme    adulte 
auquel  manquent  les  os  du  visage.   «C'est  à  un  mètre  et 
demi   de    profondeur  que   nous    rencontrâmes   ce  crâne 
caché  sous  une  Lréche  osseuse  ,    composée    de   restes  de 
petits  animaux ,  et  contenant  une  dent  de  rhinocéros ,  et 
quelques-unes  de   cheval  et   de    ruminans.    Cette  brèche 
avait  la  largeur  d'un  mètre ,  s'élevant  à  un  mètre  et  demi 
au-dessus    du  sol  de   la  caverne,   et   adhérant  fortement 
à  la   paroi.   La    terre    qui   contenait    ce    crâne    humain 
n'indiquait  aucun  dérangement  ;  des  dents  de  rhinocéros 
de  cheval ,  d'Hyène  et  d'ours  l'entouraient  de  toutes  parts.  » 

La  ressemblance  que  prétend  avoir  remarqué  l'auteur 
entre  ce  crâne  et  le  crâne  de  la  race  éthiopienne ,  ne 
mérite  pas  une  attention  particulière ,  surtout  parce  que 
l'on  a  dû  se  borner  à  ce  seul  exemple.  On  n'a  représenté 
que  la  mâchoire  supérieure  d'un  autre  crâne  humain, 
d'un  jeune  individu  qui  se  trouvait  dans  la  même  caverne, 
à  côté  d'une  dent  de  Mammouth.  Le  crâne  fut  brisé  en 
le  déterrant.  Viennent  ensuite  les  dessins  de  plusieurs 
autres  ossemens  humains,  tous  des  cavernes  d'Engis  et 
d'Engihoul ,  dont  la  dernière  a  fourni  la  plus  grande 
quantité.  Ici ,  comme  dans  les  autres  cavernes  ,  ces  os- 
semens étaient  mêlés  à  ceux  de  fossiles  d'espèces  d'animaux , 
sans  ordre  et  en  partie  enfermés  dans  des  stalagmites 
calcaires.  On  ne  remarque  dans  l'état  fossile  des  ossemens 
d'hommes  et  de  ceux  d'animaux  aucune  différence  essen- 
tielle. Un  grand  nombre  de  raisons  engagent  à  croire 
que  tous  ces  ossemens  humains  ont  été  introduits  simul- 
tanément et  par  les  mêmes  causes ,  dans  les  cavernes , 
avec  les  ossemens  des  races  d'animaux  éteintes. 


(  138) 

Chapitre  IV.  Des  carnassiers.  On  trouve  dans  ce 
cliapitre  une  description  exacte  de  quatre  espèces  de 
chauve-souris  ,  d'un  porc-épique  ,  de  deux  musaraignes , 
d'une  taupe,  tous  fossiles  des  cavernes.  Les  chauve -souris 
paraissent  appartenir  à  des  espèces  encore  existantes  ; 
mais  l'auteur  n'en  détermine  pas  plus  amplement  les 
classes ,  parce  qu'on  n'en  connaît  pas  encore  suffisamment 
la  description.  Le  hérisson  ne  diffère  en  rien  de  VEri- 
naceus  europaeus.  Les  musaraignes  ressemblent  au  sorex 
araneus  Li>".  et  au  sorex  telragoneus  Herm.  La  taupe 
appartient  à  l'espèce  aujourd'hui  indigène.  La  circon- 
stance que  ces  animaux  aiment  à  vivre  dans  les  cavernes 
et  les  souterrains  ,  pourrait  faire  croire  qu'ils  se  sont 
introduits  plus  tard  dans  ces  cavernes ,  comme  ceci  a 
été  supposé  par  Buckland  et  autres ,  touchant  des  osse- 
mens  de  petits  rongeurs  ,  qu'on  a  trouvés  dans  les 
cavernes  de  Kirkdale  etc.  Mais  l'auteur  assure  que  ces 
ossemens  se  présentent  dans  le  même  état  que  ceux  des 
espèces  éteintes.  Il  dit  entre  autres  des  ossemens  de  héris- 
son :  "  Ce  qui  me  parait  plus  remarquable  ,  c'est  que 
ces  os  se  sont  trouvés  dispersés ,  isolés ,  cassés  comme  les 
restes  des  espèces  éteintes ,  et  à  différentes  profondeurs 
dans  la  terre  à  ossemens  ;  ce  qui  éloigne  en  même  temps 
toute  possibilité  d'expliquer  la  présence  de  ces  ossemens 
dans  les  cavernes,  comme  accidentelle,  c'est-à-dire,  de 
supposer  qu'ils  y  auraient  été  introduits  plus  tard. ,,  Si 
donc  on  trouve  dans  les  destructions  opérées  par  le  déhige 
non-seulement  l'homme,  mais  en  outre  des  animaux  dont 
l'espèce  existe  encore  aujourd'hui ,  il  ne  reste  plus  qu'à 
admettre  l'hypothèse  suivante  de  l'auteur  :  «  Le  règne 
animal  a  pu ,  avant  ce  dernier  cataclisme ,  être  tel  qu'il 
existe  aujourd'hui  ;  celte  catastrophe  a  pu  détruire  des 
espèces ,  même  des  genres  ,  mais  une  partie  a  échappé , 
et   a  continué    à  se   propager.    La   marche    graduelle  et 


(  Ï59  ) 

régulière  de  la  nature  ne  nous  autorise  point  à  adopter 
des  phénomènes  apparaissant  trop  brusquement  dans  la 
succession  des  êtres  organisés.  »  Comme  l'homme  existait 
avant  la  dernière  révolution  de  la  terre ,  l'auteur  croit 
que  la  création  devait  avoir  eu  alors  son  développement 
actuel,  et  que  les  espèces  actuellement  existantes  ont 
échappé  à  ce  calaclisme. 


Encyclographie  du  RÉG5E  VÉGÉTAL ,  i^i'ésentant  la  figure, 
la  description  et  Vhistoire  des  Plantes  les  jjlus  récem- 
ment découvertes  sur  tous  les  points  du  glohe  ou  intro- 
duites dans  les  serres  des  jardins  de  V  Angleterre ,  delà 
Belgique  et  des  autres  jjai'lies  de  l'Europe,  acco?7ipagnée 
de  3Io>OGRAPniES  de  Genres  ,  destinées  à  former  jjro- 
gressivement  une  Flore  rMVERSELLE.  Ouvrage  publié 
sous  la  direction  de  ^Ij  J)ra\)ici,  secrétaire  de  la  Société 
royale  d' Horticulture  de  Bruxelles.  Tom.  I  in- fol. 
Bruxelles.  1833  [achevé  en  1834).,  avecl2  planches 
coloriées,  représentant  426  espèces  végétales. 

Dans  un  pays  comme  la  Belgique  où  la  culture  des  belles 
plantes  met  en  circulation  plusieurs  millions  de  francs, 
toute  publication  d'horticulture  doit  réussir,  puisqu'elle 
répond  à  un  besoin  réel.  L'expérience  prouve  cette  asser- 
tion. Mais  parmi  les  ouvrages  que  cette  science  a  fait 
naître  ,  nous  devons  signaler  en  premier  lieu  YEncijclo- 
graphie  de^l.^  Drapiez,  œuvre  immense,  digne  de  notre 
époque  et  surtout  de  l'activité  incessante  de  la  librairie 
belge.  Il  fallait  des  spéculateurs  comme  M."^  Meeus-Vandcr- 
niaelcn  pour  oser  entreprendre  une  opération  de  ce  genre. 
,  Un  des  résultats  qu'elle  doit  entraîner,  est  de  fixer  de 
plus  en  plus  chez,  nous  le  commerce  des  plantes  ;  la  Bel- 
gique est  devenue  pour  ce  commerce  la  rivale  de  l'Angle- 


(  160  ) 

terre  sur  le  continent ,  et  que  de  fois  les  amateurs  français 
ne  \iennent-ils  pas  se  pourvoir  chez  nous  de  plantes  nou- 
velles ,  tout  en  se  pavanant  chez  eux  d'avoir  passé  la 
Manche.  Or,  les  expositions  horticulturales,  les  sociétés  de 
botanique ,  les  cours  publics ,  les  ouvrages  sur  la  science 
des  végétaux ,  tout  cela  doit  répandre  de  plus  en  plus  un 
goût  inné  chez  nos  concitoyens  qui  se  rappelleront,  sans 
doute ,  que  les  jardins  de  leurs  ancêtres  étaient  au  16"^^ 
siècle  les  plus  beaux  de  l'Europe. 

L'Angleterre  possède  quatre  journaux  magnifiques,  des- 
tinés   à    publier   toutes  les  plantes    nouvelles ,    outi-e   les 
recueils  des  sociétés  savantes  ,  comme   les  transactions  de 
la  société  d'horticulture,  de  la  société  linnéenne,  ■\verne— 
rienne  ,  etc. ,  etc.  L'abonnement  au  plus  stricte  nécessaire 
revient   à    350  à  400  francs  par  an ,    pour  l'horticulteur 
qui  veut  se  mettre  au  courant  des  découvertes  anglaises. 
Viennent   ensuite  les  publications   françaises ,    et   tout   le 
monde   sait  ce  que    coiitent   les   ouvrages  des  Bonpîand  , 
des  Redouté  ,  des  Duhamel.  Ce  n'est  donc  pas  le  modeste 
jardinier,    mais  souvent  encore  le  particulier  aisé  qui  ne 
pourraient  pas  se  procurer  les  ouvrages  nécessaires  pour 
se  tenir    au  courant  des    découvertes  quotidiennes.  Mon- 
sieur Drapiez    a  eu    l'heureuse    idée   de    fondre  tous   les 
ouvrages  anglais  et  français  en  un  seul  ;  mais  ,  c'eut   été 
là  une  simple   compilation    ou   une    réimpression    à    bon 
marché  ,  si  ce  botaniste  zélé  n'avait  singulièrement  agrandi 
le  cadre   de  l'ouvrage  ;    en   •^fTet ,   M.   Drapiez  donne   des 
phrases  génériques  et  spécifiques,  la  synonimie ,  la  clas- 
sification ,    l'histoire   et  la  culture   de  toutes    les    plantes 
figurées    par   Loddigcs  dans    le    Botanical   cabinet   sans 
description    aucune.  En  outre ,    à  chaque    espèce  figurée 
par  Lindley   dans  le  Botanical  register  ^  il  ajoute  le  ca- 
ractère du    genre    s'il   ne  se    trouve  pas    dans   l'original. 
Des  monographies  de  genres  sont  ensuite  traitées  séparé- 


(  Ifil  ) 

ment  à  chacpie  livraison  et  c'est  pour  elles  que  le  luxe 
des  planches  devient  remarquable.  La  première  livraison 
contenait  une  plante  nouvelle  qui,  pour  la  première  fois, 
avait  fleuri  en  Europe ,  à  Gand  ;  cet  antécédent  faisait 
auguier  que  par  la  suite  l'auteur  aurait  suivi  la  même 
marche  et  que  toutes  les  plantes  nouvelles  qui  auraient 
fleuri  en  Belgique  auraient  trouvé  leur  place  dans  ce 
recueil.  Cet  espoir  ne  s'est  pas  réalisé ,  mais  cela  tient 
non  pas  à  l'auteur ,  mais  à  l'apathie  singulière  que  l'on 
trouve  malheureusement  chez  beaucoup  de  nos  jardiniers 
et  de  nos  amateurs ,  apathie  qui  semble  s'opposer  à  toute 
communication  avec  les  botanistes  lorsque  quelque  végétal 
nouveau  vient  à  fleurir  dans  leurs  établissemens.  Nous 
croyons  cependant  que  le  second  volume  de  l'encyclo- 
graphie  dont  il  a  déjà  paru  deux  livraisons  représentera 
mieux  que  le  premier  les  progrès  de  la  culture  nationale, 
quant  aux  plantes  nouvelles.  Somme  toute,  l'ouvrage  de 
M.  Drapiez  mérite  le  sufî'rage  des  botanistes  et  des  horti- 
culteurs. 

Ch.   MoRRE^. 


11 


(  162) 


iBuUietin  SiWijcrgrapljtjque» 


HISTOIRE    BELGIQUE, 

Collection  de  documens  inédits  concernant  l'histoire  de 
la  Belgique ,  publiée  par  L.  P.  Gachard  ,  archiviste  du 
royaume.  Tome  3.^  Bruxelles ,  Hauman,  1833.  in-8.°  S22  pages. 

[  Il  sera  rendu  compte  de  ce   volume  ]. 

Bibliothèque  des  antiquités  belgiqucs ,  par  E.  Marshall  et 
F.  Bogaerts,  Anvers,  Ryshcuvcls,  1834,  in-8.",  liv.  A,  pages 
231-326  et  livr.  S  par  E.  Marshall,  pages  1-80  du  2«  \ol. 

[Voir  le  Messager  de  i833,  page  489]- 

Fastes  militaires  des  Belges,  ou  histoire  des  guerres,  sièges, 
conquêtes,  expéditions  et  faits  d'armes  qui  ont  illustré  la 
Belgique  ,  depuis  l'invasion  de  César  jusqu'à  nos  jours.  Biuxelles 
183S  in-8.°  III  à  V. 

Geschiedcnis  van  Bclgonland  ,  door  Josepli  Delin,  onder- 
wyzer,  secrctaris  der  commissie  van  toezigt  over  de  stads- 
schoolcn  van  Antvvcrpen.  Twcede  druk.  Antwerpen  J.  B. 
Hcirstraetcn,   1833.  van  263  bladz. 

[  Ce  livre  avait  à  peine  paru  dans  les  premiers  jours  de  janvier , 
que  M.  Joseph  Delin  fut  enlevé  tout-à-coup,  à  la  fleur  de  l'âge, 
après  une  courte  indisposition.  M.  Délia  a  rendu  de  grands  services 
à  l'instruction  primaire  dans  la  ville  et  la  province  d'Anvers  :  on  lui 
doit  entre  autres  la  traduction  flamande  de  presque  tous  les  ouvrages 
de  l'abbé  Gaultier  ]. 

Tableau  chronologique  de  l'histoire  des  Belges  ,  depuis  les 
temps  les  plus  reculés  jusqu'à  nos  jours.  Bruxelles  1833.  En 
deux  feuilles  color. 

[  L'auteur ,  dans  ce  travail  qui  facilitera  beaucoup  dans  les  athénées 
et  collèges  l'étude  de  notre  lùstoire,  a  pris  pour  modèle  les  excellents 
tableaux   do  las  Cases], 


(  1G3) 

Aardrjks-gcschiedkiindjge  bcschryving  der  stad  Gend,  voor 
de  jeugd  ;  met  eene  kaart ,  door  P.  Jonglas.  Gend,  Snocck- 
Ducaju  en  zoon ,  1834.  100  bladz.  kl.  in-8." 

[Il  serait  bien  à  désirer  que  chaque  ville  de  la  Belgique  eut  une 
petite  histoire  locale  ,  ainsi  que  M.  Jonglas  vient  de  le  faire  pour 
Gand.  En  Allemagne  et  en  Hollande  ,  il  n'existe  presque  pas  de  localité 
quelque  minime  quelle  soit,  qui  ne  possède  son  histoire  particulière: 
c'est  le  seul  moyen  d'inspirer  de  bonne  heure  aux  enfans  l'amour  et 
la   connaissance    de  leur  pays  ]. 

Essai  sur  la  statisticiue  ancienne  de  la  Belgique.  Seconde 
partie.  Population,  architecture ,  mobilier,  costumes;  par  le 
baron  de  Reiffenberg.    Bruxelles  1835,  in- 4.°  de   163  pages. 

PUBLÎGATIOINS    RELATIVES    A    LA  RÉVOLUTION  BELGE  DE   1830, 
FAITES    EN    BOLLANDE. 

Bijdragen  tôt  de  gescbiedenis  der  Nederlanden,  aanvang 
nemende  23  aug.  1830  ,  bevattendc  de  oorzaak  van  den 
belgischen  opstand  ,  dcszelfs  begin,  voortgang,  eindc  en 
gevolgcn  Yoor  geheel  Ncdcrland  door  F.  J.  Halls.  4  afleve- 
ringen.  Amst.,  1830. 

Overzigt  der  voornaamstc  gebeurtenissen ,  gedurende  den 
opstand  te  Brusscl,  Luik  cnz.  Utrecht  1830.    . 

Belgie  en  1830.  Amst. 

Kort  verhael  der  voornacmste  gebeurtenissen  voorgcvallen 
binnen  Brusscl  etc.  Amst. 

Dicpe  verontwaardiging  o\cr  het  schandelyk  oproer  te 
Brussel  gepleegd  j  in  de  laatste  dagcn  van  augustus  1830. 
Amst.  1830. 

Brief  aan  den  béer  C.  D. ,  te  's  Gravenhage ,  ovcr  den  toe- 
stand  van  HoUand ,  na  dcszelfs  afschciding  van  Belgie.  Amst. 

Het  sprakeloosc  mcisje  van  Brusscl  of  de  rcbcllcn-bruid  , 
ccn  tafcreel  uit  den  laalstcn  opstand  in  Belgie  door  A.  Kramcr. 
Amst. 

Le  départ  de  la  garde  nationale  d'Amsterdam,  par  A.  Vau- 
drin.    Amst. 


(  104  ) 

Nu  of  nooit  vaderlandsche  xiitroeping  na  het  ontstaan  van 
hct  oproer,  in  een  gedeelte  van  Belgie.  Tweede ,  verheUrde 
en  met  een  hijvoegsel  vermeerderde  druh.  Utrecht  18S0. 

Séparation  de  la  Hollande  et  de  la  Belgique.   Amst. 

De  afscheiding  van  Belgie,  vooral  uit  eene  zedekundig 
oogpunt  beschouwd  door  een  Noord-Nederlander.  Amst,  1830. 

Séparation  de  la  Hollande  et  de  la  Belgique  ,  par  le  comte 
de  Hogeiidorp. 

Réfutation  du  système  de  M.  le  comte  de  Hogendorp, 
relativement  aux  affaires  de  la  Belgique ,  par  S.  P.  Lipman. 
Amst. 

De  prins  van  Oranje  door  de  graaf  van  Hogendorp.  Haag. 

De  vrede  (3nov.  1830)  door  den  gr.  v.  Hogendorp. 

De  natie  (  IS  nov.  1830)  door  G.  K.  grave  v.  Hogendorp, 
Haag. 

De  scheiding  van  Belgie  in  derzclven  gevolgen  getoctst 
door  M.  S.  P.  Lipman ,  advokaat.  Derde  en  veel  vermeerderde 
druh»  Amst.  ,  1830.  3  stukken. 

De  vrede,  door  M.  S.  P.  Lipman,  avokaat.  Amst. 

Wederlcgging  van  het  stelsel  van  den  heere  Gysbert-Karel 
Van  Hogendorp  uit  hct  fransch  vertaald  door  Lipman.  Amst. 

Wat  sal  er  worden  hcslist?  of  de  scheiding  van  Noorden 
en  Zuiden.  Haag,  1830. 

lets  betrekkclijk  de  afscheiding  van  het  Zuideu  en  Noorden 
door  Fokkema.  Leeuwaarde. 

Vrijmocdige  gedachten  over  de  tegcnwoordige  beroerten  in 
een  gcdcclte  van  het  koningrijk  dcr  Nedcrlanden.  Haag  ,  1830. 

Dichtrcgelcn  op  aanlciding  van  de  vermelding  in  de  cou- 
rantcn,  wegens  ccncn  brief  van  Z.  H.  den  paus ,  te  Rome, 
aan   Z.  M.  onzcn  koning  ,   door  Zinimcrman.  Utrecht. 

De  koning  bij  hct   opcnen  etc.,  door  Hallo.  Amst. 

Doct  gij  voor  hct  vadcrland  wat  gij  kunt.  Middelburg. 

Hct  krcdict.  's  liage. 

HoUand  bij   de  vcrnicling  van  Antw^crpcn.  Rotterdam. 

Aan'  Ncderlands  rustverstoorders ,  door  W.  E.  Cooke. 
Roltd. 


(166) 

Gedachtcn  ter  gelegeiiheid  van  den  tekst  vau  sonimige 
Noord-ncdcrlandsche  dagbladercn,  etc.,  door  van  Tetroodc. 
Amst.,  1830. 

Wenken  voor  Holland  ,  door  een  vriend  van  Vorst  en  Volk. 
Brcda. 

Wat  moet  mcn  denken  etc.,  door  den  scluijver  van  de  Stem 
uit  Amsterdam.  Amst. 

Vaderlandsche  Ledcnkingen  op  den  herdcrlijken  Lrief  van 
den  hcere   Lisschop  van  Luik.   Gorinchera. 

Bij  het  lezen  van  's  konings  woorden  in  staatsraad  «  Miju 
lot  is  dacr  boven  bcslist!  ik  heb  de  grondwet  bezworen  en 
zal  die  handhaven.  »  Derde  driik^  Utrecht,  1830. 

GÉOGRAPHIE    DE    LA    BELGIQUE. 

Dictionnaire  géographique  du  Limbourg ,  par  Ph.  Vander- 
maelcn.  Brux.,  à  rétablissement  géographique,  in-8."  127  pages 
d'introduction,  149  de  dictionnaire  et  10  tableaux. 

[  Ce  volume  qui  vient  de  paraître  est  le  6.^  de  la  collection ,  que 
nous  avons  déjà  eu  occasion  de  citer  dans  ce  recueil.  Cette  publication 
est  sans  doute  une  des  plus  importantes  qui  se  font  dans  ce  moment 
en  Belgique  ]. 

LITTÉRATURE. 

Aventures  de  Tiel  Ulenspiegel,  de  ses  bons  mots,  finesses 
et  amusantes  inventions ,  nouvelle  édition  dédiée  aux  biblio* 
philcs  belges  ,  augmentée  de  rapprochemens  littéraires  , 
d'observations  sur  ce  personnage  d'après  les  différents  auteurs 
qui  en  ont  parlé,  et  d'une  notice  des  principales  éditions 
de  son  histoire,  par  J.  0.  Dclepierre.  Bruges,  Bogacrt-Dumor- 
ticr,  18315.  in-8.°  de  90  pages. 

[  Tiré  à  5o  exemplaires ,  les  noms  des  souscripteurs  marqués  à  la 
presse  ]. 

Revue  belge  publiée  par  l'association  nationale  pour  l'en- 
couragement et  le  développement  de  la  littérature  en  Belgique. 
1."  année,   1."  livr.  Liège,  183Î5.  in-8.°  de  "il  pages. 


(  16G) 

Religion  et  amour,  par  P.  J.  F.  De  Decker.  Bruxelles^ 
Hauman,    1835.   12.°  126   pages   avec  4  lithographies. 

Poésies  de  Louis  Labar.  Brux. ,  1834.  in- 18.°  de  69  pages. 

HISTOIRE    LITTÉRAIRE. 

Nouveaux  me'moires  de  l'acadcmie  royale  des  sciences  et 
Lelles  lettres  de  Bruxelles.  Tome  YIII.  Brux.,  Hayez,  1834.  4. 

[  Ce  volume  renferme  I.  Bulletin  des  séances  de  l'académie ,  56  pages 
avec  une  planclie.  —  II.  Mémoire  sur  le  rapport  et  la  conformilé  de 
plusieurs  points  des  anciennes  coutumes  et  chartes  du  pays  et  comté 
de  Haiiiaut ,  avec  l'ancien  droit  romain  antérieur  à  Justinien  et  au 
code  Théodosien  ;  par  M.  Raous.  58  pp.  —  III.  Particularités  inédites 
sur  Charles-Quint  et  sa  cour ,  avec  un  appendice  sur  l'ordre  de  saint 
Hubert,  recueillies  par  le  baron  de  Reiffenberg.  83  pp.  —  IV  Sup- 
plément à  l'art  de  vérifier  les  dates  et  aux  divers  recueils  diplomatiques,  ou 
mémoires  sur  quelques  anciens  fiefs ,  par  le  baron  de  Reiffenberg.  3o4  pp* 
—  V.  Aperçu  historique  des  observations  de  météorologie  faites  eu 
Belgique  jusqu'à  ce  jour,  par  A.  Quetelet,  72  pp.  —  VI.  Mémoire 
sur  l'intégration  d'une  classe  d'équations  aux  différentielles,  partielles 
linéaires ,  relatives  au  mouvement  de  la  chaleur  dans  les  corps  solides  j 
par  M.  Pagani.  82.  pp.  —  VII.  Note  de  l'équilibre  d'un  système 
dont  une  partie  est  supposée  inflexible  et  dont  l'autre  partie  est  flexible 
et  extensible;  par  M.  Pagani.  i4  pp-  —  VIII.  Essai  d'une  théorie 
générale  comprenant  l'ensemble  des  apparences  visuelles  qui  succèdent 
à  la  contemplation  des  objets  colorés ,  et  de  celles  qui  accompagnent 
cette  contemplation;  c'est-à-dire  la  persistance  des  impressions  de  la 
rétine,  les  couleurs  accidentelles,  etc.,  par  J.  Plateau,  de  68  pp. 
avec  une  pi.  lithogr.  ] 

IS^otice  biographique  sur  André  Goethals,  trente-troisième 
prélat  du  monastère  de  AA'aerschoot  à  Gand  ,  par  l'auteur 
d'une  notice  sur  Henri  Goethals.  Gand  ,  D.  J.  Vanderhaeghen , 
1831.  in-8.°   17  pages,  avec  portr. 

[  La  notice  sur  Henri  Goethals ,  connu  sous  le  nom  de  Henri  de 
Gand,  parut  en  1828.  En  1829,  elle  fut  suivie  d'une  seconde  notice 
sur  un  autre  Henri  Goethals  ]. 

Annuaire  de  l'académie  royale  des  sciences  et  belles-lettres 
de  Bruxelles.  Première  année.  Brux.,  Hayez,  183o.  in-8,° 
128  pages. 

[Cet  annuaire,  dont  la   publication    est  un  nouveau  service  rendu 


(  167) 

à  la  propagation  des  sciences  dans  notre  paj's ,  par  M.  Quetelet  , 
nommé  récemment  secrétaire-perpétuel  de  l'académie ,  renferme  un 
aperçu  historique  sur  la  création  de  cette  société  savante  ,  ses  divers 
réglemens ,  les  listes  de  ses  membres,  des  notices  biographiques  sur  le 
comte  Charles  de  Cobentzl ,  P. -F.  Mac-Neny  ,  F.-G.-J.  marquis  de 
Chasteler,  G. -A. -F.  baron  de  Fellz,  le  commandeur  de  Nieuport, 
C.-J.-E.  van  Ilulthem,  L.-D.-J.  Dewez,  etc. 

Nous  croyons  devoir  relever  une  légère  erreur  touchant  la  date  de 
la  mort  de  JM.  Ch.  van  Hulthem.  Ce  savant  académicien  est  décédé 
le  i6  décembre,  i832,  et  non  pas  le  t^,  comme  le  dit  Tannuaire  i 
p.  ^7  ,  et  en  i833,  comme  l'indique  son  article  biographique ,  p.  io5]. 


JURISPRUDENCE,    LEGISLATION  ,    ETC. 

Code  de  milice ,  dédié  à  S.  M.  Léopold  ï/-^,  par  J.  A.  Orient , 
avocat  près  la  cour  d'appel  de  Gand ,  et  P.  J.  Cornille  chef 
de  division  au  gouvernement  provincial  de  la  Flandre  Orientale. 
Gand,  Vanderhaeghe-Maja  ,  183o.  in-8.°  de  ^30  pages. 

Projet  de  loi  sur  l'enseignement  médical ,  donné  aux  frais 
de  l'état  en  Belgique ,  présenté  au  roi  et  aux  chambres , 
par  Ch.  Houdet  et  P.  J.  Wauters  fils,  médecins ^  à  Gand. 
Brux.,  P.  J.  Voglet,  1833.  in-8.°  48  pages. 

Mémoire  sur  la  réorganisation  du  haut  enseignement,  adressé 
aux  chambres  par  le  collège  des  curateurs  et  le  sénat  acadé- 
mique de  l'université  de  Gand.  Gand,  183o.  iu-'<.°  20  pages. 

Mémoire  sur  le  projet  de  loi  i-elatif  à  l'instruction  publique  , 
adressé  aux  membres  du  pouvoir  législatif  par  le  séijat  aca- 
démique de  l'irniversité  de  Louvain ,  précédé  de  celui  que  le 
collège  des  curateurs  de  la  même  université  a  présenté  au 
roi  le  16  août  1834  (Louvain,  le  23  fév.  1833)  in-folio 
de  19  pages  et  un  tableau. 

A  sa  majesté  le  roi  des  Belges  (1834  et  183o),  7  pages, 
grand  iu-4.'' 

[  Requête  des  hubitans   de    Louvain  pour  conserver  l'utiiversltc  ]. 

Exposé  des  motifs  du  projet  d'organisation  de  l'académie 
de  Belgique ,  communiqué  à  titre  de  renscignemens ,  par  le 
ministre  de    l'intérieur  ,    à  la   commission  chargée,    [  ir    lu 


(  168  ) 

chambre  des  représentans ,  de  l'examen  de  la  proposition 
faite  par  un  de  ses  membres  relativement  à  l'organisation 
d'une  académie  belge.  in-8.°  de  29   pages. 

[C'est  le  projet  de  M.  Ch.  Rogier,  alors   ministre  de  l'intérieur]. 

Observations  sur  le  projet  de  révision  du  code  pénal  pré- 
senté aux  chambres  belges  suivies  d'un  nouveau  projet  par 
J.  J.  Haus ,  professeur  de  droit  à  l'université  de  Gand.  1 J^  partie. 
Gand,  V.^  L.De  Busscher-Bracckman,  183S,in-8.°  de  220  pages. 

OUVRAGES    DIVERS 

Traité  des  batteries,  par  E.  Hayez ,  lieutenant  d'artillerie. 
Bruxelles,   1835,  in-8.°  de  102  pages  avec  3  planches. 

Ville  de  Gand.  Population  85,432  habitans.  Budget  pour 
l'année  1835.  Gand  ,  V."  L.  De  Busschcr-Braeckraan.  in-4.° 
de  48  pages. 


(  16!)  ) 

€hv0mqxtc  hc!$  ^txtttcc$  ci  Qiti0  j 


Retour  de  Charles-Quint  de  l'expédition  d'Alger  en  1S41. 
Ce  retour  a  été  raconté  par  les  historiens ,  de  différentes 
manières.  La  plupart  cependant  s'accordent  à  le  représenter 
sous  les  couleurs  les  plus  sombres ,  tel  est  Verstock  qui  semble 
avoir  été  bien  informé  (1).  La  Lettre  suivante  qui  se  trouve 
aux  Archives  de  Malincs  et  qui  nous  a  été  communiquée  par 
le  respectable  MJ  G^^seleirs-Thys^  confirme  ces  relations  en 
s'cfforcant ,  par  des  motifs  politiques  ,  sans  doute  ,  d'atténuer 
la  perte  de  l'empereur  dont  ses  ennemis  avaient  déjà  fait  un 
sujet  de  sarcasmes  et  d'insultes. 

Marie ,  par  la  grâce  de  Dieu  royne  douaigiére 
de  Hongrie  et  Bohême  ,   etc.  régente  etc. 

Chers  et  bien  améz, 
Nous  avons  présentement  reçeu  lettres  de  Vempereur  monseigneur 
et  frère  par  lesquelles  sa  Majesté  nous  advertît  de  son  retour  d' Ajfric- 
que  et  arrivement  en  ses  royaulme  d^Espaigne  en  bonne  santé,  ayant 
par  tormente  de  mer  souffert  quelque  perte  de  Gallères  et  Naves  ,  non 
pas  toutes  fuiz  si  grande  que  l'on  en  a  fait  courre  le  bruyt ,  dont 
tousses  bons  et  leaulx  serviteurs  et  suhgeclz  se  doibvent  rejoyr  et  en 
rendre  grâces  et  louenges  à  dieu  nostre  Créateur.  Ce  que  vous  avons 
bien  voulu  signifier  pour  le  faire  entendre  aux  ge7is  d'église  et  de 
religion,  nobles  et  vassaulx  du  terroir  de  Malines  ,  à  ce  que  chacun 
en  son  endroit  se  veulle  acquitter  de  faire  procession  generalle  et 
solempnelle  ,  aulmoisnes,  pryères  et  aultres  œuvres  méritoires  ,  afin 
qu'il  plaise  à  nostre  dit  Créateur  conserver  la  personne  de  sa  Majesté 


(l)  fritte  ac  res  gcstœ  Principum  ac  Ducum  Brabanti.j:  anctore  Fr.  Gasp. 
r'erstoch  rclig.  ahh.  S.  Beriiardi  prope  Anlveqnain.  18."  1G72  p.  4l4  «t  4l8; 
voir  aussi  réditiou  flamande  Leveii  en  daden  dcr  llcrlogen,  van  Brabant  door 
F.  G.  F.  1664  in-iS"  p.  344- 


(  170  ) 

en  longue  vie  et  prospérité  au  lien  de  l'universelle  chrestienneté ,  à 
l'augmentation  de  nostre  sainte  foy  et  au  repos  et  tranquilité  de  ses 
Toyauhnes pays  et  suhgectz.  A  tant  chiers  et  bien  améz  nostre  sei- 
gneur vous  ait  en  garde.  De  Byns  le  XXYIII'=  jour  de  décem- 
bre XV'=XLI. 

Sîgné  MARIE. 

Et  plus  bas  signé  YERREYKEN. 
Au  dos  était  écrit , 

A  noz  chiers  et  bien  améz  les  Excoutête , 
Coinmune-maistres  et  Eschevins  de  la 
ville  de  Matines. 

Prise  de  Gand  par  Louis  XIIII  ,  ex  1678.  —  Le  savant 
éditeur  de  Balderîc  ,  M.  le  Docteur  Le  Glay,  de  Cambrai, 
a  eu  la  Lonté  de  nous  communiquer  les  deux  inscriptions 
suivantes,  composées  à  l'occasion  de  la  prise  de  Gand,  le  9 
mars  1678.  Elles  se  ressentent  de  l'esprit  d'adulation  propre 
à  un  grand  nombre  d'écrivains  du  siècle  de  Louis  XIIII  et 
on  ne  doit  pas  être  étonne  d'y  voir  les  Gantois  très-maltraitës 
et  calomnies  en  quelque  sorte.  C'est  là  le  sort  des  vaincus. 
Voici  la  première  de  ces  inscriptions  qui  est  du  baron 
de  Vuoerden  : 

Quod  timere  supersedit  Hispanus , 
Vix  poluit  sperare  Gallus  , 
TSeutiquam  suhodorare  hostis  jœderatus  , 
Gandam  Ludoviccs  Mag>cs 
Intra  IX  dies  adortus  ,  adeptus  est. 
Fiduciam  Ibero  dederat  iter  Régis  in   Lotharingiam. 
Ex  quâ,  ceu  augustus  accipiter. 
In  Flandriam  aduolauit. 
Pontes,   vallum ,  vineœ, 
Contahulali  lacus ,  immensa  opéra , 
Signante ,  urgente   ipso    rege ,  triduo  confecla. 
Urbs  Caroli   V  iniperatoris  altrix , 
Fama ,  liberlate ,  due  nobili  inclyta, 
Claustris   amnium ,  f astis  annalium  , 
Trophœis  bellorui/i   tu/aida  , 
Régi  imperatori  cessit. 
Ants  id.  jnart.   M,DCLXXY1II. 

La  seconde,  toute  fai])le  qu'elle  est,   est  pourtant  de  l'im- 
mortel La  Fontaine. 


(  171  ) 

Qui  ne  scoit  des  Gantois  les  dures  destinées  , 
La  colère  de  Charles  indigné  justement , 

Et  de  ces  villes  mutinées 

Le   sévère  et  long  châtiment  ? 
Ce  sont  événements  trop  marqués  dans  l'histoire  ; 
Ils  ne  le  sont  pas  moins  dans  le  cœur  des  Gantois  ; 

Et  l'Espagne  avoit  lieu   de  croire 
Que  Gand  Jeroit  des  vœux  en  faveur    des  François. 
Ce  n'est  point  ce  qui  fit  incliner  la  balance. 
Le  ciel  n'entend  les  vœux  des  mutins  quà  regret. 
Louis  força  ces   murs ,  mais  par  la    vigilance  , 
Par  sa   valeur ,  par  le  secret. 

Ces  inscriptions  découvertes  depuis  peu  par  M.  Le  Glay, 
avec  diverses  autres ,  appartenaient  à  une  galerie  pittoresque 
et  historique  que  M.  Du  Fresnoy,  premier  commis  de  la  guerre, 
sous  Louvois,  avait  établie  à  Glatigny,  près  de  Pontoise. 
La  Fontaine,  qui  était  ami  de  Du  Fresnoj,  avait  fait  seize 
inscriptions  françaises,  quand  la  mort  le  surprit  au  commen- 
cement de  lG9o.  Ces  inscriptions  ,  qu'il  voulait  retoucher 
encore,  sont,   à  ce  qu'il  parait,  inédites. 

RÈGLES  DE  Travail  pour  les  Ouvriers  ex  Eracaîît,  dans 
LE  xvi^  SIÈCLE.  —  Nous  possédous  pcu  dc  notions  sur  la  vie 
privée  dc  nos  ancêtres.  Leurs  mœurs,  leurs  habdicmens ,  leurs 
jeux,  leur  manière  de  vivre,  leurs  relations  dc  société,  tous 
ces  détails  qui  ont  tant  de  charme  pour  nous  aujourd'hui, 
les  historiens  d'autrefois  les  dédaignaient  ,  tandis  qu'ils 
s'étendaient  avec  complaisance  sur  les  batailles ,  les  sièges  , 
les  séditions,  les  naissances  et  les  mariages  des  princes,  les 
fêtes  des  cours.  Les  historiens  actuels,  il  est  juste  de  le  recon- 
naître, ne  méconnaissent  pas  le  goût  du  public  à  cet  égard; 
mais  peu  d'entre  eux  se  mettent  en  peine  de  le  satisfaire;  il 
faudrait,  pour  cela,  s'ensevelir  durant  un  temps  considérable, 
dans  les  dépôts  d'archives,  et  c'est  une  tâche  qu'ils  n'ont 
pas  le  courage   ou  la  patience  d'entreprendre. 

Un  registre  de  la  ville  dc  Nivelles,  nous  fournit  un  docu- 
ment bien  curieux  sous  le  rapport  que  nous  venons  d'indi- 
quer :  c'est  un   règlement    qui  détermine  ,  pour  les  ouvriers 


(  172  ) 

du  Brabant ,  la  division  du  travail  journalier  dans  les  diffé- 
rentes saisons  de  l'année. 

Voici  cette  pièce ,  ou  l'on  trouvera  des  renseignemens  qui , 
peut-être  ne  s'offriraient  nulle  part  ailleurs.  Elle  n'est  pas 
datée  dans  le  registre  d'oîi  nous  la  tirons  ;  mais  elle  appartient 
évidemment  à  la  première  moitié  du  XVP  siècle  :  elle  est  au" 
theutiquce  par  le  clerc  de  la  ville ^  en  fonction  à  cette  époque  : 

Coustumes  ordinaires  d'aller  en  V  ouvrai ge ,  tant  en  y  ver  que 
en  estes  desquelles  ton  uze  à  Bruxelles  en  eus  aultres  villes 
de  Brahant. 

Premier.  Le  lundy  après  le  jour  des  Roys,  doïbvent  estre  tous 
ouvriers  en  leurs  ouvrages ,  du  matin  à  sept  heures,  sans  laissyer 
Voeuvre  jusques  à  XI  heures.  Après  disner  ,  doïbvent  semhlahlement 
estre  en  V ouvrage  depuis  XII  1/2  heures  jusques  à  cinq  heures  ,  sans 
laissyer  Voeuvre  comme   dessus. 

Item.  Le  premier  de  fehvrier ,  doibvent  estre  les  ouvriers  sur  leurs 
ouvraiges  du  malin  à  VI  1/2  heures,  sans  laissyer  l'oeuvre  ,  jusques 
à  V  1/2   heures. 

Item.  Le  XXII  de  fehvrier ,  doibvent  estre  les  ouvriers  en  l'ouvrage 
du  matin  à  VI  heures ,  sans  laissyer  l'oeuvre  jusques  à  XI  heures  ; 
après  disner ,  puis  XII   1/2  heures  jusques  à  VI  heures. 

Item.  Le  XVIII  de  mars ,  du  matin,  en  l'ouvrage  à\  1/2  heures, 
sans  laissyer  l'oeuvre  jusques  \l  heures;  après  disner ,  depuis  XII  1/2 
heures  jusques  à  VI   1/2  heures. 

Item.  Le  X  d'apvril ,  du  matin,  en  Vouvraige  ày  heures  jusques 
à  XI  heures  ;  après  disner ,  depuis  XII  1/2  heures  jusques  à  VII  heures  / 
mais  ils  peullent  [peuvent  )  laissyer  Voeuvre  devant  disner  demye 
heure  ,  et  après  disner   semblahlement. 

Item.  Le  premier  jour  de  may  jusques  au  premier  jour  de  septem- 
bre,  doibvent  estre  les  ouvriers  sur  leurs  ouvraiges ,  du  mitin  à 
IIII  1/2  heures  jusques  à  XI  heures;  après  disner ,  dupuis  XII  1/2 
heures  jusques  à  VII  heures.  Sur  ce,  laissent-ilz  Voeuvre  au  matin 
une  heure ,   et  après  disner  semblablement. 

Item.  Le  premier  de  septembre ,  doibvent  estre  à  Vouvraige  du 
matin'à  \  heures  jusques  à  XI  heures  ;  après  disner,  depuis  XII  1/2 
heures  jusques  à  \H  heures.  Sur  ce  ,  laissent-ilz  Voeuvre  du  matin 
pour  mengier  demye  heure ,  et  après  disner  pareillement. 

Item.  Le  XXI  de  septembre ,  doibvent  du  matin  estre  en  Vouvraige 
à  V  1/2  heures  jusques  à  XI  heures ,  après  disner,  depuis  XII  1/2 
heures  jusques  à  \l  1/2  heures. 


(  173  ) 

Item.  Le  XIII  d'octobre,  doihuent  du  matin  estre  en  l'ouvrage  à 
\l  heures  jusques  à  XI  heures  f  après  disner ,  depuis  XII  1/2  heures 
jusques  à  V  1/2  heures. 

Item.  Le  XXIX  d'octobre  ,  duibuent  estre  du  matin  à  Vouvraige 
à  VII  heures  jusques  à  XI  heures  ;  après  disner,  depuis  XII  1/2 
heures  jusques  à  V  heures. 

Item.  Depuis  le  jour  Saint  Blartin  jusques  aux  Roys ,  doibuent 
les  ouvriers  estre  en  l'ouvraige  du  matin  à  YII  1/2  heures  jusques  à 
XI  heures ,  sans  laissyer  l'oeuvre  devant  ne  après  disner. 

Item.  Les  jours  de  jeunes ,  laissent  les  ouvriers  au  disner  par 
l'espace  de  deux  heures. 

Lettre  redite  de  Guicciardin.  —  Lorsque  Guîcciardiii 
publia  sa  description  des  Pays-Bas^,  il  en  offrit  des  exemplaires 
aux  principales  villes  do  la  Belgique.  Dans  les  archives  à  Gand 
on  possède ,  si  non  l'exemplaire  offert  par  l'auteur  ;  du  moins 
la  lettre  d'envoi.  M.""  Parmentier  conservateur  de  ce  dépôt  a  eu 
l'obligeance  de  nous  en  faire  une  copie  que  nous  communi- 
quons ici.  Nous  avons  eu  soin  d'imprimer  en  caractères  ordi- 
naires quelques  mots  qui  ne  se  trouvent  plus  dans  l'original. 

Liidovicus  Guicciardinus  amplissimo  sénat ul  S.  S.  P.  D. 

Cum  /wc  opus  de  vestre  inférions  Germanie  descriptione 
condiderim  {^domini  mei  ohservandissimi^  in  honorem  atqiie 
commodiim  totius  hujiis  Provinci» ,  visum  est  niilii  non  alie- 
num  esse  ah  hoc  meo  ojficio  civitatibus  capitalihus ,  ut  est 
vestra  omnium  clarissima ,  exemplar  unum  offerre ,  ut  hinc 
cernere  liceat ,  quantum  ea  in  re  lahoris  exhauserim  ;  et  quan- 
tum benevolentie  er^o  illustrissimam  nationem  vestiam  osten- 
derini,  Supplico  magnificentie  vestre  ut  honum  animum  meum 
in  optimam  partem  accipiatis ,  et  me  apud  vos  quam  com- 
mendatissimum  haherevelitis ;  valete  :  Antverpie  XVI  die  De- 
ce/n/;mMDLXYL 

Amplissimo  et  jvudentissimo   scnatui  preclarr   civitatis 
Gande725/s. 

/?."»  in  CoUegio  den  XXVIII   decembris  XV.-  LXVI.'i^'' 


(  174  ) 

Polders.  —  Rien  n'est  plus  obscur  Jusqu'ici  que  l'époque 
pre'cise  à  laquelle  ont  cte'  endigue's  les  premiers  polders. 
M.""  Warnkœnig  dans  son  Histoire  politique  et  législative  de  la 
Flandre,  t.  I.  p.  239,  cite  une  charte  de  l'année  1218,  comme 
la  plus  ancienne  oîi  le  mot  se  rencontre  ,  mais  parmi  les  ar- 
chives de  l'ancienne  ahbaye  de  S.  Bavon  il  s'en  trouve  imc 
du  comte  Philippe  d'Alsace,  de  Taune'e  1189,  oîi  il  est  déjà 
fait  mention  du  Sudpolre  et  du  Kerpolre  ,  situes  dans  le  pays 
de  Calsand.  Cette  pièce  sera  imprimée  sous  peu  dans  une 
première  livraison  du  Cartulaire  de  cette  abbaye  qui  est  sous 
presse.  M.""  Gheldolf,  substitut  du  procureur  du  roi  à  Gand , 
a  fait,  pour  une  grande  partie  de  la  Flandre,  des  recherches 
très-curieuses  sur  cette  partie  de  la  topographie.  En  attendant 
qu'il  les  communique  au  public,  nous  avons  cru  qu'il  ne  serait 
pas  sans  intérêt  de  publier  une  petite  charte  appartenant  ù 
la  partie  du  dépôt  des  comtes  de  Flandre ,  que  l'on  conserve 
aux  archives  de  la  province  à  Gand.  C'est  une  quittance  de 
l'abbcsse  de  Marquette,  dans  laquelle  elle  parle  d'un  polder, 
qui ,  en  1269,  était  récemment  endigué  par  sire  Jehans  de 
Leffinghe ,  bourgeois  de  Bruges.  En  voici  le  texte  : 

^  tous  cJieaus  Ici  ces  lelres  veront  et  oront ,  suer  Owède 
albeesse  de  Marhète  et  tous  li  coui^ens  de  cel  meisme  liu ,  del 
ordene  de  cystiaus  ,  salus  en  deu.  Nous  faisons  sauoir  à  vous 
que  nous  quitons  toute  le  tère  que  nous  clamiemes  et  deman- 
diemes  dehuers  no  poire ,  qu?  sire  J Juins  ds  Lejjinglie  ,  jadis 
hourgois  de  Bruges ,  dika  darrainenient  de  par  nous ,  et  le 
quel  poire  nous  avons  vendu  a  signeur  Lammin  le  Tonniwer , 
horgois  de  Bruges ,  no  partie.  Et  en  tesmoingnage  de  cou , 
nous  avons  ces  lettres  saielé^s  de  no  saiel  en  Van  del  Incarnation' 
JJiesu  Crist  mil  deus  ans  sissante  et  nuef ,  le  venredi  après 
Vassumptiou  nostre  Dame. 

On  lit  au  dos ,  d'une  écriture  du  temps  :  I.  letre  de  ceiilz 
de  Marqueté  quil  quittent  certainez  terrez  quil  demandoijnt 
dehors  un  poire  et  la  marque  XIII'^.IX'^^  qui  se  rapporte  sans 
doute  à  un  ancien  inventaire. 

Le  sceau,  qui  s'est  trouvé  attaché  à  cette  pièce,  est  perdu. 


'^mM 


(  175  ) 

Damassé  de  Flandre.  —  Nous  avons  donné  dans  le  Messager 
de  1833,  page  293,  la  gravure  d'une  serviette  damassée, 
rcprc'scntant  la  levée  du  siège  de  Valencienncs  en  1636.  Nous 
croyons  faire  plaisir  à  nos  lecteurs  en  communiquant  encore 
un  monument  du  mcrae  genre;  d'après  un  dessin  que  nous 
devons  à  l'obligeance  de  M."^  R.  Chalon,  avocat,  à  Mons,  qui 
conserve  l'original  dans  sa  collection  d'antiquitc's.  C'est  une 
nappe  commémorative  de  la  prise  de  Courtrai  par  l'archiduc 
Lcopold  en  1648.  Elle  est  carrée  de  2-73  mètres  de  face; 
le  cadre  en  occupe  le  milieu;  le  reste  est  rempli  par  un  par- 
semé de  fleurs  très-dclicatcincnt  travaillées ,  mais  que  l'on  n'a 
pas  cru  devoir  reproduire ,  parce  qu'alors  l'éclielle  aurait  été 
trop-petite   pour  les   détails  du  dessin  principal. 

Il  paraîtrait ,  d'après  les  exemples  indiqués  déjà  antérieu- 
rement dans  le  Messager ,  et  encore  d'après  celui-ci  ,  que  la 
ville  de  Courtrai  avait  la  coutume  de  faire  confectionner  de 
pareilles  nappes  à  chaque  événement  remarquable  qui  arrivait 
dans  le  pays,  pour  être  offertes  en  présent  aux  souverains 
ou  autres  grands  personnages.  Espèce  de  médaille  ,  que  leur 
petit  nombre  et  la  matière  peu  durable  dont  elles  sont  faites, 
ont  dû  rendre  très-rares ,  mais  dont  la  suite  ne  serait  peut- 
être  pas  cependant  sans  intérêt. 

—  Pendant  que  tous  les  amis  des  Beaux-Arts  songent  aux 
moyens  propres  à  préserver  de  la  destruction  les  monumens 
qui  ont  échappé  au  vandalisme  de  différens  siècles ,  pendant 
que  le  gouvernement  nomme  des  commissions  pour  veiller  à 
leur  conservation ,  quelques  journaux  nous  annoncent  qu'à 
Anvers  on  a  le  projet  de  démolir  la  Boucherie.  Nous  avons 
de  la  peine  à  ajouter  foi  à  cette  nouvelle  qui  ferait  peu 
d'honneur  à  la  Régence  de  cette  ville.  Celte  Boucherie,  bâtie 
de  1300  à  1303,  est  sans  doute  le  monument  le  plus  remar- 
quable de  ce  genre  ,  qui  existe  en  Belgique.  Il  témoigne  de 
l'ancienne  opulence  d'Anvers ^  et  offre,  sous  le  rapport  de 
l'art ,  un  exemple  remarquable  de  l'état  de  l'architcctuic 
gothique  dans  sa  dernière  période. 


(  l'6) 

—  La  restauration  de  la  maison  de  ville  de  Louvairi,  un 
des  plus  beaux  monumens  de  l'architecture  gothique  en  Bel- 
gique, se  continue  avec  une  diligente  perse've'rance.  Ce  travail 
ne  va  à  rien  moins  qu'à  renouveler  entièrement  tous  les  bas- 
reliefs,  et  tous  les  ornemens  délicats  qui  couvrent  les  façades 
de  l'édifice,  et  comme  l'on  sait^  comprennent  toute  l'histoire 
de  la  bible.  Pour  cela  on  détache  successivement  les  parties  à 
renouveler  j  on  les  imbibe  d'huile  et  de  cire,  pour  en  prendre 
le  moulle  en  plâtre  ;  et  ce  n'est  qu'après  avoir  complété,  dans 
ce  moule ,  les  parties  perdues  ou  déte'riore'es ,  que  la  pierre 
destine'e  à  remplacer  la  partie  détachée ,  passe  successivement 
dans  les  mains  de  plusieurs  sculpteurs  de  force  inégale  pour 
recevoir  sa  perfection  artistique.  Il  circule,  qu'il  faudra  encore 
bien  cinq  années  pour  terminer  cette  laborieuse  et  scrupuleuse 
restauration. 

—  M.^  Gérard  Buckens ,  d'Anvers ,  avait  fait  l'apprentis- 
sage de  la  ciselure,  à  Munich;  il  avait  habité  cette  ville  pen- 
dant plusieurs  années  et  jouissait  des  avantages  mérités  par 
son  talent  et  par  sa  modestie  ;  cependant  Tespoir  de  fixer  son 
art  parmi  nous  l'avait  ramené  à  Anvers;  mais  cet  espoir  étant 
complètement  déçu,  il  vient  de  s'en  retourner  à  Munich  dans 
les  premiers  jours  de  1833,  De  là,  il  ira  peut-être  en  Russie. 
Tous  les  artistes  d'Anvers  s'accordent  à  le  regarder  comme  le 
plus  intimement  artiste  d'entr'eux;  ils  le  regrettent  vivement, 
et  plusieurs  l'ont  accompagné  à  Bruxelles,  oh  ils  l'ont  fêté 
dans  une  petite  réunion  d'amis.  Les  ciselures  sur  argent, 
dont  l'une  très- remarquable  représentant  La  Samaritaine, 
qui  figuraient  aux  derniers  salons  d'Anvers  et  de  Bruxelles, 
étaient  de  lui. 

Société  des  Sciences,  Lettres  et  Arts  d'Axvep.s  ,  fondée 
LE  10  novembre  1834  ,  et  installée  le  même  jour  a  l'hÔtel  de 
LA  régence.  —  Avant  la  réunion  de  la  Belgique  à  la  Hollande, 
Anvers  possédait  une  société  scientifique  sous  le  titre  àe  Société 
cT Émulation ,  qui  a  pu])llé  le  résultat  de  ses  travaux  et  qui  a  été 
fondée  par  M.''  d'IIcrbouville  ,  préfet  du  département  des  deux 
Nèthes.  Cet  administrateur  habile,  dont  le  nom  sera  toujours 


(   177  ) 

cher  aux  Anvcrsois,  a  beaucoup  contribué,  autant  par  ses 
travaux  que  par  sa  protection  ,  à  faire  prospérer  cette  com- 
pagnie. Depuis  le  départ  des  français ,  cette  institution  a  cessé 
d'exister.  On  avait  lieu  de  s'ctonner  que  dans  une  grande 
ville  comme  Anvers  ,  on  ne  formât  pas  une  société  analogue  (1). 
Mj  le  docteur  De  Kirckboff  conçut  le  pi-emier  l'idée  de  faire 
renaître  à  Anvers  une  association  consacrée  aux  sciences , 
lettres  et  arts.  Il  communiqua  son  projet  à  plusieurs  amis  des 
sciences  ,  qui  se  sont  x-éunis  à  lui;  bientôt  le  noyau  de  fonda- 
teurs fut  arrêté,  et  la  La  Société  des  Sciences ,  Lettres  et 
Arts  cP Anvers  est  déjà  définitivement  organisée.  C'est  un  corps 
que  les  autorités  peuvent  consulter  chaque  fois  qu'elles  le  juge- 
ront convenable  dans  l'intérêt  public. 

La  première  séance  de  cette  société  a  été  ouverte  par  Mon- 
sieur le  Bourgmestre  Legrcllc.  Il  a  exposé,  en  peu  de  mots, 
que  les  idées  du  bien  public  s'enchaînent  et  se  fortifient  par 
les  alliances  réciproques  et  par  l'esprit  d'association  ;  que 
jusqu'aprésent  Anvers  n'offrait  pas  aux  professions  libérales, 
de  centre  commun  qui  réunît  les  connaissances  ,  les  essais 
divers  qui ,  pour  se  trouver  isolés ,  se  perdent  en  tentatives 
infructueuses.  Après  cela ,  M."^  De  Kirckhoflf  a  prononcé  un 
discours  dont  nous  transcrivons  une   partie  : 

»  Messieurs ,  nous  nous  sommes  assemblés  dans  le  ])ut 
d'établir,  à  Anvei's,  une  société  consacrée  à  la  culture  et  à 
l'encouragement  des  sciences,  des  letties  et  des  arts,  et  des- 
tinée à  propager  parmi  nos  concitoyens  l'amour  de  l'instruction. 
Cette  entreprise  honorable  pour  notre  ville ,  ne  peut  manquer 


(i)  Nous   regrettons  que  dans  cette  note  communiquée  au  Messager  ou  ne 

fasse  aucune  mention  de  \3,  Société  ZjV/era/re  d'Auveis  ,  qui  n'a  cessé  d'exister 

qu'avec   les   événemeus  politiques  de  i83o.  Cette    société  instituée  en  i8o3 

sous  le  modeste   titre  A' Utile  ii  la  Jeunesse  ne  s'occupa,  dans  le  principe,  que 

de  l'iustruclion  primaire,  à  laquelle  elle  a  rendu  de  grands  services.  Depuis 

iSij  elle  s'aggrégea  comme  membres  les  savans   et  les  littérateurs  les  plus 

distingués  de  la  Belgique  et  de  la  Ilollaude ,  et  publia   diffi'rens  recueils  en 

prose  et  en  -vers  bien  plus  connus  que  le  seul  volume  publié  par  la  Société 

d' Emulation. 

Note  lie  la  rédaction  du  Messager. 

12 


(  178  ) 

de  recevoir  l'approbation  de  toutes  les  personnes  qui  s'iiite'- 
ressent  au  bien  public,  et  qui  attachent  quelque  importaiïce 
à  l'honneur  national.  On  peut  avec  raison  s'étonner  que  dans 
une  cite'  riche  et  e'minemmcnt  industrielle  comme  la  nôtre , 
il  n'existe  pas  une  de  ces  compagnies  savantes  que  la  marche 
de  la  civilisation,  et  le  désir  d'étendre  le  cercle  des  connais- 
sances humaines  ont  tant  multiplie'es  de  nos  jours Quelque 

soit  le  goût  que  l'on  ait  pour  l'étude,  il  est  rare  qu'on  puisse 
embrasser  à  la  fois  toutes  les  connaissances  ,  et  le  plus  souvent 
il  est  sage  de  se  borner  à  en  cultiver  quelques  branches  ;  mais 
lorsque  les  hommes  se  réunissent  en  société,  marchent  d'un 
commun  accord  et  travaillent  avec  persévérance  au  perfec- 
tionnement de  la  science  qu'ils  cultivent,  ils  s'éclairent  mu- 
tuellement ;  les  lumières  éparses  se  rassemblent  en  un  même 
faisceau,  que  le  talent  et  l'expérience  viennent  chaque  Jour 
fortifier;  et  c'est  ainsi  qu'ils  parviennent  à  reculer  les  bornes 
des  sciences  et  des  arts 

Je  le  sais ,  Messieurs ,  nous  nous  imposons  une  tâche 
difficile  et  qui  n'est  pas  exempte  de  désagréments  ;  mais  ne 
nous  laissons  point  rebuter  par  les  difficultés  nombreuses  que 
présente  l'organisation  d'une  société  scientifique  naissante  ; 
sachons  les  surmonter ,  ne  restons  pas  indifférents  aux  intérêts 
qui  réclament  nos  effi)rts  ;  faisons  abnégation  de  nous-mêmes, 
voyons  seulement  le  bien  que  nous  sommes  appelés  à  faire, 
ne  songeons  qu'à  nous  rendre  utiles,  et  efforçons-nous  de 
retirer  tous  les  avantages  possibles  de  ces  réunions  ,  que  l'amour 
des  sciences  provoque  et  que  l'émulation  soutient 

Aucun  d'entre  vous ,  MM.  ,  n'ignore  que  l'instruction 
exerce  l'influence  la  plus  favorable  sur  la  prospérité  et  la 
morale  publiques.  L'étude  des  lettres,  en  éclairant  l'homme, 
polit  ses  mœurs,  fait  de  lui  un  citoyen  utile,  un  ami  inva- 
riable de  l'ordre ,  un  auxiliaire  puissant  de  l'autorité.  La  mé- 
ditation et  le  travail  em[)êchcnt  l'homme  de  contracter  des 
habitudes  vicieuses,  et  lui  font  goûter  un  charme  qui  ne  peut 
Être  connu  que  de  ceux  qui  se  livrent  ii  l'étude  :  par  l'in- 
struction, on  acquiert  le  sentiment  de  l'ordre  et  de  l'harmonie 
qu'il  faut  apporter  et  entretenir  dans  la  société ,  et  on  en 
recueille  le   fruit  dans  chaque  action  de  sa  vie 


(  179) 

Les  sciences  morales  nous  font  connaître  les  obligations 
que  nous  avons  à  remplir  vis-à-vis  de  nos  semblables  et  de 
nous-mêmes  ;  l'étude  des  sciences  physiques  et  mathcmaliqucs^ 
eu  nous  révélant  de  plus  en  plus  l'étonnante  combinaison 
des  élémens  dont  nous  sommes  environnés ,  excite  notre  ad- 
miration, rectilie  notre  jugement,  en  mettant  à  notre  dispo- 
sition tous  les  moyens  de  rechercher  les  vérités  utiles  ;  mais 
notre  admiration  s'accroît ,  lorsque  nous  portons  notre  atten- 
tion sur  la  chaîne  des  êtres  vivans,  dont  l'homme  forme  le 
jiremicr  anneau  ,  lorsque  nous  considérons  surtout  ce  principe 
intelligent   qui  place  l'homme  au   sommet  de  la  création,  et 

soumet  à  son  pouvoir  tout  ce  qui  l'entourrc Les  sciences 

naturelles  déploient  cette  innombrable  série  de  combinaisons 
que  la  sagesse  divine  a  su  tirer  de  la  matière  et  du  mouve- 
ment  Les  Lettres  et  les  beaux-arts  charment  notre  vie,  et, 

en  nous  transmettant  les  souvenirs  du  passé,  nous  fournissent 
des  leçons  pour  le  présent  et  pour  l'avenir.  Or,  Messieurs, 
quand  les  sciences ,  les  lettres  et  les  arts  n'auraient  d'autre 
résultat  que  leur  heureuse  influence  sur  le  sort  des  hommes, 
ne  mériteraient-ils  pas  d'être  l'objet  de  notre  culte  le  plus 
constant  ?  Mais  ils  ne  font  pas  seulement  le  bonheur  de  ceux 
qui  les  cultivent ,  ils  assurent  encore  la  prospérité  et  la  gloire 
des  peuples.  Apportons  donc,  Messieurs,  tout  le  zèle  dont  nous 
sommes  capables  à  faire  naître,  dans  notre  ville,  l'amour  de 
l'instruction  ,  qui  resserre  tous  les  liens  de  la  société  et  fait 
germer  la  vertu  dans  les  cœurs;  et  tâchons  de  démontrer 
que  la  culture  de  l'esprit  est  le  vœu  impérieux  de  notre  orga- 
nisation, le  seul  moyen  de  sortir  de  la  foule  commune 

Je  pense.  Messieurs,  que  les  arts  industriels,  le  commerce  et 
l'agriculture  ,  qui  sont  les  nerfs  d'un  état ,  réclament  toute 
notre  sollicitude  aussi  bien  que  les  sciences ,  les  lettres  et  les 
bcaux-arls.  La  prospérité  publique  est  essentiellement  liée  à 
celle  du  commerce;  il  cou\icut  donc  que  nous,  habitants  d'une 
ville  comme  Anvers,  fixions  spécialement  notre  attention  sur 
les  arts  industriels,  si  importants  sous  le  rapport  commercial, 
par  lesquels  un  peuple  rend  les  autres  peujjles  bibulaires  de 
ses  travaux  et  de  son  génie » 


(  180  ) 

Sait  le  plan  d'organisation  proposé  par  M."^  De  KirckhofF^ 
et  qui  a  été  adopté. 

Ont  été  élus  :  Président,  M.'"  Teichmann,  ancien  gouverneur. 
Vice-président,  M.'^  le  chevalier  De  KirckhofF,  docteur-médecin. 
Premier  Secrétaire ,  M.J  l'avocat  Yej'dt ,  ancien  échevin. 
Deuxième  secrétaire.  M.""  Bogacrts,  professeur  à  l'Athénée  d'An- 
vers. Trésorier,  M.'"  Legrellc,  bourgmestre  d'Anvers.  Bihliothé- 
caire-arc/nvisfe ,  M.^  Mertens,  conservateur  de  la  biLliothèque 
de  la  ville. 

SoClÉXK   PhYSIOPHILE   DE  GaND. CoMPTE  RENDU  DES  TRAVAUX 

PENDANT  LE  1"  TRIMESTRE.  ' —  Cette  société  s'cst  forméc  à  Gand, 
le  1.'='^  décembre  1833,  sous  la  présidence  de  M.""  D'Hane- 
De  Potter,  représentant.  Elle  a  pour  but  la  culture  et  les 
progrès  des  sciences  naturelles,  en  général,  et  plus  particu- 
lièrement les  recherches  sur  l'histoire  naturelle  du  bassin  de 
l'Escaut  et  de  la  Lys ,  et  des  deux  Flandres.  Elle  tient  deux 
séances  par  mois.  Celles  du  mois  de  décembre  ont  été  con- 
sacrées k  des   mesures  d'ordre. 

Séance  du  '^janvier  1834.- —  Entomologie.  M."^  Vande  Weghc 
lit  une  note  sur  le  Scorpion  d'Europe. 

Monstre  humain. — M.^  IMorrcn  présente  le  moule  en  plâtre 
d'un  acéphale-coccicépJiale  humain  sur  lequel  il  lit  une  notice. 

Séance  du  16  janvier  183-4.  — -Zoologie.  —  M."^  Bombcke 
présente  la  première  partie  de  son  histoire  naturelle  élémen- 
taire comprenant  les  vcilébrés.  L'auteur  a  suivi  le  règne  ani- 
mal de  Cuvier,  et  parle  surtout  des   animaux  de  la  Belgique, 

Géologie.  —  M."^  Emile  De  Vigne  lit  une  note  sur  divers  fos- 
siles de  la  marne  bleue  du  groupe  oolithique  trouvés  en  Flandre. 

Botanique.  —  M.^  Morrcn  lit  un  mémoire  sur  la  prétendue 
progression  des  racines  de  Colchique  sous  la  terre. 

Séance  du  6  février  183-4.  —  Zoologie.  —  IM."^  Bondjekc 
présente  la  partie  de  son  histoire  naturelle  élémentaire  qui 
traite  des  annélides. 

Ichtyologie.  —  MM.  Vande  W^cghc  et  Morrcn  font  voir 
aux  membres  de  la  société  un  ovaire  de  Carpe  singulièrement 
déformé  par  imc  grande  quantité  d'hjdatidcs. 


(181  ) 

Ornithologie.  —  MJ  Vande  Weghe  communique  ses  pre- 
mières observations  sur  les  espèces  d'oiseaux  qu'il  a  pris  aux 
environs  de  Gaud, 

Séance  du  20  février  183-4,  Zoologie.  M.'  Vande  Weghe 

lit  un  mémoire  sur  Tasphyxie  des  Batraciens  dans   les  corps 

solides. 

M/  De  Vigne  communique  un  travail  qu'il  a  commencé  sur 

les  Mollusques  de  la  Flandre. 

Des  communications  sur  le  même  sujet  sont  faites  par 
M.'  Vanputtc. 

Séance  du  G  mars  \^1\.^-  Jlnatomie.  M.'^  IMorren  lit  un  mé- 
moire sur  les  organes  générateurs  de  l'Aulastoraa  nigrescens 
Moq.  Tand.,  et  dépose  sur  le  bureau  les  planches  et  les  pré- 
parations anatomicjues  qui  l'accompagnent. 

Géologie.  —  M.*^  De  Vigne  communique  les  résultats  d'un 
voyage  géologique  fait  à  Anvers,  Louvain,  Bruxelles,  Les- 
sines ,  etc. 

Séance  du  20  mars  183-i. —  Électricité.  —  On  lit  une  note 
de  MM.  Vande  Weghe  et  Morreu  relative  aux  effets  de  la 
décharge  électrique  sur  divers  animaux  (1). 

—  M."^  A.  G.  B.  Schayes ,  de  Louvain ,  un  des  collabo- 
rateurs les  plus  zélés  de  ce  recueil,  et  qui  a  été  couronné  pour 
des  mémoiies  historiques  ,  l'année  dernière,  par  V académie  de 
Bruxelles  et  tout  récemment  par  Ici  Société  des  antiquaires  de  la 
JUorinie,  est  sur  le  point  de  mettre  au  jour  un  grand  ouvrage 
auquel  il  travaille  depuis  plusieurs  années.  Cette  publication 
portera  pour  titre  :  Les  Pays-Bas  avant  et  durant  laDominalion 
Ilomaine  ou  Tableau  historique ,  géograpJiiqui ,  physique  , 
statistique  et  archéologique  de  la  Belgique  et  de  la  Hollande  , 
depuis  les  premiers  temps  jusqu'au  G'""  siècle.  Cet  ouvrage  im- 
primé sur  beau  papier,  formera  deux  volumes  in-8",  ornés  de 
trois  cartes.  Le  sommaire  suivant  que  l'auteur  s'est  tracé,  fera 


(i)  Ce  rapport  se  trouve  l'-ijaleiueut,  mais  ])liis  dcvoloppc,  ilaus  l'Inslitut, 
Journal  gênerai  des  SucfcUs  scient j/t-jues  de  la  France  et  de  l'étranger ,  -ji/i 
l'uraU  a  i'uiis. 


(  1^^  ) 

apprécier  les  immenses  recherches  auxquelles  il  a  dû  se  livrer 
pour  le  remplir. 

Livre  premier»  —  I^«  Partie.  La  Belgique  avant  la  Domi- 
nation RoMAi!s-E.  —  CuAP.  P'".  Origine  des  Gaulois  et  des 
Celto-Belges.  II.  Expulsion  des  Celto-Bclges  par  des  peupla- 
des germaniques ,  et  établissement  de  ces  dernières  dans  la 
Belgique.  III.  Position  ge'ographique  et  limites  des  peuplades 
de  la  Belgique ,  avant  la  conquête  de  César.  IV.  Culte  ,  mœurs 
et  usages  des  Celto- et -Germano -Belges.  V.  Etat  physique  et 
aspect  de  la  Belgique  avant  la  domination  romaine.  VI.  Re- 
cherches sur  la  population  de  la  Belgique  à  Fépoque  de  l'arrivée 
de  César  dans  cette  contrée ,  et  sur  celle  de  plusieurs  autres 
pajs  célèbres  de  l'antiquité. 

JIme  Partie.  La  Belgique  durant  la  Domination  Romaine. 
•^Chap.  I.*"^  Conquête  de  la  Belgique  par  César.  Eclaircissements 
de  plusieurs  points  obscurs  relatifs  à  cet  événement  et  sur 
l'époque  oii  les  Romains  commencèrent  à  connaître  la  Belgique. 
II.  Repeuplement  de  la  Belgique  par  de  nouvelles  colonies 
germaniques.  III.  Division  géographique  et  administrative  de 
la  Belgique  durant  la  domination  romaine.  IV.  Condition  po- 
litique dont  jouirent  les  Belges  sous  les  Romains.  Lois ,  ad- 
ministration de  cette  contrée.  Annales  des  Francs  jusqu'au 
6™^  siècle.  V.  Recherches  sur  la  population  de  la  Belgique 
durant  la  domination  romaine.  Population  et  état  des  Gaules 
à  la  même  époque.  VI.  État  politique  et  gouvernement  de 
Rome  ;  tableau  et  état  général  des  provinces  de  cet  empire. 
VII.  État  des  mœurs  et  industrie  des  Belges  durant  la  domi- 
nation romaine.  VIII.  Topographie ,  état  physique  et  aspect 
général  et  particulier  de  la  Belgique  sous  les  Romains  et  pendant 
les  douze  premiers  siècles  de  notre  ère.  (13  grandes  feuilles 
d'écriture).  IX.  Recherches  sur  les  noms  et  le  nombre  des  villes 
existant  en  Belgique ,  dans  les  Gaules  et  dans  les  autres  pro- 
vinces de  l'empire  romain  pendant  les  cinq  premiers  siècles  de 
notre  ère;  sur  la  géographie  de  Ptolémée  ,  la  Table  de  Peuthigcr, 
ritinéraire  d'Antonin ,  et  celui  de  Bordeaux  à  Jérusalem.  Nou- 
velle explication  de  la  Notice  des  Gaules  [Nolilia  provinciarum 


(  1^-^  ) 

et  civitatum  Galliœ).  X.  Recherches  sur  l'origine  et  l'histoire 
des  villes  de  la  Belgique  pendant  la  domination  romaine. 
XI.  Recherches  sur  l'étendue,  la  topographie  et  la  population 
des  villes  de  la  Ijclgi([uc  à  l'époque  romaine ,  des  autres  villes 
romaines  de  la  Gaule  et  de  la  plupart  des  villes  célèhres  do 
l'antiquité  et  de  l'empire  romain.  XII.  Autres  étahlisscments 
romains  dans  la  Belgique  n'ayant  point  le  titre  de  villes  j 
routes  romaines,  antiquités  découvertes  dans  la  Belgique,  etc. 

Lwre  Deuxième. —  La  Bâta  vie,  la  Frise,  etc.  ava:nt  et 
sous  LA  Domination  romaine.  —  Chap.  I.  Origine  des  Bataves, 
des  Caninefates,  des  Frisons  et  autres  peuplades  anciennes  du 
nord  des  Pays-Bas.  II.  Position  géographique  et  limites  de 
ces  peuplades.  III.  Condition  politique  dont  elles  jouirent 
avant  et  durant  la  domination  romaine.  IV.  Recherches 
sur  la  population  ancienne  des  parties  septentrionales  des  Pays- 
Bas.  V.  Mœurs  des  Bataves ,  des  Frisons ,  etc. ,  avant  et 
pendant  la  domination  romaine;  leur  obstination  à  conserver 
les  mœurs  et  les  usages  germaniques  à  cette  dernière  époque. 
VI.  Topographie,  état  physique  et  aspect  de  la  Batavie,  de  la 
Frise  ,  etc.  VII.  Etablissement  ,  routes  et  antiquités  romaines 
dans  la  Batavie,  la  Frise,  etc. 

Appendice.  —  Recherches  sur  l'origine  de  toutes  les  villes 
actuelles  de  la  Belgique  et  de  la  Hollande,  et  preuves  qui! 
n'existait,  avant  le  9™'=  siècle,  que  trois  villes  dans  la  première 
de  ces  contrées  et  une  seule  dans  la  seconde. 

Recherches  sur  l'origine  de  l'agriculture,  sur  les  défriche- 
ments et  les  causes  de  la  fondation  des  villes  et  villages  des 
Pays-Bas. 

Catalogue  systématique  et  critique  de  toutes  les  sources  et 
écrits  anciens  et  modernes  rclalifs  aux  Celles,  aux  Germains, 
aux  Belges ,  aux  Bataves,  aux  Frisons  et  autres  peuples  an- 
ciens des  Pays-Bas. 

Souscription.  —  Carte  cadastrale  de  la  province  de  la  Flan- 
dre Orientale,  a  l'lcuelle  d'un  a  80,000;  par  M.''  P.  Gérard. 
—  Cette  carte,  divisée  en  deux  feuilles,  format  grand  aigle, 
sera  gravée  sur  cuivre  et  exécutée,  avec  le  plus  grand  soin, 


(  1^^  ) 

par  deux  des  premiers  artistes  de  la  Belgique.  La  première  pa-' 
raîtra  le  1"  mars  1836  :  la  seconde  à  la  fin  de  la  même  année. 
Le  prix  de  la  souscription  pour  les  deux  feuilles  est  de  13  francs^ 
payables  par  moitié ,  et  seulement  lors  de  la  livraison  de  cha- 
que feuille.  Pour  les  non-souscripteurs,  le  prix  sera  de  20 francs: 
cette  condition  sera  rigoui'eusement  observée ,  et  ce  der- 
nier prix  ne  sera  diminué  sous  aucun  prétexte  :  on  peut  sou- 
scrire jusqu'au  premier  Janvier  1836.  La  publication  de  cette 
carte  n'est  imllement  une  spéculation  pécuniaire  :  en  faisant, 
par  un  prospectus ,  un  appel  aux  administrateurs ,  aux  ofE- 
cicrs  de  l'armée  belge ,  aux  amis  des  arts  et  aux  propriétaires, 
l'auteur  a  voulu  seulement  s'assurer  qu'un  certain  nombre  de 
signatures  honorables  le  mettront  à  même  de  publier  un  travail 
consciencieux,  qui  a  coûté  des  peines  infinies,  de  fortes  dé- 
penses, mais  dont  la  mise  au  jour  sera  un  service  réel  rendu 
au  pays ,  et  notamment  à  la  Flandre.  Les  personnes  instruites 
qui  ont  vu  la  carte  originale  de  M.^  Gérard,  s'accordent 
unanimement  à  dire,  que  rien  d'aussi  parfait  en  ce  genre, 
n'aura  encore  été  publié  en  Belgique.  Une  triangulation  faisant 
suite  à  la  grande  triangulation  de  la  France,  a  servi  de  base 
à  la  construction  de  la  carte  cadastrale  de  la  Flandre  Orientale. 
Cette  carte  présentera  les  détails  extraordinaires  qui  suivent  : 
1.°  Les  villes  avec  toutes  les  rues,  rivières  et  édifices  pu- 
blics. 2.°  Les  villages  et  hameaux  avec  maisons,  jardins,  etc. 
3.°  Tous  les  chemins,  à  deux  traits,  et  d'une  largeur  propor- 
tionnelle à  celle  qu'ils  ont  sur  le  terrain.  -4.°  Les  limites  des 
communes,  cantons  et  arrondissements.  S.°  Le  nombre  d'hec- 
tares et  de  parcelles  de  chaque  commune.  6."  Les  plus  petites 
masses  de  nature  de  culture,  telles  que  bois ,  prés ,  etc.  7.°  La 
latitude  et  la  longitude  de  chaque  point  de  la  carte,  déter- 
minées par  les  méridiens  et  les  parallèles   qui  y  sont   tracés. 

Rkcueil  de  Costumes  du  moyen  âge,  tour  servir  a  l'His- 
toire Belgique.  —  C'est  sous  ce  titre  que  M.^  Félix  De  Vigne, 
peintre  d'histoire,  et  membre  de  la  Société  royale  des  Beaux- 
Arts  ù  Gand ,  va  publier  un  grand  ouvrage ,  dont  le  besoin 
s'était  vivement  fait  sentir  jusqu'à  présent.  En  effet  le  manque 


(  1^5  ) 

d'un  livre  traitant  ex-professo  ,  des  costumes  du  moyen  âge , 
est  l'unique  cause  des  fréquents  anachronisines  qui  ne  déparent 
que  trop  souvent  les  productions  des  artistes  les  plus-distingués. 
L'auteur  nous  assure  dans  le  prospectus  que  le  recueil  qu'il  va 
publier  est  le  fruit  de  quatre  ans  de  recherches  et  de  voyages 
en  Belgique ,  en  Angleterre ,  en  France  et  en  Prusse.  3Iomi^ 
ments  ,  Bas-Reliefs  ,  Statues ,  Médailles  ,  Peintures  sur  verre  , 
Manuscrits,  Sceaux ,  Tahlcaux ,  Gravures  sur  bois ,  etc.,  tout 
cela  a  été  mis  à  contribution. 

Nous  regrettons  que  M.''  De  Vigne  ne  nous  promette  qu'un 
travail  sur  les  costumes.  Il  est  fâcheux  qu'il  n'ait  pas  égale- 
ment dirigé  ses  recherches  sur  les  meubles,  les  ustensiles  de 
ménage,  etc.,  du  moyen  âge,  dont  la  connaissance  n'importe 
pas  moins  à  nos  peintres  pour  compléter  leurs  tableaux.  Au 
reste  cela  pourrait  être  le  sujet  d'un  second  recueil. 

L'ouvrage  sera  publié  in-folio  et  in-4."'  Il  paraîtra  deux 
livraisons  par  mois.  Chacune  sera  composée  de  quatre  planches 
et  la  cinquième  comprendra  une  partie  de  texte.  Toutes  les 
figures  coloriées  sur  les  monumens  le  seront  également  dans  la 
publication.  Après  avoir  donné  un  avant- propos,  l'auteur  in- 
diquera avec  soin  les  sources  où  il  a  puisé  ;  il  y  joindra  une 
explication  et  une  notice  sur  l'origine  des  étoffes,  armures,  etc. 
Cette  partie ,  si  elle  est  bien  traitée  ,  ne  sera  pas  la  moins 
intéressante  du  recueil.  Nous  sommes  persuadés  que  le  public 
ne  manquera  pas  de  faire  un  accueil  favorable  à  l'ouvrage  de 
M."^  De  Vigne ,  s'il  répond  dignement  à  sou  attente.. 

Chronique  inédite.  —  Nous  recommandons  vivement  à  tous 
les  amis  de  notre  histoire ,  la  nouvelle  pubhcation  que  va 
mettre  sous  presse  notre  savant  et  estimable  collaborateur  , 
M/  /.  /".  Lambin,,  archiviste  de  la  ville  d'Vpres.  Voilà  la 
traduction  du  prospectus  qu'il  a  fait  à  ce  sujet  paraître  en 
flamand  : 

Événemens  remarquables ,  surtout  en  Flandre  et  en  Brabant, 
et  dans  les  contrées  limitrophes,  de  1378  à  1443;  d'après  un 
manuscrit  original  inédit  et  anépigraphe  (/'Olivier  van  Dixmude  ; 
ai^ec  un  discours  préliminaire  et  une  table  alphabétique. 

13 


Dans  un  moment  oîi  le  goût  presque  universel  de  propager 
la  connaissance  des  événements  historiques  se  développe  d'une 
manière  si  honorable,  surtout  dans  la  Belgique,  et  j  fait  des 
progrès  ctonnans ,  tandis  que  les  savans  concourent  à  publier 
tout  ce  qui  Mie'rite  notre  attention,  et  que  leurs  investigations 
réite'rées  ne  cessent  d'arriver  à  des  découvertes  qui  ajoutent  à 
lïntérêt  de  l'histoire  et  en  étendent  encore  les  limites ,  nous 
avons  cru  pouvoir  coopérer,  de  notre  côte,  et  ajouter  aussi 
quelque  chose  qui  puisse  contribuer  à  doruier  encore  plus  d'in- 
térêt ù  notre  histoire  générale,  et  à  celle  de  la  ville  qui  nous 
a  vu  naître. 

Pour  atteindre  ce  but,  nous  proposons  la  publication  d'un 
ouvrage  qui  contient  entr'autres  ,  le  récit  de  quelques  événe- 
ments importants  ,  restés  incoiuius  jusqu'à  ce  jour  ,  et  que  l'on 
chercherait  vainement  ailleurs.  L'auteur,  en  son  temps  échcvin 
d'Ypies ,  pai-aît  d'autant  plus  digne  de  foi,  qu'il  a  été  témoin 
oculaire  ,  ou  plutôt  contemporain ,  de  la  plupart  des  événements 
dont  il  nous  a  transmis  le  détail. 

Pour  conserver  à  l'ouvrage  son  originalité,  nous  ne  nous  per- 
mettrons aucun  changement  ^  ni  à  l'ortographe ,  ni  au  stjle  : 
ainsi,  nous  le  publierons  littéralement,  en  remplissant  cepen- 
dant les  abréviations,  et  en  y  ajoutant,  là  où  nous  le  croirons 
nécessaire,  des  remarques  concises,  afin  que  le  lecteur  puisse 
saisir  l'intention  de  notre  auteur.  Après  que  le  manuscrit  eut 
été  terminé,  on  y  a  ajouté,  en  quelques  endroits,  des  anno- 
tations historiques,  également  intéressantes,  et  datant  de  1303 
à  1-4-40;  ces  annotations,  considérées  comme  un  complément, 
seront  reportées  à  la  suite  de  notre  édition. 

L'ouvrage  consistera  en  un  volume  în-4.°,  d'environ  200 
pages,  au  prix  de  7  frans,  payable  lors  de  la  livraison  qui  aura 
lieu  au  commencement  du  mois  de  Mars  103i5:  la  liste  des 
souscripteurs  y  sera  jointe. 

Les  non-souscripteurs  ne  pourront  obtenir  le  volume  qu'au 
prix  de  8  francs. 

On  souscrit  chez  les  éditeurs  de  ce  prospectus,  rue  de  Eailleul, 
N.°  6,  à  Ypres,  chez  les  principaux  imprimeurs  et  libraires,  et 


(  187  ) 

aux  bureaux  des  postes  aux  lettres  des  provinces  flamandes  du 

ro  jaunie. 

Si  un  nombre  sufTisant  de  souscripteurs  nous  met  à  même  de 
faire  face  aux  frais  de  cette  édition  ,  nous  nous  occuperons  alors 
de  la  publication  du  manuscrit  d'un  autre  auteur  contempo- 
rain ,  qui  pourra  faire  suite  à  celui  d'Olivier  van  Dixraude. 

—  Nous  recevons  le  prospectus  suivant  : 

Les  Tournois  de  Chauv end ,  donnés  vers  la  fin  du  treizième 
siècle,  décrits  par  Jacques  Brétex.  1283.  Annotés  par  feu 
Philibert  Delinotte ,  hihliothécaire  de  la  ville  de  Mons  ,  et 
publiés  par  H.  Delinotte ,  son  fils  ,  bibliothécaire,  conservateur 
des  archives  de  Vétat ,  à  Mons, 

Ce  poème,  offert  aujourd'hui  au  public,  repose  manuscrit 
dans  la  bibliothèque  de  Mons.  Il  y  a  été  découvert  par  feu 
M.Philiberi-Ignace-Marie-Joseph  Dclmottc,  avocat  et  ])ibliolhc- 
caire  de  cette  ville.  Ce  savant,  enchante  de  sa  précieuse 
trouvaille,  lut  et  copia  les  4S00  vers  dont  se  compose  le  poème, 
puis  il  l'enrichit  de  notes  ,  de  commentaires  et  d'un  glossaire. 
Ce  travail  lumineux  permet  a  toutes  les  curiosités  de  savourer 
la  poésie  naïve  du  moyen  âge;  on  se  reporte,  par  l'entraî- 
nement de  cette  lecture,  aux  tems  héroïques  delà  chevalerie; 
on  puise  sans  peine  dans  les  trésors  de  l'imagination  du  poète 
ancien  ,  et  l'on  croit  assister  à  un  spectacle  enchanteur  dont 
la  magie  reflète  les  séduisantes  couleurs  de  l'époque. 

Quelques  lacunes  dans  les  notes  ont  été  condjlécs  par  deux 
savaus  lexicographes,  qui  ont  fait  ce  que  la  mort  n'avait  pas 
permis  au  docte  bibliothécaire  de  terminer.  Ce  poème  est  ainsi 
devenu  un  des  plus  curieux  monumens  du  vieux  langage 
français  et  des  mœurs  antiques. 

Le  frontispice  sera  orné  d'une  lithographie  représentant  un 
Tournois ,  dont  le  dessin  n'est  pas  moins  digne  de  remarque 
que  le  poème.  —  Dans  les  greniers  de  lliûtel-de-ville  de  Valcn- 
cienncs,  gisait,  dans  lui  coin  obscur,  un  énorme  tapis  de 
haute  lisse  de  manufaclurc  flamande.  Ce  tapis  servait  d'asile 
aux  rats ,  mais  leur  dont  n'en  épargnait  pas  toujours  la  trame 
hospitalière.  Heureusement,  M.  Yitct ,  inspecteur  dc-^  moiui- 
mcns,  passant  à  Valcncicnncs  et  promenant  ses  regards  sur  le 


(  1B8  ) 

poudreux  amas  de  meubles,  de  de'cors  et  de  paperasses  qui 
encombraient  ce  grenier,  aperçut  ce  tapis,  le  fît  dérouler  et 
fut  frappé  de  surprise  à  l'aspect  de  groupes  charmans ,  d'un 
style  antique,  dont  les  couleurs  avaient  conservé  leur  fraîcheur 
primitive.  C'est  le  dessin  exact  de  ces  groupes  ,  que  l'on  a 
adopté  pour  frontispice  ,  ce  sujet  paraissant  être  en  parfaite 
harmonie   avec   celui  du  poème. 

Cette  publication  formera  un  fort  volume  in-8.°,  imprimée 
en  caractère  de  M."^  F.  Didot ,  chez  A.  Prignet ,  à  Valencicnne. 

Société  des  Antiquaires  de  la  Morixie.  Programme  pour 
LE  Concours  du  21  Décembre  183o.  —  1."  Il  sera  décerné  une 
médaille  d'or  du  prix  de  200  francs ,  au  meilleur  mémoire  qui 
sera  présenté  sur  cette  question  : 

Quel  était  l'état  des  lettres  dans  les  pays  d'Artois  et  de  la 
Flandre  Française,  lors  de  l'établissement  de  V Imprimerie  dans 
ces  provinces  ? 

%°  Il  sera  décerné  une  médaille  d'or  du  prix  de  ISO  francs, 
à  la  meilleure  dissertation  sur  le  Dévouement  cVEustache  de 
S'^. -Pierre  et  de  ses  Compagnons ,  au  siège  de  Calais  en  1347, 
fait  historique  que  plusieurs  auteurs  ont  paru  révoquer  en  doute. 

3.°  Il  sera  décerné  une  médaille  d^or  du  prix  de  130  francs, 
au  meilleur  mémoire  présenté  sur  cette  question  : 

Quelles  sont  les  diverses  institutions  judiciaires  (considérées 
notamment  sous  le  rapport  de  leur  juridiction  et  de  leurs  attri- 
butions respectives)  qui  ont  existé  dans  la  Morinie  depuis  le 
V.''  siècle  jusqu'à  l'établissement  du  conseil  d'Artois  en  1530? 

Les  Mémoires  qui  seront  présentés  à  la  Société,  devront^  pour 
être  admis  au  concours  ,  être  adressés, //-««c  de  port ,  avant  le  30 
octobre  prochain,  terme  de  rigueur,  ils  ne  doivent  point  être 
signés  et  porteront  en  tête  une  épigraphe  ou  sentence,  qui  sera 
répétée  à  la  souscription  d'un  billet  cacheté,  lequel  contiendrale 
nom  et  l'adresse  de  l'auteur  Ce  billet  ne  sera  ouvert  que  dans  le 
cas  ouïe  Mémoire  aurait  été  jugé  digne  d'un  prix  ou  d'une  men- 
tion honorable;  sinon  il  sera  brûlé  publiquement ,  séance  tenante. 
Passé  le  30  Oct.  1833,  aucun  mémoire  ne  sera  admis  au  Concours. 


JDAn  D'HUTTETTEB, 


Xlotxct 

SUR    LE    CABINET    d'aNTIQUITÉS     NATIONALES    DE    FEU 
•  M.R    JEABT    D'HUTVETTKR. 


De  tout  temps ,  la  ville  de  Gand  s'est  distinguée  par  un 
grand  amour  des  sciences  et  des  arts;  ce  goût  qui  est, 
pour. ainsi  dire,  inné  chez  elle,  s'accroit  et  se  développe 
encore  tous  les  jours.  Lorsque  la  tourmente  révolution- 
naire de  1790  se  fut  enfin  calmée,  semblables  à  l'abeille 
qui  secoue  ses  ailes  après  l'orage  et  retourne  à  ses  travaux, 
les  Gantois ,  sous  les  auspices  d'un  magistrat  habile  et 
appréciateur  de  leurs  talents,  M.  le  préfet  Faipoult,  se 
mirent  avec  ardeur  à  créer  de  nouvelles  institutions 
utdes  et  agréables.  C'est  de  cette  époque ,  et  même 
quelques  années  auparavant ,  que  datent  nos  expositions 
publi(jues  de  tableaux  et  de  fleurs,  nos  concours,  l'érec- 
tion de  la  Société  royale  des  Beaux- Arts ,  celle  de  Bota- 
nique ,  etc. ,  institutions  qui  furent  les  premières  de  la 
Belgique,  et  qui  servirent  de  modèle  à  toutes  celles  qui 
furent  établies  plus  tard.  Il  n'est  donc  pas  étonnant  que 
la  ville  de  Gand  possède  un  si  grand  nombre  de  biblio- 
thèques et  de  collections  d'objets  d'arts ,  heureux  fruits 
de  l'inslruclion  ,  du  luxe  et  de  la  prospérité  ;  collections  for- 
mées avec  persévérance  ,  et  un  rare  esprit  de  conservation , 
les  unes  à  grands  frais ,  les  autres  à  force  de  temps  et  de 
recherches,  soit  par  des  amateurs  forlnnés,  soit  même 
par  de  simples  artisans.  Ce  goût  pour  les  lettres  et  les 
sciences  ,  si  nous  en  croyons  le  vieux  traducteur  français  de 

14 


(  190  ) 

Guicciardin,  était  déjà  bien  vif  au  milieu  duXVI.^  siècle  (1), 
"  En  l'abbaye  de  S.  Pierre ,  dit-il ,  on  voit  une  ancienne 
et  insigne  bibliothèque  ,  comme  aussi  ez,  couvents  et 
maisons  des  Frères  Prescbeurs  ,  des  Carmes  et  des  Char- 
treux. Les  librairies  y  sont  fournies  de  bons  livres,  qui 
y  est  un  rare  thrésor  pour  cette  ville ,  la  quelle  est  autant 
bien  garnie  de  ces  raretei  que  ville  qui  soit  en  tous  Je» 
Pays-Bas,  sujets  du  roy  catholique...  En  cette  ville  on 
use  d'une  grande  piété  ,  et  bon  ordre  pour  dresser  escoles  , 
et  estudes  pour  l'entretien  et  nourriture  d'un  grand  nombre 
de  pauvres,  qui  sont  enseignez  aux  dépens  de  la  ville.  On 
y  nourrit  aussi  pour  parade  de  grandeur  et  de  magnifi- 
cence ,  des  Lyons ,  des  Ours ,  Loups-Cerviers  et  autres 
bestes  cruelles  et  farouches  d'estranges  contrées  :  les 
Gantois  sont  fort  civils ,  grands  politiques ,  sévères  et 
adonnés  à  la  guerre.  „ 

Ce  goût  .des  sciences  et  des  beaux-arts  ne  fait  que 
grandir  dans  la  ville  natale  de  Charles-Quint ,  de  Daniel 
Heinsius ,  et  de  Liévin  Meyer.  Aussi  possède-t-elle  aujour- 
d'hui 47  cabinets  bien  connus  de  tableaux,  13  de  gra- 
vures et  de  dessins,  10  d'antiquités  et  de  verres  peints, 
29  de  médailles ,  monnaies ,  etc. ,  6  d'histoire  naturelle , 
4  de  physique ,  46  bibliothèques  et  9  collections  de 
manuscrits ,  autographes ,  etc. 

La  galerie  de  tableaux  de  M.  Schamp,  formée  depuis 
trois  générations  d'amateurs  instruits  et  fortunés ,  jouit 
d'une  réputation  européenne  (2).   Tous  les  étrangers  savent 


(i)  L.  Guicciardjn,  description  de  tous  les  Pays-Bas:  trad.  et  augm. 
par  P.  Du  Mont.  Campcn  en  Amst. ,  1G41.  in-4.°  ohl.  fig.  p.  45o  et43i. 

(2)  Voyez  l'éloge  qu'en  fait  lady  Morgan,  dans  son  dernier  ouvrage 
intitulé  :  La  Princesse,  trad.  par  M.i'«  A.  Sobry.  v.  2.  édlt.  de  Bruxelles, 
Méline',  i835,  en  3  vol.  in-i8.  Lady  Morgan  semble  avoir  pris  pour 
thème   d'exalter    continuellement   Van  Dyck    aux    dépens    de  Rubens  ; 


avec  quelle  obligeance  M.  Schamp  fait  les  honneuis  de 
celte  riche  galerie ,  qui  compte  des  morceaux  des  plus 
grands  maîtres  tels  que  Rubens ,  Van  Dyck,  Rembrant , 
Hobbema ,  Mieris ,  Wauvermans ,  Le  Titien ,  etc. ,  etc.  ; 
celle  de  31.  Van  Saceglicm ,  quoique  peut-être  aussi 
précieuse,  est  malheureusement  moins   connue. 

Parmi  les  collections  de  gravures  anciennes  et  d'estam- 
pes, celles  de  M.'"^  Brisart ,  Borluut- de  Nortdonck  et 
J.-B.  Delbecq,  tiennent  le  premier  rang  (1).  Les  princi- 
pales collections  de  médailles  sont  celles  de  madame  la 
comtesse  douairière  d'Hane  de  Steenhuvse,  de  M.^'  Régnant , 
Casier ,  Le  Bègue ,  Verhelst ,  de  M.'^''  Van  de  Woestyne  ,  etc. 
Un  seul  fait  suffira  pour  montrer  quelle  est  la  richesse 
des  bibliothèques  de  Gand  :  on  y  compte  21  exemplaires 
du  magnifique 'ouvrage  intitulé  :  Description  de  l'Egypte^ 
qui  a  coûté  3600  francs  :  la  collection  de  feu  monsieur 
Van  Hulthem,  qui  était  déjà  remarquable,  il  y  a  30  ans, 
contient,  environ  55,000  volumes  :  celle  de   M.  le  pro- 


nous  ne  voyons  pas  trop  quel  point  de  comparaison  on  peut  établir 
pntre  le  génie  de  ces  deux  grands  artistes  Belges,  dont  les  productions 
sont  d'un  genre  si  différent.  I,a  prédilection  de  la  spirituelle  anglaise 
ne  viendrait-elle  pas  de  ce  que  Van  Dyck,  a  long-temps  habité  TAn- 
gleterre  et   qu'il  y   est  mort  ? 

(i)  Voyez  la  descriiilion  du  riche  cabinet  de  M,""  Brisart  dans  l'jnlé- 
rcssant  Voyage  d'un  Iconophile  (amateur  de  gravures)  par  Duchesne 
aîné.  Paris,  Heldeloffct  Campé,  18.34.  in-8."  M.""  Brisart,  de  même  que 
M/  Borluut-de  Noortdonck  ,  possède  aussi  de  fort  beaux  mannscrils 
sur  vélin,  avec  miniatures,  des  ouvrages  rares  imprimés  sur  vélin, 
et  des  exemplaires  uniques.  Dans  son  voyage,  INI.""  Duchesne  décrit  encore 
à  Gand,  la  collection  de  iM.""  J.-B.  Delbecq;  à  Anvers,  le  cabinet  de 
M."^  F.  Verachter  et  celui  deMM.  Geehland  ,  le  plus  complet  qui  existe 
pour  l'histoire  numismatique  des  Pays-Bas,  et  qui  se  compose  de  plus 
de  sept  mille  pièces  ,  presque  toutes  à  fleurs  de  coins.  Ce  .sont  là  les 
seuls  quatre  cabinets  dont  parle  M.""  D.  :  il  est  inutile  de  remarquer 
combien  il  lui  en  reste  encore  à  décrire   dans    la  Belgique. 


(  192  ) 

fesseiir  Lanimens  ,  plus  de  40,000  :  ces  deux  précieux 
dépôts  des  connaissances  humaines  en  tous  genres,  sont 
encore  ,  en  manuscrits ,  les  deux  plus  riches  collections  par- 
ticulières du  pays.  Une  bibliothèque  à-peu-près  unique 
en  son  genre  chez  nous ,  et  fort  peu  connue  jusqu'ici , 
est  celle  de  littérature  orientale  formée  par  le  savant 
M.  Léopold  Van  Alstein  :  elle  s'est  surtout  enrichie 
depuis  la  mort  des  orientalistes  français  Champollion, 
Abel  de  Rémuzat  et  de  Chéiy ,  à  la  vente  desquels  notre 
concitoyen  a  été  l'un  des  principaux  acquéreurs.  Pour 
l'ancienne  poésie  et  littérature  flamande ,  les  collections 
de  M3I.  Serrure  et  Willems ,  ont  atteint  le  plus  haut 
degré  d'importance.  Quant  aux  cabinets  d'antiquités  na- 
tionales ,  celui  de  feu  M.  Jean  d'Huyvetter ,  qui  fera  le 
principal  objet  de  cet  article ,  et  celui  de  M.  Versturme- 
Roeo-iers ,  méritent  toute  l'attention  des  amis  des  arts. 

M.  Jean  d'Huyietter  vit  le  jour,  à  Gand,  le  27  sep- 
tembre 1770.  Après  avoir  achevé  avec  distinction  son 
cours  d'humanité  au  collège  des  PP.  Augustins  ,  de  sa 
ville  natale ,  il  se  rendit ,  à  l'âge  de  dix-sept  ans ,  à  l'uni- 
versité de  Louvain  pour  y  prendre  ses  grades  d'avocat ,  mais 
les  troubles  qui  éclatèrent  bientôt  sous  Joseph  II ,  dans 
le  sein  morne  de  cette  université ,  et  la  révolution  braban- 
çonne le  forcèrent  à  rentrer  dans  sa  famille ,  avant  la  fin 
de  ses  études  académiques.  Plus  tard  ,  M.  J.  d'Huyvetter  fut 
nommé  aux  fonctions  d'avoué  ,  fonctions  qu'il  remplit  jusqu'à 
ses  derniers  momens  avec  beaucoup  de  zèle ,  malgré  les 
soins  qu'il  vouait  aux  beaux-arts. 

Lorsqu'on  1808,  Gand  vit  naître  dans  ses  murs  la  Société 
des  Beaux -Arts  et  de  Littérature,  qui  établit  successive- 
ment tant  (le  rapports  mutuels  d'estime  et  d'affections  ^ 
entre  les  différentes  classes  de  ceux  qui  cultivaient  ou 
aimaient  et  encourageaient  les  arts,  M.J.  d'Huyvetter  fut 
appelé  l'un  des  premiers  à  faire  partie  de  cette   société , 


C  193  ) 

à  laquelle  il  voua  toujours  un  tendre  attachement ,  et 
dont  il  fut  secrétaire  pendant  environ  trois  ans.  C'est 
vers  cette  époque  qu'il  commença  à  former  ce  caLinct 
d'antiquités  pour  l'embellissement  duquel  il  ne  devait  épar- 
gner pendant  toute  sa  vie  ,  ni  soins  persévérans ,  ni 
dépenses  :  c'est  aussi  vers  ce  temps  qu'il  se  lia  d'une 
amitié  plus  intime  avec  MM.  Paelinck  et  Van  Huffel  qui 
nous  ont  laissé  chacun  un  portrait  de  leur  ami ,  avec 
3I3I.  Odevacre,  P.  DeKoter,  H.  Van  Assche,  L.  De  Bast, 
Braemt ,  Cornelissen ,  et  Van  Hultliem.  En  l'année  1822, 
M/  J.  d'Huvvctter  accepta  la  nomination  de  membre  de  la 
direction  de  l'Académie  Royale  de  peinture,  sculpture  et 
architecture  de  la  ville  de  Gand;  il  rendit  par  son  zèle 
infatigable  et  son  désintéressement,  de  grands  services  à 
cette  utile  institution  qui  vient  enfin  d'attirer  la  sollici- 
tude du  gouvernement  actuel  ,  et  qui  en  reçoit  un 
subside  annuel  de  4000  francs,  à  l'aide  desquels  on  pourra 
créer  quelques  nouveaux  cours  d'une  indispensable  né- 
cessité. 

Nommé,  en  1823,  vice-président  de  la  Commission 
pour  l'encouragement  des  Beaux-Arts,  commission  qui  a 
pour  but  d'acheter ,  à  chaque  grande  exposition  triennale 
de  Gand ,  par  le  moyen  de  souscriptions  volontaires  ,  des 
tableaux  qui  sont  ensuite  mis  en  loterie ,  il  en  acquit  de 
cette  manière  avec  ses  collègues  pour  la  somme  de  40,000  fr. 
eu  quatre  expositions.  Son  amour  pour  les  arts  et  les 
artistes  lui  valurent  en  1826  le  titre  de  membre  de  l'Aca- 
déinie  d'Amsterdam.  Deux  ans  après ,  il  fut  reçu  membre 
delà  Société  Royale  de  Botanique  et  d'Agriculture  de  Gand, 
ainsi  que  de  la  Commission  pour  la  conservation  des 
monumens  historiques  et  d'objets  d'arts  de  l'ancienne 
capitale  des  Flandres,  C'est  ainsi  que  le  nom  de  notre 
ami  fut  attaché  successivement  à  toutes  les  institutions 
utiles  et  agréables    qui  honorent   en  si  grand   nombre  la 


(  1^J4  ) 

ville  de  Gand.  M/  J.  d'Huyvelter  rendit  encore  à  celte 
dernière  commission  d'éminens  services  :  après  la  mort 
de  M/  L.  De  Bast,  il  était  du  très-petit  nombre  de  ceux 
qui  avaient  la  connaissance  la  plus  complète  de  tous  les 
tableaux ,  qui  depuis  la  suppression  des  couvens  et  des 
monastères  ,  étaient  devenus  propriété  de  la  ville ,  et 
avaient  ensuite  été  dispersés  dans  divers  locaux ,  à  titre  de 
dépôt.  Heureusement  qu'il  a  laissé  en  manuscrit  l'histo- 
rique de  chacun  de  ces  tableaux,  qu'il  comptait  livrer  à 
l'impression  ,  et  dont  Mj  d'Huyvctter  fils  a  eu  l'obligeance 
de  laisser  prendre  une  copie  pour  l'usage  de  la  Commission. 

Quand  on  aime  sincèrement  les  arts ,  quand  on  est 
doué  d'un  goût  sûr  et  persévérant ,  et  qu'on  est  à  même 
"  de  faire  des  sacrifices  pécuniaires ,  on  réussit  toujours  à 
se  créer  un  cabinet  remarquable  :  c'est  le  but  qu'a  atteint 
M.  Jean  d'Huyvetter.  Ses  objets  d'art  sont  au  nombre 
de  plus  de  trois  mille ,  et  ont  été  recueillis  avec  une 
peine  infinie,  depuis  environ  vingt-cinq  ans;  ils  sont 
déposés  dans  une  salle  décorée  dans  le  style  gothique , 
et  ornée  de  meubles  et  de  tableaux  de  la  première  moitié 
du  XVÏ.*^  siècle  :  c'est  un  vrai  musée  national  en  mi'^ 
mature.  Les  trois  fenêtres  sont  formées  de  gentils  tableaux 
d'une  seule  pièce ,  habilement  placés  selon  la  nature  du 
sujet  qu'ils  représentent ,  soit  qu'ils  appartiennent  à  l'his- 
toire profane  ou  sacrée,  soit  au  genre  ou  au  paysage.  Lorsque 
cette  salle  est  éclairée  par  les  rayons  du  soleil ,  elle  offre 
un  aspect  magique  et  enchanteur  :  l'on  se  croirait  trans- 
porté dans  une  galerie  de  nos  ancêtres ,  du  temps  de 
Marie  de  Bourgogne  ou  de  Charles  V ,  si  toutefois  il  en 
existait  alors  qui  fut  formée  avec  autant  de  goût. 

Ces  vitraux  peints  sont  la  partie  la  plus  curieuse  et  la 
plus  intéressante  pour  l'histoire  de  l'art  :  on  en  remarque 
de  toutes  les  époques  :  on  y  suit  les  progrès  successifs 
lie  la  décadence  de  la  })einlure  sur  verre.  "  On  en  ren-» 


(  li>5  ) 

contre  qui  nous  rappellent  l'école  des  Van  Eyck  et  de 
leurs  élèves  ;  d'autres  se  rapprochent  des  compositions 
gracieuses  des  Memliug  et  de  Luc  de  Leyde.  Viennent 
ensuite  ceux  de  l'école  de  Rubens  ,  dont  les  compositions 
moins  symétriques ,  sont  d'une  variété  et  d'une  vivacité 
de  couleurs  qui  nous  prouvent  qu'à  cette  époque  l'art  du 
verrier  était  porté  à  la  perfection  ;  d'autres  enfin  nous 
rappellent  les  procédés  inventés  par  Jean  Van  Eyck,  pour 
l'exécution  des  ornemens  en  broderies  qu'avant  cette 
époque  orî  ne  pouvait  obtenir  sur  un  même  morceau  de 
verre",,  (1).  On  a  répété  à  satiété  que  Vart  de  peindre 
sur  verre  est  jjerdii  :  c'est  une  de  ces  erreurs  de  con- 
vention qu'il  est  diflicile  d'extirper.  Cet  art  n'a  jamais 
été  perdu  :  tout  ce  qu'on  pourrait  dire,  c'est  qu'il  a  été 
longtemps  abandonné  pour  des  ouvrages  de  grande  dimen- 
sion. Notre  savant  concitoyen ,  M.^'  Cornelissen  (2)  .1 
combattu  victorieusement  cette  erreur ,  en  rappelant  que 
les  vitraux  du  cloître  des  Feuillants ,  à  Paris ,  n'ont  été 
finis  qu'en  1700,  et  ceux  du  petit  cloître  des  Carmes- 
Déchaussés ,  qu'en  1738.  M.'  Dill ,  en  France,  vers  la 
fin  du  siècle  dernier ,  a  tracé  de  gracieux  tableaux  sur 
de  grandes  glaces  de  Venise,  tableaux  dont  il  incorporait 
les  couleurs  à  l'aide  du  feu.  Plus  tard ,  M.  Bakler  ,  en 
Angleterre ,  a  exécuté  d'après  Lonsdale  un  tableau  qui 
forme  l'une  des  fenêtres  de  la  salle  dite  des  Barons , 
dans  Arundel-Castle ,  et  qui  représente  le  roi  Jean 
sif/nant  la  grande  charte.  Tout  le  monde  sait  qu'au- 
jourd'hui ,  en  Allemagne ,  on  exécute  à  des  prix  modérés 
des  verres  peints  qui  ne  laissent  rien  à  désirer. 


(1)  Yoy.  Messager   des  Sciences  et   des  Arts   (  aiiciemie  collection) 
vol.  II.   iiiiiiée    i8'i4,   ])■   365. 

(2)  ^'oy.  Annales  Bclgirpics,  i.*^""  scnieslre  iSui  ,  vol.  \II,  pag.  5-1S. 


(  196  ) 

Nous  ne  pouvons  mieux  faire  connaître  la  collection  de 
vases ,  de  cruches  en  terre ,  de  gobelets ,  de  coupes ,  etc., 
deM.^"  Jean  d'HuyA'elter ,  cp^i'en  empruntant  à  M/  d'Huyyetter 
lui-même,  un  extrait  de  la  notice  qu'il  a  placée  en  tête 
de  son  Cahinet  gravé  par  Mr.  Ch.  Oiujhena  (l). 

))  Les  yases,  cruches  et  autres  objets  exécutés  en  terre, 
figurés  dans  les  quatorze  premières  planches ,  étaient  plus 
anciennement  employés ,  soit  comme  meubles  de  luxe , 
soit  à  l'usage  domestique  et  journalier  :  c'est  par  leurs 
ornemens  qu'on  distingue  ceux  qui  sont  d'origine  Allemande 
ou  Flamande  :  il  est  facile  de  connaître  ces  derniers  à  des 
formes  d'un  meilleur  goût  5  tous  appartiennent  aux  XVI. "^ 
et  XVII. "^  siècles,  ainsi  que  les  plats  représentés  dans  les 
deux  planches  suivantes ,  que  leurs  formes  et  leurs  embel- 
lissemens  accessoires  doivent  faire  classer  parmi  les  pro- 
ductions d'orioine  Française. 

»  Les  inscriptions ,  l'exécution  correcte  et  l'élégance  des 
formes,  appellent  aussi  une  attention  toute  particulière  sur 
les  morceaux  que  représente  la  XVII. "  planche,  en  ce 
qu'elles  indiquent  d'une  manière  incontestable  que  ces 
objets  ,  qui  appartiennent  aussi  à  la  même  époque  ,  sont 
l'ouvrage  de  nos  compatriotes. 


(i)  Objets  rares ,  recueillis  el  publiés  par  M.'  Jean  cniuyvetter,  etc., 
et  gravés  sur  cuivre  par  Ch.  Ongliena  ,  de  Gand.  Gaud,  de  Goesin- 
Verhaeghe  ,  in-4.°  de  22  planches  et  de  4  pages  de  texte.  Cet  ouvrage, 
dont  il  a  été  tiré  quelques  exemplaires  petit  in-folio ,  n'a  jamais  été 
mis  en  vente  :  M.  d'fl.  s'en  était  réservé  toute  réditiou  pour  en  faire 
des  cadeaux.  Eu  le  puhliaut  à  la  sollicitation  de  ses  arais,  M.  d'il,  mù 
en  même  tcmjis  par  une  pensée  généreuse  ,  voulut  contrilmcr  à  déve- 
lopper les  talents  d'un  jeune  artiste,  M. "■  Cil.  Ongheiia,  auquel  il  portait 
tuic  affection  toute  paternelle.  11  devait  donner  lui-même  une  description 
détaillée  et  artistique  de  son  cabinet  :  la  n:oi  t  ne  lui  permit  pas  d'achever 
ce  précieux  travail ,  que  M.''  son  fils  ,  nous  l'espérons  ,  terminera  et 
pnLlicra  un  jour. 


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»  Les  qiuilic  planches  qui  sui\enl  ollïeul  des  goblets , 
liocaux  et  coupes  de  toutes  formes  et  diniensions ,  em- 
bellis d'iuscriptions  ou  d'emblèmes  et  d'armoiries  :  depuis 
des  siècles  et  jusqu'à  nos  jours ,  l'on  s'en  sert  dans  ce 
i()\aume  et  surtout  à  l'occasiou  solennelle  des  banquets  de 
sociétés ,  ou  de  corporations  ,  ou  dans  d'autres  fêtes  pu- 
bliques. Nous  devons  en  partie  ces  objets  à  des  artistes 
allemands,  mais  pour  la  plupart  à  des  artistes  du  royaume; 
malgré  la  vétusté  et  la  fragilité  de  ces  pièces ,  elles  sont 
d'une  belle  conservation  et  dans  leur  état  primitif;  elles  nous 
présentent  une  juste  idée  de  la  perfection  à  laquelle  l'art 
et  l'expérience  avaient  porté,  la  confection  d'objets  aussi 
fragiles  et  aussi  délicats. 

»  La  XXII.*'  et  dernière  planche  représente  un  des  vitraux 
du  salon  que  nous  avons  plus  particulièrement  disposé  pour 
les  y  placer,  arranger  et  classer;  ces  objets  remarquables, 
arrachés  à  la  destruction  et  à  une  perte  irréparable ,  for- 
ment le  quart  de  notre  collection.  » 

Le  cabinet  d'antiquités  de  M.^  J.  d'Huyvetter  est  orné  de 
quelques  tableaux  très-intéressants  pour  l'histoire  de  l'art 
et  de  la  peinture  :  on  y  remarque  principalement  une 
Incention  de  la  Croix ^  attribuée  à  Josse  de  Gand ,  élève 
de  Hubert  Van  Evck ,  et  un  précieux  diplique  par  Gérard 
Horenbaut  ,  de  Gand  ,  premier  peintre  de  Henri  VIII , 
roi  d'Angleterre.  Ce  diptique  qui  fut  gravé  et  décrit  dans 
le  Messager  des  Sciences  et  des  Arts  (nouv.  collection, 
l.'^''  vol.  de  1833)  représente  la  Sainte  Vierge  pressant 
l'Enfant  Jésus  contre  son  sein  :  sur  la  partie  qui  recouvre 
ce  panneau ,  le  peintre  nous  a  conservé  les  traits  de  Liévin 
Hughenois  ,  abbé  tle  l'antique  monastère  de  S.'  Bavon. 
On  y  distingue  encore  une  Sainte  famille  d'une  grande 
beauté  ,  peinte  par  Carlo  Maratli. 

Amateur  7,élé  pour  tout  ce  qui  avait  rapport  aux  monu- 
mens  de  notre  ancienne  école  ,  M.'  d'Huyvetter  ne  se  plaisait 


(  198  ) 

pas  moins  à  encourager  les  artistes  de  notre  époque  auxquels 
il  avait  destiné  un  cabinet  particulier,  où  l'on  rencontre 
des  ouvrages  des  deux  frères  Verboekhoven  ,  De  Noter , 
Geirnaert ,  De  Jonghe  ,  H.  Van  Assche  ,  Paelinck  ,  Cogels , 
Vander  Poorten ,  Moerenhout ,  Schultz  (1) ,  M.  P.  Surmout , 
Van  Eycke ,  etc.  Parmi  ses  dessins ,  on  doit  remarquer  un 
album  qui  en  contient  près  de  cent ,  tous  d'une  grandeur 
uniforme  ,  et  des  premiers  artistes  de  la  Belgique ,  de  la 
France  et  de  la  Hollande. 

Une  collection  rare  de  médailles  et  d'ouvrages  de  choix 
pour  l'histoire  de  la  peinture  flamande  achève  de  compléter 
le  cabinet  de  M.^  J.  dHuyvetter,  et  ne  laisse  rien  à  désirer 
à  l'ami  de  la  plus  belle  de  nos  gloires  nationales. 

M.'  J.  d'Huyvetler  accueillait  avec  des  prévenances  toutes 
particulières,  les  amateurs  nationaux  et  étrangers  qui  s'em- 
pressaient de  visiter  sa  collection  ,  et  qui  en  moins  de  trois 
ans  a  été  honorée  de  la  présence  du  roi  Guillaume ,  de 
celle  de  la  princesse  Amélie  de  Beauharnais ,  de  son  frère 
le  duc  Auguste  de  Luchtenberg  et,  le  13  janvier  1832, 
de  celle  du  roi  Léopold.  Pour  perpétuer  le  souvenir  de 
la  première  de  ces  visites,  M.'^  J.  dHuyvetter  fit  exécuter 
en  1830,  par  le  graveur  Braemt ,  de  Gand ,  une  char- 
mante médaille  qui  d'un  côté  représente  ses  plus  beaux 
vases    groupés    d'une   manière   fort  gracieuse  ,   et  portant 


(i)  Jeune  peintre  allemand  d'un  grand  talent,  envoyé  à  Gand  par 
S.  M.  le  roi  de  Prusse,  vers  iSaS,  pour  copier  les  parties  de  la  grande 
composition  des  frères  "N'an  Eyck  ,  qui  manquent  à  la  galerie  de  Berlin. 
M.fle  Vicomte  Vilain  XIIII,  gouverneur  de  la  Flandre  Orientale ,  qui 
encourage  les  Beaux-Arts  autant  qu'il  les  aime,  a  proposé  à  notre  gou- 
vernement d'envoyer  à  son  tour  à  Berlin,  l'un  de  nos  artistes  pour  y 
copier  les  uolets  de  la  même  composition  qui  sont  devenus,  en  1820, 
propriété  de  S.  M.  le  roi  de  Prusse.  Si  la  pensée  de  M.''  Vilain  XIIII 
s'exécutait,  la  perte  irréparable  de  ces  chefs-d'œuvre  nous  serait  moins 
sensible. 


(  19i>) 

celte  exergue  :  Supelleclilis Belg .Fictil.  et  Vitr.  Palœotheca. 
Gandavi^  M.D.CCG.XXIX.  Au  revers  on  lit  :  Oh  facorem 
uuod  Guilielm.  L  B.  R.  palœothècain  visit  adprohaoitq. 
Joan.  d'Huycelter  Acad.  Graph.  Director  grat.  consecr. 
Les  événcmens  du  mois  d'août  1830  empêchèrent  que  cette 
jolie  médaille ,  qui  est  fort  recherchée  des  amateurs ,  put 
être  présentée  à  celui  dont  elle  devait  rappeler  la  visite  à 
l'un  de  nos  plus  intéressants  cabinets. 

M.'  Jeand'Huyvetter ,  à  peine  âgé  de  63  ans,  fut  enlevé 
le  11  novembre  1833,  par  suite  d'une  attaque  d'apoplexie, 
à  sa  famille  éplorée ,  à  ses  nombreux  amis  et  à  ces  beaux-arts 
auxquels  il  avait  voué  une  si  grande  partie  de  son  existence  : 
peu  de  temps  auparavant ,  il  avait  eu  la  douleur  de  perdre 
deux  de  ses  ami3  les  plus  intimes,  M.'  L.  De  Bast,  secré- 
taire de  la  Société  royale  des  Beaux -Arts,  et  le  savant 
M/  Ch.  Van  Hulthem  (1).  Son  fils  ,  M.' Norbert  d'Hujvetter 
conserve  non  seulement  avec  un  soin  religieux  l'héritage 
paternel,  mais  il  l'augmente  et  l'embellit  encore.  Il  cultive 
lui-même  la  peinture  avec  succès ,  et  a  remplacé  son  père 
à  la  direction  de  l'Académie  Royale  de  dessin  et  à  la  Com- 
naission  pour  la  conservation  des  mouumens  historiques.  (2) 

A.  Voisin. 


(i)  Nous  devons  à  M.""  J.  (rHuyvetter  l'unique  portrait  lithographie 
tjue  nous  possédions  encore  de  W.'  Van  lluldicm,  et  qu'il  fit  exécuter 
a  ses  frais  :  il  le  distribua  à  tous  ceux  que  des  liens  d'estime  ou  de 
reconnaissance  attachaient  à  ce  protecteur  des  arts  généreux  et  instruit. 

(•i)  Nous  joignons  à  celte  notice  une  planclie  qui  représente  quel- 
ques-uns des   \ascs  du  cabinet  de  M/  d'Hu^vellcr. 


(  200  ) 


iMimoixi  ^xBtoxiqm 


SUR 


IiES  BOLIiASTSISTES   ET   IiEURS    TRAVAUX 


» 


SPÉCIALEMENT    DErutS   I.A   SUPPRESSION    DE    l/oRDRE   DES  JESUITES,    EN    1773, 
jusqu'à    leur    RÉUNION    AUX   RELIGIEUX   DE    TONGERLOO,    EN    I789, 

Lu  à  la  séance  de  la  Commission  Royale  d'Histoire  ,  tenue 
le  3  april  1835;    par  MJ  Gachard. 


Dans  la  séance  du  27  octobre  dernier ,  M.'^  de  ReiiTenberg 
donna  lecture  de  l'analyse,  faite  par  lui,  d'un  manuscrit 
appartenant  à  notre  honorable  collègue  M.  l'abbé  De  Ram, 
et  contenant  quelques  documens  relatifs  aux  travaux  des 
hagiographes  qui  furent  chargés  ,  sous  le  règne  de  Marie- 
Tbérèse ,  de  la  continuation  du  célèbre  ouvrage  des  Acta 
Sanclonim. 

J'eus  l'honneur  de  faire  observer  à  la  commission  que 
les  archives  du  royaume  renfermaient  une  collection  vo- 
lumineuse de  pièces  propres  à  éclaircir ,  d'une  manière 
complète ,  ce  point  intéressant  de  l'histoire  littéraire  de  la 
Belgique  ;  et ,  comme  elle  m'en  témoigna  le  désir ,  je 
m'engageai  à  lui  présenter  un  travail  qui  serait  le  résultat 
de  la  mise  en  œuvre  de  ces  matériaux. 

Je  viens  acquitter  ma  promesse. 

La  résolution  que  la  commission  a  prise ,  de  continuer 
les  j4cta  Sayictorum  Belgîi  selecla ,  les  avis  qu'elle  pour- 
rait être  appelée  à  émettre  sur  les  moyens  de  conduire 
à  sa  fin  le  grand  ouvrage  des  Bollandistes ,  me  dispensent 
de  prouver  que   le  mémoire   dont  je  vais  donner  lecture 


(  201  ) 

rentre  dans  le  cadre  des  travaux  pour  lesquels  la  commis- 
sion a  été  instituée.  D'ailleurs ,  lorsqu'il  s'agit  d'une  des  plus 
vastes  publications  historiques  qui  aient  jamais  été  exécu- 
tées ,  d'une  publication  qui  a  fait  tant  d'honneur  à  la 
Belgique,  pourrait-il  être  permis  de  douter  que,  dans  le 
rovaume,  aussi-bien  qu'à  l'étranger,  on  ne  sache  gré  à  la 
commission  d'avoir  recueilli  tous  les  faits  qui  s'y  rapportent? 
L'intérêt  avec  lequel  ont  été  généralement  accueillis  les 
extraits  insérés  au  procés-verbal  de  la  séance  du  27  octobre , 
nous  est  un  garant  à  cet  égard. 

On  connaît  fort  peu  de  chose  de  l'histoire  des  Bollan- 
distes ,  depuis  la  suppression  de  la  Société  de  Jésus  dans 
la  Belgique,  en  1773,  jusqu'à  leur  translation  à  l'abbaye 
de  Tongerloo,  en  1789:  je  crois  même  que  rien  n'avait 
été  publié  sur  ce  sujet ,  avant  le  procès-verbal  de  notre 
séance  ci-dessus  mentionnée. 

Nous  devons  donc  nous  féliciter  de  ce  que  nos  archives 
renferment  tous  les  documens  désirables  pour  combler  cette 
lacune  ;  ils  ne  sauraient  être  plus  complets ,  puisqu'ils 
comprennent  :  les  décrets  et  autres  actes  du  gouvernement, 
relatifs  aux  hagiographes  et  aux  historiographes  ;  les  rapports 
du  commissaire  impérial,  chargé  de  la  surveillance  de  ces 
établissemens  ;  la  correspondance  du  gouvernement  général 
de  Bruxelles  avec  la  cour  de  Vienne  ;  les  rapports  faits 
par  le  prince  de  Kaunitz ,  chancelier  de  cour  et  d'état  de 
Marie-Thérèse   et   de  Joseph  II,  à  ces  deux  souverains. 

Il  n'est  aucune  de  ces  pièces  que  je  n'aie  parcourue  et 
analysée. 

Le  travail  que  je  soumets  à  la  commission  est  basé , 
dans  son  entier,  sur  ces  documens  authentiques. 

Pour  y  mettre  de  l'ordre ,  je  l'ai  divisé  en  trois  parties. 

La  première  contient  un  historique  succinct  de  l'en- 
treprise des  ylcla  Suiictorum  et  de  celle  des  Analccla 
Belgicci  y  jusqu'au  moment  de  la  suppression  des  jésuites: 


(  202  ) 

il  m'a  paru  être  un  préliminaire  indispensable ,  pour 
l'intelligence  des  faits  qui  suivent. 

Je  fais  connaître ,  dans  la  deuxième ,  les  délibérations 
du  gouvernement  et  les  dispositions  qu'il  prit ,  à  l'égard 
des  hagiographes  et  des  historiographes ,  à  partir  de 
l'année  1773  jusqu'à  leur  établissement  dans  l'abbaye 
de  Caudenberg. 

La  troisième  enfin  est  consacrée  à  leurs  travaux  pendant 
la  période  qui  commence  à  cette  dernière  époque ,  et 
finit  à   la  cession  des    deux   établissemens  à  l'abbave    de 


Tongerloo. 


§1. 


Quoique  les  jésuites  des  Pays-Bas  n'aient ,  en  aucun 
temps ,  fourni  beaucoup  d'hommes  supérieurs  dans  les 
sciences  et  les  lettres ,  c'est  pourtant  à  eux  que  l'on  est 
redevable  d'une  entreprise  littéraire  qu'aucune  autre  n'a 
surpassée  en  grandeur  et  en  difficultés  vaincues ,  pas 
même  celles  qui  ont  acquis  tant  de  renom  aux  savantes 
congrégations  de  l'ordre  de  Saint-Benoît.  La  première  idée 
de  la  compilation  des  yicta  Sanctorum  fut  conçue  par 
le  P.  Héribert  Rosweyde ,  d'Uti-echt.  Ce  père ,  travaillant, 
vers  le  commencement  du  XVIL''  siècle  ,  à  corriger  et 
épurer  les  martyrologes  romains ,  et  convaincu  sans  doute 
du  tort  que  pouvaient  faire  à  la  religion  les  fables  dont 
ils  étaient  mêlés ,  forma  le  dessein  gigantesque  de  faire 
une  collection  nouvelle  des  vies  de  tous  les  saints  ,  en 
puisant  à  des  sources  plus  pures.  Il  le  communiqua  au 
cardinal  Bellarmin ,  qui  l'approuva  beaucoup  ;  dès  lors  ,  il 
s'occupa  de  recueillir  les  matériaux  nécessaires  à  son 
entreprise.  Il  en  avait  déjà  rassemblé  une  grande  quantité, 
et  il  avait  aussi  préparé  le  plan  de  l'ouvrage,  lorsque  la 
mort  le  surprit,  au  milieu  de  ses  travaux,  à  Anvers,  le 
5  octobre  1629.  Le  P.  Jean  Bolland  ,  ou  Bollandus ,  natif 


(  203  ) 

de  Julemonl ,  au  pays  de  Limbourg,  (1)  qui  donna  sort 
nom  à  tous  les  hagiographes  ses  collaborateurs  et  ses 
successeurs ,  fut  chargé  ,  par  ses  supérieurs  ,  de  poursuivre 
les  travaux  commencés  par  Rosweyde.  Il  publia,  à  Anvers, 
en  1043  ,  les  deux  premiers  volumes  des  ylcta  Sancton/tn, 
comprenant  les  vies  des  saints  du  mois  de  janvier. 

Un  ouvrage  immense  comme  celui-là  n'aurait  pu  avancer 
que  bien  lentement  sous  la  main  d'un  seul  homme , 
quelque  instruit ,  quelque  actif  qu'il  fût.  Bollandus  s'as- 
socia ,  ou  peut-être  ses  supérieurs  lui  donnèrent  pour 
collaborateur  le  P.  Godefroi  Henschen  ou  Henschenius, 
natif  de  la  Gueldre,  homme  d'un  génie  supérieur  et 
d'une  érudition  profonde.  Ils  publièrent  ensemble,  en  1058, 
les  trois  volumes  de  février.  Peu  de  temps  après  ,  le  P.  Daniel 
Papebroeck  ,  réputé  l'un  des  plus  savans  et  des  meilleurs 
critiques  de  la  compagnie  de  Jésus  ,  leur  fut  adjoint  :  Pape- 
broeck était  fils  d'un  riche  négociant  de  Hambourg,  établi 
à  Anvers. 

Bollandus  mourut  à  Anvers  le  12  septembre  1605.  En 
1660,  ses  deux  associés,  sur  l'invitation  du  pape  Alexan- 
dre Y II ,  s'étaient  rendus  à  Rome  ,  pour  examiner  les 
documens  anciens  qui  s'y  conservaient  et  qui  pouvaient 
servir  aux  jïcla  Sanctormn.  De  retour  à  Anvers,  en  1062, 
avec  une  riche  moisson  de  matériaux ,  recueillie  non-seu- 
lement dans  la  capitale  du  monde  chrétien ,  mais  en  Alle- 
magne et  en  France,  ils  y  publièrent,  en  1608  ,  les  trois 
volumes  du  mois  de  mars,  et,  en  1675,  les  trois  du 
mois  d'avril.  L'année  1080  vit  paraître  les  trois  premiers 
lomes  du  mois  de  mai.  Henschenius  mourut  l'année  sui- 
vante. 


(i)   Plusieurs  biographes  fout  n.iître  Bollandus  à  Tillemont  ou  Tirlc- 
mont  en  Brabant  :  ils  se  sont  trompés. 


(  204  ) 

Il  n'était  pas  aisé  de  combler  le  vide  laissé  par  la  mort 
d'Hensclienius.  En  1685,  toutefois,  furent  livrés  au  publie 
les  tomes  IV  et  V  du  mois  de  mai,  et,  en  1688,  les  tomes  VI 
et  VII  du  même  mois.  Le  premier  volume  de  juin  ne  parut 
qu'en  1695  :  le  deuxième  parut  en  1698  ,  le  troisième 
en  1701  ,  le  quatrième  en  1707,  le  cinquième  en  1709, 
le  sixième  et  le  septième  en  1715-1717.  Les  volumes 
suivans  virent  le  jour  assez  régulièrement  de  deux  en  deux 
années.  Au  moment  où  les  jésuites  furent  supprimés  dans 
la  Belgique ,  les  trois  premiers  tomes  d'octobre ,  qui  com- 
plétaient le  nombre  de  cinquante  volumes ,  avaient  paru  : 
la  dernière  publication  était  de  l'année  1770. 

Le  P.  Papebroeck  ,  accablé  d'ans  et  d'infirmités ,  et 
devenu  aveugle  ,  cessa  de  travailler  à  la  rédaction  des  Acla 
Sanclorum ,  après  la  publication  du  cinquième  volume  du 
mois  de  juin,  en  1709.  Il  mourut  en  1714,  âgé  de  86  ans. 

Les  services  qu'il  rendit  à  l'association  bollandienne  (1)  ne 
se  bornèrent  pas  à  ses  travaux  littéraires.  Son  père,  riche 
négociant  de  Hambourg  établi  à  Anvers ,  comme  je  l'ai 
dit  ,  laissa  une  succession  assez  opulente.  Papebroeck 
employa  la  part  qui  lui  en  revint  à  l'acquisition  de  quantité 
de  manuscrits  et  de  livres  dont  il  enrichit  la  bibliothèque 
particulière  de  l'association  :  de  plus  ,  comme  la  maison 
professe  des  jésuites  d'Anvers ,  où  elle  était  établie,  n'avait 
point  de  revenus ,  et  que  les  pères  hagiographes ,  pour  la 
défrayer  de  leur  entretien  ,  étaient  obligés  de  pratiquer  la 
prédication  et  la  confession  ,  Papebroeck  proposa  aux  supé- 
rieurs ,  et  il  en  obtint ,  qu'ils  fussent  exemptés  de  ces  devoirs, 
qui  les  distrayaient ,  pendant  un  temps  infini ,  de  leurs  travaux 


(i)  Ces  détails  sont  tirés  d'un  mémoire  envoyé,  en  177.3,  au  prince  de 
Starhmberg ,  par  le  conseiller  du  conseil  de  Brabant  ^'alldt'n  Cruyce, 
chargé  de  la  suppression  des  jésuites  d'Anvers. 


(  205  ) 

liltéraircs  ,  moyennant  une  pension  annuelle  de  150  florins 
pour  chacun  d'eux,  pension  qui  fut  depuis  portée  à  350  fl. 

Il  n'entre  point  dans  mon  plan  de  donner  la  nomenclature 
de  tous  les  jésuites  qui  poursuivirent  l'exécution  de  l'en- 
treprise commencée  par  Bolland ,  Henschen  et  Papebroeck. 
Je  dirai  seulement  que  ceux  qui,  en  1773,  lors  de  la 
suppression  de  l'ordre ,  s'en  trouvaient  chargés  ,  étaient 
Corneille  de  Bye,  âgé  de  45  ans;  Jacques  De  Buë,  âgé  de 
45  ans;  Ignace  Hubens ,  âgé  de  35  ans,  et  Joseph  Ghes- 
quiére,  âgé  de  41  ans. 

Jusqu'en  1088,  l'établissement  des  Bollandistes  avait  eu 
peu  de  consistance  (1)  :  tous  leurs  revenus  se  réduisaient 
au  produit  de  la  vente  des  ^cta  Sanctorum ,  et  aux  libé- 
ralités que  leur  faisaient  les  grands  personnages  auxquels 
ils  en  dédiaient  successivement  les  volumes.  C'était  peu  de 
chose ,  en  raison  des  frais  considérables  qu'entraînaient 
l'impression  de  l'ouvrage ,  l'acquisition  des  manuscrits  et 
des  livres  dont  les  hagiographes  avaient  besoin  ,  les  voyages 
littéraires  qu'ils  étaient  dans  l'obligation  de  faire  ,  pour 
compléter  leurs  matériaux.  Cette  année-là,  le  P.  Jassing, 
l'un  d'eux ,  se  rendit  à  Vienne ,  et  présenta  à  l'empereur 
Léopold  une  requête  par  laquelle  il  sollicitait,  en  leur 
nom ,  une  pension  annuelle ,  sous  l'engagement  qu'ils 
prenaient  de  dédier  tous  les  volumes  à  paraître  ,  à  S.  M.  I. 
et  aux  princes  de  sa  maison.  L'empereur  leur  accorda , 
mais  par  une  promesse  verbale  seulement ,  une  pension  de 
mille  rixdalers.  Comme  elle  ne  fut  pas  payée  ,  le  P.  Jassing 
retourna  à  Vienne  en  1700  :  cette  fois  ,  il  obtint  un 
acte  formel  de  l'empereur,  en  date  du  18  novembre,  qui 
octroyait  la  pension ,  et  même  ordonnait  que  les  arré- 
rages en  fussent  liquidés.  Cependant ,  ni  les  arrérages  ^ 
ni  la  pension  même  ,  ne  furent  ponctuellement  acquittés  : 


(i)  MénioJre  du  conseiller  Vandcii  Cruyce  ,  ci-cU'ssus   citt;. 

15 


(  206  ) 

en  1715,  il  était  dû  ,  de  ce  chef,  aux  Bollandistcs , 
33,000  florins.  Sur  de  nouvelles  instances  faites  par  eux  , 
l'empereur  Charles  VI  ordonna  ,  le  17  janvier  1716  , 
qu'il  leur  fût  pavé,  en  extinction  de  tous  arrérages, 
6,000  florins ,  et  qu'ils  reçussent  à  l'avenir ,  par  forme  de 
pension  annuelle,  1,500  fl.  pendant  dix  à  onze  ans,  à  la 
condition  bien  expresse  qu'ils  seraient  tenus  de  publier , 
tous  les  deux  ans ,  trois  tomes.  Cette  condition  ne  fut  pas 
remplie  ,  et  néanmoins  la  pension  leur  fut  continuée 
jusqu'à  la  suppression  de  l'ordre  ,  à  raison  de  1,995  florins, 
argent  courant  de  Brabant. 

En  exécution  de  l'engagement  qu'ils  avaient  pris ,  les 
Bollandistes  dédièrent  tous  les  volumes  qui  parurent 
postérieurement  à  l'année  1688  ,  à  des  princes  de  la  maison 
d'Autriche.  Des  dix-neuf  volumes  publiés  avant  cette  épo- 
que ,  cinq  avaient  été  dédiés  à  des  papes,  quatre  à  des  princes 
de  la  maison  de  Furstenberg ,  les  autres  à  des  cardinaux , 
des  archevêques ,  des  évoques ,  et  des  princes  souverains  : 
le  20.^  volume  de  la  collection  le  fut  à  l'empereur  Léopold  ; 
le  21.^,  à  l'impératrice  Eléonore;  le  22. <=  et  le  23.*=,  à 
l'empereur  Joseph  I  ;  le  24.*^,  à  l'impératrice  Amélie; 
les  25.%  26.%  27.%  29.%  34.%  35.«  et  37.%  à  l'empereur 
Charles  VI;  le  28.%  à  l'impératrice  Elisabeth;  le  38.% 
à  l'impératrice  Marie-Thérèse  ;  tous  les  autres ,  à  des  ar- 
chiducs et  à  des  archiduchesses. 

Tels  furent  l'économie  et  l'ordre  qui  présidèrent  à  la 
direction  de  la  société  bollandicnne ,  que ,  sans  autres 
ressources  que  le  produit  de  la  vente  de  leurs  ouvrages, 
la  pension  payée  par  la  cour  impériale  et  les  libéralités 
du  père  Papebroeck  et  de  quckpies  autres  personnes , 
parmi  lesqueflcs  on  compte  les  é\équcs  De  Smet  de  Gand, 
et  Van  Sustcren  de  Bruges ,  les  jésuites  hagiographcs 
étaient  parvenus,  à  1  époque  de  l'extinction  de  leur  ordre, 
à  amasser  un  capital  de  136,000  11.  B.%  qui,  placés  à 


(  207  ) 

rente,  leur  donnait  un  revenu  annuel  de  9,133  fl.  18»  1"^, 
revenu  que  le  débit  des  Acta  Sanclonim  augmentait, 
année  commune,  de  2,400  florins.  Et  ils  avaient  été  pour- 
tant dans  le  cas  de  faire  des  dépenses  assez  considérables 
à  la  maison  professe  d'Anvers ,  où  ils  étaient  établis ,  pour 
y  avoir  une  bibliothèque  et  des  salles  de  travail,  séparées 
du  quartier  qu'occupaient  les  autres  jésuites;  ils  avaient, 
en  outre ,  acquis  une  maison  particulière ,  où  ils  entrete- 
naient une  imprimerie  et  un  imprimeur  qui  ne  travaillaient 
que  pour  eux;  enfin  ils  firent  beaucoup  de  largesses  à 
la  maison  professe,  dont  ils  payèrent  plus  d'une  fois  les 
dettes.  Par  la  suppression  de  leur  ordre ,  tous  leurs  capi- 
taux et  leurs  propriétés  furent  dévolus  au  fisc  royal. 

A  l'époque  où  cet  événement  arriva ,  il  y  avait  peu 
d'années  que  les  jésuites  avaient  fait  transférer ,  aussi  à 
la  maison  professe  d'Anvers ,  un  autre  établissement  lit- 
téraire ,  qui  existait  auparavant  à  Malines  :  je  veux  parler 
du  Musœuni  Bellarmini ,  fondé  vers  le  commencement 
du  18."  siècle  par  le  chancelier  de  Brabant  De  Grvsperre , 
et  augmenté  par  l'archevêque  Humberl  De  Prcecipiano , 
dans  le  but  d'écrire  contre  les  jansénistes ,  ainsi  que  contre 
les  autres  ennemis  de  la  société.  Le  Musœuni  Bellarmini 
possédait  un  fonds  d'environ  50,000  florins  de  capital ,  outre 
beaucoup  de  manuscrits  et  une  bibliothèque  assez  riche  (1). 

Les  discussions  sur  le  jansénisme  et  le  molinisme  étaient 
heureusement  tombées  dans  l'oubli.  Les  jésuites  résolurent 
de  donner  à  la  dotation  du  Musœuni  une  destination  in- 
fincment  plus  utile  :  ils  conçurent  le  dessein  d'en  employer 
les  revenus  à  la  publication  d'jJnalcctes  Belijiques  ;  déjà 
ils  avaient  rassemblé  de   nombreux  matériaux  pour  celte 


(i)  M.""  Delmottc  a  donné  les  mêmes  détails  sur  cet  établissement 
dans  sa  notice  consacrée  au  niaiHjuis  du  Chasleler,  Archives  du  nord 
d(i   la    Fruiici!   et   du  midi  de   la   Belgique,  t.  l\ .   p.    iiS. 


(  208  ) 

entreprise,  et  ils  en  avaient  même  fait  paraître  le  pros- 
pectus (1) ,  lorsqu'éclata  la  catastrophe  qui  anéantit  leur 
ordre. 

Les  jésuites   employés   aux  Analecla  Belgica  étaient  ^ 
sous  la  direction    de  l'iiagiograpbe   Ghesquière ,  Donatien 


(i)  Ce  prospectus,  imprimé  à  Anvers,  chez  J.  Grange,  en  1778, 
forme  huit  pages  in-4".  Il  est  intitulé  :  Prospectus  operis  quod  inscri- 
betur  :  Analecta  Belgica  ad  XVII  prouinciarum  Belgii  ac  ditionum 
înterjacentium  historiam  dilucidandam  pertinentia  ,   etc. 

Il  existe  aux  archives ,  une  lettre  du  comte  de  Nény  relative  à  ce 
prospectus,  qui  m'a  paru  assez  intéressante,  pour  la  transcrire  ici  ;  elle 
porte  la  date  du  26  mal  1773,  et  est  adressée  au  secrétaire  d'état, 
M.''  De  Crumpipen  : 

(t  II  y  a  déjà  dix  ans  que  j'ai  proposé  aux  jésuites  d'Anvers  d'en- 
»  treprendre  l'ouvrage  dont  le  prospectus  ci-joint  a  été  remis  à  S.  A.  le 
»  ministre  plénipotentiaire.  Je  leur  en  avais  tracé  le  plan ,  dont  l'objet 
3>  était  de  rassembler,  dans  un  ou  tout  au  plus  dans  deux  volumes  in-folio, 
))  tout  ce  qui  se  trouve  d'essentiel  dans  l'immense  ouvrage  des  y^cta 
»  Sanctorum  j  sur  la  géographie,  l'histoire  et  la  chronologie  des  Pays- 
»  Bas,  surtout  pendant  le  moyen  âge.  J'ai  eu  avec  eux,  particulièrement 
))  avec  le  P.  provincial ,  plusieurs  conférences  sur  cet  objet.  Je  leur  ai 
»  montré  la  facilité  de  l'exécution;  et,  après  avoir  vaincu  les  obstacles 
»  qu'ils  m'opposaient ,  je  réussis  enfin  ,  il  y  a  environ  deux  ans  ,  à  les 
»  déterminer.  Au  commencement  de  l'hiver  dernier  ,  le  P.  provincial  vint 
»  m'entretenir  du  plan  qu'on  avait  arrangé  dans  la  Société,  et  suivant  lequel 
»  cet  ouvrage  sera  composé  de  36  et  peut-être  de  plus  de  volumes 
»  în-4.°  )  puisqu'on  se  propose  d'y  faire  entrer  des  vies  des  saints  tout 
»  entières,  et  que  le  P.  provincial  m'a  dit  que  la  vie  de  S.'  Bavon  seule 
»  remplira  tout  un  volume.  Je  lui  ai  répondu  que  je  respectais  beaucoup 
»  les  saints,  mais  que  je  ne  prévoyais  pas  que  j'aurais  jamais  ni  l'envie 
»  ni  le  temps  de  lire  la  vie  de  S.'  Bavon  ;  qu'ainsi  le  plan  arrangé  par 
»  la  Société  ne  s'accordait  pas  avec  mes  idées,  qui  ne  tendaient  qu'à  faire 
»  répandre  de  nouvelles  lumières ,  dirigées  par  la  critique,  sur  ce  qu'il 
»  y  a  de  véritablement  intéressant  dans  l'histoire  ,  et  dont  l'accomplis- 
»  sèment  aurait  fait  beaucoup  d'honneur  aux  jésuites  flamands.  Le 
»  P.  provincial  m'assura  que  sa  façon  de  penser  s'accordait  avec  la 
»  mienne ,  mais  qu'il  n'avait  pas  été  le  maître  de  la  faire  adopter  j 
»  à  quoi  je  répliquai  qu'il  fallait  donc  les  laisser   faire.   » 


(  209  ) 

Du  Jardin  ,  âgé  de  35  ans;  Philippe  Coinel ,  âgé  de  39  ans, 
et  François  Lenssens ,  âgé  de  30  ans. 

L'établissement  des  Bollandistes  et  l'établissement  du 
Miisœum  étaient  entièrement  distincts.  Le  père  Clé ,  di- 
recteur de  la  maison  professe  d'Anvers,  avait,  à  la  vérité, 
voulu  les  réunir  :  mais  les  Bollandistes  s'y  opposèrent,  et, 
la  chose  ayant  été  soumise  à  la  décision  du  général ,  il 
j)rononça  en  leur  faveur. 

II  me  reste ,  pour  compléter  ces  notions  préliminaires , 
à  faire  connaître  la  manière  dont  les  Bollandistes  travail- 
laient ,  et  quelques  autres  points  relatifs  tant  à  la  partie 
littéraire  qu'à  la  partie  purement  matérielle  de  leur  entre- 
prise. J'ai  trouvé  de  curieux  renseignemens .  à  ce  sujet, 
dans  un  rapport  qu'adressa  au  prince  de  Starhemberg , 
le  7  juillet  1778,  le  conseiller  d'état  De  Kul])erg ,  qui 
les  tenait  des  Bollandistes  eux-mêmes  ;  je  les  reproduis 
textuellement  : 

«  Les  hagiographes ,  dit  M.^  De  Rulberg ,  parvenus  à 
»  traiter  d'un  certain  jour  d'un  mois ,  entraient  eu  con- 
»  férence,  rassemblaient  tous  les  saints  honorés  ce  jour-là 
»  dans  l'église  ,  que  renfermaient  tous  les  diflerens  mar- 
»  tyrologes  connus  :  ensuite,  on  délibérait  sur  les  saints 
))  de  ce  jour  dont  on  traiterait ,  et  sur  ceux  qu'on  omet- 
»  trait ,  soit  parce  qu'on  en  avait  déjà  traité ,  soit  parce 
»  qu'il  y  avait  des  raisons  d'en  traiter  plus  tard ,  ou  de 
»  n'en  point  traiter  du  tout  ,  et  on  rendait  compte ,  dans 
»  l'ouvrage ,  des  raisons  qui  avaient  déterminé  à  prendre 
»  l'un  ou  l'autre  parti.  Ceci  fait ,  l'on  s'arrangeait  sur  le 
»  partage  du  travail ,  et  chacun  des  historiographes  prc- 
,n   nait  à  soi  de  traiter  de  tel  ou  tel  saint. 

»  Il  est  bon  de  savoir  que  la  vie  d'un  saint  se  trouve 
»  autant  de  fois  répétée  dans  les  Acta  Sanctornm  sous 
»  la  date  du  jour  de  sa  mort ,  qu'elle  a  été  Irouvéc  avoir 
»   été  écrite  de  fois  par  des  autours  coiuius  ou    inconnus, 


(210) 

»  soit  en  nianuscrit ,   soit  par  la  voie  de  l'impression  ;  et 

»  les  découvertes    faites  à  cet  égard  en  tout  temps  par 

»  les  hagiograplies  sont  prodigieuses.   Toutes  ces  vies  du 

»  même  saint ,   insérées   les    unes  après   les   autres   dans 

»  l'ouvrage,   font  l'objet  des  observations ,  des  discussions 

))  et  de  la  critique  des  hagiograplies ,  et  ils  ont  été  recon- 

»  nus  de  tout  temps  pour  avoir  excellé  en  ce  genre  de 

»  travail 

»  Lorsqu'un  hagiograplie ,  d'après  cet  esprit ,  ces  prin- 

»  cipes  et   cette  marche ,    avait  travaillé  la  vie ,    ou  une 

»  des  vies  du  saint   qu'il  s'était  chargé  de  traiter,   il  en 

»  faisait  faire  l'impression   par  ^uateniion ,  formant  huit 

»  pages.  L'imprimeur  en  tirait  un  exemplaire ,  le  portait 

)>  à  l'auteur,  qui  en  faisait  la  correction,  et  l'exemplaire 

)>  lui  était  remis ,  corrigé  selon  ses  remarques ,  par  l'im- 

»  primeur.  Ce  n'était  que  dans  ce  moment ,   que  l'hagio- 

»  graphe  auteur  faisait  passer  son  ouvrage  à  ses  confrères , 

»  selon   l'ancienneté.    Chacun    l'examinait ,   et  tenait    ses 

»  notes.  On  s'assemblait  ensuite ,  et  l'on  délibérait  sur  les 

»  changemens ,  si  l'on  trouvait  à  en  faire  :    la  décision , 

))  en  cas  de  parité  de  voix ,  était  emportée  par  l'auteur , 

»  comme   étant  celui  qui ,   ayant  examiné  les  choses   de 

»  plus  près ,  était  plus  en  état  d'en  juger. 

»   Ce  premier  imprimé ,  vu  ainsi  par  l'assemblée ,  était 

»  remis ,  redressé  ou   non  ,  à   l'imprimciu"   :   il  en   faisait 

»  tirer  un    troisième  exemplaire  que  l'auteur   revoyait  de 

»  nouveau  ,  et  alors  on  en  tirait  800  exemplaires. 

»  Les  volumes   se   répandaient   dans  le  monde    entier, 

»  à  mesure  qu'ils   paraissaient.    Il   n'en  restait ,    dans   le 

»  magasin  des   hagiograplies,    au  moment  que  la  société 

»  fut  dissoute ,  que  deux  exemplaires  de  cliaque  volume 

»  des  mois  de  janvier ,  février ,  mars,  avril  et  mai.  Les  autres 


(  211  ) 

))  ^olumes  qui  s'y  trouvaient  étaient  des  mois  postérieurs: 

»  juin,  juillet,  août  et  septembre  (1) 

»   Quand  l'impression  de  quelque  tome  était  assez  avancée, 

»  pour  qu'on  prévît  de  l'avoir  achevée  dans  une  demi-année , 

»  les  hagiograplies  écrivaient,  à  Vienne  ,  à  leur  procureur, 

»  pour  le  charger  de  s'enquérir  à  qui  il  plairait  à  l'em- 

»  pei-eur  que  le  tome  qui   devait  paraître   fût  dédié.   Le 

»  procureur  faisait  tirer  sur  toile  le  portrait  du  prince  ou 

»  de  la  princesse  désigné  par  S.  M.  1.  :  ce  portrait ,  après 

»  avoir  été  examiné  et  approuvé  par  la  cour,  était  envoyé 

»  aux  hagiograplies,  qui  le  faisaient  graver  en  Hollande, 

»  et  en  envoyaient  une  épreuve  à  Vienne,  où  on  lui  faisait 

»  subir   luie   censure.    Il  n'était   imprimé    définitivement 

»  qu'après  avoir  reçu  l'approbation  de  la  cour  impériale. 

»  Dans  le  même  temps ,  on  s'occupait  de  la  censure  de 

»  l'ouvrage.  Jamais  un  autre  que  le  censeur  ecclésiastique, 

»  ne  censura  les  tomes  des  Acta  Sanctorum  :  les  hagiogra- 

»  phes  ne  souffrirent,  en  aucun  temps,  quelque  opposition 

»  ou  prétention,  de  ce  chef,  de  la  part  des  censeurs  royaux. 

»  Voici  comme  l'on  en  usait  à  cet  égard.  A  mesure  qu'il 

»  V  avait  quatre  ou  cinq  quaternions  imprimés  au  correct, 

»  ou  les  remettait   au   censeur  ecclésiastique  :  celui-ci , 

»  après  qu'il  avait  examiné  le  dernier  quaternion  pour  le 

»  volume  ,  formait ,  s'il  y  trouvait  matière ,  une  note  de 

»  ce  qu'il  y  avait  à  y  redire  ou  corriger,  et  cette  note  était 

»  insérée  à  la  fin  du  volume ,  à  la  tète  des  addenda  et 

»  corrigenda. 

(i)  A  la  suppression  des  jésuites  dans  la  Belgique,  le  gouvernement 
trouva,  dans  leurs  bibliothèques,  une  quinzaine  d'exemplaires  complets 
des  Acla  Sanctorum.  Il  en  fut  vendu  un  au  prix  de  r,ooo  11.  B.' ;  un  autre, 
dans  une  vente  publique  à  Bruxelles,  fut  payé  64>>  H-  de  chauffe.  Eu 
1^80,  il  on  restait  entre  les  mains  du  gouvernement  neuf  exemplaires  : 
il  les  céila  au  libraire  Ernieub  ,  de  Bruxelles  ,  pour  4ii)^''  Ilorius,  i:  csl-4- 
dire  à  raioou  de  5 5o  florins  l'exemplaire.   (G.) 


(212) 

»  Au  moment  où  l'impression  du  volume  était  achevée  , 
»  les  hagiographes  rédigeaient  un  abrégé  de  ce  qu'il  ren- 
»  fermait ,  et  le  faisaient  imprimer,  sous  le  titre  de  Sijnopsis, 
»  et  cela  se  réduisait  à  un  livret  d'une  feuille  de  papier 
»  à  huit  pages  ;  et  des  exemplaires  de  cet  abrégé  s'en— 
»  voyaient  de  suite  à  chacun  de  leurs  correspondans ,  qui 
»  les  répandait  et  les  faisait  circuler,  pour  l'information 
»   du  public  et  le  débit  du  volume. 

))  Il  n'est  peut-être  pas  hors  de  propos  d'insérer  ici  la 
»  liste  des  correspondans  qu'avaient  les  hagiographes  dans 
»  les  différentes  parties  de  l'Europe  ,  tant  pour  les  infor— 
»  mations  relatives  à  la  matière  même  de  l'ouvrage ,  que 
»  pour  le  débit.  Ils  avaient ,  pour  ce  débit  : 

»   A   Utrecht ,  C.  Kribber; 

»  A  Amsterdam ,  la  veuve  Merkus  et  Frickx ,  ainsi 
qu'un  nommé  Henri  Castaing; 

»   A   Vienne,  le  P.  Hamert  et  le  P.  Appel,  jésuites; 

»  A  Cologne,  la  veuve  Metternich,  Jean-]\Iichel-Joseph 
Pûtz  et  J.^  Henri  Simonis  ; 

»  A  Munich,  le  père  Kransperger,  jésuite; 

»  A  Rome,  le  père  Frambachs,  jésuite  et  pénitencier 
flamand  ; 

»   A    Venise,  le  père  Lombardi ,  jésuite; 

»   A   Turin,  les  frères  Reycends  ; 

^)  A  Lyoii ,  les  frères  De  Tournes  ,  qui  servaient  aussi 
pour  Genève  ; 

))  A  Paris,  De  Bure  ; 

»   A  Lisbonne,  les  frères  Du  Deux. 

»  Aucun  de  ces  correspondans  ne  prenait  l'ouvrage  que 
»  sur  commande:  de  façon  que  rien  ne  sortait  du  magasin , 
»   qui  ne  fût  vendu. 

»  Quant  à  la  correspondance  des  hagiograplics  pour  les 
»  recherches  et  les  informatiojis  dont  ils  avaient  besoin , 
»  qWc  existait    parliculièiement    dans    les    savans  que  les 


(213  ) 

))  maisons  des  jésuites  reuferuiaicnt   dans  les    différentes 

»  parties  de  l'Europe  et  du   monde  entier. 

»  Ils  avaient  pris  et  suivi  le  système  bien  entendu  de 

»  s'occuper  de  rassembler  des  matériaux  pour  l'avenir  même 

»  le  plus  reculé  ,   en  même   temps  qu'ils  étaient  occupés 

»  à  rédiger  ce  qui  se  trouvait  de  nécessaire  au  travail  pré- 

»  sent » 


§  n. 


La  Société  de  Jésus  fut  supprimée  dans  la  Belgique  par 
des  lettres-patentes  du  13  septembre  1773  ,  ordonnant 
l'exécution  de  la  bulle  de  Clément  XIV  Dominus  ac 
Redemptor,  en  date  du  21  juillet  de  la  même  année. 

Des  commissaires  du  gouvernement ,  tirés  des  tribunaux 
supérieurs  de  justice  ,  se  rendirent ,  le  même  jour  (20  sep- 
tembre) et  à  la  même  beure  ,  dans  tous  les  établissemens 
de  la  Société  :  ils  y  donnèrent  lecture  à  la  communauté 
assemblée ,  de  la  bulle  de  suppression  et  des  lettres-patentes 
qui  la  rendaient  exécutoire;  ils  firent  fermer  les  églises  et 
les  écoles  ;  ils  apposèrent  les  scellés  aux  archives ,  aux 
bibliothèques,  à  l'argenterie  des  églises  et  chapelles,  aux 
dépôts  d'argent ,  aux  sacristies ,  etc. 

Le  conseiller  du  conseil  de  Brabant  VandenCruyce,  chargé 
«le  cette  commission  pour  la  maison  professe  d'Anvers ,  eut 
ordre  «  de  faire  comparaître  les  ci-devant  jésuites  em— 
»  plovés  à  la  rédaction  des  Acta  Sanctorum,  et  de  leur 
»  déclarer  que  le  gouvernement,  satisfait  de  leurs  travaux, 
»  pourrait  être  disposé  à  avoir  pour  eux  des  égards  par- 
»   ticuliers.  » 

Eu  même  temps  que  ces  mesures  étaient  prises,  le  prince 
Charles  de  Lorraine  instituait  un  comité ,  qui  devait  délibérer 
sur  toutes  les  affaires  que  la  suppression  des  jésuites  amène- 


(214) 

rait  (1).  Ce  comité  eut  à  examiner  ,  dans  sa  séance  du 
22  février  1774,  ce  qu'il  convenait  de  faire  par  rapport  aux 
Bollandistes  et  aux  historiographes  :  il  émit  l'opinion  «  que 
»  l'ouvrage  des  Bollandistes  ne  paraissait  point  propre  à 
»  étendre  les  lumières  et  à  propager  les  connaissances 
»  humaines  ;  que  son  objet  avait  déjà  été  rempli  avec  succès 
»  tant  par  les  savantes  recherches  des  bénédictins  fran- 
»  çais ,  que  par  l'excellente  histoire  de  l'abbé  Fleury,  qui 
))  était  entre  les  mains  de  tout  le  monde  ,  tandis  que  l'ou— 
)>  vrage  excessivement  volumineux  des  Bollandistes  ne  pou- 
»  vait  convenir  qu'à  des  bibliothèques  publiques ,  où  peu 
»  de  gens  y  avaient  recours,  et  où  tout  au  plus  quelques 
»   savans  le  consultaient  de  temps  en  temps.  » 

Un  mois  après ,  le  comité  tenait  un  tout  autre  langage  : 
((  L'ouvrage  des  Bollandistes ,  disait-il  dans  un  rapport 
))  du  2  avril  1774  ,  jouit  d'une  réputation  assez  distinguée 
»  dans  l'Europe  savante  :  il  a  été  loué  par  les  écrivains 
»  les  moins  suspects  de  partialité  en  faveur  de  la  Société, 
))  tels  que  Bayle  et  les  auteurs  de  l'Encyclopédie ,  et  son 
»  produit  annuel  de  fl.  2,400 ,  qui  est  fourni  presque 
»  entièrement  par  l'étranger,  mérite  quelque  attention, 
»  en  l'envisageant  comme  un  objet  de  commerce.  Les 
))  fonds  des  Bollandistes  proviennent ,  en  partie ,  de  fon— 
»  dations  et  dotations  faites  par  difTcrens  particuliers  pour 
»  l'avancement  d'un  travail  qu'ils  regardaient  comme 
»  utile  à  l'église  et  propre  à  répandre  un  nouveau  jour 
»  sur  l'histoire  ecclésiastique  ,  et  l'équité  semble  demander 
»   qu'ils    soient    employés    selon    l'intention    des    fonda- 


(i)  Ce  comité  fut  composé,  sous  la  présidence  du  comte  de  Nény, 
cliL'f  et  président  du  conseil  prive  ,  des  conseillers  du  conseil  privé  Leclerc 
et  Philippe  de  Nény,  et  des  conseillers  du  conseil  des  finances  Cornet 
de  Grez  et  T,impcns, 


(215  ) 

»  leurs L'entreprise   des  historiographes  paraît  aussi 

»  mériter  des  encouragemens  de  la  part  du  gouverne- 
»   ment.  L'histoire  intéressante  de  ce  pays  n'a  pas  encore 

»   été  écrite  comme  elle  aurait  dû  l'être »  Le  comité 

lie  pensait  pas  toutefois  que  ces  deux  entreprises  dussent 
<!-tre  confiées ,  au  moins  entièrement ,  à  des  membres  de 
la  Société  supprimée.  Il  trouvait  préférable  d'associer  quel- 
.ques-uns  de  ceux  qui  y  avaient  été  employés  comme  hagio- 
graphes  ou  historix3graphes  ,  à  d'autres  gens  de  lettres ,  ou 
de  faire  présider  à  leur  travail  quelque  savant  sur  les 
principes  duquel  on  pût  compter. 

Il  faut  convenir  que  cette  variation  d'opinions  dans  les 
membres  du  comité  n'était  guère  propre  à  recommander 
ses  propositions. 

Le  prince  de  Starhemberg  (1) ,  à  qui  le  duc  Charles 
de  Lorraine  avait  remis  la  direction  supérieure  des  me- 
sures que  rendait  nécessaires  la  suppression  des  jésuites, 
crut  devoir,  avant  de  s'arrêter  à  un  plan  quelconque 
relativement  à  la  continuation  des  Acta  Sanctorum  et 
des  Analecta  Belgica ,  faire  sonder  les  intentions  des 
anciens  hagiographcs  et  historiographes.  Ceux-ci  déclarè- 
rent être  prêts  à  poursuivre  les  travaux  auxquels  ils  s'étaient 
livrés  jusqu'alors  :  tous  leurs  vœux  se  bornaient  à  être 
nommés  membres  de  l'académie  des  sciences  et  belles- 
lettres  de  Bruxelles-,  ils  se  soumettaient,  du  reste,  au 
traitement    qu'il  plairait  à  l'impératrice  de  leur  assigner. 

L'idée  d'agréger  les  Bollandistes  à  l'académie ,  pour  leur 
faire  continuer  leurs  ouvrages  sous  la  direction  de  ce  corps 
savant,  avait  déjà  été  suggérée  au  prince  de  Starhemberg 


(i)  Il  était  ministre  plénipotentiiiire  de  l'impératrice  pour  le  gouver- 
nement général  des  Pays-Ras,  près  de  la  personne  c!ii  duc  Charles  de 
Lorraine. 


(216) 

par  l'abbé  De  Nélis.  Le  comité  institué  pour  les  affaires 
jésuitiques  la  combattit  de  toutes  ses  forces.  Il  ne  trou- 
vait ,  en  aucun  des  hagiograplies  et  des  historiographes , 
les  qualités  requises  pour  faire  partie  d'une  académie  ; 
il  allait  plus  loin  :  il  prétendait  que  le  jour  de  leur 
admission  dans  l'académie  de  Bruxelles  marquerait  la  déca- 
dence de  cette  compagnie ,  qu'ils  rempliraient  de  tracasse- 
ries et  d'intrigues.  Changeant  encore  une  fois  de  système , 
il  émettait  l'opinion  que  l'on  fit  continuer  les  Acia  Sanc- 
iorum  par  les  régens  et  professeurs  du  grand  pensionnat 
qu'il  était  question  d'établir  à  Bruxelles ,  conjointement 
avec   quelques  savans  qu'on   pensionnerait  à  cet  effet  (1). 

Le  ministre  ,  peu  ébranlé  par  des  avis  qui  se  contredi- 
saient l'un  l'autre,  et  dont  le  caractère  passionné  était 
d'ailleurs  manifeste  ,  persista  à  proposer  au  prince  Charles 
de  Lorraine  que  l'académie  ,  à  laquelle  on  agrégerait 
un  ou  deux  des  Bollandistes  et  des  historiographes  ,  fût 
chargée ,  sous  la  surveillance  du  gouvernement ,  de  la 
continuation  des  Acia  Sanctoruin  et  des  Analecta  Bel— 
gica ,  et  que ,  dans  cette  vue ,  il  lui  fût  assigné  les  rentes 
appartenantes  aux  deux  établissemens  :  moyennant  quoi, 
le  salaire  des  individus  employés  et  tous  les  autres  frais 
seraient  supportés  par  elle.  Le  duc  Charles  de  Lorraine 
transmit  ce  projet  à  l'impératrice ,  en  l'appuyant  de  son 
approbation  (2). 

Le  prince  de  Kaunitzne  trouva  praticables  ni  les  vues  du 
comité,  ni  celles  du  ministre  plénipotentiaire.  Selon  lui, 
le  meilleur  parti  qu'il  y  eût  à  prendre  était  de  faire  con- 
tinuer les  Acia  Sanctorurn  dans  le  même  esprit  qui  avait 
jusqu'alors  présidé  à  leur   rédaction  ,  et  d'y  cm])loyer  en 


(i)  Rapport  (lu  19  octobre  1775. 
(2)  Rchition  du  -il^  avril  1776. 


(  217) 

conséquence  la  même  classe  de  rédacteurs.  La  vie  des 
saints ,  disait-il ,  tient  à  la  religion  :  donc  il  n'appartient 
qu'aux  gens  d'église  de  l'écrire ,  et  les  recherches  qu'exige 
une  pareille  entreprise  ne  peuvent  être  l'affaire  que  d'une 
société  monacale ,  telle  qu'était  celle  des  Bollandistes. 
Kaunitz  pensait  que  l'on  trouverait,  dans  l'une  ou  l'autre 
des  abbayes  de  la  Belgique ,  des  religieux  qui  auraient  du 
goût  pour  l'étude  de  l'histoire  et  de  la  diplomatique  ,  et 
auxquels  on  pourrait ,  dans  la  suite ,  confier  la  continua- 
tion des  ouvrages  des  hagiographes  et  des  historiographes. 
En  attendant ,  rien  n'empêchait  qu'on  en  chargeât  quel- 
ques-uns des  ex-jésuites  qui  y  travaillaient  avant  la  sup  • 
pression  de  leur  ordre  ,  en  les  engageant  à  s'établir  dans 
une  abbaye  où  ils  trouveraient  à  s'associer  des  coopéra— 
teurs  parmi  les  religieux,  qui  à  leur  tour  en  formeraient 
d'autres  avec  le  temps.  Que  si  ,  contre  toute  apparence , 
cet  arrangement  ne  pouvait  s'effectuer  ,  il  n'en  fallait  pas 
moins  préférer,  pour  la  continuation  de  l'ouvrage,  les 
anciens  rédacteurs ,  en  leur  assignant  de  ce  chef  des  pen- 
sions honnêtes ,  toujours  sans  dépendance  aucune  envers 
l'académie.  Il  était  certainement  possible ,  poursuivait-il, 
que ,  parmi  les  membres  de  ce  corps  littéraire  ,  il  y  en 
eût  qui  pussent  être  employés  avec  succès  à  la  compila- 
tion des  Acla  Sanctoriun  :  mais  pourquoi  chercher,  pour 
achever  cet  ouvrage ,  de  nouveaux  ouvriers ,  tandis  que 
l'on  avait  ceux  qui  y  avaient  constamment  travaillé  avec 
le  plus  grand  succès  ?  D'ailleurs ,  ajoutait  le  chancelier , 
il  ne  convenait  en  aucune  façon  que  le  gouvernement 
parût  directement  dans  ce  qui  regardait  le  fonds  du  livre, 
pai'ce  que  la  circonstance  que  telle  ou  telle  opinion  était 
publiée  de  l'aveu  de  l'autorité  supérieure  n'y  donnait 
aucun  poids ,  et  que  le  gouvernement  serait  cependant 
mêlé,  ou  du  moins  cité  d'une  manière  peu  agréable, 
dans  les  querelles  des  savans  :  il  serait  compromis  bien 


(218) 

tkvantage  ,  s'il  arrivait  que  la  cour  de  Rome  fît  mettre 
quelque  tome  à  X'index.  Le  prince  de  Kaunitz  terminait , 
en  faisant  observer  qu'il  serait  contre  les  intérêts  du 
trésor  royal  d'attribuer ,  même  par  forme  d'essai ,  à  l'aca- 
démie, les  revenus  provenant  des  Bollandistes  et  des  his- 
toriographes (1). 

Marie-Thérèse  ayant  adopté  toutes  les  idées  de  son 
chancelier  ,  celui-ci  les  développa  dans  des  instructions 
détaillées  qu'il  fit  parvenir  au  ministère  de  Bruxelles  (2). 

Eclairé  sur  les  volontés  de  la  cour  de  Vienne  ,  le  prince  de 
Starhemberg  n'avait  plus  qu'à  y  conformer  le  plan  qui  devait 
présider  à  la  continuation  des  travaux  des  Bollandistes  :  les 
nombreuses  occupations  dont  était  chargé  ce  ministre , 
furent  cause  toutefois  que  dix- huit  mois  s'écoulèrent  en- 
core avant  qu'une  annonce  officielle  vînt  révéler  au  public 
les  intentions  du  gouvernement  relativement  à  cet  objet. 
Cependant ,  elle  était  attendue  du  monde  savant  avec 
anxiété.  Pendant  les  deux  années  qui  suivirent  la  suppres- 
sion des  jésuites ,  les  Bollandistes  avaient ,  de  l'aveu  du 
ministère  ,  continué  leurs  travaux  à  la  maison  professe 
d'Anvers  :  mais,  en  1775,  celte  maison  ayant  été  destinée 
à  l'établissement  d'une  académie  militaire  ,  ils  s'étaient  vus 
obligés  d'en  sortir,  et  d'y  abandonner  tous  leurs  matériaux  ; 
on  conçut  alors  sérieusement  la  crainte  d'une  interruption 
indéfinie  de  leur  entreprise.  Toutes  les  incertitudes  ces- 
sèrent ,  par  un  décret  du  prince  Charles  de  Lorraine  ,  du 
19  juin  1778. 

Ce  décret,  adressé  aux  conseils  privé  et  des  finances  , 


(i)  I.cUre  de  Kaunitz  au  prince  de  Starhemberg ,  du  8  juin  177G. — 
Rapports  du  même  à  Marie-TJiérbie^  des  2  septembre  et  8  décembre  aicme 
année. 

(2)  Lettre  du  prince  de  Kaunitz  au  prince  de  Starhemberg  ,  du  11  dé- 
cembre 17  ""G. 


(219  ) 

porlail  que  l'impératrice  avait  résolu  de  faire  continuer  les 
yïcta  Sancloni/n  et  les  Analecta  Belyica  ,  d'après  les 
directions  contenues  en  un  plan  en  vingt  articles,  y  annexé  , 
et  dont  voici  les  principales. 

L'établissement  des  BoUandistes  sera  transféré  dans 
l'abbaye  de  Caudenberg  :  il  y  sera  continué  par  les  ex-jésuites 
De  Bye ,  De  Buë  et  Hubens. 

Ces  trois  BoUandistes  auront  un  traitement  fixe  et  des 
émolumens. 

Le  traitement  fixe  consistera  dans  800  florins  de  pension 
pour  chacun  d'eux ,  y  compris  celle  de  300  florins  qui  leur 
était  attribuée  en  qualité  de  membre  de  la  société  sup- 
primée. Cette  pension  leur  sera  payée  leur  vie  durant , 
dans  le  cas  même  que ,  par  défaut  de  santé ,  ils  devinssent 
hors  d'état  de  travailler  ,  ou  qu'ils  cessassent  de  le  faire 
par  des  motifs  agréés  du  gouvernement. 

Ils  auront ,  en  outre  ,  le  logement  et  la  table  dans 
l'abbaye. 

Pour  indemniser ,  de  ces  deux  chefs ,  la  communauté 
de  Caudenberg,  le  gouvernement  lui  paiera  250  florins  à 
titre  du  logement ,  et  250  florins  à  titre  de  la  table ,  pour 
chacun  des  BoUandistes. 

Les  mêmes  avantages  étaient  accordés  à  l'abbé  Ghcsquière, 
en  qualité  d'historiographe  ;  et  de  plus  ,  comme  il  ne  devait 
point  participer  aux  émolumens  dont  jouiraient  les  BoUan- 
distes ,  il  lui  était  assuré  des  gratifications  annuelles,  sur 
les  revenus  du  Muiœum  Bellarmiiii. 

Le  magasin  desyicto  Sutictorum  sera  transporté  à  l'abbave 
de  Caudenberg  ,  qui  fera  le  débit  des  volumes  imprimés 
et  à  imprhner. 

Le  produit  de  la  vente  des  volumes ,  prélèvement  fait 
des  frais  d'impression ,  de  papier  et  autres ,  se  partagera 
comme  suit  :  L'abbaye  aura  la  moitié  du  bénéfice  ,  à  la 
charge  de  récompenser  le  garde  du  magasin ,  un  copiste 


(  220  ) 

qui  travaillera  à  la  mise  au  net  des  manuscrits  ,  et  les 
religieux  élèves  dont  il  sera  question  ci-après.  L'autre  moitié 
appartiendra  aux  rédacteurs ,  entre  lesquels  elle  sera  divisée 
par  portion  égale. 

On  prendra ,  parmi  les  religieux  de  l'abbaye ,  à  l'inter- 
vention des  Bollandistes  et  du  commissaire  du  gouverne- 
ment ,  deux  élèves  ,  pour  les  associer  au  travail  des  Acta 
Satictortim  :  lorsque  ces  élèves  seront  devenus  rédacteurs 
en  chef ,  le  gouvernement  paiera  à  chacun  d'eux  une  pension 
de  440  florins. 

La  bibliothèque  des  Bollandistes  sera  déposée  ,  à  leur 
usage,  dans  leur  appartement,  à  l'abbaye  de  Caudenberg  : 
les  livres  et  manuscrits  qui  ne  pourront  y  trouver  place 
seront  remis  à  la  bil>liothéque  royale. 

Aussitôt  après  l'entrée  des  Bollandistes  à  l'abbaye ,  il  sera 
tenu  un  comité  composé  ,  sous  la  présidence  d'un  commis- 
saire du  gouvernement  ,  de  l'abbé  de  Caudenberg ,  des 
trois  Bollandistes  et  du  religieux  de  l'abbaye  qui  sera  pré- 
posé à  la  garde  du  magasin  et  au  débit  de  l'ouvrage.  Ce 
comité  discutera  tout  ce  qui  concerne  le  matériel  de  l'en- 
treprise :  le  résvdtat  de  ses  délibérations  sera  soumis  au 
gouvernement. 

Les  yjcia  Sanctonini  s'imprimeront  à  l'imprimerie  royale, 
qui  s'enrichira  des  caractères ,  presses ,  fonds  de  papier  et 
autres  efi^ets  de  l'imprimerie  que  les  Bollandistes  avaient 
à  Anvers. 

La  tâche   confiée   à   l'historiographe    Ghesquière   était 
déterminée  comme  suit  : 

Il  extraira  des  y^cla  Sanctormn ,  et  des  matériaux  qu'on 
v  emploie  ,  les  faits  ou  passages  qui  pourront  servir  aux 
yinalecla  Belgica,  ainsi  que  les  jésuites  avaient  l'intention 
de  le  faire. 

11  fera  aussi  des  extraits  ou  des  indications  des  matières 
de   la  collocliou   du   Mitsœuni  Bellarmini.    A   cet  efl^et , 


(  221   ) 

celte  collection  restera  à  son  usage  dan»  l'abbaye ,  soiu  un 
récépissé  à  en  fournir  par  lui. 

Il  gardera  en  outre  et  mettra  en  ordre ,  dans  un  cata- 
logue raisonné ,  les  mémoires  et  notices  que  l'on  demandera 
aux  abbayes  et  maisons  religieuses ,  sur  les  documens  existant 
dans  leurs  archives  et  bibliothèques ,  qui  pourraient  être 
employés  à  la  rédaction  des  Analecta  helgica. 

Aussitôt  que  les  matériaux  nécessaires  seront  préparés , 
il  sera  nommé  un  comité ,  à  l'effet  de  proposer  au  gou- 
vernement ,  sur  le  rapport  de  l'historiographe,  les  personnes 
à  employer,  la  méthode  à  suivre  et  les  arrangemens  à  prendre 
pour  la  rédaction  et  l'édition  des  Analecta  helgica.  L'abbé 
Ghesquiére  sera  ,  de  droit ,  membre  et  secrétaire  de  l'as- 
sociation littéraire   qui  sera  instituée  à  cette  fin. 

Le  ■  dernier  article  du  plan  exprimait  l'intention  de 
l'impératrice  que  l'ouvrage  des  Bollandistes  fût  achevé  le 
plus  tôt  possible ,  et ,  pour  atteindre  ce  but ,  le  gouver- 
nement général  prescrivait  qu'ils  lui  soumissent  un  prospec- 
tus dans  lequel  les  époques  de  publication  des  volumes 
à  paraître  fussent  indiquées. 

Le  prince  de  Starhemberg  avait  jugé  convenable ,  avant 
de  proposer  au  duc  Charles  de  Lorraine  ,  qu'il  décrétât 
ce  plan  ,  de  le  communiquer  à  l'abbé  de  Caudenberg  et 
aux  quatre  ex-jésuites  que  son  exécution  concernait.  Ils 
ne  trouvèrent  rien  à  y  reprendre  d'essentiel.  G.  S.  Warnots , 
abbé  de  Caudenberg,  avait  demandé  lui-même  au  ministre 
que  son  abbaye  fût  préférée  à  d'autres,  pour  établir  les 
Bollandistes  et  le  Musœinn  Bellarmini. 

Pour  compléter  les  arrangemens  ordonnés  par  le  décret 
du  19  juin  1778,  le  duc  Charles  de  Lorraine  nomma ,  le  22 
du  môme  mois ,  le  conseiller  d'état  et  du  conseil  privé , 
De  Kulbcrg ,  commissaire  à  l'effet  de  tenir  la  main  ,  de  la 
part  du  gouvernement ,  «  à  ce  que  la  résolution  prise  par 
»   S.  M.  de  faire  continuer  l'ouvrage  des  AclaSanctorum, 

16 


(  222  ) 

»  ainsi  que  les  recherches  commencées  sous  le  tilre 
»  ^ Analecia  hehjica ,  eût  son  exécution  d'une  manière 
))  autant  prompte  qu'utile.  »  Ce  sont  les  termes  mêmes  de 
l'acte  du  gouverneur-général. 

î  m. 

Dès  le  mois  d'avril  T778,  les  abbés  De  Bye ,  De  Bue, 
Hubens  et  Gliesquière  avaient  été  invités ,  par  le  conseil- 
ler fiscal  de  Brabant ,  au  nom  du  gouvernement  général , 
à  se  rendre  à  Bruxelles,  Ils  répondirent  de  suite  à  cet 
appel ,  et ,  dans  le  courant  du  même  mois ,  ils  étaient  déjà 
installés  à  l'abbaye  de  Caudenberg, 

Le  premier  soin  du  conseiller  De  Kulberg  fut  de  s'as- 
surer de  la  façon  de  penser  de  ces  religieux  relativement 
aux  dispositions  contenues  dans  le  décret  du  19  juin.  Il 
les  trouva  satisfaits,  et  prêts  à  se  livrer  au  travail  avec 
ardeur.  De  son  côté,  l'abbé  de  Caudenberg  montrait  le 
plus  louable  empressement  à  leur  procurer  toutes  les  com- 
modités qu'ils  pouvaient  désirer.  Malheureusement ,  leur 
bibliothèque  et  leurs  archives  avaient  été,  en  1775,  à 
l'occasion  de  l'établissement  de  l'académie  militaire  dans 
la  maison  professe  d'Anvers ,  jetées  confusément ,  et  sans 
inventaire  ,  dans  des  caisses  ,  et  transportées  ainsi  à 
Bruxelles  :  or,  jusqu'à  ce  que  leurs  livres  et  leurs  papiers 
fussent  déposés  et  rangés  à  l'abbaye ,  il  leur  était  im- 
possible de  mettre  la  main  à  l'ouvrage.  Ils  étaient  très- 
inquiets  sur  ce  point  (1). 

Conformément  aux  articles  7   et   10  du  plan,    les  ha- 
giographcs  et  l'abbé  de  Caudenberg  ,  de  commun  accord , 


(•)   ^"yfz>  ^  ^^^  éf;anl,  l'extrait  inséré  a:i  pioccs-vciLal  de  la  séance 
de  la  commission  du  ').'}  octobre  i83/j. 


(  223  ) 

et  (le  i'agr^mcnt  du  commissaire  impérial ,  jfircnt  choix 
de  deux  religieux  de  l'abbaye ,  pour  élèves.  L'un  se  nom- 
mait François-Joseph  Rcynders  :  il  était  âgé  de  29  ans  , 
et  remplissait  les  fonctions  de  proviseur  de  la  commu- 
nauté; l'autre  n'avait  que  22  ans,  et  se  nommait  Jean- 
Baptiste  Fonson  :  tous  deux  étaient  de  Bruxelles  (1).  Fonson 
manifesta  du  zèle  et  d'heureuses  dispositions  pour  les  tra- 
vaux auxquels  on  venait  de  l'associer  ;  aussi  fut-il,  plus  tard, 
comme  je  le  dirai  en  son  lieu ,  agrégé  aux  Bollandistes. 
Mais  Reynders ,  rebuté  par  les  difficultés  qu'il  y  trouvait, 
ne  tarda  pas  à  y  renoncer. 

Pour  remplir  les  vues  de  l'impératrice ,  formulées  dans 
le  dernier  article  du  plan  ,  M.  De  Kulbcrg  convint  avec 
les  hagiographes  des  quatre  points  qui  suivent  : 

I.°  Les  Bollandistes  n'omettaient ,  ci-devant ,  rien  de  ce 
qui  avait  trait  à  la  vie  d'un  saint.  Tout  fait  indistinctement 
qui  y  avait  rapport ,  qu'il  fût  authentique  ou  apocryphe , 
y  était  inséré ,  et  faisait  l'objet  d'un  commentaire ,  où  on 
l'adoptait,  ou  le  rejetait.  Il  fut  jugé  à  propos,  pour  abré- 
ger l'ouvrage,  de  ne  plus  discuter,  dans  les  commentaires, 
que  des  questions  et  des  faits  qui  le  méritassent  par  leur 
importance. 

2."  Les  Bollandistes  avaient  été  constamment  dans  l'usage 
de  publier  toutes  les  vies  d'un  saint  qu'ils  avaient  recueillies, 
même  celles  déjà  mises  en  lumière.  Celte  répétition  fut 
jugée  inutile  :  on  trouva  qu'il  suffisait  de  donner  une  de 
ces  vies ,  en  mettant  sous  les  yeux  du  lecteur ,  de  la 
manière  la  plus  sommaire,  les  faits  nienlionnés  dans  les 
autres ,  qui  n'étaient  point  rappelés  dans  celle  qu'on  lui 
ofl'rait,  ou  qui  n'y  étaient  pas  rapportés  avec  les  mêmes 
détails.  Ce  ne  serait  que  dans  des  circonstances  particu- 


(')  Rapport  du  conseiller  Kulberg ,  du  7  juillet  1778. 


(  224  ) 

liéres,  et  pour  des  raisons  trés-fortes,  qu'on  se  permettrait 
de  reproduire  en  entier  les  vies  d'un  saint  déjà  donnée» 
par  d'autres  écrivains. 

3.°  Des  vies  de  saints  dont  les  Bollandistes  prouvaient 
le  caractère  apocryphe ,  et  qu'ils  rejetaient  comme  telles  , 
n'en  étaient  pas  moins  insérées  tout  au  long  dans  les 
Acla  Sanctoriim ,  même  lorsqu'elles  n'étaient  pas  inédites. 
On  décida  que ,  à  l'avenir ,  l'on  se  bornerait  à  montrer  , 
par  des  extraits  tirés  de  ces  vies  ,  qu'elles  étaient  fabu- 
leuses. 

4.°  Enfin,  on  abrégea  encore  l'ouvrage,  en  convenant 
que  les  miracles  avérés  seraient  seuls,  à  l'avenir,  l'objet 
de  commentaires ,  et  qu'on  ne  s'expliquerait ,  sur  les  autres, 
que  par  de  courtes  remarques.  Antérieurement ,  tous  le» 
miracles  attribués  à  un  saint ,  quels  qu'ils  fussent ,  passaient 
par  le  creuset  de  l'analyse  et  d'une  discussion  critique. 

Ces  différentes  réformes  devaient  produire  une  réduction 
d'un  cinquième  dans  les  travaux  à  terminer.  Mais ,  en  en 
rendant  compte  au  prince  De  Starhemberg ,  par  son  rapport 
du  7  juillet  1778,  M.  De  Kulberg  lui  fit  observer  que  , 
d'après  le  sentiment  des  bagiographes ,  qui  était  aussi  le 
sien ,  il  ne  fallait  point  en  faire  mention  dans  le  prospectus 
à  rendre  public  ,  parce  qu'une  déviation  des  règles  que 
les  Bollandistes  avaient  suivies  jusqu'alors ,  pourrait  discré- 
diter l'ouvrage  aux  yeux  de  certaines  personnes. 

Le  prince  De  Starhemberg  approuva  ces  raisons ,  non 
moins  que  le  système  de  modifications  proposé  par  les  ba- 
giographes. Il  donna  son  assentiment  au  choix  des  deux 
élèves  désignés  parmi  les  religieux  de  Caudenberg.  Il  dé- 
clara que  les  livres ,  les  manuscrits  et  les  papiers  cpie  les 
Bollandistes  possédaient  à  Anvers,  seraient  déposés  à  l'ab- 
baye, pour  l'usage  des  hagiographcs ,  mais  qu'ils  ne  leur 
seraient  confiés  qu'à  titre  de  prêt,  et  sous  inventaire, 
l'impératrice  entendant  se  les  réserver,  pour  en  enrichir. 


(  225  ) 

après  racliévement  des  Acla  Sanetorum,  la  bibliothèque 
de  Bourgogne,  devenue  publique.  «  Quant  à  la  censure  , 
»  poursuivait  le  ministre  (31.  De  Kulberg ,  dans  son  rapport, 
»  avait  avancé  (1)  que  les  BoUandistes  n'avaient  jamais 
T>  voulu  se  soumettre  qu'à  la  censure  ecclésiastique),  je 
;>  vous  prie  ,  monsieur,  de  me  présenter  vos  idées  sur  les 
»  moyens  de  la  remplir  d'une  manière  convenable.  Il  en 
))  faut  une  sans  doute  :  mais  cette  censure  ne  doit  pas 
»  servir  de  contrainte  à  l'opinion  des  rédacteurs.  Le  gou- 
))  vernement  doit  éviter  que  la  censure  ne  le  compromette, 
D  comme  étant  ou  pouvant  être  de  sa  part  une  accession 
»  à  tel  ou  tel  système  qui  serait  en  controverse  entre  les 
j)  théologiens  :  mais ,  tandis  qu'il  est  juste  de  laisser  une 
»  certaine  liberté  aux  rédacteurs ,  il  est  bien  nécessaire 
»  aussi  qu'on  prenne  quelques  précautions  pour  un  ouvrage 
))  continué  maintenant  par  ordre  et  aux  frais  du  gouverne- 
j)  ment.  Lorsque  la  Société  existait ,  les  rédacteurs  avaient 
»  un  frein  ,  parce  que  tous  les  membres  de  l'ordre  étaient 
»  des  surveillans  intéressés  à  prévenir  qu'il  ne  se  glissât 
»  rien  de  contraire  aux  règles  et  aux  ménagemcns  qu'il 
»  était  de  la  prudence  ,  autant  que  de  leur  intérêt ,  de 
»  faire  observer  rigoureusement  :  à  présent  que  ces  cen— 
»  seurs  n'y  sont  plus ,  il  faut  au  moins  un  supplément , 
»  et  prévenir  que  ,  par  les  facilités  qu'on  accorderait  aux 
»  continuateurs ,  on  ne  contrevienne  aux  premières  règles 
)>   qu'on  exige  en  matière  de  censure  (2).  » 

Le  prince  de  Stailiembcrg  revint,  sur  ce  dernier  sujet, 
dans  des  instructions  qu'il  transmit  au  commissaire  impérial, 
en  date  du  20  avril  1779  :  «Ayant  pesé  et  considéré  ,  lui 


(i)  A'oycz  cl-dcssiis,  page  209. 

(2)  Lettre  du  prince  De  Starhemberg  au  conseiller  De  ICulberg,  du  20 
août  1778. 


(  226  ) 

»  écrivit-il ,  tout  ce  qui  concerne  l'article  de  la  censure , 
»  il  a  été  jugé ,  monsieur ,  que  ,  quoiqu'il  ne  s'agisse  et 
»  ne  puisse  s'agir ,  dans  aucun  cas  ,  de  gêner  la  liberté 
»  du  travail  et  des  opinions  des  écrivains  ,  beaucoup  moins 
»  d'adopter  à  cet  égard  une  marche  qui  tendrait  à  faire 
»  présumer  seulement  que  le  gouvernement  voulût  entrer, 
»  en  quelque  manière  que  ce  soit ,  dans  le  fond  des  thèses, 
»  soutènemens ,  discussions  ou  controverses  ,  auxquels 
»  l'ouvrage  peut  donner  matière,  il  était  cependant  in- 
»  dispensable  d'en  assujélir  les  productions  aux  règles 
»  ordinaires  de  la  censure,  réduites  ,  comme  vous  le  savez, 
»  à  la  surveillance  nécessaire  pour  prévenir  que  ,  dans  les 
»  ouvrages  remis  à  l'impression ,  il  ne  se  glisse  rien  de 
»  contraire  à  la  religion ,  à  l'état  et  aux  mœurs.  Vous 
»  voudrez  bien  en  prévenir  l'abbé  de  Caudenberg  ,  ainsi 
»  que  les  rédacteurs  ,  en  leur  développant  l'esprit  de  la 
»  chose ,  et  pourvoir  à  ce  qu'à  mesure  qu'il  y  aura  des 
»  cahiers  à  remettre  à  l'impression ,  on  s'adresse  aux  canaux 
))  ordinaires  :  vous  voudrez  bien  aussi  vous  concerter ,  de 

»  ma  part,   avec  le  procureur-général  de  Brabant » 

Dans  le  mois  d'octobre  1778 ,  on  commença  de  trans- 
porter  à  l'abbaye  de  Caudenberg  les  papiers  des  Bollan- 
distes.  Ceux-ci  avaient ,  au  milieu  de  leur  bibliothècpie, 
à  Anvers,  un  grand  bureau,  avec  240  tiroirs  divisés  par 
mois  et  jours  de  l'année  ,  qui  renfermaient  des  actes  re- 
latifs aux  saints,  et  les  écrits  déjà  préparés  sur  les  vies 
de  ces  saints.  Ce  bureau  fut  replacé  à  Caudenberg.  Tous 
les  documens  qui  y  avaient  été  contenus  furent  retrouvés 
dans  le  meilleur  ordre.  Les  manuscrits  et  les  papiers  du 
Miisœwm  Bellarmini  furent  de  même  successivement  trans- 
portés à  l'abbaye.  Les  hagiographes  et  l'abbé  Ghesquière 
en  donnèrent  rc(;u.  Quant  aux  livres  qui  composaient  les 
bibliothèques  des  deux  établissemens ,  on  en  fit  un  triage  : 
on  leur  remit ,  aussi  sous  récépissé ,  ceux  qu'ils  désigné- 


(  227  ) 

veut  comme  leur  élanl  nécessaires  pour  la  conliuualion 
de  leurs  travaux;  une  autre  partie  fut  destinée  à  être 
vendue  avec  les  livres  des  jésuites  :  le  reste  fut  déposé  à 
la  Ijibliolhèque  royale. 

Le  10  mai  1779  ,  le  conseiller  De  Kulberg  présenta  ses 
vues  au  ministre  plénipotentiaire ,  relativement  aux  Ana- 
lecta  helgica,  dont  la  compilation  était  confiée  à  l'abhé 
Gliesquière.  «  Jusqu'à  présent ,  disait  ce  commissaire ,  ce 
»  titre  d'Jnalecles  belgiques  n'a  présenté  que  des  idées 
»  assez  vagues  sur  la  nature  de  l'ouvrage ,  et  le  pros- 
»  pectus  qui  en  a  été  publié  en  1773,  quelque  soigneu- 
»  sèment  travaillé  qu'il  soit ,  m'a  paru  laisser  beaucoup 
»  à  désirer,  pour  se  le  représenter  dans  le  Trai  jour  et 
))  dans  toute  son  étendue.  »  Il  avait  donc  cru  devoir  en 
conférer  avec  l'abbé  Ghesquière ,  l'un  des  principaux  ré- 
dacteurs du  plan  publié  en  1773,  et  celui-ci,  d'après  le 
résultat  de  leurs  conférences ,  avait  formé  les  projets  sui- 
vans  que  le  commissaire  soumettait  au  ministre  : 

1.°  Idée  des  Analecles  helijiqiies  ; 

2.°  Idée  de  la  marche  dans  la  rédaction  et  impression 
des  Analecles,  suivie  d'un  projet  pour  perpétuer  l'éta- 
blissement des  historiographes  ; 

3.»  Projet  d'une  lettre  de  l'historiographe  Ghesquière 
aux  chapitres ,   aux  abbayes  et  autres  maisons  religieuses  ; 

4  •"  Liste  des  chapitres ,  abbayes  et  maisons  religieuses 
auxquelles  cette  lettre  pouvait  être  envoyée  ; 

5."  Observations  sur  le  projet  concernant  la  formation 
d'un  dépôt  public  d'antiquités. 

M.  De  Rciffenbcrg  a  donné  une  analyse  fidèle  de  la 
j)remière  de  ces  pièces  (  voy.  le  procès-verbal  de  la  séance 
du  27  octobre  1834)  :  je  n'ai  donc  pas  besoin  de  m'y 
arrêter. 

Dans  la  seconde,  qui  était  signée  aussi  par  Ghesqutèrc, 
et  portail  la  date  du  G  mai  1771),   il  assurait  qu'il  serait 


(  228  ) 

à  même  de  faire  imprimer,  chaque  aimée,  au  moins  un 
volume  des  j^ctes  des  Saints  hclgîqiies ,  format  in-4.» 
et  de  750  pages.  Il  comptait  avoir  terminé  cette  partie 
des  Analectes  en  dix  ans. 

Il  évaluait  à  cinq  ou  six  volumes  du  même  format ,  le 
contenu  de  la  première  partie  des  Analectes,  qui  devait 
être  consacrée  à  des  recherches  concernant  les  provinces 
et  les  peuples  des  Pays-Bas,  suivant  leurs  divers  états,  sous 
les  Celtes,  les  Romains,  les  Francs 5  sous  les  divers  comtes, 
ducs  ou  seigneurs  particuliers;  sous  les  Bourguignons  et 
Ja  maison  d'Autriche.  Il  croyait  pouvoir  fournir,  tous  les 
deux  ans  et  demi ,  un  volume  de  cette  partie ,  en  même 
temps  que  deux  des  Actes  des  Saints. 

Enfin ,  la  troisième  partie  des  Analectes ,  qui  devait 
contenir  les  chroniques  belges  inédites ,  tant  latines  que 
françaises  et  flamandes,  aurait  formé  cinq  volumes  in-4.°, 
en  n'y  comprenant  que  la  chronique  rimée  de  Brabant , 
celle  de  De  Dynter  ,  et  celle  de  Corsendonc.  Si  l'on  y 
joignait  les  diplômes  publiés  par  Mirœus  d'après  des  copies 
infidèles,  ou  d'après  des  cartulaires  peu  exacts,  et  les 
chartes  qu'il  n'avait  pas  connues ,  elle  s'augmenterait  d'un 
volume.  Il  faudrait  la  porter  à  dix  volumes,  dans  le  cas 
qu'on  voulût  la  grossir  d'une  nouvelle  édition  de  certaines 
chroniques  de  villes ,  d'évèchés  ou  de  monastères ,  telles 
que  la  chronique  de  Cambrai  et  d'Arras  attribuée  à  Bal- 
deric ,  l'une  des  meilleures  qui  existassent ,  et  qui  était 
devenue  très-rare  ;  les  chroniques  des  abbayes  de  Villers , 
de  Lobbes  ,  de  Stavelot ,  de  Saint-Martin  de  Tournai , 
de  Vicogne ,  de  Saint-Bertin  ,  etc. ,  qu'on  ne  trouvait 
imprimées  que  dans  les  vastes  collections  de  DAchéry ,  de 
Marléne  ou  de  Blabillon ,  ou  dans  d'autres  recueils ,  devenus 
bien  rares  et  très-chers. 

Après    avoir    développé    ces    dilTércns    points  ,    l'abbé 
Ghesquière  étendait  ses  Aues  au-delà  du  terme  qui  pouvait 


(  229  ) 

être  nécessaire  pour  l'achévenaent  des  AnaUctes.  Il  voulait 
que  l'on  jetât  les  fonderaens ,  à  l'abbaye  de  Caudenberg , 
d'une  société  littéraire  qui,  lorsque  ce  recueil  aurait  été 
publié ,  s'occupât  de  mettre  au  jour  d'autres  ouvrages , 
et  notamment  1.°  une  histoire  suivie  des  Pays-Bas  en 
langue  française ,  ou  bien  un  abrégé  chronologique  de 
cette  histoire,  dans  le  goût  de  celui  fait  par  le  président 
Hénault;  2."  une  histoire  littéraire  des  Pays-Bas,  en 
français  ou  en  latin,  modelée  sur  celle  de  l'histoire  litté- 
raire de  la  France  par  les  Bénédictins;  3.°  un  recueil 
complet  des  antiquités  belgiques.  Les  statues ,  les  bas-re- 
liefs ,  les  cachets ,  les  médailles  ,  les  anneaux ,  les  brace- 
lets ,  les  amulettes  et  généralement  toutes  autres  antiquités 
romaines 'trouvées  dans  les  Pays-Bas,  auraient  composé 
la  première  partie  de  ce  recueil  :  dans  la  seconde  seraient 
entrés  les  mausolées  ,  sarcophages  et  autres  monumens 
sépulcraux  des  princes ,  des  évéques  ou  des  personnes 
illustres  des  Pays-Bas  ;  les  sceaux  ,  les  cachets ,  les  armoi- 
ries dont  les  anciens  souverains  des  dix-sept  provinces 
se  servaient  ;  les  monnaies  frappées  dans  les  Pays-Bas  sous 
les  princes  carlovingicns ;  les  monnaies  des  ducs,  comtes 
ou  seigneurs  de  ces  provinces,  frappées  avant  1500. 

Cette  pièce  était  suivie  d'une  note ,  dans  laquelle 
Ghcsquière  proposait  que  l'on  donnât  à  la  société  à  ériger 
dans  l'abbaye  de  Caudenberg  le  titre  de  Société  des  Anli- 
(piaires  de  Bruxelles ,  et  que  l'on  formât  dans  la  même 
abbaye  un  dépôt  d'antiques. 

La  lettre  à  écrire  aux  chapitres ,  aux  abbayes  et  autres 
maisons  religieuses  avait  pour  objet  d'obtenir  de  ces  corps 
une  liste  détaillée  des  chroniques  ,  diplômes ,  chartes , 
actes  de  conciles  ou  synodes  tenus  dans  les  Pays-Bas  avant 
lôOO  ,  ainsi  que  de  toutes  autres  pièces  historiques  existant 
en  manuscrit  dans  leurs  archives  ou  bibliothèques. 

Dans    la    cinquième    pièce    citée    ci -dessus  ,    l'abbé 


(  230  ) 

Ghesquière  présentait  des  observations  dont  quelques-unes 
me  paraissent  mériter  d'être  transcrites  ici  :  «  Il  y  a  près 
»  d'un  siècle  et  demi ,  disait-il ,  que  la  seule  partie  des 
»  Pays-Bas  actuellement  soumise  à  l'auguste  maison 
»  d'Autriche ,  ne  cédait  à  aucun  pays  de  l'Europe ,  pas 
»  même  à  l'Italie  entière,  ni  pour  l'érudition  des  anti- 
»  quaires ,  ni  pourle  nombre  des  beaux  cabinets  d'antiquités. 

»  Les  Goltzius ,  les  Laurinus ,  les  Nonnius ,  les  Orlelius, 
»  les  Livinus  Torrentius ,  les  Livinus  Hulsius ,  les  Gorlœus  , 
»  les  Tlieodorus  Gallœus  ,  les  Andreeas  Schottus  ,  les 
»  Hemelarius ,  les  Geyartius ,  les  Albertus  Rubenius , 
»  tous  nés  ou  établis  dans  cette  partie  des  Pavs-Bas , 
»  seront  à  jamais  mémorables  dans  les  fastes  littéraires , 
»  et  figureront  avec  distinction  à  côté  des  plus  célèbres 
»  antiquaires  que  toutes  les  autres  parties  de  l'Europe  ont 
»   produits  depuis  le  rétablissement  des  belles-lettres. 

»  Il  existait  alors ,  dans  les  seuls  Pays-Bas ,  un  plus 
»  grand  nombre  de  cabinets  d'antiquités ,  que  dans  toute 
»  l'Allemagne  et  l'Espagne ,  prises  ensemble  ;  et ,  si  l'on 
»  en  doit  croire  un  auteur ,  très-modéré  dans  tout  ce  qu'il 
»  a  avancé  ,  le  nombre  des  cabinets  d'antiquités  formés 
»   dans  les  Pays-Bas  allait  alors  jusqu'à  deux  cents. 

»  Mais  ,  malheureusement  pour  ces  mêmes  pays ,  il  n'est 
»  que  trop  avéré  que  la  plupart  des  monumens  les  plus 
»  respectables  de  l'antiquité  y  ont  subi  un  sort  bien  fatal , 
»  entre  les  mains  de  ceux  qui  les  possédèrent  après  la 
»  mort  de  ces  grands  hommes  ,  et  que ,  malgré  l'exemple 
»  de  nos  voisins  ,  qui ,  depuis  plus  d'un  siècle  ,  les  recher- 
»  chent  si  avidement ,  ces  mêmes  trésors  ,  que  la  terre 
))  semblait  n'avoir  cachés  dans  son  sein ,  que  pour  les  sauver 
»  de  la  fureur  des  barJiares  ,  sont  devenus  ,  chez  nous , 
»   la  victime  de  l'avarice,  ou  le  jouet  de  l'ignorance 

»  Si  l'on  excepte ,  continuait-il ,  le  cabinet  d'antiquités 
))  de  son  altesse  royale  notre  sérénissime  gouverneur ,  celui 


(231  ) 

»  de  MM.  les  chanoines  de  la  cathédrale  de  Tournai, 
»  celui  de  M.  le  comte  de  Leeuwerghem  à  Gand,  quoique 
»  peu  complet  quant  à  la  partie  des  antiques ,  enfin  la 
»  petite  collection  que  le  soussigné  a  formée  avec  les  secours 
>)  pécuniaires  de  ses  parens ,  à  peine  trouTerait-on ,  dans 
»  tous  les  Pays-Bas  autrichiens ,  un  seul  cabinet  d'anti- 
»  quités  grecques  ou  romaines ,  qui  soit  digne  d'un  coup- 
»  d'œil  de  la  part  d'un  étranger  curieux  ,  ou  qui  puisse 
»   servir  à  l'éclaircissement  de  l'histoire  ancienne.  » 

Ghcsquière  s'attachait  ensuite  à  faire  ressortir  l'impor- 
tance des  collections  d'antiquités ,  non-seulement  sous  le 
rapport  de  l'art ,  dont  elles  servaient  à  constater  les  com- 
mencemens  et  les  progrès  ,  mais  aussi  sous  celui  de  l'his- 
toire :  «  Combien  de  fois ,  s'écriait-il ,  une  seule  médaille 
»  ancienne ,  un  bas-relief  antique ,  ou  tout  autre  nionu- 
»  ment  ancien,  n'ont-ils  pas  jeté  plus  de  jour  sur  un  fait 
»  contesté ,  ou  sur  une  époque  douteuse  ,  qu'un  long 
)>  mémoire  académique  !  » 

Le  conseiller  De  Kulberg  appuyait  et  recommandait  toutes 
les  idées  suggérées  par  l'historiographe  de  l'impératrice  ; 
leur  exécution  ne  pouvait ,  selon  lui ,  que  faire  beaucoup 
d'honneur  aux  lettres  ,  et  répandre  un  nouveau  lustre  sur 
la  Belgique  :  seulement ,  il  lui  paraissait  impossible  qu'un 
seul  homme ,  parvenu  à  l'âge  de  cinquante  ans ,  accomplît 
une  entreprise  aussi  vaste.  Il  rappelait ,  à  cette  occasion  , 
au  ministre  plénipotentiaire ,  que  Ghesquiére  avait  eu , 
pendant  un  an ,  pour  associés  au  travail  des  Analectes , 
immédiatement  après  la  publication  du  prospectus  en  1773  , 
les  abbés  Lensens  et  Cornet  ;  il  disait  que  ces  deux  sujets 
avaient  prouvé  leur  aptitude  à  ce  travail,  et  il  concluait  à 
ce  qu'ils  fussent  adjoints  à  l'abbé  Ghesquiére  ,  avec  les 
mêmes  avantages  qui  étaient  assurés  à  celui-ci  :  au  moyen 
de  quoi  ,  l'établissement  hisloriographique  acquerrait  la 
consistance  qui  avait  été  donnée  a  l'hagiographie. 


(  232  ) 

■  Mais  la  cour  de  Vienne  ,  tout  en  regardant  comme  un 
deToir  de  faire  continuer  les  ^cta  Sanctorum  et  les  Analecta 
helgica  ,  pour  lesquels  elle  avait  trouvé  des  dotations 
spéciales  dans  la  succession  jésuitique ,  n'entendait  pas  y 
consacrer  même  les  revenus  de  ces  fondations,  tout  entiers. 
Le  prince  De  Starhemberg  fit  connaître  au  conseiller  De 
Kulberg  que ,  quoique  les  vues  de  l'abbé  Ghesquiére  fussent 
honnes ,  et  que  son  plan  pût  même  avoir  des  avantages 
(je  me  sers  de  ses  propres  expressions),  les  directions  qu'il 
avait  reçues  de  la  cour  impériale  ne  lui  permettaient  pas 
de  concourir  à  leur  exécution.  Il  lui  était  expressément 
recommandé  de  n'excéder,  dans  aucun  cas,  pour  la  dépense 
des  Analecta,  la  somme  annuelle  de  1,500  florins,  qui 
formait ,  à  3  p.  °/o ,  le  revenu  de  la  dotation  du  Musœum 
Bellarmini  :  il  était  donc  impossible  de  donner  à  l'abbé 
Ghesquiére  des  coopérateurs ,  aux  frais  du  gouvernement, 
Le  ministre  plénipotentiaire  faisait  encore  observer  a  M.  Do 
Kulberg  que ,  d'après  le  décret  d'établissement  de  l'ha- 
giographie et  de  l'historiographie,  conforme  aux  instructions 
de  Vienne ,  les  travaux  de  l'historiographe  devaient  consister, 
pour  le  moment ,  non  pas  à  publier  les  Analecta  helgica  , 
mais  à  en  rassembler  les  matériaux  ;  qu'ainsi ,  l'abbé 
Ghesquiére  avait  poussé  ses  idées  trop  loin  :  ce  qui  n'em- 
pêchait pourtant  pas  que,  si  l'on  trouvait  le  moyen  de  livrer 
au  public  quelque  partie  des  Analecles,  sans  qu'il  en  résultât 
des  frais  pour  le  trésor  royal ,  cela  ne  se  fît.  Le  ministre 
invitait  le  commissaire  du  gouvernement  à  lui  présenter 
un  nouveau  plan ,  conçu  d'après  ces  observations ,  et  il  lui 
témoignait  le  désir  qu'il  le  format  de  concert  avec  l'abbé 
Nélis.  (1) 


(i)  Letlre  du  prince  fie  Starliemberg  du  9  août  1779,  et  mémoire  y 
joint. 


(  235  ) 

M.  De  Rulberg  satisfit  à  la  demande  du  ministre  par 
un  rapport  en  date  du  15  septembre  1779.  D'accord  avec 
M.  De  jNélis,  il  y  proposait  l'établissement  d'une  association 
de  gens  de  lettres  qui  aurait  son  siège  à  l'abbaye  de  Cau- 
dcnbcrg,  et  qui  serait  composée  de  l'abbé  Nélis,  du  baron 
De  Fraula ,  de  l'abbé  Hejlen  ,  prévôt  de  Lierre ,  tous  trois 
membres  de  l'Académie  des  Sciences  et  Belles-Lettres  de 
Bruxelles  ;  de  l'abbé  Gliesquière ,  de  l'abbé  Lensens  qu'on 
lui  adjoindrait ,  sans  charge  nouvelle  pour  les  finances 
royales  (l'abbé  de  Caudenberg  offrant  de  le  loger  gratis 
et  de  lui  fournir  la  table  ,  moyennant  une  indemnité  à 
prélever  sur  le  produit  éventuel  des  publications  à  faire); 
enfin  de  l'abbé  de  Caudenberg  lui-même ,  sous  la  prési- 
dence d'un  commissaire  du  gouvernement.  Cette  association 
commencerait  de  suite  la  publication  des  Analectes,  Mon- 
sieur De  Nélis  et  lui  avaient  trouvé  que  borner  le  travail 
de  l'abbé  Ghesquiére ,  pendant  un  assez  grand  nombre 
d'années,  à  recueillir  des  pièces,  pour  laisser  peut-être, 
après  lui,  tout  l'honneur  de  leur  mise  en  lumière  à  d'autres, 
serait  peu  encourageant  et  peu  équitable  d'ailleurs.  «  En 
»  second  lieu ,  continuait  3L  De  Kulbcrg ,  M.  De  Nélis  juge, 
»  comme  moi ,  que  l'on  tirera  infiniment  plus  de  parti  d'une 
>)  association  formée  dans  le  moment  présent ,  que  d'atten- 
»  dre,  pour  la  composer,  qu'on  ait  complètement  vers  soi 
»  tous  les  matériaux  ,  tels  qu'on  les  aura  jugés  nécessaires 
»  pour  en  entamer  la  rédaction.  Une  société  de  gens  de 
»  lettres  qui  se  réunit  dans  un  premier  moment ,  pour 
»  recueillir,  rédiger  et  perfectionner  en  commun ,  de  côn- 
»  cert  et  en  même  temps,  un  ouvrage,  et  qui  coopère 
»  ainsi  avec  unanimité,  sera  toujours  infiniment  plus  utile 
»  à  la  chose,  qu'une  association  formée  après  la-  colloclion 
»  de  tous  les  matériaux,  à  laquelle  les  membres  n'auront 
»  eu  aucune  part,  et  qui,  après  le  temps  emplové ,  pen- 
)>  dc^nt  un  grand  nombre  d'années ,  par  une  personne  seule, 


(  234  ) 

»  pour  colliger  et  tenir  des  notes  à  sa  façon  et  à  sa  propre 
»  méthode ,  devront  commencer  par  donner  un  temps 
»  considérable  encore  à  l'examen  et  analyse  des  matériaux 
))  et  des  notes,  avant  d'en  pouvoir  tirer  parti,  et  d'être 
))   en  état  de  les  mettre  en  œuvre.  » 

Le  ministre  plénipotentiaire ,  après  en  avoir  référé  au 
prince  De  Kaunilz ,  informa  M.  De  Kulberg  qu'il  accédait 
entièrement  à  ce  que  celui-ci  avait  proposé  par  son  rapport , 
«  pourvu  toutefois  qne  les  frais ,  y  compris  le  traitement 
))  dont  l'abbé  Ghesquière  jouissait,  et  ce  que  le  trésor  royal 
»  payait  aussi ,  pour  son  compte,  ou  à  son  sujet ,  à  l'abbaye 
))  de  Caudenberg ,  n'excédât  pas  la  somme  annuelle  de 
»  1,500  florins.  »  M.  De  Kulberg  pouvait  donc,  après 
s'être  entendu  derechef  avec  M.  De  Nélis ,  faire  les  dis- 
positions nécessaires  pour  mettre  leur  projet  à  exécution. 

Mais  de  nouvelles  combinaisons  succédèrent ,  en  peu  de 
temps ,  à  celles  qui  venaient  d'être  adoptées. 

L'Académie  impériale  et  royale  des  Sciences  et  Belles- 
Lettres,  fondée,  depuis  peu  d'années,  à  Bruxelles,  par 
Marie-Thérèse  ,  ne  fut  pas  plutôt  instruite  du  projet 
d'érection  d'une  société  littéraire ,  formée  avec  la  mission 
de  publier  les  Analectes  helgiques ,  qu'elle  en  éprouva 
de  l'inquiétude,  peut-être  même  de  la  jalousie.  «  Cette 
»  inquiétude  produisit  dans  son  sein  une  espèce  d'agita- 
»  tion.  Elle  crut  entrevoir,  en  cela,  le  dessein  formé 
»  d'élever  autel  contre  autel ,  le  but  de  lui  ravir  le  mérite 
»  et  la  gloire  d'un  travail  qu'elle  regardait  comme  lui 
)>  appartenant  exclusivement  ;  elle  se  le  persuada ,  et ,  par 
»  une  marche  conséquente  à  cette  persuasion,  elle  mé- 
»  dila  de  faire  usage  de  moyens  propres  à  empêcher 
»  l'érection ,  ou  du  moins  les  progrès  de  cette  société 
»  littéraire,  comme  lui  étant  étrangère  (1). 


(i)  Hap()()ïl   du  coiiscilUr  KuILcrg    au   prince    De  Stailiemberg ,  du 
2  mai  l'-Si. 


(  235  ) 

Le  premier  moyen  que  l'Acadcmic  employa  fut  il'alllrer 
à  elle  l'abbé  Ghesquière,  en  l'appelant  à  faire  partie  de 
son  corps.  Ensuite  elle  créa  un  comité  qu'elle  chargea  de 
publier  les  monumens  de  l'histoire  du  pays  ;  elle  le  com- 
posa du  marquis  Du  ChasteJer,  de  l'abbé  De  Nélis,  de 
M3I.  Gérard  et  Des  Roches ,  et  de  l'abbé  Ghesquière.  Ce 
comité  tint  ses  premières  séances  dans  le  mois  de  novem- 
bre 1780  ,  sous  la  présidence  du  marquis  Du  Chasleler. 

Cela  fait ,  elle  s'efforça  de  démontrer  au  prince  De 
Starhemberg  que  l'établissement  d'une  société  particulière 
de  gens  de  lettres  à  l'abbaye  de  Caudenberg,  pour  la 
publication  des  Analectes ,  devenait  inutile,  et  qu'il  était 
préférable  d'en  confier  le  soin  au  comité  qu'elle  avait  tiré 
de  son  sein.  Le  marquis  Du  Chasteîcr  et  l'abbé  De  Nélis 
s'employèrent  chaudement ,  dans  ce  but ,  auprès  du  mi- 
nistre :  le  conseiller  De  Rulberg  y  concourut  lui-nièrae, 
en  proposant ,  par  un  rapport  spécial ,  que  la  rédaction 
des  Analectes  et  l'emploi  des  fonds  annuels  du  Musœinn 
j&e//ar»m'm,  subordonnés  aux  dispositions  qui  avaient  été 
faites  antérieurement,  fussent  confiés  au  comité  histori- 
que (1).  11  fit  plus  :  comme  le  marquis  Du  Chasteler  avait 
un  vif  désir  d'être  nommé  commissaire  du  gouvernement 
prés  le  comité ,  il  pria  le  ministre  de  lui  conférer  cette 
commission,  que  lui  Kulberg  avait  remplie  jusqu'alors. 
Tous  ces  arrangemens  furent  sanctionnés  par  diûiérentes 
dépêches  du  prince  De  Starhemberg ,  datées  du  10  mai  1781 . 

L'une  s'adressait  au  chancelier  de  Brabant ,  3L  De 
Crumpipcn,  en  sa  qualité  de  président  de  l'Académie.  Le 
ministre  l'informait  (pi'il  avait  résolu  de  transmettre  la 
direction ,  tant  littéraire  (ju'économiquc ,  du  Jlnsœurn 
Bellarmini ,  au  marquis  Du  Chasleler,  et  lui  communi- 


(i)  Riipi'ort  au  prince  De  Slarliembcrg  ,  ilu  i  mai   1781. 


(  256  ) 

quait  les  principaux  points  des  instructions  données  à 
celui-ci. 

La  seconde  était  écrite  au  marquis  Du  Chasteler.  Après 
lui  avoir  notifié  la  résolution  qui  l'appelait  à  remplacer 
le  conseiller  De  Kulberg  dans  la  direction  du  Musée 
Bellarmin,  le  ministre  excitait  son  zèle,  ses  soins  et  son 
activité ,  pour  accélérer ,  autant  qu'il  pouvait  dépendre 
de  lui  ,  les  progrès  -d'un  établissement  aussi  utile.  «  En 
»  même  temps ,  ajoutait-il  ,  je  ne  puis  me  dispenser  de 
)>  vous  recommander  beaucoup  de  prudence  et  de  ména- 
»  gemens  dans  les  résolutions  que  le  comité  prendra  , 
»  soit  relativement  à  l'impression  de  quelque  manuscrit 
»  ou  autre  ouvrage  destiné  à  entrer  dans  le  recueil  des 
»  Analectes  helgifj[ues  :;  soit  par  rapport  à  de  nouveaux 
»  objets  de  dépense ,  qui  ne  sauraient  entrer  dans  les 
»  vues  de  S.  M. ,  ni  dans  celles  du  gouvernement;  soit 
))  enfin  qu'il  s'agisse  de  quelques  annonces  à  insérer  dans 
»  les  feuilles  publiques ,  dont  il  conviendra  qu'avant  tout , 
»  vous  communiquiez  les  projets  au  président  de  l'Aca— 
»  demie,  avec  lequel  vous  vous  entendrez  aussi  toutes 
»  les  fois  qu'il  sera  question  de  délibérer  au  comité  sur 
»  quelque  affaire  extraordinaire  ou  intéressante;  et,  lorsque 
))  le  président  jugera  à  propos  de  se  rendre  aux  assemblées 
»  du  comité,  il  va  sans  dire  qu'il  doit  avoir  la  préséance 
»   et  la  semonce ,  tout  comme  il  les  a  à  l'Académie ,  dont 

»  le  comité   est  une  annexe »    Un  mémoire ,  joint  à 

cette  dépêche  pour  servir  d'instructions  au  nouveau  com- 
missaire du  gouvernement,  le  chargeait  d'assembler,  de 
temps  en  temps,  soit  chez  lui,  soit  en  l'abbaye  de  Cau- 
dcnbcrg,  les  membres  du  comité,  à  l'eflet  de  débbérer 
sur  l'objet  des  travaux  qui  leur  étaient  confiés  ;  de  faire 
tenir ,  par  l'abbé  Ghesquière ,  un  protocole  de  ces  déli- 
bérations,  et  cnfiu  de  rendre  compte,  par  écrit,  de  mois 
en  mois ,  au  ministre  plénipotentiaire  ,  de  l'état  des  choses. 


(  237  ) 

Une  partie  des  livres  appartenant  au  Musœum  Bellor- 
tnini  avait  été ,  comme  je  l'ai  dit  ci-dessus ,  réservée  pour 
la  ])iblioLhèque  royale,  et  d'autres  étaient  même  destinés 
à  être  vendus.  D'après  le  désir  exprimé  par  le  comité 
historique ,  une  lettre  ,  en  date  du  même  jour ,  du  prince 
De  Starhemberg,  adressée  à  M.  Gérard,  auditeur  de  la 
chambre  des  comptes,  auquel  avait  été  donnée  la  com- 
mission de  rassembler  et  cataloguer  toutes  les  bibliothè- 
ques des  jésuites ,  lui  prescrivit  de  faire  transporter  ces 
livres  à  l'abbaye  de  Caudenbcrg ,  où  demeurait  l'abbé 
Ghesquiére. 

En  même  temps,  l'abbé  Chevalier,  conservateur  de  la 
bibliothèque  royale,  recevait  l'autorisation  de  laisser  sui- 
vre aux  membres  du  comité ,  sous  leur  récépissé ,  et  par 
deux  volumes  à  la  fois ,  tous  les  ouvrages ,  manuscrits  ou 
imprimés,  dont  ils  auraient  besoin  pour  leurs  travaux. 

L'ardeur  que  le  comité  établi  par  l'Académie  manifes- 
tait pour  la  publication  des  monumens  de  l'histoire  natio- 
nale ,  et  les  connaissances  qu'on  se  plaisait  à  reconnaître 
dans  les  membies  dont  il  était  composé ,  firent ,  à  sa 
naissance ,  concevoir  le  plus  heureux  augure  de  ses  tra- 
vaux. La  vérité  m'oblige  à  le  dire  :  le  résultat  ne  répon- 
dit que  médiocrement  à  l'attente.  L'abbé  Ghesquiére  seul 
accomplit  avec  honneur  la  lâche  qu'il  s'était  imposée.  Ses 
collègues ,  à  l'exception  du  marquis  Du  Chaslcler ,  qui 
publia  un  petit  volume  in-4.",  la  chronique  de  Gilbert, 
chancelier  de  Baudouin  V,  comte  de  ïïainaut,  ne  produi- 
sirent rien.  Il  est  vrai  que,  en  1783,  l'abbé  De  Nélis 
annonça  le  dessein  de  mettre  au  jour,  en  30  à  35  vofu- 
mcs  in-4."  ,  une  collection  d'historiens  belgiques;  mais 
ce  projet  ne  fut  suivi  d'aucune  exécution.  Peut-clrc, 
dans  cette  occasion ,  le  7.èle  et  les  talens  des  membres 
du  comité  furent-ils  paralysés  par  un  obstacle  qui  a  fait 
avorter  bien  des  entreprises  du  même  genre  :  le  manque 

17 


(  238  ) 

(les  fonds  nécessaires.  L'abbé  Ghesquière  était  le  seul 
d'entre  eux  qiii  fût  indemnisé  de  ses  travaux ,  et  les  frais 
de  publication  devaient  se  couvrir  par  le  produit  de  la 
vente  des  ouvrages  :  ressource  qui  devint  aussi  précaire 
qu'insuffisante  ,  du  moment  où  Joseph  II  supprima  une 
partie  des  maisons  religieuses .  et  priva  par— là  les  entre- 
prises littéraires  des  principaux  souscripteurs  qui  les  avaient 
soutenues  jusqu'alors. 

Les  publications  de  l'abbé  Ghesquière  eurent  lieu  dans 
l'ordre  suivant  : 

Le  premier  volume  des  Acta  Sanciorittn  Belgii  selecta 
parut  en  1783;  le  deuxième,  en  1784;  le  troisième, 
en  1785  ;  le  quatrième,  en  1787;  le  cinquième  ,  en  1789  (1). 
Tous  sortirent  des  presses  de  Lemaire ,  à  Bruxelles. 

En  1785,  l'abbé  Corneille  De  Smet  fut  adjoint  à 
Ghesquière  ,  en  qualité  de  lecteuï'  et  cojiiste  d'anciennes 
écritures  ;  le  gouvernement  lui  assigna ,  pour  ce  travail , 
une  gratification  annuelle  de  300  florins.  Plus  tard ,  il 
reçut  aussi  le  titre  ^historiographe.  Il  travailla ,  avec 
Ghesquière ,  à  la  rédaction  des  tomes  III ,  IV  et  V  des 
Acla  Sanctorwn  Belgii. 

Je  reviens  à  l'établissement  des  hagiographcs. 

Ce  ne  fut  que  dans  les  premiers  mois  de  l'année  1 780 , 
que  cet  établissement  eut  pris  toute  sa  consistance.  Le 
conseiller  De  Kulbcrff  en  déduisait  les  raisons  dans  un 
rapport  au  ministre  plénipotentiaire  (2)  :  «  Les  bàtimens 
»  que  l'abbé  de  Caudenberg  a  érigés ,  par  destination 
»  propre  à  l'établissement ,  tant  pour  le  logement  des 
»   hagiographcs  ,  que  pour  l'emplacement  de  leur  biblio— 


(i)  Ghesquière   fit  pnraîtrc,  en   179Î,  :"»  l'abbnyc    de    Tongcrloo,  le 
6.''  volume,  en  compagnie  avec  le  pbreTliys,  religieux  de  cette  abbaye. 
(2)  Rapport  lin  i  mai   1-80. 


(  239  ) 

»  lhèt[iie;  la  remise  de  tous  leurs  livres,  manuscrifs  cl 
»  papiers,  ainsi  que  l'arrangement  de  celte  bibliothètjue 
»  inléressante  :  tout  cela,  disait-il  ,  n'a  demandé  rien 
»  moins  que  les  deux  années  écoulées  ;  et  maintenant , 
»  tout  est  achevé  et  fini ,  au  point  qu'on  peut  dire ,  dans 
»  toute  l'étendue  du  terme  et  de  la  chose  ,  que  cet  éta- 
»  Llissement  existe  en  l'abbaye  de  Caudenberg,  comme 
»  il  existait  dans  la  maison  professe  des  jésuites  à  Anvers.  » 

Le  51.®  \olurae  des  Acla  Sanctorum ,  qui  étail  le  4.^ 
du  mois  d'octobre,  parut  Ters  la  fin  de  la  même  année. 
Les  bagiographes  avaient  sollicité  la  faveur  de  pouvoir  le 
dédier  à  rimpératrice  elle-même.  Marie— Thérèse  préféra 
qu'il  le  fût  à  l'un  de  ses  fils  qu'elle  chérissait  particuliè- 
rement ,  l'archiduc  Maximilien. 

Au  mois  de  mai  1781,  le  religieux  de  Caudenberg, 
J.  B.  Fonson ,  fut  agrégé  à  l'hagiographie  avec  ime  pen- 
sion de  440  florins  (1)  ,  et  une  part  dans  les  bénéfices 
égale  à  celle  des  autres  associés  (2).  Cette  décision  fut 
rendue  par  le  prince  De  Slarhemberg ,  sur  le  rapport 
du  commissaire  du  gouvernement ,  à  la  demande  des 
abbés  De  Eve  ,  De  Buë  et  Hubens ,  qui  voulurent  recon- 
naître par-là  l'application ,  la  conduite  et  les  talens  de  ce 
jeune  religieux.  Le  ministre  accorda  ,  dans  le  même  temps, 
aux  bagiographes ,  un  autre  point  qu'ils  sollicitaient  avec 
instance  :  ce  fut  la  permission  d'avoir ,  dans  l'abbaye  de 
Caudenberg  ,  une  imprimerie  pour  l'édition  des  Acta 
Sanctorum  (3).  D'après  le  plan  décrété  en  1778,  l'im- 
pression de  cet  ouvrage  avait  dû  être   confiée  à  limpri- 


(i)  Les  autres  hagiographes  recevaient  8oo  florins  de  pension  ;  mais, 
sur  cette  somme  ,  36o  florins  leur  étaient  donnés,  en  qualité  d'ex-jésiiites. 

(2)  Lettre  du  prince  De  Starhemberg  au  conseiller  Do  Kulberg ,  du 
i3  mai  1^81. 

(3j  Acte  du  17  mal   i;Si. 


(  240  ) 

mcrie  royale ,  aux  frais  toutefois  «le  rétablissement  hagio- 
grapliique  :  en  l'ordonnant  ainsi ,  le  gouvernement  n'a\ait 
eu  d'autre  Imt ,  que  de  favoriser  les  hagiographcs  ;  mais 
ils  démontrèrent  qu'ils  en  étaient  au  contraire  lésés ,  et 
qu'ils  pouvaient  obtenir  la  confection  de  leurs  volumes  à 
un  prix  moindre  que  celui  que  l'imprimerie  royale  de- 
mandait, pour  se  rembourser  de  ses  dépenses.  Tout  le 
matériel  de  la  typographie  que  les  Bollandistes  avaient 
eue  à  Anvers ,  et  qui  avait  été  réuni  à  l'imprimerie 
royale ,  fut  donc  transporté  à  l'abbaye  de  Caudenberg. 
L'abbé  de  cette  maison  ,  ainsi  que  les  hagiographcs , 
souscrivirent  l'engagement  de  ne  jamais  employer  la  ty- 
pographie qu'on  venait ,  par  un  privilège  spécial ,  de  les 
autoriser  à  mettre  en  activité ,  que  pour  l'impression  des 
^cta  Sanctomm. 

L'association  bollandienne  perdit  un  de  ses  membres  en 
1782. Le  18  juillet  de  cette  année,  l'abbé  Hubens  mourut. 
Le  gouvernement ,  sur  la  proposition  du  conseiller  De 
Kulberg,  appela,  pour  réparer  cette  perte,  dom  Anselme 
Berthod,  bénédictin  de  la  congrégation  de  Saint-Vannes, 
grand-prieur  de  Luxcuil,  membre  des  académies  de  Besançon 
et  de  Bruxelles.  Dom  Berlhod  ,  parvenu  à  l'une  des  plus 
importantes  dignités  de  son  ordre ,  pouvait  espérer  de  s'y 
élever  encore  :  mais  son  amour  pour  les  travaux  historiques 
lui  fit  préférer  de  venir  s'enfermer  dans  l'abbaye  de  Cau- 
denberg ,  pour  y  continuer  une  oeuvre  d'érudition  patiente 
et  laborieuse  qui  n'honorait  pas  moins  l'église  que  les  lettres. 
Il  arriva  à  Bruxelles  le  9  octobre  1784  :  sa  nomination  fut 
signée  le  30  du  même  mois. 

Ce  fut  vers  ce  temps,  que  le  système  de  réformes,  conçu 
])nr  Joseph  II ,  commença  de  se  développer  dans  la  Bel- 
gique. L'abbaye  de  Caudenberg,  entre  un  grand  nombre 
d'autres  maisons  religieuses,  se  vit  frappée  do  suppression, 
malgré  tous  les  droits  que  le  chef  de   cette  communauté 


(  241   ) 

avait  à  lu  bienveillance  du  gouvernement.  Dès  lors  il  fallut 
songer  à  fixer  ailleurs  le  siège  de  la  sociélé  bollaudienne  : 
un  décret  des  gouverneurs-généraux,  en  date  du  25  juil- 
let 1786,  ordonna  sa  translation  dans  les  bàtimens  de  la 
ijibliothéquc  des  ci-devant  jésuites. 

Dans  la  même  année  1786,  le  52.'=  volume  de  la  col- 
lection ,  qui  était  le  5.'=  du  mois  d'octobre ,  fut  livré  au 
jiublic.  D'après  les  ordres  de  l'empereur,  il  fut  dédié  à 
l'archiduc  François,  grand-prince  de  Toscane,  aujourd'hui 
l'empereur  François  I.*^'^  (1).  Quelque  futile  que  cela  puisse 
paraître  ,  je  signalerai  ici  un  changement  que  Joseph  II 
ordonna  dans  la  dédicace,  d'après  les  observations  du  prince 
De  Kaunitz  :  les  hagiographes ,  s'adressant  à  l'archiduc , 
s'y  étaient  servis  des  mots  serenitas  tua  ;  il  leur  fut  prescrit 
de  les  remplacer  par  ceux  àeregia  cehitudo  tua.  Joseph  II 
n'agit  pas  du  reste  envers  ces  savans  avec  la  même  libéralité 
que  l'impératrice  sa  mère:  Marie-Thérèse,  en  1780, avait 
fait  graver ,  à  ses  frais ,  le  portrait  de  l'archiduc  Maximilien  , 
et  leur  en  avait  fait  présent;  il  ne  voulut  pas,  lui,  entrer 
dans  celte  dépense. 

D'autres  actes ,  d'une  plus  haute  gravité ,  vinrent  révéler 
aux  hagiographes  le  peu  de  sollicitude  de  la  cour  de  Vienne 
})our  leurs  travaux.  Dès  le  mois  d'avril  1784  ,  le  prince  De 
Kaunitz  écrivait  que  l'empereur  n'était  pas  satisfait  de  la 
lenteur  qu'ils  semblaient  y  apporter,  et  qu'il  s'attendait  à 
ce  que ,  à  l'avenir ,  ils  publiassent ,  tous  les  ans,  au  moins 
un  tome  de  la  vie  des  saints ,  et  qu'ainsi  l'ouvrage  fût 
achevé  au  plus  tard  en  dix  années  :  Kauniti  avait  précé- 
demment mandé  au  ministère  de  Bruxelles  qu'il  attribuait 
le  peu  d'activité  des  lîollandistes  au  désir  d'éterniser  les 
])rolits  qui  leur  étaient  attribués,  mais  que,  si  leur  travail 


(i)  Ceci  était  écrit  avant  le  2  mars  i835  ,  jour  du  décès  de  ce  prince. 


(  242  ) 

ne  rc^pondait  pas  à  l'idée  qu'on  s'en  était  formée,  il  fallait 
le  faire  cesser  d'abord. 

Les  Bollandistes  n'eurent  pas  de  peine  à  se  justifier.  Ils 
remontrèrent  que  ,  si ,  depuis  leur  établissement  à  Bruxelles, 
à  la  fin  de  1778,  ils  n'avaient  publié  qu'un  volume,  on 
devait  l'attribuer  à  celte  circonstance  fâcheuse  ,  qu'il  avait 
fallu  une  année  entière  pour  rétablir  de  l'ordre  dans  leur 
bibliothèque  et  leurs  archives  ;  que  ,  pendant  deux  années , 
ils  n'avaient  été  que  trois ,  tandis  que ,  avant  la  dissolu- 
tion de  l'ordre ,  ils  étaient  au  nombre  de  quatre  ;  que , 
néanmoins,  ils  auraient  fait  paraître  un  volume  en  1782, 
et  un  autre  en  1784  ,  si  la  mort  de  l'abbé  Hubens  et  la 
maladie  de  l'abbé  De  Bye  n'avaient  pendant  long-temps 
réduit  la  société  au  seul  abbé  De  Buë.  Ils  terminèrent,  en 
déclarant  que  l'empereur  pouvait  être  assuré  de  leur  par- 
faite soumission ,  de  tout  leur  zèle  ,  et  de  leur  désir  de 
répondre  à  ses  intentions  ,  mais  que ,  vu  la  nature  de 
l'ouvrage ,  et  l'étendue  de  chaque  volume  ,  il  n'était  pas 
possible  qu'ils  en  produisissent  un  chaque  année. 

Ces  raisons ,  et  d'autres  encore  qu'ils  auraient  données , 
ne  pouvaient  faire  revenir  sur  un  parli  qui  était  arrêté. 
Le  23  août  1788,  le  conseil  du  gouvernement  chargea  la 
chambre  des  comptes  de  s'expliquer  sur  les  moyens  d'en 
finir  avec  les  Bollandistes.  Il  est  à  remarquer  qu'ils  n'étaient 
plus  que  trois  alors  :  dom  Berthod  était  décédé  à  Bruxelles 
le  li)  mars  précédent. 

La  cham])re  des  comptes  montra,  par  des  calculs  d'une 
exactitude  minutieuse  ,  que  le  trésor  roval  gagnerait ,  à 
la  su[)prcssion  des  BoUandistes  et  des  historiographes,  de 
deux  à  trois  mille  florins  par  année,  car,  d'après  le  décret 
d'établissement  de  1778,  la  pension  annuelle  de  800  florins 
leur  était  assurée  leur  vie  durante.  Elle  trouva,  du  reste, 
que  cet  établissement  n'était  aucunement  utile. 

La  commission  ecclésiastique  et  des  études,  entendue 


(  243  ) 

à  son  tour ,  loin  de  prendre  la  défense  d'une  entreprise 
littéraire  dont  l'importance  devait  trouver  des  appréciateurs 
dans  ses  membres  ,  si  elle  n'en  avait  pas  rencontré  dans 
ceux  de  la  chambre  des  comptes ,  émit  une  opinion  que 
je  reproduirai ,  pour  donner  une  idée  de  l'esprit  qui  animait 
les  chefs  du  gouvernement  à  cette  époque  :  «  L'ouvrage 
»  des  Bollandistes  ,  disait-elle  dans  sou  volum  du  11  oc- 
»  tobre  1788,  est  loin  d'être  achevé,  et  on  ne  peut  guère 
»  se  flatter  d'en  voir  la  fin.  Cet  ouvrage  n'a  d'autre  mérite 
»  que  celui  d'un  répertoire  historique ,  surchargé  de  détails 
»  énormes  qui  auront  toujours  peu  d'attraits  pour  de  véri- 
»  tables  savane.  11  est  étonnant  que ,  lors  de  l'abolition 
»   de  l'ordre  jésuitique  ,  on  soit  parvenu  à  intéresser  le  gou- 

»   vernement  dam  un  pareil  fatras Il  est  plus  que  temps 

))   d'y  mettre  fin.  » Et  les  mêmes  hommes  disaient  encore 

le  31  janvier  1789  :  «  La  commission  est  bien  éloignée  de 
»  partager  la  prétendue  vénération  profonde  dont  l'Europe 
»  savante  serait  imbue  à  l'égard  des  Acta  Sanclonnn.  Si 
))  celte  immense  collection  renferme  quelques  monuraens 
»  historiques  qui  pourraient  être  précieux,  ils  sont  noyés 
»  dans  une  multitude  de  faits  fort  peu  intéressans  pour 
»  tout  savant  profane ,  et  le  temps  qu'il  faudrait  perdre 
»à  faire  le  dépouillement  de  la  partie  utile  qui  se  trouve 
»  fondue  au  milieu  de  tant  de  volumes  ,  ne  serait  pas  le 
»  moindre  des  inconvéniens  qu'y  trouverait  tout  homme 
»   de  lettres.  Au  reste ,  l'objet  principal  qui  doit  occuper  le 

»   gouvernement  est  de  se  débarrasser  des  frais » 

Le  16  octobre  1788,  le  conseil  du  gouvernement  noti- 
fia à  la  chambre  des  comptes  qu'il  avait  résolu  de  faire 
cesser  le  travail  des  Bollandistes  et  des  historiographes, 
et  qu'en  conséquence  ,  à  partir  du  1"  novembre  suivant  (1)  , 


(j)  Le  iiL'ic  Fellet  dit,  à  ceUe  occasion  ;  «  Le  pliikisoplùsmc  faisant 


(  244  ) 

on  devrait  se  borner  à  payer  aux  abhés  De  Bve ,  De  Bue, 
Fonson ,  Ghesquiére  et  De  Smet ,  leur  pension  annuelle 
de  800  florins.  Ainsi  fut  consommée ,  sous  le  règne  d'un 
monarque  qui  prétendait  à  la  gloire  de  régénérer  ses 
peuples ,  en  les  éclairant ,  une  œuvre  de  parcimonie  mes- 
quine ,  disons  mieux  de  véritable  vandalisme  :  car  les  deux 
établissemens  qu'il  supprimait  n'étaient  pas  à  charge  à  son 
trésor ,  il  les  avait  trouvés  dotés  de  fonds  plus  que  sufli- 
sans  pour  leur  entretien.  Quelque  jugement  que  l'on  porte 
sur  Joseph  II,  sa  conduite  dans  l'affaire  des  Bollandistes 
sera  une  tache  éternelle  à  sa  mémoire. 

Cependant ,  l'annonce  de  la  suppression  des  Bollandistes 
avait  répandu  une  véritable  consternation  parmi  les  amis 
des  lettres  et  de  l'histoire ,  non-seulement  en  Belgique , 
mais  dans  les  pays  voisins.  Dans  une  séance  des  états  de 
Flandre,  il  fut  fait  la  motion  de  proposer  au  gouverne- 
ment la  continuation  des  jîcta  Sanctorum ,  aux  frais  de 
la  province.  Plusieurs  abbayes  conçurent  le  même  dessein. 
En  France ,  il  fut  sérieusement  question  de  faire  acquérir 
les  collections  des  Bollandistes  et  des  historiographes  par 
la  congrégation  de  Saint-3Iaur ,  tpii  se  serait  chargée  de 
l'achèvement  des  deux  ouvrages  (1). 


»  toujours  de  plus  grands  progrès  sur  l'esprit  des  gouvernemens ,  celui 
■n  de  Bruxelles  supprima  l'ouvrage  et  détruisit  la  société  des  Bollandistes 
»  en  1788,  le  jour  de  la  Toussaint,  époque  choisie  par  dérision  et  la 
»  morgue  philosophique.  (  Dictionnaire  hiatorique,  au  mot  Bollandus.) 
(1)  J'ai  trouvé,  sur  ce  projet,  au  cabinet  des  chartes  et  diplômes  de 
l'histoire  de  France,  dépendance  de  la  LiblioUicquc  du  roi,  à  Paris, 
les  pièces  dont  voici  l'analyse  : 

M.    Moreau,    historiographe  de    France ,  à    N.    De  Nélis ,  évéque 
(T Anvers ,  21  novembre  1788. 
On  dit  que  l'ordre  est  donné  de  vendre  les  collections  des  Bollandistes  : 
cela  estiil  vrai  ?  à  qui  devrait-on  s'adresser  pour  les  acquérir  ?  les  paierait-on 


(245  ) 

L'abbaye  de  Tongerloo  en  Brabant  ayant  la  première 
fait  (les démarches  dans  le  but  que  je  viens  d'indiquer,  ce 
lui  avec  elle  que ,  après  quelques  négociations ,  le  gou- 
vernement traita.  Par  une  convention  du  11  mai  1789, 
il  lui  transféra  la  propriété  des  bibliothèques  des  Bollan- 
distes  et  du  Musée  Bellarmin  ,  avec  le  matériel  y  apparte- 
nant,   ainsi    que  du  fonds  de  magasin  des  ouvrages  des 


cher  ?  On  aurait  le  projet  de  les  faire  acheter  par  la  congrégation  de 
Saint-Maur. 

Réponse  de  M.  De  Nélis ,  3  décembre  1788. 
Il  ne  sait  encore  ce  que  l'on  fera  de  la  dépouille  des  BoUandistes.  Plu- 
sieurs abbayes  songent ,  dit-on ,  à  l'acquérir. 

Le  garde  des  sceaux  (  Barent'm)  à  dom  Cheureux ,  général  de  la  con- 
grégation de  Saint-Maur ,    22   novembre   1788. 

Il  lui  propose  d'acquérir ,   pour  la  faire  continuer  par  les  bénédictins 
de  Saint-Maur ,  la  collection  des  BoUandistes. 

Le  même  au  chevalier  de  la  Gravière,  résident  de  France  à  Bruxelles, 

22  novembre   1788. 
Il  le  prie  de  lui  dire  s'il  est  vrai  que  Ton  vende  la  collection ,  et  le  temps 
où  la  vente  se  fera. 

Réponse  de  M.  de  la  Gravier e ,  1.^'^  décembre  1788. 
On  l'a  assuré  que  le  décret  de  l'empereur  qui  ordonnait  la  vente  de  la 
collection  n'était  pas  encore  public  j  que  les  dispositions  n'en  étaient  pas 
connues.  Il  tâchera  de  se  tenir  au  courant. 

Le  chevalier  de  la  Gravière  à  M.  de  Montmorin ,  ministre  des  affaires 
étrangères ,  janvier  1 789. 
Il  a  trouvé  occasion  d'entretenir  de  cet  objet  M.  lu  comte  De  Trautt- 
mansdorlF.  Celui-ci  a  répondu  qu'il  pouvait  en  toute  liberté  en  parler  au 
chef  de  la  société  des  BoUandistes;  que,  en  cas  de  dissolution ,  il  pour- 
rait sans  obstacle  traiter  avec  lui  ,  mais  qu'il  ne  voulait  pas  lui  dissimuler 
qu'il  se  proposait  de  faire  des  représentations  à  S.  M.  I.  sur  lu  peu 
d'importance  des  frais  de  la  continuation  de  cette  entreprise,  et  qu'il 
tâcherait  d'obtenir  ou  que  les  travaux  des  BoUandistes  fussent  continués 
à  Bruxelles ,  ou  que  leurs  matériaux  fussent  transportés  à  Vienne ,  dans 
le  morne  but. 


(  246  ) 

jdcta  Sanclormn  déjà  imprimés ,  et  des  papiers ,  usten- 
siles et  effets  de  la  typographie  qui  y  était  consacrée , 
aux  conditions  suivantes  : 

1.°  L'abbaye  prenait  l'engagement  de  payer,  en  pensions 
viagères,  savoir  : 

A  l'abbé  De  Bye,     ....     350     florins. 


A  l'abbé  De  Buë ,     . 
A  l'abbé  Fonson  , 
A  l'abbé  Ghesquière, 
A  l'abbé  De  Smet 


5     • 


350 
380 
515 
300 


En  tout,     1895     fl. 

2.**  Elle  devait ,  en  outre ,  payer  au  gouvernement ,  pour 
l'acquisition  des  bibliothèques,  12,000  florins,  argent  de 
Brabant,  et  pour  celle  du  magasin  et  de  la  typographie, 
18,000  fl  :  mais  la  moitié  de  cette  dernière  somme  était 
abandonnée  aux  trois  hagiographes  De  Bye  ,  De  Buë  et 
Fonson. 

3.°  Tous  les  frais  de  déplacement  et  de  transport  étaient 
à  la  charge  de  l'abbaye. 

4.°  L'abbaye  s'obligeait  à  employer  le  compositeur 
Van  der  Beken ,  attaché ,  depuis  de  longues  années ,  à  la 
typographie  bollandicnne. 

5.°  Il  lui  était  interdit  d'employer  la  typographie  qui 
lui  était  cédée ,  à  d'autres  usages  que  l'impression  des 
Acla  Sanctoruni  et  des  Analecla  helgica. 

6.°  Enfin  ,  il  était  expressément  stipulé  que  l'al)bayc 
ne  pourrait  se  défaire ,  sous  quelque  prétexte  que  ce  fut , 
d'aucun  des  livres  et  manuscrits  dont  on  lui  transférait  la 
propriété ,  et  que ,  toutes  les  fois  que  le  gouvernement 
désirerait  avoir  en  communication  l'un  ou  l'autre  de  ces 
ouvrages ,  elle  serait  obligée  de  le  lui  délivrer ,  à  charge 
de  restitution. 

Cette  convention  fut  conclue  entre  M.  Charlier,  au- 


.(  247  ) 

dilciir  de  la  chambre  des  comptes  ,  au  nom  du  gouver- 
nement, et  les  religieux  Adrien  Heylen  et  Hevermode 
Duchamps ,  au  nom  de  l'abbaye ,  à  l'intervention  des  trois 
hagiographes  De  Bye ,  De  Eue  et  Fonson.  Des  lettres- 
patentes  du  14  mai,  données  sous  le  nom  de  Joseph  II, 
la  revêtirent  de  la  sanction  souveraine.  Par  d'autres  lettres, 
l'abbaye  fut  autorisée  à  lever  une  somme  de  60,000  florins 
dont  elle  avait  besoin  pour  couvrir  les  frais  de  l'opération 
qu'elle  venait  de  conclure.  Le  ministère  aulique  de  Vienne 
aj)[)rouva  beaucoup  tous  les  arrangcmens  que  l'on  avait 
pris;  et,  en  ell'et,  n'était-ce  pas  une  spéculation  des  plus 
avantageuses  pour  les  finances  impériales?  Elles  ne  pro- 
filaient pas  seulement  du  capital  de  près  de  200,000  fl. 
que  le  gouvernement  avait  recueilli  dans  la  succession 
des  jésuites  bollandistes  et  historiographes;  mais  elles 
reliraient  un  second  capital  de  21,000  florins,  de  la  vente 
des   livres ,   des   manuscrits   et    du   magasin    de   volumes 

imprimés  qui   appartenaient   à   la   même   succession  ! 

Auprès  de  ces  avantages,  qu'était  la  gloire  des  lettres, 
celle  du  pays  et  du  souverain  lui-même  ? 

Ici  se  termine  l'analyse  des  documcns  que  renferment 
nos  archives ,  et ,  avec  elle ,  la  tache  que  je  me  suis 
imposée.  J'ajouterai  pourtant  quelques  mots ,  afin  de  com- 
pléter, autant  que  possible,  l'hisloire  d'une  sociélé  qui  a 
répandu  un  si  grand  lustre  sur  la  Belgique. 

Les  Bollandistes  étaient  à  peine  installés  à  l'abbaye  de 
Tongcrloo ,  lorsqu'éclata  la  révolution  brabançonne.  Cet 
événement  dut  nécessairement  ralentir  leurs  travaux. 

En  17t)4  ,  ils  publièrent  le  tome  VI  d'octobre  desy/c/a 
Sanctorum ,  le  53.^  de  la  collection.  Ce  volume ,  qui 
renfermait  les  vies  des  saints  honorés  sous  les  dates  des  12  , 
13  et  14  octobre,  fut  dédié  au  paj)e  Pie  VI.  Tiois  i'*h- 
gieux  de  Tongerloo  sont  désignés  dans  le  litre  connue 
ayant  coopéré  ,  avec  les  Bollandistes ,  à  sa  rédaction. 


(  248  ). 

A  l'entrée  des  Français  dans  la  Belgique  ,  qui  eut  lieu 
la  même  année ,  les  moines  do  Tongerloo  se  dispersèrent . 
et  les  BoIIaudistes  suivirciit  leur  exemples.  Les  pères  De 
Bye  et  Ghesquiére ,  selon  M.  Camus  (1)  ,  se  retirèrent  en 
Allemagne ,  où  ils  moururent  peu  après.  Les  pères  De  Buë 
et  Fonson ,  et  le  père  Heylen ,  religieux  de  Tongerloo , 
qui  leur  avait  été  récemment  associé ,  restèrent  dans  le 
pays.  En  1801  ,  M.  D'Herbouville  ,  préfet  du  département 
des  Deux-JXèthes ,  fit  des  tentatives  auprès  de  ces  derniers , 
pour  les  engager  à  reprendre  leurs  travaux  ;  elles  n'eurent 
pr,s  de  succès.  L'Institut  de  France ,  qui  appréciait  toute 
l'importance  de  la  collection  des  Acta  Sanctoruin ,  écrivit , 
en  1803,  au  ministre  de  l'intérieur,  pour  le  prier  d'en- 
gager le  même  préfet  et  celui  de  la  Dyle  à  tenter  de  nouveau 
d'obtenir  des  Bollandistes,  ou  qu'ils  continuassent  leur  re- 
cueil ,  ou  qu'ils  cédassent ,  au  moyen  des  conventions  qu'on 
ferait  avec  eux ,  leurs  manuscrits  et  les  autres  matériaux 
qu'ils  avaient  préparés  :  cette  démarche  demeura  aussi  sans 
résultat  (2). 

Les  religieux  de  Tongerloo  avaient  eu  soin,  en  1794, 
de  mettre  en  lieu  de  sûreté  leurs  archives  et  leur  bibliothèque. 
En  1827,  des  ouvertures  furent  faites,  de  la  part  du  gou- 
vernement des  Pays-Bas ,  à  ceux  d'entre  eux  qui  vivaient 
encore ,  pour  qu'ils  cédassent  à  l'état  les  livres  et  les  ma- 
nuscrits dont  on  les  savait  détenteurs  :  ils  y  consentirent. 
Les  livres  furent  envoyés  à  La  Haye  ,    où  on  les  déposa 


(i)  Voyage  fait  dans  les  départemeris  nouvellement  réunis  et  dans 
les  dèpartcmens  du  Bas-Rhin  ,  du  Nord ,  du  Fas-de-Calais  et  de  la 
Somme  ,  à  la  fui  de  Van^,  pur  A.  Ctimus.  Piiris,  Uaudoitin ,  ventôse 
ail  XI  (i8o3),  li  vol.  iii-i8." 

(•i)  Voyez  le  Voyage  de  Camus,  déjà  cite,  et  le  ra[iport  fait ,  le  !\  gcr- 
iiiiiial  an  XI ,  à  la  classe  d'histoire  et  de  littérature  ancienne  de  l'Institut, 
par  le  même,  au  uoui  d'une  couimission  spéciale. 


(249) 

à  la  Lihiiothôquc  royale:  on  obtint,  non  sans  peine,  que 

les  manuscrits  fussent  réservés   pour   la  ]>il)liothéque   de 

Bourgojrne.  M.  Duguiolle,    aujourd'hui  secrétaire-général 

du  ministère  de  l'intérieur,  et  moi,  nous  fûmes  chargés, 

jiar  un  arrêté  de  M.  Van  Gobbelscliroy  du  12  février  1828 

de  cataloguer  ces  derniers.  Nous  présentâmes  notre  travail 

au  ministre  le  4  août  de  la  même  année  :  il  contenait  302 

numéros;  tous  les  ouvrages  nous  parurent  provenir  de  la 

biliothèque  des  Bollandistes  et  du  Musœmn  Bellarmini. 

On  s'était  flatté  de  rencontrer ,  parmi  ces  manuscrits  ,  la 

continuation  du  travail  des  Bollandistes  :  cette  espérance 

fut  déçue  ;  mais  nous  trouvâmes   du  moins  les  matériaux 

qui  devaient  y  servir,  rangés  dans  un  très-bon  ordre,  jour 

]iar  jour,  du  16  octobre  au  31  décembre:  ils  formèrent 

les  N."'  368  à  386  du  catalogue.  Ces  matériaux ,  dans  la 

supposition  même  qu'il  faille  renoncer  à  voir  jamais  s'achever 

la  grande  collection  des  Acta  Sanctorum ,  seront  toujours 

très-utiles  :  ils  seront  spécialement  d'un  grand  secours  à 

M.  l'abbé   De   Ram ,  qui ,   d'après   le   plan  arrêté  par  la 

commission  dans  sa  première  séance ,  est  chargé  de  compléter 

les  Acta  Saneiorum  Belgii  commencés  par  Ghesquière. 


(  250  ) 


Caisse   d'Epargne. 


Nous  ne  sommes  pas  les  premiers  à  faire  remarquer 
que  les  mêmes  questions  se  traitent  souvent ,  en  même 
temps ,  à  Paris  et  à  Bruxelles ,  sans  que  les  circonstances 
qui  les  font  naître  aient  entre  elles  la  moindre  analogie. 

Tout  récemment  encore,  tandis  que  la  fermeture  des 
caisses  d'épargne  établies  par  la  banque ,  éveillait  la  solli- 
citude du  gouvernement  belge  et  l'obligeait  à  chercher 
les  moyens  de  pourvoir  à  leur  remplacement ,  on  s'occu- 
pait ,  en  France  ,  d'une  proposition  de  MM.  Benjamin 
Delessert  et  Gh.  Dupin ,  tendante  à  propager  cette  utile 
institution. 

Nous  pourrions  souvent  retirer  de  grands  avantages  des 
lumières  qui  jaillissent  des  débats  législatifs  de  nos  voisins  : 
sagement  mises  à  profit,  elles  amélioreraient  un  grand 
nombre  de  nos  lois. 

Ce  n'est  pas  que  nous  voulions  citer  comme  modèle  la 
discussion  du  3  février  dernier,  sur  les  caisses  d'épar- 
gne ;  le  désordre  et  la  confusion  qui  l'ont  accompagnée 
feraient  plutôt  croire  que ,  dans  cette  séance ,  les  députés 
français  avaient  pris  à  tache  de  justifier  l'opinion  de 
M.  Fonfrèdc  sur  l'initiative  des  chambres  5  jamais  ils  ne 
s'étaient    trouvés   dans    un    tel    embarras  ;  d'accord  sur 


(251  ) 

rulilité  des  caisses  d'épargne,  ils  allaient  s'y  montrer 
contraires  en  rejetant  la  loi  si,  pour  se  tirer  d'affaire,  ils 
n'avaient  enfin  consenti,  après  deux  refus  successifs,  au 
renvoi  du  projet  à  la  commission. 

Ce  projet  avait  le  défaut  de  ne  pas  étaLlir  de  distinc- 
lion  assez  tranchée  entre  les  caisses  fondées  par  les  par- 
ticuliers et  celles  qui  sont  créées  par  les  autorités  muni- 
cipales ou  départementales.  On  a  tout  confondu  ;  et  tan- 
dis que  les  uns  voulaient  les  assujettir  indistinctement  à 
la  surveillance  du  gouvernement,  les  autres  prétendaient 
les  émanciper  de  tout  contrôle  quelle  fjue  fut  leur  origine. 
11  eut  été  plus  sage  de  partir  du  principe  qui  sert  de 
Lase  à  la  loi  de  1833,  sur  l'instruction  primaire,  et  de 
«liviser  les  caisses  d'épargne  en  caisses  privées  et  en  cais- 
ses publiques  de  la  même  manière  que  les  écoles. 

M.  Lorabard-Bussièrc  ,  en  combattant  le  projet  sous  le 
rapport  de  son  insuffisance ,  a  proposé  d'associer  les 
caisses  d'épargne  aux  Monts-de-Piété  ;  il  a  reproduit  à  ce 
sujet  les  vues  consignées  dans  un  mémoire  de  M.  Arnould , 
couronné  par  l'Académie  de  Nismes,  en  1828,  «  ces 
»  deux  établissements  réunis ,  disait-il ,  ne  gagneraient 
»  pas  seulement  de  l'unité  dans  les  idées  de  bienfaisance 
»  qui  présideraient  à  leur  marche ,  ils  gagneraient  encore 
»   de  notables  économies  dans  leur  administration  ». 

On  s'est  borné  à  répondre  que  l'ouvrier  économe  n'irait 
pas  porter  ses  fonds  au  Mont-de- Piété  ,  de  crainte  d'être 
confondu  avec  l'emprunteur ,  et  que  d'ailleurs  ces  établis- 
sements n'existent  que  dans  les  grandes  villes.  3Iais  celte 
objection  improvisée  n'est  d'aucun  poids  à  nos  yeux,  car 
les  Monts-de-Piété  sont  tous  assez  vastes  pour  avoir  des 
bureaux  séparés  et  des  entrées  bien  distinctes  où  l'on 
placerait  des  écriteaux  indiquant  la  destination  ;  et ,  s'il 
est  vrai  que  ce  serait  apporter  un  obstacle  à  la  midti- 
plicaliou  des  caisses  d'épargne  que  de  les  assujettir  toutes 


(  252  ) 

à  des  règles  uniformes ,  pourquoi  ne  les  associerait-on  pas 
aux  Monts-dc-Piété  dans  les  \illes  où  il  s'en  trouve  ?  rien 
n'empêcherait  de  recourir  à  d'autres  combinaisons ,  quand 
on  serait  privé  de  cet  utile  auxiliaire. 

Cette  question  offrant  un  grand  intérêt ,  dans  ce  moment, 
où  tant  de  personnes  ont  retiré  leurs  fonds  des  caisses 
d'épargne  fermée  par  la  Banque,  nous  croyons  faire  une 
chose  utile  en  donnant  à  nos  abonnés  l'extrait  de  l'ouvrage 
de  notre  compatriote  concernant  les  moyens  d'associer  les 
caisses  d'épargne  aux  Monts-de-Piété. 

«  Les  caisses  d'épargne,  dit  l'auteur,  (1)  sont  l'un  des 
plus  puissants  correctifs  à  opposer  à  la  funeste  influence 
que  peuvent  exercer  les  Monts-dc-Piété  ;  elles  accoutument 
le  peuple  à  jeter  des  regards  sur  l'avenir;  elles  le  disposent 
à  profiter  de  la  jeunesse ,  de  l'état  de  santé  et  des  mo- 
ments où  le  travail  est  abondant ,  pour  subvenir  par  des 
économies  aux  besoins  que  la  vieillesse,  les  maladies  et 
l'absence  d'ouvrage  entraînent  à  leur  suite. 

Mais  comment  propager  cette  utile  institution?  rare- 
ment l'on  trouvera,  comme  la  caisse  d'épargne  de  Paris, 
une  ressource  assurée  dans  la  libéralité  des  fondateurs  ; 
cependant,  les  frais  d'établissement  ne  peuvent  se  couvrir 
qu'à  la  longue  et  alors  seulement  que  le  peuple  aura  pris 
les  habitudes  convenables,  pour  donner  aux  opérations  de 
la  caisse  d'épargne  une  étendue  qui  la  mette  à  même  de 
pourvoir  aux  dépenses  qu'elle  occasionne. 

Cet  obstacle  serait  levé,  en  étayant  ce  nouvel  établis- 
sement sur  une  institution  de  bienfaisance  déjà  régie  par 
une  administration  gratuite,  dans  l'intérêt  de  l'utilité  pu- 
blique et  sous  la  surveillance  de  l'autorité. 


(i)  Avantages  et  inconvénients  des  banqnes  de  prêts  connues  sons 
le  nom  de  Monts-de-Piéti;  ,  par  D.  Arnonld ,  secrétaire-inspecteur  de 
l'université  de  I.onvain  ,   cliez  Gérard  ,  à  Namur, 


(  253  ) 

Les  Monts -de -Piété  présentent  toutes  les  conditions 
désirables  sous  les  rapports  d'économie,  de  sécurité  et  de 
facilité  de  placement  pour  les  fonds  déposés;  leur  dota- 
tion étant  susceptible  d'être  remboursée  à  volonté,  on 
emploierait  successivement  à  des  remboursements  partiels 
les  sommes  versées  à  la  caisse  d'épargne. 

L'établissement  paierait  l'intérêt  de  celles-ci  sur  le  pied 
de  4,  de  3  et  même  de  2  p.  % ,  le  taux  devant  décroître 
proportionnellement  à  l'élévation  des  capitaux.  Un  délai 
serait  fixé  pour  le  remboursement  de  toutes  les  sommes 
au-dessus  de  50  francs  ,  d'après  leur  progression ,  afin 
d'éviter  que  la  demande  de  ces  remboursements  n'occa- 
sionnât des  secousses  trop  brusques  :  plus  le  maximum  des 
capitaux  déposés  serait  élevé,  plus  serait  grand  l'avantage 
que  l'établissement  retirerait ,  par  suite  du  bas  intérêt 
qu'il  aurait  à  payer;  cet  avantage  tournant  au  profit  des 
petits  emprunteurs  dont  les  charges  seraient  des  lors 
allégées ,  il  y  aurait  lieu  d'espérer  que  des  personnes  bien- 
faisantes placeraient  quelques  fonds  à  2  ou  3  p.  "/o  pour 
coopérer  au  résultat  de  cette  bonne  œuvre. 

Au  moyen  de  ces  précautions,  les  remboursements  des 
gros  capitaux  n'occasionneraient  point  de  gêne ,  puisque 
l'on  aurait  le  temps  de  s'y  préparer;  le  remboursement  des 
petites  sommes  donnerait  encore  moins  d'inquiétude,  car 
on  sait  que  dans  toutes  les  aflaires  de  ce  genre ,  il  s'établit 
une  balance  entre  l'entrée  et  la  sortie  de  fonds  ,  qui 
permet  de  satisfaire  aux  besoins  journaliers.  Au  surplus , 
rien  n'empêcherait ,  alors  comme  à  présent ,  de  recourir  à 
un  emprunt  momentané. 

Cependant,  si  le  Mont-dc-Piélé  n'avait  pas  un  crédit 
assez,  solidement  établi  pour  trouver,  en  cas  de  demandes 
de  remboursement  plus  fréquentes  que  de  coutume,  à  em- 
prunter avec  facilité  et  à  de  bonnes  conditions,  il  pourrait 
placer  une  partie  des  fonds  versés  à  la  caisse  d'épargne , 

18 


(  254  ) 

eti  achat  d'inscriptions  sur  le  grand  livre  qu'il  réaliserait  au 
besoin;  il  emploierait  également  en  acquisition  de  rentes 
sur  l'état  tous  les  fonds  qui  excéderaient  la  somme  né- 
cessaire aux  opérations  ordinaires  de  l'établissement,  ou 
même  une  grande  partie  des  capitaux  déposés,  si  l'admi- 
nistration craignait  que  le  mouvement  de  la  caisse  d'épargne 
n'apportât  quelque  gène  dans  les  opérations  du  Mont-de— 
Piété,  ou  n'altérât  la  solidité  de  la  dotation.  On  doit  s'en 
rapporter  à  cet  égard  aux  mesures  que  les  administrations 
locales  prendraient,  d'après  les  circonstances. 

Quant  au  surcroit  de  travail  des  bureaux,  il  serait  peu 
de  chose  et  n'exigerait  point  l'augmentation  du  personnel 
des  Monts-de-Piété ,  car  vers  le  milieu  de  la  semaine ,  l'on 
peut  toujours  disposer  de  certains  employés;  d'ailleurs, 
pourquoi  les  directeurs  et  les  administrateurs  ne  s'y  pré- 
teraient-ils  pas,  à  l'exemple  des  personnes  bienfaisantes 
qui  administrent  la  caisse  d'épargne  de  Paris  ? 

Il  est  entendu  que  les  bureaux  de  la  caisse  d'épargne 
seraient  séparés  de  ceux  de  l'établissement  et  que  l'entrée 
serait  distincte  :  si  la  disposition  du  bâtiment  ne  le  per- 
mettait pas,  on  n'ouvrirait  ces  bureaux  que  les  dimanches. 

Ne  devant  point  entrer  dans  tous  les  détails  d'une 
organisation  qui  nous  paraît  d'une  facile  exécution,  nous 
nous  bornerons  à  montrer  la  possibilité  de  faire  marcher 
simultanément  et  avec  plus  d'économie  deux  établissements, 
dont  l'un  trouverait  une  administration  toute  formée,  un 
personnel,  un  local  et  un  matériel  qui  le  dispenseraient 
des  moindres  frais;  et  l'autre  pourrait,  par  la  réduction 
du  taux  de  l'intérêt  à  payer  pour  la  dotation,  faire  jouir 
les  emprunteurs  d'une  diminution  j)ro})ortionnelle.  Tous 
deux  profiteraient  de  l'avantage  de  n'avoir  qu'une  caisse 
commune  ,  et  de  faire  IVnclifier  des  fonds  que  des  caisses 
de   réserve   séparées  laisseraient  improductifs. 


(  255  ) 

Peut-être  pourrait-on  même  tirer  parti  de  cette  asso- 
ciation pour  habituer  le  peuple  à  faire  des  économies,  en 
retenant ,  à  cet  effet ,  une  faible  somme  sur  certains 
emprunts  pour  la  placer  à  la  caisse  d'épargne ,  d'où  il  ne 
serait  permis  de  la  retirer  que  dans  un  temps  ou  dans  des 
circonstances  à  déterminer.  Le  Mont-de-Piété  ne  percevrait 
point  d'intérêt  sur  les  sommes  retenues  et  ainsi  placées 
à  la  caisse  d'épargne  ,  mais  en  revanche ,  celle-ci  n'en 
paierait  qu'à  dater  de  l'époque  où  le  gage  serait  retiré  : 
l'on  éviterait  par  là  les  abus  qui  pourraient  naître  de  cette 
disposition. 

Nous  n'insisterons  pas  sur  dos  vues  qu'il  serait  superflu 
de  développer   dans   ce   travail  (1),    11   suflit   d'avoir    fait 
entrevoir  tout  le  bien  qui  pourrait  naître  d'une  combi- 
naison   qui,    par    la  diflerence  même   des  éléments   dont 
elle  se  compose,  présente,  après  un  mûr  examen,  l'idée 
consolante  de  soulager  les  familles  que  la  détresse  force 
à  emprunter,  au  moven  des  économies  des  hommes  sases 
et  laborieux   qui  cherchent  à  se  préparer  des  ressources 
contre  les  coups  du  sort.    Il   s'établirait   alors  une   sorte 
de    compensation    qui   tournerait    à   l'avantage   commun. 
C'est  une  des  nécessités  de  cette  époque  de  transition, 
de    satisfaire  à  la  fois  aux  besoins  que  nous  ont  légués 
les   anciennes   générations,    et  à  ceux   qui  naissent  d'un 
nouvel  ordre  de  choses.   Il   faut   bien,   en   clFet,   lier   le 
j)assé  au  présent,  alors  que  les  positions  sont  si  variées, 
que  les  mœurs  et  l'ignorance  du  moyen  âge  se  trouvent 
souvent  à  côté  des  habitudes  et  des  lumières  d'une  civi- 
lisation  avancée. » 


(i)  Ces  vues  sont  développées  clans  un  projet  de  règlement  qui  termine 
roiivr;ige,  pour  en  faire  mieux   apprécier  les  détails  pratiques. 


(  256  ) 

Nous  ayons  exposé  les  vues  de  l'auteur  avec  d'autant 
plus  de  confiance  que  les  états  statistiques  des  établisse- 
ments de  hienfaisance  publiés  le  15  janvier  dernier,  par 
le  Moniteur  français,  nous  apprennent  qu'elles  ont  déjà 
été  réalisées  dans  trois  Monts-de-Piété. 

Leur  mise  à  exécution  serait  bien  plus  facile  en  Bel- 
gique ,  maintenant  surtout ,  que  l'émission  des  bons  du 
trésor  portant  4  1/2  p.  °/o  d'intérêt,  permet  de  placer  au 
fur  et  à  mesure  les  fonds  déposés  :  la  différence  d'un 
demi  p.  %  qui  existerait  entre  l'intérêt  à  recevoir  et 
l'intérêt  à  payer,  dédommagerait  le  Mont-de-Piété  et  lui 
assurerait  des  bénéfices  notables,  dés  que  les  opérations 
acquerraient  quelqu'importance.  Ces  bénéfices  formeraient 
un  fonds  de  réserve  destiné  à  couvrir  les  pertes  qui 
pourraient  résulter  des  opérations,  ils  serviraient  aussi  à 
payer  l'accroissement  des  charges  de  l'établissement ,  et 
tourneraient,  en  définitif,  à  l'avantage  des  emprunteurs, 
eh  facilitant  la  réduction  des  intérêts  qu'ils  paient  pour 
les  gages.  Et  qu'on  ne  croie  pas  que  les  déposants  pourraient 
souvent  profiter  directement  de  l'intérêt  alloué  pour  les  bons 
du  trésor  mis  à  leur  porlée  par  coupons  de  cent  francs; 
l'ouvrier  laborieux  ne  peut  faire  que  de  minimes  épargnes, 
et  s'il  devait  attendre  qu'elles  s'élevassent  à  la  somme 
nécessaire  pour  acheter  un  bon,  il  succomberait  mille 
fois  à  la  tentation  de  dépenser  ses  petites  économies  : 
les  classes  aisées  ne  se  figurent  point  les  jouissances  ou 
les  privations  que  quelques  francs  peuvent  procurer  à  des 
hommes  qui  en  ont  si  peu  et  qui  les  gagnent  si  diffici- 
lement. 

Un  autre  avantage  de  la  combinaison  proposée,  serait 
de  populariser  les  caisses  d'épargne  dans  les  classes  infé- 
rieures qui  accordent  une  confiance  illimitée  au  Mont- 
de-Piété  ,  tandis  que  ,  à  raison  sans  doute  des  fréquents 
changements  de  régime  dans  notre  pays,  elles  se  tiennent 


(257  ) 

en  méfiance  contre  les  institutions  émanées  de  plus  haut. 
Aussi  les  caisses  d'épargne  de  la  banque,  malgré  les  ga- 
ranties incontestables  qu'elles  offraient ,  étaient-elles  moins 
fréquentées  par  l'ouvrier  économe  que  par  le  capitaliste 
qui   Y   versait    ses   fonds ,   en   attendant  un  emploi   plus 


avantageux. 


Quant  au  taux  de  l'intérêt ,  ce  n'est  pas  son  élévation 
qui  multiplie  les  petits  versements  :  M.  Salverte  a  remar- 
qué que  celui  qui  porte  son  argent  à  la  caisse  d'épargne 
ne  s'occupe  guère  de  l'intérêt ,  il  veut  avant  tout  mettre 
une  petite  somme  en  réserve  pour  les  plus  pressants  besoins. 
La  preuve  en  est ,  dit-il ,  qu'un  quart  au  moins  des  fonds 
déposés  est  tout  à  fait  variable  et  sert  en  général  à  payer 
les  petits  loyers.  On  sait  d'ailleurs  que  l'intérêt  de  4  p.  °/o 
excède  de  beaucoup  celui  accordé  en  Ecosse  où  les  caisses 
d'épargne  ne  paient  que  2  p.  %  d'intérêt,  et  en  Angleterre 
où  elles  ne  paient  que  3,80,  d'où  le  gouvernement  retient 
encore  38  centimes  pour  payer  les  dépenses. 

Du  reste  ,  nous  voudrions  que  l'établissement  payât 
comme  le  faisait  la  banque ,  4  p.  "/o  d  intérêt  pour  toutes 
les  sommes  qui  n'excéderaient  pas  deux  mille  francs  et  que 
cet  intérêt  se  réduisit  graduellement  à  3  et  à  2  p.  %  pour 
les  sommes  plus  élevées,  attendu  qu'il  s'agit  i'".'quement 
ici ,  de  favoriser  les  classes  inférieures  et  non  les  capitalistes 
qui  ont  tant  d'autres  moyens  de  placer  leurs  fonds.      ^ 

En  soumettant  ces  idées  à  nos  lecteurs ,  notre  but  est 
d'appeler  leurs  méditations  et  celle  de  l'autorité ,  sur  un 
objet  qui  touche  de  si  près  aux  améliorations  sociales 
réclamées  de  toutes  parts. 


(  258  ) 


tÎ0tue 


ycrflrb     f^K^exdaci 


II  y  a  dans  notre  histoire ,  si  palpitante  d'intérêt ,  si 
bigarrée  de  faits  divers  ,  certains  grands  noms  qu'un 
dévouement  héroïque ,  un  courage  à  toute  épreuve ,  une 
fermeté  de  fer  ont  entourés  d'une  auréole  de  gloire ,  dont 
le  silence  et  la  coupable  indifférence  des  écrivains  ont  seuls 
dérobé  l'éclat  aux  yeux  de  la  postérité.  Chez  les  Romains 
et  les  Grecs  le  moindre  exploit  militaire  ,  l'action  de  celui 
qui  défendait  bravement  sa  patrie  ,  était  scrupuleusement 
enregistrée  et  entretenait  dans  la  nation  cette  grandeur 
d'ame  ,  cette  conscience  de  soi ,  qui  donne  la  véritable 
dignité  aux  peuples.  Les  noms  de  Codrus ,  d'Harmodius  et 
de  Léonidas  ;  de  Cincinnatus ,  de  Coriolan  et  de  Camille, 
sont  parvenus  jusqu'à  nous;  et  cependant  cliex  nous  à  peine 
corniait-on  le  dévouement  des  trois  cent  Franchimontois; 
les  Breydel  et  les  DeConinck,  les  Huldenberg  et  les  Borluut, 
C'est  vraiment  une  honte  à  nous  de  laisser  ainsi  ensevelies 
dans  l'oubli  ces  célébrités  dont  tout  autre  peuple  se  mon- 
trerait  lier  et  orgueilleux. 

Parmi  ces  hommes  à  qui  une  patrie  reconnaissante  eût 
décerné  des  couronnes  civiques,  ou  élevé  des  colonnes,  nous 
mettrons  en  première  ligne  Evcrard  t'Serclaes.  Issu  d'une 
famille  illustre  par  ses  alliances  et  son  ancienneté,  Everard 
t'Serclaes  était  né  à  Bruxelles  vers  1315.  Il  tirait  son  origine 


(  259  ) 

tle  la  famille  des  Sleeiiws ,  qui ,  ainsi  qu'on  le  sait ,  était  une 
des  sept  familles  patriciennes  de  Bruxelles,  Nicolas  Sleeuws 
avant  commencé  une  souche  à  part ,  elle  prit  le  nom  de 
t'Sheren-cIaes  ou  t'Serclaes  ,  c'est-à-dire  Souche  de  3Ies- 
sirc  Nicolas  (  Gramaye,  Bruxelles,  p.  22.  —  Harœus, 
Ann.  ducum  Brab.  ,  p.  333.  ,  Antverpiœ  1623.  — 
M.  S.  généalofjique  appartenant  à  M.  De  Roover ,  à 
Bruxelles  ). 

Il  était  fils  d'Everard  t'Serclaes  et  de  Barbe  Van  Ursel. 
Uni  en  premières  noces  à  Béatrix  Van  Eessene,  il  épousa, 
après  la  mort  de  celle-ci,  Elisabeth  Van  der  Meeren.  Il 
eut  de  son  premier  mariage  cinq  enfans ,  1.°  Everard,  qui 
fut  maitre  d'hôtel  et  favori  du  duc  Jean  IV  ;  il  fut  déca- 
pité à  Bruxelles  par  le  peuple  en  1421.  —  2."  Wenceslas, 
qui  mourut  en  1422,  en  allant  combattre  en  Bohême 
les  sectaires  de  Jean  Huss.  —  3.°  Laurctte  mariée  au 
seigneur  d'Assche  ;  Jean  IV  la  fit  dame— d'honneur  de 
l'infortunée   Jacqueline  de  Bavière,   duchesse  de  Brabant. 

—  4.°  Jean.  — 5.°   Jeanne.  (    M.    S.  gInéalo(jique ,    cité 

—  Dijutherus  ,  Chron.  Brabant.  M.  S.  (  cxempl.  en  5  vol.^ 
t.  111.  p.  160G.  t.  IF.  2927  Seqq.  2985.*—  Dicœus 
Rer.  Brabant.  p.  231  — Nobiliaire  des  Pays-Bas.  11. 
24  Seqq.  Malines.  1779  ). 

Son  frère  Jean  t'Serclaes  d'abord  chanoine  de  S.^°  Gu- 
dule  ,  devint  en   1378   évéque  de  Cambray   et  comte  du 
Cambrésis  (^Gramaye    Cameracum   p.  9  —  Carpenlier 
lliit.  de  Cambray —  Nobiliaire  etc.  ibid). 

Everard  t'  Scrclacs  est  le  premier  de  cette  famille  f\\\e 
nous  voyons  avec  le  nom  Aq  Patricius ,  vers  1337  (^Gra- 
maye, Bruxelles  p.  22  ).  11  était  seigneur  deWambecck, 
Bodenghem  et  Ternath  (1).  Le  château  de  Crujkcnbourg, 


(i)  Villages  voisins  situés  à  i  1/2  lieue  de  Bruxelles. 


(  260  ) 

petite  seigneurie  enclayée  dans  le  territoire  de  Ternath , 
fut  rebâti  par  lui  et  augmenté  d'une  riche  chapelle.  La 
partie  ancienne  de  ce  château  semble  s'être  conseryée 
jusqu'à  nos  jours  ;  des  tourelles ,  de  larges  fossés ,  d'épais- 
ses murailles  paraissent  attester  son  antique  importance. 
(Gromaye,  ihid.  p.  18.  —  Le  Boy,  théâtre  profane 
dit  Brah.  p.  25  ). 

Le  nom  d'Everard  t'Scrclaes  a  surtout  acquis  sa  célé- 
brité par  l'expulsion  des  Flamands  de  la  \ille  de  Bruxelles, 
Tous  les  auteurs  sont  d'accord  sur  les  causes  de  la  guerre 
qui  éclata    en    1356    entre    la    Flandre    et    le    Brabant. 
Meyer ,   Divaeus ,   Butkens  ,   Oudegherst  nous   apprennent 
que   Louis-de-Màle  se   Tovant    éventuellement    dépouillé 
de  la   succession    au   duché  de  Brabant ,    en    conçut   un 
profond    ressentiment  contre    Wenceslas  et  Jeanne.    Ce- 
pendant ,    comme   ses  prétentions    à    cette  succession   ne 
se    trouyaient    fondées   sur   aucun  droit ,    il   se  contenta 
d'exiger  du  Duc ,   son  beau-frére ,  la  dot  assignée  à  Mar- 
guerite sa  femme ,  qui  consistait  en  une  pension  annuelle 
de  10,000  florins  de  Florence.  Wenceslas  eut  la  délo\auté 
de   refuser    au  Comte  l'exécution    des    engagements    pris 
entre  eux.  Outré    de  tant  d'indélicatesse   et  de  si  peu  de 
bonne  foi,  Louis  devint  plus  exigeant  et  réclama  le  paie- 
ment   de    86,500    réaux   d'or   que    lui   devait    encore    le 
défunt  Duc  Jean  III ,   pour  la  cession  qu'il  avait   faite  à 
ce  dernier  de  la  ville  de  Malines,  en  1346.   Une  entrevue 
des  deux   princes   à  Malines  ne  fit  qu'aigrir  la    querelle. 
Wenceslas  se  moqua  ouvertement  des  menaces  du  Comte 
et  s'en  revint  à  31aestricht ,  pendant  que  Louis-de-Màle , 
de  retour  à  Gand ,  y  préparait  toutes    ses   dispositions    et 
armait    la   jeunesse    flamande    pour    marcher    contre    le 
Brabant. 

Le  Duc ,  venu  d'abord  à  Maestriclit  afin  de  régler  avec 
l'empereur  Charles  IV  la  soumission  de  ses  états,  v   de- 


(2fil   ) 

mcurait  plongé  dans  l'oisiveté  et  l'indolence.  «  //  samu^ 
))  sait  avec  assez  peu  de  soing ,  dit  Butkens ,  se  laissant 
))  mener  par  le  conseil  déjeunes  gens  sans  expérience, 
»  jdus  adonnés  à  leurs  j)laisirs  quà  ce  quêtait  néces— 
»  saire  pour  la  défense  de  la  patrie.  » 

Avant  de  commencer  la  guerre ,  Louis-de-Màle  dépêcha 
cependant  une  députation  à  son  beau-frère  et  essaya  des 
voies  de  conciliation.  Mais  Wenceslas,  abusé  par  de  per- 
fides favoris ,  renvova  insolemment  les  ambassadeurs  du 
Comte  [Butkens,  troph.  de  Brah.  et  preuves  I,  190.  — 
Deicez  ni.  340  ). 

Divœiis,  p.  I(î9,  cherche  à  disculper  l'époux  de  Jeanne 
et  assure  qu'il  était  à  3Iaestricht ,  non  pas  oisif  et  insou- 
cieux de  ce  qui  allait  arriver,  mais  s'occupant  au  con- 
traire à  assembler  des  troupes  pour  se  défendre  contre  les 
aggressions  éventuelles  des  Flamands. 

Quoiqu'il  en  soit ,  on  sait  que  les  Brabançons  essuyèrent 
une  entière  défaite  à  Scheut,  prés  de  Bruxelles,  le  17  août 
1-350;  on  connait  l'issue  funeste  que  celte  sanglante  ba- 
taille eut  pour  Wenceslas;  Bruxelles,  Louvain ,  Tirlemont, 
Léau ,  toutes  les  villes  du  Brabant  se  soumirent ,  par  la 
ruse  ou  par  la  force  ,  au  Comte  de  Flandre. 

A  la  nouvelle  du  terrible  échec  éprouvé  par  ses  com- 
patriotes, Everard  t'Serclaes  qui  faisait  partie  de  la  suite 
du  Duc  à  Maestricht ,  conçut  la  noble  entreprise  de 
délivrer  le  Brabant  du  joug  étranger  et  de  remettre  le 
duché  à  Jeanne  et  à  Wenceslas  ;  son  courage  et  son 
activité  étaient  une  sûre  garantie  du  succès  qui  devait 
couronner  son  patriotique  dévouement  ;  Meyerl'  appelle  : 
impiger  est  viagni  a  ni  mi  vir  ! 

Everard  entretenait  avec  ses  parens  et  quelques  amis 
braves  et  restés  attachés  à  la  cause  nationale ,  des  intel- 
ligences suivies.  Il  leur  fit  connaître  ses  projets  et  concerta 
uvec  eux  toutes  les  mesures  que  les  circoiistances  semblaient 


(  262  ) 

commander  de  prendre.  Tout  ce  qui  se  passait  à  Bruxelles 
lui  était  fidèlement  rapporté.  Il  apprit  bientôt  que  la 
domination  de  Louis-de-31àlc  commençait  à  peser  trop 
lourdement  sur  les  Bruxellois ,  que  sa  morgue  insolente 
et  ses  manières  de  vainqueur  lui  attiraient  le  mépris  et 
l'aversion,  que  les  Flamands  enfin  trop  confiants  dans 
l'obéissance  de  ceux  qu'ils  venaient  de  soumettre  gardaient 
la  ville  avec  une  inconcevable  négligence  ,  laissant  pendant 
la  nuit  la  plupart  des  postes  les  plus  imporlans  sans  dé- 
fense et  à  la  merci  d'un  coup  de  main.  (Mann.,  hist.  de 
Brux.  I.  55.  —  De  S  met,  Jiisl.  de  la  Belcjique  /.  214.  — 
Deicez ,  ihid.  345  ).  Ainsi  instruit  des  moindres  détails, 
il  découvrit  un  jour  ses  plans  au  Duc  Wenceslas  et  se 
rendit  secrètement  à  Bruxelles ,  accompagné  de  quelques 
amis  fidèles  et  dévoués.  Louis-de-Màle  venait  de  quitter  cette 
ville  ;  il  était  allé  passer  quelques  jours  à  Gand.  L'iibsence 
du  Comte  favorisait  considérablement  l'entreprise  de 
t'Serclaes.  Aussi  ne  laissa-t-il  pas  échapper  une  si  heu- 
reuse occasion  ÇDijnterus ,  ihid.  III.  IG06.  Seqq  ).  Il 
rassembla  un  petit  nombre  d'hommes  déterminés,  sur  le 
concours  desquels  il  pouvait  compter  ,  et ,  le  24  octo- 
bre 1356,  pendant  une  nuit  sombre  qu'une  pluie  battante 
rendait  plus  noire  encore ,  il  sortit  de  la  partie  de  la 
forêt  de  Soigne,  alors  contigue  à  la  ville,  et  où  il  avait 
réuni  ses  compagnons.  Munis  d'échelles  et  de  cordes ,  ils 
approchèrent  dans  le  plus  grand  silence  d'une  éminence 
appelée  Warmoes-herg ,  à-peu-près  à  l'endroit  où  se  trouve 
aujourd'hui  le  coin  de  la  rue  d'Assaut  qui  descend  vers 
le  Fossé-aux-loups  ;  le  M^armoes-herg  était  alors  hors  des 
remparts ,  car  ce  ne  fut  que  l'année  d'ensuite  que  la 
nouvelle  enceinte  de  Bruxelles  fut  commencée ,  telle 
qu'on  la  voyait  encore  ,  il  y  a  40  ans.  ÇMann.  I.  56.  57.  — • 
Dijutherus  ihid). 

T'  Serclaes  et  ses  compagnons  appliquèrent  leurs  échelles 


(  263  ) 

à  la  partie  du  mur  extérieur  que  ne  Lordait  pas  le  fossé 
de  la  ville  et  dont  le  revêtement  endommagé  menaçait 
ruine.  Ils  escaladèrent  le  rempart  dégarni  de  sentinelles , 
abandonné  aux  tentatives  de  l'ennemi.  Descendus  de 
l'autre  côté  du  mur ,  dans  la  rue  qui  prit  depuis  cet 
événement  le  nom  de  rue  d'Assaut ,  ils  se  mirent  à  courir 
par  la  ville  criant  à  tue  tête  :  Brahant  au  grand  duc  ; 
c'étaient  les  mots  de  ralliement  pour  assembler  leurs 
amis  qui  attendaient ,  dans  leurs  maisons  ,  le  résultat  de 
l'entreprise  hardie  d'Everard.  La  petite  troupe  que  con- 
duisait le  brave  Brabançon  fut  bientôt  grossie  par  tous 
ceux  qui  tenaient  pour  Wenceslas. 

Les  Flamands  réveillés  par  les  cris  d'alarmes  de  quel- 
ques sentinelles  isolées  qui  venaient  avec  épouvante  leur 
raconter  ce  qui  se  passait ,  essavèrent  de  résister  au  pre- 
mier choc.  3Iais  entourés  d'épaisses  ténèbres ,  cernés  de 
toute  part,  sachant  à  peine  quels  ennemis  ils  avaient  k 
combattre  ,  ils  furent  vigoureusement  repoussés  ;  t'Serclaes 
suivi  de  ses  amis  pénétra  bientôt  jusqu'à  la  Grand'place 
où  s'élevait  la  maison  des  bourgmestres  (aujourd'hui  le 
Bvood-huys  en  face  de  l'Hôtel-de-ville)  ;  il  s'élança  sur 
le  perron  et  en  arracha  la  bannière  du  Comte  de  Flandre 
qui  fut  lacérée  et  foulée  aux  pieds.  L'étendard  de 
Louis-de-3Iàle  qui  flottait  sur  quelques  portes  de  la  ville 
eut  le  même  sort  et  fut  remplacé  par  le  drapeau  du  Duc  de 
Brabant  (  Harœus  p.  332.  —  Dîvœus  ibid.  —  Mann.^ 
ibid.  —  Oude<jhcrsl ,  I.  492  uof.  4.  Dyutherus ,  ibid.  — 
De  Smet ,  ibid.  —  Meyer ,  ibid). 

En  voyant  la  victoire  se  décider  en  faveur  de  Wenceslas , 
les  Bruxellois ,  qui  jusqu'alors  s'étaient  encore  crus  liés 
par  la  religion  du  serment  prêté  au  Comte,  se  levèrent 
en  masse  et  unirent  leurs  efforts  à  ceux  de  t' Scrclaes. 
Consternés  des  pertes  qu'ils  éprouvaient ,  traqués  dans 
toutes  les  rues,  les  Flamands  abandonnèrent  les  différens 


(  264  ) 

postes  qui  leur  avaient  été  confiés  et  cherclièrent  leur 
salut  dans  la  fuite.  Les  Brabançons  les  poursuivirent  sans 
pitié  jusqu'à  la  porte  de  Flandre ,  qui  déjà  gardée  par  un 
fort  détachement  d'archers ,  barrait  le  passage  aux  fuyards. 
(  Deicez ,  ihid.). 

Ainsi  privés  de  tout  moyen  de  se  sauver ,  les  uns  se 
précipitèrent  du  haut  des  remparts  et  trouvèrent  la  mort 
dans  leur  chute  ;  d'autres  pleins  de  courage  préférèrent 
de  continuer  le  combat  jusqu'à  ce  qu'ils  tombassent  percés 
de  coups  et  accablés  par  le  nombre  ;  d'autres  enfin  furent 
impitoyablement  massacrés  par  la  populace  (  Dynlherus , 
ihid.  —  Deivez ,  III.  346.  —  Mann.,  ihid.). 

Cinq  semaines  s'étaient  à  peine  écoulées  et  déjà  le 
Comte  de  Flandre  se  trouvait  dépossédé  de  ses  brillantes 
conquêtes  !  car  aussitôt  que  les  Brabançons  eurent  repris 
Bruxelles,  les  villes  deLouvain,  Tirlemont  et  autres  (à  l'ex- 
ception d'Anvers)  que  la  force  retenait  soumises  à  Louis- 
de-Màle ,  furent  réduites  sous  l'obéissance  de  Wenceslas , 
qui ,  à  la  première  nouvelle  des  succès  obtenus  par  t'Serclaes, 
s'était  rendu  avec  la  duchesse  Jeanne  à  Bruxelles ,  où  tous 
deux  furent  magnifiquement  reçus  avec  leur  nombreuse 
suite  qui  se  composait  d'une  troupe  d'Allemands  entre 
lesquels  brillaient  les  comtes  de  Berg ,  de  Los,  de  Catze- 
lenbourg  et  de  Meghem  ;  les  seigneurs  de  Brederode , 
d'Iselsteyn  ,  de  Warfusée ,  de  Hamale  et  Thierry  de  Roche- 
fort.  Evcrard  tSerclaes,  le  héros  de  ce  bel  exploit  militaire, 
fut  comblé  de  bienfaits  par  le  Duc  qui  le  créa  chevalier 
et  lui  donna  à  jamais  son  amitié  :  in  proximorum  nume- 
riim  adscivit.  Le  peuple  de  Bruxelles  joignit  ses  actions 
de  grâce  à  celles  du  prince  et  porta  toujours  à  son  intré- 
pide libérateur  une  vénération  profonde,  un  amour  sans 
bornes  dont  nous  verrons  bientôt  une  preuve  [Harœus , 
p.  333. —  Dyntherus,  ihid.  —  Mann.,  ihid.  p.  57.  —  Buk- 
keu6  I.  471), 


(  265  ) 

Cependant  après  la  réintégration  du  Duc  de  Brabant 
dans  ses  états  la  guerre  n'en  fut  poursuivie  qu'avec  plus 
d'acharnement  ;  nous  n'entrerons  pas  dans  de  plus  longs 
détails  à  cet  égard,  il  suffira  de  dire  que  la  paix  d'Ath, 
conclue  le  4  juin  1357,  mit  enfin  un  terme  à  ces  désas- 
treuses ilissentions  qui  divisaient  Wenceslas  et  Louis-de- 
Màle.     , 

On  a  beaucoup  varié  sur  le  nombre  de  ceux  qui  secon- 
dèrent la  courageuse  tentative  d'Everard  t'SercIaes;  les  uns 
avec  Butkens  ont  prétendu  qu'ils  étaient  cinquante  ;  d'au- 
tres ont  porté  ce  nombre  à  100.  Une  pierre  votive  élevée 
en  l'honneur  de  t'Serclaes  pour  perpétuer  le  souvenir  de 
l'action  qui  l'avait  illustré ,  détermine  irrécusablemcnt  ce 
nombre  et  le  fixe  à  soixante  —  six.  Cette  ])ierre ,  de  marbre 
bleu ,  fut  trouvée  enfouie  dans  la  terre  lorsqu'on  bâtit 
l'hôtel  de  Berghe,  depuis  l'hôtel  de  Beughem  (aujourd'hui 
un  magasin  de  nouveautés  au  coin  de  la  rue  d'Assaut) 
à  l'endroit  où  ,  comme  nous  l'avons  dit ,  fut  tenté  l'esca- 
lade. L'inscription  telle  qu'elle  se  trouvait  gravée  sur  cette 
pierre,  était  ainsi  conçue  : 

S.     P.     Q.     B. 

EVERHARDO    t'shERCLAES    VIGT. 

PATR.    LIBERAT. 

QUI    IX    KALE^D.    KOV.    MCGGLVI    HUG    PîOCTU 

CUM    LXVI    SOG.    ARM.    URB.    I>VAS.    EXPUG>'. 

VEXILL.    PRIMAR.    GASDAV.    CUR.    SE>'AT.    DIRUP. 

ET 

CONCERTAIT.    GIV.    HOST.    INTRORUPT. 

VAL.    DEP.    PATR.    LIBER. 

P.  S. 

Voici  l'inscription  sans  abréviations  : 
Senalus popitfiistjiie  Bruxellensis  Everhardo  fSercîaes 
viclori,2^ttlf'ioe  liberalori  quiixkalendasnocembrisuGCCh'Si 


(  266  ) 

Imc  noctu  cnni  lxvi  socîis  armatis  nrhein  invasit,  ex— 
pugnavit ,  vexillian  jjrimarium  Gandavensiuin  è  curia 
senalot'îa  dirupil,  et  concerlantîhus  cicihus  hostes  intro- 
ruptos  validé  depidèit ,  patriam  libéra n'/.  Poster itati 
sacrum.  (^Filiation  et  preuves  justificatives  de  la  famille 
de  t'Serclaes.  Brux. ,  1786,  imprimé  chez  Pauwels.^ 

Après  que  la  tranquillité  eut  été  rendue  au  Brabant , 
Everard  t'Serclaes  rentra  dans  les  rangs  des  simples  par- 
ticuliers et  continua  toujours  à  jouir  auprès  de  ses  compa- 
triotes de  cette  estime  précieuse ,  de  cette  haute  considération 
que  donne  une  réputation  basée  sur  un  mérite  réel.  Nous 
le  Yovons  yers  l'an  1367,  élu  écherin  de  Bruxelles,  charge 
à  laquelle  la  qualité  de  patricien  (^uijt  den  geslachten)  lui 
permettait  bien  d'aspirer!  [Harœus,  ihid. — Dyntherus, 
ihid.  —  Gachard ,  précis  du  régime  municipial  eu  Bel- 
gique,  etc.,  p.  15.) 

Jusqu'à  l'année  1386  il  n'est  plus  fait  mention  d'Ererard 
t'Serclaes  que  simplement  comme  éche\in  de  la  ville  de 
Bruxelles.  C'est  vers  cette  époque  que  s'alluma  la  guerre 
entre  les  Brabançons  et  le  comte  de  Gueldre  pour  la  pos- 
session de  la  Tille  de  Grave.  Les  premiers  firent  de  grands 
préparatifs  militaires  ;  ils  commencèrent  la  campagne  par 
le  siège  de  Gi'ave.  Chaque  ville  envoya  à  l'armée  Braban- 
çonne ses  plus  courageux  capitaines.  Bruxelles  choisit  à 
cet  effet  Everard  t'Serclaes  qui,  quoique  d'un  grand  âge, 
conservait  encore  toute  la  vigueur ,  toute  l'activité  de  la 
première  jeunesse  ;  on  lui  adjoignit  Nicolas  Saevens  et 
Thierri  d'Heetveld  ;  tous  trois  étaient  des  chevaliers  dont 
la  bravoure  était  universellement  reconnue. 

Le  siège  de  Grave  durait  depuis  long-temps;  déjà  les 
Brabançons  fatigués  s'étaient  retirés  dans  leur  camp,  espérant 
réduire  la  ville  par  la  faim.  Cependant  engagé  par  le  comte 
de  Gueldre  à  conclure  des  accommodcmens  ,  Albert  de 
Bavière  essaya  de  pacifier  les  parties.  Mais  des  infractions 


(  2G7  ) 

mutuelles  ramenèrent  bientôt  les  deux  armées  en  présence. 
L'année  suivante,  en  1387,  pendant  que  le  BraLant  prenait 
de  nouvelles  mesures  pour  terminer  la  guerre ,  un  crime 
aflrcux  priva  tout-à-coup  les  Bruxellois  de  leur  chef  le 
plus  intrépide,  d'Everard  l  Sereines. ÇIIar'œus,ibîd.  357-359. 
—  Djinlhet'us  III.  11)40-1951.)  Voici  comment  Edmond 
de  Dvntlicr  ou  Dyntherus ,  qui  vivait  trente  ans  après , 
raconte  la  fin  malheureuse  du  libérateur  de  Bruxelles  : 
Z\vedier  d'Abscoude  ,  seigneur  de  Gaesbeeck  ,  pour  obtenir 
ù  titre  d'engagement  certaines  possessions  territoriales 
qui  étaient  enclavées  dans  le  village  de  Rhode ,  placé  sous 
la  jurisdiction  de  l'Amman  de  Bruxelles  ,  avait  tellement 
obsédé  la  Duchesse  Jeanne ,  veuve  de  Wenceslas  ,  qu'elle 
était  sur  le  point  de  céder  à  ses  imporlunités.  Avant  eu 
connaissance  de  la  faiblesse  de  Jeanne  ,  les  échevins  de 
Bruxelles  s'opposèrent  formellement  à  l'impiguoration  des 
susdites  possessions.  Everard  t'Serclaes  qui  faisait  alors 
partie  du  magistrat ,  s'éleva  surtout  contre  les  prétentions 
du  seigneur  de  Gaesbeeck  et  prenant  la  parole  en  pré- 
sence des  échevins  ses  collègues  :  INicolas  Zwaclft ,  Renier 
Clutinckx ,  Gilles  de  Mol ,  Arnoud  Bogaert ,  Gilles  de 
Hertoghe  et  Gilles  de  Weert ,  il  représenta  avec  une  mâle 
éloquence  à  la  Duchesse  en  personne  ,  qu'elle  avait  solen- 
nellement juré  dans  ses  lettres  de  Jotjeiise-Enlrée  l'intégrité 
et  l'inviolabilité  du  territoire  brabançon  ,  qu'aucun  droit 
ne  lui  accordait  l'aliénation  de  quelque  parcelle  que  ce 
fut  de  ce  territoire ,  que  lui-inèuie  enfin  entraverait  de 
toutes  ses  forces  l'exécution  des  engagemcns  qu'elle  pren- 
drait ,  à  cet  égard,  envers  Z^vedier  d'Abscoude.  La  Duchesse 
de  Brabant  autant  par  considération  pour  l'expérience  et 
la  vérité  des  paroles  d'Everard ,  que  par  amitié  pour  celui 
qui  lui  avait  rendu  la  couronne  ducale  trente  ans  aupa- 
ravant ,  approuva  ses  raisons  et  refusa  la  demande  du 
seigneur  de  Gaesbeeck. 


(  268  ) 

Ce  dernier  ainsi  frustré  de  son  espoir ,   conçut  contre 
les  échevins  et  surtout  contre  t'Serclaes  une  haine  impla- 
cable.   De    retour    dans    son    château    de    Gaesbeeck ,    il 
raconta    pendant    le   repas  à  sa  femme  laflront   sanglant 
qu'il  avait  reçu  et  jura  de   se  venger.  La  dame  de  Gaes- 
beeck   courut    fuiieuse   rapporter   à  Melis    Vuvtenenge , 
alors  bailli  de  cette   seigneurie ,  toutes  les    circonstances 
qu'elle  avait  apprises   de  son  mari.  Melis  promit  de  laver 
dans  le  sang  de  l'oflenseur  l'inju  re  faite  à  Zwedier  d'Abscoude. 
Accompagné  deGuilluame  deCIéves  (fils naturel  duseigneur 
de  Gaesbeeck  )  et  de  quelques  autres  complices,  le  Bailli 
attendit  un  jour  sur  la  grande  route  Everard  t'Serclaes , 
qui  s'en   revenait  à  cheval    du   village   de   Lennick  et  se 
dirigeait  vers  Bruxelles;  au  moment  où  le  cavalier  passa, 
les  assassins  se  précipitèrent  sur  lui ,  le  mutilèrent  cruel- 
lement et  après  lui   avoir  coupé   un    pied  et  une  partie 
de  la  langue  l'abandonnèrent  seul  au  milieu  d'un  champ; 
les  vassaux  de  Gaesbeeck  croyant  voir  dans  la  victime  un 
acte  de  justice  seigneuriale  ,  aucun  d'eux  n'osa  lui  porter 
secours.  Cet  infâme  guet-apens  eut  lieu  le  26  mars  1387, 
Il  arriva  que  Jean  de  Stalle ,  alors  doyen  de  chrétienté 
dans  la  petite  ville  de  Halle  ,   passa  par  cet  endroit  avec 
son  clerc  Jean  Coreman;  ils  placèrent  le  corps  d'Everard 
sur  un  charriot  et  le  conduisirent  vers  le   soir  à  Bruxelles 
■    devant  la  maison  des  bourgmestres.  Le  peuple  à  la  nouvelle 
de  l'assassinat  horrible  du  héros  qui  l'avait  délivré  jadis , 
accourut  en  foule  sur  la  Grande-Place,  où  sa  fureur  fut 
au    comble    à   l'aspect   des    blessures    de    t'Serclaes.    La 
duchesse  apprenant  le  tumulte  que  causait  cet  événement 
inattendu  ,  se  rendit  elle-même  sur  la  place  et  essaya  de  cal- 
mer reflervcscence  des  Bruxellois.  Mais  sa  voix  conciliatrice 
demeura  impuissante  au  milieu  de  cette  foule  ,  qui  deman- 
dait à  grands  cris   le  châtiment  de  Zwedier  d'Abscoude. 
La  commune  de  Bruxelles  partit,  le  27  mars  1387  ,  vers 


(  269  ) 

cinq  heures  du  soir ,  avec  ses  machines  de  guerre  et 
ses  dovcns  de  métiers ,  pour  aller  assiéger  Iç  château 
de  Gaesbeeck.  Elle  passa  la  nuit  à  Vlesembeeck  et  se 
trouva  le  lendemain  devant  le  château  de  l'assassin. 
Le  siège  dura  assez,  longtemps  ;  toutes  les  villes  du 
Brabant,  intéressées  à  venger  l'injure  commune,  vinrent 
au  secours  des  Bruxellois.  Le  château  de  Gaesbeeck  fut 
miné  et  démoli  de  fond  en  comble  après  que  l'on  en  eut 
chassé  les  habitans.  (^Dyntherus.  III.  1940  —  1951  — 
IF.  2927.  —  Dewez ,  t.  IV.  —  Gramaye ,  Bruxella 
p.  32.  —  Butkens ,  trophées  de  Brahanl)  (1). 

Mais  revenons  à  Everard  t'Serclaes.  Les  médecins  les 
plus  habiles ,  parmi  lesquels  on  comptait  alors  Albert 
Dilhmar  de  Braine-l'Alleud  ,  déclarèrent  ses  blessures  in- 
curables ;  en  effet ,  malgré  tous  les  soins  de  l'art  qui  lui 
furent  proiUgués ,  après  avoir  souffert  pendant  une  année 
entière  les  plus  horribles  douleurs  ,  le  brave  chevalier 
mourut  le  mardi  de  Pâques,  31  mars  1388.  Il  fut  inhumé 
dans  l'église  paroissiale  de  Ternath  où  ,  comme  nous 
l'avons  déjà  mentionné,  se  trouvait  son  château  de  Cruv- 
kenbourg.  Malheureusement  aucune  piejre  tumulaire , 
aucune  tombe ,  ne  semble  confirmer  ce  qu'avance  Dvn- 
therus  ;  toutes  les  recherches  que  nous  avons  pu  faire  à 
cet  égard  dans  l'église  et  dans  les  archives  de  la  fabrique 
ont  été  infructueuses  ;  ce  qui  cependant  appuie  l'assertion 
de  cet  historien,  c'est  qu'il  y  a  une  fondation  pieuse 
dans  l'église  de  Ternath,  qui  ordonne  de  célébrer  annuel- 
lement le  22  novembre  un  anniversaire  funèbre  pour  le 
repos  de  l'ame  de  notre  Everard  et  de  sa  femme  Bcatrix 
van  Eessene. 


(i)    Les  feuilletons  que   nous  avons  insérés  dans  le  journal  l'Eman- 
cipation, N."»  (lu  22,    23  et   23    décembre    1 83,»  ,    donnent   de    plus 


amples  détails  liisloriques  sur  la  prise  de  ce  château. 


19 


(  270  ) 

Nous  ajouterons  en  finissant  cet  article .  que  beaucoup  de 
portraits  de  la  famille  de  t' Serclaes ,  dont  la  plupart 
remontaient  à  une  haute  antiquité ,  se  conservaient ,  il  n'y 
a  pas  long-temps  encore ,  dans  le  château  de  Ternath  ; 
ces  monuments  aussi  précieux  pour  l'histoire  de  l'art  que 
pour  celle  de  cette  famille ,  ont  été  employés  à  tapisser 
des  murs  froids  et  humides  et  ont  ainsi  disparu  à  jamais. 
L'on  nous  a  assuré  que,  parmi  ces  tableaux^,  se  trouvait 
peint  sur  bois  le  portrait  d'Everard  t' Serclaes ,  que  l'on 
pouvait   reconnaître  à  la  date  de  1380! 

C'est  de  ce  même  Everard  t' Serclaes  que  descendait 
Jean  t' Serclaes  ,  comte  de  Tilly ,  général  si  célèbre  par 
ses  hauts  exploits  militaires  et  les  revers  que  lui  fit 
essuyer  Gustave-Adolphe ,  roi  de  Suéde ,  il  mourut  à 
Ingolstad  en  1632. 


Jules  de  SAi>T-GE?fois. 


i^ 


(271  ) 


XXotict  0ur  un  ancUn  iXlanuBcxit, 


Croniques  abrégiez  conimenchans  lan  mil  quatre  cens 
quatre  vingtz  et  douze  et  continuant  jusques  en  lan 
mil  chincq  cens  vingt  huit  includ  de  pluseurs  choses 
advenues  es  pays  de  Flandres,  dArthois ,  Brahant  et 
aultres  lieux  voisins,  ensamhle  de  Franche,  d Angleterre, 
des  Espaignes  et  AUemaignes,  des  Italles  et  aultres  lieux 
marchissans  aux  contrées  dessus  dictes,  tirées  de 
prose  en  ryme  par  Nicaise  Ladam ,  voy  darmes  de 
lempereur ,  intitule  Grenade,  en  la  manière  qui  sen- 
sxiit. 

Tel  est  le  litre  d'un  manuscrit  qui  a  appartenu  à  Phi- 
lippe de  Crov,  3.*^  du  nom,  sire  deCroy,  duc  d'Aerschot, 
prince  de  Cliimay ,  mort  le  15  décembre  1595,  et  qui 
s'est  distingué  pendant  les  troubles  qui  ont  eu  lieu  dans 
les  Pays-Bas  (1).  C'est  un  petit  in-folio  de  soixante -un 
feuillets.  Le  litre  se  trouve  au  verso  du  premier:  il  est  bien 
conservé  ,  sauf  qu'il  a  été  rongé  par  les  gerces  en  plusieurs 
endroits.  Il  est  composé  de  708  strophes  de  quatre  vers 
alexandrins,  et  chaque  page  en  contient  six.  La  rime  des 


(i)  On  lit  au  bas  du  recto  du  3.<'  feuillet  :  ce  livre  et  (sic)  a  moy 
Phles  sire  de  Croy  duc  d'Arschot  prince  de  Cliimay  comte  de  Beaumont 
et  Seni^lien,  etc.  Croy. 


(272) 

hémistiches  est  asseï  exactement  observée  ;  les  rimes  finales 
sont  quelques  fois  forcées  :  dans  tout  le  manuscrit  il  n'y  a 
ni  points  ni  virgules;  les  abréviations  des  mots  ne  sont 
pas  nombreuses;  l'écriture  est  belle  et  lisible. 

IVous  allons  essayer  de  donner  une  idée  de  la  poésie 
prosaïque  de  l'auteur  et  de  quelques-unes  des  particula- 
rités historiques  qu'il  nous  a  transmises.  Voici  son  début  : 

1492.    «  En  lan  mil  quatre  ans  et  quatre  vingtz  et  douze 

»  Non  trop  pourveu  de  sens  aussy  non  trop  harouge  (i) 

»  Sievys  les  cours  des  prinches  comme  a  vingt  et  quatre  ans 

.)  Et  en  plusieurs  provinces  escrips  selon  le  temps 

La  deuxième  strophe ,  c'est-à-dire  ,  celle  où  commencent 
ces  chroniques,  nous  apprend  qu'en  la  même  année  1492, 
les  Anglais  firent  le  siège  de  Boulogne  : 

))  En  ce  temps  les  Angloix  asscgerent  Boullogne 
V  Franche  par  deux  exploix  appaisa  la  besogne 
»  Bourgogne  soubz  hazurt  songeoit  autre  eiitreprinse 
»  Gouvernant  un  grisart  dont  Arras  fut  reprinse 

L'auteur  parle  ensuite  (1493)  de  la  paix  conclue  à  Senlis; 
(1494)  de  l'envie  qu'eut  le  roi  Cliarles  VIII,  de  se  rendre 
à  Naples;  (1495)  de  son  départ  de  cette  capitale;  (1497) 
de  sa  mort  :  les  événemens  de  1498  commencent  par  ces 
vers  : 

»  Lan  dixhuit  la  compaigne  de  rarchiduc  dAustrice 

»  Réjouissant  Espaigne  eubt  une  fdie  riche 

»  Entière  (2)  créature  droicte  blanche  et  non   noire 

i>  Sans  quelque  fourfaicture  nommée  Alienoire  (3). 

Il  continue  (1499)  par  l'arrivée  de  l'archiduc  d'Autriche, 


(1)  Harouge,  gêné,  de  harou  ,  gène.  (2)  Accomplie.  (3j  Eléonore. 


(  273   ) 

à  Arras;    la   cession   qui  lui  fut   faite   d'Hesdin,   Aire  et 
Bélhune  (1502)  et  la  prise  de  Milan;  puis  il  dit  : 

V  En  celluy  temps  Brabant  Haynaiilt  Arthois  et  Flandres 

))  Pour  leur  bon  droit  gardant  ne  eurent  nulz  esclandres  (i) 
»  Le  conte  de  Nassau  prudent  et  libéral 
»  Estoit  lors  au  consau  lieutenant-general 

Fidèle  au  titre  de  son  manuscrit ,  l'auteur  donne  année 
par  année ,  ce  qui  se  passe.  Ici  Maximilien  voit  beaucoup 
de  villes  en  peu  de  temps  : 

i5o5.    »  Le  dit  roy  (2)  pour  son  cas  conduire  a  bonne  fia 
3)  Se  trouvast  a  Arras  et  dArras  a  Ilesdin 
)»  De  Hesdin  a  Betliune  a  Lille  et  puis  a  Gand 
»  Approchant  la  fortune  soupple  comme  le  gand 

Philippe  1 ,  surnommé  le  Beau ,  roi  d'Espagne  ,  meurt 
à  Burgos,  le  25  septembre  150G;  il  est  enterré  dans  l'église 
des  Chartreux  de  Miraflores,  prés  de  Burgos. 

i5o6.    »  Le  roy  de  grand  estime  et  dEspaigne  chicf  membre 

j)  Le  jour  vingt  chincquiesme  en  ung  moys  de  septembre 

V  Lan  mil  chincq  cens  et  six  eubt  a  Bourgues  son  tour 
w  Quant  par  mort  fubt  transis  et  mis  a  Mère  flour 

Henri  VIII .  fils  d'Edmond,  comte  de  Richemont  cl  de 
Marguerite  de  Lancasire ,  meurt ,  selon  Nicaise  Ladani , 
en  1510  (\icux  style).  Son  fils  Henri  lui  succède. 

i5io.    »  Lan  quinze  cens  et  dix  Henry  de  Richemont 

M  Roy  (les  Angloix  jadis  craint  a  bas  et  a  mont   (3) 
»   Rendit  sou  corps  a  terre  (4)  par  quoy  son  lllz  Henry 
)i  Laisse  roy  dAngleterre  en  vertu  bien  floury. 


(i)  Accidcns  facheus..  (-2)  Maximilicn  ,  roi  des  Romains.  (3)  Des  grands 
et  des  petits.  (4}  Mourut, 


(  274  ) 

Voici  une  espèce  de  calembourg  sur  le  siège  cl  la  capi- 
tulation de  Tournay. 

i5i3.    »  lAngloix  pour  tournerir  devant  Tournay  tourna 
»  Qui  pour  retournerir  dict  que  ne  destourna 
u  Mais  pour  estre  atournee  dimperiaux  atours 
»  Tournay  fust  retournée  tournant  portes  et  tours. 

Cette  capitulation  fut  suivie  de  tournois  et  de  joutes. 

»  Larchiduc  et  les  dames  entrèrent  en  Tournay 

»  Le  roy  Henry  en  armes  sy  monstra  fricque  (i)  ^l^  S^y 

n  Se  feist  dedans  la  ville  joustes  et  beaux  tournois 

»  Puis  après  vint  a  Lille  mectre  jus  son   (2)  harnois 

François  I ,  roi  de  France,  dit  le  père  des  lettres,  fut 
à  peine  sur  le  trône ,  qu'il  s'occupa  du  recouvrement  du 
Milanais  :  il  passe  les  Alpes  au  mois  d'avril  1515  ,  et  entre 
dans  ce  duché  qui  était  défendu  par  les  Suisses  : 

i5i5.    »  Le  roy  Franchois  en  guerre  partist  vers  la  saint  Ihan 

»  Pour  aller  reconquerre  la  duché  de  Melan 

M  Espérant  jouyssance  sans  faire  longz  sermons 

)>  A  tout  grosse  puissance  passât  outre  les  'mons 

Charles-Quint  fait  son  entrée  à  Gand,  lieu  de  sa  nais- 
sance :  il  y  est  reçu  d'une  manière  digne  de  son  haut  rang. 

i520.  »  En  la  ville  excellente  de  Gand  ou  il  fust  ne 
»  Feist  son  entrée  gente  laigle  (3)  bien  fortune 
)»  Créatures  humainnes  jamais  ne  ont  apperchut 
»  Aux  histoires  romainncs  ung  césar  mieux  rechut 

1520.  Après  ce  vers  :  le  bon  roy  catholique  s'en  vint  à 
Saint-Omer.  Nous  voyons  que  ce  prince  se  renilit  à  Ypres 
et  à  Bruges  : 

»  Du  quel  lieu  et  contrée  a  Ippre  scn  alla  (4) 
»  Et  après  son  entrée  bien  tost  pariest  de  la 
»  Car- pour  toutes  excuses  il  sen  voUot  alla 
1)  En  sa  ville  de   Bruges  pour  ses  gens  consoller 


(1)  Galant.  (2)    Bas,   à  bas.  (3)  L'empereur.    (4)  H  y  arriva  le    :io 
juillet  i52o. 


(275  ) 

Nicaise  Ladam  nous  apprend  aussi  qu'en  1521  ,  Charlc- 
Quint  se  trouvait  à  Valenciennes. 

»  A  Valeiiclijennes  lors  estoit  l'empereur  Charles 

X  Le  roy  (i)  monstroit  bon  corps  entre  Lyeuco  (2)  et  Maries 

«  Lempereur  veist  tout  rade  lentente  de  Tournay 

»  Se  tire  a  Audenade  (3)  et  meist  Franche  en  esmay  (4) 

Voici  ce  qu'il  ajoute ,  quelques  strophes  après  celle  qui 
précède  : 

)>  Franche  allast  a  Bouchain  eslongeant  (5)  Valenchiennes 
»  Costoyant  vers  Belain  pour  passer  a  Marchiennes 
»  Elle  alloit   a  Tournay  neubt  este  le  regisme 
))  Du  bailly  de  Douay  résistant  luy  trentiesme 

En  1522,  vers  la  pentecôte,  l'empereur  part  pour  l'An- 
jflelerre,  il  est  accueilli  par  le  roi  Henri  VIll;  Doulens 
est  incendiée.  Le  Souverain  Pontife,  Adrien  VI,  meurt  à 
Rome,  le  24  septemljre  1523.  Clément  VII  est  élu  pour 
lui  succéder,  le  19  novembre  de  la  même  année,  et  cou- 
ronné le  25. 

»  Pour  lors  pape   Adrien  Gna  son  temps  (6)  a  Romme 
»   Ne  scay  par  quel  moyen  car  il  estoit  viel  homme 
«  Comme  Dieu  le  voUut  en  gloire  et  en  renom 
»  Pape  Clément  eslut  septicsme  de  ce  nom 

Après  avoir  parlé  (1524)  sous  cette  année,  de  la  bataille 
de  Puvie,  où  les  Français  furent  les  victimes  de  la  bra- 
voure imprudente  de  leur  souverain,  l'auteur  s'exprime  ainsi  : 

»  Lors  fust  prins  Franchois  (7)  roy  faisant  armes  cruelles 
))   Par  Cliarlcs  de  Lannoy  selrigneur  de  Scnnezfllcs 
j)  Establi  vice  roy  par  lempereur  en  Naples  ,  etc. 


(i)  François  1.  (2)  Leuze.  (3)  Audenarde,  ville  de  la  Flandre  Orientale. 
(4)  Emoi,  tristesse,  {"i)  S'éloigualit.  (6)  Mourut,  (7)  Francis  1,  i^'^ 
de  France. 


(  276  ) 

Puis  il  transcrit  la  lettre  que  le  roi,  prisonnier,  écrivit 
à  sa  mère,  Louise  de  Savoie,  et  qui  contient  ces  mots  : 
"  de  toutes  choses  ne  raest  demeure  que  llionneur  et  la 
vie.  ,,  Ladam  donne  ensuite  les  noms  des  morts  et  des 
prisonniers  qui  furent  faits  à  cette  bataille  mémorable , 
et  raconte  les  événemens  qui  ont  eu  lieu  en  Europe  de 
1524  à  1528. 

La  relation  des  événemens  de  cette  année  ,  consiste 
seulement  en  cinq  strophes.  Voici  la  première  : 

iSaS.    »  Mil  diincq  cens  vingt  et  huit  quoy  que  chacnn  en  dye 
j>  Arthois  de  joye  est  wid  (i)  aussi  est  Picardie 
«  Mais  pour  les  soulaigiez  en  leurs  anguoisses   griefves 
»  Dieu  y  faict  de  legier  pour  huit  moys  unes  trîefves. 

Enfin  nous  finii'ons  notre  revue  par  la  strophe  suivante 
qui  est  la  dernière  de  ces  chroniques. 

»  Dont  puis  que  triefves  sont  en  Arthois  et  sups  Somme 
))   Gens  de  guerre  ny  font  choses  qui  rompe  ung  somme 
»  Pour  bouter  (2)  en  escript  ailleurs  je  me  retire 
3)  Priant  a  Jhesuscrist  me  faire  un  vray  cscripre. 

Nous  savons  qu'il  existe  à  la  bibliothèque  d'Arras  des 
chroniques  de  Nicaise  Ladam  (3),  mais  nous  ignorons  si 


(i)  Vuide,  privé.    (2)  Methr. 

tt  (3)  Né  dans  le  XV.""*  siècle  ,  à  Béthune  ,  il  se  retira  vers  la  fin 
»  de  ses  jours  à  Arras ,  et  c^est  là  que  ,  suivant  la  Biographie  uni- 
»  verselle,  tom.  XXIII,  page  90,  il  composa  sa  chronique  qui  s'étend 
»  de  1488  à  1045.  M.""  Weiss ,  auteur  de  Tînticle  où  nous  trouvons 
»  CCS  détails,  ajoute  que  le  dernier  éditeur  de  la  Bibliothèque  historique 
»  de  France,  fait  mention  de  deux  copies  de  cette  chronique,  qui 
»  étaient  conservées  ,  l'une  à  Tahbaye  de  Saint-Vaast  d'Arras  (c'est, 
»  sans  doute,  cdlo  dont  nous  venons  de  parler),  et  l'autre  dans  la 
»)  bibliothèque  du  chancelier  d'Aguesseau  :  iio^lc  manuscrit  serait  donc 
;>   une  troisième  copie  abrégée  de  la  chronique  de  INicaise  Ladam.  )> 


{211  ) 

ces  chroniques  sont  en  prose ,  ou  ,  comme  les  nôtres ,  tirées 
de  prose  en  rime  ;  selon  le  titre  rapporté  ci-dessus  ,  il  serait 
possible  qu'il  les  ait  composées  d'après  un  manuscrit  ou 
un  ouvrage  imprimé  d'un  autre  auteur;  et  comme  il  se 
pourrait  aussi  que  celui  qui  nous  appartient  soit  unique 
en  son  genre ,  nous  avons  cru  qu'il  ne  serait  pas  inutile 
de  le  faire  connaître. 

LAMBIN , 
Jfrchiviste  de  la  ville  d'Jj)res. 


(  278  ) 


(Guillaume  it  iMtdf 


Guillaume  de  Meeff  naquit  à  Liège  vers  la  fin  du  quin- 
zième siècle  ,  de  Michel  de  MeefT  et  d'Isabeau  de  Vivegnis; 
d'après  Lovens ,  on  le  surnomma  Champion  ,  parce  qu'il 
habitait  une  maison  qui  portait  cette  enseigne.  De  Meeff, 
fut  successivement  revêtu  de  plusieurs  charges  importantes 
et  nommé  deux  fois  bourgmestre  de  la  cité,  en  1544  et 
en  1550.  Durant  ces  deux  années  de  magistrature,  il  fit 
exécuter  des  travaux  importants  et  d'une  grande  utilité 
pour  la  ville  dont  l'administration  lui  était  confiée.  Pen- 
dant le  court  séjour  que  fit  Charles-Quint  à  Liège,  en  1544, 
il  fut  présenté  à  cet  empereur,  qui  le  reçut  avec  la  plus 
grande    distinction. 

Guillaume  de  Meeff  ne  nous  a  laissé  qu'un  seul  ouvrage; 
voici  à  quelle  occasion  il  le  composa  :  En  1531 ,  sous 
Erard  de  la  Marck,  la  disette  et  l'excessive  cherté  des 
grains  firent  naître  une  violente  émeute  parmi  les  habi- 
taus  de  Seraing,  de  Jemeppe,  de  Tilleur  et  d'autres  vil- 
lages voisins.  Champion  ,  alors  greffier  de  la  cité ,  fut 
député  par  le  conseil  vers  les  révoltés ,  dans  le  dessein 
de  calmer  l'extrême  irritation  qui  se  manifestait  parmi 
eux.   C'est   la  narration  complète  et  fidèle  des  événements 


(  279  ) 

qui  se  passèrent  alors ,  que  de  Meeff  a  intitulée  :  La 
muliiierie  des  Rioageois  ;  il  l'a  composée ,  dit-il ,  afin 
que  ceux  qui  gouverneront  la  cité  dans  la  suite ,  con- 
naissant les  événements  antérieurs ,  puissent  plus  facile- 
ment prévenir  les  maux  futurs  ,  car  a-t-il  soin  d'ajouter  : 
Expérience  est  ^naitresse   de  toutes  choses. 

Avant  d'entamer  sa  narration,  Champion  expose  toutes 
les  mesures  prises  par  le  conseil  de  la  cité ,  pour  remé- 
dier à  l'affreuse  disette  qui  se  faisait  sentir  alors  chez 
nous.  11  entre  ensuite  dans  tous  les  détails  de  cette 
émeute  qui  faillit  amener  le  pillage  de  la  cité  entière. 
Cet  ouvrage  d'un  contemporain  ,  d'un  homme  qui  a  pris 
une  part  active  aux  événements  qu'il  raconte  ,  est  indis- 
pensable à  tous  ceux  qui  désireront  connaître  cet  épisode 
curieux  de  l'histoire  du  règne  d'Erard  de  la  Marck  ;  écrit 
en  français ,  il  peut  en  outre  offrir  des  renseignements 
utiles  sur  l'état  du  langage  à  cette  époque  ,  dans  la  ville 
de  Liège.  Quoiqu'il  méritât  bien  les  honneurs  de  la 
publication  ,  le  travail  de  Champion  est  resté  inédit  jus- 
qu'à ce  jour;  j'ai  pensé  qu'on  en  lirait  ici  avec  plaisir 
quelques  fragments  ;  cette  citation  suffira  ,  je  pense ,  pour 
<lonner  quelqu'idée  du  degré  d'intérêt  qu'il  présente. 

Comment  que ,  après  que  les  dits  Rivageois  furent 
retirés ,  aucuns  de  la  ville  dUAns  les  allèrent  reso- 
meir  et  rassemhleir  ^  et  de  la  conspiration  que  Hz 
firent  ensemble  devant  le  vaulx  de  Saint  Lambert. 

«  Le  prédit  dymenche  mesme  à  soir  ,  environ  d'entre  siex 

»  et  sept  heures ,  ung  compagnon  de  la  ville  d'Ans ,  nommeit 

»  le  sulty  Laurent  filz  Simon  De  champs  de  Montgnée , 

»  prinst  ung  tambour  et  le  sonnât  parmy  ladittc  ville  d'Ans, 

»  assemblât  vingt-cincq  à  vingt  siex  autres  compagnons  ; 

»  soy  partirent    tous  ensemble  et  passant  parmy  la  dit  le 

»  ville  de  Montgnée,  assemblèrent  et  convocarcnt  le  plus 


(  280  ) 

»  de  gens  que  avoir  poYoient ,  et  de  là  s'en  allèrent  des— 
»   cendre  à  Jemeppe  et  à  Tylleur  ;  sy  y  trouvèrent  encour 
»   aucuns   ensemble ,  et  les  autres  qui  estoient  retirez  en 
»  leurs  maisons,  les  allèrent  huchier  et  appelleir,  disant 
»   que  ils  estoient   meschants  gens  et  povres  canailles  de 
»   soy   avoir  ainsy  laissiez   seduyr  par   belles  paroUes ,    et 
»  pour  trois  à  qviattre  thoneaux  de  cervoise  que  l'on  leur 
»  avait  donné  à   boire   A  la  ditte   semonce   et   convoca— 
»  tion ,  les  dits  de   Tylleur  de  rechieff  se   eslevèrent ,  se 
»   rassemblèrent   et  s'en  allèrent  tous  ensemble ,    convoc- 
»  queir  et  appellier  ceulx  de  Jemeppe  et   des  autres  vil- 
»  laiges    alenthour ,    en    sorte   que   ils   furent   plus    gros 
))   nombre  qu'ils  n'avoient  estez  paravant.  Et  pour  ce  que 
»   le    soir    approuchoit ,    ils   cuidérent    alleir  logier  à   la 
»   vaulx  St.-Lamber*^  ;  louttes  fois ,    pour  la  résistance  qui 
»   leur  fust  faicte ,  ils  n'y  allèrent  pas  ,   mais  demorèrent 
»   sur   les  prez   devant    la    ditte   vaulx   St.    Lambert  ;    et 
»   mandèrent  à  l'abbaye  que  l'on  leur  envoyast  à  boir  et 
»   à  mangier,  ce  que  Mons.*  l'abbé  qui  est  bomme  savant 
»   et  prudent ,  affin  de    eviteir  leur   fureur  et   maulvaise 
»   volonté ,    ne    leur    volut    refuseir ,   mais    leur    envoyât 
»  incontinent  trois  à  quattie  thonneaulx  de  bonne  cer- 
»   voise,  du  pain,  de  la  chair  et  du  fromaige  à  l'advenant. 
»  Et  comme  ils  estoient  ainssy  logiez   sur  les  dits  prez, 
»   aians  buvz  ceste  bonne  cervoise ,    comencbèrent  à  de— 
»  viseir   de  leur  conspiration  et  entreprinse  ,  et  oussy  de 
»   faire  serment  les  ungs  aux  aultres  de  non  separeir  ny 
»   devideir,  si  tout  ce  qu'ils  demanderoient  ne  fust  faict 
»   et  accomply ,  et  de  resisteir  et  de  défendre  contre  tous 
y>   ceulx  qui  les  voldroient  invader  et  courir  sus  ,  jusques 
»  à  morir  tous  ensemble.  Et  de  fait  eurent  tels   conseils 
»   que  ils  firent  ledit  serment ,  et  leur  faisoicnt  faire  comme 
»   chieffs  et  capitaines  Michiel  Callroux  de  Tylleur  et  Goffin 
»   son  frère.  Le  dit  serment  faici ,   firent  conspiration  que 


(  281   ) 

»  de  bon  matin ,    iJs  se   partiroient    d'illec   par  bandes , 

»  affin  d'alleir  convoccpieir  tous  cenlx  des  aultres  villaiges 

»  d'alenthour  de  là  et   pour  soy  trouveir  tous  ensemble 

»  vers  la  cité  ;  ce  qu'ils  firent  comme  icy  après  déclaré  sera. 

Comment  le  lendemain  les  Rivageoîs  et  complices  soi/ 
trouvèrent  en  gros  nombre  devant  la  cité ,  et  du 
conduyct  que  ils   tiendrerent  pour  y   cuider  entrer. 

»  Le  lendemain  3.^  jour  dudit  mois  de  jullet ,  de  bon 
»  matin  comme  dit  est ,  les  dits  Rivageois  soy  partirent 
»  par  bandes  de  devant  la  vaulx  saint  Lambert ,  et  s'en 
»  allèrent  convoquer  tous  ceulx  des  villaiges  d'alenthour 
»  de  là  ,  assavoir  de  la  grande  et  de  la  petite  Flemale , 
»  tous  ceuls  du  ban  de  Seraing  entièrement ,  ceulx  de 
»  Chocquicr  ,  de  Ramey ,  de  Chuxha ,  de  Mons,  de  Hol- 
»  longne ,  de  Grâce ,  de  Berleur  de  Montgnée ,  d'Ans  et 
»  de  Mollin ,  et  pareillement  ceulx  de  Sclessin ,  de  Cris- 
»  gnée  et  de  Ougrée.  Et  fut  un  nommeit  Johan  Barbe 
»  sonneir  la  cloche  et  recoupier  au  dit  Ougrée  pour  avoir 
»  plus  de  gens  ;  et  à  l'heure  par  eulx  limitée ,  sov  trou- 
»  vércnt  tous  ensemble  emprès  la  croix  de  Hurbrese  et 
»  mulliplioient  et  augmentoient  tousjours  ;  car  toutes 
»  gens  de  leur  sorte  et  estoffe  y  venoient  de  deux  à  trois 
»  liewes  d'alenthour  la  ditte  cité ,  en  sorte  que  avant  que 
»  il  fust  huict  heures  du  malin  ,  ils  estoient  plus  de  trois 
»  mille  hommes  ensemble ,  sans  les  femmes ,  entre  les- 
»  quelles ,  y  avoit  de  bien  maulvaises  qui  avoicnt  appoinlié 
»  grandz  couteaulx  pour  esgorgier  et  des  sacques  pour 
)>   remporteir  ce  qu'elles  auroicnt  pillié  et  desrobeit. 

•0  Estant  la  dite  bande  comme  dit  est,  assemblée  cm- 
»  près  la  dite  croix,  et  que  il  y  en  avoit  plusieurs  qui 
»  n'avoicnt  esté  le  jour  précédent  par  devant  la  ditte 
»   vaulx  Saint  Lambert  et  qu'ils  ncsloiont  de  la  conjura- 


(  282  ) 

»  tion  et  conspiialion  des  aultres ,  les  susdits  MicîiieJ 
»  Caltroux  et  Goffin  son  frère,  a^ec  certains  aultres  fai- 
»  sans  du  capitaine ,  leur  remonstrèrent  et  déclarèrent  le 
»  serment  qu'ils  avoient  fait ,  disans  que  tous  ceulx  qui 
»  Yoloient  estre  de  leur  nombre  et  faire  le  pareil  serment 
»  levassent  la  main  droite  en  liault ,  disans  qu'ils  voloient 
»  vivre  et  mourir  ensemble.  Ce  fait,  devisèrent  les  de- 
)>  mandes  qu'ils  voloient  faire  à  ceulx  de  la  cité ,  et  cru- 
»  rent  de  les  mettre  et  redigier  par  escript,  ce  qu'ils  firent; 
»  et  les  escripvoit  ung  nommeit  Pirar  Constant  de  Tyllcur 
»  qui  estoit  de  leur  nombre.  Et  ne  faisoient  icelles  de— 
»  mandes  seulement  mention  des  grains ,  mais  de  plusieurs 
»  aultres  choses  qui étoient  contre  équité,  justice  et  raison, 
»  et  ne  tendantes  à  aultres  choses  que  à  rébellion ,  sedi- 
)>   tion  et  mutinerie,  comme  cy  après   déclaré  sera. 

»  Or,  pendant  qu'ils  estoient  ainsy  à  la  ditte  croix  fai- 
»  sant  et  devisant  les  choeses  dittes,  messieurs  de  la  cité 
»  estant  de  tout  advertis ,  envoyèrent  vers  eulx  monsieur  le 
»  comte  d'Arembergh  ,  homme  doulx  et  aymé  d'ung  chacun 
»  grands  et  petits  de  la  ditte  cité ,  et  avec  lui  monsieur 
»  le  comte  de  Horne  prévost  de  Liège  ,  messieurs  Richard 
»  de  Mérode  chevalier  seigneur  de  Waroux  et  le  devant 
»  nommeit  Edmond  Z^vaertzenberg,  seigneur  de  Hierges  , 
))  bourguemestre ,  pour  parlementeir  avec  eulx  et  les  faire 
»  retireir  sy  possible  estoit,  Sv  leur  démonstrèrcnt  gra- 
»  cieusement  comme  ils  sçavoient  bien  faire ,  car  alors 
»  ne  les  falloit  prendre  par  menasses  mais  par  doulceur; 
»  sy  leur  dirent  :  Messieurs  qu'est-ce  que  demandez  ?  Ils 
»  respondirent  furieusement  qu'ils  voloient  avoir  le  grain 
»  à  tel  prix  qu'ils  avoient  entre  eulx  ordonné,  ensemble 
»  les  aultres  demandes  qu'ils  avoient  mys  et  redigiet  par 
»  escript ,  faites  et  accomplies ,  lesquelles  demandes  et 
))  pétitions  ils  firent  la  raesme,  en  la  présence  des  dits 
»   seigneurs ,  lire  et  publier.  Alors  les  dits  seigneurs  leur 


(  283  ) 

»  rcspondircnt  1res  gracieusement  tlisans  :  Messieurs ,  nous 
»  avons  bien  o\u  el  entendu  vos  demandes  et  pétitions, 
»  nous  vous  prions  que  vous  vous  appaisicz,  ung  peu  et  que 
»  demoriez  en  paix;  messieurs  de  l'égliese  et  de  la  cité 
»  sont  assemble?,  pour  ordonneir  sur  le  faict  des  grains 
»  et  aultres  affaires  concernantes  le  bien  de  la  choese 
»  commune ,  dont  vous  cnvoieront  incontinent  les  doubles 
»   et  aurez  bien  cause  vous  contenteir  et  retireir. 

»  Le  peuple  comme  forcené  et  plain  de  maulvaise 
»  volonté,  ne  voloit  oyr  les  dits  seigneurs;  mais  par 
»  grande  fureur  et  impétuosité ,  soy  mirent  à  courir 
»  et  devalleir  vers  la  porte  Sainte  Margueritte  pour  la 
»  saisir  et  entreir  en  la  cité ,  ce  qu'ils  eussent  faict , 
»  ne  fust  que  ung  serviteur  de  la  cité  nommeit  Ogier 
»  de  Marneff  se  mist  à  courir  à  briddes  avallées  à  devant 
»  d'eulx  pour  faire  fermeir  la  ditte  porte ,  car  elle  estoit 
>>  ouverte  depuis  que  les  dits  seigneurs  estoient  sortis , 
»  et  suivoient  le  dit  Ogier  de  sy  près  que  il  fust  en 
»  dangier  de  son  corps ,  et  fust  son  cheval  blessé  ;  et 
»  crioient  que  l'on  l'amassist  et  tuist.  Ils  ne  demorè- 
»  rent  quasi  rien  que  ils  ne  furent  à  la  ditte  porte ,  après 
))  lui  ferans  ,  stichans ,  lansans  et  donnans  assaulx  par 
»  violences  et  force  qu'ih  saizirent  la  première  porte  et 
»  blessèrent  et  ruèrent  par  terre  le  portier,  et  luy  ostè- 
»  rent  les  cleffs  ;  et  sans  la  bonne  resistence  que  firent 
»  les  bons  bourgcoys,  les  repoussans  et  rebouttans  de  la 
»  mesmc  sorte  que  ils  y  voloient  entreir,  la  cité  fust 
»  été  prinse ,  perdue  et  dcstruictc ,  car  ne  fault  doubtcir 
»  que  le?  tnaidcais  garsons  qui  estoient  dedans  icelle , 
»  ne  se  fussent  mys  et  joins  avec  eulx  pour  piller  et 
»  desrober  les  gens  de  bien  ;  et  croy  fermement  que  ce 
»  qu'ils  n'y  entrèrent ,  fust  plus  œuvre  divine  que  hu- 
»  niaino ,  car  alors  n'y  avoit  gens  à  la  ditte  porte  pour 
»   résister  à  la  multitude  furieuse  de  ce  maulvais  peuple; 


C  284  ) 

»  mais  incontinent   que  le   bruyt   fust  en  la  cité,    mes- 

»  sieurs  des  églieses  et  bons  bourgeoys  soy  mirent  à  la 

))  deffense   et  furent    en   pou  d'heures  les   portes  et  mu- 

))  railles   garnies  de   gens  pour  les  tenir   et  gardeir. 

»   Or  pour  retourneir  à  mon  propos ,  quant  ces  mauldits 

»  séditieux ,  conspirateurs  et  mutins  yeirent  que  la  porte 

»  estoit   fermée ,   ils    firent    de   rechieff  leur    debvoir  et 

))  jouissance  pour  la  rompre  de  force ,  avec  grosses  pièces- 

»  de   bois  ;   quoy  yeyant ,   les  bons   bourgeovs   commen— 

))  chèrent    à    ruer   des    pierres   d'en    hault   de    la    ditte 

»  porte  et  des  murailles  après  eulx  ce  qui  les  fist  cesseir, 

»  Et  ne  fust  que  les    dits    bons    bourgeoys  craingnoient 

»  que  ces  dits  faulx  mutins  fesissent  desplaisirs  aux  dits 

»  S/^  qui    estoient  dehors  et    entre   eulx ,   ilz    n'eussent 

»  cessez    de  les    repousseir   et  renvoyer  par  beaux  cops 

»  d'artillerie  et  de  harquebutz  ,  ce  qu'ilz  n'osèrent  faire. 

»  Et  pour  ce ,    me   semble   que  c'est   grande   folie    aux 

»  seigneurs  des  cités  ou  villes ,  d'alleir  ny  envoyer  dehors 

»  gens  de  bien ,  principalement  quant  il  y  at  telle  mul- 

»  litude  de  gens  sans  sens ,  sans  raison  ny  entendement 

)>  comme  estoient  ces  faulx  conspirateurs  et  mutins ,  qui 

»  fust  presque  esté  cause  de  la  perdition  de  la  ditte  cité. 

Comment  les  Seigneurs  qui  estoient  envoyez  vers  les 
Rivageoys  soy  retirèrent ,  et  des  lettres  de  deman— 
dièses  et  défiances  que  les  dits  Rivageoys  et  com- 
plices envoyèrent  à   messieurs  de  la  cité. 

«  Quant  les  dits  seigneurs  apparchurcnt  et  veirent 
»  que  ce  mauldit  peuple  instabile  ne  se  voloit  consen- 
»  tier ,  et  que  de  plus  en  plus  il  s'enflamoit ,  ils  se 
»  retirèrent  paisiblement  arrier  d'eulx  et  rentrèrent  en 
»  partie  en  la  cité  par  la  porte  Sainte  Walbourghc  , 
»  assavoir  le  comte  d'Arembcrgh  et  le  comte  de  Horne  ; 


(  285  ) 

»  cl  le  S/  de  Hicrgcs  se  relirai  en  Ijibbayc  de  Sainci 
»  Laurenl;  mais  le  dil  Richard  de  Mérode  cbeyalier  ne 
»  s'en  voulut  partir  et  demorat  entre  eulx  ,  droit  à  la 
»  porte ,  les  entretenant  par  doulx  et  Leaux  parloirs 
»  comme  bien  faire  sçavoit  ;  et  ce  faisoit-il  afin  qu'ils  ne 
»  montassent  vers  la  ditte  Sainte  Walbourghe  ,  là  ils 
»  euissent  facilement  entré  en  la  cilé  par  les  bresscs  dos 
))  murailles  qui  cstoient  abattues  joour  les  refaire.  El 
»  comme  le  dil  chevalier ,  comme  dit  est,  les  entretenoit 
))  à  la  ditte  porte  et  veyans  qu'ils  n'y  povoient  entreir, 
»  ils  lui  baillèrent  les  lettres  de  leurs  demandieses  et 
»  défiances  pour  les  envoyer  à  messieurs  de  la  cité;  et 
»  furent  données  par  desoubz  la  ditte  porte ,  icelles  con- 
»   tenantes  ce  quy  s'ensuyt  de  mots  à  aultres. 

A  vous.  Monsieur  le  comte  ^ Arenxhergh  et  à  vou^,  les 
hourguemestres  et  les  XXXII  bons  tnestiers ,  et  à 
tous  bons  hourgeoys  de  la  cité  de  Liège. 

»  Nous   vous  prions   et   supplions    que   les    franchises 

))  et   privilciges   de   la    cité    de    Liège  soient  entretenus 

»  comme  nos  prédécesseurs  nous  les  ont  tenu   et  laissié 

»  à   vous    tous.    Nous    vous    requérons    que    noslre   bon 

»  bourgeoy  Johan  Albert ,  soit  délivré  de  la  prison  insla- 

»  ment,  puisque  les  eschevins  de  la  ville  de  Trect  l'ont 

»  jugiet  hors  de  prison  et  n'ont  point  trouvé  cause  au- 

»  cune   délie  faire  mourir,    qui  est   loy  d'empire  et  loy 

»  de  Liège. 

»  Secundemcnt ,  que  les  grâces  et  privilciges  que  noslre 
»  chier  empereur  at  donneit  dernièrement  soient  passez 
»   aussy  bien  ai  bourgcoys  comme  az  gens  de  fieffi, 

»  Ticrcemcnt ,  quant  à  cry  du  péron  qui  al  csteit  pu- 
»  blicil  touchiuit  les  grains  ,  les  queh  on  ne  tient  rien , 
»   nous  vous  prions  et   supplions  que  les  greniers  soient 

20 


(  286  ) 

))  visitez,  avant  que  nous  nous  départons  et  qui  soit  mis 

»  à  prix,  voir  le  stier    de  blan  frumcnt  à  XXIV  aidans, 

»  le  wasscnd  à  XXII  aidans  et  le  speaulte  à  marmontant 

»  cl  qui  soit  delFendu  à  tous  les  brasseurs ,    sur    perdre 

»  corps  et  biens ,    quïlz  ne  brassent  de   plus  liault    pris 

»  que  à  VIII  fl.  et  XII  fl.  le  pot  dorsenavant. 

»   Quartcmcnt ,  que  les  procureurs  et  les  fiscales  délie 

»  court  Mons.'"  l'Official  n'aient    quelque   droit    ne   puis- 

»  sauce  sur  nous  les  bons  bourgeoys  ,    senon  aux   gens 

»  ecclésiastiques;    et    vous    prions     tous    noz    bourgeoys 

))  estre  traitiez    par    devant    les    esclievins    délie    liaulte 

»  justice  de  Liège  et  les  autres  loiz   accouslumées. 

»   Quintement ,   que  tous  ceulx  qui  ont  plus  de  grains 

»  que   pour  vire   ung  mois ,    qu'ilz   soient  des  partys  az 

»  pris  susdits  et  que  y  soit  commis  des  hommes  de  biens, 

»  oussy  bien  hors  que  dedans ,    pour  les   visiteir  et  que 

»  le   Hesbaino;    et   les    grands    Cher\vis  soient    visitez  et 

»  qu'ils  vendent   leurs    grains  auz  pris  qui  sont  escripts. 

»   Scxtement  et  finalement,  que  ce  qui  est  chy  escript, 

»  est  par  nous  passé  et  accordé  par  la  communaulté  en 

»  général  ;    et   avons   tous  jurez  de  jamais   asépareir   ne 

»  despartir  sy  nous  n'avons  les  coppics  par  nous  données  , 

»  signées   et  scellées  de  tout   ce    que  nous  demandons , 

))  ou  sy  non ,    nous  en  yrons   quérir ,  là  nous  le    trou- 

»  verons,    pour  nous  à  morir   les    ungs   sur  les  autres. 

»  Sy  nous  n'avons  vostrc  response  en  brielT,   estons  de- 

»  libérez  de  faire  nostre  puissance  ;   car  nous  ne  pouvons 

»  plus  endurer  ces  choses  dorsenavant. 

»   Or  pendant  que  les  dittes  lettres  et  défiances  furent 

»  envoyées   à    messieurs    de  la    cité ,    et    que    les    dits 

»  Rivageovs  n'avoicnt  rcsponses  d'icelles,   ils  demorèrent 

»  par  devant  les  portes  et  murailles  de  la  cité  par  manière  de 

»  siège  et  obsidion.   En   partie   allèrent   en   l'abbaye    de 

»  Saint  Laurent  et  cns  maisons  des  faubourgs,  buvans, 


(  287  ) 

»  mangcans  et  gastans  tout  ce  qu'ils  trouvoient  de  vivres; 
»  et  aucuns  emportoient  les  pots  de  stain  dudit  St.-Laurenl 
•»  et  firent  plusieurs  insolences  et  violences  audit  saint 
»  et  aux  dittes  maisons  des  faubourgs  qui  seroient  trop 
»  long  à  raconipter.  Et  pour  ce  que  chy-devant  j'ay 
»  parlé  que  leur  intention  n'estoit  seulement  d'avoir 
»  bleid  ou  grains ,  mais  pour  pillier  et  desrober  la  cite 
»  et  y  faire  maulx  innumérables ,  j'en  fay  présentement 
»  juges  tous  liseurs  de  cesle  et  principalement  des  let- 
»  très  prescriptes ,  par  eulx  envoyées  à  messieurs  de  la 
»  cité  ,  concernantes  plusieurs  articles  ne  faisans  aucu- 
»  nement  mention  des  dits  grains  mais  tendans  totale- 
»  ment  à  quelque  mutinerie ,  sédition  et  rébellion ,  et 
»  enfin  apporte  défiance  s'ils  n'avoient  les  choses  àjleur 
»   plaisir.  » 

Guillaume  de  MeelT  mourut  le  5  septembre  de  l'an  1557. 
M.  de  Villenfagne  a  donné  dans  ses  mélanges  de  1810, 
quelques  détails  sur  la  conspiration  des  Rivageois ,  puisés 
dans  l'ouvrage  de  Guillaume  de  Champion. 

M.    L.    POLAIN, 

De  Liéye. 


(  288  ) 


2lnali)0^0  Crîttjques  5'®utïragt0. 


Chro^hique  d'Arras  et  de  Cambrai,  par  Balderic,  chantre 
de  Térouane  au  XI. °  siècle,  revue  sur  divers  ma- 
nuscrits et  enrichie  de  deux  supplémens ,  avec 
commentaires  ,  glossaire  et  plusieurs  index,  par  le 
Doctel-r  Le  Glat.  Paris,  1834  (de  l'imprimerie  de 
Lesne-Daloin ,  à  Cambrai  )  ,  1  vol.  iii-8.°  de  XXX  et 
637  pages ,  avec  3  fac-similé.  Il  a  été  tiré  plusieurs 
exemplaires  sur  papier  fort. 

Dans  quelques  universités  d'Allemagne,  on  observe  une 
coutume  dont  la  critique  littéraire  pourrait  faire  son  profit  : 
quand  on  publie  une  dissertation  académique  ,  l'auteur 
donne  des  détails  sur  sa  vie. 

Il  me  semble ,  en  effet ,  que  la  biographie  d'un  écri- 
vain est  de  nature  à  expliquer ,  jusqu'à  un  certain  point , 
la  marche ,  la  tendance  de  ses  idées ,  et  à  faire  com- 
prendre la  pensée-mère  de  ses  ouvrages  :  de  pareilles 
notices  montrent  si  un  homme  a  été  conséquent  avec 
lui-même ,  s'il  a  suivi  ses  aptitudes  naturelles ,  s'il  y  a  eu 
progrès  dans  son  intelligence  et  dans  sa  manière  d'écrire, 
à  quelles  influences  il  a  obéi ,  à  quelles  nécessités  il  a  dû 
céder.  Et  ne  croyez  pas  qu'il  faille  des  confidences 
minutieuses ,  une  curiosité  inquisilorialc  pour  répondre 
à  ces  questions ,  il  suffit  du  fait  le  plus  simple ,  d'une 
date  ,  d'un  renseignement  géographique ,  de  l'indication 
de  la  place  qu'occupe  un  savant  ou  un  littérateur  dans 
la  hiérarchie  sociale. 

Applicpiant  ce  système  à  M.  Le  Glay,  on  comprendra 
son  existence  studieuse ,  toute  spéciale  ,  toute  patriotique  : 


(  289  ) 

on  verra  ses  utiles  travaux  naître  les  uns  des  autres ,  et , 
iuf'eaiit  de  son  avenir  par  son  passé ,  on  calculera  d'avance 
les  iniportans  services  qu'il  est  capable  de  rendre  encore 
aux'scieuces  historiques  et  à  la  philologie. 

M.  A.-J.-G.  Le  Glay ,  né  à  Arleux ,  dans  le  départe- 
ment du  Nord,  le  29  octobre  1785,  n'appartient  entière- 
ment ni  au  siècle  passé  ni  à  celui  qui  s'écoule,  mais  il 
en  réunit  les  principaux  avantages  :  de  l'un  il  tient  le 
goût  des  solides  et  profondes  études  ,  de  l'autre  cette 
critique  élevée  et  sagace  qui  demande  aux  événemens 
leur  véritable  signification  et  ramène  les  hommes  et  les 
choses  à  de  larges  et  puissantes  synthèses.  Appartenant 
exclusivement  au  XVIII.''  siècle,  il  ne  saurait  peut-être 
pas  convenablement  lier,  systématiser  ses  connaissances; 
enfant  du  XIX.''  siècle ,  on  le  verrait  quelquefois  résumer 
ce  qu'il  n'aurait  pas  appris ,  généraliser  des  résultats 
imaginaires  et  construire  l'humanité  au  lieu  de  l'observer. 
Mais ,  placé  dans  un  âge  de  transition ,  il  semble  avoir 
été  à  la  fois  le  disciple  des  Mabillou  et  des  Bouquet , 
des  Guiiot  et  des  Thierry. 

Cependant  jusqu'ici  il  s'est  moins  attaché  à  la  philoso- 
phie de  l'histoire ,  qu'à  sa  partie  matérielle.  Rassembler 
des  documens  inconnus  ,  éclaircir  des  difllcultés ,  guider 
l'esprit  d'investigation  ,  tel  a  été  son  but  dans  les  nom- 
breux et  curieux  mémoires  qu'il  a  lus  depuis  1817  à  la 
Société  d'Émulation  de  Cambrai ,  dans  les  articles  qu'il  a 
écrits  pour  la  Biographie  Universelle  et  les  Archives 
du  Nord.  On  retrouve  les  mêmes  vues  dans  son  Cata- 
logne des  Manuscrits  de  la  bibliothè<ji(e  qu'il  dirigeait , 
dans  ses  Recherches  sur  Véglise  métropolitaine  de  Cam- 
brai,  dans  son  Programme  des  jjriucipales  recherches 
à  faire  sur  Vhistoirc  et  les  antiquités  du  déparlement 
du  Aord. 


(  290  ) 

M.  Le  Glay  est  persuadé  avec  raison  tjiie  l'iiistoire 
n'est  pas  seulement  une  œuvre  de  style  :  qu'avant  de 
broyer  de  riches  couleurs ,  de  cadencer  d'ingénieuses 
paroles ,  il  faut  avoir  le  courage  de  s'enfoncer  dans  la 
poussière  des  vieilles  chroniques,  de  dévorer  des  chartes, 
des  diplômes.  Lui  aussi  se  livrerait  sans  doute  avec  joie 
à  l'attrayante  occupation  de  coordonner  ces  matériaux  et  d'en 
construire  un  imposant  édifice  ;  lui  aussi  est  en  état  de  pein- 
dre au  lieu  de  compiler  ,  et  s'il  s'use  en  d'arides  dissertations , 
sur  des  vérifications  minutieuses ,  c'est  un  sacrifice  dont 
on  est  obligé  en  conscience  de  le  remercier  ,  un  désin- 
téressement qui  mérite  récompense. 

Aujourd'hui  le  principe  de  la  division  du  travail , 
auquel  l'industrie  est  redevable  d'un  développement  pro^ 
digieux ,  s'applique  ivec  non  moins  d'avantage  à  la  lit- 
térature. Quel  érudit  ambitieux  se  flatterait  de  parcourir 
seul  dans  son  étendue  le  vaste  champ  de  l'histoire  ?  Dans 
une  seule  histoire  même  que  de  points  spéciaux  absor- 
l)eraient  le  savant  le  plus  infatigable  ?  Le  Nord  de  la 
France ,  le  Cambrésis  surtout ,  voilà  où  M.  Le  Glay  s'est 
circonscrit.  En  bornant  ses  efforts ,  il  a  doublé  ses  forces 
et  il  sera  l'homme  indispensable  ,  chaque  fois  qu'on 
voudra  connaître  son  pays. 

Après  avoir  exploré  le  sol  où  il  est  né  sans  se  prescrire 
de  route  déterminée ,  mais  selon  qu'il  était  sollicité  par 
l'agrément  des  sites  ou  l'intérêt  des  lieux,  il  l'a  envisage 
dans  son  ensemble  et ,  comme  prélude  à  une  histoire 
générale  de  Cambrai ,  il  a  mis  sous  nos  yeux  le  plus 
ancien  et  le  i)lus  remarquable  annaliste  de  celte  cité , 
jadis  si  imporlanlc. 

Cet  annaliste  est  Balderic  ,  chantre  de  Térouane  au 
XI.'=  siècle.  Un  Belge  (  car  il  fut  un  tems  où  l'on  ren-r 
contrait  partout  des  Belges  ,  dès  qu'il  était  question  de 
savoir  et  de  choses  utiles  ) ,  un  Belge ,  George  Coivener 


(  291  ) 

<l'Alost ,  avait  puldic  Baltlcric  poui  la  premièic  fois , 
en  1615;  mais  son  édition  était  devenue  rare.  M.  Le  Glay 
ne  s'est  pas  contenté  de  la  reproduire  ;  en  profilant  du 
travail  de  son  devancier,  il  l'a  rectitié ,  il  y  a  ajouté  ce 
(pic  lui  conseillaient  son  expérience  et  son  habileté.  On 
jieut  dire  que ,  sous  plusieurs  rapports ,  il  a  offert  un 
modèle  à  ceux  qui  se  chargent  de  tirer  de  l'oubli  les 
monumens  du  moyen-âge. 

D'abord  il  s'était  proposé  de  publier  le  texte  de 
Balderic  avec  une  traduction  française.  11  a  bien  voulu 
se  rendre  aux  raisons  que  je  lui  ai  soumises,  pour  l'en 
détourner.  Un  homme  d'esprit  l'a  blâmé  de  cette  con- 
descendance dans  les  Archives  du  Nord ,  prétendant  qu'il 
est  urgent ,  indispensable  de  rendre  po})ulaires  les  chro- 
jiîques  des  X.*^,  XI.^  et  XII.''  siècles.  Mais  je  persiste  à 
penser  que  la  popularité  n'est  faite  que  pour  les  ouvrages 
composés  avec  ces  élémens ,  et  non  pour  ces  élémens  eux- 
mêmes.  De  pareils  livres  ne  sont  destinés  qu'aux  savans 
qui  n'en  croiront  pas  sur  parole  le  traducteur  le  plus  dis- 
cret ,  et  qui  réclameront  toujours  inexorablement  le 
barbarisme  du  texte ,  l'expression  originale  seule  propre  à 
dissiper  leurs  doutes,  à  éclairer  leur  critique.  On  a  été 
jusqu'à  me  dire ,  à  moi ,  en  face  ,  qu'il  fallait  traduire 
les  chartes  ,  les  diplômes  :  M.  Canqjan  ,  garçon  fort 
iigréable  et  très-amusant ,  avait  eu  ce  })r()jet  ;  des  per- 
sonnes graves  et  capables  l'avaient  approuvé.  Traduire  les 

diplômes  des  Carlovingiens  et  des  Ottons,  juste  ciel  ! 

on  peut  passer  cette  absurdité  à  un  étourdi  qui  croyait 
faire  de  l'histoire  comme  on  fait  un  vaude^i^e  ou  un 
bouquet  à  Iris,  mais  à  des  gens  graves  et  entendus,  cela 
est  dilïicile. 

Grâce  au  ciel!  M.  Le  Glay  a  écouté  d'autres  avis.  Après 
une  })rél"ace  ou  quelques  idées  exprimées  d'une  manière 
pi(juanle  relèvent  les  détails  bibliogra[tlii(pies ,  il  présente 


(  292  ) 

le  texte  pur  de  Balderic,  collationné  avec  l'imprimé  de 
Colrener  ,  vérifié  sur  plusieurs  manuscrits  ,  et  auquel 
il  a  ajouté  un  supplément  de  deux  pages,  déjà  mis  au 
jour  dans  le  Recueil  des  historiens  de  la  France  et  un  autre 
de  40  pages ,  qui  était  inédit.  C'est  le  troisième  livre 
d'une  chronique  découverte  en  1787,  dans  les  archives 
de  l'abbaye  de  3Iaroilles ,  par  Dom  Bevenot ,  alors  religieux 
de  St.-André  du  Gâteau ,  aujourd'hui  doyen-curé  de 
Maubeuge. 

Le  commentaire ,  rédigé  en  français  comme  la  préface , 
est  précédé  d'une  notice  sur  Colvener.  Rien  d'essentiel  n'y 
est  omis  ,  rien  de  futile  n'y  est  admis.  Ce  n'est  pas  un  petit 
mérite  que  celui  de  résister  à  l'envie  d'attacher  une  note 
au  mot  qui  n'en  a  pas  besoin ,  de  glisser  la  découverte 
dont  on  est  encore  palpitant ,  la  citation  qui  a  frappé , 
le  passage  qui  enchante ,  à  la  première  occasion  venue  , 
sans  s'inquiéter  si  le  lecteur  n'aurait  pas  le  droit  de  répéter  la 
sentence  d'Horace  :  ISon  erat  hic  locus.  Il  y  a  plus  de 
courage ,  qu'on  ne  croit ,  à  renoncer  ainsi  au  plaisir  de 
disserter ,  à  ces  délicieuses  excursions  d'un  érudit  qui 
s'égare  dans  le  labyrinthe  de  ses  livres.  M.  Le  Glay  a 
combattu  ce  penchant  :  ses  notes  sont  abondantes  et 
concises. 

C'est  principalement  dans  tout  ce  qui  est  local  que  ses 
illustrations  sont  précieuses.  Il  a  accordé  une  attention 
particulière  à  la  géographie ,  aux  noms  propres  ,  et  a  fait 
preuve  en  cela ,  d'une  exactitude  que  le  savoir  ne  garantit 
pas  toujours  et  qui  ne  peut  appartenir  qu'à  ceux  qui  sont 
sur  les  lieux. 

Sans  ambitionner  des  grâces  déplacées  ,  sans  vouloir , 
comme  on  disait  jadis ,  jeter  des  fleurs  sur  un  sujet  qui 
n'en  comporte  pas ,  il  a  ôté  à  ses  annotations  la  séche- 
resse et  le  pédanlismc  ordinaires  de  lu  scholie.  En 
France,   on   ne  conqilc  pas  autant   qu'en   Allemagne  sur 


(  293  ) 

la  patience  de  ceux  qui  lisent;  on  tâche  d'emmieller  le 
vase  qu'on  les  invite  à  vider ,  le  grand  point  est  de  plaire 
et  l'on  n'en  est  pas  dispensé  dans  les  tliscussions  même 
les  plus  rebutantes.  C'est  ainsi  que  M.  Le  Glay  a  inséré 
dans  son  commentaire  une  lettre  sur  les  ruines  de  l'abbaye 
du  Mont-St.-Eloi ,  lettre  écrite  par  son  ami  de  cœur , 
M.  Fidèle  Delcroix ,  auteur  de  poésies  pleines  de  suavité 
et  d'élégance,  et  qui,  pour  appartenir  au  genre  classique, 
n'annoncent  pas  moins  un  talent  très-distingué. 

M.  Le  Glay  observe  quelque  part,  que  de  la  réserve 
avec  laquelle  Balderic  parle  de  l'origine  des  Tilles  de 
Cambrai  et  d'Arras  ,  on  peut  conclure  qu'à  l'époque  où 
il  écrivit,  les  contes  bizarres  sur  nos  origines  troyennes, 
cimbriques ,  romaines ,  etc. ,  n'avaient  pas  encore  été 
imaginés ,  ou  bien  que  Balderic  ,  les  ayant  appréciés  à 
leur  valeur,  dédaignait  de  les  mentionner  dans  son  ou- 
vrage. Et  sur  ce  problème  d'archéologie,  il  a  la  bonté 
d'attendre  notre  avis.  Il  est  certain  que  jusqu'ici  nous 
n'avons  pas  encore  trouvé  ces  origines  exposées  explici- 
tement dans  des  auteurs  antérieurs  au  XIL^  siècle. 
Cependant  le  docte  historien  des  bardes,  des  jongleurs 
et  des  trouvères  Anglo-Normands ,  M.  l'abbé  de  la  Rue 
n'hésite  pas  à  affirmer  qu'aux  V.^  et  VL'=  siècles ,  les 
Gallois ,  fuyant  la  domination  des  barbares  du  Nord ,  se 
réfugièrent  dans  l'Armorique  et  y  portèrent  leurs  fables, 
surtout  celle  de  leur  origine  troyenne.  C'est  pour  arriver  à 
quelque  chose  de  plus  précis  sur  cette  question ,  que 
nous  avons  encraué  l'Académie  rovale  des  sciences  et  belles- 
lettres  de  Bruxelles ,  à  demander  quelles  ressources  il  est 
l)ossible  de  tirer  des  écrivains  du  moyen-àge  pour  notre 
histoire ,  avant  et  pendant  la  domination  romaine. 

Si  l'on  en  avait  grande  envie,  on  trouverait  peut-être 
l'occasion  de  chicaner  M.  Le  Glay  sur  quelques  assertions 
veklti^cs    aux  anciens  droits    et  à   quelques  étymologies. 


(  294  ) 

Mais  comme  en  semblable  matière  ,  tout  n'est  pas  décide , 
îl  s'en  faut ,  nous  ne  nous  ayiserons  pas  de  trancher  ce 
qui  a  paru  problématique  ou  soutenablc  à  un  homme  tel 
que  lui. 

Balderic,   liv.   lï ,    ch.    18,    s'exprime  à   peu    près   en 
ces  termes  :   «  Auprès  de  Marchicnnes ,  Reclude  ,  par  les 
»   conseils  de  St.-Amand,  fonda  un  monastère   de  reli- 
»   gicuses,    et  en  prit  elle-même   la  direction.   Tout  alla 
»   bien  pendant  sa   vie  ,  mais  les  choses  empirèrent   à  la 
»   suite   des  teras.  Les   religieuses   avaient  commencé  de 
»   dégénérer  et  de  se  corrompre  ;  la  dépravation  avait  tou- 
»  jours  augmenté  jusqu'à  ce  jour;    l'abbé  Ledwin  chassa 
■»  des  femmes   qui  menaient  une  vie  dissolue  et  les  rem- 
»   plaça   par   des   moines  capables    de  servir  mieux  Dieu 
»  et  la  Vierge.  »    Sur  cet  endroit ,  M.  Le  Glay  dit  dans 
ses    notes   :    «   L'abbaye    de    Marchicnnes  ,     fondée    au 
»   septième  siècle  par  le  duc  Acdebalde  ,  et  dotée  ensuite 
»  par  Sainte  Reclude  sa   veuve ,    était  d^iboi'd  jwur   les 
»   deux  sexes  :  ce  fut   en   1024  ,    que  l'évcque  Gérard   et 
»   Baudouin   Belle   Barbe,   témoins  des  désordres  qui  ré- 
))   sultaient  d'un  pareil  voisinage  ,  en  exclurent  les  femmes, 
»   pour    n'y    laisser  que    des   moines    de   Saint-Benoit.  » 
L'dlustre    M.    Raynouard  observe ,    à   ce   sujet ,    dans   le 
Journal  des  Savans  ^    qu'il   ne  cherchera   pas   à   vérifier 
comment  celte  abbaye  était  primilivcment  pour  les  deux 
sexes;  mais  on  a  des  exemples  de  pareils  rapprochemens, 
tout  dangereux   qu'ils  fussent.  Des  annales  de  l'ancienne 
abbaye   de  Rolduc,   écrites   au  mibeu    du    XIL<=    siècle, 
et    imprimées  jjour  la   première  fois  dans    nos  Noucelles 
Archives  historiques  ,   contiennent  ce   curieux  passage  : 
«  His  ergo  dicbus  cœpit   sacerdos  traclare  cum  fratribus 
»   de  religione  et  slalu  ecclesia? ,  quod  inconveniens  csset 
»  fratres  jjarifer  et  sorores  in  eodeni  loco  cohahitare.  » 
Afin  que  le  lecteur  n'ait  rien  à  désirer ,  au  commentaire 


(  295  ) 

succèdent  un  glossaire  des  mois  Lurbares  et  inusités,  puis 
trois  tables ,  la  première  des  noms  de  lieux  ,  la  seconde 
des  noms  de  personnes ,  la  troisième  enfin  des  chapitres. 

Des  fac  simile  des  écritures  d'un  diplôme  de  Louis-le- 
Pieux,  du  15  avril  816,  et  d'un  bref  du  pape  Grégoire  VU, 
ainsi  qu'un  dessin  présumé  du  Ludus  clericalis  de 
Wibold ,  26,°  évèque  de  Cambrai ,  sont  des  ornemens  de 
bon  goût ,  et  qui  attestent  que  M.  Le  Glay  n'a  rien 
négligé.  Le  diplôme  de  Louis-le-Pieux  se  termine  par  la 
formule  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen.  Formule  cjui 
cessa ,  dit-il ,  d'être  en  usage  vers  le  tcms  de  Hugues— 
Capet ,  et  qui  se  retrouve  sur  un  diplôme  inédit  de  l'em- 
pereur Henri  IV,  de  l'an  1103,  que  j'ai  produit  dans  le 
bulletin  de  l'Académie. 

Telle  est  cette  publication  remarquable  qu'un  motif 
personnel  m'a  empêché  de  louer  autant  que  je  l'aurais 
voulu.  M.  Le  Glay  m'a  fait  l'honneur  de  me  dédier  son 
livre.  Sans  doute  il  n'a  écouté  en  cela  que  sa  bienveil- 
lance :  je  désirerais  être  à  même  de  lui  faire  en  retour 
quelque  cadeau  de  cette  espèce  ,  mais  ma  fortune  littéraire 
est  loin  de  valoir  la  sienne.  Du  moins  qu'il  agrée  l'assu- 
rance de  ma  profonde  estime  et  de  ma  vive  alleclion.  Je 
lui  cède  volontiers  en   tout,    excepté   en   amitié  (1). 

De  Reiffesberg. 


(i)  Miricus  qui  a  iiussi  conlbiitlu  Bulderic  ,  le  chaulrc  de  Térouaiic 
et  l'auteur  du  Chronicon  caineracense ,  avec  révètiue  de  Noyoïi  cl  tle 
Tournai ,  dorme  page  agS  de  sou  Ckronlcuti  Belgicuni  dont  ,  par 
parenthèse ,  il  existe  à  la  bibliotlicijuc  de  l'université  de  Louvain  ,  un 
exemplaire  chargé  de  corrections  manuscrites ,  une  suite  des  cvèques 
de  Cambrai,  successeurs  de  Lietbert,  jusqu'en  iiyy.  11  l'avait  tirée 
(Tun  manuscrit  du  monastère  de  Rouge-Yal  (jRo(/c'//Jae/),prèsde  l'rusclks. 

Cest  ,  sauf  de  trcs-lé^crcs  variantes,  le  môme  morrcau  tjue  M.  Le  Glay 
a   extrait  du  manuscrit  de  Baluze ,  p.   3o8  de  son  édition. 


(  296  ) 


Flandrische  Sta.ats  und  Rechtsceschichte  bis  zum  jahr 
1305,  von  L.  A.  War>koe>'ig.  Erster  Band.  Tii- 
Ihigen  hey  Ludw.  Fuhs,  1835.  C'est-à-dire,  l'Histoire 
sociale  et  législative  de  la  Flandre  jusqu'à  l'an  1305, 
par  M.  L.  A.  Warkkoexig.  Vol.  I  ;  Tïibingen ,  chez 
Fuhs,  éditeur,   1835  (1). 

Il  serait  difficile  de  trouver  un  peuple  dont  l'histoire 
législative  présentât  des  résultats  plus  importans  que  celle 
de  la  Flandre.  Ce  pavs  fait  voir  partout  des  traces  d'une 
civilisation  précoce  ;  il  offre  encore  aujourd'hui  des  monu- 
mens  très-intéressans  de  l'art  antique,  des  preuves  incon- 
testables d'une  agriculture  portée  à  un  très-haut  degré  de 
perfection  ,  et  d'une  industrie  développée ,  depuis  des 
époques  très-reculées.  Des  talens  remarquables ,  l'esprit 
d'indépendance  et  l'amour  de  la  liberté ,  distinguent  les 
populations  flamandes. 

L'histoire  de  ce  pays  nous  montre  une  suite  de  princes 
qui ,  sachant  mettre  à  profit  la  prospérité  des  cités  de  la 
Flandre ,  ont  par  des  privilèges  judicieusement  accordés , 
augmenté  la  population  du  plat  pays ,  en  même  temps 
qu'ils  y  faisaient  naître  l'industrie. 

Les  constitutions  libérales  des  villes  de  la  Flandre  em- 
brassent jusqu'aux  moinche  détails.  L'histoire  du  droit  privé, 


(i)  Les  rédacteurs  du  Messager  s'étaient  proposé  de  doiiiier  une 
notice  sur  l'ouvrage  de  leur  collègue ,  lursq^u'ils  ont  reçu  l'analyse 
critique  de  son  livre  par  M,  ftlittermaier  ,  professeur  de  droit  à 
l'Université  d'fkidclburg.  lis  ont  cru  pouvoii-  donner  ici  la  traduction 
de   son  article. 


(  297  ) 

f!i  nous  fournissant  chaque  jour  des  preuves  d'une  civi- 
lisation fort  avancée ,  nous  démontre  que  cette  partie  du 
droit  V  avait  atteint  un  haut  degré  de  perfection  ,  a  une 
époque  où  d'autres  pays  n'en  avaient  que  des  notions 
très-imparfaites. 

L'étude  du  droit  de  la  Flandre  nous  fait  connaître  des 
monuraens  de  jurisprudence  tels  que  dans  d'autres  contrées, 
on  les  trouve  à  peine  ébauchés ,  quand  ils  n'y  manquent  pas 
complètement.  Ce  sont  les  recueils  de  Coutumes  et  de  Keures 
des  districts  du  plat  pays.  Les  Keures  du  Pays  de  Waes , 
de  1241 ,  et  celle  des  métiers  d'Assenède ,  Hulstet  Axel, 
de  1242,  renferment  des  renseignemens  très-précieux, 
qu'on  chercherait  en  vain  dans  d'autres  statuts  des  temps 
anciens.  Des  principes  de  contrat  social  ,  les  garanties 
mutuelles  et  le  maintien  de  la  paix ,  forment  la  principale 
base  lie  la  législation  flamande. 

L'histoire  des  Flandres  est  une  étude  du  plus  haut  intérêt 
pour  la  nation  allemande ,  à  cause  de  l'origine  de  la  popu- 
lation flamande  ,  de  ses  rapports  avec  l'empire ,  et  de  ses 
relations  commerciales.  D'après  des  docuraens  authentiques, 
des  liaisons  de  commerce  existaient  entre  les  villes  de  la 
Basse-Allemagne  et  les  opulentes  cités  de  Gand  et  de  Bruges 
qui,  à  cette  époque,  avaient  déjà  une  influence  européenne. 

L'Allemagne  n'a  pas  seulement  emprunté  une  foule  de 
coutumes  à  la  Flandre ,  elle  en  a  reçu  des  institutions 
politiques  et  législatives ,  et  les  colonies  flamandes  ont 
exercé  une  grande  influence  sur  la  civilisation  de  plusieurs 
contrées  germaniques.  La  Flandre  possède ,  en  outre ,  des 
collections  historiques  d'un  grand  mérite ,  où  de  véritables 
trésors  sont  amassés. 

L'ouvrase  de  Saint-Génois  et  les  richesses  de  ses  archives, 
ainsi  que  les  travaux  deDiericx,  de  Raepsact ,  de  De  BasI, 
renferment  d'excellentes  notices  et  des  documcns  précieux. 
Ces  ouvrages,  tirés  à  un  petit  nombre  d'exemplaires,  n'ont 


(  298  ) 

presque  pas  été  livrés  au  commerce  ;  on  a  de  la  peine  à 
se  les  procurer,  même  à  un  prix  élevé. 

Les  connaissances  historiques  manquent ,  en  général , 
aux  auteurs  qui ,  ne  sachant  pas  tirer  parti  des  matérialix , 
s'abandonnent  aux  hypothèses  les  plus  hasardées.  Les 
consécpienccs  qu'ils  en  tirent  sont  très-souvent  erronnées, 
d'autant  plus  qu'influencés  par  les  écrivains  français ,  ils 
s'eflbrcent  de  modeler  les  développemens  des  événcmens 
politiques  de  leur  pays ,  sur  les  travaux  de  leurs  voisins. 
Pour  en  citer  un  exemple,  ils  attribuent  l'affranchissement 
des  communes  à  des  révolutions  ,  parce  qu'en  France  il  en 
était  généralement  ainsi.  L'ouvrage  que  nous  annonçons 
est  donc  de  la  plus  haute  importance  sous  beaucoup 
de  rapports  et  particulièrement  sous  celui  de  la  vérité 
historique. 

De     profondes    connaissances     historiques    mettaient 
M.    Warnkœnig   à  même   de  puiser  ,    avec  succès  ,   aux 
sources    de    l'histoire    de    la    Flandre.    Fort    des   travaux 
historiques  de  l'Allemagne  ,  il  pouvait   appliquer   les  ré- 
sultats de  la  science  dans  ce  dernier  pays ,  aux  documens 
flamands ,    tandis   que  la   connaissance    de  la   littérature 
française  l'empêchait  de  devenir  exclusif,   en  lui  présen- 
lîtnt    une    juste    mesure    pour    l'appréciation    des    faits. 
L'élude  infatigable  des   sources  imprimées ,    la  prudence 
qui  a   guidé  ses  recherches   dans  les  archives  du  pays, 
et  la  persévérance    qui  l'a   soutenu,    ont    mis,   entre  ses 
mains ,  une  collection  de  matériaux  dont  la  richesse  surpasse, 
peut-être,   celle  d'aucun   de    ses  devanciers.    Animé    du. 
zèle  le  plus  rare ,  accompagné  de  cette  pénétration  et  de 
ce  tact  qui   caractérisent  le  talent  historique,  M,  Warn- 
kœnig a  composé  un   ouvrage   indispensable  à    l'historien 
et  au  jurisconsulte. 

Déjà  ,    antérieurement  ,    M.    Warnkœnig    avait    traité 
quelques    points    saillants    de    l'histoire    législative   de   la 


(  299  ) 

Fiaiuli'C ,   dans  le  recueil  si  intéressant ,   lo  Messager  des 
Sciences  et  des  Arts  (1). 

Le  premier  \oIumc  de  l'ouvrage  qui  est  l'objet  de  celle 
analyse  ,  renferme  une  introduction  et  deux  livres  du  texte. 
Dans  le  1/"^  livre,  divisé  en  quatre  chapitres,  l'auteur 
résume  l'histoire  de  la  Flandre  depuis  Baudouin  I  jus- 
(ju'à  la  mort  de  Guy  de  Dampierre  (863-1305  );  dans  le 
second  livre ,  en  six  chapitres ,  il  expose  l'état  social  et 
législatif  de  la  Flandre ,  au  XIII. "  siècle. 

Dans  l'introduction ,  l'auteur  indique  les  sources  de 
l'ancienne  histoire  de  Flandre  et  des  ouvrages  qui  en  traitent  ; 
il  parle  (p.  G.)  des  archives  du  gouvernement ,  des  couvcns 
et  des  villes;  et,  après  avoir  montré  combien  de  collections 
précieuses  ont  été  détruites  par  la  révolution  française,  il  nous 
donne  des  renseignemens  détaillés  sur  plusieurs  archives , 
parmi  lesquelles  celles  de  la  chambre  des  Comptes,  à  Lille , 
sont  les  plus  importantes  (voyez  St. -Génois ,  ouvrage  rare  et 
précieux  qui  n'est  plus  dans  le  commerce  ;  l'auteur  de 
cet  article  a  fait  usage  d'un  exemplaire  de  la  Bibliothèque 
Royale  de  Paris  ). 

Ce  que  l'auteur  dit  (p.  14-82)  des  collections  de  chartes 
concernant  l'histoire  et  le  droit  des  Flandres ,  de  la  valeur 
des  chroniques  et  de  la  manière  de  s'en  servir,  surpasse 
tout  ce  qui  a  été  écrit  jusqu'ici  sur  cette  matière.  Partout 
on  trouve  des  notices  littéraires  et  des  rectifications  ,  sur 
les  renseignemens  donnés  par  ses  devanciers. 

Le  premier  livre  commence  par  la  description  du  pavs. 
—  L'auteur  admet  la  conjcctui'e  ,  très-vraisemblable  ,  que 
le  nom  de  Flandre  dérive  du  mot  flamand  :  Vlander  qui 
signifie  pont ,  et  convenait  à  un  pays  couvert  de  marais 


(i)  M.  Mettcrmaier  donne  ici   une  analyse  des  articles  du    i  vol.  de 
noire  Messager. 


(  300  ) 

et  d'étangs ,  où  les  ponts  devaient  se  trouver  en  grand 
nombre.  M.  Warnkœnig  regarde  les  Ménapiens  (p.  88.), 
les  Morins  et  les  Atrebates ,  comme  les  plus  anciens  ha- 
bitans  de  cette  contrée.  Ce  pays  étant  tombé  de  bonne 
heure  sous  la  domination  romaine,  reçut  au  IV."^^  et  au 
V.°^®  siècles ,  des  colons  germains  (p.  90 ) ,  notamment 
des  Saxons  et  des  Francs ,  de  manière  qu'on  remarqua 
aussitôt  une  différence  de  mœurs  et  de  lansage ,  entre  la 
Flandre  germanique  et  la  Flandre  gauloise.  Cette  dernière 
était  habitée  par  les  Ménapiens  et  les  Morins.  Après  avoir 
parlé  de  la  division  en  districts  appelés  Pagl  et  en  allemand 
Gaiien,  l'auteur  énumère  les  endroits  qu'on  y  rencontre 
dans  la  première  moitié  du  moyen-âge.  A  la  page  100, 
nous  trouvons  l'établissement  du  christianisme  (depuis  le 
IV."^"^  siècle  )  ,  et  l'importance  ,  et  les  richesses  que  les 
églises  y  ont  acquises,  dans  les  temps  reculés. 

Après  l'examen  critique  de  la  tradition  des  forestiers , 
suit  l'histoire  des  Comtes  de  Flandres.  L'espace  ne  nous 
permet  pas  d'en  citer ,  ici ,  quelques  fragmens  ;  nous  nous 
bornerons  à  dire ,  que  l'auteur  discute  consciencieusement 
les  différentes  opinions  ;  il  sait  augmenter  l'intérêt  de  son 
ouvrage  en  faisant  ressortir  ce  que  les  souverains  ont  fait 
pour  les  progrès  de  la  civilisation  de  leurs  peuples.  La  vie 
active  de  Philippe  d'Alsace ,  à  qui  les  villes  flamandes  sont 
redevables  de  leurs  principaux  privilèges,  nous  a  vivement 
intéressé.  L'auteur  publie  beaucoup  de  documens  sur  3Iar- 
guerite  de  Conslantinople  (1244-1278),  et  sur  la  querelle 
concernant  la  Flandre  impériale ,  sous  Guy  de  Dampierre. 

Dans  le  second  livre ,  «  Etat  social  et  légidolif  de  la 
Flandre  au  XIII.^  siècle,))  l'aulcur  expose  la  différence 
entre  le  comté  de  Flandre  ,  tenu  de  la  couronne  ,  et 
entre  la  seigneurie  tenue  de  l'empire;  il  en  détermine 
les  conséquences  avec  plus  de  précision  qu'aucun  autre 
écrivain.   On  remarque  que  l'esprit  de  liberté  et  dinde- 


(301  ) 

pendancc  était  plus  vif  dans  la  Flandre  germanique  que  dans 
la  partie  française. 

Dans  l'exposition  des  rapports  entre  les  différens  membres 
de  la  société ,  l'auteur  parle  des  serfs ,  et  des  tributaires ,  classe 
intermédiaire  entre  les  bomraes  libres  et  les  serfs  (p.  245). 

M.  Warnkœnig  parle  d'un  usage  territorial  par  rapport 
au  laeteyi  dont  il  croit  que  la  condition  était  égale  à 
celle  des  Hoerigen,  sur  ce  point  nous  ne  sommes  pas 
d'accord  avec  lui  (1).  Nous  convenons  que  les  laeten 
sont  souvent  définis  de  cette  manière ,  et  que  les  lilancs 
(entre  autre  dans  une  charte  de  1377,  Lutzel  iiher  die 
buerlîchen  Laslen  in  Hildesheim,  p.  .56),  sont  mémo 
appelés  laeten;  cependant  l'examen  d'un  grand  nombre 
de  chartes  flamandes ,  nous  a  démontré  ,  que  le  mot  laeten 
ne  signifie  rien  autre  que  ce  qu'on  exprime ,  dans  les 
livres  de  jurisprudence,  par  le  nom  de  Landsassen ,  con- 
dition égale  à  celle  que  les  chartes  néerlandaises  assignent 
aux  hostes  [hospites  ou  viansionarii)^  colons  étrangers 
qui  n'avaient  aucun  caractère  de  servilité. 

Le  chapitre  qui  traite  du  lien  féodal  entre  le  comte  et 
le  roi  de  France ,  et  entre  le  premier  et  l'empire ,  est 
d'autant  plus  intéressant ,  que  nous  n'avions  que  des  don- 
nées superficielles  sur  ce  dernier  point. 

Nous  avons  vu  avec  plaisir  l'exposé  des  dignitaires 
[ministeriales)  de  la  cour  du  comte  (p.  2C1);  cependant, 
nous  n'admettons  pas  avec  l'auteur ,  que  tout  noble  por- 
tait le  titre  de  chevalier  {^tniles).  Les  diplômes  nousprou- 


(i)  M.  MIttermaler  a  mal  compris  l'auteur  :  ce  dernier  dit  seulement , 
qu'au  nombre  des  Laeten  se  trouvaient  aussi  bien  des  serfs  et  tribu- 
taires (  fioerigen  )  que  des  hommes  libres. 

(  Note  des   rédacteurs.  ) 

21 


(  302  ) 

vent,   que  le  litre  de  miles  était  réservé  aux  véritaLles 
chevaliers  (1). 

L'auteur  pose  en  fait ,  avec  raison  ,  qu'en  Flandre  comme 
partout ,  les   pouvoirs  judiciaire  et  militaire  formaient  la 
base  de  la  puissance  du   Comte.   Là  comme  ailleurs,  les 
rapports    entre   le    seigneur    et   les    sujets    n'étaient    pas 
uniformes,  mais  ils  variaient  selon  les  arrangemens  faits 
entre  les  premiers  et  les  différentes  classes  d'habitans.  Cette 
diversité  de  rapports  produisit  les  différens  officiers  ou  fonc- 
tionnaires publics,  qui ,  dans  les  mêmes  localités ,  existaient 
les  uns  à  côté  des  autres  ,  savoir  :  les  châtelains ,  les  villici 
ou  écoulèles ,  et  les  baillis.   Dans  tous  les  tribunaux  il  y 
avait  des  éclievins  ;  et  c'est  avec  raison  que  l'auteur  fait 
observer ,  que  les  écbevins  n'avaient  pas  seulement  à  exa- 
miner les  questions  de   faits,   mais    encore   ils   avaient  à 
décider  sur  le  droit  même,  à  l'établir  et  à  le  développer, 
et  par  conséquent ,  ils  avaient  le  droit  de  faire  des  heures. 
Cette   observation  de  l'auteur ,    que  vierschare  signifie  le 
tribunal  des  échevins  est  fondée  ;  mais  la  dernière  expres- 
sion désigne    surtout  les  séances  publiques  et  solennelles. 
L'auteur  indique  (  p.  283  )  ces  assemblées  générales  qui 
ont  produit  le  grand-jury  (  comme  en  Angleterre  ) ,  où 
le    peuple    dénonçait    les    crimes.     Ces    franches  vérités 
(  doorgaende  waerheden  )   nous  font  voir ,   que  le  déve- 
loppement de  la  procédure  inquisitoriale  est  très-ancienne 
dans  le  droit   germanique  (Voyez   mon   ouvrage  :  Slraf- 
verfahren  in  den  deutschen  Gerichten  ^  p.  130). 

Nous    attendons   des  renseignemens    plus   détaillés   sur 
cette  matière,  dans  le  second  volume.  Les  Pays-Bas  eu 


(i)  M.  IMittcrmaîer   a  parfaitement  raison;  mais  tout  noble  adulte, 
petit  ou  grand  ,  avait  soin  de    se  faire  recevoir  chevalier. 

(  N.  des  rédacteurs,  ) 


(  303  ) 

possèdent  les  statuts  les   plus  précieux.  La  keure  du  Pays 
de  Waes  renferme  des  préceptes  très-complets. 

Ce  que  l'auteur  nous  dit  des  pouvoirs  des  Châtelains 
(  p.  284  ) ,  des  Baillis  (  p.  297  ) ,  et  des  Ecoutètcs  (  p.  303  ), 
mérite  la  plus  grande  attention. 

Les  recherches  sur  les  assemblées  nationales  coïncident 
parfaitement  avec  les  résultats  trouvés  par  l'auteur  de  cet 
article  :  on  ne  peut  pas  prouver  l'existence  d'une  repré- 
sentation nationale  en  Flandre,   avant  le  14.«  siècle. 

Il  ne   faut  pas  faire   dériver  les    assemblées  des  états 
proprement  dits ,   de  ces  réunions  de  grands  dignitaires  , 
ou  des  hommes  fiefs ,  sous  la  présidence  du    comte  ,  ni 
les  réunions  ayant  pour  but  le  maintien  de  la  paix  publique. 
Le    chapitre   IV    (p.  311),    contenant    \ Histoire    des 
villes ,  est  à  notre  avis  le  plus  important  de   tout  l'ou- 
vrage. Il  s'agissait  ,  ici ,  d'attaquer  l'erreur  dans  laquelle 
tant  d'écrivains  sont  tombés ,  en  soutenant ,  que  les  com- 
munes flamandes  devaient  leur  origine  à  des  mouvements 
insurrectionnels ,    comme   cela  a  eu  lieu   en   France  ,  où 
les  noms  de  conjuration  et  de  communes  sont   emplovés 
indifféremment ,   par  les  contemporains.  Là ,  nous  voyons 
les    rois   seconder  prudemment   ces   conjurations ,   contre 
les  hauts  barons  ,•  ils  se  réjouissent  des  victoires  remportées 
par  la  bourgeoisie ,  et  en  garantissent  le  bienfait  par  des 
chartes  de  privilèges.  M.  Warnkœnig  soutient,  avec  raison 
(  p.  369  ),  que  les  chartes  de  liberté,  chez  les  Flamands, 
n'ont    pas   été     arrachées    par    des    conspirateurs  ,    mais 
qu'elles   ont  été  accordées   par  des  princes   éclairés ,  qui 
appréciaient  l'importance  des  villes,  et  savaient  en  augmenter 
la  splendeur  par  la  sagesse  des  lois  constitutives. 

Le  comte  Thiéri  d'Alsace  se  montrait  reconnaissant 
par  intérêt.  Les  villes  l'avaient  puissamment  secondé  dans 
ses  guerres  contre  ses  compétiteurs.  C'est  à  lui  et  à  son 
fils  Philippe  que  ces  villes  doivent  leurs  principaux  pri- 


(  304  ) 

viléges-  Plusieurs  causes  ont  contribue  à  la  formation  des 
villes  ,  dans  des  temps  reculés.  Déjà  au  Xïl.'^  siècle ,  les 
cités  flamandes  étaient  parvenues  à  un  tel  degré  de  pros- 
périté ,  qu'elles  exerçaient  une  influence  marquée  dans 
les  affaires  politiques.  Des  alliés  aussi  riches  étaient  re- 
cherchés et  estimés  par  les  hauts  barons  qui ,  dans  ces 
temps  d'agitations ,   se  faisaient  fréquemment  la  guerre. 

Nous  trouvons  (p.  327)  que  Bruges  et  Dam  étaient 
devenues  le  centre  du  commerce  du  monde.  L'auteur 
saisit  cette  occasion  pour  faire  remarquer  l'importance 
des  lois  maritimes  de  Dam  (p.  328).  Cette  législation, 
quoique  dérivée  des  lois  d'Oléron ,  contenait  cependant  le 
droit  maritime  reconnu  en  Flandre.  La  hanse  des  villes 
flamandes  (  originairement  au  nombre  de  dix-sept  )  est  un 
point  très-important  dans  l'histoire  commerciale  et  politique 
de  ce  pays. 

L'auteur  pose  comme  base  de  l'association  communale, 
outre  la  réunion  d'un  grand  noiubre  d'habitations  dans 
un  espace  peu  étendu ,  le  lien  de  la  paroisse  et  celui  de 
l'échevinage. 

L'auteur  de  cette  analyse  regrette  que  3L  Warnkœnig 
n'ait  pas  compris  parmi  ces  causes  la  formation  des  cor- 
porations (1)  ou  métiers  (  Gilden)  :  car  ovi  ne  peut  douter, 
que  ces  associations  politiques  et  religieuses  des  classes 
industrielles ,  n'aient ,  ici ,  comme  ailleurs ,  contribué  à 
modifier  les  constitutions  des  villes.  Ces  jurandes  avaient 
leurs  statuts  ,  leurs  chefs  ;  et  leur  pouvoir  devint  tel , 
dans  beaucoup  de  localités ,  qu'elles  exerçaient  une  in- 
fluence  directe    sur  les    élections    des  magistrats  (2). 


(i)  On  ne  rencontre  ,  en  Flandre,  les  corporations ,  comme  corps  po- 
litiques qu'au  i/|.<=  slecie.  (  N.  (1.   R.) 

(•.i)  On  peut  consulter,  sur  ces  jurandes,  l'ouvrage  de  Wilda,  l'ex- 
cellent écrit  de  Fortuyn  :  de  gildarum  hisloria,  Jorma  et  auctoritate 
polilica.  Amstel.    i834. 


(  305  ) 

L'auteur  fait  voir  qu'il  y  eu  de  bonne  heure,  en  Flandre, 
des  motifs  de  soustraire  les  haLitans  des  endroits  fortifiés , 
à  la  jurisdicliou  générale  du  pays  ,  et  de  leur  donner 
un  échevinage  particulier. 

La  commune  était  d'abord  composée  de  difTérenles  clas- 
ses d'halùtans ,  parmi  lesquels  beaucoup  ne  jouissaient  pas 
d'une  liberté  pleine  et  entière ,  mais  délivrés  peu-à-peu 
des  charges  de  la  servitude ,  ils  venaient  grossir  la  classe 
des  hommes  libres. 

On  trouve  déjà  au  VIL^  et  au  VIII.^  siècles ,  sous  le 
nom  i\! Oppidum ,  cUfférenls  endroits  qui ,  plus  tard ,  sont 
des  villes  très-florissantes  (p.  345  ). 

Les  cités  flamandes  jouissaient  de  très-grand&s  libertés, 
et  leurs  recettes  et  dépenses  (  Voyez  p.  3C5  les  documcns 
importans)  prouvent  jusqu'à  quel  point  de  prospérité  et 
de  puissance ,  elles  s'étaient  élevées. 

A  la  page  3C7,  l'auteur  parle  des  magistrats  nommés 
consauljc ,  qui  existaient  à  côté  des  échevins.  Il  ne  s'ex- 
plique pas  clairement  sur  le  rapport  entre  les  choremani 
et  les  échevins-  Je  crois  que  l'expression  de  choremani 
avait  différentes  acceptions.  Il  est  certain  que  ce  mot  dési- 
gnait souvent  tous  les  bourgeois ,  qui  secundum  eandem 
copam  vicunt.  Tous  les  citoyens  vivant  sous  la  même  loi , 
s'appellent  par  fois  clwromani ,  kewf/enoten  (1). 

Les  Raedmannen,  que  l'on  trouve  également  dans  les 
villes  allemandes ,  sont  souvent  les  conseillers  de  Vad- 
ministration ,  gérant  toutes  les  affaires  qui  n'appartenaient 


(i)  M.  Mittermaicr  se  trompe  ,  ici ,  en  ce  qui  concerne  la  Flandre  :  il 
confond  les  heurhroedcrs  et  Jieurzusters  avec  les  keurj manne ii.  On  ne 
rencontre  ceux-ci  que  dans  les  Cliàlcllcnics  de  Fumes ,  Bcrgli ,  Bour- 
bourj^  et  Cassel ,  et  dans  (jnelques  villes  inarilinies  du  JNord  de  la 
France  ;  ils  sont  là  à  la  lois  éclicvins  cl  coiibeillcri.         (N.  d.  II.) 


(  306  ) 

pas  à  l'administration  de  la  justice ,  laquelle  incombait 
aux  écheyins.  Ceux-ci  étaient  choisis  parmi  les  familles, 
tandis  que  les  consaulx  représentaient  souvent  les  corpo- 
rations (1). 

Le  passage  relatif  aux  charges  des  échevins  est  fort  bien 
traité  (p.  377  ). 

L'exposition  des    sources   historiques  du  droit  flamand 
(  chap.  V  )  est    du  plus  haut  intérêt ,   à  cause  des  Tues 
neuves   qu'elle  renferme.   Les  droits   personnels  (  comme 
le  dit  très-bien  l'auteur ,  p.  384  ) ,  ont  disparu  de  bonne 
heure    dans   les    Flandres  ,     à    cause    du    développement 
précoce  des  droits  territoriaux  et   féodaux.  Il  est  indis- 
pensable  de   ranger   les   heures   des  villes   en  catégories 
(  p.    387  )  ;    car  ,    dans  les   anciennes   keures  on  trouve 
tantôt  des  privilèges  pour  les  bourgeois ,  tantôt  pour  la 
partie  de  la  population  qui  ne  jouissait  pas  encore  de  la 
liberté ,  tantôt  on  y  trouve  des  dispositions  concernant  la 
constitution  ou  l'organisation  des  èchevms.  11  n'y  pas  de 
coutume  générale  en  Flandre ,  tel  que  le  Sachsenspiegel 
en  Allemagne ,   et  l'auteur  a  raison  d'appeler  l'attention 
sur  Bouteiller ,  somme  rurale. 

L'explication  du  mot  heure  (p.  391  )  est  suivie  de  l'énu- 
mération  des  principaux  documens  de  ce  genre  :  la  keure 
de  Furnes  (2) ,  la  plus  ancienne  en  date  ,  se  trouve  à  la 
tète  )  ensuite  viennent  celle  de  Gand  (  1192  ) ,  remarquable 
par  son  étendue  et  par  l'originalité  de  ses  articles  ;  celle 
du  Franc-de-Bruges ,  de  1190;  celles  du  Pays-de-Waes 
et  des  Quatre-JIéliers  Assenède,  Bouchoule,  Hulst,  Axel 
(  la  plus  étendue  des  keures  flamandes  ). 


(i)  Il  n'en  était   pas  ainsi  en  Flandre.  (N.  d.   R.) 

(a)  Le  texte  de  celte  keure,  de  iiog,  est  perdu. 


(  307  ) 

M.  Warnkœnig  a  omis  la  keure  du  pays  de  l'Angle  , 
de  1248  (1). 

Le  chapitre  VI  traite  des  affaires  ecclésiastiques  en 
Flandre  ,  et  particulièrement  de  la  division  des  évèchés  en 
archidiaconals  et  en  décanats  (p.  497);  ils  indique  les 
principaux  couvens  et  des  fondations  pieuses  (  p.  411  ).  Nous 
y  trouvons  les  monastères  riches  et  puissans  (p.  423). 

La  justice  synodale  mérite  une  attention  particulière. 
En  Flandre ,  comme  en  Allemagne,  on  a  essayé  de  bonne 
heure  de  s'affranchir  de  cette  jurisdiction.  Un  article  de 
la  charte  gantoise  de  1192,  renferme  un  passage  qui  ne 
permet  les  jugemens  svnodaux,  que  de  quatre  en  quatre 
ans.  L'auteur  donne  (p.  443)  une  notice  très-intéres- 
sante sur  les  ouvrages  concernant  l'origine  et  la  nature 
des  dîmes  en  Flandre.  Il  est  plus  que  prohahle  que  la 
plus  grande  partie  des  dîmes  n'est  pas  d'origine  ecclésias- 
tique ,  mais  elles  peuvent  être  considérées  comme  partie 
intégrante  des  revenus  seigneuriaux,  de  manière  que  la 
plupart  des  dîmes  ecclésiastiques  sont  dues  à  la  libéralité 
des  comtes  de  Flandre.  La  charte  de  901  (p.  448), 
d'après  laquelle  il  paraîtrait  que  le  Pape  aurait  cédé  les 
dîmes  aux  seigneurs  de  la  Flandre,  pour  les  mettre  en 
étal  de  résister  aux  barbares  ,  serait  très-importante  ,  si 
elle  ne  portait  pas  tant  de  marques  d'une  origine  apocryphe. 

Le  supplément  renferme  quarante-huit  documeus,  dont 
la  plupart  étaient  inédits ,  les  autres  avaient  été  publiés 
inexactement ,  ou  ne  se  trouvaient  que  dans  des  livres  très- 
rares.  Parmi  les  diplômes  intéressans ,  nous  citerons  les 
anciennes  chartes  concernant  des  Praestaries  faites  en  830 


(i)  Le  savant  professeur  de  Heidelbcrg  n'a  pas  considéré  que  le  pays 
do  l'Angle  ne  fcsait  pas  partie  de  la  Flandre,  et  que  par  conséquent 
sa  keure  ne  pouvait  pas  trouver  place  dans  Tordre  adopté  par  l'auteur. 

/Y.   du   Tiad. 


(  308  ) 

et  en  840;  la  plus  ancienne  keure  de  St. -Orner,  de  1127; 
les  keures  des  villes  de  Gand ,  Bruges ,  Ypres  ,  Oudcaarde , 
de  1172,  1170,  1189,  1190;  le  traité  entre  les  bour- 
geois de  Cologne  et  les  Flamands  ,  relatif  aux  poursuites 
pour  dettes ,  de  1197;  le  rapport  d'une  conférence  entre 
Marguerite,  comtesse  de  Flandre,  et  le  roi  Guillaume 
de  Hollande,  de  l'année  1253;  les  extraits  de  la  chro- 
nique du  moine  Jean  de  Thilrode,  de  1282-1300;  les 
privilèges  des  foires  de  Flandre,  1290;  les  statuts  de  la 
hanse  flamande  dite  de  Londres;  et  le  texte  de  l'ancien 
droit  maritime  de  Dam. 

Nous  attendons  avec  impatience  le  second  volume  de 
cet  ouvrage  ;  il  traitera  de  l'histoire  législative  des  diffé- 
rentes localités ,  et  dévoilera  le  trésor  des  statuts  des  Flan- 
dres. Cet  ouvrage  de  M.  Warnkœnig  mérite  d'être  placé 
parmi  les  publications  les  plus  remarquables  de  nos  jours. 

MiTTERMAIER, 


Les  Tournois  de  Chauvengi  ,  donnés  vers  la  fin  dit  XIIJ.'^ 
siècle,  décrits  par  5 xGQVES  Bretex  ,  1285.  Annotes 
par  feu  Philibert  Delmotte  ,  bibliothécaire  de  la 
ville  de  Mons ,  et  puhliés  par  H.  Delmotte  ,  son  fils, 
hibliothécaire ,  conservateur  des  archives  de  Vétat, 
à  Mons.  Falenciennes ,  1835,  A.  Prîgnet,  in-^° 
de  165  et  28  po^jr.  fig. 

Longtemps ,  les  Français  montrèrent  de  l'insouciance  pour 
leur  ancienne  langue  et  ne  semblèrent  pas  se  douter  qu'elle 
eut  une  littérature  riche  ,  variée ,  originale  ;  il  semblait 
que  le  génie  national  ne  se  fût  éveillé  qu'avec  la  con- 
naissance de  l'auliquilé  classique.  Boileau  date  de  Villon 
l'histoire  de  la  poésie  française,  et  mentionne  les  roman- 


(  309  } 

cicrs  seulement  pour  mémoire.  Cependant  Noslradamus  , 
Fauchet ,  Pasquicr  avaient  donné  le  signal  des  recherches 
sur  ce  sujet ,  et  parmi  les  conlemporains  il  y  avait  des 
hommes  trés-versés  dans  cette  partie  de  la  philologie, 
tels  que  Ménage  et  surtout  Du  Gange  ,  érudit  resté  sans 
pair ,  du  moins  à  mon  avis.  Borel  ,  André  Duchesne , 
La  Monnoye ,  Lenglet  du  Fresnoy ,  Le  Duchat ,  Eusèbe 
de  Laurière  ,  Formey ,  Prosper  Marchand  ,  Lacombe  ,  Car- 
j)cntier ,  Doux  fils ,  l'abbé  Sallier ,  Lantin  de  Dameray ,  etc. , 
rendirent  des  services  à  la  langue  :  vers  le  même  temps, 
un  imprimeur,  Urbain  Couslelier,  voulut  tenter  ce  que 
M.  Crapelct  a  si  bien  exécuté  de  nos  jours.  Malheureuse- 
ment ,  quoiqu'elles  soicxit  encore  recherchées ,  ses  éditions 
fourmillent  de  fautes  et  de  négligences  (1).  La  Curne  de 
8.^"=  Palaye  ne  vécut  pas  assez,  pour  effectuer  ses  vastes  et 
utiles  projets,  mais  ses  ouvrages  imprimés  et  ses  manus- 
crits n'en  font  pas  moins  le  plus  grand  honneur  à  ses 
connaissances  et  à  son  zèle.  Barbaxan ,  Levesque  de  la 
Ravallière  ,  La  Borde  tirèrent  de  la  poussière  grand  nombre 
de  poésies  des  trouvères  ;  si  Le  Grand  d'Aussy  l'emportait  sur 


(i)  Lenglet  Dufresnoy  ,  dans  l'avertissement  de  son  édition  des  Arrests 
d'Autour,  Amst.,  1731.  p.  XXV,  appelle  Urbain  Coustelier  un  petit 
étourdi  qui  suiuait  toujours  mauvais  conseil ,  c'est-à-dire  ses  propres 
lumières,  dans  les  belles,  mais  très -mauvaises  et  très-fautives 
éditions  qu'il  donnait  de  nos  anciens  poètes  ,  dont  il  prétendait  sans 
doute  augmenter  plutôt  les  fautes  que  renouveler  les  impressions. 
Plus  loin  il  le  qualifie  de  bon  libraire  et  d'archi-cocu  ,  ce  qui  n'est  pas 
incompatible  et  ne  tient  pas  à  l'histoire  littéraire.  C'est  peut-être  à  cc 
double  passage  que  fait  allusion  l'auteur  des  querelles  littéraires  lorsqu'il 
dit  (I.,  ICI,  note):  «  Quant  à  l'abbé  Len....  il  reçut  un  pareil  salaire 
»  (des  coups  de  bâton)  eu  plciu  mlili  ,  pour  avoir  tenu  des  propos 
»>  indécens  sur  la  femme  d'un  riche  libraire.  »  Cette  petite  anecdote 
peut  servir  du  supplément  à  rarlicle  de  Coustelier  dans  la  Biographie 
Universelle. 


(310  ) 

eux  par  la  science ,  aux  originaux  il  substituait  des  traductions 
qui  en  altéraient  la  physionomie  et  quelquefois  le  sens. 
Vinrent  ensuite  M.  Roquefort  dont  la  yieillesse  est  si  digne 
de  commisération,  le  patient  et  modeste  Méon ,  MM.  Auguis, 
Chalvet ,  Benoiston  de  Château-Neuf ,  Sinner ,  etc.  Mais  la 
vieille  langue  française  était  plutôt  deyinée  que  connue  par 
quelques-uns  de  ces  littérateurs,  pour  aucun  sa  grammaire 
n'était  encore  reconstruite.  L'honneur  de  la  retromer  appar- 
tenait cà  M.  Raynouard,  l'auteur  d'un  des  drames  modernes 
les  plus  intéressans ,  et  qui  a  joint ,  à  la  gloire  du  poète , 
l'honneur  d'avoir  seul  résisté  à  la  volonté  de  Napoléon, 
quand  la  France  était  encore  à  genoux ,  muette  et  trem- 
blante ,  soumise  et  flatteuse.  M.  Raynouard  a  montré  que 
cet  idiome  que  l'on  croyait  confus ,  indiscipliné  ,  barbare , 
avait  ses  règles  et  que  ce  qu'on  regardait  comme  des  erreurs 
grossières  était  quelquefois  la  conséquence   d'une  théorie 
nettement  conçue. 

M.  Raynouard  a  formé  une  école  de  philologues  français 
du  moyen-age.  Sa  grammaire  des  troubadours ,  ses  fréquens 
articles   dans  le  Journal  des  Savans^   les  conseils  qu'il 
ne  refuse  jamais ,   les  éclaircissemens  qu'il  prodigue  ,  son 
accueil  franc  et  aimable ,  la  facilité  avec  laquelle  il  résout 
les  questions  les  plus  épineuses ,  lui  ont  acquis  de  nom- 
breux disciples  qui  sentent  pour  lui  autant  d'attachement 
que  de  vénération.  C'est  dans  la  voie  qu'il  a  ouverte  avec 
le  respectable  abbé  de  la  Rue  que  marchent  MM.  Robert , 
Monmerqué,    Paulin   Paris,   Achille   Jubinal ,  Francisque 
Michel ,  Edward  Le  Glay  ,  Hérisson  ,  Bourdillon  ,  Monin , 
Prévost;  c'était  la   même  route   que   suivait  M.   Frédéric 
Pliiquel.    A  ces  noms ,  je  joindrai  ceux  de  MM.  Esman- 
gart  ec  Eloy  Johanncau ,  de  M.   Bepping,    du  vénérable 
Hécart  et  de  M.  Arthur  Dinaux  ,  tous  deiix  de  Valenciennes, 
et  à  l'étranger ,  ceux  de  MM.  Jacques  Grimm  ,  E.  Bekker , 
l'éditeur  du  roman  de  Fier-à-hra$,  et  Monc  qui  vient  encore 


(311  ) 

lout  récemment  de  donner ,  dans  ses  Anzeîger  fur  Kunde 
der  teutschen  Forzeit  (1."  trimestre  de  1835)  un  long 
fia  fument  du  roman  d'yénséis  de  Cartage.  J'ai  commis 
sans  doute  quelques  omissions  involontaires ,  mais  j'en  ai 
dit  assez  pour  faire  Toir  avec  quelle  ardeur  cette  branche 
de  la  littérature  est  cultivée. 

Cependant,  qu'on  ne  s'y  trompe  pas  :  le  zèle  ne  tient 
pas  lieu  de  tout  autre  mérite.   En  général ,  on  ne  se  fait 
pas  une  idée  assez  juste  des  obligations  d'un  éditeur   de 
gothiques    monumens.    On   s'imagine   trop   souvent    qu'il 
sufRt    de    parcourir  les    bibliothèques  ,    les   dépôts    d'ar- 
chives et  d'avoir  un  copiste  et  un  imprimeur.   En  effet , 
il  n'en  faut  pas  davantage  si  l'on  examine  sérieusement 
certaines  publications  prétenduement  érudites.  L'humble 
fonction  d'éditeur,  mieux  comprise,  exige  cependant  bien 
davantage  :  connaissance  des  langues ,   de  l'histoire ,   des 
antiquités ,   mœurs ,    usages ,  critique   déliée ,    goût   sûr , 
rejetant  tout  ce  qui  est  oiseux  et  ne  prenant  que  la  fleur 
de  l'érudition  ,  voilà  les  principales  qualités  sans  lesquelles 
ce  travail    ingrat   devient  impossible ,   si   l'on    cherche  à 
atteindre  le   degré   de  perfection   auquel   doit   viser  tout 
homme  qui  se  respecte  et  qui  respecte  le  public. 

Ces  qualités,  feu  M.  Deluiotte  les  réunissait  presque 
toutes.  Son  fils ,  dans  une  notice  écrite  avec  élégance  et 
une  pieuse  sollicitude  ,  nous  a  révélé  ce  que  cet  estimable 
littérateur  cachait  de  talens  et  de  vertus.  On  voit  qu'il 
a  recueilli  religieusement  ce  précieux  héritage. 

Feu  M.  Delmotte ,  pour  nous  servir  de  l'expression  à  la 
mode ,  avait  découvert  dans  la  bibliothèque  de  Mons ,  les 
Tournois  de  Chauvency.  Cependant  ils  étaient  connus, 
le  père  3Iéncstrier  en  cite  des  passages  à  propos  d'héraldique 
et  je  les  ai  indiqués  moi-même  avant  leur  publication. 
Ces  tournois  ont  été  décrits  en  vers  par  Jacques  Brétex  , 
vers  la  fin  du  XIII.*  siècle.   Ils  sont  intéressans   par  la 


(  312  ) 

peinture  des  mœurs  et  par  les  personnages  qui  y  sont  mis 
en  scène.  Le  prospectus  annonçait  un  commentaire ,  qui , 
en  effet ,  était  nécessaire.  Je  ne  le  trouve  pas  dans  le 
livre ,  à  moins  qu'on  n'appelle  ainsi  les  sept  pages  de 
notes  qui  précèdent  le  glossaire  et  qui ,  non-seulement , 
sont  insuffisantes,  mais  contiennent  des  inexactitudes. 
Par  exemple  Berfromont  doit  avoir  été  mis  pour  Beffromont 
ou  Beaufremont '^  Wallerant  de  Fauqitemont  ne  tirait 
pas  son  nom  d'un  bourg  de  Lorraine  ,  à  7  lieues  Est  de 
Metz ,  mais  d'une  petite  ville  du  Limbourg ,  dont  les 
seigneurs  ont  joué  un  grand  rôle  ;  Hondeschort  est  vrai- 
semblablement Hondêchot. 

A  la  page  23  du  glossaire,  on  allègue  l'autorité  du 
reclus  de  3Iolinet,  il  faut  lire  le  reclus  ou  rendus  de 
Molietis. 

Le  texte  est  pur  et  correct.  Cependant  page  36 ,  vers  454 
au  lieu  de 

Et  puis  F'àne  à  ces  biraus. 

Il  faut ,  comme  l'exige  le  sens  et  la  mesure  : 

•  Et  puis  Viane  à  ces  biraus. 
Les  vers  suivans  sont  trop   courts  : 

4G8  Que  je  cuida  que  fust  cil. 

488  Et  lui  faut  et  pnrprent  terre, 
2844  Quand  chascuns  aura  eue. 
4027  Kénll,  mais  signor  visinent. 

Mais  cela  peut  se  mettre  sur  le  compte  du  manuscrit. 

Le  glossaire  qui  contient  des  expHcations  curieuses  ,  en 
offre  plusieurs  de  M.  Hécart,  l'auteur  du  Dictionnaire 
du  patois  Bouchi ,  et  de  M.  Lorrin,  l'élève  de  Charles 
Pougens.  Il  n'embrasse  pas  cependant  tous  les  mots  qui 
auraient  besoin  d'être  interprétés ,  tels  que  Jnnes  (  an- 
neuux)^Diva,  dia  .'  interjection,  i)/«mZ»o/-«îV,  protéger, 


(313) 

eorgies ,   coups,   campliaus   qui  est  mis,  je  crois,  })our 
lempliaus ,  Umpes  : 

Et  à  vos  belles  mains  polies , 

Qui  sont  blanclies  et  délaies  (lisez  délaies^, 

Sentir  les  froiis  et  les  campliaus. 

Eufin,  pour  prouver  qiie  ma  critique  est  impitoyable, 
j'aurais  voulu  qu'une  introduction  eût  été  destinée  à  nous 
faire  mieux  connaître  l'auteur,  à  le  comparer  avec  les 
trouvères  contemporains  et  à  résumer  les  enseignemens 
qu'on  peut  tirer  de  son  livre. 

Les  Tournois  de  Chauvencij  ont  été  magnifiquement 
imprimés  eu  caractères  gothiques  ,  par  M.  Prignet  de 
Valenciennes.  Ils  sont  ornés  d'une  gravure  au  trait  re- 
présentant un  combat  à  la  foule ,  copié  d'une  tapisserie 
que  M.  Vitet ,  inspecteur  des  monumens  ,  découvrit  réel- 
lement dans  les  greniers  de  l'hôlel-de-ville  de  Valenciennes. 

On  doit  cette  puLlication  à  M.  H.  Delmotte  fils ,  biblio- 
thécaire et  conservateur  des  archives  de  l'état ,  à  Mons. 
Homme  d'esprit  et  de  savoir ,  il  aime  à  présenter  sa  pensée 
sous  une  forme  légèrement  satyrique.  Mais  les  ouvrages 
sérieux  ne  lui  font  pas  peur  et  lui  réussissent  parfaitement. 
On  attend  avec  impatience  la  Biofjraphie  du  Hainaut 
qu'il  a  promise  et  dont  il  a  inséré  de  piquans  échantillons 
dans  les  Archives  du  Nord  de  la  France,  L'Académie 
Royale  des  Sciences  et  Belles-Lettres  vient ,  sur  ma  pro- 
position ,  de  l'inscrire  parmi  ses  correspondans. 

De  Reiffeinberg. 


(314) 

AfiRiGÉ  MÉTHODIQUE  DE  LÀ  GÉOGRAPHIE  UNIVERSELLE  ,   avCC 

des  notes  sur  la  géographie  ancienne  ,  par  C.  Pirlot, 
'professeur  d'histoire  et  de  géographie  au  collège  d'Ath. 
Brux.,  Hayez,  1832  ,  384  pages  in-12. 

L'ouvrage  que  nous  annonçons  en  est  à  la  seconde 
édition,  qui,  nous  assure-t-on,  a  été  tirée  à  un  grand 
nombre  d'exemplaires.  C'est  d'un  bon  augure.  Effective- 
ment Y  Abrégé  de  M.  Pirlot  nous  a  paru  mériter  la  pré- 
férence sur  les  livres  du  même  genre  que  nous  avions  déjà. 

Nous  sentons  combien  il  est  difficile  de  renfermer ,  dans 
des  bornes  étroites ,  un  aperçu  général  de  toutes  les  parties 
du  globe.  On  risque  de  dire  trop  ou  trop  peu.  Le  cadre 
adopté  par  l'auteur  nous  paraît  très-lieureux.   M.  Pirlot , 
après  avoir  donné  quelques  notions  préliminaires  sur  les  cinq 
grandes  divisions  du  globe ,  leur  étendue  ,  leurs  bornes,  etc., 
revient  à  l'Europe ,   dont  il  commence  la  description  par 
celle  de   la   Belgique.   Nous   applaudissons  à   cette   idée. 
En  effet ,  il  est  tout  naturel  que  l'on  apprenne  aux  enfans 
à  connaître  la  patrie ,   avant  de  leur  parler  des  régions 
presqu 'inconnues   de    l'Asie  et   de  l'Afrique ,    dont ,    une 
fois  sortis    du   collège ,   ils   n'entendront   peut-être    plus 
prononcer  les  noms.  L'Auteur  en  conséquence ,  en  s'écar- 
tant  de  la    roule   trop-généralement    suivie ,    a    consacré 
au-delà  du  quart  du  volume  à  la  Belgique.  La  description 
qu'il  en    donne   est  un   peu   vague  peut-être ,    mais    en 
général  assez,  exacte.  Au  reste,  il   est  bien  entendu  que 
les  professeurs  qui  feront  usage  de  cet  abrégé  donneront 
oralement  les  développemens  que  l'auteur  n'a  pu  insérer 
dans  son  livre.  M.  Pirlot,  pour   ne   pas  trop    grossir  son 
texte ,  a  eu  l'ingénieuse  idée  de  faire  suivre  la  description 
de  chacune  des  provinces  qui  composent  notre  royaume, 
d'un  tableau    des  hommes  remarquables  à  qui   elles   ont 
donné    naissance.    C'est  là    une    innovation    excellente  , 


(315) 

mais  cette  partie  de  l'ouYrage  aura  encore  besoin  d'être 
soigneusement  revue.  Un  bon  nombre  de  noms  propres 
sont  estropiés  tels  que  Riga ,  Waddere ,  Van  der  Fincht, 
fFallis,  Van  Barle,  Lempsonius  3Ietkerke  ^  Gollsîus,  etc., 
Tout  cela ,  nous  en  sommes  persuadés ,  disparaîtra  dans 
une  troisième  édition.  L'auteur  devra  revoir  les  ouvrages 
de  Foppcns ,  de  Patpiot ,  de  Delvenne ,  etc.  Il  devra  éga- 
lement consulter  les  excellens  mémoires  de  MM.  Kiese- 
vetler  et  Fétis  pour  connaître  nos  musiciens  célèbres, 
les  ouvrages  de  Van  Mander ,  Descamps ,  Bazan  et  Bartsch, 
pour  nos  peintres  et  graveurs ,  celui  de  M.  Willems  pour 
les  poètes  flamands.  Il  trouvera  également  dans  les  Ar- 
chîces  et  le  Dimanche  de  M.  De  Reiffenberg,  ainsi  que 
dans  le  Messacjer  des  Sciences  et  des  A  ris ,  différentes  notices 
très-intéressantes  sur  des  hommes  dont  le  mérite  n'était  pas 
apprécié. 

Pour  ce  qui  regarde  la  description  des  autres  pays  du 
globe,  le  livre  de  BI.  Pirlot  nous  parait  être  à  la  hauteur 
de  la  science.  Il  fera  bien  cependant  de  ne  pas  suivre 
aveuglément  les  manuels  de  géographie  que  nous  avons 
déjà ,  mais  de  consulter  autant  que  possible  les  descrip- 
tions des  différens  pays  qui  ont  paru  dans  les  derniers 
temps ,  ainsi  que  les  relations  des  voyages  les  plus  récens. 
Tel  est  celui  que  le  prince  de  Saxe-Weimar  fit,  en  1825, 
aux  Etats-Unis  de  l'Amérique ,  dont  il  a  été  rendu  un 
compte  assez  détaillé  dans  le  Messager  de  1827-1828, 
page  243 ,  dans  lequel  on  accuse  les  livres  élémentaires 
de  ne  faire  aucune  mention  de  villes  telles  que  Richmond, 
Savannah ,  Albany ,  de  lacs  et  de  baies  telles  que  l'Erie, 
l'Ontario ,  le  Chésapcak  ,  des  rivières  comme  l'Ohio  ,  le 
Missouri ,  l'Arkansah.  Comme  cette  omission  se  trouve 
aussi  en  partie  dans  l'ouvrage  que  nous  annonçons ,  nous 


avons  cru  devoir  la  consigner  ici. 


C.  P.  S. 


(316) 

Religion  et  Amotir,  par  P.  J.  F.  De  Decker.  Bruxelles, 
Hauman,  1835,  in-18,  126  pages,  avec  lithographie. 


Pendant  que  la  littérature  helge  s'intronisait  enfin  au 
théâtre ,  en  y  retraçant  aux  masses  réunies  les  scènes  les 
plus  émouvantes  de  l'histoire  nationale  ,  elle  n'était  pas 
moins  favorahlernent  accueillie  sous  la  forme  intime  dans  ' 
un  bon  nombre  de  productions  poétiques.  Dans  ce  mou- 
vement de  progression  des  lettres ,  la  Flandre  -  orientale 
n'est  point  restée  en  arrière  ;  la  ville  de  Gand  a  eu  aussi 
son  poète  qui ,  dès  son  début ,  a  donné  les  plus  belles 
espérances.  Religion  et  Amour  ^  tel  est  le  titre  de  son 
ouvrage.  Il  faut  avouer  qu'il  ne  pouvait  choisir  deux  idées 
qui  soient  plus  propres  à  l'inspiration  ;  et  la  première  nous 
indiquant  d'avance  sous  quel  aspect  devait  se  produire  la 
seconde ,  une  telle  alliance  ne  pouvait  manquer  d'éveiller 
toute  notre  attention,  d'exciter  tout  notre  intérêt,  en  nous 
faisant  espérer  les  aperçus  les  plus  nouveaux.  L'auteur  a 
tenu  dans  la  plupart  de  ses  pièces  ce  qu'il  semblait  pro- 
mettre. Religion  et  Amour  sont  bien  partout  les  deux 
idées  mères  de  son  recueil  ;  et  il  a  su  en  tirer  une  suite 
de  tableaux  des  plus  suaves  et  des  plus  gracieux. 

La  pièce  intitulée  Le  Soir,  par  laquelle  commence  notre 
poète,  est  comme  l'exposé  de  son  ouvrage.  Après  la  lecture 
de  ce  morceau  qui  est  tout  de  sentiment ,  nous  connaissons 
déjà  l'auteur  :  nous  le  savons ,  amant  de  la  nuit ,  de  la 
solitude ,  y  cherchant  sans  cesse  des  idées  qui  soient  en 
harmonie  avec  son  canir,  plein  de  la  plus  exquise  sensi- 
bilité. Ecoutons -le  lui-même  : 

Oh  !  j'aime  tant  le  soir  !   c'est  l'Iiciirc  où  Ton  oiililie , 
C'est  l'heure  si)lomi(llc  où    l;i  niclancolic  , 


(317) 

Se  balançant  rêveuse ,  en  mon  cœur  vient  s'asseoir  j 
Où  mon  ame,  qu'aigrit  la  folle  multitude, 
Se  trouve  face  à  face  avec   la  solitude  : 
Oh  !   j'aime  tant  le  soir  ! 

Ce  début  est  gracieux.  Il  y  a  dans  le  retour  de  la  pre- 
mière partie  du  premier  vers  qui  vient  terminer  la  stance  , 
tout  l'abandon  de  plusieurs  de  nos  rondeaux.  Une  teinte 
toute  religieuse  vient  ajouter  un  nouveau  charme ,  lors- 
qu'il dit  : 

Ah!  le  soir  est  l'amant  des  douleurs,  des  alarmes  : 
La  chaleur  du  soleil  trop  tôt  sèche  nos  larmes, 
Le  soir  les  fait  couler  librement  de  nos  yeux. 
Quand  Tame  loin  du  bruit  s'exile  solitaire , 
L'ange  consolateur  envoyé  sur  la  terre 
Vient  lui  parler  des  cieux 


Alors  l'ame  s'écoute  ,   interrogeant  sa   vie , 
Loin  de  ce  monde  au  ciel  elle  semble  ravie  etc. 


C'est  encore  au  sentiment  religieux  qu'il  doit  le  trait 
touchant  par  lequel  est  terminée  cette  pièce  exlrêmement 
remarquable  ;  après  avoir ,  dans  tout  son  contenu  ,  opposé 
sa  vie  toute  de  tristesse ,  de  pleurs  et  de  prière  à  la  vie 
toute  de  joie  et  de  dissipation  des  enfans  du  siècle ,  voici 
sa   consolation  suprême  : 

Hélas  !  le  monde  aussi  fait  souffrir  ses  heureux  • 
Et  douleur  pour  douleur,  souffrance  pour  souffrance. 
Je  préfère  bien  celle  où   sourit  l'espérance , 
Du  doigt  monti-ant  les  cieux  ! 

Je  ne  ferai  qu'un  reproche  à  l'auteur ,  c'est  d'avoir 
parfois  confon(Ui ,  dans  ce  morceau  de  début ,  les  émotions 
de  la  nuit  avec  les  émotions  du  soir  : 

22 


(  318  ) 

«  C'est  l'heure  solennelle  où  la  mélancolie  »  etc. 
«  le  soir  vient ,  avec  lui  ses  ténèbres  moroses  »  etc. 

L'auteur  n'a  pas  été  aussi  heureux  dans  le  début  de  l'ode 
qu'il  adresse  à  M.  le  chanoine  Triest ,  à  l'occasion  de  la 
remise  de  la  médaille  à  lui  décernée  parla  Société  Monthyon 
et  Franklin  : 

Couronner  tes  vertus  !...  enfants  d'un  siècle  infâme. 
Le  sordide  intérêt   a  desséché  leur  arae  ; 
Dans  sa  balance  ,   hélas  !  par  eus.  tout  est  pesé  ! 
Ils  ne  conçoivent  plus  la  charité  sublime  , 
Le  noble  dévouement  ,  ou  l'acte   magnanime, 
Ou  Télan  désintéressé  ! 

Sans  doute  que  la  première ,  la  plus  Lcllc  récompense 
de  la  vertu  est  dans  le  témoignage  secret  de  la  conscience  : 

pulcherrima  prlmùm 
Di  moresque  dabunt; 

Et  comme  le  dit  fort  Lien  M.  De  Decker,  lui-même  : 

Noble  fille  du  ciel  ,   ici  bas  étrangère  , 

La  vertu  vole  au  ciel  demander  son   salaire. 

Mais  ne  yoir  que  le  froid  calcul  d'un  cœur  sec  dans  les 
prix  de  vertu  de  Monthyon,  ne  serait-ce  point  pousser  un 
peu  trop  loin  le  rigorisme  ?  Au  reste  s'il  pouvait  y  avoir 
ici  dissentiment ,  l'auteur  peut  compter  sur  l'unanimité 
pour  le  portrait  qu'il  fait  du  Lienfaisant  chanoine  : 

C'est  à  toi  que  le  pauvre  ,   accablé  de  détresse , 
Demande  uu  sûr  repos  où  sa  triste  vieillesse 
Puisse   en  paix  s'écouler  en  attendant  la  mort  ! 
C'est  toi  qui   des  mortels  secoride  providence , 
Semant  l'Instruction  à  Tlndigente  enfance, 
En  formant  son  esprit,  lui  prépares  un  sort! 

Ces  vers,  sous  le  rapport  poétique,  sont  loin  d'être  les 


(  310) 

meilleurs  de  l'ode  ;  mais  ils  sont  tellement  l'expression  de 
la  reconnaissance  générale,  que  chacun  en  les  lisant  croira 
satisfaire  au  besoin  de  son  cœur. 

Une  pièce  qui  m'a  vivement  louché ,  c'est  le  Toit  paternel. 
Le  début  n'est  pourtant  pas  sans  une  certaine  emphase , 
vu  la  jeunesse  de  l'auteur  j  mais  ces  taches  légères  sont 
rachetées  par  des  passages  d'une  si  touchante  simplicité. 
C'est  d'abord  l'émotion  qu'il  éprouve  en  revoyant  après 
une  longue  absence  les  lieux  qui  l'ont  vu  naître  : 

Que  je  te  saluais  î   clocher  de  mon  village , 
Que  par-delà  les  champs ,  à  travers  le  feuillage , 
Erillaut  au  crépuscule,  entrevoyaient  mes  3-eux  ! 

Et  le  récit  de  la  veillée  !  et  les  douces  étreintes  de  cette 
bonne  mère  pour  son  fetit  Benjamin.'  et  le  silence  du 
tombeau  régnant  en  ces  lieux  naguères  animés  par  une 
si  nombreuse  famille! 

]\ous  voici  arrivés  à  un  tableau  d'une  originalité  toute 
piquante,  V Amante  idéale.  Je  m'arrête  à  cette  pièce  moins 
pour  le  sujet  en  lui-même,  que  parce  qu'elle  m'offrira  l'occa- 
sion de  faire  remarquer  que  notre  jeune  poète  possède  déjà, 
jusqu'à  un  certain  point,  ce  sentiment  du  rhvthme  qui 
est  en  général  si  rare  aujourd'hui.  Ce  changement  presque 
continuel  de  mètres  demantle  une  oreille  des  plus  exercées} 
cette  finesse  de  tact  dont  parle  Horace  : 

Legitimumque  sonum  digitis  calle;nus  et  aure. 

Rien  de  plus  facile  que  de  croiser ,  d'entremêler  des 
rimes  ;  que  de  faire  des  vers  sur  différens  modes  ;  mais 
bien  choisir  ce  mode  ;  ramener  de  préférence  une  rime 
masculine  ou  une  rime  féminine ,  voilà  le  talent  !  hoc 
opus ,  Iiic  lahor  est.  Je  serais  porté  à  croire  que  l'idée 
première  de  ce  morceau  a  été  suggérée  à  31.  De  Decker, 
par  ce  beau  chant  du  Calife  de  Bagdag  :  de  tous  les  pays 
pour  vous  plaire,  etc.  Le  merveilleux  cHot  que  le  grand 


(  320  ) 

compositeur  a  obtenu  par  l'étonnante  variété  de  ses  tons^, 
notre  poète  s'est  efforcé  de  l'obtenir  par  la  variété  de  son 
rhythme  ;  et  souvent  il  a  réussi. 

Je  pourrais  citer  encore  bon  nombre  de  pièces  qui 
portent  l'empreinte  du  talent;  entr' autres  V Ossuaire  du, 
Villacje ,  où  l'auteur  pleurant  sur  son  Emma,  enlevée  à 
la  fleur  de  ses  ans,  s'écrie  si  douloureusement,  en  gémis- 
sant de  ne  pouvoir  distinguer  ses  restes  confondus  avec 
ceux  de  la  foule  : 

Kicn  ne  me  dit  :  voici  ses  os  !... 
Eassemblez-voiis  pour  moi!...  forme- toi  houche  tendre... 
Ouvrez-vous  beaux  yeux  noirs!...  Ah  laisse  moi  t'entendre, 

Voix  douce ,  au  milieu  des  tombeaux  ! 

Ou  bien  encore  ,  la  Jeune  Etique.  Il  est  vrai  qu'il  s'y 
trouve  des  longueurs  ;  que  parfois  le  poète  se  laisse  trop 
apercevoir  derrière  cette  infortunée  ;  mais  les  regrets 
qu'elle  exhale  sont  en  général  si  naturels,  si  déchirants; 
ils  vont  à  l'ame. 

Les  productions  du  poète  gantois  ne  sont  donc  pas  des 
productions  ordinaires.  Ce  qui  est  le  propre  du  talent,  il  n'a 
pas  craint  dès  son  début  de  se  livrer  à  ses  propres  inspi- 
rations. Il  a  voulu  penser  par  lui-même  et  a  dédaigné  le 
rôle  plus  facile  d'homme  cV autrui ,  comme  dit  Montaigne. 
Il  appartient  sans  doute  à  l'école  de  La  Martine ,  mais 
pour  le  fond  des  idées ,  bien  plus  que  pour  la  manière. 
En  effet,  vous  rencontrez  à  chaque  instant  chez  lui  une 
tournure  d'expression,  une  forme  d'image  qui,  si  elles 
laissent  quelque  fois  à  désirer ,  n'en  portent  pas  moins  un 
caractère  d'originalité.  On  ne  peut  surtout  lui  refuser 
beaucoup  d'imagination.  Je  le  répète,  l'essai  de  M.  De  Decker 
donne  de  grandes  espérances. 

Macte  ,  ô  generose  Puer  ! 

GoBERT-ArVIN. 


(321   ) 


Qullttxn  fiibltxrgrapl)tjq[tte» 


HISTOIRE    DE    LA    BELGIQUE. 

Du  royaume  des  Pays-Bas,  sous  le  rapport  de  son  origine, 
de  son  développement  et  de  la  crise  actuelle;  suivi  de  pièces 
justificatives  :  par  le  baron  De  Keverberg,  préfet  sous  l'empire, 
j  cr^  2.e  et  3.*  vol.,  chez  Lejeune,  La  Haye  et  Bruxelles. 

Histoire  de  Lc'opold  ,  premier  roi  des  Belges.  Brux.,  au  bureau 
des  Fastes  Militaires,  rue  de  l'Impératrice,  n.°  16,  1833.  1  vol. 
gr.  in-B."  pap.  vél.  de  292  pages ,   avec  portrait. 

Fastes  Militaires  des  Belges,  ou  histoire  des  guerres,  sièges, 
conquêtes ,  expéditions  et  faits  d'armes  qui  ont  illustré  la 
Belgique,  depuis  l'invasion  de  César  jusqu'à  nos  jours.  Brux., 
1835.  in-S.°  VI  à  XIV.'=  livrais,  avec  planches. 

[  La  XIV.*  livraison  se  termine  à  la  bataille  de  Bouvines  et  au  sièga 
de  Damiette.  ] 

Les  hommes  politiques  de  la  Belgique,  par  Alp.  Royer. 
Brux.,  Dumont ,  183o.  in-32.  pap.  vél. 

Biographie  universelle  des  musiciens  et  bibliographie  générale 
de  la  musique,  par  J.  J.  Fétis,  maître  de  chapelle  du  roi  des 
Belges  et  directeur  du  conservatoire  de  Bruxelles,  tome  I.  Brux., 
Leroux,  et  Mayence  ,  Schott ,  1833.  gr.  in-8.°  avec  planches 
lithographiées.  CCLV  et   131  pages. 

[  Ouvrage  capital  et  fruit  de  28  ans  de  travail  :  l'état  ancien  de  la 
musique  en  Belgique  y  est  surtout  traité  avec  un  soin  spécial.  Les  autres 
volumes  sont  sous  presse.  ] 

Le  cinquante-huitième  volume  de  la  Biographie  Universelle, 


(  322  ) 

troisième  du  supplément,  contient  plusieurs  notices  sur  des  Belges 
et  des  hommes  nés  aux  Pays-Bas,  tels  que  The'ocJ.  Van  Berckel , 
Lefrancq  van  Berkhey,  Jean  Bernaerts ,  Pierre  Beyts  ,  Jean 
Bernier ,  Bilderdjk,  Van  Boechout,  Guillaume  et  Jean  De 
Blitterswyk,  etc. 

Le  tome  1.^^  du  journal  de  l'Institut  historique  est  termine'. 
Il  renferme  des  extraits  des  proccs-verhaux  de  la  commission 
d'histoire  de  Belgique ,  des  nouvelles  litte'raires  relatives  à  notre 
pays  ,  et  des  remarques  de  M.  Roulez  sur  un  article  oîi 
M.  Villenave  traitait  de  l'influence  des  Gaulois  sur  la  civilisation 
des  Grecs  et  des  Romains. 

Le  bulletin  de  la  société  de  l'histoire  de  France  forme  jus- 
qu'ici deux  volumes  in-8.°  M.  De  ReifTenberg  y  a  inséré  des 
notices  sur  deux  historiens  beiges  ,  Lucien  de  ïongres  et  Jehan 
Le  Bel ,  de  Liège.  On  annonce  une  suite  de  pareils  articles 
bio-bibliographiques. 

Mémoires  de  la  société  des  antiquaires  de  la  Morinle.  Tome  1." 
année  1833.  S.^  Orner,  Chanvin  lils,  lo3-4.  in-8.°  de  1568  pages, 
avec  planches. 

[  On  remarque  dans  ce  premier  volume  les  articles  suivants  :  rapport 
du  secrétaire  perpétuel  (M.  De  Givenchy)  sur  les  travaux  de  l'année  > 
p.  33  à  36.  —  Mémoire  couronné  sur  la  Halle  d'Ypres,  par  M.  Lambin  , 
p.  ^6  à  iS^.  —  Essai  sur  la  mosaïque  de  S.*^  Berlin,  par  M.  Alex. 
Ilerraand ,  p.  i5i  à  iG6.  —  Quelques  notices  historiques  de  IM.  Pigault 
de  Beaupré. —  Dissertation  sur  le  Sinus  Itius,  par  M.  le  docteur  Deschamps, 
p.  20  1  à  264. —  Relation  du  pas  d'armes,  de  la  croix  Pèlerine,  près 
de  S.'  Omer  ,  par  M,  Ender,  p.  3o2  à  3 11.  —  Dissertation  sur  levers 
do  Virgile,  Extremique  homi/ium  Moriiii ,  par  M.  Fiers,  p,  352  à  368.  ] 

Biographie  de  la  ville  de  S.*  Omer,  par  H.  Picrs,  bibliothé- 
caire ,  etc.  Saint-Omcr,  J.-B.  Lcmairc,  1833.  in-8.°  VIII  et 
280  pages. 

[  Cet  ouvrage  contient  plusieurs  articles  biographiques  intéressants 
pour  l'histoire  littéraire  de  la  Belgique.  1 

Atlas  synchronislique ,  géographique  et  généalogique,  pour 
servir  à  l'étude  de  l'histoire  moderne  de  l'Europe ,  depuis 
l'avéncment  de  François  I  jusqu'à  la  restauration  française  , 
1(j1o-181o,    par    M.    Charles    Imbcrt    des  IMottclctles ,    de 


(  323  ) 

Biugcs  (Fl.-occiJ.)  Paris,  F.   G.  Leviault ,  1833.  gr.  in-fol. 

pap.   vcl. 

[  I>es  quatre  premières  livraisons  de  cet  ouvrages  sont  composées  de 
deux  tableaux  synchroiiisques  et  de  deux  cartes  chacune.  La  cinquième 
livraison  contient   la  partie  généalogique  et  la  table  des    matières. 

Sous  le  rapport  do  l'exécution  ,  rien  n'a  été  négligé  pour  faire  de 
cet  allas  un  ouvrage  de  luxe.  Le  texte  en  entier  a  été  imprimé  par 
M.  Renouard  ,  Tun  des  premiers  typographes  de  Paris.  Les  cartes  ont 
été  gravées  par  des  artistes  en  réputation,  et  le  texte,  ainsi  que  les 
cartes^  sont   coloriées  avec  le  plus  grand  soin.  ] 

PUBLICATIO?fS    RELATIVES    A.    LA   RÉVOLUTIO'    DE    1830, 
FAITES    EN    HOLLANDE. 

Leerrede  ovcr  J.  Job.  III.  Wij  zijn  scliuldig  voor  de  Lroeders 
het  levcn  te  stelleu.  Rotterdam,   1830. 

De  stcmmc  der  bcercn  roept  (Mach.  VI. v.  9)  Te  Wapen  !  enz. , 
door  Z.  H.  Vander  Feen,  med.  doctor.  Anist.,  1830. 

AVapcndronk  ter  eere  van  oud-Nederland ,  uitgegeven  ten 
voordcele  der  achtergeLIcvcnc  vroiiwen  en  lunderen  der  vrij- 
willige  verdedigers  van  het  vaderland.  Haag,   1830. 

Hct  beeld  van  dcn  opstand.  Leerrede  door  Zitumerinan. 
Utrecbt. 

HoUand  aan  Belgîe,    door  P.  Kikkerst.   Rotterd. 

Amsterdam  aan  de  muitende  Brusselarcn ,  door  C.  Lirideman. 
Amsterdam. 

Ecn  woord  aan  mîjne  landgenooten.   Lejden. 

De  aanspraken  van  Van  den  Foll ,  dichtmatig  nagevold  door 
Lindeman.  Amst. 

Eenige  woordcn  tôt  opbeldering ,  ])ij  het  lezen  der  Stcmnie 
des  llccren  roept  onz.,  door  Z.  H.  Van  der  Fcen ,  mediciua: 
Dr.  Amst. 

De  hurgcrwapenîng  voorgcsteld  als  pligt,  door  J.  Teissèdre 
l'Ange.  Amst. 

Uilboczeming  aan  aile  de  weldenkcnde  Nedcrlandcrs ,  door 
F.  R.  Ilaag,  1830. 

Uilboezeming,  door  A.  K.  Poorlmann.   Lcidcn,  1830. 


(  324  ) 

Vaderlandscheuitboezeinmgen,  doorChristemeiJer.Utr.,18B0. 

De  belgische  nijverheid.  Boertig  dichtstuk.  Rottcrd. 

De  hollandsche  vrijvvilligers ,  door  L.  Van  don  Broek.  Breda. 

Vaderlandsche  liedjes  voor  de  jeugd.  Amst. 

Stem  ult  Noord-Nederland  ,  dichtstuk ,  door  de  Burlett.  Amst. 

Kessels ,  of ,  het  bombardement  van  Antwerpen  ;  dicht- 
stukje.  Amst.,  1830. 

De  hollandsdie  nijverheid,  een  tcgenhangcr  van  de  belgische 
nijverheid,  boertig  dichtstuk,  door  H.  Kujper.  Rott. ,  1830. 
Vaarwel  der  vaderlandsche  studenten  ,  door  ToUens. 
Leiden,   1830. 

Schutterslied ,  door  Stroband.  Groningen. 

Wapenblank,  krijgsliederen  voor  het  studenten-jager-korps, 
door  L.  Van.  den  Bergh.  Utrecht ,  1830. 

Bundel   van  vaderlandsche  liederen.  Amst.,  1830. 

Wapenkreet  door  F.  J.  Hallo.  Amst. 

Krijgslied  voor  Groningens  uittrckkende  studenten  door 
Lulofs ,  hoogleeraar.  Groning.  2  slal-ken. 

Krijgslied  ,  door  Tresling.  Groningen. 

Wapenzang  ,  door   H.  Van  Someren.  Rott. 

Wapenkreet  aan  Nederland  ,  door  D.  G.  Rott. 

Aande  uittrckkende  rotterdamsche  schutterij ,  doorH.  W.Lau- 
rentius. 

Bij  het  vertrek  van  het  2  veld  bataillon  der  rotterdamsche 
schutterij.  Rott. 

Lied  voor  de  vrijwillige  jagcrs  van  Van  Dam  door  M. 

Nieuw  volkslied.  Rotterdam. 

Nieuwc  vaderlansche  liederen.  Amst. 

Aan  Nederlands  krijgslicden  ,  door  H.  V.  Scudcn.  Groning. 

Op  het  uiltrekken  der  schutterij.  Nov.  1830. 

Jagcrslicd  voor  mijne  leydsche  mede-studenten,  door  Vedel. 
Leiden,  1830. 

Philotreri  ad  juvcncs  academicos  pro  patriœ  salutc  arma 
capientes.  Lugd-Bat.,  1830. 

0ns  legerj  dichtstukjc,  door  E.  W.  Van  Dam  van  Isscit. 
's  Gravcnhage,  1830. 


(  325  ) 

Noord  en  Zuid;  dichtstukjc  ,  door  A.  De  Jong.  Haag,  1830. 

Afscheidslied  aan  ncdcriands  vrijwilligers.    Utrecht ,  1830. 

La  trajcctine,  chanson  dédiée  aux  étudians ,  chasseurs  vo- 
lontaires d'Utrecht.  Uticcht,  1830. 

Afscheidsgroet ,   etc.  Amst. ,  1830. 

Wapenkrcet ,  door  D.  Bax.  Zutphcn ,    1830. 

Schuttcrslicdercn.  Dordrccht,    1830. 

Jagerslied  voor  de  studcnten  der  leydschohoogeschool,  door 
Poortman.  Lej'den  ,   1830. 

Wapenkieet  aan  Ncderland,  door  D.  G.  Rott. ,   1830. 

Wapenkrcet,  door  J.  P.  Heye,  stud.  med.  Lejden ,  1830. 

Wapenkreet,  door  M.  J.  Bcerman.  Zierikzec,  1830, 

LITTÉRATURE. 

Les  Tournois  de  Chauvenci ,  donnés  vers  la  fin  du  treizième 
siècle,  décrits  par  Jacques  Brétex ,  1283.  Annotés  par  feu 
PhiHbcrt  Delmotte ,  bibliothécaire  de  la  ville  de  Mons ,  et 
publiés  par  H.  Delrnotte ,  son  fils ,  bibliothécaire  ,  etc.  ,  à  Mons. 
A  Valcncieimcs-  chez  A.  Prignet,  183o.  gr.  in-8.°  de  16o  et 
28p.  Le  texte  en  lettres  gothiques,  titre  orné.  Avec  une  planche. 

[  Voir  clans  les  aniialyses   critiques.  ] 

La  congiura  de  Tcssitori,  tragedia  di  Diego  Piacentini. 
Guanto.  D.  J.   Vanderhaeghen  ,  183o.  in-12.  70  pages. 

[  Jacques  Van  Arteveltle  est  le  principal  acteur  de  cette  pièce.  ] 

11  Lulo  materno.  Ode  prima,  alla  regiua  de'  Belgi.  11  Parto 
fclice.  Ode  seconda.  Aire  de'Bclgi.  Guanto,  D.J.  Vanderhaeghen, 
I83o.  in-4.0   12  pages. 

[  Par  l'auteur  de  l'ouvrage  précédent.  ] 

Nederduitscli  lettcrkundig  jaarboekje ,  voor  183o.  Twccdc 
jaargang.  Gent ,  P.  Van  Renterghem.   132  pages  in-12. 

La  complainte  et  le  jeu  de  Pierre  de  la  Broce,  chambollaa 
de  Philippe-le-IIardi ,  qui  fut  pendule  30  juin  1278 -publiés 
pour  la  première  fois  par  Ach.  Jubinal.  Paris,  Téchencr,  183o. 
76  pages  in-8.° 

[  On  sait  que  ce  Pierre  de  la  Broce  fut  mis  à  mort  pour  avoir 
faussement  accusé  la  reine  Marie  ,  sœur  de  Jean  I ,  duc  de  Brabant.  ] 


(  32G  ) 

Mes  loisirs,  poésies  et  drame  (la  mort  du  comte  d'Egmont  ) 
par  M.  Motte.  Brux.,  Voglet ,   1833.  un  fort  volume  in-1 2. 

[  M.   Alfred  Motte  ,  qui  est  de  Gand ,  est  à  peine  âgé  de  20  ans.  ] 

Almanach  des  homiêtes  gens  pour  1833.  Sans  nom  de  lieu 
ni  d'imprimeur,  in-32  de  2  feuilles  1/2. 

Société  des  sciences,  des  arts  et  des  lettres  du  Hainaut, 
2. «^  anniversaire  de  la  fondation  de  la  société.  Mons,  Hojois- 
Derelj.   in-8.°  de  36  et  3  pages. 

Satyres  de  Juvénal,  trad.  en  vers  français  à  l'usage  des 
collèges,  par  J.  V.  Raoul,  5.^  édit.  Brux. ,  chez  l'auteur. 
Boulevard  de  Waterloo,   n.°  8.  gr,  in-18. 

Le  Lundi  ,  nouveaux  récits  de  marsilius  Brunck ,  docteur 
en  philosophie  de  l'université  de  Heidelbcrg  ,  recueillis  par 
le  baron  De  PieifTenherg.  Brux. ,  Hauman  ,  1833.  in-18  de 
S31  pages. 

[  Ce  volume  contient  une  préface.  —  Une  légende  de  la  Herbaye  , 
Fiasse  à  la  barbe.  —  Bruxelles  en  1720.  —  Une  mort  autrefois.  — 
li'abbé  Raclot.  —  Frère  Jacques  le  Mineur  ou  le  duel  et  le  rendez-vous.  — 
Mon  ami  Balthasar.  —  Séjour  de  Louis  XI  aux  Pays-Bas.  —  Olivier  le 
Diable.  —  Histoire  des  fous  en  titre  d'office.  —  Notes. 

Revue  belge,  publiée  par  l'association  nationale  pour  l'en- 
couragement et  le  développement  de  la  littérature  en  Belgique, 
livraisons  II,  III  et  IV.  Liège,  1833. 

Philip  Van  Artevelde  :  a  dramalic  romance ,  in  tv\'o  parts. 
Bj  Henry  Taylor ,  esq.  second  édition.  London^  Edward 
Moxon,  Dover  street,  1834.  l.^Mol.XXXVl  et  287  p.  2.«=  vol. 
306  p.   petit  in-8.0  pap.  vél. 

[  Drame  intéressant  ,  dans  lequel  le  caractère  du  célèbre  Ruwaert 
do  Flandre  est  retracé  avec  noblesse.  Voy.  en  l'analyse  dans  la  Reloue 
Britannique  ,  novembre  i834.  ] 

Marie  de  Bourgogne ,  ou  la  révolte  de  Gand  ,  par  James  , 
traduit  de  l'anglais  par  A.  De  Braceviel.  Paris ,  librairie  de 
Dumont,  n.°  88,   Palais-Royal,  1834.  2  vol.  in-8.» 

[L'auteur  de  ce  roman  historique  ,  qui  a  traité  avec  une  sage  impartialité 
cet  épisode  de  nos  anciennes  révolutions,  va  faire  paraître  très-incessamment 
à  Londres,  une  histoire  d'Edouard  III,  dans  laquelle  la  politique  de 
Jacques  Van  Artevelde  sera  traitée  avec  plus  de  justice  qu'elle  ne  l'a 
été  jusqu'à  ce  jour,  par  tous  les  écrivains  étrangers  à  notre  pays.  Ou 


(327) 

tloit  déjà ,  à  M.  G.  P.  R.  James,  une  histoire  fort  estimée  <lc  Chailcma^^nc 
sous  le  litre  de:   The   history   of  Chailemaf,'nc ,   with  a    sketch   ol'  ihu 
State  ar.d  history  of  France  frora  tlie  fall  of  thc  roman  empire  ,  to  thc 
rise  of  the  carloviiigiaii  dynasty.   Loiulon,  Loiigman ,  liées ^  etc.,  i832. 
iii-S."  fig.  XVIII  et  5io  pp.  ] 

Voyages  et  aventures  de  M.  Alfred  Nicolas  au  royaume  de 
Belgique,  par  Justin  ***  Brux. ,  Le  Roux  1833.  2  vol.  in-8.° 

La  Princesse  ,  par  Lady  Morgan  ,  traduit  par  M.^^"  A.  Fobry. 
Bruxelles,  Méline,   183o.   3  vol.  in-18. 

[  L'action  de  ce  roman  histori(]ue  se  passe  dans  la  Belgique  actuelle.  1 

JURISPRUDE>GE  ,    LEGISLATION  ,    ETC. 

Bulletin  officiel  annoté  par  M.  Isidore  Plaisant,  procureur- 
général  près  la  cour  de  cassation. 

[Ce  nouveau  recueil  commence  en  i83o  ,  époque  de  la  révolution 
belge.  Il  est  au  complet  jusqu'à  ce  jour,  et  forme  4  vol.  de  i83o  à  i834. 
Les  premiers  cahiers  de   i835   ont  paru  ]. 

Annuaire  judiciaire  du  royaume  de  Belgique.  Bruxelles , 
J.  De  Mat,   183o.  un  gros  volume  in-12. 

Annales  de  la  jurisprudence  belge,  par  Sanfourclie-Laporte, 
avocat  à  la  cour  de  cassation.  Bruxelles ,  au  Lureau  des  An- 
nales,  rue  de  Ruysbrock. 

Le  duel  est-il  punissable  par  les  lois  actuellement  en  vi- 
gueur en  Belgique  j  par  M.  Ch.  de  Lusemans,  avocat.  Tirle- 
mont ,  Merx-Mertens ,  et  Bruxelles ,  Montagne  de  la  Cour- , 
n.°  2.  brochure  in-8.° 

Bibliothècjue  du  garde  civique,  tom.  IL  nouvelle  école  du 
soldat  et  de  peloton ,  avec  planches.  Brux. ,  rue  Pépinière,  n.°  2. 

Annuaire  de  l'état  mihtairc  de  la  Belgique.  Bruxelles,  au 
bureau  de  la  revue  militaire,  rue  de  la  Violette.  183o.  iu-18. 

SGIE>'GES    ET    ARTS  ,    ETC. 

Règlement  pour  la  conservation  du  cadastre  de  Belgi({ue. 
Bruxelles,  V.«  Ad.  Stapleaux,  183J5.  in-4."  de  GO  pp.  et  4.  ff. 
de  liminaires.  Suivi  d'un  recueil  de  modèles  in-fol. 

[  Ce  règlement ,  qui,  au  dire  des  hommes  à  mùme  d'en  juger,  est  le 
meilleur  qui  ait  été  publié  jusqu'ici  sur  la  matière  ,  n'a  pas  été  mis 
en  vente.  ] 


(  328  } 

De  l'état  actuel  des  prisons  en  Belgique  ;  suivi  d'une  notice 
historique  sur  la  maison  de  correction  de  S.*  Bernard  ,  et  sur 
la  prison  militaire  d'Alost,  par  P.-F.-J  Brognicz.  Bruxelles, 
Dcprcz-Parent ,   1  vol.  in- 8." 

Mémoire  sur  la  canalisation  de  la  SamLrc ,  par  le  colonel 
du  génie  De  Puydt.  Mons  et  Bruxelles,  Le  Roux,  1833.  Un 
hcau  volume  in-4.°  ,  avec  planches. 

Me'moire  sur  la  canalisation  de  la  Meuse  et  de  la  Moselle  , 
par  le  même.  Même  maison.  1  heau  vol.  in— 4.° 

Description  de  la  route  en  fer  d'Anvers  à  Cologne,  avec  8  car- 
tes. Th.  Le  Jeune,  Bruxelles  et  La  Haye.  1833. 

Sur  l'homme  et  le  développement  de  ses  facultés ,  ou  Essai 
de  physique  sociale ,  par  Quetelet.  Paris,  Bachelier,  1833, 
2  vol.  in-8.°  figures. 

Les  roses  peintes  par  P.  J.  Redouté,  décrites  et  classées 
d'après  leur  ordre  naturel,  par  C.  A.  Thory.  3.«  édition,  pu- 
bliée sous  la  direction  de  M.  Pirolle.  Paris,  1833. 

[Cette  3.''  édition  des  roses  de  P.  J.  Redouté ,  notre  concitoyen, 
ré  à  S.*^  Hubert,  dans  lesArdennes,  en  lySg,  aura  3  volumes  format 
grand  in-8.° ,  ornés  de  184  planches  imprimées  en  couleur  et  soigneu- 
sement terminées  au  pinceau,  ] 


(  329  ) 


(^hvanxqnc  bcs?  ^cxcnctô  ci  ^vi0 , 
ci  'îBavxéié0. 


CoîiGRÈs  Scientifique  de  Douai.  —  II  y  a  <^ix  ans  environ 
que  l'Allemagne  conçut  le  projet  d'appeler  à  un  congrès  scien- 
tifique tous  les  savans  naturalistes  de  l'Europe,  afin  d'y  venir 
échanger  les  trésors  de  la  science,  pour  ensuite  les  répandre 
dans  le  monde  savant.  C'est  dans  ces  réunions  que  s'établirent, 
par  une  foule  de  communications  et  de  découvertes  intéres- 
antes  ,  ces  relations  d'intimité  si  favorables  au  progrès  de  l'esprit 
humain.  L'utilité  de  ces  assemblées  est  appréciée  chaque  jour 
davantage,  une  nouvelle  réunion  des  sommités  de  la  science 
aura  lieu  à  Bonn  au  mois  de  septembre  prochain.  On  se  rap- 
pelle quel  retentissement  elles  eurent  dans  toute  l'Europe;  les 
souverains  allemands  les  secondèrent  libéralement  et  ajoutèrent 
ainsi  un    beau  fleuron    à  leurs  couronnes. 

Ce  qui  se  fait  en  Allemagne  pour  les  sciences  naturelles 
est  applicable  à  toutes  les  autres  sciences  et  à  tous  les  pays.  Déjà 
en  1830  un  de  nos  collaborateurs,  M.  De  Rei/Fenbcrg ,  avait 
publié  dans  les  nouvelles  archives  historiques  (t.  1.  p.  173) 
un  Projet  de  réunions  périodiques  ,  pour  les  antiquaires  et  les 
historiens. 

C'est  en  Normandie  que  quelques  gens  de  lettres,  jouissant 
d'une   haute    célébrité  (1)  ont   réalisé   le   plan  d'un    congrès 


[i]  On  doit  le  premier  congrès  surtout  au  zèle  éclaire  de  M.  De  Caumont. 


(  330  ) 

scientifique  général  de  France.  La  première  session  fut  tenue 
à  Caen  en  juillet  183â,  sous  la  pre'sidcnce  de  M.  l'abbé  De 
la  Rue ,  et  le  rapport  (1)  sur  ce  congrès  est  là ,  pour  attester 
si  le  résultat  à  répondu  au  but  que  s'étaient  pioposé,  ceux  qui 
faisaient  un  si  généreux  appel  à  leurs  compatriotes,  ainsi  qu'aux 
savants  étrangers. 

Le  deuxième  congrès  s'ouvrit  à  Poitiers  l'année  dernière , 
sous  la  direction  de  M.  Fontenette  :  le  troisième  doit  avoir 
lieu  à  Douai,  le  6  septembre  prochain. 

Des  invitations  ont  été  adressées  aux  savants  français  et 
étrangers,  notamment  à  ceux  de  la  Belgique.  La  proximité  de 
Douai,  les  rapports  de  bon  voisinage,  et  les  liaisons  qui  existent 
entre  les  hommes  de  lettres  de  la  Belgique  et  leurs  collègues 
du  département  du  Nord  ,  et  surtout  l'intérêt  scientifique  lui- 
même  ,  engageront ,  sans  doute  beaucoup  de  nos  concitoyens 
à  se  rendre  à  cette  réunion  savante.  Pour  donner  aux  travaux 
de  cette  assemblée  plus  de  régularité  ,  M.  De  Givenchj , 
secrétaire-général  du  congrès  ,  a  publié  une  circulaire  qui  con- 
tient un  extrait  du  règlement  arrêté  pour  celte  session  ,  et  le 
programme  des  questions  qui  y  seront  traitées. 

Nous  donnons  ici  un  extrait  de  cette  circidairc  : 

Article  premier.  —  La  troisième  session ,  etc. ,  s'ouvrira  u 
Douai,  le  dimanche  6  septembre,  à  midi  précis,  dans  un 
local  qui  sera  ultérieurement  indiqué;  sa  durée  ne  pourra 
excéder  dix  jours. 

Art.  3.  —  Sont  convoqués  ,  de  droit,  à  cette  session;  1.°  les 
membres  titulaires  de  toutes  les  sociétés  scientifiques,  littéraires 
et  agricoles,  légalement  instituées  en  France;  ÎL.°  les  prclets 
et  sous-préfets,  ainsi  que  les  présidens.  Conseillers  et  membres 
du  parquet  des  cours  royales;  3.°  les  membres  de  l'université, 
régulièrement  nommés  par  l'autorité  compétente. 

Le  secrétaire  générai  pourra  convoquer  indisiduellcmcnt 
les  savants  français  ou  étrangers,  distingués  par  quclqu'ouvragc 


(t)   Ce  riipjxirt  est  imprimé  à  Rouen  en   iS3'].   i   vol.  in-S."  de  3oo  pages. 


(331  ) 

sur  les  sciences,  les  arts,  la  litteralure,  l'agriculture  et  l'industrie, 
ou  notoirement  connus  pour  s'ocupcr  de  ces  matières. 

Les  savants  qui  n'auraient  pas  reçu  de  convocation  avant 
le  30  avril,  pourront  adresser  leurs  réclamations  à  M.  Louis 
De  Givenchy,  secrétaire  ge'neralde  la  troisième  session,  à  S. '-Orner. 
^r(,  -i.  —  Nul  ne  sera  admis  à  se  faire  inscrire  parmi  les 
membres  du  congrès  ,  s'il  ne  présente  au  trésorier  sa  lettre 
de  convocation,  ou  ne  justifie  d'une  des  qualités  ci-dessus 
énoncées.  Il  devra  en  même  temps  payer  sa  cotisation  qui 
demeure  fixée,  comme  à  Cacn  et  à  Poitiers,  à  10  francs, 
et  signer  le  registre,  comme  preuve  d'adhésion  au  règlement. 
Une  carte  sera  délivrée  au  membre  admis ,  portant  son  nom 
et  sa  qualité;  il  ne  pourra  entrer  dans  les  salles  du  congrès, 
sans  la  présenter  à  la  porte. 

^ri.  J5.  —  Les  travaux  du  congrès  seront  répartis,  comme 
à   Cacn  et  à  Poitiers,  en  6  sections,  savoirs  : 

1.°  Sciences  physiques ,  mathématiques  eu  naturelles. 

2.°  Agriculture ,  commerce  et  industrie. 

3.°  Sciences  médicales. 

■4.°  Histoire  et  archéologie, 

ït.°  Littérature ,  Beaux- Arts  et  Philologie. 

6.°  Sciences  morales  ,  économiques  et  législatives. 
Chaque  section  a  un  bureau  particulier  composé  d'un  pré- 
sident, un  vice-président  et  au  moins  deux,   secrétaires. 

Tout  membre  du  congrès  a  la  faculté  de  se  faire  inscrire 
dans  tel  nombre  de  sections  qu'il  le  jugera  convenable.  Une 
carte  spéciale  lui  sera  remise  à  cet  elï'ct,  pour  chacune  des 
sections  dont  il  fera  partie. 

Art.  6.°  Une  commission  permanente,  composée  des  mem- 
bres du  bureau  central,  du  président  et  d'un  des  secrétaires 
de  chaque  section,  sera  investie  du  droit  de  statuer,  en  dernier 
ressort,  sur  toutes  les  propositions  et  discussions  qui  pourraient 
survenir  pendant  la  durée  de  la  session.  Elle  entre  en  fonctions 
aussitôt  que  les  bureaux  sont  constitués. 

Le  bureau  central  se  compose  du  président  du  congrès,  des 
doux  vice-présidcns  et  du  secrétaire  général.  Il   sera   adjoint 


(  332  ) 

à  ce  bureau,  sans  toutefois  en  faire  partie,  un  trésorier  chargé 
de  la  comptabilité  de  la  troisième  session,  et  un  Archiviste 
chargé  de  la  conservation  des  ouvrages,  dont  il  sera  fait 
hommage  au  congrès. 

Art.  7.  —  Il  y  a  deux  sortes  de  séances  :  1.°  les  séances 
particulières  de  chaque  section;  2.°  les  séances  générales,  toutes 
les  sections  réunies. 

Art.  8.  —  Les  séances  particulières  des  sections  se  tiennent 
dans  des  salles  désignées  à  cet  eftet;  nul  ne  peut  y  assister, 
s'il  n'est  inscrit  au  nombre  des  membres  de  la  section,  et  y 
prendre  la  parole,  s'il  n'en  a  obtenu  la  permission  du  pré- 
sident, à  qui   appartient,   de  droit,  la  police   de   la   séance. 

Art.  12.  • —  Outre  les  questions  et  propositions  indiquées 
au  programme  du  congrès,  tous  les  membres  ont  le  droit  de 
lui  en  présenter  de  nouvelles,  mais  elles  devront  être  formulées 
par  écrit  et  déposées  sur  le  bureau,  en  séance  générale.  Ces 
questions  ou  propositions  sont  renvoyées  immédiatement  à 
la  commission  permanente;  elles  les  examine  et  décide,  dans 
la  journée,  si  elles  peuvent  être  admises;  dans  le  cas  de 
l'affirmative,  elles  sont  renvoyées  immédiatement  aux  sections 
compétentes,  qui  les  inscrivent  au  rôle.  Quelle  que  soit  sa 
décision,  la  commission  en  fait  son  rapport  à  la  séance 
générale  du  lendemain. 

EXTRAIT    DU    PROGRAMME. PREMIERE    SECTION. 

Sciences  physiques ,  mathématiques  et  naturelles. 

1.°  Déterminer,  aussi  rigoureusement  que  possible,  la  valeur 
des  caractères  zoologiques ,  comme  moyen  de  reconnaître  le 
niveau  géologique  des  formations  ? 

2.°  Les  géologues  admettent  que  les  silex  pyromaques  des 
craies  sont  dus  aux  zoophytes,  les  faits  observés  dans  la 
nature  sont  en  harmonie  avec  cette  opinion  ;  il  paraît  donc 
démontré  que  la  transformation  de  ces  êtres,  du  règne  orga- 
ni([uc,  en  cette  matière,  est  exacte;  en  est-il  do  même  des 
silex  pyromaques  du  calcaire  compacte,  employés  comme 
pierres  a  bâtir? 


(  333  ) 

3.°   Quelle  est  la  cause    de    la  formation  des   couches    de 
charbon   minerai,  de  deux  espèces  très -distinctes,  dans  une 


même  mine  ? 


-4,"  Rechercher  des  signes  plus  positifs  et  plus  certains  que 
ceux  qui  sont  connus  jusqu'ici,  du  gisement  des  eaux  sou- 
terraines, pour  obtenir  des  chances  plus  probables  de  succès, 
dans  le  percement  des  puits  artésiens  ? 

8."  Peut-on  espérer  fixer  les  limites  de  l'hjbridation  des 
plantes ,  soit  par  l'observation  des  faits  naturels ,  soit  par  des 
expériences  pratiques ,  et  parvenir  ainsi  à  démontrer  quelles 
sont  leurs  affinités  et  leurs  sympathies  ? 

9.°  Quelles  sont  les  mœurs  des  animaux  invertébrés? 

10."  Quel  est  le  meilleur  moyen  de  détruire  le  puceron 
lanigère?  Ceux  qui  ont  été  proposés  par  la  Société  d'Agri- 
culture de  Caen  et  par  plusieurs  autres  sociétés,  ne  paraissent 
pas  avoir  eu  un  résultat  complet  ? 

DEUXIEME    SECTION. 

Agriculture  ,  Induatrle  et  Commerce. 

1.°  Quelles  sont  les  meilleures  mesures  à  prendre  pour  amé- 
liorer les  races  d'animaux  domestiques  ,  et  pour  empêcher 
qu'elles  ne  dégénèrent  ? 

2.°  Quelles  sont  les  nouvelles  espèces  de  cultures  à  intro- 
duire dans  les  terrains  sablonneux ,  exposés  aux  filtrations 
intérieures  des  eaux   de  la  mer  ? 

3."  Quels  seraient  les  moyens  à  employer  pour  parvenir 
à  détruire  l'abus,  concernant  les  baux  à  ferme,  connu  en 
différentes  parties  du  Nord  de  la  France,  sous  les  noms  de 
bon  et  mauuais  gré ,  droit  de  marché ,  etc.  ? 

S.°  Rechercher  les  moyens  les  plus  prompts  et  les  plus 
economi([ucs  pour  transformer  les  terrains  marécageux  en 
terres  arables  ? 

6."  Indiquer  quelles  sont  les  espèces  de  sols ,  dans  lesquels 
le  sel  marin  pourrait  cire  avantageusement  employé ,  comme 
engrais  j  indiquer  un  moyen  de  rendre  ce  sel  impropre  aux 
usages  domestiques ,  de  manière  à  ce  qu'on  puisse  l'exempter 
d'impôt,  sans  nuire  au  Trésor,  pour  s'en  servir  comme  engrais. 

23 


(  334  ) 

9.°  Déterminer  les  avantages  et  les  inconvénients  de  la  char- 
rue simple  et  sans  avant-train  et  ceux  de  la  charrue  avec  avant- 
train;  indiquer  les  circonstances  oîi  l'un  de  ces  instruments 
doit  être  préféré  à  l'autre? 

13.°  Quelle  influence  peut  avoir  sur  l'agriculture  et  le  com- 
merce ,  l'établissement  des  grandes  lignes  de  communication , 
par  le  moyen  des  chemins  de  fer  ? 

14.°  Rechercher  les  moyens  d'appliquer  avec  économie,  la 
navigation  par  la  vapeur,  aux  barques  ou  bateaux  du  port 
de  SO  à  80  tonneaux ,  dans  le  but  d'activer  le  tx-ansport  des 
marchandises ,  par  les  canaux  ou  rivières  canalisées ,  en  im- 
primant à  ces  barques,  une  vitesse  d'au  moins  une  lieue  à 
l'heure,   sans  toutefois  endommager  les  berges? 

TROISIEME    SECTION. 

Sciences  médicales, 

1 .°  Quels  sont  les  avantages  que  la  médecine-pratique  a  pu  retirer 
des  révolutions  de  systèmes,  qui  se  sont  succédé  dans  la  science 
médicale,  depuis  la  doctrine  de  Erown  jusqu'à  celle  d'Hahneraann? 

2.°  Quelle  est  l'influence  de  la  médecine  sur  l'homme,  con- 
sidéré sous  le  rapport  physique  et  moral  ? 

â.°  Quelles  sont  les  modifications  apportées ,  par  les  saisons 
et  les  constitutions  athmosphériques  ,  dans  l'action  des  agens 
thérapeutiques  et  notamment  dans  le  traitement  des  maladies 
épidémiques  ? 

4.°  Quels  sont  les  meilleurs  moyens  d'apprécier  les  pro- 
priétés d'un  agent  thérapeutique  ? 

QUATRIEME    SECTION. 

Histoire  et  Arcliéologie. 

2.°  Quels  étaient  les  avantages  et  les  inconvénients  du  sj's- 
tème  féodal ,  et  son  influence  sur  la  civilisation  et  sur  le  bonheur 
des  peuples  ? 

8."  En  vertu  de  quelle  loi ,  la  société  paraît-elle ,  suivant 
les  divers  degrés  de  la  civilisation  ,  tendre  d'abord  à  la  for- 
mation de  grands  empires  ,  puis  au  morcellement  en  petits 
étals ,  puis  de  nouveau ,  à  la  fusion  des  petites  souverainetés 
eu  grands  royaumes? 


(  335  ) 

-4.°  Pourrait-on  demclcr  dans  la  civilisation  européenne  ,  ce 
qu'elle  doit  à  TOricnt  et  ce  qu'elle  tient  do  TOccident;  serait-il 
possible  de  distinguer ,  dans  notre  civilisation  française ,  dans 
nos  lois ,  nos  mœurs ,  nos  institutions  ,  étudiées  en  général  et 
par  provinces ,  ce  qui  est  d'origine  gauloise,  romaine  oufraiique? 

5.»  Rechercher  l'état  des  lettres  dans  le  Nord  de  la  France, 
depuis  la  conquête  de  l'Angleterre,  en  1066,  jusqu'à  la  fin 
du  XII."  siècle  ? 

6.°  Quelle  était  la  destination  successive  des  Cryptes;  des 
nombreux  souterrains,  que  l'on  trouve  particulièrement  dans 
les  départements  du  Pas-de-Calais  et  de  la  Somme  ;  quelle  date 
assigner  à  leur  construction  ? 

9."  L'Ogive  et  les  Colonnettcs  groupées  sont-elles  contem- 
poraines d'origine;  ces  dernières  n'ont-elles  pas  précédé  l'ogive? 

10."  Emettre  le  vœu  que  dans  chaque  province,  et  même 
dans  chaque  ville,  il  soit  publié  ime  histoire  monétaire? 

12.0  Existe-t-il  des  monnaies  romaines  frappées  aux  pays 
des  Nerviens ,  des  Atrébates ,  Morins  ou  Ménapicns ,  avec  une 
indication  certaine  de  ce  fait? 

i3'°  A-t-il  réellement  existé  des  monnaies  de  cuir? 

lo.°  A  quelle  époque  les  Comtes  de  Flandre  ont-ils  com- 
mencé à  faire  battre  monnaie  ?  On  croit  savoir  que  leur  pre- 
mière monnaie  d'or  date  de  Louis  de  Crécy. 

CINQUIEME   SECTION. 

Littérature  ,  Beaux-Arts ,  Philologie. 

1.°  Quelle  est  l'influence  respective  du  caractère  des  peu- 
ples sur  les  langues  ,  et  des  langues  sur  le  caractère  des  peuples; 
et  par  suite  ,  en  quoi  la  connaissance  des  langues  peut-elle 
nous  révéler  le  degré  de  civilisation  et  d'intelligence  des  peu- 
ples qui  les  parlent? 

2.°  Pourquoi,  dans  le  développement  de  la  civilisation  fran- 
çaise ,  le  progrès  de  la  littératuie  a-t-il  précédé  la  réforme  po- 
litique ? 

•4."  Inviter  les  sociétés  savantes  et  les  littérateurs ,  à  donner 
une  histoh-e  des  Trouvères  du  nord  de  la  France ,  faisant  suite 


(  330  ) 

à  celle  qu'a  puLlic'e  M.  L'Ablîé  de  la  Rue ,  sur  les  Trouvères 
normands  ? 

b.°  Quel  est  l'ctat  de  la  langue  flamande  dans  la  Flandre 
française  et  l'Artois  ;  ii  quel  point  y  a-t-clle  fleuri  autrefois  ; 
comment  s'y  est-elle  insensiblement  perdue  ;  quelle  influence 
a-t-elle  exercée  sm-  le  développement  intellectuel  des  provinces 
où  on  la  parlait  ? 

7.°  Quelles  sont  les  causes  qui,  depuis  le XVII.^  siècle ,  ont 
arrêté  le  développement  du  génie  de  l'architecture  ,  malgré  les 
progrès  immenses  des  autres  arts  et  de  l'industrie?  Quels  seraient 
les  moyens  à  employer  pour  lui  rendre  tout  l'essor  désirable? 

SIXIEME    SECTION. 

Sciences  morales,   économiques  et  législatives. 

1.°  Appeler  l'attention  des  membres  du  congres,  sur  les 
nouvelles  améliorations  qu'il  serait  utile  d'apporter  à  l'instruc- 
tion publique,  en  général ,  et  surtout  à  celle  des  jeunes  filles, 
beaucoup  trop  négligée  jusqu'ici ,  dans  les  classes  inférieures  ? 

2.°  Les  Hôtels-Dieu  ne  pourraient-ils  pas  être  dirigés  dans 
un  but  d'amélioration  morale  des  malades  qui  y  sont  traités  ? 

3.°  Indiquer  un  plan  d'éducation  spéciale  pour  les  orphelins 
et  or|")helines  ? 

o."  Quel  serait  le  meilleur  plan  d'organisation  à  adopter 
pour  les  colonies  intérieures ,  créées  dans  le  but  de  supprimer 
la  mendicité  ? 

6.°  Un  impôt  sur  le  sucre  indigène  peut-il  être  d'accord 
avec  les  intérêts  du  pays  et  ceux  de  son  agriculture  ? 

7."*  Indiquer  le  meilleur  régime  à  adopter,  pour  procurer 
aux  détenus ,  à  leur  sortie  de  prison ,  les  moyens  de  vivre 
honnêtement,  et  pour  les  garantir  de  la  misère  qui  les  ramène 
presqu'inévitablement  au  mal  j  chercher  si  les  moyens  d'obte- 
nir ce  résultat  ne  seraient  pas  :  1.°  Modification  dans  le 
système. actuel  de  pénalité;  2."  Amélioration  du  régime  pé- 
nitentiaire ;  3.«»  Patronage  collectif  sur  les  individus  ? 

8."  Quels  sont  les  moyens  à  prendre,  relativement  aux  forçats 
libérés,  pour  leur  procurer  des  moyens  d'existence,  et  garan- 
tir la  société  des  nouveaux  crimes  quils  commettent  souvent? 


(  337  ) 

9."  Quelles  seraient  les  améliorations  à  înlrociuire ,  dans  le 
système  actuel  de  l'administratiou  des  hos[)ices,  des  bureaux 
de  bienfaisance,  ainsi  que  dans  l'établissement  des  salles  d'asile, 
de  manière  à  en  diminuer  les  inconvénients  ;  quel  serait  le  meil- 
leur mode  à  suivre  pour  l'établissement  et  la  dotation  des 
Ouvroirs  pour  les  enfants  de  6  à  15  ans,  qui  y  recevraient 
une  instruction  primaire  et  y  apprendraient  un  métier  ? 

10.°  Quels  seraient  les  meilleurs  moyens  à  employer  pour 
l'entretien  et  l'amélioration  des  routes  vicinales  ? 

12.°  Indiquer  les  moyens  de  remplacer  avantageusement  le 
mode  actuel  de  perception  de  l'impôt  sur  les  boissoins ,  en 
supprimant  les  exercices,  en  accordant  la  libre  circulation^ 
sans  diminuer  le  produit  net  de  cet  impôt? 

1-4.°  Dans  quels  délais  et  par  quelles  mesures  transitoires , 
pourrait-on  arriver  à  faire  disparaître  les  prohibitions  et  les 
droits  de  douanes ,  qui  entravent  le  commerce  dans  certains 
départements? 

V6.°  Les  remplaçants  jettent  dans  les  rangs  de  l'armée,  nom- 
bre de  sujets  pervertis  par  les  excès  mêmes  qu'ils  viennent  de 
faire  à  la  veille  d'être  reçus,  gaspillant,  en  quelques  jours 
de  débauches ,  le  prix  de  leur  remplacement  escompté  j)ar 
des  usuriers;  ne  conviendrait-il  pas  que  nul  remplacement 
militaire  ne  fût  permis,  si  le  l'emplaçant  ne  consentait  à  ce 
que  le  prix  fût  versé  à  la  caisse  des  consignations ,  et  rendu 
incessible  et  insaisissable  jusqu'à  sa  libération  ^  l'intérêt  seul 
lui  en  étant  remis  chaque  année  ? 

Les  savans  qui  ne  pourraient  pas  se  rendre  au  congrès , 
sont  invités  à  y  envoyer  des  mémoires  sur  les  diverses  questions 
contenues  au  programme,  et  à  les  adresser  assez  tôt  à  M.  Gi- 
venchy ,  scciétaire-général  du  congrès,  pour  qu'il  puisse  les 
recevoir  à  St.-Omcr,  avant  le  2'6  août,  attendu  que  la  session 
s'ouvre,  à  Douai,  le  G  septembre. 

Ancien  sceau  de  la  ville  d'Anvers.  —  Lorsque  la  régence 
de  la  ville  d'Anvers  fit  publier,  en  1028,  le  travail  d'une  com- 
mission qu'elle  avait  nommée  pour  faire  des  recherches  sur  la 
véritable  étyniologic  des  noms  des  rues  de  celle  ville,  et  sur 


(  338  ) 

diffc'rcnts  points  d'anti(|uités  locales ,  elle  eut  soin  de  faire  orner 
le  frontispice  du  beau  volume  qui  parut  alors  ,  d\ine  litho- 
graphie représentant  le  plus  ancien  sceau  municipal  connu  et 
qui  remontait  à  la  fin  du  XIII.^  siècle.  On  voit  sur  ce  sceau 
un  bourg  flanqué  de  petites  tourelles,  et,  outre  les  armes  de 
l'empire  et  du  Brahant,  on  y  remarque  cinq  bannières  portant 
chacune  une  main  coupée.  Depuis  ce  tems  ,  les  armes  de  cette 
ville  ont  été  composées,  quoiqu'avec  des  modifications,  des 
différents  emblèmes  figurés  sur  celui  dont  nous  venons  de  parler. 

Gramaye  avait  déjà  fait  la  remarque  que  les  mains  n'avaient 
été  ajoutées  aux  armes  d'Anvers  que  dans  le  XIII.^  siècle ,  et 
il  assurait  en  même  temps  avoir  vu,  dans  les  archives  de 
l'abbaye  de  S.  Michel  et  ailleurs,  des  sceaux  des  villes  de 
Louvain  ,  Bruxelles  et  Anvers,  représentant  tous  une  porte 
surmontée  de  deux  tourelles  et  ne  différant  que  par  l'inscription. 

La  découverte  de  cet  ancien  sceau  dont  l'existence  pouvait 
être  révoquée  en  doute  et  qui ,  en  effet ,  est  loin  d'être  tel  que 
le  décrit  Gramaye ,  nous  a  paru  très-intéressante  pour  l'his- 
toire d'Anvers.  Celui  dont  nous  offrons  la  gravure  ci-jointe, 
se  trouve  à  une  charte  de  Tannée  1231  ,  provenant  de 
l'ancienne  abbaye  de  S.  Bavon,  à  Gand.  Cette  pièce  qui  est 
en  même  temps  munie  des  sceaux  de  l'abbaye  de  S.  Michel 
et  du  chapitre  de  Notre-Dame ,  est  un  acte  de  vente  d'un 
alleu  situé  à  Bouchout ,  en  Brahant.  Elle  se  termine  ainsi... 
in  cujus  rpi  testimonium  presens  scriptum  sigillis  ahhatis 
sancti  MicJiaelis ,  Capituli  heate  Marie  et  Oppidi  Antverpensis 
confirmari  annuiinjis.  Actum  anno  domini  Ikf.^CC'^JCXX," 
primo  ,  mense  julio. 

Ce  sceau  porte,  comme  celui  publié  par  la  commission,  l'ins- 
cription   SlGfLLUM    MONARCHIE    ANTVERPEXSIS  ,     CC    qui  SC  traduit 

sceau  du  marquisat  d'Anvers  (1).  Cependant  la  charte  dit 
sigillum  oppidi ,  (  sceau  ds  la  ville  ) ,  donc  il  servait  en  même 
temps  et  pour  le  marquisat  et  poiu:  la  ville. 


(i)   Nous  n'entrerons   pas   ici   dans  des  discussions  relativement    au   mot 
monarcltia  ,  qui  ne  parait  être  f|ue  le  synonime  de  marclua. 


(  339  )  ^ 

L'usage  du  contrc-scel  n'étant  pas  encore  général  à  cette 
époque  ,  on  ne  doit  pas  être  étonné  de  n'en   pas   trouver  ici. 

On  n'a  pas  songé  jusqu'ici  à  examiner  si  les  bourgs  ,  châ- 
teaux ,  portes,  etc.,  qui  forment  les  armoiries  de  la  plupart 
de  nos  villes,  nous  présentent,  en  effet,  de  pareils  monuments 
existant  à  cette  époque ,  ou  s'ils  ne  sont  dus  qu'à  l'invention 
de  l'un  ou  de  Tautre  artiste.  Tout  le  monde  sait  que  nous  pou- 
vons reconnaître  les  armes,  les  montures,  les  habillements,  etc. , 
de  nos  anciens  comtes  et  ducs,  en  examinant  les  sceaux  et 
les  monnaies;  on  pourrait  en  conclure  qu'il  serait  également 
utile  pour  l'histoire  de  l'art,  de  faire  une  étude  approfondie 
des  monuments  représentés  de  la  même  manière. 

En  admettant  cette  supposition,  qu'aurait-on  voulu  figurer 
sur  le  sceau  qui  nous  occupe?  Est-ce  une  partie  de  l'ancien 
bourg,  dont  quelques  restes  existent  encore  aujourd'hui?  ou 
l'ancienne  tour  de  Croonenborch  bâtie ,  à  ce  qu'il  paraît ,  par 
im  empereur  Otton,  sans  que  l'on  sache  trop  lequel?  (1)  Les 
vues  que  nous  avons  conservées  de  cette  dernière  et  l'ab- 
sence de  la  couronne  de  fer  doré  dont  elle  était  surmontée , 
nous  feraient  pencher  pour  la  première  idée. 

La  double  banderolle  que  l'on  voit  flotter  est  apparem- 
ment là,  pour  marquer  le  double  lien  qui  attachait  Anvers 
à  l'empire  et  au  Brabant.  Reste  à  expliquer  ce  que  l'on 
a  voulu  indiquer  par  les  étoiles.  Voici  à  cet  égard  Topinion 
de  M.  Mertcns  ,  bibliothécaire  de  la  ville  d'Anvers.  Il  serait 
assez  tenté  de  croire  que  l'on  aurait  voulu  exprimer  par  là 
une  constellation  et  notamment  La  petite  ourse  •  l'étoile 
polaire  ,  servant  à  retrouver  le  nord,  orienterait  en  même 
temps  pour  connaître  la  véritable  position  du  bourg.  Cette 
conjecture  nous  a  paru  fort  ingénieuse  et  donne  ici  une  expli- 
cation assez  naturelle ,  puisque  de  cette  manière  l'étendard 
qui  porte  les  bandcroUes  se  trouverait  placé  au  bord  de  l'Escaut, 
qui,  en  effet,  était  la  limite  du  marquisat.  M.  IMertens  a  un 
autre  exemple  à  citer  à  l'appui.  C'est  un  sceau  de   la  ville  de 


(i)  Aiitwcrpsch  chionjljc  p.    i.'tg  et  i5l. 


C  340  ) 

Groningiie,  de  l'année  1S17  ,  qui  porte  une  église  au-dessus 
de  laquelle  se  voient  cinq  étoiles ^  qui,  en  indiquant  la  grande 
ourse ,  servent  également  à  faire  trouver  le  nord. 

Nous  avons  déjà  dit  que  les  mains  coupées  (1)  n'ont  été 
introduites,  dans  les  armes  d'Anvers,  que  vers  la  fin  du  XIII^  siècle, 
et  nous  savons  maintenant  que  ce  n'est  qu'après  1231 ,  que  cela 
a  eu  lieu.  Tout  le  monde  connaît  la  prétendue  étjmologie 
du  nom  d'Anvers.  A  une  époque  inconnue,  résidait  dans  un 
château  sur  le  bord  de  l'Escaut ,  un  géant  formidable ,  qui 
forçait  tous  les  navires  qui  montaient  ou  descendaient  la  ri- 
vière ,  à  lui  payer  un  tribut.  Quand  quelqu'un  s'y  opposait , 
le  géant  lui  coupait  impitoyablement  la  main  et  la  jetait  dans 
l'Escaut.  Telle  est  la  fable  d'où  serait  venu  le  mot  Antwirpen , 
que  l'on  ferait  dériver  de  hant,  main  ,  et  tferpen  ,  jeter.  Cela 
se  présentait  en  effet  très-naturellement.  Cette  histoire,  quel- 
que ridicule  qu'elle  liitj  ne  laissa  pas  que  d'être  assez  géné- 
ralement répandue,  surtout  pendant  le  XVI."  siècle.  Aussi  la 
plupart  des  livres  sortis  alors  des  pi'esses  anversoises  portent-ils 
la  souscription  HaTitwei-pen  au  lieu  de  Antwerpen.  Des  auteurs 
mêmes  assez  graves  y  ajoutaient  foi  et  citaient  à  l'appui  de 
cette  étymologie ,  d'abord  des  ossements  que  l'on  avait  dé- 
couverts et  qui ,  à  en  juger  par  leurs  proportions ,  avaient 
appartenu  à  un  être  humain  qui  n'avait  pas  moins  de  dix- 
huit  pieds  de  hauteur  (2).   Venait  ensuite  l'assertion  que  les 


(i)  M.  Moue  y  voit  des  gants  au  lieu  de  mains.  Ce  qui  ,  selon  lui,  serait 
l'emblème  de  la  IVancliise  do:  t  jouissaieut  les  marcbands  d'Anvers  daus 
l'empire.  Le  gant  indiquerait  ici  qu'ils  se  trouvaient  placés  sous  une  protec- 
tion spéciale.  Il  allègue  à  ce  sujet  un  antre  exemple,  qui  donne  quoique 
poids  à  cette  opinion.  Voyez  Anzeiger  fur  Kunde  des  deutschen  Mittelalteis 
1834.  p,  i5'>. 

(2)  Ce  n'est  pas  seulement  cliez  nous  que  de  pareilles  méprises  ont  eu  lieu. 
Voici  les  paroles  d'un  clir()ui([ueur  anglais  du  XIII.*  siècle  ,  que  Camden 
nous  rapporte  :  Teniporihus  régis  Ricliardi  in  liltnre  maris  in  villa  crue  vo- 
catur  Edul/înesse  inveiili  sunt  diin  dénies  cujusdum  giganlis  tantie  magnitudinis , 
ut  duce.nti  dentés,  quns  niinc  hubent  homines,  ex  his  sccari  passent.  Camden 
n'ose  pas  tout-à-fait  rejeter  rc  fait  parce  que  S  Augustin  afiirme  qu'il  y  eut 
en  effet  de  pareils  géants,    mais  il  ajoute  cepcudaut  :  suspicavi  lumen  liceat 


(341  ) 

mains  coupées  avaient  c'tc  de  tout  temps  repre'scnte'es  dans  les 
armes  d'Anvers.  IMais  bientôt  les  études  anatomiqucs ,  gruce 
à  notre  immortel  Vcsalc ,  avaient  fait  de  si  grands  progrès , 
qu'on  ne  pouvait  plus  attribuer,  à  un  être  humain,  des  os- 
sements que  les  géologues  de  nos  jours  auraient  facilement 
reconnus  pour  des  restes  fossiles  d'un  mamoulh  ou  de  tel 
autre  animal.  Ainsi  s'était  écroulé  le  premier  argument  en 
faveur  du  géant.  Quant  au  second ,  les  armoiries  primitives 
de  la  ville  d'Anvers,  publiées  aujourd'hui  dans  ce  recueil,  nous 
apprennent  que  celles  qui  ont  été  adoptées  postérieurement 
reposent  sur  une  fiction  confondue  avec  l'histoire  seulement 
dans  le  XIII.^  siècle. 

Ajoutons  encore  que  l'histoire  du  géant  d'Anvers ,  Druon 
Antigon ,  se  trouve  en  rapport  avec  un  poème  composé,  à 
ce  qu'il  paraît,  vers  la  moitié  du  siècle  précédent.  Quoique 
le  texte  flamand  soit  inconnu  aujourd'hui ,  il  n'en  est  pas 
moins  probable  qu'il  ait  existé.  En  allemand  il  est  connu  sous 
le  nom  de  Lohengrien ,  en  français ,  sous  celui  de  Garin  le 
Loherin.  M.  P.  Paris  nous  a  donné  dernièrement  une  édition 
de  celui-ci.  Nous  sommes  persuadés  que  le  récit  de  <;es  poètes 
a  seul  fait  accréditer  la  fable  du  géant. 

Archives  de  la  ville  de  Lierre.  —  Les  archives  de  la  plupart 
des  villes  du  Brabant  ne  remontent  qu'à  la  dernière  moitié  du 
XIII.''  siècle ,  et  encore  les  documents  originaux ,  antérieurs  à 
l'année  1 300 ,  s'y  trouvent-ils  en  assez  petit  nombre.  En 
Flandre,  au  contraire,  plus  d'un  dépôt  municipal  renferme 
des  chartes  du  XII.''  siècle,  et  presque  partout  l'on  rencontr 
en  abondance  des  documents  du  XIII.''  siècle.  Chose  étonnannte  ! 
la  petite  ville  de  Lierre,  dont  l'existence  vers  764  paraît  être 
reconnue  (  quoique  nous  ne  puissions  croire  que  cet  endroit, 
qui  depuis  le   XII."  siècle,   a  porté  constamment  le  nom  de 


ijiind  Sucloniiis  .tnipsit  ,  pra-grandia  iinmaii'iiim  l>elluaniin  meiiilira  et  alibi, 
et  lioc  etiaiii  rt'giio  iuvcuta  ,  ;^igaiituiu  ossa  vulgo  dicta  <t  bal)ita  fuisse. 
V<iy''7.  Citindcni    JiiUannia  ,  in  Esscx  ,  p.  jaÔ. 


(342  ) 

Lira ,  ait  été  désigné  antérieurement  sous  celui  de  Ledon  ou 
Ledo  ,  comme  l'avancent  les  auteurs  )  ,  n'a  conservé  dans  ses 
archives  qu'une  seule  charte  originale.  Comme  cette  pièce  est 
inédite  nous  avons  cru  pouvoir  l'insérer  ici  : 

Nos  Johannes  Dei  gratia  dux  Lotharingie ,  Brahantie  et 
Limburgeiisis  notum  facimus  universis  présentes  litteras  ins- 
•pecturis ,  quod  Nos  opidum  nostrum  Lirense  cum  omnibus 
nppendiciis ,  que  vulgariter  Bivanc  appellantur ,  ac  homines 
nostros  iiniversos  in  dictis  opido  et  appendiciis  manentes ,  sue 
pristine  reddentes  lihertati  ,  volumus  et  lioc  eis  specialiter 
indidgemus ,  ut  ipsi ,  cum  ah  aliis  nostris  bonis  et  Ubens 
villis  taUias  aut  exactiones  petere  seu  exigera  nos  contingat , 
prout  alie  hone  ville  nostre ,  tallias  et  exactiones ,  secundum 
statuai  suum ,  et  non  awplius ,  nohis  solvant  ;  nec  ipsos  ad 
alia  quam ,  prout  alias  honas  et  libéras  vdlas  nostras ,  co- 
gère seu  comjjellei-e  poterimus  in  futurum.  Et  ut  premissa 
peipetue  rohur  obtineant  firmitatis  sigillum  nostrum  duximus 
presentibus  litteris  apponendum.  Datum  Bruxelle  anno  Domini, 
M.°CC.°  nonagesimo  ,   die  dominica  in  octavis  pasche. 

Le  sceau,  qui  appendait  à  cette  charte,  est  perdu. 

Déjà,  depuis  des  siècles ,  on  ne  conservait  plus  dans  les  ar- 
chives de  la  ville  de  Lierre  de  documents  plus  anciens,  car 
dans  les  différents  recueils  de  privilèges  se  trouvent  en  tête  la 
charte  que  nous  venons  de  publier  ,  ainsi  que  celle  de  l'insti- 
tution de  la  commune,  qui  est  de  la  même  année. 

On  se  demande  ce  que  sont  devenus  les  autres  titres  origi- 
naux ?  se  sont-ils  égarés  par  l'incurie  des  pei-sonnes  préposées 
à  leur  conservation ,  ou  ont-ils  péri  pour  la  plupart  pendant 
les  troubles  du  XVI.^  siècle  ?  Ceci  nous  paraît  le  plus  pro- 
bable,  car  Lierre  a  eu  de  temps  en  temps  des  personnes, 
même  parmi  la  magistrature,  qui  se  sont  livrées  à  des  études 
historiques,  et  qui  par  conséquent  savaient  apprécier  la  valeur 
de  ces  titres  originaux.  On  connaît  entr'autrcs  les  recherches 
du  Bourgmestre  Richard  Van  Gracsen,  qui,  quoiqu'inédites, 
se  trouvent  en  copie  dans  plusieurs  bibliothèques  particulières. 
Cet  auteur   composa,    sui"    les  antiquités  de  sa  ville  natale, 


(343  ) 

un  ouvrage  plein  de  détails  curieux  et  peu  connus.  C'est 
en  puisant  dans  ce  manuscrit  que  Chr.  Van  Lom ,  qui  publia 
en  1740  sa  Beschryving  van  Lier ,  a  su  rendre  son  livre  si 
intéressant. 

Éi'iTAPHES  ET  Inscriptiq-ns  DANS  LES  Églises.  —  MM.  Van 
Ilulthcm  ,  Cornelissen  ,  Hye-Schoutlieer  et  quelques  autres 
membres  de  la  commission  pour  la  conservation  des  monuments 
de  la  ville  de  Gand,  eurent  le  projet,  il  y  a  quelques  années, 
de  publier  un  recueil  des  cpitapbes  et  autres  inscriptions  in- 
téressantes qui  se  trouvent  encore  aujourd'hui  dans  les  diffé- 
rentes églises  de  la  Belgique.  Ce  plan  dont  l'exécution  aurait 
été  de  la  plus  grande  utilité  fut  malheureusement  abandonné. 
Il  serait  à  désirer  que ,  en  attendant  que  l'on  puisse  publier 
un  recueil  de  ces  monumens  historiques  ,  on  s'occupât  dans 
chaque  localité ,  avant  que  les  anciens  pavements  des  églises 
disparaissent  entièrement,  de  copier  ou  de  faire  dessiner  tout 
ce  qui  est  digne  d'attention. 

M.  Jules  De  S'.  Génois  nous  a  communiqué  les  deux  inscrip- 
tions suivantes ,  dont  la  première  surtout  mérite  d'être  connue. 
Elles  se  trouvent  dans  l'Eglise  d'Anderlecht  près  de  Bruxelles , 
ou  était  un  des  plus  anciens  et  des  plus  importants  chapi- 
tres de  chanoines  de  la  Belgique.  La  première  est  celle 
d'Albert  Dithmar ,  médecin  célèbre  des  ducs  deBrabant, 
mort  en  1439;  elle  est  gravée  en  lettres  gothiques  sur  une 
petite  pierre  grise ,  maçonnée  dans  le  mur  latéral  de  la  nef 
ù  gauche  en  entrant.  Les  caractères  badigeonnés  et  blanchis 
plusieurs  fois  en  sont  endommagés.  Voici  l'inscription  : 

Hic  iacet  egregius  singularis...» 
vir  Alhertus  cognomine  dil/unari  de  civitate 
hrenien  oriuiidus  arcium  et  médecine  nigr  exiinius 
illustrissimorû  quoiidâ  principû  oc  dncû  hrahancie 
antlionii  iohannis  et  pliilippi  pJiinicHS  eltctus  nec  non 
venerabiliïc  ecclesiarum  monten  senogietï 
anderlccliL'h  canonicus  dignissimiis.  qui  decessit 
ah  liumanis   arino  domini  niilLsimo  ifdiagctesimo 


(344  ) 

tricesinio  nono  die  prima  mensis  septemhris 
cuius  memoria  ut  henedictioni  permaneat 
animaque  cum  saiictis  in  gloria  perenniter 
lequiescat, 

«  Ici  repose  le  recommamlable  et  ce'Ièbre  Albert  Ditbraar, 
»  originaire  de  la  ville  de  Braine ,  maître-cs-arts  et  médecin 
»  renommé  des  trois  illustres  ducs  de  Brabant ,  Antoine , 
»  Jcban  et  Philippe,  et  leur  physicien  d'élection;  digne  cha- 
»  noiue  des  églises  de  Mons ,  Soignies  et  Anderlecht;  qui  sortit 
»  de  ce  bas  monde,  Fan  de  notre  seigneur  1439  ,  le  premier 
»  jour  de  septembre  ;  afin  que  sa  mémoire  et  son  ame  soient 
»  bénies  ,  qu'il  repose  dans  la  gloire  avec  les  saints!  » 

Au-dessus  de  cette  pierre  tumulaire  se  trouve  une  espèce 
de  niche,  oîi  sont  placées  six  figures  sculptées  en  pierre  et 
représentant  l'adoration  des  mages ,  style  de  l'époque. 

L'autre  épitaphe  est  gravée  sur  un  tombeau  élevé  dans  le 
grand  chœur  à  droite;  la  voici  : 

ïcy  repose 

Le  cmte  Arnoul  mort  1303 

Et  M.^  mgte  de  Montmorency 

Sa  femme. 

Il  était  jils  aine  de  haut  psnt  et  très  iltre  cmte 

Pliitip  de  Homes  et  de  Houtkercque  clir, 

Baron  de    Gaesheck  Honscote  Rasigny  Hese 

Leende' Braine-le-C/î'au  Loire  Hehuterne 

Kicomte  de  Berg-S.^-fVinox  mort   1488 

Chamhelan    du  duc  de  Bourgogne 

Et  de  M.^  Jeane  de  lanoy  dame  de   brimée. 

Plus  bas  est  ti-acé  en  lettres  modernes  : 

Ilunc  tumulurn  Principes  Hornani  Phil.  Eman, 

pater,  et  Max.  Ema.  fdius  restaurahant 

1702. 

Le   pavement  de  cette  église  est  en  grande  partie  composé 

des  pierres  tumulaires  des  chanoines  ,   dont  les  épitaphes  sont 

quelquefois  très-curicuscs  ;  car  elles  rapportent  presque  toutes 


(345  ) 

Je  genre  d'ctude  de  prédilection  auquel  ceux  qui  reposent 
dans  ce  lieu  se  sont  livres  pendant  leur  vie.  La  plupart  de 
ces  pierres  sont  de  1-400  ù  1300. 

NoTici;  NÉCROLOGIQUE.  —  L'université  de  Lie'ge  a  fait  une 
perte  sensible  dans  la  personne  de  M.  R.  Courtois,  son  profes- 
seur de  botanique  :  mort  à  l'âge  de  29  ans,  le  16  avril  1833. 

Nous  empruntons  au  discours  prononcé  sur  sa  tombe  ;  îa 
notice  nécrologique  suivante  : 

Richard  Courtois  naquit  à  Verviers  en  février  1806;  issu  de 
parents  peu  fortunés  et  l'aîné  d'une  nombreuse  famille ,  il 
chercha  de  bonne  heure  les  moyens  de  ne  pas  leur  être  long- 
temps à  charge.  Entré  à  huit  ans  au  collège  de  Verviers,  il 
y  fit  ses  humanités  de  la  manière  la  plus  brillante.  Ce  fut 
vers  cette  époque  que  M.  le  docteur  Lejcunc,  botaniste  célè- 
bre ,  de  la  même  ville ,  ayant  remarqué  les  dispositions  de 
Courtois  pour  l'étude  des  sciences  naturelles ,  l'accueillit  pa- 
ternellement, et  lui  fit  faire  ses  premiers  pas  dans  la  carrière 
qu'il  devait  depuis  parcourir  d'une  manière  si  distinguée.  II 
quitta  le  collège  après  y  avoir  remporté  les  premiers  prix  dans 
toutes  les  classes,  et,  secouru  par  quelques  amis  généreux, 
il  se  rendit  a  Liège  pour  y  étudier  la  médecine  et  les  sciences 
naturelles. 

M.  le  professeur  Denzingcr  ,  ayant  promptcmcnt  reconnu 
tout  le  mérite  de  Courtois,  l'accueillit  chez  lui  comme  son 
fils,  et  le  mettant  ainsi  à  l'abri  du  besoin,  lui  donna  les 
moyens  de  continuer  ses  études.  Honneur  à  ceux  dont  les 
bienfaits  vont  chercher  des  hommes  de  talent,  et  les  mettent 
à  même  de  se  rendre  utiles. 

Courtois  était  à  peine  reçu  candidat  en  médecine ,  qu'il 
fut  choisi  par  ses  professeurs  pour  remplir  les  fonctions  de 
chef  de  clinique  interne.  Ce  fut  à  cette  époque  que  l'univer- 
sité de  Gand ,  couronna  son  mémoire  sur  la  botanique. 

En  1823,  Courtois  fut  reçu  avec  la  plus  grande  distinction 
docteur  en  médecine ,  après  avoir  soutenu  une  thèse  sur  la 
topographie  physicpie  et  médicale  de  la  province  de  Liège, 
thèse  qui  n'était  qu'une  introduction  ù  l'ouvrage  qu'il  publia. 


(346) 

l'année  suivante  ,  en  deux  volumes  ,  sous  le  modeste  titre 
d'Essai,  et  qui  est  ce  que  nous  possédons  de  mieux  ,  sur  une 
matière  qui  exige  la  réunion  de  tant  de  connaissances.  Nommé, 
vers  la  mcme  époque,  directeur  du  jardin  botanique  de  l'uni- 
versité de  Liège,  il  renouvela  pour  ainsi  dire  ce  jardin,  et, 
si  l'exiguité  du  local  n'y  eut  mis  obstacle,  il  en  eût  fait  un 
des  plus  beaux  de  la  Belgique. 

Courtois,  toujours  laborieux  publia  en  société  avec  son  bien- 
faiteur ,  M.  le  docteur  Lcjeune ,  de  Verviers,  sous  ce  titre  : 
Choix  des  Plantes  de  la  Belgique,  un  herbier  des  végétaux  qui 
croissent  spontanément  dans  notre  royaume  ;  cet  ouvrage  a 
eut  vingt  fascicules  et  est  resté  inachevé  par  suite  de  la  maladie 
de  notre  ami,  a  qui  on  dût ,  vers  la  môme  époque,  la  première 
idée  de  la  création  d'une  société  d'horticulture  à  Liège.  Il  en 
fut  jusqu'à  sa  mort  le  membre  le  plus  actif,  et  commença  , 
dès  lors ,  un  journal  d'horticulture  destiné  à  faire  connaître  à 
l'extérieur,  les  travaux  de  cette  société;  œuvre  qu'il  a  continuée 
jusqu'à  sa  mort.  Il  mit  au  jour,  peu  après  ,  concurremment  avec 
M.  Lejeune ,  une  Flora  Belgica  en  3  volumes  ;  dont  le  3." ,  achevé 
depuis  longtemps  sera  publié  sous  peu. 

Les  sociétés  savantes  de  Belgique,  de  France  et  d'Allemagne 
s'empressèrent  d'accueillir  notre  ami,  dont  la  réputation  s'était 
déjà  répandue  au  loin ,  à  un  âge  où  d'autres  commencent 
seulement  à  travailler  pour  en  acquérir.  A  la  mort  de  M.  Gaede, 
il  fut  chargé  de  donner  les  leçons  de  botanique  à  l'université, 
leçons  que  le  mauvais  état  de  sa  santé  ne  lui  permit  pas  de  con- 
tinuer longtemps.  Il  s'occupait  depuis  une  dixaine  d'années 
d'une  bibliographie  botanique  complète,  depuis  les  temps  les 
plus  reculés  jusqu'à  nos  jours.  Cet  ouvrage,  qui  a  exigé  des 
recherches  immenses  est  presqu'entièrement  achevé  et  pourrait 
être  livré  à  l'impression.  Il  a  aussi  traduit  de  l'allemand  plusieurs 
opuscules  sur  la  médecine  et  la  botanique. 

Souscription.  —  Annales  de  l'École  flamande  moderne  ; 
recueil  de  morceaux  choisis  parmi  les  ouvrages  de  peinture , 
sculpture,  architecture  et  gravure,  exposés  aux  salons  d'Anvers, 
de  Bruxelles ,  Gand  et  Liège  )  gravés  au  trait  par  M.  Charles 


C  347  ) 

OngJiena,  ou  lithographies  par  MM.  MaJou  ,  Lautcrs  et 
Founnois;  avec  des  notices  descriptives,  critiques  et  Biogra- 
phiques. Par  Aiig'  Voisin ,  secrétaire  perpétuel  de  la  Société 
royale  des  Beaux- Arts  et  de  Littérature  de  Gand,  membre 
de  plusieurs  sociétés  savantes,  co-rédacteur- propriétaire  du 
Messager  des  Sciences  et  des  Arts  de  Gand,  auteur  de  la  des- 
cription des  Monuments  gothiques  de  la  Belgique,   etc.,  etc. 

Les  Leaux-arts,  qui  jettent  un  si  vif  éclat  sur  la  gloire  de 
notre  patrie ,  se  donnent  pour  ainsi  dire ,  tous  la  main  :  c'est 
pourquoi  nous  publierons  dans  les  Annales  de  l'Ecole  Flamande 
moderne  tout  ce  que  les  artistes  de  la  Belgique  ont  produit 
de  plus  remarquable  en  peinture,  sculpture ,  architecture,  etc. 
et  les  notices  que  nous  y  ajouterons ,  offriront  en  même  temps 
une  biographie  exacte  et  concise  de  nos  peintres,  sculpteurs,  etc. 

Nous  insérerons  également  dans  ce  recueil,  des  productions 
d'artistes  belges  fixés  à  l'étranger. 

Chaque  livraison  se  composera,  en  nombre  à-peu-prcs  égal, 
de  gravures  au  trait  et  de  lithographies^  ces  dernières  sur  papier 
de  chine. 

Les  Annales  de  V Ecole  Flamande  moderne ,  paraîtront  par 
livraisons  de  S  planches  avec  texte  :  20  livraisons  formeront 
un  fort  volume  in-8°  de  100  planches  et  d'environ  2o0  pages 
de  texte.  L'ouvrage  sera  imprime  avec  des  caractères  neufs , 
les  notices  descriptives  et  critiques  en  philosophie f  les  notices 
biograpliiques  en  petit  texte. 

Le  prix  de  souscription  pour  chaque  livraison  est  de  3  francs  : 
à  la  mise  en  vente  de  la  seconde,  le  prix,  qui  ne  sera  baissé 
sous  aucun  prétexte,  sera  de  3  francs  SO  centimes. 

Il  sera  tiré  douze  exemplaires  sur.  fort  papier  vélin  in-4.°, 
qui  porteront  le  numéro  et  le  nom  des  douze  souscripteurs. 
Le  prix,  en  sera  de  G  francs  la  livraison. 

On  souscrit  à  Gand  chez  M.""^  V."  De  Busscher-Braechman , 
imprimeur  de  la  ville ,  marché  aux  Grains  ;  et  à  Bruxelles 
chez  MJ"  De  FVasme-Plelinchx ,  imprimeur-lilhogiaphe  ,  près 
de  S.io  Gudulc. 


(  348) 

—  Nous  avons  déjà  annonce  dans  le  Messager  la  bibliogra- 
phie douaisienne,  par  M.  II.  R.  Duthillœul ,  bibliothe'caire  de 
la  ville  de  Douai.  Cet  ouvrage  sera  prochainement  livre'  aux 
souscripteurs.  Voici  le  prospectus  d'un  autre  ouvrage  que  le 
même  auteur  publie  en  ce  moment  : 

Petites  histoires  des  pays  de  Flandre  et  d'Artois. 

Un  assez  grand  nombre  de  personnes  nous  a^^ant  exprimé 
le  désir  de  voir  réunies,  en  corps  d'ouvrage,  les  notices  que 
M.  Dutliillœul  a  publiées  séparément  et  à  diverses  époques, 
tant  sur  les  villes,  bourgs  et  villages  de  la  Flandre  et  de 
l'Artois  ,  que  sur  quelques  points  de  l'histoire  de  ces  deux 
provinces ,  nous  avons  obtenu  de  l'auteur  la  permission  de  les 
rassembler  et  de  les  livrer  à  l'impression.  Afin  de  rendre  cette 
publication  plus  complète,  M.  Duthillœul  a  bien  voulu  nous 
promettre  un  bon  nombre  de  notices  encore  inédites. 

Pour  la  facilité  des  souscripteurs,  et  pour  satisfaire  autant 
que  possible  à  l'empressement  des  lecteurs ,  nous  ferons  celte 
publication  par  livraisons. 

L'ouvrage  formera  un  fort  volume  grand  in-8.°  j  il  pourra 
être  terminé  dans  le  cours  d'une  année. 

Avec  la  dernière  livraison,  les  personnes  qui  auront  sous- 
crit, recevront  gratuitement  quelques  lithographies  représentant 
d'anciens  monuments  des  contrées  dont  il  aura  été  parlé  dans 
l'ouvrage,  ainsi  que  la  liste  des  souscripteurs,  elle  sera  suivie 
d'une  table  de  matières. 

Le  prix  de  chaque  livraison,  composée  de  seize  pages,  est 
de  cinq  sous  pom'  Douai ,  et  de  six  sous  pour  l'extérieur  de 
la  ville.  On  ne  peut  souscrire  que  pour  la  totalité  des  livraisons. 
Chaque  livraison  prise  séparément  se  payera  un  franc. 

On  souscrit  à  Douai,  chez  Foucart,  lilirairc-éditcur ,  rue 
des  Ecoles,  et  chez  tous  les  autres  libraires  des  départements 
du  Nord  et  du  Pas-de-Calais. 

Les  deux  premières  livraisons  sont  sous  presse ,  elles  com- 
prendront les  notices  sur  :  Abscons ,  Actwville ,  Ancliin , 
AnneulUn  ,  Antreiilles ,  Anzin,  Arleiix ,  AtLich.es,  Auben- 
dwul ,  Aubercliicourt ,   Auchy ,  Avelin  ,  Avion. 


(349) 


(babieaxi,  ^  un  tJlLaitï 


&  utcoiuiu. 


Le  tableau ,  qui  fait  l'objet  de  la  présente  notice  ,  fut 
trouvé ,  il  y  a  quelques  années ,  au  château  de  Rumbeke 
par  M.  le  Comte  De  Thiennes.  Quoique,  par  les  costumes, 
il  appartienne  à  la  première  moitié  du  XVI.^  siècle,  nous 
ne  pouvons  indiquer  avec  certitude  à  quelle  main  cette 
production  est  due.  Parmi  les  peintres ,  qui  vivaient  alors 
dans  ce  pays ,  il  devait  se  trouver  des  artistes  recomman- 
dables  et  certes  les  Van  Orley ,  les  Porbus ,  les  Van  Hcl- 
mont  et  les  Coxie  doivent  avoir  eu  des  émules ,  dont  les 
ouvrages  nous  restent ,  quoique  leurs  noms  nous  soient 
inconnus. 

La  famille  De  Thiennes  (  et  le  mérite  du  tableau  en 
fait  preuve  )  aura  fait  choix  d'un  des  artistes  les  plus 
distingués  de  l'époque  et  du  pays ,  pour  retracer  un  événe- 
ment qui  intéressait  éminemment  cette  famille  j  cet  événe- 
ment est ,  à  notre  avis ,  la  présentation  à  ses  vassaux  du 
jeune  Jacques  De  Thiennes ,  par  sa  mère  3Iarie  de  Lan- 
gemeerschc,  dame  héritière  de  Rumbeke  et  de  Claerhoudt, 
et  la  prestation  de  foi  et  hommage  de  la  part  de  ces  vas- 
saux à  leur  jeune  seigneur  et  maître. 

11  ne  peut  exister  le  moindre  doute  quant  à  l'identité 
des  lieux  ;  à  la  droite ,  dans  le  fond  (hi  tableau ,  s'élève 
le  clocher  de  Roulcrs  et  lu  tour  d'un  ancien  château  des 

24 


(  350  ) 

Templiers ,  dont  les  vestiges  et  la  motte  existent  encore 
de  nos  jours  ;  au  milieu  du  tableau ,  figure  le  château  de 
Rumbcke,  dont  les  bâtiments  n'ont  subi  d'autre  altération 
que  l'adjonction  de  deux  tourelles  et  un  léger  changement 
à  l'aiguille  de  la  tour  principale  ;  à  la  gauche ,  se  Toit  le 
moulin  de  Rumbeke  sur  son  emplacement  actuel  ;  et  le 
village  du  même  nom  n'a  pu  être  représente ,  attendu 
qu'il  auiait ,  par  sa  position,  occupé  lavant-plan  du  ta- 
bleau. Sur  cet  avant-plan  se  voit,  comme  sujet  principal, 
le  jeune  Jacques  De  Thiennes  que  sa  mère  présente  au 
peuple ,  en  le  soumettant  à  une  cérémonie  autrefois  très 
importante ,  Vimpoillion  des  mains.  L'on  sait  que  cette 
cérémonie  d'origine  judaïque  se  pratiquait  chez  les  juifs  à 
chaque  fois  qu'ils  priaient  Dieu  pour  quelqu'un  ;  que  Jésus- 
Christ  s'y  conformait  lorsqu'il  daignait  bénir  des  enfans 
ou  guérir  des  malades,  et  que  ses  apôtres  imposaient  les 
mains  à  ceux  à  qui  ils  conféraient  le  St.  Esprit ,  tandis 
qu'à  leur  tour  ils  se  soumettaient  eux-mêmes  à  l'imposition 
des  mains  à  chaque  fois  qu'ils  s'engagaient  à  quelque  nou  - 
velle  entreprise. 

A  la  gauche  du  jeune  enfant  et  de  sa  mère  agenouillée, 
figure  un  seigneur ,  qui  sera  ou  son  père  ou  un  membre 
de  sa  famille  ;  plus  trois  dames  dont  le  costume  distiugué 
annonce  de  proches  parentes  ;  à  leur  gauche  ,  deux  femmes 
agenouillées  paraissent  des  domestiques,  auxquelles  le  chas- 
seur de  la  maison  remet  un  lièvre,  tandis  qu'à  l'extrémité 
gauche  de  ce  groupe  le  chapelain  semble  réciter  sa  prière; 
à  la  droite  de  l'enfant  se  trouve  sa  gouvernante  agenouil- 
lée, et  derrière  lui  un  page,  l'intendant,  un  chambellan 
et  l'échanson  vêtus  de  la  livrée  que  la  famille  De  Thiennes 
a  conservée  jusqu'à  ce  jour. 

A  droite  et  dans  le  coin  du  tableau  ,  le  peintre  a  re- 
présenté le  bailly  de  Rumbeke,  porteur  de  la  verge  ca- 
ractéristique cl  accompagné  de  sonéj)ouse;  dans  le  loin- 


(351  ) 

tain  cl  derrière  la  pièce  d'eau  conservée  encore  de  nos  jours , 
s'avancent  en  habit  de  fête  et  tant  en  voiture  qu'à  cheval, 
des  membres  de   la  famille  ,  appelés  à   cette  importante 
cérémonie.   Au-devant  du  groupe  principal  et  à  proximité 
du    jeune  héros  de  la  fête ,    l'on  aperçoit ,    portant  à  la 
jambe  droite  un  anneau  d'or ,    la  Cigogne ,   dont  le   nid 
apparaît  sur  la  toiture  du  château  de  Runibeke.   Cet  ani- 
mal ,  auquel  nos  ancêtres  reconnaissaient  le  privilège  d'ap- 
porter bonheur  aux  habitations  sur  lesquelles  il  établissait 
son  gite ,   était   en  outre  à  leurs  yeux  le  symbole  de  la 
piété  filiale,  de  la  reconnaissance  pour  les  bienfaits  reçus, 
de  la  vigilance  et  de  l'attachement  au  sol  hospitalier  ;  on 
le  proposait  aux  rois  et  aux  régents ,  pour  qu'a  son  exem- 
ple ils  purgeassent    leurs  états   des  méchans ,   comme   la 
Cigogne  les  purgeait  des  serpens  et  autres  reptiles  mal- 
faisans. Nos  ancêtres,  conformes  en  ce  point  aux  Athéniens, 
qui  en  avaient   fait  le  compagnon   de  Minerve,   tenaient 
aussi  en  vénération  le  Hibou ,  qu'ils  considéraient  comme 
le  symbole  de  la  prudence  et  de  la  réflexion  ,  tandis  que 
la  Pie  représentait  sui\ant  eux  la  légèreté  et  le  bavardage  ; 
c'est  à  ce  titre    et  comme  oiseaux  respectivement  de  bon 
et  de  mauvais  augure  ,  que  le  Hibou  a  été  placé  à  la  droite 
et  la  Pie  à  la  gauche  déjeune  seigneur,  dont  la  carrière 
administrative  va  commencer  pour  ses  vassaux. 

Le  bonheur  de  ces  derniers  pouvant  dépendre  d'une 
administration  douce,  paternelle  et  juste,  il  n'est  pas  éton- 
nant que  le  peintre  du  tableau ,  dont  nous  parlons ,  ait 
imprimé  à  la  cérémonie  de  prestation  de  foi  et  hommage 
une  sorte  de  caractère  religieux ,  en  représentant  quelques- 
uns  des  assistans  dans  l'attitude  du  recueillement  et  de  la 
prière.  De  ce  que  cette  cérémonie  se  passe  en  plein  air 
et  de  ce  que  1  échansoii  y  exerce  très-activement  son  mi- 
nistère,  résulte  suffisamment,  à  notre  avis  ,  la  preuve  que 
celle  fêle  est  tout  autre  chose  qu'uu  acte  religieux.  Si  le 


(  352  ) 

peintre  n'a  point  placé  clans  son  tableau  la  foule  des  vas- 
saux se  pressant  autour  de  son  jeune  seigneur,  c'est  qu'il 
lui  importait  de  faire  occuper  tout  le  premier  plan  par 
ses  figures  principales,  qui  seules  doivent  fixer  l'attention 
du  spectateur  et  qui  toutes  sont  des  portraits. 

Une  autre  question  et  la  plus  importante  de  toutes,  c'est 
de  savoir  pourquoi  la  mère  plutôt  que  le  père  de  Jacques 
De  Thiennes  opère  sa  présentation  aux  vassaux  ;  nous  ne 
pouvons  résoudre  cette  question  saus  avoir  recours  aux 
documens  généalogiques ,  qui  concernent  cette  ancienne 
et  respectable  famille  ;  ces  pièces  nous  apprennent  que 
vers  la  fin  du  XV. ^  siècle ,  la  terre  et  seigneurie  de  Rum- 
beke  fut  avec  celle  de  Claerlioudt  portée  en  mariage  par 
Marie  de  Langemeersch,  à  Robert  De  Thiennes  chevalier, 
seigneur  de  Lombize  ,  baion  de  Broeck  ,  vicomte  et  châ- 
telain de  Bailleul ,  seigneur  de  Castre  et  de  le  Delft ,  et 
que  ces  époux  eurent  pour  fils  unique  Jacques  De  Thiennes  , 
chevalier ,  seigneur  de  Lombize  ,  de  Castre ,  de  Rumbeke , 
Bertene,  Claerhoudt ,  etc.,  écuyer  et  chambellan  des  em- 
pereurs Maximilien  I  et  Charles  V ,  grand  bailly  de  Gand 
et  souverain  bailly  de  Flandre,  commissaire-général  des 
gens  de  guerre  ,  lieutenant-gouverneur  et  capitaine-gé- 
néral par  intérim  des  provinces  hollandaises  et  de  la  Zélande, 
par  nomination  du  3  septembre  1527,  envoyé  extraor- 
dinaire en  Danemarck  et  en  Angleterre ,  par  commission 
du  8  avril  1520,  etc.,  etc. 

Ce  Jacques  ayant  été  le  premier  seigneur  de  Rumbeke 
du  nom  de  De  Thiennes,  il  n'y  a  rien  d'étonnant  à  ce 
que  sa  mère  Marie  De  Langemeersch  ait  voulu ,  à  une 
époque  déterminée  ,  faire  reconnaître  publiquement  ce  fils 
comme  héritier  féodal ,  et  que  celte  reconnaissance  fasse 
le  sujet  du  tableau  qui  nous  occupe. 

Le  costume  blanc  de  l'enfant  annonce  probablement  que 
dès  avant  sa  naissance ,  il  a  été  voué  à  la  Vierge  ;  il  est 


(  353  ) 

encore  d'usage  dans  ce  pays  que  les  personnes  qui  désirent 
vivement  un  héritier,  fassent  le  vœu  de  l'habiller  jusqu'à 
l'àge  de  sept  ans ,  en  bleu  ou  en  blanc  en  l'honneur  de 
la  S.*"  Vierge  ;  ici  la  naissance  de  Jacques  De  Thiennes 
était  d'autant  plus  importante  pour  ses  parens ,  que  son 
père  Robert  De  Thiennes ,  lorsqu'il  était  encore  célibataire , 
étant  intervenu  dans  le  contrat  de  mariage  de  l'un  de 
ses  frères  Charles  De  Thiennes ,  y  avait ,  moyennant  un 
douaire,  renoncé  à  la  succession  paternelle,  sauf  le  cas 
où,  un  jour,  il  lui  serait  né  des  enfans j  la  naissance  de 
Jacques  avait  annullé  celte  renonciation.  La  preuve  de 
ces  faits  existe  dans  des  papiers  que  31.  le  comte  De  Thiennes, 
à  Gand,  m'a  fait  la  faveur  de  me  communiquer. 

C.  Vervier. 


(354) 


0ttr  un  £IHanmcxxt  t^t  ffi  iîîut0i0, 


cHjbbj  Se    d.    DTL'ixxlu-)  ,    c>e    tZciVUtai. 


Dans  une  collection  de  manuscrits ,  récemment  acquise 
par  les  soins  de  M.  le  ministre  de  l'intérieur,  pour  notre 
riche  bibliothèque  de  Bourgogne,  on  a  retrouvé  une  suite, 
inédite ,  des  Chroniques  de  Li  Muiôis{i).  Momentanément 
dépositaire  de  cette  collection  (2),  Li  Muisis  est  tombé 
dans  mes  mains,  et  j'en  ai  traduit  quelques  fragments 
dont  la  publication  intéressera  tos  lecteurs.  Ce  manuscrit 
ne  me  parait  pas  particulièrement  remarquable  par  le 
nombre  et  l'importance  des  faits  historiques  ;  mais  il 
exprime  avec  beaucoup  de  vérité  les  mœurs  et  les  idées 
de  l'époque,  on  y  rencontre  quelques-uns  de  ces  détails 
trop  négligés  par  nos  historiens,  et  dont  les  écrivains  de 
nos  jours  aiment  tant  à  colorer  leurs  récits  5  les  événements 
qu'il  retrace,  se  sont  passés   si  près   de   nous,   que  sous 


(1)  On  trouve  un  premier  compte-rendu  sur  ce  manuscrit  de  Li 
Muisis ,  par  M.  "Warnkœnig  ,  dans  le  procès-verbal  de  la  séance  de 
la  commission  royale  d'histoire ,  tenue  le  6  décembre  18.34.  Messager, 
tome  III,  p.  5i8-52i.  Noie  du.  Rédacleur, 

(2)  M.  de  Thcux  avait  chargé  l'auteur  de  cette  notice  de  la  négo- 
ciation  relative  à  Tachât  de  ces  manuscrits. 


(  355  ) 

CCS  divers  rapports,  il  m*a  paru  digne  d'attirer  un  instant 
vos  regards  (1). 

Les  rivalités  d'Edouard  d'Angleterre,  et  de  Philippe  de 
Valois ,  qui  se  disputaient  la  même  couronne ,  furent , 
comme  l'on  sait,  le  signal  de  guerres  longues,  acharnées, 
et  cruelles  ,  et  d'une  suite  de  désastres  pour  la  France. 
La  faiblesse  et  la  déconsidération  du  pouvoir  royal,  après 
de  sanglantes  défaites,  amenèrent  l'anarchie,  et  un  désordre 
général  dans  l'Etat;  l'énormilé  et  l'arLilraire  des  impôts; 
les  vexations  et  les  voleries  de  s  agents  du  fisc;  l'altération 
et  les  variations  des  monnaies;  l'anéantissement  du  com- 
merce et  de  l'industrie;  le  pillage  des  gens  de  guerre; 
et  enfin  l'oppression,  l'épuisement  et  la  misère  du  peuple. 
Il  régnait  au  milieu  de  tout  ce  débordement  de  maux, 
une  ignorance,  une  grossièreté,  une  licence  de  mœurs, 
un  luxe  dans  la  table  et  dans  les  vêtements,  une  fureur 
de  dépenser  et  de  jouir,  incroyables.  Comme  il  y  avait, 
pour  ainsi  dire,  absence  de  gouvernement,  le  peuple,  que 
personne  ne  défendait ,  que  tout  le  monde  opprimait , 
outrageait,  pressurait,  torturait,  était  tombé  dans  une  telle 
dégraiîalion ,  il  était  tellement  abruti  par  l'excès  de  ses 
malheurs,  qu'il  avait  perdu  tout  sentiment  de  liberté,  de 
dignité  et  d'humanité.  La  religion,  si  profondément  em- 
preinte dans  les  amcs  à  celle  époque,  était  prcsquentiè- 
rement  ol)scurcie  par  l'ignorance  et  le  fanatisme.  Dans 
les  Pays-Bas,  et  surtout  en  Flandre,  où  les  villes  étaient 
nombreuses    et    peuplées,    où    les    grands    intérêts   d'un 


(i)  Je  ne  dirai  rien  des  autres  manuscrits  de  Li  Muisis ,  déjà  ana- 
lysés dans  dilFérents  recueils.  M.  Delejiierre  de  Bruges  a  traduit  et 
publié,  notamment,  divers  extraits  de  la  Chronique  dite  des  Flandres 
qui  se  termine  à  l'année  i348.  Celle-ci,  qui  en  est  en  quelque  sorte 
la   suite,  embrasse  les  années   iS^g  à  i352. 


(  356  ) 

commerce  immense  avaient  introduit ,  entre  les  communes , 
le  droit  d'association;  où  les  communes  avaient  appris  à 
se  gouverner  et  à  se  défendre  elles-mêmes,  tantôt  contre 
le  despotisme  de  leurs  princes,  tantôt  contre  les  ennemis 
du  dehors,  au  milieu  même  des  dissentions  intestines  et 
des  réactions  continuelles,  les  choses  n'allaient  pas  à 
beaucoup  prés  aussi  mal.  Mais  en  rappelant  ici,  en  peu 
de  mots,  la  situation  déplorable  dans  laquelle  se  trouvait 
la  France,  à  la  fin  du  règne  de  Philippe  de  Valois,  nous 
croyons  faire  mieux  comprendre  certains  faits  indiqués 
plutôt  que  racontés  par  notre  vieux  chroniqueur,  tournaisien 
et  français,  et  les  plaintes  que  lui  arrache  le  douloureux 
spectacle  dont  il  va  dérouler  quelques  pages  à  nos  yeux. 
C'est  dans  ces  tristes  circonstances,  c'est  à  la  suite  des 
guerres  étrangères  et  civiles,  et  de  toutes  les  calamités 
qu'elles  entraînent,  que  les  nations  se  trouvèrent  subi— 
lement  frappées  d'un  fléau  si  épouvantable  ,  qu'elles 
oublièrent  leurs  maux  présents  à  la  vue  de  ce  danger 
nouveau  qui  semblait  menacer  le  genre  humain  tout  entier. 
Ce  fléau,  c'était  la  peste.  Il  faut  lire  dans  les  écrivains 
du  temps  ce  que  fut  la  peste  du  14^  siècle,  pour  se  faire 
une  idée   de  ses  ravages  (1).  Elle  éclata,   chsent-ils,  en 


(i)  Yillani  et  d'autres  historiens  prétendent  qu'elle  enleva  les  quatre 
cinquièmes  des  habitants  de  l'Europe.  A  Paris,  il  mourut  4o>ooo  per- 
sonnes en  deux  mois,  Papon ,  De  la  Peste  ,  ou  Epoques  mémorables 
de  ce  fléau. 

Le  Continualeur  de  Nangîs  est  celui  des  auteurs  contemporains  qui 
donne  le  plus  de  détails  sur  la  peste  de  i349  ,  et  qui  en  décrit  le  mieux 
les  s^'mptômes.  «  L'épidémie,  dit-il,  emportait  tant  de  monde,  qu'à 
peine  ceux  qui  survivaient  pouvaient-ils  ensevelir  les  morts.  Elle  faisait 
plus  de  ravages  parmi  les  jeunes  gens  que  parmi  les  vieillards,  La 
maladie  durait  rarement  plus  de  deux  ou  trois  jours  ;  et  le  plus  sou- 
vent ,  ceux  qu'on  croyait  encore  sains  ,  mouraient  subitement.  Un  gon- 


(357) 

Asie,  puis  elle  se  jeta  sur  l'Europe,  en  commençant  par 
l'Italie  :  de  là  elle  gagna  le  midi  de  la  France;  puis  le 
nord  et  le  couchant,  d'où  elle  envahit  nos  provinces.  Dans 
les  lieux  qu'elle  atteignit,  elle  emporta  tantôt  le  tiers, 
tantôt  le  cinquième  des  habitants;  dans  d'autres  elle  em- 
porta presque  tout.  On  compte  qu'en  général  la  moitié 
de  la  population  y  péril.  Cette  calamité  produisit  l'effet 
le  plus  extraordinaire  sur  ces  hommes  ignorants,  barbares, 
endurcis  par  le  malheur  et  par  l'habitude  de  voir  verser 
le  sang,  mais  pourtant  animés  d'une  foi  vive  et  profonde. 
Ils  firent  un  retour  sur  eux-mêmes,  et  ne  songèrent  plus 
qu'à  désarmer  la  colère  divine.  Il  s'opéra  dans  leurs  mœurs 
une  révolution  soudaine.  Les  femmes  abandonnèrent  ces 
vêlements  et  ces  parures  qui  scandalisaient  si  fort  les  gens 
austères  ;  les  hommes  renoncèrent  à  l'ivrognerie ,  à  la 
débauche,  aux  blasphèmes,  et  aux  jeux  de  hasard,  qui 
étaient  encore  une  des  plaies  de  cette  époque  :  ceux  qui 
avaient  contracté  des  liens  illégitimes  se  hâtaient  de  faire 
bénir  leur  union  par  l'Église  :  plus  de  guerres  privées; 
plus  de  procès  :  on  pardonnait  à  ses  ennemis  ;  ou  se 
réconciliait  avec  eux.  On  vit  cesser,  comme  par  miracle, 
une  grande  partie  de  ces  violences  atroces  qui  désolaient 
la  société   (1).   C'est  au   milieu  de  la  stupeur   générale , 


flemcnt  paraissait  tout-à-coup  aux  aisselles  ou  à  l'aine  ,  et  dès  qu'il  se 
formait  ,  c'était  un  signe  infaillible  cle  mort.  Le  mal  semblait  provenir 
et  de  l'imagiriation  et  <le  la  contagion  ;  car  si  un  bien-portant  visitait 
un  malade,  il  était  rare  qu'il  échappât,  etc.  » 

(i)  11  est  vrai  de  dire  toutefois,  pour  conipléler  ce  tableau,  que  des 
hommes  sans  foi  et  sans  frein ,  qui  voulaient  jouir  encore  un  instant 
de  cette  vie  qui  allait  leur  échapper  ,  se  livraient  avec  fureur  à  toute 
sorte  d'excès.  Une  foule  d'autres,  subitement  er.richis  par  des  succes- 
sitms  sur  lestinclles  ils  ne  comptaient  point,  se  hâtaient  de  les  dévorer 
dans  de  continuelles  orgies. 


(  ^58  ) 

qu'apparurent  des  bandes  de  pèlerins  a  demi  nus,  portant 
des  croix  rouges  sur  leurs  chapeaux  et  des  fouets  à  la 
main.  On  les  appelait  \es Flagellants.  Ces  hommes,  exaltés, 
comme  les  anciens  croisés,  par  l'excès  de  leur  zèle ,  par 
le  souvenir  de  leurs  crimes  et  par  la  crainte  de  leur  fin 
prochaine,  versaient  leur  sang  pour  racheter  leurs  péchés, 
appelaient  la  miséricorde  du  Ciel  sur  eux  et  sur  les  chré- 
tiens, et  sa  colère  sur  les  ennemis  du  Christ. 

Les  malheureux  juifs,  éternels  objets  de  la  haine  du 
peuple ,  se  trouvèrent  ainsi  désignés  à  ses  vengeances. 
Voilà  dans  quel  ordre  de  temps  se  succédèrent  les  événe- 
ments retracés  par  Li  Muisis.  Mais  cet  auteur  qui  les  rap- 
porte simplement  tels  qu'ils  se  sont  passés  sous  ses  yeux, 
ou  dans  son  voisinage,  parle  d'abord  de  la  Destruction 
des  Juifs;  puis,  des  Flagellants  ;  puis,  de  l'Epidémie  qui 
ravagea  nos  provinces  et  une  partie  du  monde. 

Li  Muisis  n'est  pas,  comme  Froissard  (qui  écrivit  quel- 
ques années  après  lui),  un  homme  à  la  vie  active ,  vagabonde , 
errant  de  cour  en  cour,  cherchant  et  recueillant  les  aventures 
chevaleresques,  au  loin,  et  un  peu  au  hasard,  pour  avoir 
le  plaisir  de  les  raconter  (6).  C'est  un  digne  religieux,  un 
vieillard,  qui  emploie  les  loisirs  d'une  profession  méditative 
et  austère,  partagée  entre  l'étude  des  lettres  et  la  prière î 
en  recueillant  quelques  faits  et  quelques  souvenirs,  pour 
l'édification  et  l'instruction  de  ses  lecteurs.  Dans  la  chro- 
nique que  j'ai  sous  les  yeux,   et  à  laquelle  s'appliquent 


(6)  Ce  ii'cst  pas  non  plus  comme  notre  vieux  Liégoois  ,  Jacques  de 
Heinricourt ,  (  dont  il  me  souvient  d'avoir  jadis  translaté  du  gaulois 
en  fiançais  les  guerres  d'Awans  et  de  Waroux),  un  de  ces  auteurs 
j.lciiis  de  virvc,  tle  rudesse,  de  varlclé  et  d'originalilé,  qui  t.e  plaisent 
à  lacoiikT  de  ces  merveilleuses  prouesses,  (\ni  excitent  tantôt  le  rire 
et  tanlùl  l'aduiiratiou. 


(  359  ) 

parliculièrcmcnt  ces  considérations,  Li  Muisis  se  borne  à 
compiler  cl  à  enregistrer,  comme  il  le  dit  lui-même,  les 
événements  particuliers  dont  il  avait  été  témoin  dans  sa 
ville,  en  quelque  sorte  à  la  porte  de  son  couvent,  et  ceux 
qui  lui  avaient  été  racontés  par  des  hommes  dignes  de 
foi.  Ce  livre  écrit  en  latin  du  moyen-àge,  entremêlé  de 
narrations,  de  digressions,  de  réflexions,  d'oraisons,  de 
prose  et  de  vers,  et  de  prose  rimée,  porte  tout  à  la  fois 
l'empreinte  du  siècle  et  du  caractère  de  l'auteur.  On 
n'y  trouve  aucun  art  d'historien;  point  de  vues  politiques; 
point  de  faits  généraux;  point  de  liaison  :  ce  n'est  guère 
qu'un  recueil  d'anecdotes,  dictées  à  peu  prés  jour  par  jour, 
et  dans  l'ordre  où  elles  avaient  frappé  son  oreille.  Quant 
au  style,  il  n'est  remarquable  que  par  un  certain  ton  de 
naïveté  et  de  simplesse,  que  j'ai  calqué  le  plus  littéralement 
possible  :  si  ce  n'est  dans  quelques  endroits,  et  pour  éviter 
les  nombreuses  redites  du  vieux  chroniqueur.  Mais  l'écrivain 
est  d'une  bonne  foi  qui  pousse  le  scrupule  si  loin,  que 
quand  il  rapporte  des  choses  qui  se  sont  passées  à  Bruxcliles 
ou  à  Gand,  il  n'oublie  jamais  de  remarquer  qu'il  n'en 
répond  pas,  attendu  qu'il  n'en  a  point  été  témoin.  Que 
pouvait-on  faire  de  plus  à  cette  malheureuse  époque? 
lorsqu'il  n'y  avait  point  de  relations  régulières  entre  les 
villes  les  plus  proches?  avant  que  l'imprimerie  ne  fut 
inventée?  et  lorsqu'on  était  moine?  Mais  ne  poussons  pas 
ces  réflexions  trop  loin.  Que  nous  resterait-il  de  l'antiquité 
et  du  moyen-àge,  sans  ces  hommes  qui  se  livraient  alors, 
à  peu  près  seuls,  à  la  culture  des  lettres?  Point  de  doute 
que  Li  Muisis  ne  fut  \\\\  homme  très-savant  pour  son 
siècle  ,  quoiqu'il  en  tût  en  partie  les  préjugés.  Et  c'est 
pour  cela  même  qu'il  le  peint  d'autant  mieux.  Il  parle 
de  l'astrologie  comme  d'une  haute  science.  Et  comment 
n'y  eut-d  pas  cru?  Son  ami,  Jean  de  Ilarlobcck,  lui  avait 
prédit,  lorsqu'il  était  jeune  moine,  bien   des  événements 


(  360  ) 

qu'il  avait  vu  arriver  depuis.  Tout  le  monde  alors  recou- 
rait aux  astrologues   :  les   rois   et   les  princes   en  avaient 
toujours  à  leur  suite  :  ils  remplaçaient  les  anciens  augures 
parmi  les  chrétiens   de  ce   temps  là.  Il  était  défendu   de 
naître  ou  de  mourir ,    de  faire  la  paix  ou  la  guerre  sans 
les  consulter.   Les   malheurs   du  présent,   l'inquiétude  de 
l'avenir ,  l'ignorance  du  peuple  et  des  gouvernements,  cette 
espèce  de  fatalité  aveugle  qui  semblait  présider  à  la  des- 
tinée des  nations,  amenèrent  à  leur  suite  les  vieilles  su- 
perstitions de  l'astrologie ,  avec  lesquelles  de  faux  savants 
trompaient ,  de  très-bonne  foi ,  une  multitude  grossière  et 
crédule  qui  ne  demandait  qu'à  être  trompée.  Cette  étrange 
science  avait  ses  régies.  On  distinguait ,  nous  dit  Li  Muisis, 
les   véritables,   des   faux  astrologues.   Les  vrais  ne  consi- 
déraient  comme  iniaillibles  les  événements  qu'ils  lisaient 
écrits  sur  le  front   des  étodes ,  qu'autant   qu'il  plairait  à 
Dieu  de  n'en  point  changer  le  cours.  Les  juifs  aussi  étaient 
livrés  à  l'astrologie  ;  mais  la  leur  était  diabolique.  Ils  ne 
croyaient  point  au  Christ  ;  ils  étaient  riches  et  usuriers  ; 
et  ils  pratiquaient  la    médecine  :  le  peuple  concluait  de 
tout  cela  qu'ils  étaient  empoisonneurs  publics  ,  et  amis  de 
la  peste.  Il  les  accusait  de  corrompre  les  eaux  des  puits 
et  des  fontaines  :  sans  s'inquiéter  si  cela  était  physique- 
ment possible ,  ni  quel  rapport  nécessaire  il  y  avait  entre 
cet  empoisonnement  prétendu    et  l'épidémie   qui  l'épou- 
vantait. Ils  avaient  avoué  dans  les  tortures  :  que  fallait-il 
de  plus  ?  Pas  une  plainte  ne  s'échappe  de   la  bouche  du 
bon  Li  Muisis  pour  compatir  à  leur  destinée.   Puis  vient 
l'accusation,  différentes  fois  reproduite,  contre  ceux  qui 
feignaient  de  se   faire  chrétiens,  pour  avoir  occasion  de 
se  procurer    des   hosties  consacrées,   sur  lesquelles  ils  se 
livraient  à  d'horribles  profanations.  C'était  aussi  le  temps 
où  l'on  envoûtait  son  ennemi  avec  de  petites  figures  de 
cire ,  que  l'on  poignardait  en  secret ,  en  prononçant  des 


(3G1  ) 

paroles  magiques  ;  où  les  juges,  non  moins  fanatiques  que 
les  accusateurs  et  les  accusés ,  punissaient  les  envoûteiirs 
par  d'liorril)les  supplices.  En  songeant  à  ces  vengeances 
contre  les  juifs ,  pendant  l'épidémie  du  XIV.''  siècle ,  il 
est  impossible  de  ne  pas  se  rappeler  quelques-unes  des 
atroces  fureurs  populaires  qui  ont  accompagné  chez  nous 
le  choléra.  Le  peuple  est  toujours  peuple ,  excessif  et 
aveugle  dans  son  amour  ou  dans  sa  colère ,  surtout  quand 
il  souflVe. 

Mais  voici  de  nouveaux  traits  qui  peignent  les  mœurs 
de  l'époque.  Quand  on  s'aperçut ,  dit  Li  Muisis ,  que  le 
clergé  séculier  ne  se  mettait  point  en  peine  de  conjurer 
les  ravages  de  l'épidémie  (  notons  en  passant  que  Li  Muisis 
était  moine),  parce  quil  y  faisait  hien  ses  affaires,  le 
magistrat  de  Tournay  publia  un  règlement  dans  lequel  il 
s'en  prenait  aux  blasphémateurs ,  aux  joueurs ,  aux  con- 
cubinaires.  Il  ne  laissa  pas  toutefois  d'ordonner  quelques 
précautions  sanitaires  assez  sages.  Mais  ces  précautions 
mêmes  prouvent  à  quel  point  la  police  et  l'administration 
<Ténérale  et  locale  étaient  encore  dans  l'enfance.  Nous  ne 
voyons  pas  qu'on  ait  cherché  à  séparer,  comme  de  nos 
jours ,  les  malades  des  bien  portants  ;  qu'on  ait  soumis 
ceux-là  à  un  traitement  médical  et  régulier;  qu'on  ait 
tenté  d'assainir  les  rues  et  les  habitations  infectées  ;  qu'on 
ait  combattu  enfin  par  des  moyens  préventifs  une  terrible 
épidémie  qui  déconcertait  alors ,  comme  aujourd'hui ,  tout 
l'art  des  médecins. 

Li  Muisis  avait  du  reste  dans  l'esprit  une  certaine  in- 
dépendance. Dans  une  espèce  de  rapsodie  en  vers  latins 
rimes ,  retrouvée ,  dit-il ,  dans  un  vieux  livre  et  qu'il  a 
intercalée  dans  son  ouvrage ,  on  passe  en  revue  les  difi'é- 
rents  états  de  la  société  :  personne  n'y  est  épargné  :  le 
campagnard,  l'usurier,  le  marchand ,  le  moine  ,  le  soldat, 
tous  y   comparaissent   tour  à  tour.  Je  ne   citerai  que  ce 


(  362  ) 

passage  sur  l'homme  de  guerre  ,  dont  l'unique  métier  sem- 
blait alors  de  tuer  et  de  yoler  ,  que  le  poète  appelle  éner- 
giquement  le  cheval  du  Diable  (1). 

Ailleurs,  en  déplorant  les  yices  et  les  scandales  du  siècle, 
il  observe  que  malheureusement  le  clergé  lui-même  en 
était  infecté,  et  que  l'on  pouvait  bien  dire,  tel  prélre, 
tel  peujjle.  Cependant  la  religion  était  le  seul  lien  de  la 
société.  Il  n'y  avait  plus  de  Tie  morale  que  là.  Si  le  clergé 
soutenait  le  pouvoir  royal ,  le  peuple  y  trouvait  aussi  parfois 
ses  représentants.  La  liberté  politique  et  religieuse  se  ré- 
fugièrent dans  le  clergé  :  c'était  la  tribune ,  la  presse  , 
l'opposition  de  ce  temps-là.  Quand  les  Flagellants  vinrent 
à  Tournai  étaler  leurs  corps  ensanglantés ,  au  couvent  de 
St. -Martin ,  un  prédicateur ,  le  frère  Gérard  de  muro , 
monta  en  chaire  ;  il  censura  violemment  les  vices  du  peuple 
qui  l'écouta  patiemment.  31ais  en  terminant  son  sermon, 
il  omit  de  prier  pour  ceux  qui  faisaient  des  pénitences  pu- 
bliques ,  parce  que  cette  innovation  déplaisait  au  clergé  ; 
et  le  peuple ,  qui  les  approuvait ,  se  mit  à  murmurer. 
Alors  il  se  trouva  un  prêtre  qui  se  rendit  l'organe  de  ses 
opinions  à  l'égard  des  Flagellants.  Une  bande  de  pénitents 
liégeois  étant  venus  à  Tournai ,  conduite  par  un  frère  de 
l'ordre  des  prédicateurs ,  celui-ci  obtint  aussi  la  permission 
de  prêcher  au  couvent  de  St. -Martin.  Et  il  fit  une  apologie 
véhémente  des  Flagellants ,  en  face  du  clergé  tournaisien. 
J'ai  déjà  dit  que  l'on  ne  rencontrerait  dans  cette 
chronique,   ni  jugement  sur  l'ensemble  des  événements, 


(i)  Superbi  milites,   equî  diaboli  , 
Hue  illuc  cursitaiit,  féroces,   validi  , 
Yirosqiie,   beatias  ubi  re|)eriuiit, 
WiluiUur  rapeie  ,  vcl  iiitcriiciuiit. 


(  363  ) 

ni  sur  la  marche  tics  affaires  publiques.  Cependant  elle 
ne  laisse  j)as  de  loucher  en  passant  bon  nombre  de  faits 
particuliers,  curieux  à  recueillir.  Ainsi  Li  Bluisis  se  plaint 
de  l'altéralion  des  monnaies,  qui  détruisait  le  commerce; 
de  la  cherté  des  subsistances  qui  désolaient  le  pauvre  peuple 
et  laissait  les  ouvriers  sans  travail  et  sans  pain.  Tournai 
appartenait  alors  à  la  France  :  or ,  la  France  n'était  pas 
un  pays  de  liberté.  Certes,  ou  n'en  pouvait  pas  dire  autant 
des  Flandres.  Li  Muisis  parle  des  Flamands  comme  d'un 
peuple  enlêlé  et  muahle  dans  ses  volontés  (i^).  Cela  pouvait 
être  vrai  comme  trait  de  caractère  national.  Mais  il  ne  nous 
apprend  rien  sur  le  gouvernement  de  ces  puissantes  com- 
munes ,  dont  l'alliance  était  tout  à  la  fois  briguée  par  les 
rois  de  France  et  d'Angleterre  ;  qui  mettaient  sur  pied  des 
armées  si  formidables  ;  qui  gagnaient  parfois  de  grandes 
batailles  sur  leurs  puissants  adversaires ,  et  qui  se  relevaient 
plus  nombreuses  et  plus  terribles  après  leurs  défaites. 

Pourquoi  les  Flandres  presque  toujours  agitées ,  presque 
toujours  en  guerre  avec  leurs  princes  ,  ou  avec  leurs  voisins, 
déchirées  par  les  factions,  et  j)ar  les  rivalités  des  com- 
munes et  des  métiers ,  étaient-elles  si  AÏvantes,  si  riches, 
si  florissantes ,  tandis  que  les  provinces  de  France  étaient 
si  pauvres,  si  misérables,  si  asservies?  N'est-ce  pas  qu'à 
défaut  de  gouvernement  régulier  et  de  bonnes  lois  qui 
les  protégeassent ,  elles  savaient  elles-mêmes ,  au  besoiji 
se  faire  respecter ,  et  s'armer  du  glaive  de  la  justice  pour 
réprimer  les  excès  de  la  force  brutale,  qui  presque  partout 
ailleurs  tenait  le  faible  sous  ses  jiieds?  En  voici  un  exem- 
ple, que  j'enq)runte  à  notre  auteur,  et  qui  me  paraît  con- 
firmer cette  assertion. 


(8)  Gcntes  Handrls  sunt  ponnlus  cat>itosus  et  mutabilis. 


(3G4) 

«  Quelques  communes  de  Flandres,  dit  Li  Moisis  (1), 
ayant  appris  que  sur  leurs  frontières ,  il  y  avait  des  gens 
de  guerre ,  des  nobles  et  des  seigneurs  qui  opprimaient 
durement  leurs  vassaux  et  leurs  voisins ,  il  fut  convenu 
entre  le  comte,  les  trois  villes,  et  le  pays  de  Flandres, 
qu'il  serait  fait  une  enquête  pour  connaître  la  vérité.  Les 
commissaires  chargés  de  l'enquête  vinrent  en  la  ville  de 
Courtrai,  où  ils  se  mirent  en  devoir  de  procéder.  Deux 
frères ,  le  sire  de  Halewin ,  et  le  sire  d'Eespienne  ,  quoique 
prévenus  que  la  voix  publique  les  accusait ,  inspirés  par  je 
ne  sais  quels  conseils ,  eurent  la  témérité  de  se  montrer 
à  Courtrai.  Ils  y  furent  arrêtés  et  mis  en  prison ,  malgré 
les  vives  sollicitations  du  roi  de  France ,  du  comte  et  de 
la  comtesse  de  Flandres ,  et  de  beaucoup  d'autres  qui 
voulaient  les  sauver.  Mais  la  clameur  du  peuple  l'emporta, 
et  dans  la  nuit  d'avant  Noël ,  ils  furent  décapités  en  pu- 
nition de  leurs  crimes.  Cette  sévérité  plut  aux  uns ,  et 
déplut  à  beaucoup  d'autres  dont  elle  excita  les  murmures. 
Les  commissaires  demeurèrent  encore  quelque  temps  à 
Courtrai ,  pour  y  continuer  leurs  poursuites.  Un  grand 
nombre  de  chevaliers ,  de  nobles ,  de  vilains ,  furent  par 
eux  déclarés  bannis.  Mais  après  avoir  terminé  leurs  opé- 
rations,  deux  de  ces  fonctionnaires  qui  étaient  gantois, 
accompagnés  de  deux  échevins  de  Courtrai ,  s'étant  mis 
en  route  pour  retourner  à  G  and,  furent  assaillis  et  tués, 
avec  un  de  leurs  domestiques ,  par  un  chevalier  nommé 
sire  Gérard  de  Stiennes ,  qu'ils  avaient  déclaré  banni  avec 
les  siens.  Le  cas  parut  énorme,  attendu  que  l'enquête  avait 
eu  lieu  par  autorité  de  justice.  Plusieurs  députés  de  Gand  , 
de  Bruges  et  d'Yprcs  vinrent  alors  à  Courtrai  pour  aviser 


(i)  Page   <j3  ilu  ruainiscrit. 


(  3G5  ) 

à  ce  qu'il  y  avait  à  faire.  On  attendit  le  retour  du  comte, 
qui  se  trouvait  à  Paris ,  pour  se  concerter  avec  lui.  Et  après 
en  avoir  délibéré  en  sa  présence,  on  résolut  qu'on  mettrait 
le  feu  à  la  maison  dudit  Gérard  de  Stiennes.  Ce  qui  fut 
fait.  » 

J'arrive  enfin  au  texte  de  Li  Muisis ,  dont  je  demande 
pardon  d'avoir  détourné  si  longtemps  l'attention  des  lecteurs. 
J'aurais  dû,  je  l'avoue,  m'apercevoir  plutôt  que  l'on  en 
jugerait  mieux  en  l'écoutant  lui-même. 

Fragments  traduits  de  la  suite  des  chroniques  de  Li  Muisis. 

Raisons  pourquoi  le  présent  livre  fut  compile'  (i). 

«  Moi ,  Gilles  ,  humble  abbé  du  monastère  de  St-Martin 
de  Tournay,  de  l'ordre  de  St.-Benoît,  et  le  17.®  de  ses 
abbés ,  depuis  que  notre  couvent  fut  restauré ,  après  sa 
destruction  par  les  Vandales  et  les  Normands  (2),  consi- 
dérant qu'en  l'année  1349  ,  au  commencement  de  novembre, 
après  la  fête  de  la  Toussaint ,  il  y  aura  78  ans  que  je  suis 
né,  GO  ans  que  je  suis  moine  audit  couvent  de  S.t-3Iartin, 


(i)  Narratio  pro  quà  causa  fuit  liber  iste  compllafus.  PP.  i  et  2  du 
manuscrit. 

(2)  L'abbaye  de  St.-Martin  fut  fondée  vers  l'an  65o  par  St.-EIoi, 
évèque  de  Noyon  et  de  Tournay.  Ce  monastère ,  par  les  donations  et 
les  pririléges  qu'il  obtint  des  rois  francs,  était  riche  et  florissant,  lors- 
qu'il fut  détruit  par  les  Normands  en  882.  Il  n'en  resta  d'autres  sou- 
venirs, pendant  près  de  deux  siècles,  qu'une  petite  chapelle  élevée  sur 
l'emplacement  qu'il  avait  jadis  occupé.  L'ancienne  maison  de  St.-Martin 
fut  rétablie  en  J092  par  les  soins  d'Odon,  chanoine  de  Tournay,  et 
depuis  évèque  de  Cambrai. 

La  5. e.  peinture  de  Li  Muisis  (p.  109),  représente  cette  scène  de 
destruction  en  un  seul  tableau  et  en  trois  actes  :  savoir,  i.»  l'assaut  et 
la  prise  du  couvent  par  les  Normands  j  2.0  sa  démolition;  3.°  la  fuite 
et  le  déménagement  des  moines.  On  les  voit  sortir,  l'un  avec  ses  livres  , 
l'autre  avec  ses  chausses  ,   etc. 

25 


(  366  ) 

et  18  ans  que  j'en  suis  abbé;  consklérant  que  j'ai  rédigé 
jadis  un  livre  en  trois  traités  (1),  qui  embrasse  un  grand 
nombre  d  eyénements  ;  qu'au  commencement  de  cette  année 
1349,  le  monde  se  trouvant  placé  sous  une  maligne  in- 
fluence ,  fut  affligé  de  divers  fléaux  qui  envahirent  d'abord 
les  pays  lointains  :  fléaux  dont  on  parla  d'abord  beaucoup, 
mais  dont  le  peuple  ne  s'émut  guères  jusqu'à  qu'il  ne  se 
sentit  lui-même  frappé  ,  parce  qu'il  était  trop  enfoncé  dans 
ses  vices  ;  me  ressouvenant  encore  que  ces  calamités  m'avaient 
été  prédites  autrefois  par  maitre  Jean  de  Harlebeck ,  je 
résolus  de  mettre  par  écrit  ces  faits  mémorables ,  à  savoir  : 
la  prise  et  la  destruction  des  juifs  ^  l'histoire  de  ceux  qui 
faisaient  des  pénitences  publiques  ^  et  enfin  celle  de  la 
grande  mortalité  qui  frappa  les  hommes ,  les  femmes  et 
les  enfants.  Ce  Jean  de  Harlebeck  était  clerc  et  bon  ca- 
tholique, et  très-versé  dans  l'astronomie  (2).  Religieux, 
prêtres  et  séculiers,  et  tous  ceux  qui  avaient  foi  en  la 
science  des  astres ,  venaient  à  lui  pour  le  consulter  ,  parce 
qu'il  ne  pouvait  se  déplacer ,  étant  boiteux  et  impotant. 
Et,  bien  qu'il  fut  un  fameux  astrologue,  il  estimait  la 
foi  catholique  au-dessus  de  tout  ;  il  affirmait  qu'elle  était 
Traie  ;  et  jusqu'à  sa  mort ,  il  mena  une  sainte  vie  ,  portant 


(i)  Cette  chronique  sera  publiée  par  l'un  de  nos  collègues  de  la 
commission  d'histoire ,  avec  les  autres  manuscrits  de  Li  Muisis.  «  Un 
»  des  articles  les  plus  considérables  de  cet  ouvrage  est  celui  qui  a  pour 
11  objet  la  guerre  qui  se  fit ,  pour  ainsi  dire ,  sous  les  yeux  de  l'auteur , 
))  de,-uis  l'année  i  34o ,  jusqu'à  l'année  i345  inclusivement.  On  ne  peut 
.)  guères  désirer  des  mémoires  plus  exacts.  On  y  suit  jour  par  jour 
»  les  marches  et  les  campements  des  armées.  On  y  lit  les  noms  des 
»  villes,  des  villages,  des  châteaux,  des  monastères  pillés,  brûlés  ou 
»  détruits.  »  Notice  sur  la  chronique  latine  de  Li  Muisis ,  impro- 
prement appelée  Chronique  des  Flandres ,  par  de  Bréquigny. 

(2)  Fuit  lîomo  cathollcus ,  et  semper  stndens  in  divcrsis  scientiis ,  et 
maxime  in  astronomià. 


(  367  ) 

Tin  cilice  et  macérant  sa  chair  à  force  de  jeûnes.  Mais  il 
n'aimait  pas  à  parler  de  la  science  des  astres ,  si  ce  n'était 
avec  ses  amis  particuliers ,  et  cela  dans  l'intimité  et  le 
secret.  Il  ne  faisait  point  de  prédiction  qui  ne  fût  vraie. 
Etant  jeune  moine ,  j'étais  très-lié  avec  lui  :  souvent  il 
me  prenait  à  part  et  me  prédisait  des  choses  que  je  voyais 
arriver  ensuite.  » 

Ici  (1)  Li  Muisis  raconte  qu'un  jour  (  c'était  en  l'année 
1298 ,  lorsque  Gui  de  Dampierre  ayant  renoncé  à  son 
allégeance  envers  le  roi  Philippe-le-gros ,  on  vit  commen- 
cer les  hostilités  entre  les  Flamands  et  les  Français) ,  vovant 
Jean  de  Harlebeck  plus  gai  qu'à  l'ordinaire  ,  il  lui  demanda 
quelques  pronostics  sur  ce  qu'il  adviendrait  de  ces  guerres. 
Jean  de  Harlebeck  fit  les  prédictions  désirées  jusqu'aux 
années  1345,  1346,  1347,  1348  et  1349;  mais  il  ne 
voulut  pas  aller  plus  loin.  Il  existait  encore  d'autres  di- 
vinations d'un  célèbre  astrologue ,  nommé  Jean  de  Mûris  (2), 
qui  annonçaient  des  guerres ,  des  massacres ,  des  inonda- 
tions, des  épidémies;  et  il  était  évident,  selon  Li  Muisis, 
que  cela  se  rapportait  aux  événements  dont  il  va  entretenir 
ses  lecteurs.  Il  explique  ensuite  comme  quoi  un  grand 
nombre  d'astrologues,  inhabiles  ou  ignorants,  font  des  pro- 
nostics qui  ne  s'accomplissent  point.  Mais  ce  n'est  pas  une 
raison ,  dit-il ,  pour  mépriser  cette  science ,  ni  pour  la 
réputer  fausse.  Toutefois  il  signale  de  grandes  différences 
entre  les  anciens  et  les  modernes  astrologues.  Ceux-là  pré- 
tendent ,  dit-il ,  que  tout  ce  qu'ils  ont  prédit ,  d'après  le 
cours  des  astres ,  doit  arriver  nécessairement  ;  tandis  que 
ceux  qui  sont  véritablement  catlioliques,  croient  que  la 
volonté  de  Dieu  doit  toujours  prédominer  (3).  Vous  allez 


(i)  Page   2. 

(2)  Pages  18-20. 

(3)  Page  19. 


(  368  ) 

Toir,  parle  récit  de  la  destruction  des  juifs,  par  l'histoire 
des  Fustigeants ,  et  par  celle  de  l'épidémie ,  l'à-propos  de 
cette  digression  de  Li  Muisis. 

«  (1)  En  1349,  et  pendant  les  années  suivantes,  dit-il, 
advinrent  plusieurs  des  choses  qui  avaient  été  prédites  par 
les  astrologues.  D'ahord  le  bruit  se  répandit  généralement 
que  les  Juifs,  en  jetant  du  poison  dans  les  puits  et  les 
fontaines  ,  cherchaient  à  détruire  le  peuple  chrétien.  On 
apprit  qu'une  grande  mortalité  avait  commencé  en  Orient  : 
qu'elle  s'était  étendue  dans  les  Indes ,  puis  sur  toutes  les 
régions  habitées  par  les  peuples  chrétiens  ou  payens  :  de 
l'Orient  au  Nord  ,  et  du  Nord  au  Midi ,  ainsi  que  le  rap- 
portaient les  voyageurs  et  les  marchands  qui  fréquentaient 
les  pavs  lointains.  Dans  beaucoup  d'endroits  une  tierce  partie 
de  la  population  ;  dans  d'autres  le  quart  ;  dans  d'autres  la 
moitié  avait  péri  :  dans  d'autres ,  sur  dix  personnes ,  une 
ou  deux  seulement  échappèrent.  Beaucoup  de  terres  et 
de  vignes  demeurèrent  incultes  faute  de  bras.  Les  astrologues 
disaient  que  cette  calamité  venait  de  la  conjonction  de 
certaines  planètes  et  de  certains  astres  ;  que  cette  conjonc- 
tion avait  produit  la  corruption  de  l'air,  et  que  celte 
corruption  avait  engendré  la  maladie  qu'ils  nommaient  épi- 
démie. 

»  L'on  apprit  aussi  qu'en  Allemagne  ,  en  Hongrie ,  dans 
le  duché  de  Brabant ,  dans  les  cités ,  dans  les  villes ,  dans 
les  châteaux ,  dans  les  bourgs  et  dans  les  villages ,  les 
habitants  s'excitaient ,  les  uns  les  autres  ,  à  se  rassembler 
par  bandes  de  200,  de  300,  de  500,  et  plus ,  quand  ils 
pouvaient.  Ils  couraient  le  pays  pendant  33  jours  consé- 
cutifs (2).  Et  deux  fois,  chaque  jour,  à  pieds  nus  ,  dépouillés 
jusqu'aux  reins ,   la  tète  couverte  d'un  capuchon ,  armés 

(i)  Pages  20  et  21. 

(2)  En  mémoire  des  33  ans  que  Jésus-Christ  avait  passés  sur  la  terre. 


(  360  ) 

•le  fouets ,  ils  se  flagellaient  jusqu'au  sang.  A  la  fin  ils 
parcoururent  aussi  la  Flandre.  A  quelle  occasion,  pourquoi, 
et  de  quelle  manière  ?  c'est  ce  que  personne  n'a  pu  m'ap- 
prendre. N'ayant  point  de  renseignements  positifs  à  cet  égard, 
je  n'en  dirai  rien.  Je  me  contenterai  de  parler  de  ce  que 
j'ai  vu  et  entendu  moi-même. 

»  En  cette  année  1349,  on  s'empara  de  tous  les  juifs 
dans  les  différents  pays  qu'ils  habitaient,  et  on  les  mit  en 
prison.  La  raison  pourquoi  on  les  mettait  en  prison,  c'est 
qu'ils  étaient  véhémentement  soupçonnés  de  vouloir  faire 
périr  méchanmient  les  chrétiens ,  en  jetant  en  secret  du 
poison  dans  les  puits ,  dans  les  fontaines  et  dans  les  eaux 
en  général  ;  et  ils  le  firent  réellement  dans  bien  des  lieux , 
d'après  la  commune  renommée  (1).  Il  y  avait  parmi  ceux 
de  cette  religion  certains  astrologues ,  subtils  et  savants , 
qui  avaient  pronostiqué ,  en  regardant  le  cours  des  astres , 
qu'il  adviendrait  une  grande  mortalité  ;  et  les  juifs  es- 
péraient profiler  de  ce  fléau  pour  exécuter  en  sûreté  leur 
horrible  complot.  Ces  mêmes  astrologues  avaient  aussi  de- 
viné ,  d'après  les  astres ,  qu'une  certaine  secte  devait  être 
anéantie  ;  et  ils  pensaient  qu'il  s'agissait  des  chrétiens. 
Mais  lorsqu'ils  virent  des  pénitents  qui  portaient  des  croix 
rouges  sur  leurs  habits ,  ils  craignirent  qu'ils  ne  fussent 
eux-même  menacés.  On  rapportait  encore  beaucoup  d'au- 
tres choses  qu'il  serait  trop  long  de  redire  ici.  En  France  , 
depuis  le  roi  St-Louis ,  il  ne  restait  que  peu  ou  point  de 


(i)  Anno  M.CCC.XLIX»  capti  fucrunt  judci,  et  in  carceribus  et  prî- 
sîonibus  unlversaliter  positi ,  in  omnibus  locis  ubicumqne  morabantur. 
Ratio  autem  captionis  fuit ,  quouiam  vehemcns  suspicio  erat  super  nos, 
qui  Ijisi  populum  crisliuiiuin  malitiose  per  vciienuni  destruere  niteban- 
tur ,  et  quod  venenunij  lu  puteis ,  in  fontibus,  et  In  aquis  secrète 
projiclebant  ;  et  hoc  feceruut  in  pluribus  loris ,  sicut  lama  et  rumor 
communis  luborabat,  etc. 


(  370  ) 

juifs.  Mais  partout  où  il  s'en  trouvait ,  on  les  prit ,  et  on 
leur  fit  ce  qu'ils  avaient  voulu  faire  à  d'autres.  Beaucoup 
nièrent  leurs  mauvais  desseins  :  quelques-uns  les  confes- 
sèrent. Je  ne  saurais  dire  exactement  ce  qui  leur  arriva 
dans  les  régions  lointaines  ;  mais  la  renommée  portait  qu'en 
Allemagne  et  dans  divers  autres  pays ,  on  les  décapita ,  on 
les  brûla,  on  s'en  défit  d'une  ou  d'autre  manière  (1).  Il 
est  certain  que  dans  les  comtés  de  Lorraine  et  de  Bar, 
on  brûla  tous  ceux  que  l'on  put  saisir. 

»  Dans  la  ville  que  l'on  nomme  Bruxelles  (2) ,  au  du- 
ché de  Brabant ,  où  le  duc  et  son  fils  aîné  faisaient  leur 
résidence ,  il  y  avait  un  juif  fort  riche  ;  et  ce  juif  depuis 
longtemps  voyait  irès-familièrement  le  seigneur  duc  ;  et 
le  duc  l'aimait  beaucoup  et  avait  confiance  en  lui.  Ce  juif 
avait  feint  de  se  fane  baptiser.  Mais  quand  il  vit  arriver 
des  pénitents  qui  portaient  des  croix  rouges  ,  il  alla  trouver 
le  duc  et  lui  dit  :  Seigneui*,  l'apparition  de  ces  hommes, 
est  un  signe  que  moi ,  et  tous  ceux  de  la  religion  juive , 
nous  sommes  menacés  d'une  mort  certaine.  Le  duc  lui 
répondit  ;  Ne  craignei  rien;  car  je  ne  connais  homme 
qui  vive  qui  oserait  mettre  la  main  sur  vous.  —  Le  juif 
répliqua  :  O  bon  duc  !  vous  ne  pouvez  l'empêcher,  car 
cela  est  ordonné  là  haut  (3).  Or ,  il  y  avait  à  Bruxelles 
un  grand  nombre  de  juifs  ;  et  le  duc ,  tant  à  cause  de 
l'amitié  qu'il  avait  pour  celui-ci ,  que  pour  le  profit  qu'il 
tirait  de  celte  nation ,  avait  résolu  de  les  défendre  et 
d'cmpccher  qu'ils  ne  fussent  détruits.  Néanmoins  les  ha- 
bitants de  Bruxelles  ayant  ouï  parler  de  ces  bruits  de  poison. 


(i)  Le  massacre  des   juifs  fut   en    efTct   presque    général,    excepté   à 
Avignon,  où   le  pape  les  protégea,    dit  Mcycr. 

(2)  In   villa  quye  dicilur  liruxclla. 

(3)  0  bouc  dujc  !   lu  non  pôles  contra  iic  ,  quia  dciupcr  est  ordinatura. 


(  371  ) 

■vinrent  Irouver  le  fils  aîné  du  duc,  et  lui  demandèrent 
que  tous  les  juifs  fussent  mis  à  mort.  Ils  s'adressaient  à 
lui ,  parce  qu'ils  savaient  que  son  père  était  résolu  de  les 
protéger.  Le  jeune  prince,  dans  l'intérêt  de  la  foi  catho- 
lique, les  encouragea  dans  leur  projet,  et  leur  enjoignit, 
nonobstant  les  ordres  du  duc,  de  tuer  tous  les  juifs ,  disant 
qu'il  se  chargeait  d'obtenir  leur  grâce  auprès  de  son  père. 
Alors  la  commune,  et  les  habitants  de  Bruxelles,  se  mirent 
à  la  recherche  des  juifs ,  et  tuèrent  tous  ceux  qui  tom- 
bèrent entre  leurs  mains.  L'on  dit  qu'il  en  périt  plus  de  500. 
Le  riche  juif  dont  nous  avons  parlé  fut  pris  vivant  :  il 
reconnut  qu'il  s'était  fait  baptiser  méchamment  et  par 
fraude  ;  qu'il  a^  ait  trempé ,  comme  les  autres ,  dans  le 
complot  de  l'empoisonnement  des  eaux ,  parce  que  sur  la 
foi  de  son  étoile  il  comptait  que  la  nation  juive  l'empor- 
terait. 11  reconnut  aussi  qu'il  avait  fait  semblant ,  par  trois 
fois  ,  de  recevoir  le  corps  de  N.-S.  Jésus-Christ  a  l'autel  ; 
qu'il  avait  envoyé  les  trois  hosties  consacrées  à  des  juifs 
qui  demeuraient  à  Cologne  ;  et  que  ces  juifs  ayant  percé 
ces  hosties,  il  en  était  sorti  du  sang.  Enfin  il  s'avoua 
coupable  de  beaucoup  d'autres  choses  horribles ,  que  des 
militaires  et  diflereutes  personnes  qui  assistaient  à  son  in- 
terrogatoire ,  rapportèrent.  Pour  moi ,  je  raconte  ceci  par 
ouï-dire,  car  je  n'y  fus  pas  présent.  Ce  juif  fut  jugé  et 
brûlé  (1).  Dans  le  même  moment  on  fit  justice  de  tous 
les  juifs,  dans  plusieurs  villes  du  duché  de  Brabant,  et 
dans  d'autres  comtés  et  duchés. 

»  Je  ne  dois  point  omettre  ici  ce  qui  se  passa  dans  la 
cité  de  Cologne.  Dans  cette  cité,  il  y  avait  une  grande 
quantité  de  juifs  auxquels  on  avait  assigné  un  quartier 
distinct,  où  ils  demeuraient  ensemble  séparés  des  chrétiens. 


(i)  Fuit  judicatus  et  coiubustus. 


(  372  ) 

Il  arriva  qiic  beaucoup  de  juifs,  qui  se  sauvaient  des  lieux 
où  on  les  mettait  à  mort ,  vinrent  se  réfugier  à  Cologne 
et  y  résidèrent  avec  les  autres  :  et  ainsi  il  se  trouva  en 
cette  ville  une  grande  multitude  de  juifs.  Voyant  cela , 
les  citoyens  et  les  habitants  de  Cologne  tinrent  conseil 
entre  eux ,  et  résolurent  de  les  détruire  comme  on  avait  fait 
ailleurs.  De  leur  côté  ,  les  juifs  se  fortifièrent  et  s'armèrent, 
avec  des  armes  que  leurs  débiteurs  chrétiens  leur  avaient 
ci-devant  remises  en  gage.  Us  résistèrent  d'abord  vail- 
lamment dans  leur  quartier  :  de  sorte  qu'on  ne  savait 
comment  les  y  forcer.  Les  chrétiens  n'osaient  mettre  le  feu 
aux  maisons  des  juifs,  de  crainte  que  la  ville  entière  ne 
bruldt. 

»  Alors ,  les  bouchers,  et  plusieurs  citoyens  de  Cologne, 
s'avisèrent  de  faire  passer  du  côté  des  juifs  des  gens  qui' 
feignirent  d'abandonner  le  parti  des  assaillants  pour  se  join- 
dre aux  assiégés.  Et  la  première  fois  que  les  juifs  firent 
irruption  dans  la  ville ,  les  chrétiens ,  qui  en  étaient  pré- 
venus ,  tinrent  ferme.  Il  y  eut  là  un  grand  combat  ;  mais 
enfin  par  la  grâce  de  Dieu  les  juifs  furent  domptés  (1). 
On  disait  communément  qu'on  en  avait  massacré  plus  de 
25,000.  Beaucoup  de  chrétiens  y  périrent  aussi.  Le  quar- 
tier qu'habitaient  ces  Israélites  fut  dévasté  ,  et  leurs  maisons 
brûlées  de  fond  en  comble.  En  voilà  bien  assez  sur  la  des- 
truction des  juifs  et  sur  la  manière  dont  elle  s'opéra.  Depuis 
la  fête  de  la  Toussaint  de  1349,  il  ne  fut  plus  question 
d'eux.  Si  ceux  dont  je  tiens  ce  que  je  viens  de  rapporter 
ont  été  véridiques,  mon  récit  n'est  point  menteur.  Si  la 
postérité  y  trouve  des  inexactitudes ,  elle  ne  doit  point  me 
l'imputer;  car,  je  répète  ce  que  l'on  m'a  dit,  et  non  ce 
cjue  j'ai  vu  de  mes  propres  yeux.  » 


(i)  Et  fuit  ibi  iiigeiis  utlliiin  ;  scd  per  Uci  voluntateiu  Judei  liurmit 
sujiciali. 


(  373  ) 

En  tête  de  ce  récit ,  l'on  voit  une  peinture  représentant 
au  naturel  le  supplice  des  juifs.  La  scène  a  lieu  sur  l'une 
des  places  de  la  ville  de  Bruxelles.  Vers  la  gauclie ,  on 
aperçoit  un  bâtiment  gothique  flanqué  de  tourelles,  comme 
une  forteresse.  Le  luiclier  est  creusé  dans  une  fosse  pro- 
fonde. L'on  y  a  précipité  une  quantité  de  juifs ,  dont  les 
physionomies  expriment ,  à  travers  les  flammes ,  les  an- 
goisses de  la  douleur.  A  droite  et  à  gauche  du  bûcher, 
on  remarque  des  groupes  de  peuple  qui  applaudissent  à 
ce  spectacle  et  semblent  insulter  à  ces  malheureux.  D'un 
côté ,  le  bourreau ,  on  l'un  de  ses  agents ,  lance  dans  le 
feu,  avec  colère,  le  fagot  dont  il  est  chargé  :  d'un  autre 
côté  ,  un  personnage ,  qui  paraît  être  un  magistrat ,  y  en- 
fonce un  morceau  de  bois ,  pour  l'attiser  de  sa  propre  main. 

Les  artistes  consulteront  sans  doute  avec  intérêt  les  fi- 
gures de  Li  Muisis ,  comme  monument  de  la  peinture  et 
des  costumes  à  cette  époque.  11  paraît  que  le  manuscrit 
contenait  originairement  sept  miniatures,  car  le  feuillet 
de  garde,  porte  ces  mots  écrits  d'une  main  moderne  :  ciim  7 
pulcherrimis  piciuris.  Quelque  téméraire  en  aurait  donc 
retranché  deux? 

«  Ceux  qui  vivaient  en  l'année  1349  (  poursuit  Li  3Iuisis  ), 
virent  et  ouïrent  des  choses  tellement  surprenantes,  qu'il 
m'a  paru  nécessaire  d'en  donner  une  idée  à  ceux  qui  vien- 
dront après  nous...  Tout  le  peuple,  c'est-à-dire,  les  hom- 
mes et  les  femmes  ,  les  ecclésiastiques  et  les  laïcs ,  étaient 
tombés  dans  un  dérèglement  de  mœurs  si  grand  ,  que 
c'était  horrible  à  voir  ,  surtout  pour  ceux  qui  avaient  connu 
les  temps  passés...  Que  dirai-je  d'abord  des  habits  et  des 
parures  ?  Les  hommes  portaient  des  vêlements  si  étroits , 
qu'ils  accusaient  les  formes  de  leurs  cuisses  :  ce  qui  était 
chose  très-déshounêle  (1).  Cependant  les  fenmies  semblaient 


(i)  Dans  les  pointurus  du  livre  de    I.i    Miiisis,    tous  les  liomnies  p.i 


(  374  ) 

prendre  plaisir  à  les  regardcF  ainsi.  Que  dirai-je  des  fem- 
mes elles-mêmes  ?  Elles  imitaient  l'exemple  des  hommes 
dans  leurs  modes  et  leurs  vêtements.  Elles  portaient  des 
justaucorps  si  serrés  qu'elles  ne  semblaient  presque  point 
habillées.  Elles  ornaient  leurs  têtes  de  cheveux  empruntés 
dont  elles  se  faisaient  de  grandes  cornes  comme  des  bêtes  (1). 
Elles  se  promenaient  par  les  rues  et  les  places  publiques, 
et  se  présentaient  aux  églises  ,  parées  comme  pour  des  noces. 
Aux  sermons ,  aux  funérailles ,  aux  offices  des  morts ,  elles 
ne  songeaient  qu'à  provoquer  les  hommes  par  leurs  gestes, 
leurs  rires  et  leurs  œillades.  Quant  aux  chansons  amou- 
reuses ,  aux  danses  nouvelles  au  son  des  instruments ,  et 
à  toutes  les  autres  inventions  du  vice ,  il  y  aurait  trop  à 
dire.  Et  ce  qu'il  y  a  de  plus  afiligeant ,  c'est  que  les  ecclé- 
siastiques eux-mêmes  n'étaient  pas  totalement  à  l'abri  de 
la  contagion  :  pour  le  malheur  de  l'église,  il  semblait  que 
le  temps  fût  venu  où  l'on  pouvait  leur  appliquer  ce  com- 
mum  proverbe  :  Tel  peuple ,  tel  prêtre  (2)  !  » 


raissent  revêtus  d'une  espèce  de  jaquette  qui  descend  jusqu'aux  genoux, 
et  quelquefois  jusqu'aux  talons  :  vous  n'y  rencontrez  rien  qui  ressemble 
à  ces  hauts-de-chausses  colants  qui  excitaient  si  fort  la  colère  de  Li 
Muisis ,  et  qui  cependant  nous  sont  demeurés.  Au  reste ,  Li  Muisis 
n'était  pas  le  seul  qui  se  plaignit  de  l'instabilité  et  de  l'indécence  des 
modes.  Yoici  ce  qu'on  lit  dans  un  autre  écrivain  contemporain  :  «  lu 
M  temporibus  istis  inceperunt  homines ,  et  specialiter  nobiles,  ut  puta 
»  nobiles  scutiferi,  et  eorum  sequaccs,  sicut  alii  burgenses ,  et  quas 
»  omnes  servientes ,  se  ipsos ,  in  robis  et  habitu  deformare  ;  nam  ges- 
)>  tare  cœperunt  robas  curtas,  et  ita  brèves  quod  quasi  eorum  nates 
))  et  pudenda  confusiblliter  apparebant  ;...  barbas  longas  omnes  viri  ut 
)i  in  pluribus  nutrire  cœperunt  :...  qui  quidcm  modus  dcrislonem  in 
»  coramuni  plèbe  non  modicum  generavit.  »  Continuateur  de  Kangis  > 
spicilége  de  D'Acliery,   i.    3. 

(i)  Ornabant  capita  sua  capillis  alienis  ,  cornibus  magnis,  sicut  bestiss. 

(•i)  L't  populus,  sic  sacerdos. 


r  37 


V 


o 


Suit  l'histoire  des  fustigeants. 

»   Le  jour  de  l'ascension  de  la  S.*^  Vierge  Marie ,  il  ar- 
riva de  la  \ille   de  Bruges ,    environ    200  pèlerins ,   vers 
l'heure  de  midi.  lisse  rassemblèrent  sur  la  place  du  marché; 
et  une   grande  rumeur  se   répandit  aussitôt  par  toute   la 
ville,  dont  les  habitants  accouraient  pour  voir  cet  étrange 
spectacle.  Ces  pèlerins  se  mirent  d'abord   en  devoir  d'ac- 
complir leur  pénitence ,  et  à  se  flageller  rudement.  Ceux 
de  Tournay ,  tant  hommes  que  femmes ,  qui  n'avaient  ja- 
mais vu  chose  semblable  ,  eurent  grande  pitié  de  ces  pauvres 
gens  qui  s'infligeaient  à  eux-mêmes  un  châtiment  si  cruel, 
et  ils  appelaient  la  miséricorde  de  Dieu  sur  eux.  Ces  pé- 
nitents brugeois  demeurèrent  dans  la  ville   pendant  toute 
la  journée  et  la  nuit  suivante.  Le  lendemain ,   c'était  un 
dimanche,  ils  vinrent  au  couvent  de  St.-3Iartin;  là,  ils 
commencèrent  leurs   flagellations  :  après  le  dîner,  ils  la 
réitérèrent  sur  la  place  du  marché.  Et  la  commune  s'in- 
téressait de  plus  en  plus   à  eux.  Toutefois   les  opinions 
étaient  loin  d'être  unanimes  à  leur  égard ,  car  il  y  avait 
des  gens  de  bon  jugement  qui  ne  les  approuvaient  pas; 
mais  le  plus  grand  nombre  prenait  parti  pour  eux. 

»  Le  mardi  suivant  une  procession ,  où  se  trouvaient 
réunis  le  doven ,  le  cliapitre ,  une  grande  aflluence  de  re- 
ligieux, et  tout  le  peuple,  se  rendit  à  notre  couvent  de 
St.  Martin.  Là,  le  frère  Gérard  de  Muro^  de  l'ordre  des 
mineurs ,  prêcha  la  parole  de  Dieu ,  au  sujet  de  la  grande 
mortalité  qui  menaçait  tout  le  monde.  Il  reprit  énergi- 
quement  les  vices ,  et  les  habits  immodestes  des  hommes 
et  des  femmes.  Mais  à  la  fin  de  son  sermon,  il  omit  de 
prier  pour  les  flagellants.  Le  peuple  en  fut  indigné,  et 
pendant  toute  la  semaine  il  murmura  violemment  contre 
ce  prédicateur. 

«  Après  ceux-ci  vinrent  à  Tournay  environ  400  pénitents 


(  37(5  ) 

gantois,  puis  environ  300  de  la  ville  de  Cluse  (1)  sur  mer, 
et  400  du  pays  de  Durderecbt  (2)  qui  accomplirent  leur 
pénitence ,  tantôt  sur  la  place  du  marché ,  tantôt  au  mo- 
nastère de  St.  Martin.  Le  samedi  suivant,  il  arriva  de  Liège 
une  troupe  d'environ  180  pénitents,  ayant  avec  eux  un 
membre  de  l'ordre  des  frères  prêcheurs ,  qui  obtint  aussi  la 
permission  de  se  faire  entendre  à  St. -Martin  de  Tournay. 
Celui-ci  vanta  beaucoup  les  pénitences  publiques  ;  il  appela 
les  flagellants  des  soldats  rouges  (3),  à  cause  qu'ils  faisaient 
couler  leur  sang  en  abondance.  Il  compara  le  mérite  de  ce 
sang  à  celui  de  J.  -C. ,  et  avança  bien  d'autres  propositions 
qui  parurent  téméraires  et  causèrent  un  grand  scandale 
parmi  le  clergé. 

»  On  ne  saurait  croire  à  quel  point  pendant  tout  ce 
temps-là  les  gens  du  monde  redevinrent  pieux.  Par  un  effet 
de  la  grâce  divine,  les  hommes  abandonnèrent  leurs  vête- 
ments immoelestes  ;  les  femmes  changèrent  leurs  coiffures, 
déposèrent  leurs  cornes  et  leurs  haucettes  (4).  On  n'enten- 
dait plus  blasphémer.  Les  hommes  cessèrent  de  jurer  par  les 
saints  noms  de  J.-C,  de  sa  passion,  de  la  Vierge  Marie 
et  de  tous  les  saints.  On  n'entendait  plus  parler  de  jeux  de 
dés ,  eî  d'autres  semblables ,  dans  les  lieux  mêmes  où  jadis 
on  ne  voyait  que  cela.  Plus  de  danses,  plus  de  chansons 
déshonnêtes  :  tout  le  train  ordinaire  de  la  vie  était  changé. 
On  ne  remarquait  plus  de  ces  désordres  publics  si  communs 


(i)  DelTcIuse. 

(2)  Dordrecht. 

(3)  Rubcos  milites. 

(4)  Et  plurlme  muliercs  habitum  capitls  mutaveruiit,  cornua  sua  et 
haucettas  déponcndo. 

Je  n'ai  pu  découvrir  ce  que  iij^iiiCie  le  mot  haucelta.  Peut-ûlre  faut- il 
Wrc  housellas ,  qui  pourrait  se  traduire  eu  vieux  Iraii^Mis  par  housettes 
ou  hoUïcaux. 


I 


(  377  ) 

entre  les  deux  sexes.  Que  le  Dieu  d'Israël  les  maintienne 
dans  ces  saintes  dispositions ,  et  leur  fasse  la  grâce  d'y  per- 
sévérer !  Ce  qui  est  très  remarquable  encore  ,  c'est  que  tous 
ces  gens  qui  faisaient  des  pénitences  publiques ,  et  beau- 
coup d'autres,  à  leur  exemple,  se  désistaient  de  leurs  que- 
relles ,  et  des  guerres  dans  lesquelles  ils  étaient  engagés 
et  se  réconciliaient  avec  leurs  ennemis.  Cela  s'est  tu  à 
Tournay  et  en  divers  autres  lieux  (1). 

»  Voici  le  costume  de  ces  Fustigeants  (2).  Par  dessus 
leurs  habits  ordinaires,  ils  portaient  une  espèce  de  mantelet, 
vulgairement  nommé  cloche.  Sur  le  devant  de  cette  cloche, 
était  une  croix  rouge  ,  et  une  autre  par  derrière.  Leurs 
cloches  étaient  ouvertes  d'un  côté  ;  et  là  étaient  attachés 
des  fouets  semblables  à  ceux  que  nous  appelons  vulgaire- 
ment scorgie  (3).  Ces  fouets  étaient  garnis  de  trois  nœuds, 
et  chaque  nœud  armé  de  petite  pointes  de  fer  acérées.  Sur 
leur  tête  ils  avaient  un  capuchon  par  dessus  une  manière 
de  chapeau ,  avec  une  croix  rouge  par  devant ,  et  une  par 
derrière.  Ils  tenaient  en  mains  des  bâtons  de  pénitents. 
Quand  ils  entraient  dans  une  ville  ils  se  faisaient  précéder 
de  la  crois  et  de  la  bannière ,  et  portaient  des  cierges  de 
cire  torse;  tantôt  beaucoup  de  cierges,  tantôt  peu,  selon 
leurs  moyens.  Ils  marchaient  d'un  pas  cadencé ,  et  chan- 
taient des  cantiques,  chacun  selon  leur  idiome  ,  les  Flamands 
en  flamand ,  les  Brabançons  en  teutonique,  et  les  Français 
en  français  (4).  Leurs  pieds  étaient  nus  ,  et  une  grande 


(i)  Multum  cnim  est  commendandiim  quod  peiiitentiam  faclentes,  et 
ad  exemplum  corum  quamplurimi  condoiiabaiit.  Et  iiidulgebaiit  guerras 
motns  iiiter  partes.  Et  hoc  fuit  in  Toruaco  et  iu  diversis  locis. 

(2)  P.    4o. 

(3)  Habitua  eorum  erat  quod  super  vestimenta  sua  consueta  liabebaiit 
colobium  ,  q\iod  vulgnritcr  clocha  uuiicupanuis ,  etc. 

(4)  Et  caiilando  secuudum  suum  idioma,  Flamiugi,  inflamingo;  illi 
de  Brabautia  iu  theutonico  ,  et  Galli ,  iu  gallico. 


(  378  ) 

partie  de  leur  corps  également  nue  ;  ils  étaient  garnis  d'un 
léger  Tetemcnt  de  toile,  ou  tablier,  semblable  à  ceux  que 
portent  les  boulangers  quand  ils  sont  à  l'ouvrage  ,  rond  en 
haut  et  en  Las  et  touchant  prescpi'à  terre,  qu'ils  nouaient 
Ters  le  milieu  du  ventre  et  qui  couvraient  leurs  cuisses  (1). 
»  Vers  la  première  semaine  de  la  quadragésime ,  on 
publia  un  ordre  du  gouverneur  de  la  cité  ,  portant  que 
l'on  eût  à  s'abstenir  désormais  de  toute  pénitence  publique 
non  ordonnée  par  l'autorité  compétente ,  sous  peine  de 
bannissement.  La  même  défense  fut  faite  de  la  part  du 
Roi ,  avec  menace  de  confiscation  de  corps  et  de  biens  (2). 

De  l'épidémie  qui  étendit  ses  ravages  sur  toute  la  France  et 
jusqu'à  Tournay. 

»  Après  la  fête  de  St. -Jean,  la  mortalité  commença 
dans  la  rue  de  Merdenchon ,  paroisse  de  St.-Piat;  et  en- 
suite elle  gagna  les  autres  paroisses.  On  présentait  chaque 
jour  aux  églises  cinq^  dix,  ou  quinze  corps.  A  St.-Brice, 
on  en  présentait  vingt  ou  trente.  Et  dans  toutes  les  églises, 
les  curés ,  les  clercs  et  les  fossoyeurs ,  pour  augmenter  leurs 
bénéfices,  faisaient  sonneries  cloches  nuit  et  jour,  matin 
et  soir.  Au  milieu  de  ces  alarmes^  tout  le  monde  trem- 
blait pour  soi,  et  personne  ne  songeait  à  remédier  au  mal. 

)>  Les  gouverneurs  de  la  cité  voyant  que  ni  le  doyen , 


(i)  Les  figures  coloriées  qui  se  U-ouvent  en  tête  du  3o.«  feuillet, 
représentent  exactement  les  fustigeants  tels  qu'ils  sont  décrits  dans  le  texte. 

(2)  En  France ,  l'autorité  prit  ombrage  de  ces  rassemblements ,  et  les 
dissipa  par  la  force.  «  Parisiis  autem  non  venerunt ,  neque  ad  partes 
»gallicanas,  prohibiti  per  dominum  regem  Francis  »,  dit  le  Continuateur 
de  Nangis.  On  trouve  dans  d'Oudegherst,  chap.  CLXXV,  et  dans  Meyer 
(Ann.  flaîid.  lib.  XIII)  ,  quelques  détails  curieux  sur  les  Flagellants. 
On  voit  que  le  pouvoir  spirituel  s'entendit  avec  les  gouvernements  pour 
annéantir  une  secte  qui  ne  tarda  point  à  devenir  aussi  dangereuse  pour 
les  mœurs ,  et  pour  la  religion ,   que  pour  la  paix  publique. 


(379  ) 

ni  le  chapitre  ,  ni  le  clergé  n'avisaient  aux  moyens  d'arrêter 
I  épidémie ,  parce  que  cette  grande  mortalité  leur  rap- 
portait beaucoup ,  après  avoir  tenu  conseil  entre  eux ,  firent 
publier  l'ordonnance  suivante  (1). 

Il  est  enjoint  à  tous  ceux  qui  entretiennent  des  concu- 
bines de  les  épouser,  ou  de  les  renvoyer  immédiatement; 
aux  connétables ,  chacun  dans  leurs  ressorts,  d'en  prévenir 
ceux  que  cela  concerne ,  de  les  forcer  à  s'unir  en  légitime 
mariage ,  ou  à  se  séparer ,  sous  peine  d'être  bannis  par 
décret  du  conseil  et  des  jurés.  Que  si  quelqu'un  meurt, 
soit  de  jour ,  soit  de  nuit ,  il  soit  enterré  à  l'instant ,  sans 
aucun  appareil  ;  qu'il  y  ait  des  fosses  toujours  ouvertes  , 
profondes  de  six  pieds ,  et  sans  élévation  au-dessus  du  sol. 
Défense  de  se  rassembler  dans  les  maisons  mortuaires  au 
sortir  des  églises,  et  d'établir  des  sièges  ou  des  bans  dans 
les  rues ,  pour  y  stationner.  Défense  de  se  vêtir  de  deuil , 
à  moins  que  ce  ne  soit  pour  la  mort  d'un  père,  d'un  frère, 
d'un  enfant  ou  d'un  époux.  Défense  de  dépenser,  en  un 
seul  repas,  plus  de  dix  écus.  Défense  de  travailler  le  samedi 
après  neuf  heures  du  soir,  et  de  vendre  ou  d'acheter  le 
dimanche  autre  chose  que  des  victuailles.  Défense  de  fa- 
briquer et  de  vendre  des  dés  ;  de  jouer  à  aucun  jeu  où  l'on 
fait  rouler  des  dés  ;  de  prendre  en  vain  le  nom  de  Dieu 
et  de  ses  saints.  » 

«  La  maladie  ayant  redoublé,  vers  la  St.->Iathieu,  il  fut 
totalement  défendu  de  se  vêtir  de  noir ,  ni  de  sonner  les 
cloches,  ni  de  se  réunir  pour  assister  aux  obsèques,  selon 
l'usage  admis  dans  les  temps  ordinaires. 

»  J'ai  ouï  dire  à  plusieurs  personnes  dignes  de  foi ,  que 
cette  ordonnance  fut  cause  que  beaucoup  d'hommes  et  de 


(i)  Gubernatores  civitatis  vidciitcs  quod  dccanus  et  c;ipitulus  etclerus 
totus  de  remedio  apponeudo  non  curabant,  quia  siià  intcrerat,  et  in  facto 
lucrabaiitur,   hablto  consilio,  feccrunt  ordinatioiics  ,  etc. 


(  380  ) 

femmes ,  qui  vivaient  en  concu])inage,  s'unirent  en  mariage 
légitime,  et  qu'on  n'entendait  plus  comme  autre  fois  parler 
de  blasphèmes,  de  jurements ,  ni  d'autres  choses  mauvaises; 
que  ceux  qui  s'occupaient  jadis  à  faire  des  dés  ,  changeant 
tout-à-coup  de  mal  en  bien ,  avec  la  même  matière  dont  ils 
fabriquaient  ci-devant  de  petits  objets  carrés ,  en  faisaient 
de  ronds  qui  servaient  à  dire  pater  noster  (1), 

»  La  mortalité  fut  si  grande  à  Tournay  que  des  gens 
bien  informées  prétendirent  que  plus  de  25  raille  personnes 
y  périrent.  Les  plus  riches  et  les  plus  notables  habitants , 
surtout  ceux  qui  buvaient  du  vin ,  se  préservaient  du  mau- 
vais air,  et  s'abstenaient  de  fréquenter  les  malades,  échap- 
paient pour  la  plupart.  Mais  si  l'on  approchait  des  personnes 
infectées,  l'on  mourait  ou  l'on  devenait  bientôt  malade. 
La  contagion  atteignit  les  petites  ruelles  étroites,  avant 
d'envahir  les  quartiers  vastes  et  bien  aérés.  Quand  une 
personne  succombait  dans  une  maison ,  les  autres  la  sui- 
vaient de  près.  Dans  une  seule  famille ,  l'épidémie  empor- 
tait jusqu'à  dix  individus,  et  quelquefois  davantage.  On 
remarqua  que  les  chiens,  les  rats,  et  les  souris  périssaient 
aussi.  Au  demeurant,  personne,  ni  parmi  les  riches  ni 
parmi  les  pauvres,  n'était  en  sûreté.  Il  mourut  surtout  un 
grand  nombre  de  curés  et  d'ecclésiastiques  qui  entendaient 
les  confessions  des  mourants  et  leur  administraient  les  sa- 
crements (2). 

»  Au  monastère  de  St.-Pierre,  en  Hainaut ,  il  y  avait 
une  châsse  contenant  des  reliques  de  St.-Sébastien.  Le  bruit 
s'en  étant  répandu  lorsque  l'épidémie  commençait  à  étendre 
ses  ravages ,  une  grande  multitude  de  peuple  s'y  porta,  et 


(i)  De  materia  de  qua  taxlUos  quadrates  faclebant ,  facere  inceperunt 
rcs  rotundas,  de  quihus  pater  noster  facicbant. 

(2)  On  voit  qu'ici  Li  Muisis  rend  plus  de  justice  à  ces  mûmes  hommes 
contre  lesquels  il  avait  lancé  tout  à  l'heure  un  trait  peut-être  peu  mérité. 


(381) 

aussi  beaucoup  de  nobles ,  de  chevaliers  et  de  hautes  dames 
d'ecclésiastiques,  de  chanoines,   et  de  religieux  de  toute 
espèce.  Leur  dévotion   était    grande  et  admirable  à  voir  j 
mais  à  mesure  que  le  mal  se  calmait ,  les  pèlerinages  et  les 
dévotions  se  ralentirent  également  (1).  » 

Li  Muisis  raconte  vers  la  fin  de  son  livre  (2),  qu'ayant 
perdu  presque  entièrement  la  vue,  il  ne  pouvait  plus  dire  la 
messe  ;  que  pour  se  procurer  quelques  distractions,  il  passait 
son  temps  à  dicter ,  de  sou\enir ,  soit  en  latin,  soit  en  fran- 
çais. C'était  ainsi  qu'il  évitait  l'oisiveté,  et  prenait  ses  maux 
en  patience  ;  et  on  s'étonnait  de  le  voir  si  résigné  et  si 
gai  (3).  Dieu  toutefois  lui  réservait  dans  ce  monde  une 
dernière  consolation.  Certain  oculiste ,  venant  d'Allemasne, 
lui  fit  une  opération  avec  un  instrument  délicat,  semblable 
à  une  aiguille  ,  qui  ne  lui  causa  qu'une  légère  douleur  ,  et 
lui  rendit  la  vue  ,  non  pas  complètement,  non  pas  de  ma- 
nière à  pouvoir  lire  et  écrire  ,  parce  qu'il  était  octogénaire, 
mais  assez  claire  pour  pouvoir  jouir  encore  de  la  lumière 
du  soleil  (4).  On  voit  à  la  100.^  page  du  manuscrit ,  une 
peinture  où  le  docteur  et  le  patient  sont  représentés  au 
mdment  de  l'opération.  Le  recueil  se  termine  à  l'année  1352, 

(i)  Quod  viverefuit  devotissimum  etrairablle.  Sed  cessante  allquanfu- 
lum  mortalitate  (  post  festum  omnium  sanctorum) ,  cessavit  peregriiiatio 
et  devotlo. 

(3)  Page   100. 

(3)  Ad  vitandam  otiositatem,  et  ne  essem  impatiens,  multa  in  la- 
tino  et  gallico  fcci  registrare,  ...unde  multi  super  patientià  meà  mira- 
bantnr  ;   et  toto  terapore  illo  hilaris  eram  et  semper  gaudcns. 

(4)  Le  passage  suiuant  peut  intéresser  les  oculistes  et  les  chi- 
rurgiens. Quidam  magister  de  Alamania  venit  in  Tornacum ,  qui  cum 
parvo  dolore ,  et  citotransacto ,  cum  quodam  instrumcuto,  ad  modum 
acùs,  discoperiens  lumen  oculorum  ,  visum  rccuperavi  ,  et  yidi  :  non 
sicut  in  xtate  juvenili  ,  sed  sicut  xtas  mca  recjuirebat ,  quia  jam  eram 
octogenarius.  Et  videbam  celum  ,  lunam  ,  stellas  :  non  perfecle  agnoscens 
gentes,  etc. 

20 


(  382  ) 

dont  Li  Muisis  ne  dit  presque  rien.  Vient  enfin  une  espèce 
de  chronique  biographique ,  en  vers ,  alternativement  latins 
et  français ,  des  dix-sept  abbés  de  St.-jlartin  de  Touruay. 
Voici  quelques-uns  des  vers  français  sur  Li  Muisis  lui-même, 
qui  est  le  dernier  de  la  liste. 

Gilles  Li  Muisis  fut  nommés; 
Grand  paour  ot  quand  fut  sommés, 
S'il  voirait  le  faix  entreprendre  : 
Consei'.tir  convenait  ou  rendre... 

Or  fut  maistre  disseptimes... 
Pape  Jehans  vin  te  deusimes 
Cassa  pour  voir  l'élection... 
....  Puis  le  pronuncha 
Abbet  (i) 

Trèstoutes  ses  prospérités , 
Et  toutes  ses  adversités 
En  son  livre  seront  trouvées , 
Car  il  les  a  bien  registrées... 

Pour  terminer ,  il  faut  conclure  de  ce  qui  vient  d'être  dit, 
et  mieux  encore  des  fragments  que  nous  venons  de  faire 
connaître  ,  qu'un  ouvrage  écrit  avec  tant  d'exactitude  et  de 
probité,  par  un  contemporain,  et  par  un  témoin  irrécusable , 
mérite  l'attention  des  hommes  de  lettres  et  des  érudits  ;  et 
qu'on  ne  peut  qu'applaudir  à  l'entreprise  du  savant  profes- 
seur (2)  qui  se  propose  de  nous  faire  bientôt  connaître , 
en  entier,  les  différentes  chroniques  de  Li  Muisis. 

E.-C.  De  Gerlache. 


(i)  Thlerri  du  Parc,  i6."=  abhé  de  St-Martin,  étant  mort  le  18  avril 
i33i  ,  Gilles  Li  MuLsis  fut  élu  unanimement  pour  lui  succéder.  Le 
pape  déclara  d'abord  son  élection  nulle ,  mais  il  la  confirma  proprio 
ntolu  ,  en  i332...  Li  Muisis  réussit  à  rétablir  son  monastère,  fort  dé- 
chu, tant  pour  le  spirituel  que  pour  le  temporel;  et  après  l'avoir  gou- 
verné ,  d'une  manière  fort  louable ,  pendant  l'espace  de  22  ans ,  il  y  mou- 
rut en  i352.  Paquot ,    Mémoires  litlér.   des  P.-B. 

(u)  M.  \Yarnkœnig. 


(  383  ) 


Parmi  les  monuments  anciens  de  la  Belgique,  remarquables 
soit  par  les  beautés  de  l'art ,  soit  parles  souvenirs  historiques 
qu'ils  rappellent ,  l'ancienne  abbaye  de  Lobbes  ,  dans  la 
])rovince  du  Hainaut ,  occupe  sans  contredit  un  rang  très- 
distingué.  Ce  célèbre  monastère,  réputé  au  XII. "^^ siècle, 
le  plus  riche  et  le  plus  considérable  de  tous  les  monastères 
des  diocèses  de  Liège  et  de  Cambrai  (1),  doit  nous  intéresser 
sous  plusieurs  rapports  ,  par  les  éminenls  services  qu'il 
rendit  aux  lettres  et  à  l'instruction,  dans  les  siècles  de  bar- 
barie ,  par  les  hommes  célèbres  qui  sortirent  de  ses  écoles 
ou  y  enseignèrent  avec  éclat  ;  enfin  par  la  magnificence 
de  ses  édifices  qui  rendait  cette  abbaye  un  des  monuments 
les   plus  magnifiques  de  la  Belgique. 

Au  village  de  Vaux,  à  une  lieue  de  la  ville  actuelle  de 
Bapaume,  vivait  au  commencement  du  VII.™°  siècle  un 
Seigneur  Franc,  d'une  famille  illustre ,  nommé  Landelin. 


(i)  Lohiense  monasterium  à  heato  Ursmaro  jundatum  insignius 
habehatur  omnium  monasteriontm  leodiensis  et  cameracensis  diocœ- 
sium  sicque  pontificalibus  insignitum  inslgniis ,  ut  lobiensis  ahbas 
in  leodiensi  ecclesia  vices  episcopi  agere  sûlilus  esset.  (  Iperii  Chron. 
S.  Berlini.  c.  î^2.] 


(  384  ) 

Il  lui  naquit,  en  623  ,  un  fils  qui,  à  lage  de  dix  ans  ,  reçut 
le  baptême  des  mains  de  S.*  Aubert ,  évoque  de  Cambrai  ; 
car  alors  on  n'avait  pas  encore  renoncé  à  la  coutume  des 
premiers  chrétiens ,  d'administrer  le  baptême  aux  enfants 
adultes.  A  cette  époque  il  y  avait  ordinairement ,  prés  de 
chaque  église  cathédrale ,  une  école  épiscopale  où  l'eu 
enseignait  la  théologie  et  les  arts  libéraux  ,  qui  consistaient 
dans  la  grammaire  ,  la  dialectique ,  la  rhétorique ,  la  géomé- 
trie ,  l'astrologie ,  l'arithmétique ,  le  chant  et  la  poétique. 
Ces  écoles  étaient  dirigées  par  les  évêques  eux-mêmes  ou 
par  un  de  leurs  délégués ,  ordinairement  un  chanoine , 
portant  le  titre  d'écolàtre.  L'école  épiscopale  de  Cambrai 
l'était  par  S.*  Aubert,  Ce  digne  prélat  chargé  de  l'éducation 
du  jeune  Landelin ,  son  filleul ,  en  prit  un  soin  tout  par- 
ticuHer.  Les  progrès  qu'il  faisait  dans  les  études  et  sa  conduite 
exemplaire  ,  firent  juger  au  saint  évêque  que  l'église  ac- 
querrait dans  son  élève  un  digne  ministre  des  autels  ;  mais 
les  amis  et  les  parents  de  Landelin  le  détournèrent  de  la 
résolution  que  son  précepteur  voulait  lui  inspirer.  "  Issu 
d'une  famille  illustre ,  et  doué  par  la  nature  de  tous  les 
avantages  du  corps  et  de  l'esprit ,  comment  pourriez-vous  , 
disaient-ils  au  jeune  homme  ,  renoncer  au  siècle  et  aux 
plaisirs  du  monde,  pour  aller  végéter  au  fond  d'un  cloître. ,, 
Séduit  par  les  discours  et  les  remontrances  de  ses  proches  , 
Landelin  abandonne  secrètement  la  demeure  de  l'évêque , 
et  cédant  aux  séductions  et  à  la  fougue  des  passions , 
il  se  livra  à  tous  les  désordres  d'une  vie  licentieuse ,  et 
devint  bientôt  criminel  jusqu'à  commettre  des  meurtres  et 
s'associer  à  une  troupe  de  brigands ,  qui  exercèrent  d'af- 
freux ravages  dans  la  contrée  nommée  alors  la  Forêt  Char- 
bonnière ÇSilca  Carhouaria),  et  aujourd'lmi  la  province 
du  Hainaut  ;  il  devint  ainsi  le  fléau  et  la  terreur  d'un  pays 
où  il  devait  être  dans  la  suite  vénéré  comme  un  saint  et 
un  bienfaiteur. 


(  385  ) 

Cependant  le  ciel  ne  permit  point  que  Landeliii ,  qui, 
pour  ne  pas  être  reconnu  ,  avait  changé  son  nom  en  celui 
de  Maurosus,  persévérât  dans  une  conduite  aussi  infâme. 
Le  bon  naturel  du  jeune  homme,  le  sentiment  de  la  religion 
qui  restait  toujours  au  fond  de  son  cœur ,  et  la  profonde 
impression  qu'avaient  laissée,  dans  son  esprit,  les  instructions 
de  S.'  Aubert ,  finirent  par  triompher  des  conseils  et  de 
la  séduction  des  pervers,  et  à  dessiller  les  yeux  deLandelin. 
La  mort  subite  d'un  de  ses  complices  le  toucha  vivement 
et   décida    sa    conversion.    Il  alla  se  jeter   aux  pieds  de 
S.*  Aubert ,  implora  son  pardon  et  se  retira  dans  un  mo- 
nastère où,  sous  l'habit  séculier,  il  se  soumit  à  une  rude 
pénitence.  Lorsque  S.*  Aubert  fut  convaincu  que  le  repentir 
de  Landelin  était  sincère  ,  il  lui  donna  la  tonsnre.  Landelin 
alla  ensuite  visiter  le  tombeau  des  apôtres  à  Rome  ,  et  à 
son  retour  il  fut  ordonné  diacre;   preuve  que  déjà  alors 
l'église  avait  renoncé  à  cette  discipline  sévère,  qui  défendait 
d'admettre  dans  les  ordres ,  tout  homme  qui  avait  commis 
des  crimes  énormes  depuis  son  baptême.  Après  un  second 
voyage  à  Rome ,  LandeUn  reçut  la  prêtrise ,  à  l'âge  de  trente 
ans.  11  travailla  alors  avec  un  zèle  ardent  à  répandre  et  à 
raffermir  la  foi  dans  le  Hainaut ,  où  la  plupart  des  habitants 
étaient  encore  imbus  des  superstitions  du  paganisme.  Après 
plusieurs  années  de  travaux  apostoliques    et  un  troisième 
pèlerinage  au  tombeau  des  apôtres  ,  Landelin  désira  finir  ses 
jours  dans  la  solitude  et  la  prière,  ne  croyant  pas  pouvoir  assez 
expier  les  erreurs  de  sa  jeunesse.  Il  obtint  d'un  seigneur  puis- 
sant, nommé  Ilidulfc,  un  vallon  désert  et  couvert  de  bois  sur 
les  bords  de  la  Sambre  (1)  où  il  jeta,  l'an  652,  les  fon- 


(i)  Erat  auteni  locus  ,  dit  Folcuin  ,  parandis  insidiis  et  lalroci- 
nantibus  apttis;  nain  slctit  diclum  est ,  anectus  est  sylvis  et  exasperalus 
scopuUs;  unde  et  perpétrai»  scelere  non  inueniebatur  hostis  (Folcuiiu 
gesta  abbalium   lobleiis.    A^jud  Udchcry ,  fpic/Ve'g^/uffi ,  tom.  II.)  Dans 


(  386  ) 

déments  de  la  célèbre  abbaye  de  Lobbes  (1).  Le  roi  ClovisII 
se  déclara  le  protecteur  du  monastère  et  lui  concéda 
quantité  de  terres ,  de  fermes  et  de  serfs  ;  de  sorte  que 
du  vivant  de  S.*  Landelin  c'était  déjà  une  des  abbayes  les 
plus  considérables  de  la  Belgique.  S.*  Landelin  n'y  finit 
point  cependant  ses  jours.  Après  avoir  gouverné  pendant 
trente  ans  l'abbaye  de  Lobbes,  il  fit  élire,  pour  second 
abbé,  Ursmer qu'il  avait  élevé  à  la  prêtrise  (2),  et  se  relira 
avec  deux  de  ses  disciples,  Adelendus  et  Domitien  dans  un 
endroit  désert,  aune  lieue  de  la  petite  ville  actuelle  deCondé. 
II  y  fonda,  en  681  ,  l'abbaye  de  Crepin  où  il  mourut  en 
686 ,  en  691  ou  en  703 ,  car  la  date  certaine  de  sa  mort 
est  inconnue.  Outre  l'abbaye  de  Lobbes  et  celle  de  Crepin, 
S.*  Landelin  fonda  encore  celle  d'Aine,  à  cinq  quarts  de 
lieue  de  Lobbes,  et  celle  de  Walers ,  dans  la  Thiérarche, 
supprimée  long-temps  avant  la  révolution  française. 

Nous  laissons  ici  les  légendes  et  la  chronique  de  l'abbaye 
de  Lobbes ,  pour  ne  plus  nous  occuper  que  de  son  histoire 
monumentale  ,  unique  but  de  cet  article.  D'ailleurs  les 
annales  de  ce  monastère  ,  comme  toutes  les  histoires  de 
ce  genre ,  n'offrent ,  à  l'exception  de  la  relation  du  siège 
de  l'abbaye  par  les  Hongrois,  en  954,  et  de  la  visite  dont  le 
pape  Linoncent  II  honora  l'abbaye  de  Lobbes,  en  1131  , 
lorsqu'il  fut  obligé  de  quitter  l'Italie ,  à  cause  du  schisme 
de  Pierre  Léon  ,  ilit  Anaclet  II  ;  n'offrent ,  disons-nous  , 
aucun  fait  remarquable  ;  car  la    relation  fort  détaillée  de 


un  autre  passage  de  la  chronique  de  Lobbes,  Folcuin  fait  un  tableau 
plus  flatteur  de  l'emplacement  de  Tabbaye  de  Lobbes  ,  ti-acé  sans  doute  , 
d'après  l'état  de  ce  lieu ,  au  temps  où  vivait  cet  auteur ,  vers  la  Gn  du 
X.""*  siècle  ,  et  tel  qu'il  se  présente  encore   de  nos  jours. 

(i)  La  petite  chronique  de  Lobbes  publiée  par  Martene  et  Durand, 
fixe  à  l'an  637  ^"^  fondation  de  cette  abbaye;  c'est  là  une  grave  erreur. 

(2)  Ce  furent  Pépin  dTIerstid  et  Hidulle  qui  engagèrent  S.'  Ursmer 
à  accepter  la  dignité  d'abbé  de  Lobbes. 


(387  ) 

toutes  les  (lissen lions  et  querelles  monacales  qui  en  occu- 
pent la  majeure  partie,  ne  nous  importent  guère  aujourd'hui. 
S.*Ursmer,  successeur  de  S.*  Landelin,  acheva  et  fit,  le 
16  août  de  l'an  697,  la  dédicace  de  la  première  église 
abbatiale  ,  commencée  par  S.*  Landelin  ,  en  l'honneur  des 
SS.  Pierre  et  Paul  et  de  tous  les  apôtres  (1).  L'abbaye  de 
Lobbes  ayant  acquis ,  dans  les  deux  siècles  suivants ,  d'im- 
menses richesses  (2),  l'église  élevée  par  S.^  Landelin  et 
S.' Ursmer ,  parut  peu  digne  d'un  monastère  qui,  dès  lors, 
était  compté  au  nombre  des  plus  considérables  de  l'Europe. 
Elle  fut  démolie  et  rebâtie  avec  plus  de  magnificence  sous 
l'abbé  Francon,  en  837  ,  et  achevée  au  commencement  du 
X.™^ siècle,  sous  l'abbé  Etienne,  dixième  évèque  de  Liège  (3). 
Folcuin  vante  la  beauté  de  cet  édifice  et  la  régularité  de 
son  architecture.  C'était  selon  lui,  la  plus  belle  de  toutes 
les  églises  de  la  contrée  (4).  Les  Hongrois  que  Conrad,  diic 


(i)  Folcuinus,  de  gestis  dbhatum  lobiensium  c.  4-  apud  Dacliery, 
spicilegium  ,  tom.  II. 

(2)  Elle  possédait  en  888  jusqu'à  id3  villages  qui  donnèrent  naissance 
à  la  puissance  temporelle  de  rabba3'e  de  Lobbes  ,  unie  depuis  l'an 
890  à  révêchc    de  Liège. 

(3)  L'abbaj^e  de  Lobbes  fut  du  petit  nombre  des  établissements  religieux 
de  la  Belgique  qui  échappèrent  aux  ravages  des  Normands.  Les  moines 
avaient  mis  leurs  reliques  en  sûreté  dans  le  château  de  Thuin. 

(4)  Ecclesiam  priorem  ,  si  meminît  lector  prudens ,  sub  Pippino 
principe  à  sanclo  Ursmaro  factam  jam  suprà  diximus  diemqiie  dedi- 
cationis  ejus  V  kalendis  septembris  (plus  haut  il  dit  le  XVII  des 
calendes  de  septembre)  annotavimus  :  quœ  crescente  copia  rerum 
per  munificentiam  regum  seu  cœlerorum  Jidelium,  quia  loci  nobilitati 
parva  et  minus  apta  videbatur ,  destructa  et  funditus  eversa  est  et  isla 
quœ  nunc  est  elegantioris  formœ  et  speciei  œdijicata  ,  quœ  ad  id  opus 
columnis  undecumque  currasis ,  cum-ùasibus  et  epistyliis ,  seu  cœteris 
latomorutn  vel  cœinentarioruni  disciplinis  pro  inoduli  sut  quanlilate 
omnibus  circuni  se  positis  est  iiicomparahilis ,  quod  quia  oculata  , 
ut  aiunt ,  fuie  probatur ,  hœc  salis  sit  letigisse  {Folcuinus  de  gestis 
abbal  lublens.    c.    18.  ) 


(  388  ) 

de  Franconie  et  de  Lorraine  avait  appelés  contre  Régnier, 
comte  de  Hainaut ,  pillèrent  en  954  l'abbaye  de  Lobbes. 
Ils  brûlèrent  l'église  de  S.*  Paul ,  mais  ne  purent  se  rendre 
maître  du  trésor  et  des  autres  effets  les  plus  précieux ,  que 
l'abbé  Erluin  avait  eu  soin  de  mettre  en  sûreté,  avant 
l'arrivée  de  ces  barbares  (1).  Le  savant  Folcuin ,  successeur 
d'Erluin  ,  qui  était  décédé  en  965 ,  et  auteur  d'une  histoire 
de  l'abbaye  de  Lobbes ,  mit  tous  ses  soins  à  réparer  les 
dommages  causés  par  les  Hongrois  et  à  rendre  ,  à  cette 
abbaye,  son  ancien  lustre  et  son  ancienne  splendeur.  Il 
construisit  un  nouveau  réfectoire ,  précédé  d'un  vestibule 
où  un  acqueduc  souterain  alimentait  une  fontaine,  dont 
l'eau  jaillissait  par  quatre  conduits  ;  il  répara  l'église  de 
S. ^  Paul,  brûlée  par  les  Hongrois ,  et  y  joignit  une  infirmerie; 
il  agrandit  et  embellit  les  cloîtres ,  et  enrichit  l'église  d'orne- 
ments d'un  grand  prix  ,  parmi  lesquels  on  comptait  une  table 
d'argent  pour  le  grand  autel ,  une  seconde  table  d'argent 
pour  l'autel  de  la  S.'''  Croix ,  avec  une  image  du  Sauveur,  que 
Folcuin  lui-même  tenait  pour  un  ouvrage  incomparahle  ; 
enfin  un  pupitre  en  bronxe ,  pour  la  lecture  de  l'évangile , 
ayant  la  forme  d'un  aigle ,  et  d'un  travail  précieux  pour 
cette  époque  (2).  Le  célèbre  historien  des  évéques  de  Liège, 


(i)  Folcuinus,  G.  26. 

(2)  Ecclesia  quia  satis  per  se  elegans  erat,  ut  in  ornamentis  ele- 
gantior  redderelur  operam  dédit  ^  qiiam  de  pulchrâfecitpulcherrimam; 
cujus  altaris  tahulam,quia  nulla  erit,fecit  argenteam,  domum  îpsam 
altaris  et  laquear  ipsiiis  optime  pinxit;  pulpitiim  quoqiie  evangelli 
iali  modo  fecit ,  ut  essent  quatuor  emicedia  altrinsecus  è  regione  in 
modum  crucis  posita ,  quœ  ex  œre  duclilia  ,  et  ad  libitum  artificis 
per  loca  scalprala  et  deaurata,  postibus  undiquè  secùs  deargentatis  : 
in  septemtrionali  parte  fusilem  habent  aquilam  optimè  deauratam  , 
quœ  interdum  ahis  siringit,  interduui  alis  extensis  capacem  evan- 
geltorum  codici  locum  pandit ,  colloque  quasi  prolibilu  artijiciose  ad 
audienduin  retorlo    et  iteruin  reduclo ,  immissis  prunis  fragranliam 


(  389  ) 

Hariger,  qui  succéda  à  Folcuin  dans  la  dignité  d'abbé  de 
Lobbes  ,  prit  aussi  un  soin  particulier  de  tout  ce  qui 
concernait  l'embellissement  de  son  monastère.  Il  commença 
ou  continua  l'entière  restauration  de  l'église ,  l'agrandit  à 
l'ouest  d'une  nouvelle  chapelle  dédiée  à  S.*  Benoit ,  et 
l'enrichit  de  nouveaux  ornements  (1),  Deux  autres  abbés  de 
Lobbes,  au  XI. '"'^ siècle  ,  montrèrent  le  même  goût  pour 
les  arts  et  le  même  zèle  pour  accroître  la  splendeur  de 
l'abbaye;  ce  furent  Ingobrand  qui  avança  beaucoup  la 
restauration  de  l'église  abbatiale ,  et  Adelard  qui  l'acheva 
entièrement  et  qui  bâtit  le  portique  des  cloîtres  (2).  Cepen- 
dant s'il  faut  en  croire  la  petite  chronique  de  Lobbes , 
publiée  par  Martene  et  Durand  ,  cette  église  était  construite 
de  matières  assez  viles  ,  et  ne  fut  rebâtie  en  pierres  et  cou- 
verte en  tuiles  qu'en  1 162  (3).  Les  continuateurs  de  Folcuin 
ne  font  pas  mention  de  cette  particularité.  Ils  rapportent 
seulement,  que,  dans  ce  siècle,  l'abbé  Fulcard  fit  construire 
en  pierres  la  voûte  du  sanctuaire  qui ,  antérieurement,  n'était 
que  de  bois ,  et  qu'il  l'orna  de  peintures  (4).  On  pourrait 
croire  cpie  c'est  ce  travail  que  la  petite  chronique  de  Lobbes 


superîmpositi  thuris  emitlit.  In  occidentali  autem  parle  ejitsdem 
amhunîs  versus  popuîum  fecit  altare  in  honorem  sanctœ  crucis ,  et 
omnium  sanctorum  ,  cui  et  tahulam  argenlcam  anteposuit,  et  de  super 
vivificam  illam.  dornini  imaginent ,  quam  nostris  adhuc  terris  incom- 
parabilem  ipse  quemdam  ut  faceret  magno  pretio  locaverat ,  erexit. 
(Folcuinus  ,  c.   29). 

(i)  Continuatio  Folcuini  de  gestis   ahhatum  Lohiensium. 

(2)  Ihid/ 

(3)  1 162.  Hoc  anno  ecclesia  lobiensis  quœ  prius  ligneis  ac  vilibus 
tegulis  operta  fuerat  lapideis  et  tegulis  ornari  cœpit.  (Brève  chroiiicon 
lobiense,  apud  Martene  et  Durand,  thcs.  nov.  anecdot.  toni.  III.  p.  i4o90 

(4)  Quo  etiam  tempore ,  idest  suh  Fulcardo  ahhate  ,  altaris  dtmius 
antiquitus  laquearibus  ligneis  compacta ,  nouissimd  verù  templi 
renovatione  lapidea ,  crepidine  cumulalû,  Barnardi  studio  diligentcr 
et  decenler  depicla  est  (  Coiiliii.  Folcuiin.  ) 


(  390  ) 

a  voulu  désigner,  si  Fulcard  n'était  pas  mort  en  1 107.  Il  y  a 
peut-être  erreur  de  date  dans  cette  chronique. 

Sous  l'abbé  Leonius ,  au  commencement  du  XII. "^^  siècle , 
l'abbaye  de  Lobbes  cpii  possédait  naguère  tant  de  richesses , 
qu'elle  pouvait  passer  pour  le  monastère  le  plus  opulent 
de  la  Belgique ,  fut  réduite  ,  par  la  négligence  et  une 
mauvaise  administration  ,  dans  un  état  tellement  déplorable , 
que  les  moines  avaient  à  peine  de  quoi  subsister.  Mais 
Lambert ,  successeur  de  Leonius  ,  parvint  par  une  sage 
administration,  à  rendre  à  ce  célèbre  monastère  toute  sa 
splendeur  (1).  II  répara  les  bâtiments  claustraux  qui  tom- 
baient en  ruines  ,  et  reconstruisit  l'infirmerie  et  l'oratoire 
de  S.*  Paul  (2).  L'abbé  Francon  continua  l'ouvrage  com- 
mencé par  son  prédécesseur,  il  fit  refaire  toutes  les  construc- 
tions, en  bois,  des  cloîtres  et  du  réfectoire  ,  et  fit  embelHr 
la  salle  de  lecture  des  moines.  Le  silence  des  annalistes  de 
Lobbes  semble  prouver  que  pendant  les  XIII. "^"^ ,  XIV.™^et 
XV. ""'^  siècles ,  il  fut  peu  travaillé  à  l'embellissement  des 
bâtiments  du  monastère.  Les  continuateurs  de  Folcuin 
rapportent  seulement  que  l'abbé  Robert,  mort  en  1217, 
ajouta  de  nouvelles  constructions  à  l'abbaye,  sans  spécifier 
lesquelles.  On  lit  encore  dans  la  petite  chronique  de  Lobbes, 
que  le  pont  en  pierres  qui  existe  sur  la  Sambre ,  près  du 
monastère,  fut  construit  par  ordre  de  l'abbé  Jean,  en  1239. 
Ce  pont  existait  dès  le  X.^^*^  siècle,  mais  en  bois,  il  s'affaissa 
alors  sous  la  multitude  de  peuple  qui  se  rendait  à  l'église  un 
jour  de  fête  (3).  Il  tomba  une  seconde  fois,  et  fut  recons- 
truit en  11 40  (4).  Ce  ne  fut  qu'après  une  troisième  catastrophe 
sembla! )lc  ,  arrivée  en  1236,  qu'il  fut  rebâti  en  pierres  tel 


(i)  Ipcril  cliroi).  S.  Bcrllni ,   c.  /|3. 

(2)  Conlin.  Fulcuiiii. 

(3)  Folcu'nus  ,   c.  .'j'î. 

(4)  Contin.   Folcuini  in  abbat.  Joaimcm  I. 


(391  ) 

qu'il  existe  peut-être  encore  de  nos  jours.  Ses  arches  sont 
ogives,  d'une  construction  ancienne  et  très  solide  (1). 

L'an  1541  un  terrible  incendie  détruisit  de  fond  en 
comble  leglise  et  tous  les  bâtiments  claustraux  de  l'abbaye 
de  Lobbes.  La  perte  des  objets  d'art,  d'un  prix  inestimable 
}>ar  leur  ancienneté  et  la  beauté  du  travail ,  dont  cette  opu- 
lente abbaye  avait  été  enrichie  pendant  une  longue  suite 
de  siècles ,  est  sans  doute  à  déplorer  ;  mais  la  perte  que 
firent  les  lettres  dans  cette  catastrophe  fut  plus  grande 
encore  ;  car  alors  périt  toute  entière  la  bibliothèque  de 
Lobbes ,  une  des  plus  anciennes  et  des  plus  riches  en 
manuscrits  de  l'Europe  (2).  Elle  avait  été  commencée 
vers  l'an  9G6  par  le  célèbre  Folcuin  (3)  et  n'avait  pas 
cessé  de  s'accroître  par  les  soins  de  ses    successeurs  (4), 


(i)  Le  moulin  de  l'abbaye  de  Lobbes,  bâti  sur  la  Sambre  pies  de 
ce  pont,  existait  déjà  probablement  au  IX.""*  siècle  (Folcuiiius,  c.  12). 

(2)  Anno  i54i.  Miserahilis  ecclesiœ  et  monasterii  lohiensis  con- 
Jlagratio  in  quaperiit  insignis  illa  hibliotheca  numquam  salis  laudata 

et  multa  insignia  ipsius  ecclesiœ  (brève  chron.  lob.) 

(3)  Folcuinus ,  c.  ag. 

(4)  Particulièrement  l'abbé  Lambert  et  Francon ,  son  successeur. 
Les  continuateurs  de  Folcuin  disent  de  Francon  :  Multiplicandis 
in  armario  libris  ,  maxime  iis  qui  glossati  sunt  et  modernorum  ma- 
gistrorum,  opère  conditi  ,  iam  ipse  quam  prœdecessor  ejus ,  operam 
dédit.  Les  bénédictins  Martene  et  Durand  ,  ne  font  pas  un  pareil  éloge 
de  l'abbé  de  Lobbes  qui  gouvernait  ce  monastère  au  commencement  du 
siècle  dernier  ,  lorsque  ces  religieux  visitèrent  l'abbaj-e  .  ■"  Pour  la 
bibliothèque,  écrivent-ils  ,  il  nous  fut  impossible  d'y  entrer.  L'abbé  occupé 
à  recevoir  la  princesse  de  Nassau,  nous  renvoya  à  son  prieur,  qui  nous 
mena  dans  son  jardin  ,  où  il  nous  fit  voir  beaucoup  de  puérilités. 
Nous  les  vîmes  par  complaisance  ;  mais  nous  gémissions  dans  le  fond 
du  cœur  de  voir  de  telles  occupations  à  un  homme  qui  tient  aujuurd'Jmi  la 
place  que  tant  de  saints  et  de  savants  religieux  ont  autrefois  si  dignement 
remplie,  „  (  Voyage  litter.  de  deux  religieux  bénédictins  de  la  congrég. 
de  S.'  Maur  ,  tom.  II.   p.   -211.) 


(  392  ) 

la  plupart  hommes  de  mérite ,  et  par  ceux  des  savants  reli- 
gieux qui  enseignèrent  les  belles  lettres  et  les  sciences , 
dans  les  écoles  de  Lobbes  ,  comptées  pendant  le  IX."^^ , 
IeX.°^°,  le  Xl.^"  et  le  XII."^^  siècle,  au  nombre  des  plus 
célèbres  institutions  scientifiques  de  l'Europe  ,  et  qui,  alors, 
n'étaient  pas  moins  fréquentées  que  celles  de  la  cathédrale 
de  Liège  à  lafpjclle  ,  comme  on  l'a  dit ,  se  trouvait  unie 
l'abbaye  de  Lobbes  depuis  le  IX.™®  siècle  (1). 


(i)  Parmi  les  hommes  les  plus  savants  qui  fleurirent  à  Lobbes , 
pendant  le  X.™^,  le  XL"^^  et  le  XII. ""^  siècle,  comme  simples  moines, 
ahbés  ou  professeurs  ,  on  compte  :  l'abbé  Anson ,  Francon  abbé  (le 
Lubbes  et  évêque  de  Liège,  philosophe ,  rhéteur ,  poète  et  habile  dans 
la  musique  ;  Etienne ,  son  successeur ,  comme  abbé  et  évêque ,  versé 
(1;>DS  la  musique  et  la  litm-gie  ,  et  qui  fit  fleurir  les  écoles  de  Liège  et 
de  Lobbes  où  il  forma  un  grand  nombre  de  disciples  dignes  de  leur  maître, 
entre  autres  Ratliier  ,  homme  d'une  profonde  érudition  ,  possédant  les 
langues  anciennes,  et  auteur  d'un  grand  nombre  d'ouvrages.  Il  fut  tour- 
à-tour  moine  de  Lobbes,  évoque  de  Vérone  et  de  Liège,  professeur  dans 
les  écoles  de  Lobbes,  abbé  de  S.^  Amand,  d'Aine  et  d'Hautemont.  La 
rudesse  de  ses  mœurs ,  la  violence  de  son  caractère  et  ses  sanglantes  diatri- 
bes contre  les  mœurs  déréglées  du  clergé  ,  le  rendirent  odieux  et  le  firent 
chasser  de  Liège  et  de  Vérone.  L'abbé  Aletran  joignait  à  l'éloquence  un 
grand  fond  d'érudition  sacrée  et  profane.  Son  successeur  Folcuin  ,  auteur 
lia  la  clironique  de  Lobbes ,  écrivait  le  latin  avec  plus  de  pureté  que 
Li  plupart  de  ses  contemporains.  Ilariger,  écolàtre  et  abbé  de  Lobbes,  est 
aateur  d'une  histoire  estimée  des  évèques  de  Liège  et  de  plusieurs  autres 
ouvrages  en  prose  et  en  vers.  Ingobrand,  successeur  d'Hariger ,  composa 
plusieurs  légendes  et  cantiques.  Vers  le  même  temps  fleurit  Adelbolde  , 
chanoiiic  de  S.'  Ursmer  et  depuis  chancelier  de  l'empereur  Henri  et  évêque 
d'Utrecht.  Son  érudition  était  si  universelle  ,  qu'on  le  mettait  de  pair 
avec  les  savants  les  plus  célèbres  de  son  temps.  A  la  même  époque  vivaient 
aussi  Thierri ,  écolàtre  des  petites  écoles  de  Lobbes,  depuis  écolàtre  à 
l'abbaye  de  Stavelo  et  à  S.'  Vanue  où  il  enseigna  avec  éclat,  enfin  abbé 
de  S.'  Iluljert  en  Ardenne,  où  il  rétablit  les  études  ,  et  S.' Burchard  , 
évêque  de  Worms,  qui  fut  élevé  et  instruit  dans  les  écoles  de  Lobbes. 
L'abbé  Hugues  II ,  successeur  d'Ingobrand  ne  le  céda  pas  en  science  et 
en  ainour  des  lettres  à  ses  prédécesseurs.  Il  fut  un  de  ceux  qui  mirent  le 


(  393  ) 

A  l'époque  où  l'abbaye  de  Lobbes  fut  brûlée  ,  imc  foule 
(le  monuments  religieux  étaient  lombes  cl  tombaient  encore, 
tous  les  jours ,  sous  la  hache  des  fanatiques  sectateurs  de 
Cahin ,  et ,  ce  qui  est  remarquable  ,  c'est  qu'à  cette  époque 
si  fatale  aux  beaux  arts  et  aux  ordres  monastiques  ,  les 
religieux  de  Lobbes  osèrent  concevoir  et  exécuter  le  projet 
de  relever  leurs  cloîtres  et  leur  église,  avec  une  magni- 
ficence qui  devait  en  faire  un  des  monuments  les  plus 
extraordinaires  de  la  Belgique.  Chez  eux  l'amour  des  arts 
devait  l'emporter  sur  la  crainte  des  iconoclastes ,  qui  déjà 
commençaient  à  lever  la  tête  et  à  parler  haut  en  Belgique. 
L'église ,  la  partie  la  plus  remarquable  des  nouveaux  bâti- 
ments ,  fut  même  commencée  et  achevée  dans  un  temps 
ou  le  calvinisme  avait  déjà  triomphé  dans  cette  contrée,  dont 
la  plupart  des  abbayes  n'offraient  plus  qu'un  triste  amas 


plus  de  zèle  à  accroître  la  bibliothèque  tlu  monaslëre.  L'abbé  Léon  fit 
beaucoup  pour  maintenir  la  discipline  monastique  ,  mais  il  eut  le  tort  de 
vouloir  supprimer  les  écoles  destinées  à  l'instruction  des  séculiers ,  sous  le 
faux  préteste  que  cette  institution  était  nuisible  à  la  religion  :  Tandem, 
disent  les  continuateurs  de  Folcuin ,  eadem  quoque  non  dicendâ  religione 
sed  superstitione  ,  etiam  scholarum  studium  célèbre  semper  apud  nos 
habitum  de  cœtero  interdixit ,  dum  scilicet  tantas  ac  taies  sperat 
convertere ,  ut  erudiensis  pueris  (  quasi  hoc  religioni  debeat  esse 
contrarium)  non  sit  ulterius  opus  intendere.  Lambert ,  successeur  de 
Léon  ,  montra  plus  de  goût  pour  les  belles  lettres.  Il  possédait  le  latin  , 
le  roman  et  le  tudesque ,  et  passait  pour  un  des  hommes  les  plus 
éloquents.  Pour  n'être  pas  trop  prolixe  et  parce  que  cet  article  n'a 
proprement  pour  but  que  l'histoire  monumentale  de  l'abbaye  de  Lobbes , 
nous  nous  contenterons  de  citer  encore,  parmi  les  savants  qui  fleurirent 
dans  ce  monastère  avant  le  XIIL™' siècle  ,  l'abbé  Francon  ,  successeur 
de  Lambert ,  l'abbé  Fulcard ,  Gérard  ,  depuis  cardinal  et  légat  du  pape , 
Vazon  ,  chapellain  de  l'évéque  Notger  et  de  l'empereur  Conrad,  écolàtre  , 
archidiacre  et  prévôt  de  Liège,  et  évoque  de  cette  ville  en  io4i,  enfin 
Olbert ,  écolàtre  à  Worms  et  abbé  de  Gembloux  en  tioi.  On  a  de  lui 
un  recueil  de  canons  et  de  cantiques  et  plusieurs  légendes   de    saints. 


(394  ) 

de  cendres  et  de  décombres.  La  construction  d'un  édifice 
aussi  dispendieux  que  le  fut  le  nouveau  monastère  de 
Lobbes ,  ne  put  être  terminée  qu'après  un  espace  de  temps 
assez  considérable.  L'église  ne  fut  commencée  qu'en  1568. 
Elle  fut  achevée  huit  ans  après  et  consacrée  parle  suffragant 
de  l'archevêque  de  Malines ,  le  27  mai  1576  (1).  L'abbé 
Chappron  eut  l'honneur  d'entreprendre  et  de  terminer  ce 
grand  ouvrage.  Un  poète  français  du  XVI.™^  siècle  s'exprime 
de  la  manière  suivante  sur  l'incendie  et  la  reconstruction 
de  l'abbaye  de  Lobbes  : 

Mil  quarante  sis  dessus  cinq  cent  (2) 

En  juin  avint  feu  fortuit , 

De  telle  furie  tant  véhément , 

Que  tout  le  cloistre  bru.-Ia  subit. 

Les  cloches  ,  les  orgues ,  les  sièges ,  les  libres 

Beaux  et  de  grande  antiquité  , 

En  dortoir,  réfectoir,  cuisines 

Ce  qui  estoit  fut  animé  , 

Chappron  sur  l'espace  de  vingt  ans 

Dressa  ce  beau  vaisseau  d'église  (3) 

Lequel  François  bien  décorant, 

Employé  esprit  et  les  mises  (4). 

Les  nouveaux  bâtiments  de  Lobbes  étaient  une  des  con- 
structions les  plus  belles  et  les  plus  hardies  du  style  gothi- 
que, dit  Tertiaire  ou  Flanihoyant ,  mélange  singulier  du 
gothique  secondaire  et  (hi  style  grec  de  la  renaissance, 
architecture  fantasque ,  bizarre ,  moins  noble  et  moins 
grandiose  peut-être  que  le  gothique  pur ,  mais  plus  gra- 


(i)  Brève  chron.  lob. 

(2)  La  petite  chronique  de  Lobbes  indique  Tan   i34'' 

(3)  C'est  le  temps  que  gouverna  l'abbé  Chappron  _,  mais  la  construc- 
tion de  réalise  ne  dura  que  liait  ans. 

(4)  Mises  sans  doute  pour    muses.   Le  poète    s'est   cru  permis   cette 
licence  poétique,   un   ptu  lorte,  pour  avoir  la  rime. 


(  395  ) 

cieuse ,   plus  svcUc ,  plus  délicate  et  surtout  plus  hardie. 
L'église  abbatiale  de  Lobbes  était  l'idéal  de  cette  arcliitec- 
lure  qui  ne   fut  en  Togue  qu'un  petit  nombre  d'années  , 
et  disparut  bientôt  devant  l'architecture  plus  sévère  et  plus 
iinposanle   des  Grecs  et  des  Romains.  L'église  de  Lobbes 
était  moins  remarquable  à  l'extérieur  qu'à  l'intérieur  pour 
lequel  on   semblait  avoir  réservé  tous  les  ornements.  Ce 
n'était  pas  non  plus  la  vaste  étendue  du  bâtiment  qui  frap- 
pait le  spectateur.  Cette  église  formait  un  vaisseau  d'environ 
150  pieds  de  longueur,  divisé  en  trois  nefs  ,  de  largeur  et 
de  hauteur  égales;  elles  étaient  soutenues  et  formées  par 
deux  rangs  de  colonnes  en  faisceaux  ,  d'une  extrême  ténuité 
et  qui  s'élançant  en  forme  de  palmier ,  se  ramifiaient  à  leur 
sommet  pour  former  les  nervures  de  la  voûte  de  l'édifice , 
divisée  en   nombreux  compartiments  ,    fort  surbaissée    et 
construite  en  anse-de-panier.  Les  colonnes ,  les  corniches , 
les  riches  découpures  des  grandes  et  belles  fenêtres,  et  les 
nervures  des   voûtes   étaient   bâties   en   pierre  bleue;  les 
compartiments  des  voûtes  et  les  grosses  constructions  l'étaient 
en  briques.  Comme  l'église  de  St.  Waudru  à  Mons ,  celle 
de  Lobbes  avait  conservé  la  couleur  naturelle  des  pierres  et 
n'avait  point  été  défigurée  par  un  ignoble  badigeonage , 
ornement  tout  à  fait  bourgeois  et  industriel ,  mais  qui  ne 
convient  guère  à  un  temple  ou  à  un  palais.  Quant  aux  or- 
nements d'architecture  de  l'église  de  Lobbes ,  d'après  les 
faibles  débris  qui  en  existent  encore ,  nous  avons  jugé  que 
les  détails,  comme  l'ensemble  de  ce  monument,  présentaient 
des  proportions  également  régulières ,  pures  et  gracieuses. 
La  coupe  et  l'appareil  des  pierres  ne  laissaient  rien  à  désirer. 
L'impression  qu'on  éprouvait  en  entrant  pour  la  première 
fois  dans  ce  temple  auguste,  était  l'admiration  et  la  crainte. 
On  était  émerveillé  de  la  hardiesse  de  cette  construction;  on 
s'arrêtait  involontairement  à  l'entrée  du  portail  ;  on  ne  con- 
cevait point  que  des  colonnes  si  grêles,  si  élancées  pussent 


(  396  ) 

soutenir  le  poids  de  triples  voûtes,  dont  la  pesanteur  était 
encore  accrue  par  les  nervures  saillantes  de  ces  comparti- 
ments multipliés,  qu'on  retrouve  dans  tous  les  édifices  du 
gothique  tertiaire  ;  on  était  porté  à  croire  à  la  prédiction 
de  l'archiduc  Albert  qui,  pendant  son  séjour  au  château 
de  Marimont ,  visitant  pour  la  première  fois  l'abbaye  de 
Lobbes,  s'écria  en  pénétrant  dans  l'église  :  A  oc  ^ewt^^/M/n. 
eril  sepidcrmn  monachorum.  Mais  bientôt  la  crainte  fai- 
sait place  à  l'étonnement ,  et  après  avoir  admiré  cet  œuvre 
merveilleux  du  génie  ,  on  désirait  connaître  le  nom  de  l'ar- 
tiste qui  éleva  cet  édifice  pompeux.  Hélas  !  le  nom  de  l'ar- 
chitecte de  l'église  de  Lobbes  nous  est  aussi  peu  connu 
que  celui  des  architectes  de  l'hôtel-de-ville  et  de  l'église 
de  S.*  Pierre  à  Louvain  ,  de  l'église  de  S.*<^  Gudule  et  de  la 
chapelle  démolie  de  l'ancienne  cour  brûlée  de  Bruxelles, 
de  l'hôtel-de-ville  d'Ypres ,  de  la  cathédrale  de  Malines  et 
de  tant  d'autres  monuments  qui  excitent  encore  notre  ad- 
miration et  notre  étonnement.  Cependant  le  nom  de  l'archi- 
tecte de  l'église  abbatiale  de  Lobbes  aurait  dignement 
terminé  la  longue  liste  des  artistes  du  moyen-âge ,  qui  éle- 
vèrent cette  foule  de  monuments  qui  ornent  le  sol  de  la 
Belgique  ;  mais  la  plupart  nous  sont  restés  inconnus , 
tandis  que  nous  ne  manquons  pas  de  détails  prolixes  sur  tel 
et  tel  moine,  auteur  d'un  livre  ascétique  ou  de  quelque 
rapsodie  scolustique  snr  les  rémiûc  et  les  nominaux. 

Les  cloîtres  de  l'abbaye  de  Lobbes ,  élevés  par  le  même 
artiste  qui  donna  les  plans  de  l'église,  n'étaient  pas  con- 
struits avec  moins  de  magnificence  que  cette  dernière  ;  ils 
formaient  les  côtés  d'un  carré  décoré  de  portiques  à  arcades 
ogives  d'une  charmante  proportion ,  et  ressemblaient ,  par 
leur  élévation  et  leur  largeur,  aux  nefs  d'une  église  (1). 


(i)  IliiiôiMu-c  de  Tabbé  de  Fcllcr  ,   lom.  II.  p.  ^98. 


(  397  ) 

L'abbaye  de  Lobbcs  fut  le  dernier  monument  important 
d'architecture  gothique  construit  en  Belgique.  Elle  atteste 
que  ce  bel  art  ne  dégénéra  pas  dans  notre  patrie,  et  que  les 
artistes  du  XVI-^  siècle  qui  élevèrent  cet  édifice,  l'église 
de  S.*^  Waudru,  la  Chapelle  de  la  vieille  cour  à  Bmxelles 
et  l'hôtel-de-ville  d'Audenarde  ,  étaient  dignes  de  ceux 
qui,  dans  les  siècles  précédents,  construisirent  les  églises 
de  S.*'=  Gudule  à  Bruxelles ,  de  S.*  Pierre  à  Louvain ,  de 
S.*  Rombaut  à  Malines ,  de  S.*  Gommaire  à  Liere ,  de  Notre- 
Dame  à  Hal ,  de  S.*  Martin  à  Alost ,  de  S.*  Paul  à  Liège  ,  de 
l'abbaye  de  Villers ,  le  chœur  et  le  portail  de  la  cathédrale 
de  Tournai,  les  hôtels-de-ville  d'Ypres ,  de  Louvain  et  de 
Bruxelles. 

L'abbaye  de  Lobbes  qui  avait  échappé  au  génie  de- 
structeur des  iconoclastes  du  XVL«  siècle ,  devint  la  proie 
de  celui  des  régénérateurs  politiques  du  XVIIL^  Dans  la 
retraite  de  l'armée  française  en  1793,  la  horde  dévasta- 
trice commandée  par  l'infâme  Charbonnier,  général  ja- 
cobin de  l'accabit  des  Rossignol ,  des  Ronsin  ,  des  Santerre , 
des  Henriot  et  de  tant  d'autres  brigands  ineptes ,  réduisit 
en  cendres  ce  célèbre  monastère ,  le  jour  même  qu'elle 
mit  le  feu ,  en  plus  de  vingt  endroits ,  à  l'abbaye  d'Aine 
située  à  une  lieue  et  demie  de  celle  de  Lobbes,  et  un 
des  plus  beaux  monastères  de  l'Europe.  Ainsi  périt,  sous 
la  hache  et  la  torche  révolutionnaires ,  cette  institution 
monastique  qtii  avait  rendu  de  si  émincnts  services  à  l'agri- 
culture ,  aux  lettres  et  aux  arts.  Le  dernier  monument  de 
l'architecture  du  moyen-âge  élevé  en  Belgique,  fut  le 
premier  par  lequel  les  modernes  Vandales  commencèrent 
leurs  exploits  dévastateurs  dans  cette  contrée. 

Lorsque  nous  visitâmes,  au  mois  d'août  de  l'année  1834, 
les  ruines  de  l'abbave  de  Lobbes ,  nous  ne  reconnûmes 
l'emplacement  de  l'église  qu'à  un  amas  confus  de  colonnes 
et  de  corniches  brisées  et  calcinées  par  le  feu.  Il  ne  restait 

27 


(  398  ) 

plus  de  vestiges  de  sa  tour  cariée,  en  pierres  de  taille, 
ni  du  palais  abbatial.  Les  cloîtres  avaient  totalement  dis- 
paru, à  l'exception  d'un  pan  de  mur  qui  lui-même  devait 
être  abattu  dans  l'aulome  suivant  ;  de  sorte  que ,  dans 
quelques  années ,  l'emplacement  de  tous  ces  édifices  n'offrira 
plus  qu'une  campagne  rase  et  nue.  Les  seuls  bâtiments 
restés  intacts  sont  les  beaux  et  vastes  communs ,  bâtis  au 
siècle  dernier  et  aujourd'hui  convertis  en  deux  corps  de 
ferme.  La  canalisation  de  la  Sambre  ,  en  facilitant  les 
transports,  n'a  pas  peu  contribué  à  la  prompte  disparition 
des  ruines  de  l'abbaye  de  Lobbes.  Depuis  l'exécution  de 
cet  ouvrage  hydraulique  ,  les  ruines  de  l'abbaye  d'Aine  qui 
avaient  résisté ,  pendant  quarante  ans ,  aux  intempéries 
de  l'air  et  aux  ravages  du  temps ,  commencent  aussi  à  dis- 
paraître peu-à-peu.  Dans  quelques  années  ,  elles  cesseront  de 
faire  l'admiration  de  tous  les  voyageurs. 

Au  sommet  d'une  colline  très-escarpée ,  au  pied  de  la- 
quelle gisent  les  ruines  de  l'abbaye  de  Lobbes,  s'élève 
un  humble  oratoire ,  peu  connu,  peu  visité  par  le  voyageur, 
mais  qui  n'en  est  pas  moins  un  de  nos  monuments  les  plus 
rares  et  les  plus  intéressants,  et  peut-être  l'édifice  reli- 
gieux le  plus  ancien  existant  de  nos  jours  en  Belgique. 
Cet  antique  oratoire,  c'est  l'église  paroissiale  du  village 
de  Lobbes ,  qui,  par  son  site  romantique  ,  est  un  des  lieux  les 
plus  pittoresques  du  royaume.  Cette  église  dépendait  autre- 
fois de  l'abbaye.  Elle  fut  construite  par  S.*  Ursmer ,  pour 
servir  de  sépulture  aux  religieux  et  d'oratoire  aux  habitants 
du  voisinage ,  surtout  aux  femmes  à  qui  il  était  défendu  d'en- 
trer dans  l'égUse  abbatiale,  si  ce  n'est  à  certains  jours 
de  l'année  (1).  Lorsqu'on  954 ,  les  moines  de  LobJjcs  reçurent 


(i)  Quant  fccZesJa/ra  (  abbatialem  )  nequaquain  passas  pollui  cnda- 
veribus  mortuorum ,  fecit  allam  in  honore  Sanctœ  Rlariœ  in  niunlis 
vertice  ,  cui  suhjacet  prœdiclum  monasterium  ;  uln  cœineterium  con- 


(  399  ) 

l'avis  que  les  Hongrois  paraîtraient  bientôt  devant  leur 
monastère,  ne  se  croyant  })as  en  sûreté  dans  ce  dei-nier, 
ils  se  retirèrent  sur  la  colline.  Ils  entourèrent  1  église  de 
S.'''  Marie  de  palissades,  en  barricadèrent  la  porte  et  s'y 
retranchèrent  comme  dans  un  fort.  Les  Hongrois ,  après 
avoir  pillé  et  dévasté  l'abbaye,  vinrent  les  y  attaquer.  Après 
avoir  soutenu  courageusement  plusieurs  assauts,  les  moines 
allaient  être  accablés  par  les  forces  supérieures  de  l'ennemi. 
Déjà ,  celui-ci  allait  forcer  les  derniers  retranchements , 
lorsque ,  ô  prodige  !  on  vit  s'élancer  de  la  porte  de  l'église 
deux  colombes  blanches  qui  volèrent  trois  fois  autour  de 
l'armée  des  assiégeants.  Ce  miracle ,  auquel  peut-être  les 
moines  n'étaient  pas  étrangers ,  frappa  l'esprit  superstitieux 
des  barbares.  Des  torrens  de  pluie  qui  tombèrent  au 
même  instant,  et  détendirent  les  cordes  de  leurs  arcs  et 
de  leurs  arbalètes ,  augmentèrent  leur  consternation.  Hs 
crurent  que  le  ciel  se  déclarait  pour  les  moines  de  Lobbes. 
Saisis  d'une  terreur  panique ,  ils  cessèrent  l'attaque  et  s'en- 
fuirent avec  tant  de  précipitation ,  que  les  chefs  eux-mêmes 
forcèrent,  à  coups  de  fouet,  les  traînards  à  précipiter  leur 
marche.  Les  moines ,  rendant  des  actions  de  grâce  au  ciel 
pour  celte  délivrance  inespérée  ,  instituèrent  une  fête  an- 
nuelle qui  fut  célébrée  jusqu'à  la  destruction  de  l'abbaye  (1). 
L'église  de  S.^''  Marie  et  de  S.'  Ursmer  fut  érigée  en 
collégiale  en  1040  (2),  mais  les  malheurs  du  temps  obli- 
gèrent d'en  transférer  le  chapitre  à  Binche  en  1409.  Alors, 
les  chanoines  emportèrent  avec  eux  les  reliques  de  S.*  Ursmer 
et  de  ses  successeurs  S.*  Ermin,  S.*  Théodulfe,  S.*  Ulgisc, 


Slituit  esse  fidelium  ,  et  ad  quam  conjlucret  populus  ;  nam  illilus ,  ut 
nunc  quoque ,  nisi  certo  teinpore  ,>.ipud  aliam  erat  feminarum  accessus. 
(  Folcuîiius  de  gestis  abbat.   lobiens.  C.  4*  ) 

(i)  Folculnus  C.  25. 

(a)  Balderici  chron.  camerac.  te  atlrebat.  L.  II  C.  27. 


(  400  ) 

S.*  Amohin  et  S.*  Abel,  qui  tous  avaient  été  ensevelis 
dans  la  crypte  de  S.*  Ursmer.  L'église  de  S.*  Ursmer  ne 
fut  plus  depuis  que  l'église  paroissiale  du  village  de  LoLbes 
qui  s'était  formé  peu-à-peu  autour  de  l'abbaye ,  à  mesure 
que  le  nombre  des  serfs  du  monastère  s'était  accru ,  et  que 
les  défrichements  y  avaient  pris  de  l'extension. 

Les  continuateurs  de  Folcuin  rapportent  que  la  tour  de 
l'église  de  S.*  Ursmer  fut  bâtie  et  l'église  agrandie  par 
Oibald,  avoué  de  l'abbaye  de  Lobbes,  sous  l'abbé  Arnould, 
successeur  d'Adelard,  mort  en  1076  ou  1077.  La  chronique 
ajoute  qu'Oibald  se  servit  d'un  ours  apprivoisé  pour  le 
transport  des  matériaux  (1).  Suivant  la  même  chronique , 
l'église  fut  de  nouveau  consacrée,  le  13  des  kalendes  de 
février  1095,  par  Otbert,  évêque  de  Liège,  qui  dédia 
aussi  dans  la  crypte ,  un  autel  à  S.*  Lambert  (2).  Le  por- 
tail de  l'église  d'un  gothique  simple  et  ancien  paraît  en 
effet  dater  de  cette  époque  ;  il  est  bâti  en  briques  comme 
toute  l'église,  et  on  y  aborde  par  un  perron  de  plus  de 
cinquante  degrés  qui  commence  au  bas  de  la  colline.  Les 
autres  parties  de  l'église ,  à  l'exception  de  la  tour  construite 
au-dessus  du  portail ,  indiquent  évidemment  une  époque 
antérieure  au  IL'^  siècle.  Elles  sont  dans  le  style  byzantin 
ou  roman  le  plus  pur  et  le  plus  ancien ,  et  il  y  a  raison 
de  croire  que  la  majeure  partie  de  l'église  ,  surtout  la  crypte, 
date  du  temps  de  S.*  Ursmer  même,  c'est-à-dire  de  la  fin 
du  VU.'' siècle.  L'église  est  divisée  en  trois  nefs  séparées 


(i)  In  ecclesid  tamen  heati  Ursmari  meliorandâ....  se  adrnodian 
propensum  atque  devotum  exhibait;  ita  ut  ejusdem  ccclesiœ  men- 
siiram  ad  partent  orientaient  non  parvâ  quantilate  porrexit ,  et  tur- 
rim  in  eâ  ad  partem  occidentaîem  erexerit  in  cujtis  etiam.  structura 
lapidihus  comportandis  ursâ  domeslicâpro  jumenlo  usus  est  (  contin. 
Fclcuini  iii  abb.  Arnulfo.  ) 

(2)  Conlin,  Foie,  et  brève  c'iron.  lob.  ad  aiin.    1090. 


(401  ) 

par  lies  pillicrs  carrés ,  alternant  avec  des  colonnes  cilin- 
tlriques  et  supportant  tics  arceaux  à  plein  cintre.  Les  voûtes 
des  nefs  sont  également  cintrées,  croisées  et  sans  nervures, 
indice  certain  d'une  antiquité  très-reculée.  La  crypte  qui 
se  trouve  au-dessous  du  chœur  élevé  de  plusieurs  degrés 
au-dessus  du  niveau  des  nefs ,  est  construite  dans  le  même 
style.  La  voûte  cintrée  repose  sur  des  pilliers  qui  n'ont 
qu'environ  deux  diamètres  et  demi  de  hauteur.  On  remar- 
que dans  cette  crypte  les  cénotaphes  de  S.*  Ursmer  et  de 
S.'  Irmin  ,  avec  leurs  statues  de  grandeur  naturelle ,  mais 
d'un  travail  moderne.  Dans  l'église  supérieure,  on  observe 
les  épitaphes  de  plusieurs  autres  abbés  de  Lobbes,  mais 
dont  les  plus  anciennes  ne  remontent  qu'au  XV.®  siècle. 
L'église  et  sa  crypte  sont  éclairées  par  des  fenêtres  étroites, 
peu  élevées  et  cintrées  en  dos  d'âne.  Nous  le  répétons, 
si  l'église  entière  de  Lobbes ,  telle  qu'elle  existe ,  ne  date 
point  du  VII.''  siècle,  quoique  nous  croyons  le  contraire, 
sa  crvpte  n'est  certainement  point  postérieure  à  cette  épo- 
que (1).  Ainsi,  on  trouvait  réuni  à  Lobbes  des  modèles 
parfaits  de  l'architecture  la  plus  ancienne  et  la  plus  ré- 
cente du  moyen-âge ,  du  style  byzantin  et  du  style  gothique 
tertiaire. 

La  France  et  l'Angleterre  possèdent  d'excellents  ouvrages 
sur  l'histoire  de  l'architecture  au  moyen-âge.  Espérons  que 


(i)  En  parlant  de  Tahbaye  de  Lobbos ,  Martène  et  Durand  disent  : 
"  Le  lendemain  nous  fûmes  dire  la  messe  dans  l'église  de  la  paroisse, 
qui  est  sur  la  montagne  joignant  le  monastère.  La  vénération  que  nous 
avions  pour  ce  lieu  saint  nous  y  attira,  car  c'était  là  le  premier  ci- 
metière de  tous  ces  saints  religieux  qui  se  sont  distingués  par  leur 
pieté  et  leur  science.  L'on  y  enterre  même  encore  aujourd'hui  tous  les 
religieux.  Nous  vîmes  avec  beaucoup  de  consolation  les  tombeaux  de 
six  ou  sept  abbez  reconnus  pour  saints,  et  un  autel  de  carreaux  ci- 
mentez qui  n'a  point  de  table  de  pierre,  ce  qui  fait  voir  son  anti- 
quité. „  (  Voyage  liltéraire  ,  etc.  tom.  11   p.   aïo. 


(  402  ) 

la  Belgique ,  si  riche  en  monuments  de  celle  époque , 
aura  aussi  son  histoire  monumentale.  Un  tel  ouvrage  serait 
digne  de  la  commission  pour  la  conservation  des  monuments 
de  la  Belgique.  On  a  droit  de  l'attendre  d'une  association 
composée  des  premiers  artistes  du  pays  (1). 

A.    G.    B.    SCHAYES. 


(i)  Pour  l'exécution  de  ce  beau  projet ,  il  serait  nécessaire  que  ceux 
qui   oseraient  entreprendre  un  ouvrage  aussi  remarquable  que  l'histoire 
de  l'architecture  en   Belgique,   visitassent  les  différentes  provinces   du 
royaume.  Les  hommes  de  talent  qui  composent  la  commission  ,  n'aj'ant 
point  la  plupart  le  loisir  d'employer  un  temps  considérable  à    faire  ces 
Courses,    il   faudrait  que   la   commission   s'adjoignit   un    secrétaire  qui 
devrait  être  une  personne  très-versée  dans  Tarchéulogie  et    j  assionnée 
pour  les  Beaux-Arts ,  et  qui ,  par  conséquent,  ne  s'épargnerait  ni  peines 
ni  travail  pour  connaître  tout  ce  qui   concerne  l'architecture  ancienne 
et  du  moyen-âge  en  Belgique;  sa  tâche  serait  donc  d'explorer  le  pays 
en  tout  sens.  Il  ne  se   contenterait  point  de  visiter  les  villes  et  les  lieux 
connus,  mais  il  scruterait   avec   soin,  tt   au   moins  de  frais  possibles, 
jusqu'aux  plus  petit  villages    ou    hameaux ,    qui  souvent    recollent    des 
édifices  fort  anciens  et  du  plus    haut  intérêt  pour  l'histoire  des  arts , 
témoin  l'essai  de  M.  de  Caumont,  sur  l'histoire  de  l'architecture  reli- 
gieuse en  Normandie.    Le   secrétaire  de   la  commission   visiterait  donc 
successivement  chaque  province,  en  commençant,  par  exemple,  par  le 
Brabant  d'où  il  ne  sortirait  qu'après  l'avoir  parcouru    et  exploré  dans 
tous  les  sens.  Il  adresserait,  tous  les  quizize  jours  ,  à  la  commission,  un 
rapport  de  ses  investigations  auquel  il  pourrait  joindre  les  dessins  des 
édifices  ou  des  détails  d'architecture  les  plus  remarquables.  Au  reste , 
l'auteur   de   cet  article  est   persuadé  que  les   observations    émises  dans 
cette  note  n'auront   pas  échappé  à  la  commission  elle-même,  et  que  le 
gouvernement  ne  les  négligera  pas  lors  de  l'organisation  définitive  de 
cette  dernière. 


(403) 


|Jaî)0iTge  par  ^jcrarljim  |)atîmr» 


Palinir  est  un  des  premiers  artistes,  qiii,  depuis  l'emploi 
de  l'huile  dans  la  peinture ,  ait  traité  le  paysage  d'une  ma- 
nière spéciale  :  d  accessoire  qu'il  était ,  Palinir  en  a  fait 
l'objet  principal  de  ses  productions.  C'était  une  innovation, 
que  son  grand  talent,  le  choix  remarquable  des  sites  et  des 
éloffagen,  firent  bientôt  agréer  avec  enthousiasme.  11  trouvait 
ses  inspirations  dans  le  beau  pays  qui  lui  avait  donné  le  jour  : 
il  se  plaisait  surtout  à  représenter  ces  sites  grandioses  des 
bords  de  la  Meuse  et  du  pays  des  Ardennes ,  qui ,  à  cette 
époque,  devaient  avoir  un  caractère  autrement  sauvage  que 
celui  qu'ils  offrent  maintenant. Ces  rochers  grisâtres,  couron- 
nés d  antiques  châteaux  et  festonnés  de  bois ,  qui  jamais 
n'avaient  été  élagués ,  les  souvenirs  historiques ,  que  rappe- 
laient les  forteresses  de  Crève-Cœur,  de  Poilvache ,  de  Mont- 
Aigle  (1)  ,  de  Valz,yn  ,  durent  fournir  une  ample  moisson  à 
l'ame  artistique  de  Patinir,  et  ses  productions  inspirèrent 


(i)  Mons  aqu'tlœ ,  situé  à  une  lieue  de  Dînant,  au  confluent  des 
ruisseaux  de  la  Sossoie  et  de  Flavion.  Ce  château  ,  anciennement  nommé 
Falng,Fania,  fut  acquis,  en  1298,  par  Gui,  comte  de  Namur  ;  les 
Liégeois  le  saccageront  en  i43i;  il  est  abandonné  depuis  ce  temps. 


(  404  ) 

d'autant  plus  de  surprise  qu'elles  étaient  neuves  et  sans 
antécédents  :  aussi  ses  tableaux  eurent  la  plus  grande 
vogue  et  se  répandirent  bientôt  à  l'étranger. 

Patinir  fut  le  créateur  d'un  genre  de  paysage ,  auquel 
les  salvator  Rosa  et  les  Poussin  ont  donné  depuis  tant  de 
célébrité ,  nous  voulons  dire  le  paysage  héroïque.  Il  ne  se 
bornait  pas  à  reproduire  les  belles  scènes  de  la  nature , 
qui  avaient  entouré  son  berceau ,  et  que  sa  vive  imagina- 
tion savait  encore  embellir  ;  mais  il  les  relevait ,  il  les  agran- 
dissait par  des  sujets  ascétiques,  par  des  scènes  dun 
caractère  grave  ,  par  des  batailles  ou  par  des  chocs  de 
cavalerie.  C'est  d'un  de  ces  paysages  dont  il  est  ici  question; 
il  se  trouve  dans  la  riche  collection  de  M.  Florent  Van 
Ertborn ,  à  Anvers  ,  et  l'original  n'est  pas  plus  grand  que 
la  lithographie    qui  accompagne  cet  article. 

La  scène  est  des  plus  pittoresques  :  la  vue  s'étend  sur 
un  vaste  horizon ,  entrecoupé  de  rochers  et  de  montagnes. 
Prise  à  vol  d'oiseau ,  elle  se  termine  par  la  mer ,  si— 
lonnée  par  quelques  voiles.  On  y  voit  les  plans  bien  dis- 
tincts que  la  critique  moderne  exige  pour  le  paysage  : 
quelques  fabriques  rustiques  viennent  diversifier  cette 
composition  agreste.  On  a  cru  reconnaître  dans  le  rocher 
qui ,  sur  la  gauche  du  tableau ,  s'élance  dans  les  airs , 
la  roche  Bavard ,  située  près  de  Binant ,  et  nommée , 
dans  le  pays ,  Roche  à  JBaijaii  :  nous  ne  pouvons  pas 
admettre  cette  opinion  ,  car  cette  roche  n'a  été  séparée 
de  la  masse,  que  depuis  une  époque  qui  n'est  pas  éloignée 
de  nous  ;  selon  la  tracUtion ,  que  nous  avons  receuillie 
nous-même  sur  les  lieux ,  ce  ne  lut  que  quelque  temps 
avant  la  première  révolution  française ,  en  voulant  élargir 
une  trouée  percée  dans  le  granit ,  et  par  où  la  grande 
route  passait,  que  la  piu'tie  supérieure  du  rocher  s'écroula , 
et  qu'ainsi  la  partie  avoisiaaut  la  Meuse ,  forma  une  aiguille 
lout-à-fait  isolée. 


(  405  ) 

Le  paysage  est  animé  par  quelques  figurines,  repré- 
sentant le  massacre  des  innocents  :  sur  l'avaut-plan ,  l'on 
Toit  S.  Joseph ,  la  Vierge  et  l'Enfant  Jésus ,  qui  fu\  ent 
cette  horrible  persécution,  et  à  leur  approche,  la  statue 
d'un  faux  Dieu  tombe  de  son  piédestal.  Idée  toute  em- 
blématique ,  par  laquelle  l'artiste  aura  voulu  rappeler  que 
la  vérité  allait  enfin  apparaître  ,  et  que  la  venue  du  Messie 
anéantirait  le  culte   des  idoles. 

L'histoire  ne  nous  a  conservé  que  des  notions  très- 
superficielles  sur  Joachim  Pateuier  ou  Patinir ,  comme  on 
le  trouve  écrit  sur  le  tableau  qui  nous  occupe.  Il  naquit 
à  Dinant ,  en  1490  (1)  :  on  ne  sait  point  qui  fut  son  maître, 
il  paraît  que  la  nature  fut  son  seul  guide.  En  1515, 
il  fut  agrégé  (2)  à  la  corporation  des  peintres  de  la  ville 
d'Anvers.  Durant  son  séjour  en  cette  ville  (  1520-1521  ), 
Albert  Durer  traça ,  sur  son  album  ,  le  portrait  de  Patinir  : 
on  pense  même  qu'il  le  grava.  Cependant ,  quoique  com- 
munément le  portrait  de  Patinir  fasse  partie  de  l'œuvre 
de  Durer ,  on  n'est  pas  d'accord  sur  ce  point.  Van  Mander 
n'en  parle  pas  :  il  ne  fait  mention  que  d'un  portrait  de 
Patinir,  gravé  par  Conieille  Cort ,  d'après  Albert  Eurer  (3). 


(i)  Voyez  Reîlquien  von  Albrecht  Durer,  p.  82,  note  49- 

(2)  Yoy.  K.   Van  Mander,  p.  219  ,  r.°  et  v." 

(3)  Le  fjouvernement  prussien  vient  d'acquérir  Wdihum ,  fait  par 
Durer,  durant  son  excursion  en  Belgique  :  il  appartenait  à  ^I.  De  Nagler  , 
à  Francfort.  La  manière,  dont  ce  dernier  Ta  acquis,  mérite  d'être  rap- 
portée :  les  héritiers  de  l'ancien  possesseur  de  cet  Album ,  ne  purent 
s'entendre  à  son  sujet  ;  ils  résolurent  de  !e  partager  entre  eux.  On 
le  sépara  en  deux  parties  ,  dont  l'une  échut  à  ÎNL  De  Nagler ,  qui 
])arvint  dans  la  suite  à  acquérir  l'autre  moitié,  qui  était  tombée  dans 
la  part  du  baron  Soltan.  Cette  particularité  nous  a  été  rapportée 
pur  M.  Botlimer  ,  conservateur  des  arcliives  et  de  la  bibliothèque  à 
Frai.cfort. 


(  406  ) 

Au  lémoignago  de  Van  Mander,  Patinir  avait  une  vocation 
toute  particulière  pour  le  paysage  :  et  le  tableau  de  Monsieur 
Van  Ertborn  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  rapport  de  la 
netteté  de  l'exécution.  Le  beau  talent  de  Patinir  était  terni 
par  ses  vices  crapuleux  :  il  ne  quittait  les  tavernes  que 
quand  le  besoin  d'argent  le  forçait  à  recourir  à  ses  pin- 
ceaux ,  pour  lui  procurer  de  nouveaux  aliments  à  ses  dé- 
bauches. L'ivrognerie  de  Patinir  était  devenue  proverbiale  : 
on  en  a  conservé  cette  épigramme  (1)  : 

Le  soleil  ne  l'a  Jamais  vu  , 
Tant  fut-il  matin  ,  qu'il  n'eût   bu  , 
Et  jamais ,  jamais  la  nuict  noire , 
Tant  fut  tard ,  ne  l'a  vu  sans  boire  'j 
Car  épris  d'un   bachique  amour , 
Ce  galand  buvait  nuict  et  jour. 

Il  avait  en  outre  une  assez  singulière  manie ,  qui  lui  fit 
donner  un  sobriquet  :  c'est  Van  Mander ,  qui  nous  a  con- 
servé cette  singularité  (2).  On  ignore  le  lieu  et  l'époque 
de  sa  mort  :  Guicciardin  dans  sa  Description  de  toiUs  les 
Pays-Bas^  fait  mention  de  Patinir,  comme  natif  de  Bouvines , 
près  de  Dinant,  mais  il  ne  donne  aucun  détail  à  son  égard. 

Patinir  ne  tarda  point  à  avoir  des  imitateurs  :  Henri 
de  Blés ,  de  Bouvines  ,  sans  qu'il  suivit  ses  leçons ,  étudia 
la  nature  comme  lui;  et  quoiqu'il  lui  resta  inférieur  en 
talent,   ses  tableaux  ont  néanmoins  beaucoup  de  mérite. 


(i)  Voyez  Mélanges  de  littérature  et  d'histoire  par  H.  Baron  de 
Villenjangne ,  p.   i^g. 

(2)  Voyez  p.  219.  Voici  ce  qu'il  en  dit  :  "  Hy  hadde  voor  ghewoonte 
in  al  zyn  landtschappen  erghen  te  mahen  een  mannehen  zyn  ghe- 
voegh  doende ,  u-aerom  hy  den  kacker  wiert  gheheeten:  dit  hackerhen 
loas  t'  sonilyt  te  soecken ,  ghelych  het  ulken  van  llendrick  met  de 
lilei.  ff  Voyez  aussi  Tauleur  précité,  p.   ij4- 


(407) 

Van  Mander  (1)  cite  un  peintre,  qui  apprit  les  princi- 
pes de  son  art  chez  Patinir ,  ce  fut  François  Moslert 
ou  ]\loslarl,  natif  de  Hulst ,  en  Flandres  :  remportement 
et  l'ivrognerie  de  son  maître  le  forcèrent  plus  d'une  fois 
à  devoir  fuir  son  attelier  ;  las  enfin  de  brutalités,  qui 
ne  faisaient  qu'accroître  avec  l'âge  ,  François  Mostert 
le    quitta   pour    suivre,  les    leçons  de  Henri  de  Blés. 

A.  V.  L. 


*%^]1^'^ 


(i)  Voyez  page   agi   cl   iGi. 


(  408  ) 


Znah}BtB  €xxtxqntB  5'©ut)raôf0* 


Recherches  sur  les  Causes,   l'Histoire  et  le  traite- 
ment  DE    L^OpHTALMIE    militaire  ,  par   H.  Va>"DER3IEER  , 

docteur  en  médecine ,  médecin-adjoint  attaché  à  U hôpi- 
tal militaire  à  Liège  ;  suivies  de  considérations  ana- 
tomico— physiologiques  sur  Vœil,  par  M.  F  ohm  an  , 
professeur  à  V  Université  de  Liège.  Liège  Dessaiu  , 
mai  1835 ,  in-S."  de  VI  et  92  pages. 

L'opuscule  dont  je  yiens  de  transcrire  l'intitulé,  est  dédié 
à  l'armée  et  mérite  à  plus  d'un  titre  de  fixer  l'attention  du 
public  éclairé  et  surtout  des  hommes  de  l'art  et  des  chefs 
militaires.  Le  but  dans  lequel  il  a  été  publié  est  louable , 
et  c'est  pour  m'associer  autant  qu'il  est  en  mon  pouvoir 
à  l'œuvre  honorable  de  l'auteur,  que  je  Tais  essayer  de 
donner  un  aperçu  des  travaux  de  M.  Vandermeer,  en  y  joi- 
gnant les  réflexions  que  m'a  suggéré  la  lecture  de  son  livre. 

L'auteur  entre  en  matière  par  des  considérations  sur  le 
mode  probable  de  transmission  de  l'ophtalmie ,  qu'il  regarde 
comme  inhérant  et  propre  à  l'organisation  anatomique  de 
l'œil ,  sur  laquelle  il  entre  dans  des  développements  phy- 
siologiques fort  remarquables ,  riche  qu'il  est  des  doctrines 
et  des  progrès  de  la  médecine  allemande. 

C'est  spécialement  sur  les  nouvelles  données ,  fournies 
par  l'anatomie  des  parties  les  plus  fines ,  dont  la  science 
est  redevable  à  l'illustre  Ticdemann  de  Heidelberg ,  et  au 
savant  professeur  de  l'Université  de  Liège,  M.  Fohmann, 
que  l'auteur  se  fonde  en  appliquant  leurs  découvertes  à  la 
pathologie  de  l'œil.  L'on  ne  peut  donc  que  lui  savoir  gré 
d'avoir  ainsi  acclimaté  le  fruit  des  travaux  de  ces  célébrités 


(  409  ) 

<?trangcres,  et,  surtout,  de  les  avoir  dirigées  sur  un  objet 
aussi  grave  que  la  maladie  qui  régne  dans  l'armée  et  qui , 
par  cela  seul ,  touche  de  si  près  chaque  famille  belge. 

L'intervention  nerveuse  dans  les  phlegmasies  des  yeux 
est  sans  doute  une  idée  fort  heureuse ,  mais  elle  est  neuve 
et  aura  quelque  peine  à  s'accréditer,  quoiqu'elle  soit  dé- 
montrée d'une  manière  fort  plausible  par  les  éclaircisse- 
ments dans  lesquels  l'auteur  est  entré  à  cet  effet.  Aucun 
pathologiste  n'a  indiqué,  jusqu'à  ce  jour,  la  compression 
comme  capable  de  léser  le  système  nerveux  de  la  vie  orga- 
nique ou  de  prédisposer  à  l'ophtalmie  ;  cette  manière  de 
voir,  est  un  argument  qui  peut  renforcer  de  beaucoup 
l'opinion  des  médecins  compressionnistes,  qui  devaient 
souvent  en  venir  à  invoquer ,  à  l'appui  de  la  compression , 
les  loix  mortes  de  l'hydraulique  dans  les  corps  vivants , 
l'éternelle  stase  du  sang ,  et  toutes  les  traditions  gothiques 
de  la  physiologie  mécanique  de  Boerhave.  Il  défend  la  com- 
pression sur  l'économie  vivante ,  avec  des  raisonnements 
qui  se  rapportent  aux  loix  de  la  vitalité  des  organes  et  des 
tissus,  et  non  pas  avec  des  raisons  qui  ne  peuAcnt  s'appliquer, 
pour  ainsi  dire,  qu'à  la  matière  inerte.  Il  dit,  dans  ce  premier 
chapitre ,  un  mot  sur  les  causes  morales,  qu'il  regarde  comme 
puissances  prédisposantes,  en-s'appuyanl  sur  des  faits  tirés 
de  l'histoire  et  de  la  condition  du  soldat ,  qu'il  pense  qu'on 
envoie  trop  jeune  sous  les  drapeaux;  je  partage  sincère- 
ment son  opinion  sur  ce  dernier  point. 

M.  Vandcrmeer  aborde,  dans  son  second  chapitre,  les 
questions  de  contarjiositéci  de  non  contagiosité  de  l'ophtal- 
mie; il  embrasse  cette  dernière  en  exposant  ses  raisons; 
l'explication  qu'il  donne  relativement  aux  armées  françaises 
et  anglaises  atteintes  de  l'ophtalmie  en  Egvpte  est  une 
grande  donnée  éliologique.  De  là ,  il  remonte  aux  temps  les 
])lus  reculés  ,  pour  y  représenter  les  armées  deCyrus,  des 
rois   d'Egypte  et  l'armée  grecque  que   Xénophon  ramena 


(  410  ) 

d'Asie  en  Grèce  frappée  de  ce  fléau;  il  prouve  par  ces 
faits ,  que  la  date  de  l'apparition  de  l'ophtalmie  ne  peut 
être  assignée ,  qu'elle  est  immémoriale  ;  il  démontre  encore, 
que  sous  l'influence  de  certaines  conditions  inhérentes  aux 
armées ,  cette  maladie  doit  sévir  ;  l'auteur  expose  ensuite 
la  méthode  dont  se  servaient  les  anciens  pour  combattre 
cette  terrible  maladie ,  ce  qui  le  conduit  à  examiner  difi"é- 
rents  aphorismes  d'Hippocrate  ,  relatifs  à  l'ophtalmie  ;  il  y  a 
rencontré  des  contradictions  qui  lui  font  supposer,  que  ces 
aphorismes  ont  pu  être  altérés  et  ne  sont  pas,  selon  son 
opinion,  conformes  à  la  manière  avec  laquelle  cet  ancien 
et  illustre  Médecin  considérait  les  afiections  des  organes  en 
particulier.  Les  efîbrts  de  ce  jeune  médecin  pour  retrouver 
les  traces  de  l'ophtalmie  aux  époques  les  plus  reculées ,  et 
les  faits  précieux,  pour  le  sujet  qu'il  traite,  qu'il  a  su  semer 
dans  son  ouvrage,  méritent  surtout  d'être  remarqués. 

Dans  le  troisième  chapitre,  les  diverses  classifications  et 
la  manière  de  voir  des  principaux  pathologistes  sur  l'oph- 
talmie ,  sont  passées  en  revue  ;  il  fait  observer  qu'on  n'a  pas 
toujours  tenu  compte  des  caractères  essentiels ,  pour  la  classer 
ou  la  décrire,  mais  bien  d'une  foule  de  signes  propres  aux 
maladies  en  général ,  qu'on  appliquait  comme  à  une  altéra- 
tion locale  ;  il  croit  qu'on  pourrait  classer  toutes  les  ophtal- 
mies en  externes  et  internes.  Il  y  a  déjà  longtemps  que  des 
médecins  allemands  et  anglais  avaient  suivi  cette  classifi- 
cation ;  mais  ici  je  ne  suis  pas  de  son  avis  ;  peut-être  cette 
classification  pourrait-elle  être  admise  pour  l'ophtalmie 
militaire  et  pour  ce  qui  concerne  la  rigueur  du  traitement? 
Mais  les  maladies  des  yeux  ont  trop  de  nuances  distinctes 
qui  se  rapportent  aux  tissus  qu'elles  ont  envahi,  il  est  donc 
nécessaire  de  conserver  ces  nuances ,  afin  d'avoir  une  idée 
précise  de  leur  siège  et  de  leur  nature.  Quelques  considé- 
rations relatives  aux  localités  que  l'auteur  habite  et  dans 
lesquelles  il  a  observé  l'ophtalmie  ,  terminent  ce  chapitre  ; 


(411  ) 

il  expose  pour  quelles  raisons  il  pense  que  celle  maladie 
sévit  avec  plus  de  force  dans  l'une  des  deux  citadelles  de 
Liège  que  dans  l'autre ,  et  attribue  cette  différence  à  ce  que 
dans  l'une  les  troupes  doivent  y  faire  un  service  plus  pé- 
nible ;  ce  qui  le  porte  à  regarder  les  fatigues,  comme  la  raison 
directe  de  la  compression  qui  prédispose  ,  et  comme  les 
causes  prochaines  qui  font  contracter  l'ophtalmie. 

Il  aborde,  dans  le  4.^  chapitre,  le  traitement  de  l'oph- 
talmie. C'est  après  avoir  compulsé  les  ouvrages  des  prin- 
cipaux ophtalmologistes ,  qu'il  formule  celui  qu'il  regarde 
comme  le  plus  rationel  et  le  plus  sûr;  il  ne  prescrit  rien 
en  effet ,  qu'il  n'ait  une  grave  autorité  à  citer  à  l'appui  de 
ce  qu'il  avance,  et  dont  il  n'ait  discuté  les  raisons  pour  ou 
contre;  cette  thérapheuticjue  révèle,  il  faut  bien  l'avouer, 
science  et  sagesse.  Quant  aux  charlatans  et  à  la  médicomanie 
dont  on  a  toléré  toutes  les  jongleries  et  encouragé  les 
funestes  pratiques  en  Belgique ,  il  fait  voir  qu'une  semblable 
tolérance  sera  suivie  des  plus  fâcheux  résultats ,  dans  les 
pays  où  l'on  humiliera  les  médecins  devant  des  intrus ,  la 
médecine  devant  des  remèdes  familiers. 

Les  conclusions  du  travail  de  M.  Vandermeer ,  sont  :  que 
l'ophtalmie  est  une  maladie  qui  n'est  ni  inexplicable  ni  in- 
surmontable ;  que  les  hommes  éclairés  et  de  bonne  foi 
pourront  assez  tôt  s'en  convaincre,  et  il  donne  ce  consolant 
espoir ,  qu'on  pourra  non  seulement  reprimer  celte  maladie, 
mais  la  détruire  dans  ses  causes;  il  signale  à  cet  effet  les 
améliorations  déjà  obtenues ,  depuis  que  les  enseignements, 
donnés  par  les  chefs  de  service,  ont  été  mis  à  exécution. 
Cependant  un  grand  nombre  de  causes  concourrcnt  à  main- 
tenir l'ophtalmie  dans  l'armée,  tels  sont,  pour  ne  citer 
qu'un  exemple,  les  hommes  dont  les  yeux  sont  si  gravement 
altérés  que  les  plus  petites  causes  pourraient  la  faire  repa- 
raître, les  nouvelles  levées  où  ces  causes  n'auront  pu  déve- 
lopper leur  action  seront ,  faut-il  espérer ,  à  l'abri  de  cette 


(  412  ) 

terrible  maladie;  il  serait  à  désirer,  comme  ie  fait  remar- 
quer M.  Vandermeer,  que  la  législature  s'occupât  de 
remanier  la  loi  sur  la  milice  et  de  reculer  l'époque  de 
l'arrivée  des  miliciens  sous  les  drapeaux  ;  il  fait  entrevoir 
d'ailleurs  que  la  partie  administrative  de  l'oplitalmie  est 
effrayante ,  vu  le  grand  nombre  d'hommes  déjà  renvoyés 
dans  leurs  foyers  avec  la  pension  ,  et  ceux  qu'il  serait  néces- 
saire d'y  renvoyer  encore ,  si  ce  fléau  continuait  ses  ravages 
dans  l'armée. 

Je  ne  terminerai  pas  sans  ajouter  quelques  mots  sur  les 
Considérations  anatomico-jjhysiologiqnes  sur  l'œil  par 
M.  Fohman ,  que  M.  Vandermeer  a  publié  à  la  fin  de  son 
livre.  Ces  fragments  où  l'on  trouve  toute  la  lucidité  qui 
caractérise  le  professeur  de  l'université  de  Liège,  peuvent 
être  regardés  comme  le  dernier  mot  de  la  science  sur  cette 
branche  de  l'organisation  et  sont  en  même  temps  une  preuve 
éclatante  d'intérêt ,  donnée  à  l'auteur  du  livre  dont  je 
me  suis  occupé  dans  cet  article. 

Ed.  L. 


Lettres  sur  la  révolutiotv  brabangonive,!)»/*  Ad.Borguet, 
Juge  (Vinslruction  à  Namur.  Bruxelles  ,  chez,  Berthot, 
1834.  2  vol.  in-12. 

L'époque  de  l'histoire  Belgique ,  connue  sous  le  nom 
de  Révolution  Brahançonne ,  a  trouvé  dans  le  courant 
de  l'année  dernière  deux  historiens.  D'abord  M.  Gachard 
a  publié,  au  mois  d'avril  1834,  c?e*  documents  politiques 
et  diplomaUques  ^wxldiXdyoXniion  belge  de  1790.  (Bruxelles, 
chez  Rémy  ,  1  vol.  in-8.").  Ensuite  un  jeune  auteur  en 
a  tracé  un  tableau  agréable  dans  les  lettres  qui  forment 
l'objet  de  la  présente  analyse. 


(413) 

Un  style  simple  mais  coulant ,  un  exposé  lucide  et  élégant , 
rendent  la  lecture  de  cet  ouvrage  agréable  et  même 
entraînant  ;  nous  présageons  à  la  Belgique  un  auteur  histo- 
rique ,  qui ,  mûri  par  l'étude  des  sources  et  par  des  recherches 
plus  étendues,  saura  nous  rendre  d'une  manière  intéressante 
les  épisodes  de  l'histoire  du  pays  qu'il  voudra   traiter. 

M.  Borguet  nous  fait  connaître  ,  dès  le  début  ,  les 
causes  du  mouvement  qui  eut  lieu  alors  dans  le  pays.  La 
principale  consistait  dans  l'incompatibilité  des  plans  poli- 
tiques de  Joseph  II ,  avec  les  institutions  nationales ,  bonnes 
ou  mauvaises  ,  adoptées  par  les  mœurs  et  consacrées  par  les 
siècles. 

«  J'ai  parlé ,  dit  l'auteur ,  des  rouages  administratifs ,  et 
de  la  manière  dont  était  organisée  la  machine  gouver- 
nementale, avant  notre  réunion  à  la  France.  On  a  vu  combien 
les  anciennes  constitutions  du  pays  présentaient  de  garantie 
contre  les  empiétements  du  pouvoir,  et  on  a  pu  s'assurer, 
par  le  simple  exposé  que  j'en  ai  fait,  du  peu  de  chances  de 
succès  que  pouvait  avoir  che/.  nous  l'ambition  d'un  despote, 

»  Ce  serait  se  faire  une  idée  bien  erronée  des  anciennes 
institutions  de  la  Belgique ,  que  de  croire  que  ce  pays 
ne  possédait  pas  la  partie  essentielle  de  ce  système  repré- 
sentatif dont  nous  sommes  si  fiers  aujourd'hui.  Gardons- 
nous  de  croire  que  ,  sur  le  sol  de  la  patrie ,  la  liberté  soit  née 
d'hier.  La  représentation  nationale ,  toute  imparfaite  qu'elle 
était ,  n'offrait  pas  moins  de  garanties ,  et  pour  paralyser 
des  mesures  impopulaires ,  on  avait  toujours  la  grande 
ressource  du  refus  des  subsides  ,  ressource  dont  nos  pères  , 
pour  le  dire  en  passant ,  n'étaient  pas  le  moins  du  monde 
avares ,  et  dont  plus  d'une  fois  ils  tirent  usage  pour  rappeler 
le  souverain  à  la  stricte  observation  des  lois.  On  peut , 
par  le  fait  suivant ,  se  faire  une  idée  de  la  raideur  et  de 
la  fermeté  qu'ils  mettaicnl   dans  l'exercice  de  ce  droit. 

»  Les  vingt-quatre    corps    de  Naniur   furent  un  jour 

•28 


-^  414  ) 


convoqués  en  leur  qualilé  de  membres  du  tiers-élat ,  pour 
délibérer  sur  une  proposition  tendant  à  frapper  la  bierre 
d'un  impôt  minime.  La  discussion  eut  pour  résultat  le 
rejet  de  la  proposition.  Assez  grand  était  l'embarras  du 
greffier  pour  adoucir  un  peu  ce  que  ce  refus  pouvait  avoir 
de  désagréable.  Dites  quil  ne  nous  ploÂt pas ,  lui  cria-t-on, 
et  ces  expressions  d'une  crudité  plus  énergique  encore  dans 
le  patois  du  pays  (  Inn  nos  plaît  nin  )  furent ,  parait-il , 
consignées  dans  le  procès-verbal.  » 

Après  ces  réflexions ,  M.  Borguet  trace ,  dans  les  trois 
premières  lettres ,  un  tableau  trés-restreint  de  l'organisa- 
tion administrative  et  judiciaire  de  la  Belgique  à  cette 
époque  ,  d'après  les  innovations  de  Joseph  II.  Nous  aurions 
désiré  que  l'auteur  fût  entré  dans  plus  de  détails,  et  surtout 
qu'il  eut  dessiné  plus  nettement  le  caractère  des  chan- 
gements qu'avait  subis  la  macliine  gouvernementale,  avant 
de  porter  un  jugement  sur  le  but  que  se  proposait  Joseph  II. 

Voici  l'opinion  de  l'auteur ,  sur  la  conduite  de  Joseph  II 
envers  les  Belges  : 

«  Deux  partis  se  présentaient  à  l'empereur  :  dominer 
par  un  système  de  terreur  et  de  despotisme ,  ou  revenir 
franchement  sur  ce  qu'il  avait  fait,  en  accordant  à  l'opi- 
nion publique  les  appaisements  qu'elle  était  en  droit  d'exiger. 
Le  premier  n'était  pas  moral ,  mais  il  est  convenu  qu'eu 
politique  on  n'y  regarde  pas  de  très-prés  ;  le  second  était 
plus  juste  et  aussi  plus  sûr.  C'est  aux  mesures  de  rigueur 
qu'il  recourut;  pour  les  mener  à  bonne  fin,  il  lui  fallait 
des  moyens  autres  que  ceux  qu'il  avait  à  sa  disposition, 
et  l'absence  de  ces  moyens  le  perdit. 

>)  Si ,  au  lieu  de  prendre  ce  dangereux  parti ,  il  eut 
renoncé,  de  bonne  grâce  et  sans  arrière-pensée,  à  cette 
manie  d'imposer  des  innovations  que  le  pays  repoussait  de 
toutes  ses  forces,  nul  doute  que  la  révolution  brabançonne 
eut  été  arrêtée  dès  le    principe.  Il  n'en   fut   pas  ainsi. 


(  415  ) 

Joseph II  usa  même  ,  àrégartl  des  Belges,  du  plus  détesta- 
ble de  tous  les  systèmes  politiques,  celui  cpii  consiste  à  céder 
jus([u  a  ce  qu'il  se  présente  une  occasion  de  ressaisir  par  la 
force  ce  qu'il  avait  été  contraint  d'accorder.  Moyen  infaillible 
pour  anéantir  toute  confiance  entre  le  pouvoir  et  la  nation.  » 

Après  avoir  passé  en  revue  les  divers  événements  qui 
préludèrent  à  la  catastrophe  générale ,  l'auteur  arrive  à 
plusieurs  résultats  dont  la  cause  n'est  pas  indiquée. 

Les  faits  matériels  sont  racontés  avec  beaucoup  d'exac- 
titude; mais  la  chronologie  est  quelquefois  embrouillée.  Nous 
nous  permettons  encore  quelque  remarques  :  M.  Borguet 
cite ,  dans  son  avant-propos ,  les  sources  où  il  a  puisé  ; 
mais  il  aurait  ajouté  beaucoup  plus  de  prix  à  son  ouvrage , 
s'il  avait  donné  des  indications  plus  complètes ,  notamment 
pour  les  points  les  plus  importants  :  le  lecteur  aurait  pu 
remonteraux  passages  sur  lesquels  l'auteur  base  ses  assertions. 

Il  aurait  été  également  intéressant  dans  un  ouvrage  de 
la  nature  de  celui  qu'il  livre  au  public,  et  dans  lequel 
beaucoup  d'événements  contraire  ,  beaucoup  d'actions  et 
de  réactions  se  succèdent  presque  continuellement ,  que 
l'auteur  pût  faire  connaître  la  politique  secrète  des  partis  ; 
c'est  le  seul  moyen  de  suivre  et  d'apprécier  la  marche  de 
la  révolution,  et  sa  tendance  -vers  un  but  déterminé. 

Kous  ajoutons  encore  une  réflexion  :  dans  toute  révo- 
lution il  y  a  deux  points  extrêmes,  le  départ  et  l'arrivée; 
la  pensée  mère  et  l'accomplissement  de  cette  pensée  , 
regardée  comme  but  de  l'entreprise.  Entre  ces  deux  extrêmes 
-viennent  se  placer  les  acteurs  ,  qui,  en  s'emparant  des 
idées  générales ,  les  mettent  en  jeu ,  pour  remplir  le  vœu 
commun.  L'auteur  aurait  jeté  beaucoup  de  lumière  sur  le 
drame  de  la  révolution  s'il  avait  pu  dessiner  clairement  le 
caractère  de  ses  auteurs  et  de  ses  principaux  acteurs. 

A  la  vérité  nous  trouvons  quelques  données  sur  les  ca- 
ractères de  Vonck ,  de  Van<ler  IS'oot,  de  VanErpen  ,  ainsi  que 


(  ^Ifî  ) 

sur  les  généraux  Van  der  Mcersch ,  mais  on  n'est  pas  en 
état  de  les  juger  en  pleine  connaissance  de  causes. 

Peut-être  sommes  nous  encore  trop  prés  de  cette  période 
pour  la  bien  juger  :  d'ailleurs  on  n'a  pas  encore  osé  publier 
des  mémoires  de  quelque  contemporain ,  propres  à  nous 
dévoiler  le  tableau  secret  de  cette  époque. 

Nous  finissons  nos  observations  par  des  encouragements 
que  nous  adressons  à  M.  Borguet,  et  nous  l'invitons  à  faire 
suivre  ce  picmicr  essai  par  d'autres  ouvrages  :  il  ne  man- 
queront pas  d'être  bien  reçus. 


(417) 


Sulkttn  fiibli0flrapl)tjq[Uf» 


HISTOIRE   BELGIQUE. 

Merkwacrdige  gcbcurtenissen ,  vooral  in  VlaenJeren  en  Bra- 
bant,  en  ook  in  de  aengrcnzcndc  landstreken,  van  1377  tôt  1443; 
Ictlcilyk  gcvolgd  naer  het  oorspronkelyk  onuitgegeven  en 
titclloos  handschrift  van  Olivier  van  Dixmude ,  vcrrykt  met 
eene  voorrcde ,  met  geschicdkimdige  acntcekeningen ,  ccne 
Ijst  van  de  verouderdc  woorden  en  eene  alphabetische  tafel, 
door  J.  J.  Lambin.  Ypre,  Lambin  en  zoon  183S.  XIII  et  206 
pages  in^." 

[  Il  sera  rendu  coni])fe  4e  cette  importante  publication.  ] 

Chronique  de  S.*^  Bavon  à  Gand ,  par  Jean  de  Thieirode. 
(129U)  d'après  le  Ms.  original,  appartenant  à  M.  Lammens, 
bibliothécaire  de  l'université'  de  cette  ville,  avec  un  extrait 
de  la  chronique  de  S.*  Bavon,  du  XV.^  siècle,  d'une  chro- 
nique d'Olivier  de  Lange  et  d'un  martyrologe.  Gand,  chez 
Vassas,  août  1835.  XI  et  208  pages  in-8.° 

[  Un  très-petit  nombre  d'exemplaires  tirés  in-4.'*  ne  sont  pas  dans  le 
commerce.  ] 

Histoire  de  la  Flandre  et  de  ses  institutions  civiles  et  poli- 
tiques, jusqu'à  l'année  1305,  par  L.  A.  Warnkœnig ,  traduite 
de  l'allemand  ,  avec  corrections  et  additions  de  l'auteur,  par 
A.  E.  Ghcldolf.  Tom.  I.  Bruxelles,  Hayez,  1835.  in-8.° 
XV  et  413  pages,  carte  et  fac-similc. 

Mémoire  sur  les  Forestiers  de  Flandre,  envoyé  à  la  Société 
des  Auti(juaires  de  la  Morinic,  à  S.*^  Orner,  pour  le  concours 
de  1834,  par  D.  Loys,  major  de  la  gendarmerie  nationale 
belge.  S.*  Orner,  Chauvin.  28  pages  in-8°. 

[  Extrait  des  mémoires  des  autt(|uaires  de  la  Morinie.  J 


(418  ) 

Précis  historique  de  la  vie  de  S.  A.  R.  le  scrénissirne  duc 
Charles-Alexandre  de  Lorraine  et  De  Bar,  gouverneur-général 
des  Pays-Bas  autrichiens ,  etc.  2.^  édit.  continuée  depuis  l'érec- 
tion de  la  statue  sur  la  place  royale,  le  17  janvier  177S> 
jusqu'à  ce  jour,  et  enrichie  de  notes  historiques,  par  P.  J.  Br. 
Bruxelles,  chez  N.  J.  Slingeneyer,  1838.  in-12.  de  104  pages, 
avec  grav. 

Recueil  de  costumes  du  moyen-âge  ,  pour  servir  à  l'histoire 
de  la  Belgique,  par  Félix  De  Vigne,  peintre  d'histoire,  etc. 
Brux. ,  chez  l'auteur.  183o.  in-4.° 

[  i3  livraisons,  chacune  de 4 planches,  ont  para,  avec  i6  pages  de  texte.  ] 


HISTOIRE    GENERALE. 

Histoire    des    Francs  ,    par  H.    G.  Moke.   Paris  ,  Pauhn  , 
août  183S.  tora.  I.  in-8.°  de  XYIII  et  484  pages. 

BEAUX -ARTS. 

Annales  de  l'école  flamande  moderne;  recueil  de  morceaux 
choisis  parmi  les  ouvrages  de  peinture^  sculpture,  architecture 
et  gravure,  exposés  aux  salons  d'Anvers,  de  Bruxelles,  de 
Gand  et  Liège;  gravés  au  trait  par  M.  Charles  Onghena,  ou 
lithographies  par  MM.  Madou ,  Lauters  et  Fourmois ,  avec 
des  notices  descriptives,  critiques  et  biographiques,  par  Aug. 
Voisin,  secrétaire  perpétuel  de  la  Société  des  Beaux-Arts  de 
Gand,  etc.,  etc.  Gand,  V.«  L.  De  Busscher-Braeckman,  183b. 
in-8.^  et  in-4.°  1.^  et  2.^  livraisons.  24  pages  de  texte  et  10  gra- 
vures. 

[  Ce  recueil  ,  tout  en  pouvant  servir  de  complément  aux  yinnales  du 
Salon  de  Gand  publiées  par  feu  M.  L.  De  Bast ,  form&  en  même  temps  une 
publication  tout-à-f'alt  indépendante  de  la  première. 

20  livraisons  formeront  un  fortvolume  ia-8.°  de  loo  planches  et  d'environ 
aSo  pages  de  texte.  ] 

NUMISMATIQUE. 

Numismatique  du  moyen-âge  ,  considérée  sous  le  rapport 
du  Type ,  accompagnée  d'un  atlas ,  composé  de  tables  chro- 
nologiques, de  curies  géographiques  et  de  ligures  de  moiinuics , 


(419  ) 

gravées  sur  cuivre;  par  Joacliim  Lelcwcl.  Ouvrage  publié 
par  Joseph  Straszéwicz.  Brux. ,  Berthod  ,  18315.  3  parties  2  vol. 
in-8.0  de  texte.  (  1 .«  p.  XXII  et  229 , 2.«=  p.  126, 3.«  p.  333  pages), 
l'atlas  in-i.°  obi.  a  XXVIII  tables  et  XXV  planches. 

LITTÉRATURE. 

Nederduitsch  letterkundig  jaarboekje ,  vocr  1833.  Tweede 
jaargang.  Gcnt,  P.  Van  Rcnterghem.  in-18.  131  pages. 

Jacques  Artevelde,  drame  en  trois  actes  et  en  sept  tableaux, 
par  Victor  Jolj,  précédé  d'une  chronique  sur  Jacques  Artevelde 
et  les  troubles  des  Flandres,  au  XIV.''  siècle.  Brux.,  Ad.  Wablen , 
183o.  inl8.  VIII  et  212  pages. 

BOTANIQUE. 

Flore  Crj'ptogamique  des  environs  de  Louvain,  ou  descrip- 
tion des  plantes  crj^ptogames  et  agames  qui  croissent  dans 
le  Brabant  et  dans  une  partie  de  la  province  d'Anvers,  par 
J.  Kickx,  docteur  en  sciences,  etc.,  etc.  Brux.,  Van  Dooren  , 
frères,  183o.  in-8.°  de  XV,  263  et  table  de  2-i  pages. 

MEDECINE. 

L'ubcille  et  l'observateur  médical  réunis;  ou  annales  de 
médecine  belge  et  étrangère  ,  publiées  par  les  docteurs 
Ad.  Lcqiiime  ,  Em.  Loquime ,  P.  J.  Van  Esschen  et  Ed.  De 
Losen.  Brux.,  A.  Mcrtcns  ,    1833.  in-8.° 

[  Ce  journal  paraît  tous  les  mois  par  cahiers  qui  forment  3  vol.  pai-  an.  ] 

Quelques  réflexions  de  M.  le  professeur  Kluyskens  sur  la 
nature  et  le  traitement  du  choléra  -  morbus  épidémique  de 
riude.  Gand,  J.  Bcgyn  (1832).  ia-8."  de  36  pages. 

JOURNAUX. 

Le  Polygraphe  Belge,  journal  de  la  littérature  ,  des  sciences 
et  des  arts.  Anvers,  J.  E.  Iljsheuvels,  in-8.o  1833.  N.°  1 
13  juillet.  N.°  2,  1  août. 

[  Il  paraît  une  feuille  d'impression  tous  les  quinze  jours. 

Ce  journal  est  exclusivement  consacré  à  la  Belgique.  Les  deux  premiers 
iiiniu'ros  renferment  des  articles  de  MM.  F.  Bugacrts,  F.  De  Reiflenberg  et 
A.  G.  B.  Scbayes.  ] 


(  420  ) 

OUVRAGES    DIVERS, 

Études  sur  la  révolution  belge  ,  par  Charles  Froment.  Gand, 

D.  Duvivier,  1834.  in-8°  66  pages. 

A  la  mémoire  de  Jacques  Joseph  Delin.  Anvers,  J.  B.  Heir- 
straeten,  1835.  in-8.°  20  pages. 

Die   Frage  iiber  die  Niederlande  und  die  Rheialande  von 

E.  M.  Arendt.   Leipzig,   1834.  in-12. 

MÉGANIQUE. 

Instructions  populaires  sur  les  machines  ,  à  l'usage  de  élèves 
de  l'école  industrielle  de  Gand,  par  Ed.  Le  François.  Gand, 
chez  de  Busscher,  1833.  1  vol.  in-12.  de  174  pages. 


(  421  ) 


fit  ^aviéiésf. 


Commission  royale  d'histoire.  —  Extrait  des  procès- 
verbaux  DE  LA  séance  du  3  AVRIL  1835.  —  Le  président 
donne  lecture  d'une  lettre  de  M.  le  ministre  de  l'intérieur, 
notifiant  qu'un  arrêté  royal  du  26  février  dernier,  appelle 
M.  l'abbé  Joseph  Desmet,  ancien  membre  du  congrès  national, 
à  faire  partie  de  la  commission,  en  remplacement  de  feu 
M.  Dewez. 

M.  Desmet  est  installé  et  prend  séance. 

Le  secrétaire  continue  de  lire  la  correspondance.  Entre 
autres  lettres,  il  en  coramvmique  une  de  M.  le  ministre  de 
l'intérieur  qui  informe  la  commission  qu'il  a  fait  acheter  à  la 
vente  de  la  bibliothèque  de  M.  l'avocat  Van  den  Bossche ,  à 
Malincs ,  et  déposer  à  la  bibliothèque  de  Bourgogne ,  les  ma- 
nuscrits suivans  : 

1.°  F'ojage que  flst  V Archiduc  Philippe  d'Autriche,  depuis 
roi  des  Espagnes  ,  aussi  de  son  retour  en  ces  Pays-Bas 
Van  ISOl.  In-fol. 

C'est  la  relation  d'Antoine  de  Lalaing,  laquelle  se  trouve 
déjà  à  la  bibliothèque  de  Bourgogne,  et  dont  M.  de  Rciffenbcrg 
a  remis  à  M.  Gachard  un  manuscrit  tiré  de  son  cabinet. 

2.°  Recueil  et  mémoires  des  voyages  de  l'Empereur  Char- 
les  V.   In-fol. 

Ce  volume  contient  V Itinéraire  de  Vamlenesse  ,  dont  la 
bibliothèque  de  Bourgogne  possède  déjà  une  copie  que  M.  de 


(  422  ) 

EcifFenberg  a  analysée  dans  le  8.»^  yoI.  des  me'raoires  de  l'aca- 
tlc'mie. 

e}.°  Mémoires  ds  Laurent  Vital,  sur  quelques  faits  et  ac- 
tions de  C/iarles  d'Autriche ,  après  son  départ  de  Gand,  In-fol, 

Ces  trois  manuscrits  seront  confies  à  I\I.  Gachard. 

4.°    Cronicacastrl  etcœnohii  S.Bavonis  Gandavensis,  In-fol. 

Ce  dernier  manuscrit  est  réservé  à  M.  AVarnkoenig. 

M.  le  ministre  de  l'instruction  publique  de  France ,  par  une 
lettre  du  6  janvier  dernier,  remercie  la  commission  de  l'envoi 
de  ses  procès -verbaux,  et  déclare  que  c'est  avec  une  vive 
satisfaction  qu'il  l'a  vue  se  livrer  avec  activité  à  des  recherches 
qui  touchent  de  si  près  l'histoire  nationale  de  la  France. 

M.  de  Gcrlache  demande,'  à  l'ouverture  de  la  séance, 
à  entretenir  un  instant  ses  collègues  d'une  nouvelle  et  im- 
portante acquisition  de  manuscrits,  que  M.  le  ministre  de 
l'intérieur  vient  de  faille  pour  le  compte  de  l'état  et  qui  doit 
intéresser  vivement  la  commission  d'histoire.  Vous  savez  ,  dit-il, 
que  îe  ministre,  qui  montre  un  zèle  très-empressé  à  favoriser 
nos  travaux,  avait  prié  l'un  d'entre  nous  d'examiner  atten- 
tivement la  collection  des  manuscrits  de  M.™'=  la  baronne  de 
Ghvseghcm,  dont  on  proposait  la  cession  au  gouvernement. 
Celui  sur  qui  M.  le  ministre  avait  jeté  les  jeux,  désira  s'ad- 
joindre deux  de  ses  collègues ,  spécialement  versés  dans  cette 
matière,  pour  s'éclairer  de  leurs  conseils.  Sur  son  rapport, 
ces  ouvrages  ont  été  achetés  par  le  ministre  et  réunis  à  la 
bibliothèque  de  Bourgogne.  Cette  collection  se  compose  de 
plus  de  660  manuscrits,  dont  quelques-uns  sont  précieux 
pour  la  littérature  et  pour  l'histoire  nationale.  On  y  distingue 
un  aoccz  grand  nombre  de  classiques  ,  des  Tite  Live,  des 
Valèrc  Ilaxirae,  des  Cicéron,  des  Salluste,  ornés  de  vignettes, 
et  d'une  belle  consci'vation ,  ainsi  qu'une  quantité  d'ouvrages 
relatifs  à  notre  histoire  ,  entr'autres  un  P.  Wiltheim ,  sur  les 
antiquités  du  duché  de  Luxembourg;  un  Gilles  li  ]\]usiis, 
inédit,  renfermant  des  détails  circonstanciés  et  curieux  sur 
la  destruction  des  juifs,  sur  la  secte  des  Flagcilans,  et  sur  la 
peste  dite  de  Florcucc.  Ce  dernier  ouvrage  est  orné  de  dessins 


(423  ) 

colories  et  contemporains,  où  les  diverses  scènes,  retrace'es 
par  l'auteur ,  se   trouvent  naïvement  reprcscntc'es. 

M.  de  Gerlache ,  qui  a  traduit  quelques-uns  des  principaux 
épisodes  de  li  Muisis ,  dit  qu'il  se  propose  de  les  communi- 
quer à  l'académie,  M.  Warnkœnig  s'étant  chargé  de  faire 
imprimer  en  entier,  avec  une  introduction  et  des  éclaircis- 
semens,  les  difFérens  ouvrages  de  li  Muisis  dans  la  collection 
de  nos  chroniques. 

M.  de  ReifTenljcrg  lit  un  rapport  sur  deux  manuscrits  au 
sujet  desquels  le   gouvernement  avait  consulté  la  commission. 

L'un  est  une  généalogie  historique  des  seigneurs  d'Egmont, 
depuis  Radbout,  mort  en  792,  jusqu'à  celui  qui  l'ut  con- 
damné à  mort  par  le  conseil  des  troubles.  C'est  un  in-foho 
sur  parchemin.  Il  contient  d'abord  vingt-sept  figures  en  pied, 
fort  bien  peintes ,  représentant  un  roi  d'armes  et  la  série 
des  seigneurs  d'Egmout ,  dont  les  portraits  et  les  costumes 
paraissent  être  souvent  de  fantaisie;  celui  de  Lamoral,  exécuté 
})ar  une  autre  main  que  les  autres  et  avec  moins  de  talent, 
est  probablement  fidèle.  Au  bas  des  figures  sont  des  légendes. 
Viennent  ensuite  trente  pages  de  texte  sur  l'une  desquelles 
sont  tracées  les  armoiries  d'Egmont.  L'auteur  est  Dirick 
Woutersoen,  pasteur  à  Wassenaer  ,  qui  commença  d'aborJ 
cet  ouvrage  en  latin  pour  Georges  d'Egmond  ,  évéque  d'L  trecht, 
mais  qui  l'écrivit  ensuite  en  hollandais  et  en  fit  hommage 
au  comte  Lamoral.  Il  déclare  avoir  consulté  Renier  Snoy, 
médecin  de  Gouda,  publié  plus  tard  par  Swcertius,  les  chro- 
niques de  Hollande  de  Guillaume  Heiman  de  la  même  ville, 
ainsi  que  divers  écrivains  qui  avaient  traité  des  sires  d'Egmont-, 
tels  que  Petrus  Stiyrinwidius ,  Andréas  llosdenus ,  Antonius 
et  3Iartimis  Zyhrandus  Jfnei>ius,  et  les  manuscrits  conser- 
vés à  l'abbaye  d'Egmont,  ou  le  faux  Klas-Koljii  dit  avoir 
"VU  les  chants  des  anciens  Lardes.  Il  ajoute  qu'il  a  également 
profité  d'un  ouvrage  de  ^Marcelin ,  disciple  de  S.*^  Swibert, 
cvêque,  et  de  S.*^  AVillebrord  ,  archevêque  dXtrecht,  lequel 
Marcelin  écrivit,  suivant  lui,  en  G9o ,  la  vie  et  les  miracles 
de  S.*^  Swibert  j  mais  cette  vie  est  reconnue  apocryphe  par 
les  auteurs  des  Acla  Sanciururn  B.lg'd ,   \\,   101. 


(  424  )  1 

Ce  manuscrit  est  daté  de  VVassenaer  le  16  juin  1362.  Uii 
des  propriétaires  du  volume  y  a  joint  une  copie  à  la  main 
de  l'abrégé  historique  (imprimé)  de  la  généalogie  de  la  maison 
d'Egmont,  par  Lecoq  Madeleine. 

Le  deuxième  manuscrit  est  un  in-folio  sur  parchemin,  à  deux 
colonnes,  miniatures  et  encadremens ,  écriture  du  XIV.''  siècle. 

U  contient  d'abord  un  chapitre  intitulé  :  Comment  li  grand 
roy  Alexandre  envoia  une  epistle  à  Aristote  son  maistre  des 
merveilles  que  il  trouva  en  Ynde.  On  n'y  trouve  qu'un  amas 
de  merveilles  absurdes.  Cette  épître  est  suivie  d'une  autre 
intitulée  :  Epistle  le  roy  Pimenès  à  l'empereur.  Elle  est  dans 
le  même  goût. 

Apres  cela  commencent  les  grandes  chroniques  de  France 
dites  de  Saint-Denys ,  sur  lesquelles  La  Curne  de  Sainte  Palaye 
a  inséré  un  excellent  mémoire  dans  la  collection  de  l'académie 
des  inscriptions,  XV^  580,  et  dont  une  nouvelle  édition  a 
été  annoncée  récemment  par  l'écrivain  ingénieux  qui  a  adopté 
le  pseudonyme  du  Bibliophile  Jacob. 

Le  texte  est  fort  bon  et  l'ancien  langage  y  est  plus  scru- 
puleusement conservé  que  dans  les  imprimés.  Ces  chroniques 
s'arrêtent  en  1297,  tandis  que  les  imprimés  vont  jusqu'en  1461. 
La  fin  est  un  morceau  à  part  sur  les  croisades;  cette  pièce 
commence  ainsi  :  V^eschi  comment  il  est  avenu  puis  le  tems 
Godeffroy  de  Buillon  ,   etc. 

Un  des  chapitres  concerne  Bouchard  d'Avesnes.  On  n'y  dit 
point  qu'il  était  ecclésiastique ,  mais  gentiux  hom  et  vaellaas 
hom.  Il  semblerait  d'après  ce  court  chapitre  que  le  mariage 
de  Bouchard  et  de  la  comtesse  de  Flandre  n'eut  lieu  qu'après 
la  naissance  de  Jean  et  de  Baudouin  d'Avesnes. 

Plusieurs  événemcns  de  l'histoire  du  Hainaut  et  de  la  Flandre 
tiennent  place  dans  cette  partie  qui  finit  à  l'an  1304.  On  y 
trouve  mi  état  des  ducs,  princes  et  vicomtes  qui  furent  en  V  ost 
avec  le  roy  de  France  en  1297. 

Le  libraire  Verbyst  de  Bruxelles ,  qui  possède  ce  manuscrit 
et  le  précédent,  prétend  qu'ils  proviennent  de  la  maison 
d'Egmont. 


(  425) 

Ces  rapports  terminés ,  M.  de  Roîftenbcrg  met  sous  les  yeux 
de  l'assemble'c  un  long  catalogue  des  manuscrits  relatifs  à 
la  Belgique  qui  étaient  autrefois  dans  la  bibliothèque  de 
M.  George-Joseph  Gérard  ,  membre  de  l'académie  de  Bruxelles, 
et  qui  reposent  maintenant  à  La  Haye.  De  ce  catalogue  dont 
il  a  déjà  inséré  un  extrait  dans  le  Bulletin  de  la  société  de 
l'histoire  de  France  j  il  signale  les  articles  qui  suivent  : 

—  Cronyche  van  het  gedenchwaerdighste  dat  in  de  Neder- 
landen  en  hesonderlyk  binnen  Antwerpen  geschiet  is  sedert 
1067  tôt  I060,  door  de  FVerit  {V) ,  pensionaris  der  stadt 
Antwerpen.  MS.  in-fol.  de  207  pages. 

Cette  chronique,  inconnue  à  tous  les  historiens  belges  et 
rédigée  par  un  homme  instruit ,  contient  quantité  d'anecdotes 
curieuses.  Elle  a  été  copiée  sur  la  minute  originale  qui  était 
dans  la  bibliothèque  de  M.  vaii  Aerdciibodeghem ,  échcviii 
d'Anvers. 

—  Mémoires  histoi  iqiœs pour  servir  à  l'histoire  des  Pays-Bas, 
depuis  Vannée  lS3o  jusqu'en  1643,  contenant  des  réflexions 
politiques  sur  le  gouvernement  et  le  commerce  dudit  pays, 
MS.  de  336  pages  in-fol. 

On  ignore  quel  est  l'auteur  de  ces  mémoires  ;  mais  c'était 
assurément  un  homme  instruit,  qui  paraît  avoir  été  employé 
par  le  gouvernement  et  avoir  eu  accès  aux  archives.  Ce  manuscrit 
a  été  copié  sur  un  autre  du  XVII.^  siècle,  qui  appartenait 
à  M.  de  Stassart ,  en  son  vivant  conseiller  du  conseil  privé  à 
Bruxelles,    et  ensuite  président  du  conseil  à  Namur. 

—  Litterœ  Richardi ,  régis  Angliœ  et  Iliberniœ ,  quihus 
transfert ,  remittit  et  donat  Philippo  ,  archiduci  Austriœ , 
régna  Angliœ  et  Hiherniœ ,  1\  januarii  149-4. 

—  Histoire  des  Pays-Bas  ,  depuis  1477  jusqu'en  1492, 
MS.  in-fol.  de  190  pages. 

Ce  manuscrit  a  été  copié  sur  un  autre  qui  se  trouvait  dans 
la  chambre  des  comptes  à  Bruxelles ,  dont  l'écriture  était  de 


(i)   Lisez,    l)i'   [f'cerdt. 

(  Note  des  lied,  du  Mt-fsttgei:  ) 


(  426  ) 

la  fin  du  XV.^  siècle  et  que,  d'après  ses  ratures  et  corrections  ^ 
on   pouvait  considérer  comme  original. 

L'auteur,  contemporain  des  événemens  qu'il  raconte,  paraît 
avoir  e'té  bien  informé  ,  et  sa  relation  contient  des  détails 
ignorés,  surtout  sur  l'emprisonnement  du  roi  des  Romains  par 
les  Brugcois»  Cette  histoire  était  destinée  à  faire  partie  de  la 
collection  des  historiens  belges  que  l'académie  de  Bruxelles 
se  proposait  de  faii'c  imprimer. 

—  Mémoires  de  Jehan ,  sire  de  Haynin  et  de  Louvignies , 
contenant  ce  qu'il  a  sçeu  et  vu  de  son  tems  (  depuis  1463 
jusquen  1-476).  Manuscrit  copié  sur  l'original  de  l'auteur  3 
2  vol.  in-fol.  de  1043  pages. 

Ouvrage  d'un  contemporain  allié  aux  plus  illustres  familles 
des  Pajs-Bas,  qui  fréquentait  la  cour  de  Philippe-lc-Bon  et 
qui  accompagna  le  comte  de  Charolois  dans  ses  expéditions 
militaires  en  France  et  au  pays  de  Liège.  Il  décrit  avec  la  plus 
grande  naïveté  ce  qu'il  a  vu  et  ce  qui  lui  a  été  rapporté  par 
des  téraouis  oculaires  qu'il  cite  le  plus  souvent ,  et  donne  entre 
autres  des  détails  neufs  sur  la  bataille  de  Mont-le-Héry  et  sur 
la  prise  de  Dînant.  Il  sert  souvent  de  correctif  à  Comiues. 

Le  manuscrit  original  appartenait  à  M.  Gabriel  Dclmarmol. 
L'écriture  et  l'orthographe  en  étaient  si  mauvaises,  que  M.  Gérard 
fut  obligé  de  le  copier  de  sa  main. 

Ces  mémoires  se  trouvent  à  la  bibliothèque  de  Bourgogne 
sous  le  n.°*  96o6  et  947.  Ils  étaient  destines  à  faire  partie 
de  la  collection  de  l'académie  de  Bruxelles,  ainsi  que  de  celle 
de  la  commission  de  1828. 

—  Précis  des  lettres  originales  de  V empereur  CJiarles- Quint 
et  de  celles  de  Marie ,  gouvernante  des  Pays-Bas ,  écrites  en 
ll5o2  et  relatives  à  la  délivrance  du  lantgrave  de  Hesse  j 
retenu  à  Malines.   MS.  in-4.°  de  96  pages. 

Copie  du  précis  fait  par  le  comte  de  Wjnants,  garde  des 
Chartres  de  Brabant. 

—  Lettres  de  Marguerite ,  duchesse  de  Parme ,  gouvernante 
des  Pays-Bas ,  écrites  en  lo64  et  li56o  à  dijférens  évoques  et 
aux  conseils  de  Flandre ,   de   Hainaut  et  d' Artois  ,  au  sujet 


(  427  ) 

de  la  piihlication  du  Concile  de  Trente  dans  les  Pays-Bas ,  avec 
les  avis  rendus  par  lesdits  conssils  sur  les  décrets  dudit  concile , 
gui  étaient  contraires  aux  hauteurs  et prééminsnces  de  sa  majesté 
et  aux  privilèges  de  ses  sujets  ;  le  tout  tiré  des  registres  des 
états  de  Flandre  et  d'Artois.  MS.  in-fol.  d'une  écriture  du 
commencement  du  XVII."  siècle  ,  et  composé  de  129  pages. 
On  ne  connaît  pas  d'autres  copies  de  ces  lettres ,  qui  sont 
curieuses  et  intéressantes  et  qui  n'ont  jamais  été  imprimées. 

A  propos  du  concile  de  Trente,  M.  de  Reiffenbcrg  fait  ob- 
server qu'à  la  LiLliotlicque  de  l'université  de  Louvain ,  on 
conserve  un  manuscrit  qui  a  appartenu  autrefois  à  F.  Verdusscn 
et  qui  est  intitulé  :  v 

Liber   itineris   et   successuum    ejusdem  facti,  per  Rev 

Petrum  T  orsiium,  épis.  Aquensem  ac  comitem  ...cjtm  esset 
in  legafione  sua  ad  Gerinaniatn  ad  intiniandiLm  générale  con- 
ciliumincivitate  Mantuœ ,  loo7.  MS.  in--i.°  de  148  pages. 

11  poursuit  ensuite  sa  revue  des  manuscrits  de  feu  M.  Gérard. 

—  Verhael  van  îiet  magistract  van  Antwrrpcn  aen  den 
HertogJi  van  Alha ,  îioe  sy  Jiun  g:<lra?gen  liehhen  in  de  Iruu- 
helen.  Ms.  in-fol.  écrit  vers  le  milieu  du  XVI.*=  siècle  j  102  pages. 

C'est  la  justification  que  le  magistrat  d'Anvers ,  traduit  devant 
le  tribunal  des  troubles  pour  ne  pas  avoir  empcclié  les  désor- 
dres de  cette  ville  dès  le  principe  ,  présenta  au  duc  d'Albe  et 
aux  membres  de  ce  terrible  conseil  ,  le  magistrat  y  rapporte 
ce  qui  s'est  passé  ù  Anvers,  depuis  le  mois  de  septembre  1363 
jusqu'au  2B  avril  1387,  et  les  moyens  qu'il  a  mis  en  usage 
pour  rétablir  l'ordre. 

On  croit  que  ce  factum  est  l'une  des  copies  originales  dé- 
livrées aux  membres  du  conseil  des  troubles,  11  n'a  jamais 
été  publié;  seulement  Pierre  Bor  en  a  tiré  parti  dans  son 
excellente  histoire  des  troubles  des  Pays-Bas,  et  il  le  cite  ,  1. 1, 
p.  211,  de  l'édition  de  1679. 

—  Traduction  originale  de  Vespagnol  en  français ,  faitj 
par  le  secrétaire  du  conseil  des  troubles ,  Prats  ;  d.^s  inter- 
rogatoires et  réponses  du  comte  d'Eginont ,    faits  le  12  et  11 


(  428  ) 

novembre  1 S67  par  h  licencié  Vdrgas  et  le  docteur  Dsl  Rio , 
commissaires   dénommés  par  le  duc  d^ Alhe.  Ms.  in-folio. 

Cette  pièce  authentique,  du  plus  haut  intérêt,  est  signée 
par  le  secrétaire  du  conseil  des  troubles  ,  Prats.  On  ne  la  trouve 
point  parmi  les  documens  du  procès  des  comtes  d'Egmont  et 
de  Horncs  recueillis  à  la  fin  de  la  traduction  de  Strada,  et 
imprimés  à  Bruxelles  en  1719,  ni  dans  aucun  autre  ouvrage. 
Feu  M.  Lcclcrcq ,  de  Mons ,  qui  mourut  à  Bruxelles ,  était 
parvenu  à  s'en  procurer  une  copie  dans  laquelle  M.  de  Reif- 
fenLcrg  avait  trouvé  que  le  comte  d'Egmont  était  né  au  châ- 
teau de  la  Hamaide  dans  le  Hainaut,  circonstance  inconnue  à 
tous  les  historiens  et  biographes ,  et  qu'il  a  consignée,  en  18212, 
dans  son  édition  de  Van  der  Vjnckt. 

—  Diarium  Francisci  Sonnii ,  legati  Philippi  II ,  ad 
summum  pontiflcem. 

Journal  du  voyage  fait  à  Rome  en  lo38  sur  l'ordre  du  roi 
Philippe  II,  par  François  Sonnius,  pour  solliciter,  près  du 
pape  Paul  IV,  la  division  des  anciens  évêchés  et  l'érection 
de  nouveaux  dans  les  Pays-Bas.  Il  contient  les  instructions 
données  à  Sonnius ,  les  harangues  qu'il  fit  au  pape  ,  ce  qui 
se  passa  dans  les  congrégations  des  caixlinaux,  les  différens 
mémoires  présentés  par  Sonnius.  Les  ratures  et  corrections  de 
la  main  de  Sonnius  démontrent  que  ce  sont  les  minutes  ori- 
ginales. On  voit  par  une  note  d'une  écriture  du  commen- 
cement du  XVII.''  siècle ,  et  qui  se  trouve  en  tête  du  vo- 
lume, qu'il  a  été  acheté  en  1600  dans  une  maison  mortuaire 
à  Anvers.  Il  forme  un  iu-fol.  de   127  pages. 

—  Mémoires  remarquables  concernant  les  troubles  des  Pays- 
Bas  au  X.KI.'^  siècle.  In-fol.  de  8â4  pages. 

On  y  trouve  les  commissions  des  inquisiteurs,  plusieurs 
lettres  de  PliiHppc  II  au  duc  d'Albc ,  différentes  sentences 
rendues  contre  les  confédérés ,  quelques  libelles  semés  dans 
les  villes  des  Pays-Bas  ;  des  dépêches  du  duc  d'Albe  aux  gou- 
verneurs des  villes  et  provinces,  etc.  j  écriture  de  la  fin  du 
XVI.«  siècle,  à  l'exception  des  dernières  pages  et  de  la  table 
qui  sont  d'une  écriture  moderne.  Le    volume  est   orné  d'un 


(  429  ) 

dessin  reprcsentant  des  Gueux  ou  confédérés.  Il  contient  des 
pièces  concernant  les  provinces  wallonnes,  lesquelles  ont  été 
inconnues  à  P.  Por  et  aux  autres  historiens  des  troubles  des 
Pajs-Bas. 

—  Histoire  de  la  guerre  civile  des  Pays-Bas  ,  par  Pontus 
Payen ,  in-folio  de  -i23  pages,  copié  sur  un  manuscrit  du 
XVI.®,  siècle  de  la  bibliothèque  du  duc  Charles  de  Lorraine, 
gouveraeur-général  des  Pays-Bas  autrichiens. 

—  Diplomata  BrahanticSy  ou  recueil  de  diplômes,  traités 
et    autres    actes    concernant    le  pays   et   duché  de  Brabant 
depuis  978  jusqu'en  1S33.    In-fol.  de  282  pages. 

Les  pièces  contenues  dans  ce  Yolume  ont  été  copiées  sur 
les  originaux  qui  se  trouvaient  dans  la  chambre  des  comptes 
à  Bruxelles,  et  dans  les  archives  des  différentes  villes  et  ab- 
bayes du  Brabant. 

—  Tahle  chronologique  des  diplômes,  c/ia?'tres ,  titres  et 
actes  ,  tant  imprimés  que  non  imprimés ,  concernant  C histoire 
du  pays  et  duché  de    Brabant,  3  gros  vol.  in-folio, 

—  Notices  historiques  et  anecdotes  concernant  le  comté  de 
Flandre  j  depuis  137o  jusqu'en  1-478.  In-folio  de  243  pages, 
écriture  moderne. 

Ces  notices  sont  tirées  de  différens  registres  de  la  chambre 
des  comptes  de  Lille  et  de  quelques  anciens  mss.  Elles  con- 
cernent principalement  l'histoire  des  mœurs  et  usages. 

—  Diplomatarium  Flandriœ,  ou  recueil  des  diplômes  des 
comtes  et  comtesses  de  Flandres,  depuis  10o6  jusqu'en  14156. 
4  vol.  in-fol.  d'une  écriture  moderne. 

Tiré  de  la  chambre  des  comptes  de  Lille  ,  de  celle  de  Bruxelles , 
des  archives  de  quelques  abbayes  et  d'anciens  mss.  Il  ne  serait 
plus  possible  de  rassembler  aujourd'hui  une  collection  aussi 
complète. 

—  Recueil  de  diplômes,  traités,  lois ,  etc» ,  pour  servir  à 
Vhistcire  du  comté  de  Flandre  sous  le  comte  Baudouin ,  depuis 
1190  jusqu'en  1214.  In-fol.  de  130  pages. 

—  Diplomata  Namurcensia  ah  anno  1185  ad  1308.  Tu-fol. 

2!J 


(430) 

—  Diplomatarium  Luxeniburgsnse  ab  anno  1201  ad  1-488. 
In-fol.  de  §84  pages. 

Il  n'existe  aucune  copie  de  ce  recueil.  Les  actes  qu'il  ren- 
ferme ont  e'té  copie's  sur  ceux  qui  reposaient  à  la  chambre 
des   comptes  de  Bruxelles.   . 

—  Table  chronologique  des  diplômes  ,  cJiartres ,  traités  et 
autres  titres  concernant  V histoire  des  dix-sept  provinces  des 
Pays-Bas ,  qui  se  trouvaient  dans  la  chambre  des  comptes  à 
Bruxelles  et  ailleurs,  et  cjui  n'ont  pas  été  impj-imés  ;  rangés 
par  ordre  chronologique  depuis  1159  jusqiten  1300.  2  vol. 
in-fol. 

—  Catalogue  de  tous  les  manusciits  qui  étaient  dans  la 
bibliothèque  publique  dite  de  Bourgogne j  à  Bruxelles,  avant 
Vannée  1794,  lorsque  la  plupart  en  furent  enlevés  savoir: 
les  manuscrits  de  V ancienne  bibliothèque  de  Bourgogne ,  ceux 
de  la  bibliothèque  de  Marguerite  d^ Autriche ,  duchesse-douai^ 
rière  de  Savoie  ,  ceux  provenant  des  bibliothèques  des  jésuites , 
ceux  provenant  de  la  bibliothèque  du  duc  Chaiies  de  Lorraine-, 
enfin  ceux  qui  furent  achetés  par  Vacadémie  des  sciences  et 
belles-lettres  de  Bruxelles,  3  vol.  in-fol. 

M.  Willems  s'exprime  ensuite  en  ces  termes  : 

«  Dans  la  séance  de  l'académie  de  Bruxelles ,  du  5  fé- 
vrier 1777,  M.  Des  Roches  a  lu  une  dissertation  sur  Thistoire 
diplomatique  d'A  Thyino  et  sur  la  chronique  du  continuateur 
de  Clericus,  deux  ouvrages  dont  la  publication  est  confiée  à 
M.  de  ReifFenbcig  et  àmoi.  Cette  dissertation  n'a  pas  enlièic- 
ment  vu  le  jour  ;  on  en  trouve  des  extraits  et  une  analyse 
dans  le  journal  des  séances  de  P Académie ,  imprimé  en  tctc 
du  second  volume  des  mémoires  de  ce  corps  savant,  pa- 
ges XL  -XLIV.  Si  je  ne  me  trompe,  elle  fait  partie  des  ma- 
nuscrits délaissés  par  M.  Van  Hulthem. 

»  Dans  l'intcrct  de  nos  travaux ,  je  croîs  utile  de  relever 
les  erreurs  où  est  tombé  l'auteur  de  cet  opuscule. 

»  Avant  M.  dos  Roches ,  presque  tous  nos  bibliographes 
avaient  répété  que  la  chronique  manuscrite  du  continuateur 
des  Brabandsche   gesten    était   une  traduction   de  l'ouvrage 


(431  ) 

(l'A  Thymo  (1)  et  c'est  ce  que  le  savant  académicien  ne  voulut 
pas  admettre.  Pierre  A  Thymo  ,  dit-il ,  mourut  en  1473,  âgd 
de  80  ans  ;  cette  date  est  avouée  de  tout  le  monde.  Le  poète 
flamand,  continuateur  de  Clericus ,  acheva  la  première  partie 
de  son  ouvrage  en  1402  ,  lorSvqu'A  Thjmo  avait  tout  au  plus 
neuf  ans  accomplis.  Voici  la  suscription  du  6.*'  livres  des  Gestes  : 

Dit  was  volscreuen  ende  voldiclit  , 
Int  wout  van  Sonyen,  doe  ic  n  cont, 
Op  sente  Barbelen  auont , 
Als  men  screef  iioch  min  nocli  mee 
Dusent  vier  bondert  ende  twee. 

»  Cette  preuve  paraît  sans  réplique  ,  et  M.  des  Roches  y 
ajoute  encore  d'autres  argumens,  puises  dans  le  texte  flamand 
qu'il  compare  à  l'auteur  latin;  puis,  appelant  l'attention  du 
lecteur  sur  le  prologue  de  la  chronique ,  dont  il  rapporte  en 
partie  le  texte  original ,  il  demande  s'il  est  possihle  de  conserver 
encore  le  moindre  doute  à  l'e'gard  de  cette  prétendue  tra- 
duction. En  effet ,  dans  ce  prologue  le  poète  dit  avoir  lu  les 
cinq  livres  des  Gestes  des  ducs  de  Brabant  qui  finissent  en 
1350.  Un  homme  éclaire  l'engageait  à  les  continuer.  Il  s'en 
excuse  d'abord  sur  son  peu  de  talent  j  mais  il  s'y  résout  enfin , 
persuadé  que  son  ami  le  redressera  s'il  tombe  dans  l'erreur. 
Il  l'invite  à  corriger  un  ouvrage  ,  entamé  à  sa  prière,  le 
priant  d'y  ajouter  ce  qui  serait  utile  et  d'en  élaguer  les  dé- 
fectuosités : 

le  bidde  bem  die  tny  des  bad 
Voert  te  diclUeu  dese  Listorie  , 
Dat  Ll   aensie  die  clein  niemorie 
Mijns  arinen  stompers  grof  ende  ruut, 
Die  corrigere  ,  set  in ,  doe  wt 
Alsoe  bem  dat  sal   ghenoegbeu. 

»  D'après  cela  M.  des  Roches ,  ne  soupçonnant  pas  que 
cet  ami  pût  être  le  trésorier  de  l'éghse  de  S.'"  Gudule,  assmc, 


(t)   Voir   le  prologue  de   Y  Excellente  cronike  van  Brahant ,    Foppens  , 
Pacjuot  ,    etc. 


(432  ) 

sans  crainte  d'être  démenti  par  ceux  qui  confronteront  les 
deux  ouvrages,  qu'on  ne  vit  jamais  des  dessins  moins  calques 
l'un  sur  l'autre  ,  des  routes  plus  contraires  ,  des  matériaux 
moins  ressemblans  ,  en  un  mot  deux  livres  qui  annoncent  des 
différences  plus  marquées. 

»  Qu'il  me  soit  permis  d'exposer  en  peu  de  mots  les  motifs 
que  j'ai  à  faire  valoir  contre  l'opinion ,  d'ailleurs  si  respectable , 
de  M.  des  Roches.  Comme  celui-ci  possédait  le  manuscrit 
original  de  la  chronique,  corrigé  en  beaucoup  d'endroits  de 
la  main  de  cet  ami  dont  parle  le  prologue ,  on  peut  d'autant 
moins  lui  pardonner  une  méprise.  J'ai  examiné,  et,  j'ose  dire, 
avec  un  peu  plus  de  soin  que  lui ,  ce  manuscrit  original,  dans 
lequel  il  y  a  des  ratures  et  des  corrections  fort  curieuses  que 
je  reproduirai  dans  le  texte  à  publier.  Il  fut  vendu  32  florins 
10  sols  de  change  à  la  vente  des  livres  de  M.  des  Roches 
(  n.°  1063  du  catalogue),  qui  l'avait  acquis  de  l'échevin 
Verdussen.  Antérieurement  ce  livre  avait  appartenu  au  poète 
anversois  Gevartius ,  dont  il  porte  la  signature.  Il  est  sur 
papier,  format  petit  in-folio,  à  deux  colonnes,  écriture  de  la 
première  moitié  du  XV.**  siècle.  Le  6.^  livre  des  Gestes ,  ou 
la  première  partie  de  la  continuation  de  Clcricus ,  n'a  pas 
été  achevé  en  1402,  comme  l'affirme  M.  des  Roches ,  mais  bien 
en  1432  ,  lorsque  Pierre  A  Thymo  avait  atteint  l'âge  de  39  ans. 
Voici  ce  qu'on  lit  à  la  fin  de  ce  livre  : 

Dit  was  gheschreuen  eude  voldicht 


Als  men  screef  noch  miu  nocli  mee 
M.  iiijc.  XXX  eude  twee. 


»  M.  des  Roches  a  copié  la  fausse  date  qu'il  a  trouvée  dans 
une  autre  copie  des  Gestes  dont  il  était  possesseur,  provenant 
également  de  Gevartius  (n.°  1788  dudit  catalogue),  et  oîi  on 
lit  effectivement  : 


Dosent  vier  liondert  ende  tvree 


»  Cependant  il  eût  dû  reconnaître  l'erreur  du  copiste,  en 
comparant  son  travail  avec  la  composition  originale,  ou  même 


(  433  ) 

par  cela  seul  que  le  livre  6.*  contient  le  récit  de  plusieurs 
événemcns  d'une  date  postérieure  a  1402.  La  mort  de  la 
duchesse  Jeanne,  arrivée  en  décembre  1-406,  y  est  rapportée 
tout  au  long,  et  l'auteur  fait  à  ce  sujet  la  remarque  suivante  : 

Je  sacli  by  Trou  Johannen  tiden 
Den  selcken  op  Iioege  peerdea  riden 
Die  na  liare  doot,  sere  cort  na  dat, 
Metten  clederen  inder  modren  sat. 

»  C'est-à-dire  :  «  J'en  ai  vu  qui  montaient  des  chevaux 
superbes  au  temps  de  la  duchesse  Jeanne  ,  mais  qui ,  peu  après 
sa  mort,  laissaient  traîner  leurs  habits  dans  la  boue.  » 
,  »  En  tête  du  manuscrit  original,  M.  Verdussen  a  écrit  de 
sa  main  :  hoc  chronicon  Pétri  Thimensis,  eodem  auctore  curante , 
in  rhytmos  vernaculos  translatum  est ,  indication  en  tout  con- 
forme au  témoignage  de  nos  bibliographes  anciens ,  mais  qui 
n'a  pas  la  portée  que  M.  des  Roches  voulait  lui  donner.  Il 
ne  s'agit  pas  ici  d'une  traduction  du  Recueil  diplomatique 
d'A  Thjmo,  ouvrage  qui  ne  comporte  pas  le  titre  de  chro- 
nique ,  mais  de  quelqu'autre  histoire  manuscrite  du  même 
auteur.  Néanmoins  on  peut  lui  donner  le  nom  de  chronique 
traduite  en  partie  sur  le  grand  recueil  d'à  Thymo ,  car  il  est 
très  vrai  que  le  poète  flamand  a  rendu  fidèlement ,  dans  ses 
rimes ,  les  diplômes  de  ce  recueil ,  autant  que  ceux-ci  se 
rapportent  à  la  période  historique  dont  il  avait  à  dépeindra 
les  événemcns.  J'ajouterai  que  la  suscription  cfui  se  trouve  eii 
tête  de  la  table  des  matières ,  dans  le  manuscrit  original ,  ett 
de  nature  à  détruire  tous  les  doutes.  On  y  lit  : 

Ta  fêle  vanden  KI,'^"  boeckevanden  Croniken  van  Brahant , 
tvelke  Croniken  in  latyne  gecompileert  zyn  van  meester  Peter 
de  Thinio ,  trésorier  van  sinte  Goedelen  te  Bruesftel ,  iiten 
welken  dese  yerst  in  dietsce  gemaect  zyn  ende  van  hem  gevisiteert. 

»  C'est-à-dire  :  ((  Table  du  sixième  livre  des  chroniques  du 
Brabant ,  lesquelles  chroni(jues  sont  compilées  eu  '  latin  par 
maître  Pierre  A  Thjino,  trésorier  de  Saintc-Gudulc  ,  à  Bruxelles, 
et  sur  lesquelles  les  préscutes  ont  été  composées  pour  la  pre- 
mière fois ,  et  par  lui  revues.  » 


(434) 

))  Je  conclus  de  tout  ceci ,  que  Pierre  A  Thyrao ,  après  avoir 
composé  son  grand  recueil ,  s'est  aperçu  que  celui-ci  présentait 
une  lacune ,  en  ne  retraçant  pas  ou  en  retraçant  trop  impar- 
faitement les  faits  historiques  qui  se  liaient  à  son  travail.  Il 
a  donc  engagé  notre  auteur  flamand  à  compléter  l'ouvrage 
de  Clericus  d'après  des  matériaux  qu'il  lui  fournissait  lui-même , 
en  langue  latine,  et  c'est  à  quoi  nous  devons  les  6.*^  et  7.*=  livres 
des  Gestes  des  ducs  de  Brabant ,  qui  sont  de  la  plus  haute 
importance  pour  IhisLoire  de  cette  province.  » 

M.  Wamkœnig  demande  alors  la  parole  pour  un  rapport 
sxir  la  chronique  de  S.*  Bavon. 

«  C'est  avec  une  vive  satisfaction  que  j'ai  reçu ,  dit-il ,  de 
M.  de  Ram  la  nouvelle  que  le  ms.  original  de  la  chronique 
de  S.*-Bavon ,  perdu  depuis  quarante  ans,  avait  été  retrouvé 
et  acheté  pour  le  gouvernement.  Chargé  de  la  publication 
de  cette  chronique ,  j'en  demandai  aussitôt  communication  à 
M.  le  ministre  de  l'intérieur.  Ce  n'est  que  le  2  mars  que  le 
manuscrit  me  fut  envoyé  par  M.  Marchai ,  conservateur  de 
la  bibhothcque  de  Bourgogne,  qui  l'avait  fait  relier  à  neuf, 

»  On  sait  que  ce  manuscrit  doit  sa  haute  réputation  d'an- 
tiquité et  d'importance  au  Prodromus  de  Nélis,  et  après  lui, 
au  chanoino  de  Bast,  qui  tous  deux  placent  ce  manuscrit 
au  XII.*'  siècle,  parce  que  la  chronique  cesse  à  l'an  113â  ^ 
et  que,  partant,  son  auteur  était  mort  à  celte  époque. 

})  Plusieurs  passages  de  ce  manuscrit  avaient  été  publiés 
par  André  Duchesne,  Graraaye,  Liudanus,  Sanderus,  Butkens 
et  le  savant  Kluit,  qui  même  l'avait  vu  à  Gand. 

»  Une  chronique  originale  inédite  du  XII.^  siècle  était  une 
source  d'histoire  de  la  plus  haute  iuiportance,  et  l'on  conce- 
vra que  j'attendais  ce  trésor  avec  impatience. 

»  Cepcndaiit  (en  lo33)  mes  études  sur  la  Flandre  m'avaient 
fait  douter  de  l'existence  de  cette  chronique  tant  vantée,  et 
qu'on  ne  trouvait  nulle  part.  Un  chroniqueur  de  S.*  Bavon 
qui  écrivait  vers  l'an  1290,   Jean  de  Thielrode  (1),  dont  le 


(i)  J'ai  donné  une  description  détaillée  de  sa  chronique  dans  moa  ouvrage 
historique  sur  la  Flandre,   t.  i,  pag.  4;  -  49. 


(435  ) 

manuscrit  original  appartient  à  M.  Lammens,  bibliothécaire 
de  l'université  de  Gand,  dit,  au  commencement  de  son  ou- 
vrage ,  que  le  monastère  de  S.*-Bavon  n'avait  presque  pas  de 
chroniques  avant  lui,  ce  qui  l'avait  engagé  à  en  écrire  une. 
»  L'ouvrage  de  Thielrode,  semblable  à  l'histoire  universelle 
de  jMartlnus  Polonus ,  contient,  vers  la  fin ,  les  passages  sur 
l'origine  du  château  de  Gand  et  du  monastère  de  S.*  Bavon, 
passages  qu'on  attribue  à  notre  chronique. 

»  Mais  le  poids  d'une  autorité  telle  que  celle  de  M.  Nélis 
fît  que  je  n'osais  nier  l'existence  d'une  chronique  de  S.*  Eavou 
du  XIl."^  siècle. 

M  Grande  fut  donc  ma  surprise  lorsqu'à  la  réception  du 
manuscrit  original  de  cette  chronique,  j'ai  reconnu  que  son 
écriture  datait  du  XV."  siècle  et  peut-être  même  du  com- 
mencement du  XVI.''.  Et  cependant  on  ne  peut  élever  aucun 
doute  sur  l'identité  du  manuscrit  avec  celui  dont  parle 
M.  Nélis;  car  il  provient  de  sa  succession,  et  porte  le  n.°  83 
du  catalogue  des  manuscrits  de  S.*  Bavon. 

»  Non  seulement  le  manuscrit,  mais  la  chronique  elle- 
même,  apparlient  au  XV°  ou  au  commencement  du  XVI.®  siècle. 
Il  est  impossible  que  le  savant  Nélis  ait  cxaniiné  cet  ouvrage. 
Il  se  contente  de  dire  que  son  auteur  a  souvent  transcrit 
Sigebcrt  de  Gembloux. 

»  Mais,  outre  cola,  l'auteur  de  la  chronique  de  S.*  Bavon 
a  puisé  chez  des  auteurs  postérieurs  à  Sigebcrt  de  trois  siècles 
et  plus.  Sans  avoir  vérifié  le  ms.  en  entier,  j'ai  trouvé  plu- 
sieurs passages  dans  lesquels  l'auteur  donne  des  extraits  de 
chroniques  écrites  au  XV.®  siècle,  et  dont  il  cite  les  noms 
d'auteurs  ex  professa, 

»  C'est  ainsi  qu'en  parlant  de  la  naissance  de  Charlemagne, 
à  l'année  742  (fol.  10  r.),  il  rapporte  le  passage  suivant  de 
Tritheim  : 

))  Carolus  magnus  îifttus  est  in  împeriaîl  Castro  IngeHieim, 
ut  scribit  ahhas  Spaii/iemensis  in  lihro  de  illustrihus  Ger- 
maniœ. 

»  Et  en  826,   en  parlant  d'Eginhard  (  foL  21  )  ,  il  domic 


(436) 

un  extrait  d'un  autre  ouvrage  de  ce  Tritheim,  savoir  de  son 
livre  de  scriptoriôus  ecclesiasticis.  J'ai  vcrifîé  le  passage  de 
Trit/ieim ,    il  est  presque   littéralement  transcrit    dans  le  ms. 

»  On  sait  que  Tritbeim  mourut  l'an  lolG,  aLbé  de  Span- 
heim  ou  de  Sponheim,  en  Allemagne;  il  passait  pour  un 
des  chroniqueurs  les  plus  célèbres  du  temps  :  la  plupart  de 
ses  ouvrages  appartiennent  cependant  au  XV."^  siècle. 

»  Outre  les  passages  que  nous  venons  de  citer,  la  chro- 
nique de  S.*  Bavon  contient  encore  des  extraits  de  celle 
de  l'abbaye  des  Dunes,  et  notamment  de  l'abrégé  de  l'ou- 
vrage de  Brando ,  fait  par  Adrien  de  Budt,  et  pubbé  par 
Sweertius.  Aussi  l'auteur  de  la  chronique  n'en  fait-il  pas  un 
mjstèr-e  :  il  cite  Adrianum  Budt ,  monachutn  DuJiensem ,  à 
l'année  837  (fol.  12,  en  reproduisant  l'étjmologie  du  mot 
Flamingus ,  donnée  par  ce  dernier. 

))   Adrien  de  Budt  écrivit  vers  l'an  l-i66  et  mourut  l'an  1-488. 

»  Nous  espérons,  en  préparant  l'édition  de  cette  chronique, 
trouver  encore  d'autres  preuves  qr.i  détruiront  l'opinion  des 
auteurs  du  pays  sur  l'ancienneté  de  ce  monument  historique. 

»  Il  mérite  néanmoins  les  honneurs  de  la  publication,  car 
il  contient  un  grand  nombre  de  faits  qu'on  chercherait  peut-être 
Tainement  ailleurs. 

»  Nous  observerons  seulement  qu'au  lieu  d'être  placé  avant 
la  chronique  de  S.*  Bavon,  publiée  par  M.  Pertz,  d'après 
un  ms.  du  XIV.^  siècle,  et  avant  la  partie  de  la  chronique 
de  Jean  de  Thielrode,  il  ne  doit  trouver  place  qu'après  ces 
ouvrages.  » 

M.  Warnkccnig  lit  ensuite  des 

Notices  sur  des  manuscrits  relatifs  à  l'histoire  de  la  Bel" 
gjque ,  qui  se  trouvent  dans  quelques  hibliotJièques  publiques 
d'Allemagne  ,  d'Italie  et  d'Angleterre. 

«  Les  gouvcrncracns ,  dit-il,  qui  conçurent  le  projet  de 
publier  des  documens  sur  l'histoire  de  leurs  pays,  firent  faire 
de  tout  temps  des  recherches  dans  les  bibliothèques  des  pays 
étrangers,  pour  connaître  les  trésors  littéraires  qui  pouvaient 
y  être  cachés  et  dont  rimportancc  se  rattachait  au  but  de 
leur  entreprise. 


(437) 

»  C'est  ainsi  que  le  savant  Bie'quigny  fut  envoyé  en  An- 
gleterre eu  176-4  (1).  La  commission  des  Records  de  Londres 
fait  voyager  sur  le  continent,  et  la  société  pour  la  publica- 
tion des  monumens  historiques  de  l'Allemagne  a  constaté  non 
seulement  dans  toute  l'Allemagne,  mais  en  Italie,  en  France, 
en  Belgique  et  ailleurs,  les  manuscrits  relatifs  à  l'objet  de  sa 
mission. 

»  Peu  a  été  fait  Jusqu'ici  pour  la  Belgique;  mais  l'esprit 
cosmopolite  des  savans  allemands  n'a  point  été  sans  utilité. 
L'histoire  de  la  Belgique  se  rattache  à  celle  de  l'Allemagne; 
les  savans  de  ce  pays  ont  aussi  exploré  les  manuscrits  qui  nous 
intéressent.  Ils  ont  inséré ,  dans  les  six  volumes  des  archives  de 
Ici  société  pour  les  monumens  historiques  sur  P Allemagne  (2), 
des  notices  dont  le  haut  intérêt  est  trop  national  pour  que 
nous  n'en  donnions  pas  ici  communication.  Nous  ignorons 
cependant  si  cette  notice  sur  les  manuscrits  relatifs  à  l'histoire 
beigique  ,  qui  se  trouvent  dans  les  bibliothèques  publiques  de 
l'Allemagne  ,  est  complète.  —  Nous  présenterons  un  extrait 
de  chaque  volume. 

»  T.  I,  p.  -4-47,  M.  Dumgé  fixe  l'attention  sur  un  chro- 
nicon  Flandriœ ,  que  le  savant  UfFenbach  avait  vu  dans  la 
bibliothèque  de  M.  Van  Alkemade,  à  Rotterdam.  C'est  la 
chronique  du  moine  de  Gand,  de  1296  à  1310.  Elle  est  pu- 
bliée sur  l'original  qui  existait  à  la  bibliothèque  de  Hambourg 
en  1823,  et  sera  insérée  dans  notre  collection  des  chroniques 
flamandes. 

»  Notre  correspondant  de  Hambourg  nous  apprend  que 
l'original  de  la  chronique  a  disparu  depuis  la  mort  de 
M.  Hartmann.  Mais  les  archives  de  la  Flandre  orientale  ont 
fait  l'acquisition,  en  1833,  à  la  vente  de  la  bibliothèque  de 
M.  de  Koning,  à  Amsterdam,  d'une  copie  faite  au  -XV III. ^  siècle. 
Cette  copie  ne  pourrait-elle  pas  être  celle  qu'UfTenbach  avait 


(i)  Voyez  sa  correspondance  publiée  ])ar  M.  CliampoUiou-Figeac  en  l€3i. 

(?)  Ardiiv.  dcr  GoM-lUclidlt  lur  dout>clir  Gficliichlkuudc. 


(  438) 

vue  à  Rotterdam  (1)  ?  A  moins  cependant  que  le  manuscrit 
de  Hamljourg  ne  fût  celui  d'ALkemade,  puisqu'il  provient  de 
la  Bihliolh'ca  UJjfenbacJilana. 

))  D'après  le  catalogue  de  la  bibliothèque  impe'rlale  de  Vienne, 
înscré  dans  le  %°  Yoliime  des  archives,  on  y  trouve,  pour  la 
Belgique  ,  les  manuscrits  suivans  : 

I  Armoire  I  n,°^  20. j.     Antverpîensis  ciuitatis  statuta. 

Belgica  historia. 

jid  helgicam  historîam  perlinentia. 
Belgici  œrarii   leges  reformatoriœ, 
Belgici  œrarii  recte  administrandi  statuta. 
De  Burgundinis  rébus  tractalus. 
Ducis  Yohannis  defensio   de  cœde   Au- 

reliani. 
Philippi    boni    res    gestœ    àb    anonymo 

coœvo  ,  fartasse  Ludou.  Cescares  (?). 
(4 10)  Burgundiœ  ducis   Philippi   Epîta- 

phiuin. 
Notata  quœdam  de    Carolo  audac.    Bur- 
gundiœ duce  ;  cod.  Chartaci  Sœc.  XV,  fol. 
Carmen    rythmicum    de   gestis   et    morte 
Caroli  audacis. 
44-     Chronique  de  Valenciennes  ,  în-4.° 

Flandriœ  coinitum  Balduini ,  Ferdinandî , 
Johannœ  ,  Roberti  diplomata  quœdam. 


(i)  Il  n'est  pas  probable  que  la  copie  du  Chronicon  Flandriœ  monachi  gan- 
densis  1296- i3 10  ,  achetée  par  M.  Serrure,  pour  les  archives  de  la  Flandre- 
orientale,  à  la  Tente  des  manuscrits  de  J.  Koning ,  faite  à  Amsterdam,  le 
29  avril  i833,  et  désignée  dans  le  catalogue  de  cette  vente  sous  le  N-"  5, 
Boit  celle  que  le  savant  UffenJjach  vit  daus  le  siècle  dernier  ,  chez  Alkemade. 
L'indicatiou  de  Chronicon  Flandriœ  est  trop  vague  pour  devoir  se  rapporter 
précisément  à  celle-ci,  et  il  est  plutôt  à  croire  que  la  copie  de  Koning  ect 
l'une  des  deux  que  possédait  Verdussen  d'Anvers  ,  en  1776  ,  et  qui  se  trouvent 
décrites  dans  son  catalogue,  t.  i.  p.  2^5,  sous  le  N."  52  :  Flandriœ  chroni- 
con ah  anno  1296  usque  ad  annum  i3lo,  auclore  AnonjTiio,  monacho  con- 
ventus  J'ratrum  minoritrn  gandavensiuin,  mss.  in-fol.  nitidiss,,  et  sous  le  Tf. 
suivaut.  Idem  chronicon  in-fol.  nitidiss. 

Noie  des  Rtd.  du  Messager. 


2 

E 

102. 

3 

J 

10^. 

4 

146. 

5 

184. 

6 

Hoh. 

94. 

7 

37. 

8 

H.  P. 

8i5. 

9 

576. 

10 

S.  J. 

611. 

II 

J 

244 

12 

E 

44. 

i3 

J 

23q. 

i5                J 

239, 

i6     H.  P. 

239, 

17     J.  C. 

62 

18     /.  C. 

67 

»9 

45 

20  H.  C.  P. 

21  S.  11. 

201. 

(  439) 

ï4     -H.   -P-  i4''     Flandrice    comitum ,    Balduîni    harbatl  , 

calvi  ,j unions  ,  Gotfredi  ducis,  Otgiuae 
uxoris  atque  Giselœ  sororis  Balduini 
barhatl ,  et  Elslrudis  Balduini  calvi 
uxoris  ,  Epitaphia. 
Bruges  urbis  aniiquœ  jura  et  privilégia. 
LuceburgensiumetMettensiunirerumhreve 

cronicon  ad  annum  1294. 
Leodiensis  capîtuli  epistolœ  ad  Papam. 
67.     Episcopi    dispensatio    quœdam    durante 
schismate. 
Leod.  Episc.  epistolœ. 
Ducum  Lucehurgensium  genealogia. 
Sanctce  Ludgardis  monialis  in  Acqueria, 
monaslerio  Brahantiœ ,  vita  a  quodam 
anonyme   ordinis    predicator.    scripta. 
(Chart.  S,  16.  in-4.°) 
22     H.  P.  Lutgardis  fdice   Arnuphi  magni   Epita- 

phium. 
»   Il  est  à  regretter  que  les  indications  de  ces  22  manuscrits 
soient  si   brèves ,  si  incomplètes  :  nous  desirons  qu'on  puisse 
faire  examiner   ces   manuscrits  par  quelqu'un  qui  soit  fami- 
liarisé avec  l'bisLoire  ancienne  de  ce  paj's. 

»  Dans  le  tome  III  des  archives,  page  lo7,  se  trouve  une 
lettre  de  M.  le  ministre  Falck  au  baron  de  Wagenbeira ,  par 
laquelle  il  lui  fait  connaître  qu'il  existe  aux  environs  de 
Munster,  en  Westpbalie,  des  documens  rassemljlcs  parles 
Bollandistes ,  pour  la  continuation  des  ylcla  Sanctorum.  Dans 
le  même  volume ,  on  trouve  le  catalogue  des  manuscrits 
d'Oxford  et  de  Cambridge  ^.-438);  il  mentionne  de  plus  une 
genealogia  comitum  Flandriœ ,  n.°  2264  de  la  Uibliutheca 
Vossiana, 

))  Le  catalogue  publié  de  la  bibliothèque  du  Vatican  contient 
JFrederici  I  i}rii>ilegium  pro   Leodienslbus  (n.°3o81). 

»  A  Vienne,  un  catalogue  hist.  prof,  indique,  n.°  141, 
Arnulphl  J  unions  comilis  Flandriœ  cpilaphiuni  (p.  1587). 

»  M.  Fœrbcr  a  trouve  à  la  suite  d'un  manuscrit  d  Eginard , 
en  1821,  à  Londres,  un  chronicon  ab  a/nio  646  ad  1189, 
conscriptiim ,  ut  vidctur ,  a  Bclga  aliquo  vd  Balavo,  Ib.  p.  lilO). 


(  440  ) 


»  Le  voi.  IV  contient  (p.  -412)  des  renseignemens  donne's 
par  M.  Ritz  d'Aix-la-Chapelle  sur  les  archives  de  Stavelot  et 
de  Malme'dj. 

»  La  bibliothèque  Barherini  à  Rome  possède  (2.* catalogue, 
n.°  911)  un  ms.  intitulé:  Flandriœ  comitum  cJironica. 

»  Le  5.^  volume  donne  les  notices  suivantes  (  p.  20-4  )  :  Un 
nis.  n.°  3887  de  la  bibliothèque  du  Vatican  contient  entre  autres  : 
J^ita  Jacohœ  ducissœ  Hollandïœ  (  sans  doute  une  biographie 
de  la  célèbre  Jacqueline  de  Bavière)  ,  et  sous  le  n.°  3881  un 
cartulaire  de  l'évêché  de  Liège  (1),  commençant  à  980  jusqu'en 
1427.  On  cite  les  chartres  inédites  de  Henri  III,  de  l'an  1054; 
de  Charles  IV,  de  13-46  ;  de  Clément  VI,  de  1347  ;  de  Rodolphe 
de  Habsburg  ,  de  1290;  de  Guillaume  de  Hollande  ,  de 
1234,  etc.  (p.  336). 

»  La  bibliothèque  de  Berne  possède,  n.°  65,  dans  un  ms. 
du  XV.^  siècle  :  yinoujini  chronicon  episcoporum  Tungroruin 
slve  Leodiensium  usque  ad  annum   1483  (en  flamand). 

»  Le  6.^  volume  énumère ,  dans  le  catalogue ,  des  mss.  de 
WolfFenbuttcl    (p.  S)  : 

»  Lamherti  canonici  Sancti  Audomari  lioer  Floridus.  Ms.  du 
XL*  siècle ,  in-folio  :  c'est  le  même  ouvrage  qui  se  trouve 
aussi  à  la  bibliothèque  de  l'université  de  Gand;  mais  il  est 
du  XII.^  siècle  (page  19). 

))  Chfonica  Flandriœ  nœpigrapJium  et  anonymum.  Ms.  du 
XV."  siècle.  C'est  le  ms.  dont  nous  avons  lendu  compte  dans 
la  séance  du  26  octobre  1834  et  que  M.  Schoeuemann  fait 
collationner  en  ce  moment  à  WolfTenbuttel. 

))  Ce  n'est  donc  pas  une  copie  jjioderne  comme  nous  l'avions 
pensé  d'après  la  lettre  de  M.  Schocncmarm  (  Voir  la  séance 
du  28  octobre,  n.°  17,  p.  74). 

»  Ou  possède  à  celle   de  Banibcrg  : 

)>  Chronicon  ah  exordio  mundi  ad  annum  982  ,  scriptum 
àb  aliquo  monacho  S,  Vedasti  in  Gallia  Belgica  (  pag.  80  ). 


(i)  Ce  cartulaire  doit  nous  intéresser  ,  vu  que  les  Chartres  origiuales  de 
l'évèclu'-  de  Liège  sont  perdues. 


I 


(  441   ) 

))  La  bibliothèque  de  Gotha  possède  le  manuscrit  autographe 
de  Sigisbcrt  de  Gembloux ,  conserve  autrefois  à  Metz,  où  Sigebert 
e'crivit  cette  chronirpie   (ms.  n.°  61). 

»  Deux  niss.  de  la  célèbre  abbaye  d'Epternach ,  fondée 
par  Saint  Willebrord ,  savoir  : 

))  G.  70.  p^iia  scli  JVilltibrordl  et  aliorum.  Le  ms.  a  été 
écrit  l'an   1078. 

»  G.  74.  Le  cartulaire  d'Epternach,  écrit  au  XIIL"  siècle 
(page  102)  (1). 

»  Aux  archives  impériales  à  Vienne  on  conserve  un  ms. 
intitulé  : 

»  Tractatus  parentelœ  Burgiindianœ  ,  ou  négociations  re- 
latives au  mariage  de  Marguerite  de  Bourgogne  avec  le  duc 
Léopold  IV  d'Autriche. 

»  De  plus  un  cartulaire  des  ducs  de  Bourgogne  intitulé  : 
PJiilippus  1-4-18.  Il  contient  : 

»  a  ).  Infeudationes provlnciarum  Lotliaring'iœ ,  Brabantiœ , 
Limburgiœ ,  Hanoniœ  ,  Flaiidriœ ,  per  Fredericiim  Impera- 
torern. 

»  b).  Literœ  recognitionis  Alherti ,  diich  Austriœ ,  super 
homogiis  factis  per  Philippum    Burgundiœ  diicem. 

»  c).  Minuta  confederationU  inter  Philippum  Burgundiœ 
ducem  et  Austriœ  ducem  Alhertum,  nomine  Frederici  III , 
imperatoris ,  et  ratiflcationes  eoruni ,  etc. 

»  On  trouve  encore  (  page  128  ) ,  consigné  dans  les  mêmes 
archives ,  un  manuscrit  de  Dintcrus ,  Chronicon  ducum  Bra- 
hantiœ  ,  Vllih,  diuinct.  liici  donatuni  ex  libliotheca  Joannis 
Gervtaii.  (  Lisez  Gevartii.  ) 

»  Item ,  n.°  7  ,  les  traités  d^Arras  de  1435  ,  de  Péronne  1 468 , 
de  Soleure  1473  ,  d'Arras  1482  ,  de  Smlis  1493  ,  de  Paris  1498, 

»  Item,  n.°  17  ,  un  cartulaire  de  Flandre  et  du  Hainaut. 
contenant ,  outre  un  grand  nombre  de  diplômes  sur  ce  pays , 
un  traité  sur  les  usages  des  ficfs  de  la  Flandre  et  du  Hainaut. 


(f)  Ce  rnrtulaire  est  iinportaut  pour   les  premuies  époques    de   l'Iiistoire 
<le   la  Canipiue. 


(  442  ) 

»  Item,  n.°  29,  Infeudatio  LotJiariiig'iœ,  Bràbaiitiœ ,  per 
Fredericum  Imperatorem. 

«  La  Llbliotbcque  de  Goettingue  a ,  d'après  la  page  202 , 
XXII  "Vol. ,  fol. ,  des  ms.  de  Viglius  contenant  des  copies  de 
documens  du  12.^  jusqu'au  16.«  siècle.  La  Libliothèque  de 
Leipsig  possède  (p. 208  )  un  des  plus  anciens  mss.  de  Siglsbert 
de  Gembloux,  du  11.^  et  12.^  siècle,  le  même  que  Mirœus 
a  employé  dans  son  c'dition  de  1609,  p.  236.  A  Hambourg, 
le  ms.  n.°   14  est  intitulé  : 

»  Tahulœ  o'onicœ  principum  Flandriœ  ah  aevo  Liderici 
ad  an.  Christl  1-437.  ms.  sur  papier  du  16.^  siècle,  n.°  186. 

5)  jinonymi  historia  helgica  seu  historia  et  insignia  regum 
'Austmsiœ ,  du   17.«  siècle,  n."  31  ,  p.  2-41. 

»  Joannis  de  Stabulaus  ,  monaclii  scti.  Laurentîi  Leodiensis , 
chronicon  Tungrensium  et  IVajectensktjn  episcoporum ,  jus- 
qu'à l'an  1-434. 

»  Cette  cbronîquc  a  été  publiée  par  extraits  dans  le  magnum 
Chronicon Belglcum  de Pisùorius.  Ensuite  le mcine  ms.  contient: 
De  origine  et  gente  donùnorwn  de  Arhel,  d^ Egmond ,  de  Ber- 
gen ^  etc. ,  p.  299. 

»  On  a  préparé,  pour  publier  dans  les  volumes  de  la  col- 
lection, les  auteurs  suivans  qui  intéressent  la  Belgique  : 

))  ITita  scti  F~edasti  episcopi  alrehatensis ,  d'après  des  mss. 
de  Vienne. 

))   Vita  Dagoherti ,  d'après  le  ms.  de  Dresde. 

1)  La  clironique  de  Sigisbert,  d'après  7  mss.  de  Paris,  de 
Berne  et  autres,  avec  une  suite  inédite  jusqu'en  1150. 

9  Caroli  ducis  Burgundiœ  prœlia  et  finis  auclore  Alberto 
de  Bonstetten ,  d'après  le  ms.  de  Paris. 

»  Missale  Stahulense  du  11.*'  siècle ,  d'après  un  ms.  de 
la  bdjliotbèque  de  Bourgogne,  à  Bruxelles,  p.  71-4. 

«   Reinharti  poemala  inedita ,  à  la  même  bibliothèque. 

»   Lettres  runiques  conservées  à  la  même  bibliothèque. 

»  Nous  terminons  ces  extraits  par  une  observation  que  nous 
voudrions  inculquer  à  tous  ceux  qui  se  proposent  de  publier 
d'anciennes  chroniques.  Les  savans  allemands  Pertz,  Lappcn- 


(  ^43  ) 

bcrg ,  Stcnzcl  et  autres ,  donnent  des  rcnseigncmons  sur  les 
sources  où  ont  puisé  les  chroniqueurs,  et  sur  la  Méthode  à 
suivre  pour  mettre  au  joui*  des  éditions  qui  ne  laissent  rien 
à   de'sirer. 

3)  Nous  désirons  vivement  que  cette  méthode  soit  suivie 
chez  nous.  » 

M.  Warnkœnig  dépose  aussi  sur  le  bureau  un  catalogue 
dressé  autrefois  pour  les  Bollandistes,  et  contenant  l'indica- 
tion des  mss.  de  l'ancienne   aljbaye  de  St.-Picrre,   à    Gand. 

M.  Gachard  dépose  également  le  catalogue  des  manuscrits 
de  l'ancienne  abbaye  de  Tongerloo,  rédigé  par  lui  et  M. 
Dugniolle ,  il  y  a  quelques  années.  Ce  catalogue  est  confié 
à  M.  de   Ram. 

M.  Gachard  présente  à  la  commission  un  recueil ,  en  partie 
manuscrit  ,  en  partie  imprimé,  qui  a  appartenu  autrefois  à 
l'abbaye  des  Dunes  ,  près  de  Bruges ,  et  qui  est  aujourd'hui 
conservé  aux  archives  du  royaume.  Ce  recueil  a  282  feuillets 
grand  in-fol.  Il   contient  : 

Aux  feuillets  3-25  ,  une  chronique  manuscrite  des  comtes 
de  Flandre ,  conuncnçant  à  Lidciic,  et  finissant  à  l'avéneraent 
de  Phdippe-lc-Bon.  On  lit  en  tête  :  Chronwa  D.  Adriani 
De  Budt ,   religlosi  monastcril  de  Diinisy 

Aux  feuillets  26-69,  une  espèce  de  tableau  chronologique, 
aussi  manuscrit,  des  principaux  événemens  de  l'histoire  du 
monde j  avant  la  naissance  de  J.  C,  suivi  de  listes  des  papes, 
des  rois  des  Romains,  des  rois  de  France,  d'Angleterre  et 
de  quelques  autres.  Il  porte  pour  titre  :  De  cursii  temporum 
ah    exordio  creaiionis  ; 

Aux  feuillets  71-140,  une  chronique  impwmée  en  1479, 
qui  s'étend  depuis  la  création  du  monde  jusqu'au  temps  de 
l'impression  de  l'ouvrage.  Elle  est  chargée  d'une  quantité 
d'annotations  manuscrites ,  qui  paraissent  être  do  la  main  du 
religieux  de  Budt,   ci-dessus  nommé j 

Aux  feuillets  141  -146,  des  listes  chronologiques  des  rois  de 
Jérusalem  et  de  Sicile,  des  rois  et  ducs  de  Bourgogne,  des 
ducs  de  Lothicr ,  de  Brabant ,  des  comtes  de  Flandre  ,   des 


(  444  ) 

comtes  de  Hollande  et  Zélande ,  des  comtes  de  Hainaut ,  des 
comtes  d'Artois ,  des  comtes  de  Namur  ,  des  abbés  des  Dunes 
(de  1107  à  13G9),  des  comtes  de  GueldrC;  des  comtes  de 
la  Marckj 

Enfin,  aux  feuillets  1-47  à  202,  une  chronique  manuscrite 
iiititule'e  :  Annalium  hrevis  à  Christi  nativitate  continuatio. 
Ces  annales  s'étendent  jusqu'à  l'année  1-488.  Pour  les  temps 
antérieurs  au  13.^  siècle,  elles  ne  consistent  qu'en  de  simples 
notes  j  souvent  une  seule  ligne  est  consacrée  à  une  année. 
A  partir  du  règne  de  Philippe-le-Bon,  les  détails  augmentent; 
ils  sont  très-étendus  pour  ceux  de  Charles-le-Téméraire  et  de 
Maximilien,  surtout  pour  le  dernier.  Une  indication  placée 
en  tête  du  feuillet  179  fait  connaître  que  le  religieux  de  Budt 
a  l'édigé  et  écrit  de  sa  propre  main  la  partie  de  cette  chro- 
nique qui  embrasse  les  années  1-484- 1-488 ,  et  qui  comprend  23 
feuillets  d'écriture  très- serrée. 

On  lit,  sur  un  feuillet  blanc,  à  la  fin  du  volume  : 
Hic  liber  fiierat  ablatus  à  nehulonihus ,  perjidis  et  divinœ 
atque  regiœ  majestatis  rehellihus ,  anno  xv.^  Lxxviij ,  sed  di~ 
ligentia  Joamiift  TrocJiœi  Brugensis ,  religiosi  Diinensis ,  co- 
mitisque  aquarum  territorii  Furnensis ,  ah  eisdem  rehellihus 
suhtractus ,  a,°  1383.  Sic  attester. 

(  Sign.  )     J.  Teoch. 

M.  Gachard  pense  que  la  première  et  la  dernière  partie  de  ce 
recueil  seraient  consultées  avec  fruit  pour  l'édition  des  chro- 
niques latines  de  Flandre,  et  qu'elles  mériteraient  peut-être 
njcme  d'entrer  (Jans  la  série  de  ces  chroniques. 

Sur  sa  proposition,  le  volume  est  remis  à  M.  Warnkœnig, 
auquel  la  publication  des  chroniques  de  Flandre  a  été  confiée. 

M.  Gachard ,  ayant  repris  la  parole ,  s'exprime  ainsi  : 

»  Dans  la  séance  du  27  octobre  dernier ,  M.  de  Reiffcnberg 
a  donné  lecture  de  l'analj'sc ,  faite  par  lui ,  d'un  manuscrit 
appartenant  à  notre  honorable  collègue  M.  l'abbé  de  Ram,  et 
contenant  quelques  documcus  relatifs  aux  travaux  des  hagiogra- 


(  445  ) 

phcs  qui  furent  chargés ,  sous  In  règne  de  Marie-Thérèse ,  de 
la   continuation  du  célèbre  ouvrage  des  Acta  Sanctoritm. 

))  J'eus  l'honneur  de  faire  observer  à  la  commission  que  les 
archives  du  royaume  renfermaient  une  collection  volumineuse 
de  pièces  propres  à  éclaircir ,  d'une  manière  complète,  ce  point 
intéressant  de  l'histoire  littéraire  de  la  Belgique;  et,  comme 
elle  m'en  témoigna  le  désir,  je  m'engageai  à  lui  présenter  un 
travail  qui  serait  le  résultat  de  la  mise  en  œuvre  de  ces  matériaux. 

»  Je  viens  acquitter  ma  promesse. 

»  La  résolution  que  la  commission  a  prise,  de  faire  conti- 
nuer \&s  Acta  Scinctorum  Belgii  selecta,  les  avis  qu'elle  pourrait 
être  appelée  à  émettre  sur  les  moyens  de  conduire  à  sa  fin 
le  grand  ouvrage  des  Bollandistes,  me  dispensent  de  prouver 
que  le  mémoire  dont  je  vais  donner  lecture  rentre  dans  le 
cadre  des  travaux  pour  lesquels  la  commission  a  été  instituée. 
D'ailleurs,  lorsqu'il  s'agit  d'une  des  plus  vastes  publications 
historiques  qui  aient  jamais  été  exécutées,  d'une  publication 
qui  a  fait  tant  d'honneur  à  la  Belgique ,  pouirait-il  être  permis 
de  douter  que,  dans  le  royaume,  aussi  bien  qu'à  l'étranger, 
on  ne  sache  gré  à  la  commission  d'avoir  recueilli  tous  les  faits 
qui  s'y  rapportent  ?  L'intérêt  avec  lequel  ont  été  généralement 
accueillis  les  extraits  insérés  au  procès-veibal  de  la  séance 
du  27  octobre  ,  nous  est  un  garant  à  cet  égard. 

»  On  connaît  fort  peu  de  chose  de  l'histoire  des  Bollandistes, 
depuis  la  suppression  des  jésuites  dans  la  Belgique,  en  1773, 
jusqu'à  leur  translation  à  l'abbaye  de  Tongerloo,  en  1789  : 
je  crois  même  que  rien  n'avait  été  publié  sur  ce  sujet,  avant 
le  procès-verbal  de  notre  séance  ci-dessus  mentionnée. 

))  Nous  devons  donc  nous  féliciter  de  ce  que  nos  archives 
renferment  tous  les  documens  désirables  pour  combler  cette 
lacune;  ils  ne  sauraient  être  plus  complets,  puisqu'ils  compren- 
nent les  décrets  et  autres  actes  du  gouvernement,  iclalifs  aux 
hagiographcs  et  aux  historiographes  ;  les  rapports  du  commis- 
saire impérial  chargé  de  la  surveillance  de  ces  établissemcns  ; 
la  correspondance  du  gouvernement  général  de  Bruxelles  avec 
la  cour  de  Vienne  ;  les  rapports  laits  par  le  prince  de  Kamiitz , 

30 


(  446  ) 

chancelier  de  cour  et  d'c'tat  de  Marie-Thcièse  et  de  Joseph  II, 
à  ces  deux  souverains. 

»  Il  n'est  aucune  de  ces  pièces  que  je  n'aie  parcourue  et 
analysée. 

»  Le  travail  que  je  soumets  à  la  commission  est  basé,  dans 
son  entier,  sur  ces  documens  authentiques. 

))   Pour  j  mettre  de  l'ordre,  je  l'ai  divisé  en  trois  parties  : 

))  La  première  contient  un  historique  succinct  de  l'entreprise 
des  ^cia  sanctorum  et  de  celle  des  Analecta  helgka ,  jusqu'au 
moment  de  la  suppression  des  Jésuites;  il  m'a  paru  être  un 
préliminaire  indispensable  pour  l'intelligence  des  faits  qui 
suivent. 

))  Je  fais  connaître,  dans  la  deuxième,  les  délibérations  du 
gouvernement  et  les  dispositions  qu'il  prit  à  l'égard  des  ha- 
giographes  et  des  historiographes,  à  partir  de  l'année  1773, 
jusqu'à  leur  établissement  dans  l'abbaje  de  Caudenberg. 

))  La  troisième  enfin  est  consacrée  à  leurs  travaux  pendant 
la  période  qui  commence  à  cette  dernière  époque  ,  et  finit 
à  la  cession  des  deux  établissemens  à  l'abbaye  de  Tongerloo.  » 

BI.  Gachard  donne  successivement  lecture  des  trois  parties 
de  son  mémoire  (l'étendue  de  ce  travail  ne  permettant  guère 
qu'il  puisse  être  inséré  dans  les  procès-verbaux  de  la  com- 
mission, il  a  été  convenu  que  l'auteur  l'enverrait  au  Blessager 
des  Sciences  et  des  Arts  de  la  Belgique,  recueil  qui  jouit 
d'une  juste  réputation  dans  le  royaume  et  à  l'étranger).  Il  finit 
en  ces  termes  : 

»  Ici  se  termine  l'analyse  des  documens  que  renferment 
nos  archives,  et,  avec  elle,  la  tache  que  je  me  suis  imposée. 
J'ajouterai  pourtant  quelques  mots,  afin  de  compléter,  autant 
que  possible,  l'histoire  d'une  société  qui  a  répandu  un  si  grand 
lustre  sur  la    Belgique. 

»  Les  Bollandistcs  étaient  a  peine  installés  à  l'abbaye  de 
Tongerloo,  lorsqu'éclata  la  révolution  brabançonne.  Cet  évé- 
nement dut  nécessairement  ralentir  leurs  travaux. 

»  En  1794,  ils  publièrent  le  tome  VI  d'octobre  des  Acta 
Sanctorum,  le  53.o  de  la  collection.  Ce  volume,  qui  renfer- 


1 


(447  ) 

mait  les  vies  des  saints  honore's  sous  les  dates  des  12,  13  et 
1-4  octorbre,  fut  dédie  au  pape  Pie  VI.  Trois  religieux  de 
Tongeiloo  sont  dcsigne's  dans  le  titre  comme  ayant  coopéré, 
avec  les  Eollandistes,  à  sa  rédaction. 

))  A  l'entrée  des  Français  dans  la  Belgique,  qui  eut  lieu 
lu  même  année,  les  moines  de  Tongerloo  se  dispersèrent,  et 
les  Bollandistes  suivirent  leur  exemple.  Les  pères  de  Bye  et 
Ghesquière,  selon  M.  Camus  (1),  se  retirèrent  en  Allemagne, 
oîi  ils  moururent  peu  après.  Les  pères  de  Bue'  et  Fonson,  et 
le  père  Heylen ,  religieux  de  Tongerloo ,  qui  leur  avait  été 
récemment  associés,  restèrent  dans  le  pays.  En  1801,  M. 
d'Herhouville ,  préfet  du  département  des  Dcux-Nèthes,  fit 
des  tentatives  auprès  de  ces  derniers ,  pour  les  engager  à  re- 
prendre leurs  travaux  ;  elles  n'eurent  pas  de  succès.  L'institut 
de  France ,  qui  appréciait  toute  l'importance  de  la  collection 
des  y4cia  Sanctoruni ,  écrivit,  en  1803,  au  ministre  de  l'in- 
térieur ,  pour  le  prier  d'engager  le  même  préfet  et  celui  de  la 
Dvle  à  tenter  de  nouveau  d'obtenir  des  Bollandistes  ,  ou  qu'ils 
continuassent  leur  recueil ,  ou  qu'ils  cédassent,  au  moyen 
des  conventions  qu'on  ferait  avec  eux ,  leurs  manuscrits  et 
les  autres  matériaux  qu'ils  avaient  préparés  :  cette  démarche 
demeura  aussi  sans  résultat  (2). 

»  Les  religieux  de  Tongerloo  avaient  eu  soin,  en  1794, 
de  mettre  en  lieu  de  sûreté  leurs  archives  et  leur  bibliothèque. 
En  1827,  des  ouvertures  furent  faites,  de  la  part  du  gou- 
vernement des  Pays-Bas,  à  ceux  d'entre  eux  qui  vivaient 
encore,  pour  qu'ils  cédassent  ,  à  l'état,  les  livres  et  les  manus- 
crits dont  on  les  savait  détenteurs  :  ils  y  consentirent.  Les 
livres  furent  envoyés  à  La  Haye,  oii  on  les  déposa  à  la  bi- 


ClJ  Voyage  fait  dans  les  départemens  nouvellement  réunis  et  dans  les  dé- 
paitemens  du  Bas-Rhin  ,  du  IS'ord ,  du  Pas-de-Calais  et  de  la  Somme ,  à  la 
Jin  de  l'an  X,  par  A.  Camus;  Paris,  Baudouin  ,  ventûse  an  XI  (i8o3) ,  a  v. 
in-i8. 

(zj  Foy.  le  voyage  de  Camus,  déjà  cit<; ,  et  le  rapport  fait  ,  le  4  germinal 
au  XI ,  à  la  classe  d'histoire  et  de  littérature  ancienne  de  l'institut ,  par  le 
njtme ,  au  nom  d'une  commission  spéciale. 


(  448  ) 

Lliothèquc  royale  :  on  obtint,  non  sans  peine,  que  les  ma- 
nuscrits fussent  rcserve's  pour  la  bibliothèque  de  Bourgogne, 
M.  Dugniolle,  aujourd'hui  secrétaire-général  du  ministère  do 
l'intérieur,  et  moi,  nous  filmes  chargés,  par  un  arrêté  de 
W.  Van  Gobbelschroy,  du  12  février  1828,  de  cataloguer  ces 
derniers.  Nous  présentâmes  notre  travail  au  ministre  le  4  août 
de  la  même  année  :  il  contenait  392  numéros  ;  tous  les  ou- 
vrages nous  parurent  provenir  de  la  bibliothèque  des  Bollan- 
distes  et  du  Musœum  Bellarmini,  On  s'était  flatté  de  ren- 
contrer, parmi  ces  manuscrits,  la  continuation  du  travail  des 
Bollandistes  :  cette  espérance  fut  déçue  j  mais  nous  trouvâmes 
du  moins  les  matériaux  qui  devaient  y  servir,  rangés  dans  un 
très-bon  ordre ,  jour  par  jour,  du  16  octobre  au  31  décembre  : 
ils  formèrent  les  n.°^  368  à  386  du  catalogue.  Ces  matériaux, 
dans  la  supposition  même  qu'il  faille  renoncer  à  voir  jamais 
s'achever  la  grande  collection  des  Acta  Sanctorum ,  seront 
toujours  très-utiles  :  ils  seront  spécialement  d'un  grand  secours 
à  M.  l'abbé  de  Ram ,  qui ,  d'après  le  plan  arrêté  par  la  com- 
mission dans  sa  première  séance ,  est  chargé  de  compléter  les 
jicta  Sanctorum  Belgli,  commencés  par  Ghesquière.  » 

Il  est  fait  hommage  de  la  part  de  M.  Voisin,  professeur 
à  l'athénée  de  Gand  et  secrétaire  perpétuel  de  la  société  des 
beaux-aits  de  cette  ville,  de  la  relation  de  la  bataille  de 
Courtray ,  composée  en  flamand  par  M.  Goethals-Vcrcruysse 
et  traduite  en  français  par  lui ,  avec  des  notes.  La  comnus- 
sion  remercie  RI.  Voisin  et  applaudit  à  son  zèle  pour  les  con- 
naissances historiques. 

M.  De  Smet  est  prié  de  se  charger  de  la  publication  de  Din- 
terus,  réservée  jusqu'ici  à  M.  l'abbé  de  Ram,  qui  se  trouve 
surchargé  de  travail ,  attendu  qu'il  a  en  partage  la  rédaction 
des  Acta  Sanctorum  Belrnï. 

11  est  décidé  que  V Itinéraire  de  van  de  Nesse  sera  publié 
par  M.  Gachard ,  malgré  les  extraits  qu'en  ont  donnés  M. 
J.-B.  Lesl)i-oussart  et  M.  de  Rciffcnberg. 

Le  secrétaire  est  invité  à  rédiger  un  prospectus. 
L'impression  des  chrojii(j[ucs  va  être  imuiédiatcmcut  corn' 


I 


(  449  ) 

mencéc ,  de  sorte  que  trois  volumes  seront  imprimes  à  la  fois 
dans  l'ordre  suivant  : 

Première  série. 

Chronique  me'trîque  de  Philippe  Mouskes ,  c'vcque  de  Tour- 
nai,   en  français,  XIII.'^  siècle  :  éditeur,  M.  de  RciiTcnberg. 

Chronique  de  Jean  Van  Hcelu  sur  la  bataille  de  Woeringen, 
en   flamand,  XIII."^  siècle  :  éditeur,   M.  Willems. 

Chroniques  latines  de  Flandre  :  éditeur,    M.    Warnkœnig. 

Deuxième  série 

Collection  de  voyages  entrepris  par  des  souverains  de  la 
Belgique  :  cditei;r,  M.  Gachai-J. 

Chronique  flamande  de  De  Klerk  :  éditeur  ,  M.  Willems. 
Le  premier  volume  d'A  Thymo  :  éditeur,  M.  de  RcilTenherg. 

Troisième  série. 

Le  premier  volume  des  Acta  Sanctorum  Belgii  :  éditeur, 
M.  de  Ram. 

Chronique  de  Jean  d'Outremcuse  :  édite  ur  ,  M.  de  Gerlachc. 
Le  pi'emier  volume   de  Dintcrus  :  éditeur ,  M.  De  Smet. 
Les  séries  suivantes  seront  réglées  idtérieurement. 

Pour  extrait  conforme  : 
Le  secrétaire  de  la  commission , 
Baro:n  de  Reiffenberg. 

Époque  d'Artevelde.  —  Au  moment  où  l'on  recherche 
avec  avidité  tout  ce  qui  peut  répandre  quelque  jour  sur 
cette  époque  si  orageuse  de  l'histoire  de  Flandre  ;  au  moment 
oïl  des  drames  français,  italiens  et  anglais  portent  sur  la 
scène  Jacques  d'Arteveldc,  le  principal  acteur  de  cette  lutte 
du  peuple  contre  le  Comte  et  la  France,  nos  lecteurs  verront, 
sans  doute,  avec  plaisir,  la  publication,  d'une  lettre  du  roi 
Edouard,  déjà  embarqué  pour  retourner  en  Angleterre,  dans 


(  450  ) 

laquelle  il  Aiit  connaître  les  motifs  de  son  de'part  si  bruscpic 
et  si  inattendu.  Ce  curieux  document  fait  partie  des  chartes 
de  la  ville  de  Gand ,  et  se  trouve  parmi  celles  qui  furent  con- 
fisque'es,  en  lo39,  par  Charles-Quint.  Nous  devons  la  copie 
de  cette  pièce  à  l'obligeance  de  M.  l'archiviste  Parmentier  : 

Edward, par  la  grâce  de  Dieu,  Roi  de  France  et  d^En- 
gleterre  et  Seigneur  d'Irlande  :  A  nos  chers  et  bien  amez 
hurghmaistres ,  eskevins ,  cap i tains  ,  et  counseilz  de  Gaunt , 
Brugges  et  Jpre  et  autres  boues  villes  de  Flandres ,  et  à  toute 
la  comunaulté  du  pais  de  Flandres ,  saluz  et  conoissance  de 
veritet.  Du  bon  port  et  naturel  que  vous  avez  eu  envers  nous 
puis  que  l'alliance  se  Jlst  jjar  entre  nous  et  vous,  vous  mer- 
cions  tant  corne  nous  savons  et  poons ,  et  vous  supplions  que 
de  celle  volenté  voiliez  demorer  devers  nous  en  temps  avenir 
et  si  Dieu  plest  en  droit  de  nous  ,  nous  tendrons  les  alliart- 
ces  et  ferrons  quantque  en  monde purrons por  Voimeur  etpronfit 
de  vous  touz  et  du  pais  j  mes  au  fin  que  nostre  aler  vers 
Engleterre  vous  soit  conuz  et  par  si  hastive  manère  nous  vous 
signifions  la  cause  :  que  aucuns  noz  faux  counseillers  et 
irdnistres  en  Engleterre  se  ont  portez  par  tielle  manere  devers 
nous  3  que  si  nous  ne  mettons  briefment  remède  ,  nous 
ne  troverons  eide  nul  de  faire  gré  à  vous  des  covenances  par 
entre  nous  et  vous ,  ne  as  autres  as  queux  nous  sûmes  tenus 
m  de  maintenir  nostre  guerre  seison ,  et  si  doutons  que  si  nous 
ne  mettons  eide  por  nous  meismes ,  que  noz  mauveis  minis^ 
très  susditz  mettraient  hastivement  nostre  poeple  ou  mescliief, 
ou  en  désobéissance  de  nous.  Queux  périls  nous  avons  con- 
sidérez ,  et  en  espérance  que  vous  prendrez  nostre  aler  si  bien 
por  l'eide  de  vous  corne  pour  nous ,  si  sûmes  alez  en  tielle 
manère ,  et  vous  prions  chèrement  que  vous  n'el  voiliez  prendre, 
en  autre  manère,  car  nous  espérons  que  tost  après  nostre 
arivaillement ^  vous  aurez  tielles  novelles  de  nostre  exploit  que 
nostre  aler  vous  serra  gréable  et  si  nul  y  feust  qi  vorrait  faire 
voler  autre  parole  que  nostre  aler  n'est  por  le  bien  du  pais 
de  Flandres ,  n\'l  tiegnez  mie  pour  amy  du  pais ,  car ,  od  l'eide 
nostre  seigneur   Dieux,  le  fait  se  monstrera  hastivament ,  et 


(451  ) 

Dieu  vous  vaille  touz  jours  garder.  Donné  en  la  Meer  l'an 
de  grâce  mil  CCC  et  quarante  ,  le  XX.VIII  jour  de  no- 
vembre. 

—  Sur  la  rive  droite  de  la  Coupure ,  à  Gand  ,  s' élève  en.  ce 
moment  un  vaste  et  somptuex  édifice,  sous  le  nom  un  peu 
hasardé  de  Casino ,  mot  qui  ne  fait  aucune  allusion  au  but 
prinoipal  de  cet  établissement ,  destiné  sans  doute  à  réunir 
dans  ses  salons  tout  ce  qui  peut  contribuer  aux  amusements 
de  la  partie  éclairée  du  public  ,  et  aux  agréments  de  la  vie 
sociale,  dans  une  grande  ville;  mais  qu'une  pensée  plus  élevée, 
plus  patriotique,  a  voulu  plus  particulièrement  consacrer  aux 
progrès  des  sciences  et  des  arts. 

En  effet ,  ce  sera  là  que  se  réuniront  la  Société  de  Flore 
et  celle  de  Sainte- Cécile  ;  l'une  y  fera  ses  expositions  de 
fleurs,  l'autre  y  donnera  ses  concerts.  Le  projet  primitif  ap- 
partient à  la  première  de  ces  sociétés  ,  et  c'est  au  moyen  d'une 
souscription  particulière,  offerte  sans  distinction  à  tous  les 
citoj'cns,  que  l'acquisition  du  terrain  ,  la  construction  de 
l'édifice  et  les  tracés  du  parc-jardin,  ont  eu  ou  auront  lieu. 

La  régence  qui  avait  compris  combien  ce  nouvel  établis- 
sement serait  utile,  et  contribuerait  ù  l'embellissement  de  la 
ville ,  et  aux  progrès  des  arts  utiles  ,  s'est  empressée  d'encou- 
rager le  projet  en  concédant  gratuitement  aux  souscripteurs, 
une  certaine  partie  du  terrain  j  le  comité  des  Etats-Provinciaux 
et  le  gouvernement  ayant  successivement  approuvé  cette  con- 
cession, S.  M.  le  roi,  lui-même,  ayant  bien  voulu  souscrire 
pour  un  grand  nombre  d'actions,  on  procéda  immédiatement, 
sous  la  direction  de  M.  L.  Roelandt,  architecte  de  la  ville, 
à  l'ouvrage ,  d'après  le  plan  soumis  à  une  commission  et 
approuvé  par  elle. 

M.  le  Gouverneur  civil  de  la  province,  et  M.  le  Bourgmestre, 
président  de  la  Société  d'Horticulture,  avaient  été  invités  à 
poser  les  pierres  fondamentales  de  l'édifice.  Mais  le  premier 
ayant  été  incidemment  surpris  par  une  grave  indisposition , 
a  exprimé  ses  regrets  de  ce  qu'il  ne  pouvait  assister  à  cette 
solennité,   qui  eut  lieu  le  2  juin  dernier,    en  présence  d'un 


(  ^52) 

grand  nombre  de  magistrats,  des  dcpiite's  de  toutes  les  con- 
fréries civiles  et  des  sociétés  consacrées  aux  progrès  des  sciences 
et  des  arts ,  et  d'une  grande  afïluence  de  spectateurs. 

M.  le  Bourgmestre  et  l'un  des  anciens  secrétaires  de  la 
Société  de  Botanique,  expliquèrent  dans  des  discours  concis, 
quel  était  le  but  principal  du  nouvel  établissement ,  et  quels 
étaient  ses  moyens  et  ses  espérances  de  succès. 

Après  ces  discours,  le  procès-verbal  signé  de  tous  les  ma- 
gistrats et  députés  présents  à  cette  solennité,  ainsi  qu'une 
inscription  contenant  tous  les  détails  auxquels  on  vient  de 
faire  allusion,  et  frappée  sur  une  table  de  bronze,  avec  plu- 
sieurs médailles  et  le  plan  même  de  l'édifice,  furent  placés  et 
scellés  dans  l'intérieur  de  la  pierre. 

Comme  cette  inscription  qui  n'a  pas  été  imprimée ,  paraît 
n'être  destinée  à  revoir  le  jour  qu'après  un  intervalle  de  temps 
dont  il  n'est  pas  donné  aux  prévisions  de  l'bomme  de  calculer 
la  durée ,  nous  avons  cru  devoir  la  recueillir  comme  un  do- 
cument historique;  la  voici  : 

j^dem  sumtuosam 

Sacris  jlorallbus  bis  in  anno     celehrnndis , 

Complures  6'ocietatis  Botanlcse   Gœulaxens'is  sodales 

yi  fundamentis  ex  œre  priva to  extiiiendam 

Sociosque  sibi  musices  D.  Cœciliœ  choros 

Adjungendos  esse 

Censuerunt, 

Qiiod  quidem  proposîium, 

TJt  ornamento    urbis  sic  vivium  obh'ctamento 

jidconimodatissimum , 

Consul  et  viuniclpes  adprobarunt , 

Et  parte  altéra  sumtit  sociorwn  coemtd , 

Partem  îiancce  soli  ad  hos  fines 
Ex  décréta  adsi s^nai'unt  et  concesserimt. 

Et  îioc  decretum, 
Adsensu  comilioriim  prowlncix  Jlatulnx  orientsMs  firmatiim , 


(  453  ) 

Princîpîs  adprohationi  ex  lege  submissum, 
Remam.  sanctionem  ohtinuit. 

Hoc  autem  festo  die  H  menu?, ,  jun\,  anni  Jif.D.CCC.XXXF  ; 

Ad  principes  œdis  lapides  poTiendos, 

Alterum  nohiliss.  vir  Karolus  vice  cornes  Vilain  XIIII , 

Provinciœ  guhernandœ  ah  rege  prœfectus  ; 

Atterum  vero  consulliss.  vir  Joseph,  Van  Cromhrugghe  I.V.D' 

Urhis  rector ,  et  conlegii  botanices  prœses , 

'Désignait  et  invitati  ; 

At  prier  incidenti  morbo  inpeditus  (1). 

Quo  scilicet  tempore  urbis  administratio 
Mandata  erat  clariss.   VV.  (  viris  ) 

N.  N.  N.  N. 

Ex  Soc.  Botan.  deh-gati  solennihus  adstabant 

N.  N.  N.  N. 

Ex  Soc.  miisices  D.   Cœciliœ , 

N.  N.  N,  N. 

Aliique  quant  plures  ex  omni  civium  ordine , 
Ut  meritis  sic  beneficiis  clarissimi. 

^jdis  ôfêayfuÇiuv  et  tvfu^fiitty  invenit. 

Et  opéra  direxit  Ludov.  Roelandt,  Neoport, 

ILebus  municipii  œdilihus  prœposito , 

Pa/atI  acadcvaicx  architectus. 

At  ne  diei  festi  hnjus , 

Nec  benefactorum  memoria  periret, 

Hœc  omnia  œri  inscribu?ida, 

Et  in  ipso  lapidis  utero  includunda  esse , 

Conlesium  XII  virorum 


(i)  L'artislp  a  pu  le  matin  mi^mc  ajouter  cette  lif^iie  ,   sans  nuire  ni  à  la 
constructioa  de  la  phrase,  ni  à  rclcgance  de  l'asuvre  grayée. 


(  454  ) 

Quos  instituti  curatores  prœfecit 

«Sbcietas  So^anica  , 

Ex  voto  decrevit, 

(Seqq.  nomina  XII  virorum) 

His  omnibus  ,  ceterisque , 

Qui  de  fLorum  et  musices  cultu  , 

Bonisqiie  artibus  et  liberaliori  studiorum  ratione 

In  hac  civitate  bene  meruere  y 

faveat  D.   O.  M., 

Et  posteritas  grata  grates  rependat. 

jEri  inscripsit , 
Kar.  Ohghena,  Gand. 

Bibliographie.  —  M.  J,  Fiess,  bibliothécaire  de  l'univer- 
sité de  Liège,  nous  communique  l'intéressante  note  suivante 
relative  à  l'histoire  de  l'imprimerie  dans  notre  pays  : 

«  Jusqu'à  ce  jour ,  tous  les  bibliographes  ,  qui  se  sont 
occupés  de  l'histoire  de  l'imprimerie  en  Belgique,  pendant  le 
XV.*"  siècle ,  ont  cru ,  que  la  ville  de  Hasselt ,  dans  le  pays 
de  Liège,  avait  joui  de  cette  précieuse  invention  dès  l'année 
1481.  Cette  conjecture  était  fondée,  sur  ce  que  le  Reeo Hector ium 
ex  gestis  Romanorwn ,  portait  la  souscription  suivante  :  in 
Hacsslt  finitiim.  Anno  domini  M.CCGCLXXXI^  et  au-dessous 
les  lettres  P.  B.  » 

«  Cependant  Lambinet ,  dans  le  propectus  annonçant  la 
publication  de  la  première  édition  des  Recherclies  historiques , 
littéraires  et  critiques  sur  l'origine  de  ^imprimerie  ,  avait 
énoncé  la  conjecture  que  cet  ouvrage  ,  dont  il  avait  vu  uu 
exemplaire  dans  la  bibliothèque  de  la  ville  de  Mons ,  devait 
avoir  été  imprimé,  non  pas  à  Hasselt  dans  le  pays  de  Liège, 
mais  bien  à  Hasselt  dans  l'Ovcryssel,  à  deux  lieues  de  Zwol , 
et  que  les  lettres  P.  B.  sont  les  initiales  du  prénom  et  de  la 
ville  de  l'imprimeur,  Peter  van  Os,  de  Breda ,  qui  avait  %ç& 
presses  à  Zwol,  en  1-479  et  1480.  Lambinct  en  était  proba- 
blement resté  à  cette  conjecture,  sans  pouvoir  la  confirmer 


(  ^'>5  ) 

par  aucun  fait  positif,  puisque  l'on  ne  trouve  rien  à  ccto'gard, 
dans  son  ouvrage ,  public  [tostcricurcmcnt. 

»  Je  viens  de  de'couvrir  dans  la  Liljliolhèque  du  séminaire 
de  Licge,  un  livi'e  sorti  des  mêmes  presses  que  le  Recollec- 
torium ,  et  qui  confirme  enfin  comple'teraent  la  conjecture  de 
Lambinet.  Voici  le  commencement  et  la  souscription  de  ce 
livre  : 

Hier  hegliint  een  hoeck  dat  men  noemt  sitmme  le  Roy  of 
des  Conincs-Summe  eii  leert  lioe  dat  men  de  sunden  hiichten 
en  heteren  sal  : 
et  à  la  fin; 

Hier  geet  wt  dat  boech  dat  men  noemt  Somme  le  Roy  of 
des  Coninx  somme  :  ende  tvoert  vollenhrocht  te  Tlasselt  iiule 
sticlite  van  TJtrccht ,  ter  eren  gods ,  ende  sijnre  gheheiwdider 
moeder  Marien  in  den  jare  doe  me  screef  na  gods  ghehoerte 
dusent  veerlwndert  ende  cenentachtentich.  Des  achtenlwin- 
tichsten  dagJies  van  Octoher  op  sunte  Simon  ende  Jude  avot 
der  hiUiglier  jipostelen. 

et  au-dessous  les  deux  lettres  P.  B.  » 

Le  volume  contient  V  feuilles  de  pre'face  et  222  f.  de  texte. 

«  Les  mots  te  Hasselt  in  de  stichte  van  XJtrecht  que  porte 
la  souscription  ci-dessus  et  les  deux  lettres  P.  B.  qui  se  trouvent 
au-dessous,  de  même  que  la  souscription  de  Recollectorîiim , 
démontrent  que  ce  dernier  livre  est  sorti  des  mêmes  presses 
que  la  Summe  le  Roy ,  et  que  définitivement  la  ville  de  Hasselt 
et  le  pays  de  Liège  ,  doivent  renoncer  à  l'honneur  d'avoir 
possédé  une  imprimerie  pendant  le  XV."  siècle.  » 

Question  proposée  pour  le  concours  de  1836  ,  par  la 
Société  de  Médecine  de  Gand.  —  Qu(;l  a  été  l'état  des  sciences 
médicales  en  Bclgicpe ,  depuis  Vésalc  jusqu'à  la  suppression 
de  l'université  de  Louvain  en  1796  j  et  quels  sont  les  médecins 
belges  qui,  pendant  ce  laps  de  temps,  ont  contribué  parleurs 
écrits  ,  aux  progrès  de  l'art  de  guérir  ? 

Un  prix  de  300  francs  sera  accordé  au  meilleur  travail  sur 
cette   question. 

Les  mémoires  écrits  lisiljlcment  en  français  ,  devront  être 


(  456  ) 

adressés  avant  le  1."  juin  1836  à  M.  De  Nobclcj  secrétaire 
de  la  société,  rue  des  Charretiers,  n.°  19  (1). 

Les  auteurs  sont  tenus  d'inscrire  leurs  noms,  qualités  et 
demeure ,  sur  un  billet  cacheté ,  qui  portera  à  l'extérieur  une 
devise  semblable  à  celle  qu'ils  auront  en  tcte  de  leur  mémoire. 

Antiquitcs  Romains.  —  Un  mémoire  relatif  à  la  découverte 
d'un  tombeau  romain  ,  faite  à  Cuesmes,  dans  les  derniers  jours 
de  septembre  1833,  a  été  lu  à  la  société  des  sciences,  des 
arts  et  des  lettres  du  Hainaut ,  dans  la  séance  du  1  octobre 
dernier.  M.  R.  Ghalon  ,  en  a  fait  l'objet  d'une  notice,  dans 
laquelle  il  signale  comme  ayant  été  trouvés  à  trois  pieds  du 
sol  :  1.°  Une  urne  en  belle  poterie  rouge  à  bords  perpendi- 
culaires et  à  fond  légèrement  bombé  ;  2.°  Un  vase  en  forme 
de  jatte  ou  de  bol  hémisphérique  de  S  à  6  pouces  de  diamètre  , 
aussi  en  poterie  rouge  fine ,  orné  à  l'extérieur  de  bandes  ou 
zones  de  hachures  inclinées  alternativement  de  droite  à  gauche; 
3.°  Une  bague  en  argent  avec  un  chaton  empreint  d'une  tête 
de  profit  en  creux;  U.°  Trois  pièces  de  monnaie  en  cuivre, 
dont  l'une  porte  d'mi  côté  une  tête  diadémée  et  les  lettres 
D.  N.  FL.   N. ,   et  sur  le  revers  un  porlique  fruste. 

L'auteur  de  cette  notice  pense  que  l'on  peut  rapporter  ces 
pièces  à  l'époque  du  règne  de  Flavius  Valens  ou  de  Flavius 
Victor,  c'est-à-dire  vers  la  fin  du  IV.®  siècle. 

On  a  trouvé  dans  les  environs  quelques  morceaux  de  fer  et 
de  cuivre ,  mais  il  n'y  avait  aucunes  traces  d'ossemens  hu- 
mains ;  bien  qu'à  l'époque  à  laquelle  on  doit  attribuer  ce 
dépôt,  on  ait  abandonné  l'usage  de  brûleries  morts,  on  peut 
supposer  que  les  restes  du  corps  inhumé  auront  été  totale- 
ment détruits  et  consommés. 

fi)  Il  est  à  regretter  que  la  société  de  médecine  de  la  capitale  de  la 
Flandre ,  ait  ôté  à  un  grand  nombre  des  personnes  la  faculté  de  concourir 
pour  cette  belle  question,  ea  stipulant  que  les  mémoires  doivent  être  écrits 
en  français  exclusivement.  MM.  les  membres  de  cette  société  savent  cepen- 
dant mieux  que  tout  autre  que  les  sept-huitièmes  des  ouvrages  publiés  j)ar 
des  médecins  belges  ,  «ont  écrits  soit  en  latin  ,  soit  en  flamand  ;  on  a  donc 
tout  lieu  d'être  étonné  de  les  voir  dédaigner  les  langues  dont  se  sont  servi 
les  Vésale  ,  les  VanHelmont,  les  Marquis,  les  Fienus,  les  Palfyu,  etc.,  etc. 

(  TÇole  de  la  Rédaction  J 


(457) 


0ur  la  vilit  5e  IDamme  au  m0î)cn-age. 


Il  n'existe  peut-cire  pas  d'endroit  en  Europe  qui  pré- 
sente un  plus  triste  exemple  des  vicissitudes  des  choses 
humaines  que  le  village  actuel  de  Damrae  prés  de  Bruges  , 
jadis  l'une  des  cités  les  plus  floiissantes  de  la  Flandre. 
L'étranger  qui  visite  aujourd'hui  les  restes  de  cette  ville , 
ne  se  doute  guère  qu'elle  ait  pii  être  le  centre  du 
commerce  au  moyen-age. 

Nos  recherches  sur  l'histoire  de  la  Flandre ,  à  cette 
époque ,  nous  ont  procuré  une  foule  de  documens  qui 
attestent  la  prospérité  croissante  de  Dammc ,  pendant  le 
XIII.^  siècle.  Il  nous  mettent  à  même  de  donner  ici  une 
histoire  abrégée  de  son  origine  et  des  premiers  temps  de 
sa  gloire. 

Damme  dut  sa  naissance  à  sa  position  naturelle.  Une 
grande  baie,  connue  sous  le  nom  de  Zwijn ,  s'étendait 
autrefois  depuis  l'Ecluse  jusqu'aux  environs  de  Bruges  ; 
on  ignore  comment  elle  se  forma.  A  en  juger  d'après  les 
recherches  de  M.  Belpairc,  sa  formation  devait  être  d'une 
date  assci  récente ,  et  son  existence  fut  de  courte  durée. 
A  peine  formée  ,  la  baie  se  combla  insensiblement  ;  au 
XV.*=  siècle ,  les  eaux  se  retirèrent ,  et  les  villes  opulentes 
auxquelles  elles  ava'cnt  donné  naissance  disparurent  pour 
jamais ,  ainsi  que  leurs  ports.  C  est  au  fond  de  celte  baie , 

32 


(  458  ) 

à  deux  lieues  de  Bruges ,  au  nord ,  que  surgit  la  ville  de 
Darame,  en  1180.  Voici  comment  les  chroniqueurs  racon- 
tent son  origine.  Une  violente  inondation  avait  submergé , 
deux  ans  auparavant ,  toute  la  contrée  jusqu'à  Bruges. 
Les  habitans  du  pays,  peu  versés  dans  l'art  d'endiguer,  ne 
purent  arrêter  le  torrent  des  eaux.  Ils  eurent  recours  à 
des  ingénieurs  zélandais  et  frisons ,  qui  construisirent  de 
larges  digues,  et  des  écluses  destinées  à  donner  un  libre 
passage  à  l'écoulement  des  eaux.  Dès  ce  moment ,  le  fond 
de  la  baie  forma  un  vaste  port  qui  put  recevoir  des  mil- 
liers de  vaisseaux.  Un  canal  assez  large  établit  des  com- 
munications faciles  avec  Bruges  ,  cité  riche  et  très- 
peuplée  ,  qui  s'appropria  le  port  de  Damme ,  et  devint 
la  capitale  du  commerce.  Ces  deux  endroits  étaient  admi- 
rablement situés  pour  acquérir  une  prompte  prospérité 
commerciale.  La  navigation  entre  le  midi  et  le  nord  était 
alors  dans  son  enfance  ;  les  Italiens ,  les  Espagnols  et  les 
autres  nations  n'osaient  pas  entreprendre  les  voyages 
lointains  de  la  INorwège  ,  de  la  Suéde  et  de  la  Russie  ; 
et  les  commerçans  de  la  mer  Baltique ,  ne  s'aventuraient 
pas  à  faire  des  expéditions  jusque  dans  la  mer  Méditer- 
ranée. Il  n'est  pas  difficile  de  s'expliquer  cette  crainte  ; 
des  voyages  aussi  longs  ne  s'accomplissaient  alors  que  dans 
l'espace  de  plusieurs  mois.  Dans  ces  circonstances  , 
Damme  était  dans  la  position  la  plus  convenable ,  pour 
servir  d'étape  entre  le  midi  et  le  nord.  La  Flandre ,  pays 
de  luxe ,  et  dont  le  sol  était  couvert  de  fabriques ,  offrait 
des  débouchés  au  commerce  de  l'étranger  et  fournissait 
des  draps  au  monde  entier.  On  conçoit ,  dès  lors ,  l'intérêt 
qu'avaient  les  navigateurs  à  choisir  le  Zwyn  ,  dont  l'abor- 
dage à  cette  époque  était  facile  ,  pour  en  faire  l'entrepôt 
général  du  commerce  du  monde ,  et  pour  choisir  Bruges 
comme  lieu  du  rendez-vous  général.  La  formation  de  la 
hanse  Iculonique ,  par  les  commerçans  des  villes  saxonnes 


(  ^-'^  ) 

(nous  en  avons  parlé  dans  le  1."  vol.  du  Messager, 
p.  23-3G  )  porta  bientôt  le  commerce  au  plus  haut  degré 
de  prospérité  ;  Bruges  eut  son  principal  bureau  ,  et  partant 
il  ne  faut  pas  être  étonné  que  la  ville  de  Damme  soit 
devenue  aussi  florissante. 

On  peut  croire  que  peu  de  temps  après  que  le  Zwyn  fut 
contenu  par  des  digues  ,  des  habitations  se  formèrent  dans 
les  environs  du  port.  L'église  de  S.*^  Marie ,  dont  nous 
admirons  encore  aujourd'hui  les  belles  ruines ,  fut  com- 
mencée l'an  1180,  elle  est  du  style  gothique  le  plus  an- 
cien. La  même  année  ,  une  commune  fut  instituée ,  et 
gratifiée  de  privilèges  par  Philippe  d'Alsace.  Les  habitans 
de  Damme  furent  exempts  de  tout  payement  du  tonlieu 
en  Flandre,  et  du  payement  de  la  hanse  dans  les  autres 
villes.  Damme  eut  ses  échevins  et  son  bailli  ,  et  fut  , 
en  un  mot ,  favorisée  comme  une  ville ,  dés  sa  naissance. 
Ces  franchises  procurèrent  aux  habitans  l'avantage  d'ex- 
porter très-facilement  les  marchandises  arrivées  dans  son 
port.  Ce  port  a  été  décrit,  en  l'an  1213  par  un  poète 
français  (  Guillaume  le  Breton  )  comme  le  dépôt  des 
richesses  de  l'univers.  On  sait  que  Philippe-Auguste  fit 
alors  la  guerre  à  Ferrand,  comte  de  Flandre  ,  soutenu  par 
les  Anglais;  sa  flotte  entra  dans  le  port  de  Damme  et 
y  fut  brûlée  peu  de  temps  après  par  la  flotte  anglaise  , 
qui  à  son  tour  fut  détruite  par  l'armée  de  terre  de  Phi- 
lippe. Guillaume  le  Breton  accompagnait  le  roi  de  France. 
Voici  la  description  qu'il  donne  du  port  : 

«  Il  était  si  large  et  ofl'rait  tant  de  sûreté  qu'il  pût 
»  contenir  toute  notre  flotte  ;  la  situation  du  port  était 
»  d'autant  plus  belle  ,  qu'il  était  battu  par  une  eau  Iran- 
»  quille ,  entourée  de  fertiles  campagnes ,  et  le  voisinage 
»  de  la  mer  ne  contribuait  pas  peu  à  lui  donner  un  as- 
»  pect  majestueux.  Les  richesses  du  monde  apportées  là , 
»  par  les  navires  étrangers,  surpassent  toute  croyance.  Des 


(  460  ) 

»  masses  de  lingots  d'argent,  des  amas  de  laines  orien- 
»  taies ,  de  cire ,  de  vetemens  de  pelleteries  de  Hongrie ,  de 
»  grains,  de  vin  de  Gascogne  ,  de  fer  et  d'autres  métaux, 
)>  et  un  grand  nombre  d'autres  produits  industriels  ,  pro- 
»  venant  de  l'Angleterre  ou  de  la  Flandre ,  étaient  réunis 
»  à  Damrae  pour  en  être  exportés  dans  tous  les  pays, 
»  au  grand  profit  des  spéculateurs  ,  qui  abandonnent  avec 
»  un  espoir  mêlé  d'angoisses ,  leur  fortune  au  caprice  du 
»  sort.  » 

C'est  dans  cet  état  que  se  trouvait  Damme,  en  1213. 
Le  premier  document  que  nous  possédons  date  de  l'an  123G 
et  constate ,  ainsi  que  les  suivans ,  sa  prospérité  toujours 
croissante  ,  jusqu'au  commencement  du  XIV.^  siècle.  Nous 
en  donnerons  ici  une  analyse  que  nous  ferons  suivre  d'une 
description  du  port  de  Damme  (1). 

1236. 

Un  diplôme ,  conservé  en  copie  aux  archives  de  la  ville 
de  Hambourg,  contient  une  ordonnance  des  échevins  de 
Bruges  et  de  Damme  réunis ,  qui  détermine  la  tlistance 
qui  doit  exister  entre  les  écluses  (  Speye  )  et  les  bàtimens 
qu'on  voudrait  élever  dans  leur  voisinage.  Tous  les  endroits 
situés  près  des  écluses  sont  exactement  indiqués ,  et  les 
maisons  désignées  d'après  les  noms  de  leurs  propriétaires. 
Ce  document  fait  mention  de  deux  écluses  ,  une  grande 
et  une  petite ,  nous  ferons  connaître  ci-après  leur  position 
respective. 

1238. 

Le  comte  Thomas  de  Flandre  ordonne  au  bailli  et  aux 
échevins  de  Damme  de  rendre  justice  à  tous  les  étrangers, 
en  déans  les  trois  jours  de  leur  plainte.  Cette  charte  prouve 


(i)  Nous  tenons  les    documens  dont  nous  donnons  le  contenu ,  des 
archives  de  Hambourg  ,  Lille  ,  Bruges  et  Bruxelles, 


(  461  ) 

que  Damme  avait  une  organisitation  municipale  ,  à  i'inslar 
<le  celle  des  grandes  villes ,  et  que  l'affluence  des  étrangers 
y  était  considérable ,  puisqu'on  avait  jugé  nécessaire  que 
justice  prompte  leur  fût  rendue. 

1239. 

II  paraît  que  les  Gantois  ne  respectèrent  pas  les  privi- 
lèges des  habitans  de  Damme ,  concernant  la  franchise 
du  tonlieu  dans  toute  la  Flandre  ;  car  le  comte  Thomas 
ordonne  cette  année  à  son  bailli  de  Gand ,  de  ne  pas 
souffrir  qu'on  moleste  à  Gand  les  habitans  de  Damme ,  ni 
de  tolérer  qu'on  porte  atteinte  à  levirs  privilèges.  Nonobstant 
cette  protection,  le  comte,  conjointement  avec  son  épouse 
la  comtesse  Jeanne,  renouvela  en  l'an  1241  ,  le  privilège 
donné  par  Philippe  d'Alsace,  en  1180. 

1241. 

Le  comte  Thomas  introduisit ,  en  outre ,  une  nouvelle 
organisation  de  l'èchevinage  de  cette  ville ,  savoir  ;  celle 
que  les  grandes  villes  de  Flandre  avaient  obtenue  suc- 
cessivement ,  depuis  le  commencement  du  XIII.^  siècle , 
d'après  laquelle  les  échevins  durent  être  renouvelés  chaque 
année  ;  ils  ne  purent  être  choisis  que  parmi  les  bourgeois 
de  la  classe  notable ,  c'est-à-dire ,  parmi  ceux  qui  étaient 
admissibles  à  la  hanse  de  Londres.  Remarquons  que  l'ordon- 
nance qui  opéra  cet  important  changement ,  dans  la  consti- 
tution municipale,  était  la  même  qui,  l'année  précédente, 
avait  été  octroyée  à  la  ville  de  Bruges.  D'après  l'ancien 
régime,  les  échevins  étaient  clioisis  et  nommés  à  vie,  parle 
comte  seul;  par  le  nouveau,  les  habitans  prennent  part  à 
l'élection  de  leurs  magistrats ,  dont  le  renouvellement  ani  uel 
assure  à  la  commune  des  citoyens  capables  de  l'administrer, 
et  l'alTranchit  des  abus  du  pouvoir;  les  sentimens  pa- 
triotiques sont  entrenus  par  l'espoir  que  chacun  pouvait 
être  admis  à  faire  partie  de  l'adinini^^tralion  rommnnale. 


(  462  ) 

Damme  comptait  donc ,  dés  cette  époque  ,  dans  la  grande 
congrégation  ,  connue  sous  le  nom  de  la  hanse  de  Londres , 
association  que  M.  Brun-LaYainne  (1),  archiviste  de  la 
\ille  de  Lille,  nous  a  fait  connaître,  en  1830,  et  sur 
laquelle  pous  avons  donné  beaucoup  de  renseignemens 
dans  le  l^''  toI.  de  notre  ouvrage,  p.  328  et  suivantes, 
de  l'édition  allemande.  Cette  hanse  teutonique  était  ex- 
clusivement formée  par  les  villes  de  Flandre ,  et  autres 
de  la  Belgique  et  de  la  France.  Leur  nombre  fut  d'abord 
de  17,  et  fut  porté  ensuite  à  24.  Le  principal  comptoir 
de  cette  hanse  était  à  Londres,  de  là,  sa  dénomination; 
la  commission  directrice  résidait  à  Bruges ,  et  l'objet  le 
plus  important  de  ses  entreprises  consistait  dans  l'exploita- 
tion des  foires  de  Champagne.  Il  paraît  que  ce  fut  cette 
même  année  que  le  comte  Thomas  permit  aux  habitans 
de  Bruges  de  bâtir  le  beffroi  de  leur  ville  (1). 

Nous  mentionnerons  encore  d'autres  édits  qui  appar- 
tiennent à  l'an  1241  : 

Le  premier,  en  date  du  1."  juillet  de  cette  année, 
statue  que  ,  dans  le  cas  de  rixe  entre  les  habitans  de 
Damme  et  ceux  de  Bruges ,  les  coupables  doivent  toujours 
être  écroués  et  gardés  dans  les  prisons  de  cette  dernière 
ville ,  ce  qui  prouve  la  dépendance  de  la  première  à 
l'égard  de  celle-ci.  Cet  édit  contient  une  expression  fort 
remarquable ,  celle  des  échevins  de  Flandre  (  Scahini 
Fiandviœ).  L'institution  des  échevins  de  Flandre  a  été 
peu  connue  avant  nos  recherches  ;  cependant  il  en  est 
souvent  parlé  dans  les  chroniques  et  les  diplômes.  Voici 
en  quoi  consistait  cet  échevinage.  Si  une  discussion  s'éle- 
vait entre  plusieurs  villes  ou  communes  de  Flandre ,  l'éche- 


(i)  Daii8  les   Arcliivcô   du  Nord  de  la   l'iaiicc.  t.  i. 
(a)  D'iipiL's   Ciulis. 


(  4C3  ) 

\inage  d'aucune  d'elles  n'était  compétent  pour  la  décider. 
Le  comte,  voulant  qu'on  rendit  une  justice  impartiale, 
appelait  à  la  juger  un  certain  nombre  d'échevins ,  choisis 
parmi  ceux  des  cinq  grandes  villes  de  Flandre ,  qu'à  la  fin 
du  XIIÏ.^  siècle ,  nous  trouvons  être  Bruges  ,  Gand ,  Ypres, 
Lille  et  Douay.  Ces  éclievins  formaient  un  tribunal  transi- 
toire ,  qui  décidait  en  dernier  ressort  sur  l'objet  de  la 
contestation.  Si  celle-ci  regardait  une  des  cinq  villes,  on 
choisissait  alors  les  échevins  dans  les  quatre  autres.  Nous 
avons  donné  quelques  détails  sur  cette  institution  dans 
le  1.^^  vol.  de  notre  ouvrage  sur  la  Flandre,  p.  383. 

Les  échevins  de  Flandre  se  réunissaient  partout  où  le 
comte  les  appelait. 

Le  deuxième  édit  est  du  mois  de  septembre  1241,  en 
voici  les  dispositions  principales  : 

1.°  Les  habitaus  de  Damme  sont  libérés  du  payement 
du  droit  d'étalage  Ç  Stalpenning);  c.  a.  d. ,  la  percep- 
tion de  ce  droit  est  abandonnée  au  profit  de  la  commune; 

2.°  Ils  peuvent  construire  une  halle; 

3.°  Ils  ont  le  droit  de  bannir  pour  trois  ans  les  que- 
relleurs ,  et  ceux  qui  troublent  le  repos  ; 

4.°  Le  bailli  et  les  receveurs  du  tonlieu ,  ne  peuvent 
vendre  du  vin  en  détail, 

1242. 

Nous  rencontrons  ,  cette  année,  le  jugement  d'un  procès 
qui  s'était  élevé  entre  les  habitaus  de  Damme  et  les  pro- 
priétaires du  Erock  (1),  près  de  ce  port.  La  ville  avait 
permis  à  ces  derniers  d'établir,  un  canal  d'écoulement  de 
leurs  eaux ,  dans  le  port ,  au  moyen  d'une  écluse ,  et  ce , 
pour  une  redevance  annuelle  de  50  sols  de  Flandre.  La 
question  était  de  savoir,  à  charge  de  qui  était  l'entretien 

(i)  Le  Brock  consistait  dans  le  terrain  avoiâiiiaiil   la  rillc   à  l'est. 


(  464  ) 

de  cette  écluse.  Les  parties  choisirent  pour  vider  ce  dif- 
férent ,  Gilles  de  Bruges ,  prévôt  de  Douay.  Cet  arbitre 
décida  que  cette  charge  incombait  à  la  ville ,  attendu 
qu'elle  percevait  la  redevance. 

1245. 

Nous  voyons  Damme  au  nombre  des  villes  qui  don- 
nèrent à  la  comtesse  Marguerite  de  Flandre ,  une  décla- 
ration de  vouloir  reconnaître  pour  son  successeur  au  comté  , 
celui  de  ses  fils  que  le  roi  de  France  Louis  IX  et  Etudes 
évêque  de  Frascati  (  Tusculum)  choisiraient  :  preuve 
nouvelle  de  la  haute  importance  de  la  ville  de  Damme. 

1247. 

Le  chevalier  d'Oostkerke,  au  N.  Ouest  de  Damme ,  permet 
aux  échcvins  d'ouvrir  un  chemin  à  travers  ses  possessions^ 
la  longueur  et  la  largeur  en  sont  exactement  indiquées. 

1249. 

Cette  année  nous  fournit  un  document  existant  aux 
archives  du  royaume  à  Bruxelles,  et  provenant  de  celles 
de  l'évèché  de  Tournai ,  qui  prouve  que  la  ville  de  Damme 
possédait  déjà,  à  cette  époque,  un  hopiUil  assez  spacieux, 
qui  subsiste  encore  aujourd'hui.  Ce  diplôme  traite  d'un 
arrangement  entre  les  échevins  de  Damme  et  l'évêque  de 
Tournai,  sur  le  nombre  et  sur  le  modo  de  nomination 
des  frères  et  sœurs,  et  inspecteurs  admissibles  à  cet  hô- 
pital. Le  nombre  des  premiers  qui  étaient  à  la  nomina- 
tion de  l'évêque ,  est  fixé  à  cinq ,  celui  des  derniers  à 
quatre ,  nommés  par  les  échevins.  Il  faut  la  présence  de 
huit  échevins  au  moins ,  pour  que  la  nomination  puisse 
avoir  lieu.  Ce  nombre  ne  peut  ctre  augmenté  qu'en  pro- 
portion  de  l'augmcnlalion  des   revenus  ;   le    nonjbre   des 


(  465  ) 

malades   admissibles  est  illimité.  Un  administrateur  rend 
annuellement  compte  des  recettes  et  des  dépenses. 

1252  et  1253. 

Nous  arrivons  à  un  temps ,  où  la  prospérité  commer- 
ciale de  Damme  et  de  Bruges  a  atteint  son  apogée  de 
splendeur  et  de  renommée.  Les  marchands  de  la  hanse 
allemande  envoyèrent,  en  1252,  deux  députés  pour  ob- 
tenir en  Flandre  des  privilèges  étendus  et  un  tarif  de 
tonlieu,  modéré  et  rigoureusement  déterminé.  Ces  documens 
imporlans  sont  insérés  en  partie  dans  le  code  diplomatique 
de  la  hanse  allemande ,  publié  par  MM.  Sartorius  et  Lap- 
penberg,  en  1830,  pag.  54,  60  et  suivantes. 

Le  tarif  remplit  10  pages  in-4.'',  et  montre  le  com- 
merce de  Damme  dans  toute  son  étendue. 

Voici  l'analyse  abrégée  de  ce  tarif  : 

Il  fixe  d'abord  la  taxe  à  payer  pour  les  navires  de  difle- 
rentes  constructions. 

Il  les  dislingue  en  navires  de  haute  construction,  Los- 
boghe,  Envare ,  Chaloupes,  Scarpoise,  Hoogbolh. 

Il  parle  encore  des  droits  à  payer  pour  le  vin,  les  laines , 
le  cuir ,  les  diflerenlcs  peaux  d'animaux  ,  telles  que  celles 
de  bœuf ,  de  cheval ,  de  chèvres  ,  tles  peaux  de  fouines 
et  de  lièvres. 

Il  passe  ensuite  aux  taxes  des  différentes  espèces  de 
fer,  entre  autres  de  celui  de  Maindhondslaye ,  de  Kat- 
tenrehben,  de   Gloeden,  de  Duvyzer. 

Les  droits  à  payer  sont  aussi  fixés  pour  les  animaux , 
tels  que  le  porc ,  le  cheval ,  le  bœuf ,  les  chevaux  de  la 
Frise  et  du  Danemarck. 

Sont  encore  assujétis  à  la  taxe  ,  le  cuivre,  les  cendres, 
la  poix,  les  graisses  de  différentes  espèces ,  le  petit  gris, 
la  résine,  les  fromages,  le  cùnent,  les  tonneaux  de  diffé- 
rentes  grandeurs ,  les  ligues ,   les  ustensiles  de  cuisine  et 


(  466  ) 

les  cuivres  de  Dinant ,  les  melons ,  les  prunes  d'Espagne , 
les  plumes ,  le  feutre ,  les  cottes  d'armes ,  les  armes  de 
différentes  espèces ,  le  saumon ,  le  grain ,  la  limaille  de 
fer,  le  houblon ,  le  miel,  l'huile,  les  légumes ,  la  garance, 
les  Tases  ,  le  plomb  ,  les  pierres  précieuses ,  le  liège , 
les  filets  pour  la  pèche  ,  la  bierre  par  tonneaux,  les 
anguilles  par  mille  ,  l'huile  de  baleine ,  les  verres ,  les 
sonnettes  ,  le  vinaigre ,  les  baleines ,  le  poivre  et  autres 
épiceries,  les  cordes,  les  œufs  par  paniers ,  la  tourbe,  les 
chariots  ,  les  pierres  blanches ,  c.  a.  d. ,  les  pierres  cal- 
caires ,  le  soufre  ,  le  mercure  ,  les  cables ,  le  lin  ,  la  gomme , 
les  grosses  noix  ,  les  chapeaux ,  les  cornes ,  les  cerises , 
le  rouge  d'Espagne. 

Pour  tous  les  autres  objets  qui  pourraient  être  soumis 
à  la  taxe  ,  le  tarif  énonce  qu'on  la  fixera  d'après  une 
comparaison  équitable  des  objets  désignés  ci-dessus.  La 
comtesse  Marguerite  ne  s'arrêta  pas  à  celte  oidonnance  : 
l'an  1253  ,  à  la  demande  des  députés  de  l'empire,  envoyés 
de  Cologne  ,  Munster  et  d'autres  villes  ,  savoir  :  Roger 
de  Lubeck  et  Jordaens  de  Hambourg  ,  elle  octroya  aux 
marchands  étrangers  les  privilèges  suivans  dans  la  ville  de 
Damme  : 

1."  Les  commerçans  de  l'empire  ont  le  droit  de  vendre 
et  d'acheter  à  Damme  toutes  marchandises  quelconques, 
sous  la  condition  d'acquitter  le  tonlieu  établi. 

2."  Leurs  personnes,  ni  leurs  biens  ne  tombent  sous  la 
jurisdiction  locale ,  ])Our  des  délits  commis  hors  du  terri- 
toire ;  mais  le  contraire  a  lieu  pour  les  délits  commis  à 
Dannnc.  S'ils  croient  être  arrêtés  illégalement ,  ils  ont 
leur  recours  au  comte. 

3.°  Jamais  un  receveur  de  tonlieu  ne  peut  remplir  en 
même  temps  les  fonctions  de  bailli  ou  d'amman. 

4."  Si  le  bailli  refuse  de  rendre  justice  à  un  marchand 
étranger ,  les  cchcvins  doivent  cesser  de  suite  leurs  fonc- 


(  467  ) 

fions  ,  et  ne  les  rcpreiulre  que  lorsque  justice  a  été  rendue 
au  ma  relia  ml, 

5.°  La  comtesse  renonce  à  son  droit  d'échelle  (  scala 
légitima  ). 

Enfin,  C^.° ,  elle  renouvelle  tous  les  privilèges  anté- 
rieurs des  marchands  en  Flandre. 

1266. 

Dans  le  voisinage  de  Damme ,  au  nord ,  à  la  gauche  du 
Zwyn ,  se  trouvait  autrefois  un  village  appelé  Monikereede. 
Lorsque  la  ville  de  Damme  commença  à  pencher  vers  son 
déclin ,  cet  endroit ,  situé  près  de  la  mer ,  prit  en  quel- 
que sorte  sa  place.  Monikereede  avait  déjà  obtenu ,  dés 
l'an  1331  ,  des  privilèges  semblables  à  ceux  de  Damme.  Sa 
situation  était  telle  que  les  habitans  de  cette  dernière  ville 
furent  inquiets  de  cette  rivalité  voisine ,  dès  le  milieu 
du  XIIL""  siècle.  C'est,  sans  doute,  pour  cette  raison  qu'ils 
obtinrent,  l'an  1266,  une  ordonnance  de  3Iarguerite  qui 
défendait  aux  habitans  de  Monikereede ,  d'avoir  un  canal 
navigable  dirigé  vers  le  Zwyn.  Ils  promirent  donc  de 
faire  leurs  Wateringhes  tellement  étroites  qu'aucun  navire 
petit  ou  grand  ne  put  passer. 

1267. 

Un  an  après ,  la  comtesse  Marguerite  et  son  fils  Guy 
cédèrent  aux  habitans  de  Damme  ,  les  moulins  qui  leur  ap- 
partenaient ainsi  que  les  maisons  dont  ils  étaient  proprié- 
taires et  plusieurs  autres  propriétés,  afin  que  ceux-ci  pussent 
établir  un  grand  chemin.  Les  souverains  se  réservèrent 
seulement  la  moitié  des  revenus  de  tout  ce  que  ces  objets 
pouvaient  rapporter  et  les  produits  de  la  jurisdiction. 
L'ordonnance  contient  plusieurs  dispositions  sur  les  droits 
de  mouture ,  de  cens ,  etc.  La  ville  de  Dumnic  paya  })Our 
celle  concession  1200  liv.   de  Handrc. 


(  468  )       ■ 

1269. 

Le  cbevaîier  Euslacs ,  chamLerlin  rie  FlaïKÎres  ,  cède ,  à 
la  ville  de  Dammc ,  sa  part  dans  le  droit  de  balance  qu'il 
avait  à  Damrae.  La  comtesse ,  dont  il  tenait  ce  droit  en 
fief,   confirme  cette  cession. 

La  même  année ,  la  comtesse  et  son  fils  accordent  à  la 
ville  de  Damme  le  droit  d'avoir  un  aqueduc  d'eau  douce  et 
un  chemin  qui  le  côtoyait ,  depuis  le  château  de  Maie 
jusqu'à  la  ville.  La  dislance  est  de  plus  de  deux  lieues, 
L'aquéduc  consistait  en  des  tuyaux  de  plomb ,  dont  on 
a  encore  trouvé,  nous  a-t-on  assuré,  des  débris,  il  y 
a  quelques  années.  Enfin,  dans  la  même  charte,  la  com- 
tesse et  son  fils  leur  permettent  d'établir  une  grue  pour 
décharger  plus  facilement  les  tonneaux  de  vin  et  autres 
objets  de  commerce. 

1270. 

La  comtesse  Marguerite,  pour  dédommager  les  Anglais 
à  cause  des  marchandises  enlevées  par  les  Flamands  et  pour 
le  rachat  du  chevalier  Van  den  Poêle ,  avait  imposé  au 
pays  de  Flandre  en  entier  une  somme,  dont  les  échevins 
de  Flandres  avaient  fait  la  répartition  sur  chaque  ville. 
La  ville  de  Damme  était  mécontente  d'avoir  à  payer  9  liv. 
slerlings ,  qu'on  lui  avait  imposées.  La  comtesse ,  tout  en 
l'obligeant  a  supporter  cette  charge  lui  déclarait  que  les 
échevins  de  Flandre  avaient  mal  agi ,  en  ne  l'ayant  pas 
entendue  auparavant  (1), 

1271. 

Les  Comtes  de  Flandre  percevaient  à  Dammc ,  sous  le  nom 
«le  Maelpenninc,  un  droit  de  mouture.  Le  revenu  était  donné 


(i)    Diericx ,    Lois    Catitoises ,  t.  i.  p.  a/jS ,  mentionne    cet  impôt 
comiu   bous  If  litre  :   Fiais  pour  la  paix  d'Angleterre. 


(  469  ) 

en  fief  a  plusieurs  nobles.  L'an  1271  ,  ce  fief  appartenait  au 
seigneui- Jacques  Van  de  Woestyne,  à  sa  femme  Isabelle  et 
à  Guillaume  de  Bornhem  (1).  La  comtesse  Marguerite 
désirait  en  affranchir  sa  ville  favorite  ;  elle  détermina  les 
possesseurs  à  se  laisser  racheter  leurs  droits ,  ce  qui  fut 
exécuté  solennellement  devant  le  bailli  de  Damme ,  délégué 
à  cet  effet  par  celui  de  Bruges.  On  trouve  tous  les  actes 
relatifs  à  cette  cession  dans  St.  Génois,  t.  1  p.  634-637. 

1271. 

La  comtesse  Marguerite ,  pour  dédommager  la  ville  de 
Damme  de  plusieurs  «  gravances  et  oppressions  »  ,  lui  cède 
en  pleine  propriété  tous  ses  terrains  vagues  situés  dans 
cette  ville,  et  confirme  le  rachat  du  droit  de  balance 
qu'avait  possédé  le  chamberlin  Eustaes  ;  elle  se  réserve 
cependant  de  la  part  de  la  ville  une  rente  de  cinq  sols , 
payable  à  son  receveur  de  Brieves ,  à  Bruges. 

1288. 

Il  y  avait  un  procès  entre  la  ville  de  Bruges  et  Damme , 
d'un  côté  ,  et  les  propriétaires  d'une  contrée  nommée 
Rembondswerf  (2) ,  relatif  à  la  réparation  des  digues.  Le 
comte  Guy  fit  examiner  la  question  par  quelques-uns  de 
ses  vassaux ,  les  parties  présentes ,  et  décida ,  le  3  avril 
1288 ,  en  faveur  des  villes. 

1289  et  1290. 

La  ville  de  Damme  pouvait  être  considérée  comme  une 
colonie  de  Bruges  ,  et  se  trouvait  toujours  dans  une  espèce 
de  dépendance  à  l'égard  de  la  ville  mère.  La  heure  de 
Bruges  (de  1190)  était  devenue  celle  de  Danune.  L'orga- 


(i)  On  nous  a  montré  à  Damme  un  endroit  connu  autrefois  sous    la 
seigneurie  de  Bornhem  tout  près  de  la  ville. 
(2)  Elle  existe  encore  aujourd'hui. 


(  470  ) 

nisation  municipale  était  la  même  dans  ces  deux  villes  ,  et 
pour  rendre  leurs  rapports  mutuels  plus  intimes,  les  échevins 
de  Damme  devaient  jDrendre  conseil  de  ceux  de  Bruges , 
dans  toutes  les  circonstances  difficrles.  Ce  recours  obligé 
s'appelait  aller  à  rechief,  les  éclievins  de  Bruges  étaient 
donc  chefs  de  ceux  de  Damme.  Mais  ce  lien  de  subordina- 
tion n'était  pas  exactement  déterminé ,  et  c'est  surtout  le 
droit  d'appel  qui  était  incertain.  Une  contestation  s'étant 
élevée  entre  les  deux  villes ,  le  comte  Guy  ordonna  de 
la  vider  en  1289,  et  donna,  l'année  d'ensuite,  une  in- 
terprétation de  cette  décision  ;  voici  les  dispositions  prin- 
cipales de  la  sentence  : 

1.°  Tout  demandeur  peut  aller  en  recoms  à  Bruges, 
si  les  échevins  de  Damme  ne  décident  endéans  les  trois 
délais  judiciaires  (^respits  parojoursdeplaidsy  Dans  cet 
intervalle  ceux  de  Damme  peuvent  aussi  demander  une 
décision  à  ceux  de  Bruges;  après  l'expiration  de  ces  délais, 
ils  ne  peuvent  plus  juger. 

2.°  Celui  qui  a  succombé  dans  son  action  devant  les 
échevins  de  Damme  peut  appeler  de  faux  jugement  à  ceux 
de  Bruges,  un  particulier  aussi  bien  que  le  comte  lui  même. 

3."  Les  échevins  peuvent  demander  sens  et  jugement 
à  ceux  de  Bruges ,  pour  tout  ce  qui  est  régi  par  la  Keure 
du  comte  Philippe  (1190),  sans  étendre  cependant  cette 
faculté  aux  contestations  à  décider  d'après  les  usages  locaux. 

Nous  possédons  encore  une  lettre  du  roi  de  France  écrite 
en  l'an  129G,  relative  à  l'interprétation  de  la  sentence  du 
comte  Guy ,  il  l'attaque  comme  arbitraire  et  en  demande 
la  révocation. 

1294. 

La  ville  de  Damme  doit  avoir  eu  une  grande  étendue 
à  la  fin  du  Xlll.'^  siècle;  car,  nous  voyons  qu'elle  renfer- 
mait deux  églises  paroissiales  :  actucllcnicnl  elle  en  contient 


(471   ) 

h  peine  une ,  celle  qui  dépend  de  son  «église  primitive ,  dédiée 
à  la  Vierge.  Il  y  a  plus  de  deux  siècles  qu'une  autre  paroisse 
celle  de  8.**=  Catherine  a  disparu  (1602).  Nous  nous  estimons 
heureux  de  pouvoir  publier  une  inscription  funéraire  do 
ces  temps  reculés,  pour  fournir  la  preuve  qu'en  1294, 
cette  deuxième  paroisse  existait  déjà.  Nous  en  donnons  le 
fac-similé  le  plus  fidèle.  C'est  une  plaque  en  plomb  , 
trouvée  dans  le  caveau  de  la  ci-devant  église  de  S^^  Catherine 
de  Danime ,  il  y  a  environ  30  ans.  Elle  était  pliée  en  deux 
et  l'inscription  tracée  dans  la  partie  intérieure.  Une  légère 
fente,  au  milieu  de  la  plaque  figurée  sur  la  lithographie, 
est  bien  visible.  C'était  un-dyptique  placé  sous  la  tête  de 
celui  dont  le  nom  devait  se  transmettre  à  une  génération 
éloignée  de  six  siècles  de  celle  où  il  vivait ,  savoir  :  de 
Pierre  Outcoren ,  curé  de  la  paroisse  de  S.**^  Catherine 
à  Damme  ,  mort  le  mardi  après  la  fête  de  8.**=  Christophe 
en  1294.  L'église  de  S.*'=  Catherine  se  trouvait  placée  sous 
le  patronage  de  l'abbaye  de  S.'  Quentin  en  Vermandois. 
Il  est  donc  probable  qu'elle  y  avait  été  établie  par  des 
marchands  étrangers ,  et  notamment  par  ceux  de  France. 
Comme  peu  d'inscriptions  du  XIII. *=  siècle  ont  été  con- 
servées ,  nous  nous  félicitons  d'avoir  obtenue  celle-ci  de 
M.  Norbert  de  Bel  (1),  sacristain  de  Damme,  pour  le 
musée  historique  de  Gand.  C'est  à  son  père  qu'est  due  la 
conservation  de  cette  plaque. 

L'emplacement  de  l'ancienne    église  de  S.'*^  Catherine 
est  aujourd'hui   bien  éloigné  de  l'enceinte  de  la  ville ,  et 


(i)  Nous  saisissons  cette  occasion  de  lui  témoigner  notre  recon- 
naissance, pour  nous  avoir  procuré  ,  en  avril  dernier ,  la  connaissance 
exacte  de  ia  localité  de  la  ville  de  Damme  ;  il  nous  a  donné  des  expli- 
ciitions  satisfaisantes  touchant  tous  les  points  sur  lesquels  nous  Tavons 
interrogé. 


(  ^72  ) 

jamais  on    ne    soupçonnerait    que  jadis ,   il  existait   des 
Mtimens  en  cet  endroit. 

1298-1300. 

Les  guerres  qui  eurent  lieu  entre  Philippe-le-Bel ,  le 
comte  Guy  et  le  roi  d'Angleterre ,  avaient  eu  pour  résultat 
la  confiscation  du  comté  de  Flandre  et  la  naissance  de 
deux  partis  politiques  dans  ce  pays.  Dans  toutes  les  villes 
on  rencontrait  des  gens  du  Lys  [Leliaerts)  et  des  par- 
tisans du  comte.  Il  en  existait  aussi  à  Damme.  Le  vainqueur 
avait  l'habitude  de  faire  poursuivre  les  adhérens  des  vaincus. 
Nous  voyons  donc,  en  1298  ,  le  comte,  alors  maître 
de  Bruges  et  de  Damme ,  ordonner  au  chevalier  de  Mortagne 
de  faire  une  enquête  contre  ceux ,  qui  à  Damme  s'étaient 
déclarés  les  partisans  de  Philippe-le-Bel ,  et  deux  ans  après 
Jacques  de  Châtillon  ,  tout  en  pardonnant  aux  habitans  de 
cette  ville ,  leur  adhésion  au  comte  Guy ,  leur  impose  des 
conditions  bien  dures ,  en  leur  rendant  leur  liberté  et  leurs 
anciens  privilèges. 

Nous  avons  encore  quelques  autres  preuves  qui  attestent 
la  haute  prospérité  de  Damme  dans  la  seconde  moitié  du 
Xin.''  siècle,  savoir  un  certain  nombre  d'actes  par  lesquels 
la  comtesse  Marguerite  ou  son  fils  constituent  des  renies 
sur  la  recette  de  leur  tonlieu  de  Flandre  ,  savoir  : 
1260.  —  200  hvres  constituées  à  l'abbaye  de  Flinncs,par 

la  comtesse  Marguerite  (de  St.  Génois  p.  696). 
1273.  —  1000  livres  de  rente    annuelle    constituée    par 

différens  legs.  (Ibid.  p.  641). 
1275.  — Une  rente  de  30  livres  à  l'abbesse  de  Marquette. 

(Jbid.  655.) 
1280.  —  Une  rente  de  160  livres  à  payer  à  Marie,  fille  du 

comte  Guy ,  comtesse  de  Julicrs. 
1280.  —  Une  rente  de  1000  livres   en  faveur  d'Isabelle, 

seconde  femme  du  comte  Guy,  [Jhid.  950). 


(  473  ) 

1285.  —  20  livres  à  Baudouin  du  Giele,  fils  de  Baudouin 

du  Hainaut.  {IbicL,  732.) 
1291.  —  Une  rente  de  50  livres  au   chevalier  Poncliard 

de  Florence.  Çlbid.  798.) 
1300.  —  Le  roi  Philippe  fait  une  renie  de  200  livres  à  Jean 
de  Namur,  fils  du  comte  Guy  (  ihid.  194  ). 

Si  nous  devons  supposer  que  les  Comtes  n'ont  pas  disposé  de 
la  recette  entière ,  il  est  certain  que  ce  revenu  était  fort 
considérable,  puisque  il  supportait  si  facilement  des  rentes 
dont  le  total  s'élevait  à  2490  livres. 


Une  visite  faite  à  Danime  ,  au  printemps  de  cette 
année ,  nous  offrit  l'image  suivante  de  la  ci-devant  capitale 
du  commerce  du  monde.  A  la  rive  droite  du  beau  canal 
que  le  génie  de  Napoléon  avait  fait  creuser  par  la  main 
des  prisonniers  espagnols  ,  on  voit  une  cinquantaine 
de  maisons  habitées  par  des  paysans  en  haillons  ;  la  belle 
façade  gothique  de  la  maison-de-ville  transformée  en 
caserne ,  nous  représente  quelques  lueurs  de  la  splendeur 
d'autrefois.  Quant  à  l'église,  le  chœur  seul  est  resté  intact , 
quoique  défiguré.  Le  tombeau  de  Maerlant,  le  poète  le 
plus  célèbre  du  moyen-àge  n'était  plus  visible,  il  se  trou- 
vait enfoui  sous  un  monceau  de  pierres  et  d'ordures. 
Quelques  colonnes  qui  ont  supporté  les  nefs  de  l'église , 
indiquent  sa  longueur  terminée  par  ime  tour,  que  sa 
construction  gigantesque  a  préservée  d'une  ruine  complète  ; 
quoique  ébranlée  en  partie ,  avec  un  escalier  fort  dange- 
reux ,  ces  ruines  méritent  encore  d'être  visitées  par  l'étranger 
curieux  de  découvrir  remplacement  de  cette  cité  jadis  opu- 
lente. Il  verra  du  haut  de  sa  plate  forme  vers  le  nord , 
dans  le  lointain,  les  tours  d'Ardenbourg ,  de  l'Ecluse,  de 
S.^'=  Anne  et  d'autres  endroits  renommés  dans  l'histoire  du 

33 


(  474  ) 

moven-age.  Au  midi,  la  ville  de  Bruges  s'étend  comme  un 
fond  de  théâtre  à  ses  pieds;  à  sa  gauche  ,  il  voit  les  dunes, 
les  clochers  de  Blankenberg,  d'Ostende  et  autres.  Mais  il 
cherchera'envain  le  célèbre  port.  IXotre  guide  nous  montra, 
tout  près  de^la  tour  dans  la  direction  de  Bruges,  à  la 
gauche  du  canal ,  quelques  riches  prairies  ,  des  terres  en- 
semencées de  colza,  qui  autrefois  ont  dû  former  le  bassin; 
quelques  débris  de  murs  indiquent  l'endroit  où  était 
l'écluse.  Vers  Bruges  à  l'est ,  on  voit  serpenter  le  canal 
des  Gantois,  creusé  en  1252,  connu  encore  sous  le  nom 
de  Gendsche  Lieve.  IXous  avons  retrouvé  ,  à  l'aide  de  notre 
guide ,  tous  les  endroits  cités  dans  nos  documens.  Mais 
nous  les  avons  quittés,  en  nous  écriant  :  sic  transit gloria 
mundi. 

L.  A.  \Varîîkoe:vig. 


C  475  ) 

UéîUxxons 

SL'R  Vy  PASSAGE  DE  GILLES   d'oRVAL  ,    RELATIF   AUX  E!?VIROIÏS 

DE    TONGRES. 


Gilles  d'Orval ,  moine  de  l'abbaye  de  ce  nom  ,  située 
dans  le  Luxembourg,  écrivit  dans  le  treizième  siècle  une 
histoire  des  cvéques  de  Tongres  et  de  Liège ,  depuis 
S.  Materne  qui  vivait  vers  l'an  314  ,  environ,  jusqu'en  1246. 
Entre  autres  faits  plus  ou  moins  extraordinaires  qu'il  cher- 
clie  à  établir,  il  avance  que  la  mer  baignait  ancienne- 
ment les  murs  de  Tongres ,  et  que  de  son  temps ,  on 
voyait  encore  les  sinuosités  des  digues. 

Quelque  problématique  qu'aurait  du  paraître  une  asser- 
tion aussi  vague ,  puisée  peut-être  dans  les  3Iss.  de  Lucius, 
perdus  depuis ,  elle  n'en  semble  pas  moins  avoir  été  admise 
par  les  écrivains  de  l'époque  comme  l'expression  de  la 
réalité.  En  se  transmettant  d'âge  en  âge ,  elle  fut  même 
appuyée  de  probabilités  plus   ou  moins  futiles. 

Ainsi,  on  cita  une  élévation  de  terrain  qui  avait  retenu 
et  qui  porte  encore  le  nom  de  zeedi/h  (  digue  de  mer  ) , 
et  à  proximité  un  mur  dans  lequel  étaient  fixés  de  grands 
anneaux  de  fer,  destinés  à  l'amarrage  dos  vaisseaux. 

En  outre ,  Pierre  Van  Bruhcie ,  de  Rythovcn  en  Campine , 
dans  ses  lettres  sur  les  eaux  thermales  d'Aix  et  de  Spa, 
écrites  en  1550,  parle  de  la  découverte  faite  à  Tongres, 


(  476  ) 

en  creusant  le  sol ,  d'inslrumens  nautiques ,  de  mats  de 
navires  et  d'autres  objets  qui  prouvent  à  l'évidence ,  dit-il , 
que  la  navigation  y  était  jadis  très-active. 

D'autre  part ,  et  ceci  coïncide ,  des  chroniques  rapportent, 
selon  De  La  Jonkaire(l),  que  les  INormands  dans  une  des 
irruptions  qu'ils  firent  en  Belgique  dans  le  neuvième 
siècle ,  irruption  pendant  laquelle  ils  incendièrent  Anvers , 
se  rendirent ,  par  eau ,  de  cette  ville  à  Tongres ,  ce  qui 
n'est  guères  possible  aujourd'hui. 

Enfin  plus  tard  quand  on  en  vint  à  reconnaître  que 
les  corps  pris  longtemps  pour  de  simples  jeux  de  la  nature , 
sont  des  restes  d'êtres  organisés ,  l'immense  quantité  de 
coquilles  marines  dont  est  parsemé  le  sol  tongrois ,  coquilles 
que  nous  savons  à  présent  se  rencontrer  dans  la  plupart 
des  terrains  anormaux,  parut  une  preuve  nouvelle  à  surajou- 
ter aux  précédentes.  Et  il  devait  en  être  ainsi  dans  un 
temps  où  l'on  ne  se  doutait  point  que  le  bassin  des  mers 
n'est  devenu  tel  qu'il  est ,  qu'après  avoir  subi  des  dépla- 
cemens  et   des  resserremens  successifs. 

Les  historiens  et  les  géographes  qui  ont  postérieurement 
parlé  de  Tongres,  se  sont  contentés  ou  bien  de  reproduire 
sans  critique  le  récit  de  Gilles  d'Orval ,  ou  bien  de  le 
traiter  de  fable,  sans  examiner  s'il  ne  cache  point,  sous 
une  apparente  invraisemblance  ,  un  fait  réel  mais  dénaturé. 
Aussi  la  question  ne  pouvait-elle  être  éclaircie  qu'en 
appliquant  au  sol  de  cette  contrée  ,  ce  que  l'on   connaît 


(i)  Notice  géulogique  sur  les  environs  d'Anvers,  i823.  L'auteur 
n'indiquant  point  la  source  oi!i  il  a  puisé  ce  curieux  renseignement, 
il  devient  impossible  de  juger  du  degré  d'importance  qui  s'y  attaclie. 
I,e  sac  d'Anvers  par  les  Normands ,  en  835  ,  et  leur  départ  de  cette 
ville  pour  Tongres  sont  consignés  dans  le  recueil  des  «  Facta  et  gesta 
Normannorum  extra  Daniam  »  ,  mais  pas  un  mot  n'y  donne  à  entendre 
que  le    trajet  se  serait  fait  par  eau. 


(  477  ) 

<le  la  constitution  géognostique  et  de  l'ancienneté  relative 
des  terrains. 

Fondée ,  à  ce  que  l'on  croit ,  sous  Auguste ,  alors  que 
des  colonies  germaines  vinrent  des  bords  du  Tanger  oc- 
cuper le  pays  des  anciens  Eburons ,  Tongres  est  située 
sur  la  lisière  sud-est  d'un  petit  bassin  de  terrain  crétacé 
qui  s'étend  de  Wavre  par  Maestricht  jusque  prés  d'Aix- 
la-Chapelle  ,  et  dont  la  limite  boréale  passe  près  de  Leau  , 
Herck-S.-Lambert  et  Munster-Bilsen. 

Cette  espèce  d'ilot  est  enclavé  tout  autour ,  excepté  vers 
le  nord,  dans  le  calcaire  transitif  des  provinces  de  Liège 
et  du  Hainaut ,  dont  une  partie  le  sépare  au  nord-ouest 
de  la  grande  formation  crayeuse  de  la  France. 

Du  côté  du  nord ,  il  est  limité  par  deux  sortes  de  ter- 
rains :  l'un,  avoisinant  la  vallée  de  la  Geête,  est  le  prolon- 
gement de  cette  formation  de  sable  à  grès  ferrifere ,  qui 
constitue  tout  le  plateau  compris  entre  celte  rivière ,  le 
Demer  et  la  Dvle  :  l'autre ,  opposé  au  premier ,  se  com- 
pose des  sables  de  la  Campine. 

De  La  Jonkaire ,  d'Omalius  (1)  et  d'autres  géognostes, 
regardent  ces  sables  de  la  Campine  comme  contemporains 
de  ceux  à  grès  ferrifere  ,  et  estiment  que  les  uns  et  les  autres 
appartiennent  à  l'époque  de  la  formation  du  calcaire  grossier 
de  Bruxelles.    . 

Quant  au  grès  ferrugineux ,  la  question  semble  ne  plus 
être  douteuse,  depuis  qu'on  y  a  reconnu  des  fossiles  du 
calcaire  grossier  bruxellois,  et  même  des  assises  inférieures 
de  celui  de  Paris.  Nous  avons  nous-mêmes  trouvé  en  1828, 
dans  des  blocs  de  grès  ferrugineux  qui  servaient  de  fon- 
lemens  à  une  partie  des  remparts  de  Louvain  ,  des  moules 


(i)  Mémoires  pour  servir  à  la  description  gJoIogique  des  Pays-Bas. 
lag.    182-ao.i. 


(478) 

de  lucines  ,  tellines ,  venericardes ,  cythérées ,  huitres , 
pétoncles ,  nautiles ,  Luccins ,  cassidaires ,  cyprées  ,  cônes , 
volutes ,  calyplrée ,  cérite  ,  tuiritelle  ,  natice ,  cadran  ,  de 
turbinolitbes  et  d'autres  indéterminées. 

Mais  il  n'en  est  plus  de  même  des  sables  de  la  Cam- 
pine  qui  ne  sauraient ,  à  ce  que  nous  crovons ,  être 
assimilés  pour  1  âge  ni  à  ceux  à  argile  plastique  d'Anvers , 
ni  aux  autres  terrains  précités,  à  l'exception  toutefois  de 
la  partie  comprise  entre  les  deux  Pfeêthes,  partie  dans 
laquelle  on  trouve  exclusivement  et  ces  infiltrations  cal- 
caires qui  ont  agglutiné  les  grains  quarlzeux  en  forme  de 
nodules ,  dont  parle  M.  De  La  Jonkaire ,  et  des  tellines , 
des  cythérées,  des  nautiles,  des  buccins  ainsi  que  des 
débris  de  cétacés. 

Des  observations  plusieurs  fois  répétées  depuis  quatre 
à  cinq  ans ,  nous  permettent  au  contraire  d'établir  que  sur 
toute  la  rive  gauche  de  la  grande  Neèthe,  ces  nodules  et  ces 
dépouilles  fossiles  de  mollusques  et  de  cétacés  ont  complè- 
tement disparu ,  et  que  le  sol  s'y  compose  de  haut  en  bas  : 

1.°  De  terre  végétale  ou  de  sable  blanc. 

2.°  De  sable  vert  plus  ou  moins  marneux. 

3.°  De  sable  argileux  jaune. 

4.°  D'une  terre  noire  (détritus  de  tourbe?)  que  les 
habitans  appellent  Eand. 

5.°  D'une  tourbe  sèche  plus  ou  moins  fibreuse  ou 
ligneuse,  gisant  à  une  profondeur  de  10  à  20  pieds, 
très-variable  en  puissance  (de  2  à  6  pieds),  et  exploitée 
sous  le  nom  de  Linjf.  Elle  renferme  des  feuilles  de  gra- 
minées ou  d'autres  monocotvledones ,  des  semences  très- 
approchantes  de  celles  du  Spartium  scoparium  ,  des  strobiles 
encore  hygroscoj)iques  du  Pinus  svlvestris ,  des  tiges  d'une 
sorte  de  Larix ,  et  des  elytres  de  coléoptères  parmi  lesquels 
nous  avons  cru  reconnaître  ceux  du  Carabus  cyaneus , 
sans  parler  de  plusieurs  autres  impressions  que  nous  ne 
sommes  pas  parvenus  à   déterminer  avec  cortitiwla. 


(479) 

G.°  De  sable  argileux  au-dessous  duquel  nous  n'avons 
pas  eu  l'occasion  de  pénétrer ,  mais  qui  parait  reposer  sur  de 
l'argile  verte,  laquelle  perce  en  beaucoup  d'endroits  sur 
le  bord  de  la  Neêthe. 

Ce  terrain  occupe  toute  la  partie  Est  de  la  Campine, 
sur  la  rive  gauche  de  la  grande  Neêthe ,  de  Lierre  à 
Aerschot ,  Beringen  ,  Peer ,  Brée  ,  Weêrd ,  Peel ,  jusqu'à 
Venloo  et  vraisemblablement  jusqu'à  Helmond  et  Nimégue; 
il  est  partout  identique  sauf  quelques  légères  modifications 
qui  ne  portent  que  sur  la  disparition  du  Rand,  sur  la 
puissance  des  couches  ou  sur  l'inversion  du  sable  chlori- 
teux  au-dessus  du  sable  blanc.  Dans  certaines  localités , 
la  tourbe  est  séparée  du  sable  marneux  sur  lequel  elle 
repose,  par  un  mince  lit  de  sable  quart7.eux.  Nulle  part 
au  reste  nous  n'y  avons  observé  de  coquilles  :  il  paraît 
néanmoins  qu'on  y  trouve  quelquefois  des  LjTnnées. 

Quoique  le  sable  vert,  joint  à  l'aspect  ligniforme  de 
la  tourbe ,  pourrait ,  au  premier  examen  ,  faire  confondre 
ce  sol  avec  celui  à  argile  plastique  et  lignilcs  des  terrains 
tertiaires ,  un  examen  plus  approfondi  permet  de  conclure 
de  la  présence  de  l'argile  verte  en  quelques  localités , 
que  l'on  doit  le  regarder  comme  un  terrain  de  transport 
ancien ,  conséquemment  beaucoup  plus  récent  que  les 
terrains  qui  l'enAironnent. 

Ou  peut  donc ,  ou  plulùt ,  on  doit  admettre  que  long- 
temps après  que  la  Campine  d'outre-Neèthe  et  le  reste 
(lu  pa\s  étaient  habité  depuis  des  siècles,  un  vaste  amas 
^leau  douce,  d'une  quarantaine  de  lieues  de  longueur, 
(unissant,  à  une  époque  plus  éloignée,  les  bassins  de  la 
Meuse  (1)  du  Bas-Rhin  et  de  l'Escaut)  a  dû  exister  en 
celle  contrée. 


( i)  Aiusi  s'expliquerait  ncul-ûlre  comiiniil  (Jcsar  (  Coin.nenl.  libr.  VI. 


(  480  ) 

Quand  on  jette  les  yeux  sur  la  carte  de  la  Campine 
et  des  contrées  adjacentes,  on  observe  qu'elle  est  entre- 
coupée ,  de  l'Ouest  au  Nord-est ,  par  une  longue  suite  de 
lacs  et  de  marais  éparpillés  avec  une  profusion  toujours 
croissante,  à  mesure  qu'on  approche  de  la  Gueidre  liol- 
landaise.  Nous  citerons  comme  les  plus  remarquaLles  de 
ces  lacs ,  celui  de  Léau  (  un  peu  en  dehors ,  il  est  vrai , 
de  la  direction  prémentionnée)  et  celui  de  Eersel  qui  couTrent 
chacun  à-peu-prés  une  étendue  de  cent  bonniers.  Prés 
de  Peer,  il  en  existe  une  trentaine  de  moindre  grandeur; 
ceux  de  Beringen  ,  Diepenbeek  et  Weêrd  peuvent  être 
évalués  approximativement  à  une  centaine  ;  viennent  ensuite 
les  marais  de  Peel ,  près  de  Venloo ,  s'étendant  sur  un 
espace  de  deux  à  trois  lieues;  et  c'est  là  que  les  deux 
Neêthes ,  le  Lack ,  le  Demer ,  le  Dommel ,  la  Beerse ,  le 
Hilver ,  TAa  ,  le  Ginder ,  la  Meirle ,  la  Swartebeek ,  la 
Maelbeek ,  outre  plusieurs  cours  d'eau  de  moindre  im- 
portance, prennent  leur  source. 

Que  peut-on  voir  dans  cette  singulière  agglomération 
de  marécages,  de  lacs  et  de  rivières,  si  ce  n'est  les  restes 
du  vaste  golfe  mentionné  plus  haut  ?  et  l'aspect  actuel  de 
cette  partie  de  la  Belgique  ne  confirme-t-il  pas  surabondam- 
ment ce  que  l'examen  du  sol  nous  a  conduit  à  admettre? 

Tongres  n'est  éloignée  que  de  deux  lieues  du  terrain 
de  transport  ancien  ddut  nous  venons  de  constater  l'exis- 
tence. Plusieurs  branches  de  la  Herk  ,  de  l'Oudebeek  ,  de 
la  Motte ,  et  l'une  des  principales  du  Demer ,  naissent 
aux  portes  de  la  ville  :  celles  de  la  Motte  surtout  doivent 
en  avoir  été  très-proches  avant  sa  ruine. 


cnp.  33)  rendant  compte  de  son  expédition  contre  les  Eburons ,  a  pu 
dire  «  Ipso  cura  rclicjuis  tribus  legionibus  ad  flurncn  Scaldlm  quod 
iiijluit  in  Mosani  ire  coiistituit  »  ,  car  le  Ruppel ,  reste  de  ce  bras  de 
jonctoin ,  est  encore  appelé  Escaut  par  ses  riverains. 


(481   ) 

Or ,  il  est  facile  de  sentir  qu'à  l'époque  où  le  sol 
moderne,  précédemment  décrit ,  était  sous  les  eaux,  tous 
les  affluens  de  ce  lac  devaient  également  remplir  leurs 
■\  allées  respectives ,  et  offrir  ainsi  à  la  cité  à  laquelle  elles 
aboutissent ,  une  communication  par  eau  avec  lui.  Si  un 
doute  restait  à  cet  égard,  il  semble  levé  par  la  présence 
au  Nord  de  Tongrcs ,  dans  la  couche  supérieure  de  la  for- 
mation crayeuse  sur  laquelle  est  bâtie  la  ville ,  de  Palu- 
dines  et  de  Melanies  qui  sont  des  coquilles  flmiatiles , 
pêle-mêle  avec  les  Gorbules  ,  les  Lucines ,  les  Cythérées  et 
autres  dépouilles  de  mollusques  marins  qui  y  préexistaient. 

L'inspection  des  localités  autorise  à  croire  que  la  digue 
et  le  mur ,  dont  il  a  été  parlé  ,  sont  des  débris  d'anciens 
travaux  exécutés  soit  pour  empêcher  les  eaux  d'inonder 
la  ville ,  soit  pour  opérer  sous  ses  murs,  en  guise  de  bassin, 
la  jonction  des  vallées  de  la  Motte  et  du  Demer,  puis- 
qu'on nous  dépeint  unanimement  notre  cité  comme  ayant 
été  ,  dans  les  troisième  et  quatrième  siècles ,  très-com- 
merçante et  l'égale  de  Cologne  en  grandeur  et  en  richesses. 

Quelque  soit ,  au  reste ,  le  but  dans  lequel  la  digue 
aurait  pu  avoir  été  élevée ,  toujours  est-il  certain  qu'elle  est 
l'ouvrasfe  de  l'homme.  Son  isolement  à  l'égard  des  chaînes 
environnantes ,  sa  direction  de  l'Est  à  l'Ouest ,  tandis  que 
celle  des  autres  collines  va  du  Nord- est  au  Sud-ouest, 
ou  bien  du  Nord  au  Sud  ,  mettent  cette  vérité  en  évidence. 

Pour  ce  qui  est  de  la  dénomination  de  Zeedijk  ,  Droixhe  , 
dans  son  Essai  historique  et  critique  sur  ïongres  (1) , 
observe  judicieusement  que  le  mot  zee  signifie  en  alle- 
mand, qui  était  la  langue  des  anciens  tongrois ,  non  seule- 
ment Dier  mais  aussi  lac.  Cette  remarque  est  d'autant 
plus  juste  que  de  nos  jours  encore  le  lac  de  Laach  près 


(i)    Messager  des  Sciences  et  des    Jrls..  Aitit.    i8a(>. 


(482) 

d'Andernacli ,  n'est  désigné  sur  les  lieux  que  par  le  nom 
de  Laacîierzee ,  et  que  dans  notre  dialecte  flamand  zee 
indique  encore  au  figuré  toute  grande  masse  d'eau. 

La  double  signification  de  ce  mot  explique  tout.  Les 
premiers  bisloriens  qui  consignèrent  dans  leurs  chroniques 
la  tradition  populaire  de  l'existence  du  lac ,  auront  pris 
le  substantif  zee  dans  l'acception  de  mer  ^  et  l'auront 
traduit  par  mare  et  oceanum  sans  faire  attention  qu'on 
s'en  sert  aussi  dans  une   acception  différente. 

Nous  ignorons ,  à  la  vérité ,  quand  et  comment  ce  lac 
s'est  écoulé.  Mais  l'histoire  nous  ajant  conservé  les  dates 
de  plusieurs  tremblemens  de  terre  des  dixième  et  onzième 
siècles ,  ne  pouri\iil-on  pas  raisonnablement  admettre  que 
dans  des  temps  plus  reculés  ,  de  pareils  phénomènes  ont 
pu  occasionner  l'écoulement  de  cette  grande  masse  d'eau? 
Certes,  le  voisinage  de  l'Eyffel,  cette  région  volcanisée, 
qui  n'est  éloignée ,  en  ligne  droite  de  Tongres ,  que  d'une 
quinzaine  de  lieues  ,  donne  à  cette  hypothèse  un  haut 
degré  de  probabilité. 

Envain  objeclcrait-on  le  silence  de  nos  chroniques  et 
l'absence  d'archives  locales  qui  mentionnent  ces  faits , 
puisqu'on  sait  que  le  peuple  Eburon  fut  entièrement  ex- 
terminé par  César,  que  plus  tard  les  annules  de  la  nation 
gauloise  furent  brûlés  par  ordre  d'Auguste  ,  que  depuis 
lors  Tongres  fut  incendiée  et  ravagée  par  les  Francs 
en  389 ,  par  les  Alains  et  les  Vandales  en  406 ,  par 
Attila  roi  des  Huns  en  451  ,  par  les  Normands  en  881  , 
par  le  comte  de  Looz  en  1170 ,  par  Henri  duc  de  Brabant 
en  1213,  par  le  duc  d'Albe  en  1568,  par  les  Français 
en  1072  et  1673  ,  et  deux  fois  à  un  mois  d'intervalle  en  1677. 

Si  souvent  relevée  de  ses  cendres  ,  Tongres  ne  pouvait 
conserver  ni  des  documens  relatifs  aux  temps  passés  ,  ni 
même  son  premier  emplacement  :  aussi  l'enceinte  actuelle 


I 


(  483  ) 

sort-elle  en  partie  du  cercle  tracé  par  les  restes  des  an- 
ciens remparts.  Le  sol  même  a  eu  ses  bouleversemens , 
témoin  la  découverte  faite  lorsqu'on  reconstruisit ,  en  1240 , 
la  collégiale  ,  d'une  église  entière  ensevelie  à  quarante 
pieds  de  profondeur.  Il  n'y  a  pas  jusqu'à  la  fontaine  de 
Pline  qui  ne  jaillisse  d'un  endroit  différent  de  celui  qu'elle 
occupait  ;  tant  il  est  vrai  que  ces  lieux  ont  été  le  théâtre 
de  toutes  sortes  d'événemcns  ! 

J.    KiCKX. 


(  484  ) 


NOTICE  CONSACREE  A  RAPPELER  LA  MEMOIRE  ET  LES  DEVOIRS  DE 
JEAN  HENRI  M13SSCHE, 

JÀRDINIER-EH-CHEP    DU  JARDIir    D£    L'UNIVERSITÉ    DE    GA.ND. 


Het  lot  vau  mensch  en  boom,  van  .al  wat  leeft,  is  eéa. 
De  Céder  die  Libaea  met  donkergroeue  kruyuen 

Belommert ,  valt  met  scbroom  ; 
Onsterflyk  in  Homeer,  bloeijtge,  O  Pbéaekscbe  tuynen  , 
En  docb  stierf  elke  boom. 


(  N.  C.  Juvenilia.  ) 


Confrères ,   Amis, 

Dans  cette  terre  froide ,  inanimée  que  la  pelle  ignoble 
d'un  fossoyeur  vient  de  remuer ,  vous  allez  voir  descendre 
ce   qui  nous  reste  d'un  de  nos  plus  vieux  amis  (1). 

C'était  un  simple  jardinier  ;  je  dirai  mieux  ,  et  la  religion, 
présente  à  cette  triste  solennité ,  ne  s'effraiera  pas  du  mot, 

(i)  Une  partie  seulement  de  ce  discours  a  du  être  lue  autour  du 
tombeau  ,  où  à  côté  du  premier  magistrat  de  la  ville  ,  plusieurs  autres 
membres  de  la  régence  et  fonctionnaires  publics  et  plusieurs  vieillards 
étaient  réunis,  qui  tous,  malgré  Tintensité  du  froid  de  décembre ,  assis- 
taient ,  la  tête  découverte ,  à  cette  lugubre  solennité. 

Le  comité  de  rédaction  Am  Messager  li'aL  pas  fait  difliculté  d'autoriser 
le  tirage  d'un  certain  nombre  d'exemplaires  du  discours  avec  le  portrait  et 
la  gravure  du  sarcophage,  que  j'ai  eu  soin  de  repartir  entre  quelques  vieux 
amis  de  M.  Mussche  ,  et  surtout  les  jardiniers  qui  avaient  souscrit, 
•rimporte  le  montant  plus  ou  moins  élevé  de  leur  rétribution.         iS^  C. 


y///r/r  .    fi 


(  485  ) 

c'était  un  disciple  de  Flore,  initié  aux  mystères  de  son 
culte ,  et  sans  doute  vous  vous  altendei  à  ce  qu'appelant 
les  tiopcs  de  la  rhétorique  à  mon  aide,  je  vienne  ici  semer 
des  fleurs ,  et  invoquer  la  déesse  et  ses  nymphes  ;  mais  avant 
tout  un  devoir  plus  sévère  est  venu  nous  rallier  sur  cet  im- 
pitovahle  terrein  ,  qui  ne  rendra  qu'au  dernier  jour  le  dépôt 
que  la  famille ,  l'amitié  et  la  reconnaissance  lui  confient. 
Ce  n'est  donc  pas  ici  du  cyprès  funéraire  qui  ombrageait 
les  tombeaux  des  patriciens  à  Rome  (1),  ni  des  asphodèles  (2) 


(i)  Et  non  plebeios  luctus  testata  Cupressus. 

"  Evfl«  T£  vulùvri  ■^u^cii.  —  Odyss.  XXIV.,  13,  1-4. 

Mais  d'abord,  puisqu'en  style  pathétique  ,  nous  invoquons  si  souvent, 
nous  modernes ,  les  Asphodèles  d'Homère ,  ne  serait-il  pas  permis 
d'examiner  un  moment  quelle  pouvait  être  cette  fleur  classique.  Re- 
marquons avant  tout  que  YcurÇo^eXàv  du  vers  est  un  adjectif  qui  paraît  à 
plusieurs  scoliastes  si  peu  déterminer  le  nom  spécifique  d'une  fleur  , 
que  Samuel  Clarke  et  Ernesti  eux-mêmes  n'ont  pas  hésité  à  traduire  : 
In  herbosum  pratum  ,  uhi  habitant  animœ  ,  sîmiilacra  defunctorum. 
Ce  pourrait  donc  ,  d'après  des  critiques  si  éclairés  ,  n'être  qu'une 
plante  herbacée,  gramlnée,  fourragère,  telles  que  le  Chien-dent,  par 
exemple  ,  ou  le  Tréfile  ;  peut-être  aussi  une  de  ces  fleurs  qui  croissent 
communément  dans  les  prés  Imraides,  et  que  nous  appelons  fort  igno- 
blement des  Pâquerettes,  des  Pattes  d'oie,  des  Queues  de  Souris^  des 
Pissenlits ,  etc.  ,  qui  sait  même  si  l'nne  ou  l'autre  de  ces  plantes  , 
dont  le  nom  grec  originaire  nous  paraîtrait  probablement  fort  sonore , 
si  nous  le  connaissions,  n'a  pas  quelques  titres  à  revendiquer,  comme 
appartenant  à  l'antique  famille  des  Asphodèles  et  comme  étant  chargée 
de  remplir  des  fonctions  mythologiques  ?  Il  est  certainement  bien  avéré 
que  l'Asphodèle  d'Homère  ,  si  toutefois  c'est  le  nom  d'une  plante  qui 
fleurit ,  n'est  pas  plus  l'Asphodèle  de  nos  jardins  ,  que  notre  Jaclntlie  n'est 
r//yflcm/Au5  des  Métamorphoses,  ni  le  ypes^rres  '"iur-Dtèo?  deThéocrite. 
Dodonée  croit  que  ce  dernier  est  le  Delphinium  Aiacis  ;  d'autres 
ont  désigné  le  Glayeul  ;  d'autres  enfin ,  d'autres  fleurs  ;  toutes  ces 
opinions  divergentes  ont  fini  par  me  placer,  moi  aussi  ,  sur  le  terrein 
des  conjectures ,  et  j'ai  eu  la  présomption  de  croire  que  Vllyacinthus 


(  486  ) 

de  la  mythologie ,  que  nos  pieux  souvenirs  entoureront  le 
modeste  sarcophage  de  Mussche  ;  quelques  branches  du 
buis  sacré,  quelques  arbustes,  toujours  verdoyants,  choisis 
dans  son  jardin  et  cidtivés  de  ses  mains  avec  tant  d'amour  , 
conserveront  mieux  à  cette  cérémonie  le  caractère  religieux 
dont  elle  est  empreinte. 

•  0  vous ,  ses  élèves  d'abord  et  bientôt  compagnons  de  ses 
travaux  et  de  ses  succès  ;  vous  qui  vous  serrex ,  affligés  et 
tristes ,  autour  de  moi ,  et  qui  n'avez  ni  l'art  de  feindre  , 
ni  celui  de  cacher  vos  scntimens ,  jardiniers  inlelligens  et 
honnêtes  de  la  ville  de  Gand ,  écoutez-moi  :  je  vais  vous 
parler  une  dernière  fois  de  celui  que  ,  de  commun  accord  , 
vous  vous  êtes  habitués  à  appeler  votre  père  ;  qu'ensuite 
la  tombe ,  bénie  par  les  prières  de  l'église ,  se  referme 
sur  lui  et  que  la  terre  lui  soit  légère  ! 


des  anciens  était  tout  uniment  la  Tulipe,  dont  plusieurs  espèces, 
originaires  de  la  Grèce  et  du  Pont,  contrées  mythologiques  comme  on 
sait,  y  croissent  encore  spontanément,  et  cependant  je  n'ai  nulle  part 
pu  voir  ,  quel  avait  été  le  nom  grec  ni  même  latin,  que  portait  une 
bulbe,  si  commune  et  si  remarquable,  dans  les  auteurs  anciens  tant 
delà  Grèce  que  de  ritalle.  Quant  aux  signes  ai,  ai,  qu'Ovide^it  avoir 
été  inscrits  sur  l'Hyacintlie,  pour  peu  que  le  Botaniste  aussi  ait  la 
robuste  foi  du  Charbonnier  ,  il  saura  bien  les  lire  au  milieu  des  traits 
fantastiques  que  les  pétales  de  la  Tulipe  varient  de  mille  manières.  J'ai 
lu  le  mémoire  que  j'avais  écrit  à  ce  sujet  dans  une  des  séances  de 
la  III. <>  classe  de  l'Institut  Royal  d'Amsterdam  ,  et  l'insertion  dans  les 
annales  en  avait  été  votée;  mais  avant  de  le  donner,  j'avais  demandé 
à  en  faire  une  nouvelle  transcription,  et  entre-temps  la  révolution  étant 
survenue  ,  le  mémoire  n'a  pas  été  renvoyé  ,  ce  qui  fut  pour  moi  un  regret 
bien  vif  et  un  vrai  désappointement,  car  j'eusse  désiré  tenir  encore  par 
cette  commiuilcation  ,  à  une  société,  dans  laquelle  je  comptais  plusieurs 
collègues,  auxquels,  par  mes  doctrines  littéraires  et  par  des  sentimens 
d'amitié ,  j'étais  cxtrômcmeiit  attaché. 

(  Nott;  parUcieliére  N.    C.  ) 


(487) 

Jean  Henri  MussbuE ,  issu  d'une  famille  dhorliculteùrs 
de  près  d'Engliicn  ,  naquit  le  20  juin  1765  à  Gand  (1) , 
où  son  père  devint  jardinier  de  l'évcque,  prince  LoLkowits , 
et  ce  fut  ainsi  qvie  dès  son  enfance ,  il  apprit  ce  que  vers 
cette  époque  et  bien  plus  tard  encore  ,  on  appelait  sans 
dignité  un  métier  de  manœuvre  et  de  journalier. 

Son  père ,  homme  judicieux,  avait  très-bien  entrevu  que 
savoir  grolesquement  et  selon  la  mode  du  temps,  tailler 
l'if  et  le  buis  ,  pourrait  bien  ne  pas  suffire  à  l'instruction 
d'un  jardinier  qui  annonçait  de  l'esprit  et  de  l'intelligence, 
et  aidé  du  patronage  et  même  des  conseils  du  prince- 
évêque,  il  envoya  son  fils  à  l'ermitage  d'Ath,  un  des  pen- 
sionnats les  plus  renommés  du  pays,  vers  1780. 

Mais  l'éducation  pratique  de  Mussclie  encore  enfant  ne  se 
renferme  pas  dans  l'enclos  de  Loochristi ,  où  vers  ce  temps 
la  giroflée  et  le  tournesol,  le  lys  et  la  rose  de  nos  cam- 
pagnards ,  s'entre-disputaicnt  presque  seuls  les  plates-bandes 
de  nos  parterres ,  tandis  que  le  rairte  et  le  laurier ,  l'oranger, 
et  chose  rare  !  quelques  aloës  ,  qui  poussaient ,  disait-on  , 
jusqu'à  cent  ans  avant  de  fleurir ,  dominaient  seuls  à  l'abri 
d'un  hangar  couvert,  destinés  plus  tarda  recevoir  du  jeune 
jardinier  le  baptême  de  Linnée  et  les  noms  patronymiques 
d'une  science  nouvelle. 

Nous  ne  suivrons  l'écolier  imberbe  ni  dans  ses  progrès, 
ni  dans  ses  succès  littéraiics;  ce  qui  est  certain,  c'est 
qu'alors  dans  ce  pensionnat,  ni  dans  aucun  autre,  ni  même 
dans  les  chaires  de  l'université  de  Louvain ,  on  n'enseignait 
encore  les  élémens  de  la  botanique,  élevée  à  la  dignité  de 
science.  Ce  qu'il  apprit  plus  tard ,  il  en  fut  redevable  au 
développement  de  son  esprit ,  à  des  études  soutenues  et 
à  une  circonstance  toute  particulière. 

(i)  Rue  Donkerslege ,  maison  niaïquûc  ii.°  1 1  ,  du  S.'"  IMillot,  coutelier. 


(  488  ) 

Ce  fut  la  fondation  des  écoles  centrales;  à  celte  instiiu-l 
lion  fort  Lien  conçue ,  mais  mal  coordonnée  ,  était  attachée , 
dans  chaque  chef-lieu  des  départemens  ,  celle  d'un  jardin, 
consacré  non  plus  à  la  culture  de  quelques  plantes  mé- 
dicinales et  à  la  connaissance  Lien  équivoque  de  leurs  vertus , 
mais  à  l'étude  physiologique  de  tout  ce  qui  appartenait  au 
règne  végétal ,  et  ce  fut  dans  le  potager  de  l'aLLaye  de 
Baudeloo  que  le  docteur  Bernard  Coppens ,  chargé  de 
l'enseignement  Lotanique ,  planta  ce  jardin  sur  les  dessins 
de  l'architecte  Pisson. 

Le  jeune  Mussche ,  d'aLord  aide-jardinier,  fut  remarqué 
par  son  application  et  par  un  caractère  studieux  qui  le 
portait  naturellement  à  l'oLservation ,  et  ce  fut  Charles 
Van  Hulthem  qui  eut  le  Lonheur  de  deviner  de  quelle 
utilité  les  dispositions  et  l'intelligence  du  jeune  adepte 
pourraient  être  à  l'étaLlissement  naissant. 

Après  la  mort  du  docteur  Coppens ,  ce  furent  le  jar- 
dinier et  son  Mécène  qui  m.irent  la  main  à  l'œuvre ,  et  le 
jardin  fut  organisé.  M.  Van  Hulthem  en  fut  le  père  nour- 
ricier ,  et  c'était ,  sur  toutes  nos  autres  institutions ,  l'enfant 
de  sa  prédilection  ;  il  l'aimait  d'amour  et  il  identifiait  toutes 
ses  sollicitudes  avec  les  premiers  intérêts  d'une  création 
qui  était  toute  nouvelle  eu  Flandre,  et  tandis  que,  dans 
la  plupart  des  autres  départemens  de  la  France,  le  jardin 
Lotanique  s'écroula  avec  les  écoles  centrales  qui  en  avaient 
motivé  la  fondation ,  il  promit  de  prospérer  dans  la  ville 
de  Gand,  par  une  accroissance  rapide  et  inespérée  de 
richesses  et  de  considération. 

Et  cependant  ce  jardin  aussi,  comme  notre  LiLliothèque, 
était  à  la  veille  de  périr,  parce  que  la  suppression  de 
l'école  centrale  semLlait  devoir  entraîner  celle  des  cours 
spéciaux  d'enseignement,  et  sans  doute  le  refus  dessuLsides 
d'entretien.  Bientôt  Flore  allait  descendre  de  son  piédestal 
et  ses  nymphes  humiliées  rouvrir  la  porte  au  chou ,  à  la 
Letleravc  et  à  la  scorsonnère. 


(  489  ) 

Plusieurs  parmi  vous,  mes  confrères,  peuvent  se  rap- 
peler encore  quelle  heureuse  idée ,  ceux  d'entre  nous  qui 
cultivent  aussi  les  fleurs  classiques  de  la  littérature  des 
anciens ,  suggérèrent  à  notre  ingénieux  jardinier  :  celle 
d'intéresser  à  la  conservation  du  jardin ,  la  sollicitude  de 
Madame  Bonaparte ,  et  c'était  bien  là  aussi  un  nom  his- 
torique dans  les  annales  de  l'horticulture. 

A  celte  époque,  le  premier  Consul  et  son  épouse  étaient 
venus  voir  les  provinces  belges  réunies  à  la  France,  et 
lorsqu'avant  le  lever  du  soleil ,  déjà  Bonaparte  à  cheval , 
parcourant  rapidement  et  à  de  grandes  distances ,  toute 
l'étendue  du  département  de  l'Escaut ,  assignait  à  tel  point 
une  forteresse,  à  tel  autre  un  port,  ici  un  canal  mari- 
time ,  là  des  chaussées ,  Madame  Bonaparte ,  fidèle  à  ses 
éludes  et  à  ses  goûts  de  la  Malmaison ,  vint  se  délasser 
de  sa  grandeur  toute  neuve  et  se  reposer  dans  notre  jardin. 

L'idée  nous  vint  de  personnifier  les  arbres  et  les  fleurs, 
et  après  les  avoir  doués  de  la  parole,  comme  l'avaient 
été  les  Dryades  de  la  mythologie  ,  nous  leur  confiâmes  le 
soin  de  plaider  leur  propre  cause  devant  une  personne 
toute  puissante  alors  sur  l'esprit  du  premier  Consul.  Les 
plantes  parlèrent ,  mais  par  un  calcul  qui ,  comme  on  le 
verra ,  n'avait  rien  de  pédantesque ,  et  que  le  résultat 
prouva  n'avoir  pas  été  mal-adroit ,  leur  voix  suppliante 
s'exprimait  en  latin  : 


Cui  me  moribundara  deseris  ,  hospcs  ? 


Virg.  JEv.  IV. 


pouvait-cllc  lire  sur  la  première  caisse  qui  se  présenta  : 
c'était  un  Bananier  de  la  même  espèce  que  les  serres  de 
la  Malmaison  venaient  d'en  perdre  un  à  une  époque  où 
l(!s  individus  de  cette  tribu  étaient  rares  encore;  l'eflet 
que  cette  vue  devait  produire  était  calculé  :  u  Voilà  ma 

34 


(  490  ) 

pauvre  Héliconia  Bihai  !  s'écria  comme  involontairement 
Madame  Bonaparte  :  M.  Van  Hullhem ,  qui  allait  souvent 
à  la  Malraaison  ,  connaissait  celte  circonstance  ;  Musschc 
tourna  la  caisse  sur  son  pivot ,  et  le  noble  végétal  s'adres- 
sant  à  Joséphine  lui  dit  : 

«  Sauvez  THéliconia  Bihai ,  trop  heureuse  si  elle  peut 
aller  remplacer  une  de  ses  sœurs  parmi  les  piailles  de 
la  Malmaison  !  » 

Et  31.  le  baron  Baut ,  au  nom  des  trois  curateurs 
du  jardin  ,  prit  la  parole  :  «  Vous  ne  refuserez  pas , 
Madame ,  lui  dit-il ,  d'accueillir  la  prière  d'un  arbre  de  la 
famille  des  Muses  (1).  » 

Devant  la  porte  de  l'orangerie  ,  Mussche  avait  transporté 
un  autre  groupe  de  végétaux  exotiques,  un  Borassus  fla- 
helliformis  et  un  Chamœrops  humilis ,  à  la  tête  ; 

Ave  !....  morituri  te  salutant , 

semblaient  dire  ces  deux  arbres ,  et  le  premier  rappelait 
avec  reconnaissance  qu'il  avait  été  cultivé  par  un  protec- 
teur spécial  de  la  botanique,  et  de  tous  les  arts,  Mgr. 
l'évèque  Triest ,  dans  la  petite  F'illa  (2) ,  où  cet  opulent 


(i)  Musa,  est  le  nom  de  plusieurs  Bananiers,  et  vient,  dit-on,  de 
celui  d'un  médecin  d'Auguste.  M.  Baut  probablement  ne  voulait  faire 
qu'un  jeu  de  mots ,  qui  fut  à  la  portée  de    Madame  Bonaparte. 

A  l'époque  de  renfance  du  jardin  ,  les  premiers  curateurs  furent 
M.  Diericx  ,  connu  par  plusieurs  ouvrages  et  reclierclies  historiques, 
M.  Jacq.  Van  de  Woestyne  ,  longtemps  président  de  la  Société  Bota- 
nique, et  M.  le  baron  Baut  de  Basmon  dont  le  nom  sera  encore  rappelé 
ci-après.  M.  Van  Ilultliem ,  vers  ce  même  temps,  siégeait  au  conseil 
des  cinq-cents  et  ensuite  au  tribunal. 

(s)  M.  Ch.  Ongliena  a  fait  un  joli  dessin  colorié,  de  cette  Villa  ,  dont 
les  allées  toutes  bordées  par  des  plates-bandes,  étaient  régulièrement 
allignées  j  mais  il  y  avait  aussi  une  orangerie  et  des  conservatoires 
pour  des  plantes  exotiques.  Ce  jardin  et  la  maison,  dont  on  croit  voir 


(  491  ) 

et  généreux  prélat  aimait  à  se  délasser  des  soins  graves 
de  1  episcopat ,  en  cultivant  ses  fleurs.  Le  Chamœrops 
rappelait  avec  bien  plus  d'orgueil  encore,  que  déjà  en  1599, 
il  avait  fait  partie  des  arbres  exotiques  que  les  Infans 
Albert  et  Isabelle  avaient  importés  dans  la  Belgique ,  et 
donnés  à  l'abbaye  d'Eenaeme  ,  d'où  il  fut  récemment  et 
après  deux  siècles ,  transporté  dans  le  nouveau  jardin.  Ce 
Nestor  séculaire  du  règne  végétal  demandait  aussi  la  con- 
servation d'un  asyle  pendant  ses  derniers  jours  (1). 

M.  Van  Hultbem ,  constamment  à  côté  de  Joséphine , 
aimait  à  étaler  les  trésors  de  sa  mémoire  et  de  son  éru- 
dition non  moins  fleurie  qu'étendue ,  en  traduisant  les 
inscriptions  latines ,  et  en  expliquant  avec  chaleur  les  traits 
d'histoire  et  de  poésie  qui  en  provoquaient  l'application 
au  sort  de  toute  une  population  végétale,  condamnée  à 
être  vendue  aux  enchères  publiques  ou  à  mourir  comme 
les  esclaves  de  la  Rome  des  Césars. 


encore  quelques  vestiges  dans  la  blanchisserie  de  M.  De  Béer,  à  Ac- 
kerghem ,  parait  avoir  été  envahie  par  divers  embranchemens  de  la 
Lys  dans  l'intérêt  de  la  fabrique  ;  la  petite  campagne  s'appelait  alors 
le  Belvédère ,  dénomination  très-commune  à  cette  époque.  Le  sens  de 
ce  nom  même  a  péri ,  mais  du  moins  la  racine  s'en  conserve ,  puisque 
cette  fabrique  est  encore  vulgairement  connue  par  le  nom  de  Belle  fidèle. 
(i)  Ce  vieil  arbre  mourut  en  i8i4,  Tannée  même  où  la  Belgique 
allait  passer  à  la  dynastie  d'Orange  Nassau.  M.  Yan  Hulthem  ,  en  faisaiit 
part  de  cette  circonstance  au  roi  des  Pays-Bas,  lui  suggéra  l'idée  de 
consacrer  l'existence  séculaire  de  ce  Chamœrops,  en  faisant  faire  l'ac- 
quisition de  deux  autres  de  la  niùme  famille,  exposés  en  vente  à  la 
maison  mortuaire  de  l'abbé  "N'erdonckj  le  prince  comprit  ce  que  cette 
idée  avait  de  libéral,  et  c'est  de  cette  vente  que  proviennent  les  deux 
individus  qui  vivent  actuellement  au  jardin.  Une  inscription  sur  une 
des  caisses  rappelait  l'ancienne  donation  et  la  nouvelle  ;  la  peur ,  qui 
n'est  pas  toujours  mauvaise  conseillère ,  l'a  fait  effacer  pendant  les 
jours  d'effervescence  de  i83i.  Un  teni[)s  plus  calme  permettia  sans 
doute  de  la  restituer  à  ce  végétal  historique. 


(  492  ) 

Elle  sourit  plus  d'une  fois ,  celle  honne  et  bienfaisante 
éjîouse  du  premier  Consul ,  et  parut  très-bien  comprendre  le 
sens  et  le  but  du  langage  de  ces  fleurs;  et  témoins  de  celte 
scène  fort  bien  jouée,  les  curateurs  du  jardin  recueillirent 
bientôt  avec  reconnaissance,  de  la  bouche  même  de 
Joséphine ,  ces  mots  rassurants  :  «  Calmez-vous ,  mon 
»  cher  M.  Van  Hulthem,  et  comptez  que  si  j'y  puis  quelque 
))  chose,  ce  beau  jardin  sera  maintenu,  et  mes  Nymphes, 
»  comme  vous  les  appelez,  ne  mourront  pas  ». 

Le  jardin  fut  conservé.  Déjà,  pendant  les  quatre  pre- 
mières années  qui  précédèrent  la  période  consulaire ,  il 
avait  mérité  de  compter  au  nombre  de  ses  bienfaiteurs , 
les  propriétaires  des  deux  colonies  florales ,  qui  seules  dans 
notre  province  pouvaient  alors  donner  quelque  idée  de  la 
richesse  variée  de  cette  Flore  des  diverses  zones  de  l'Amé- 
rique ,  qui  plus  tard  devait  successivement  nous  faire  con- 
naître tous  ses  trésors  (1). 

Parmi  les  hommes  instruits  qui  avaient  concouru  à  or- 
ganiser l'enseignement  de  la  science ,  nous  rencontrons  le 
nom  d'un  Suédois  savant,  le  disciple  et  l'ami  du  grand 
Linnée  qui,  le  premier  après  le  docteur  Coppcns,  prononça 


(i)  Ces  deux  jardins  ,  l'un  et  l'autre  à  Wetteren ,  sur  les  bords  de 
l'Escaut,  étaient  celui  de  feu  M.  Hopsomere,  consacré  presque  sans 
exceplion  aux  arbustes  de  l'Amérique  septentrionale,  à  cette  époque 
tout  nouveaux  pour  notre  continent,  et  celui  de  Madame  la  comtesse 
Vilain  XIIII,  ce  dernier  ,  embelli  d'un  vaste  château,  qui  communi- 
quant avec  des  serres,  une  orangerie  et  une  volière  magnifique,  réunit 
les  agrémeiis  d'un  grand  jardin  anglais  à  ce  que  les  Villas  d'Italie 
oITrent  de  somptueux.  Depuis  le  décès  de  Madame  Yilain  XIIII,  cette 
belle  campagne  n'a  pas  été  occupée,  et  sans  doute  ce  qui  concerne 
riiorticulturc  doit  y  être  négligé,  depuis  que  son  fds  unique,  bourg- 
mestre de  Wetteren,  s'est  fait  construire,  non  loin  de  là,  une  autre 
habitation,  non  moins  comJorlaLle ,  quoique  sur  une  échelle  moins 
étendue. 


(  493  ) 

dans  un  cours  public  le  nom  et  dirigea  la  classification 
des  plantes ,  d'après  le  système  de  son  illustre  maître.  Un 
ecclésiastique,  l'aLbé  Verdonk,  vieillard  instruit,  et  qui 
cultivait  avec  soin  quelques  plantes  exotiques  ,  les  par- 
tagea avec  nous,  et  l'homme  de  goût,  l'écrivain  élégant, 
le  botaniste  éclairé  qui  traça  et  planta  les  jardins  de  sa 
somptueuse  Filla  de  Wannegliem ,  fut  inscrit  un  des  pre- 
miers dans  VAlhum   de  nos  bienfaiteurs  (1). 

M.  le  docteur  Kluyskens  ,  bien  jeune  alors ,  succéda  à 
M.  Bernard  Coppens,    décédé  en  1801,    et   professa   la 
botanique  jusqu'au  moment  de  la  suppression  de  l'école 
centrale ,  en  1804.  Rivaux,  et  non  pas  envieux  de  Mussche, 
attentifs  à  épier  sa  marche  et  à  calculer  ses  succès ,  d'autres 
jardiniers,  déjà  cultivateurs  intelligents,  mais  non  pas  initiés 
aux   mystères   de  la  science  ,  se  modelèrent   sur    lui  et 
se  formèrent.  Partout  les  propriétaires  opulens,  les  heureux 
de  la  terre,  comme   vous   les  appelez,  Vous   jardiniers, 
Vous  hommes    du   peuple  qui  vivez    du    travail  de  vos 
mains  ,  comprirent    combien    cultiver  les  plantes  exoti- 
ques  et  les  acclimater  ,  peut  ajouter  aux  jouissances  de 
la  vie   privée,    surtout  à  la  campagne;  et,  comme  par 
enchantement,   des   centaines  de    serres    et  d'orangeries 
s'élevèrent  dans    les  communes  autour  de  la  métropole  : 
vous  en  ressentiez ,  Vous,  les  premiers  bienfaits ,  car  toutes 
ces  fleurs  qui  formèrent  le  noyau  de  la  population  de  ces 
nouvelles  colonies  furent  choisies  dans  vos  collections,  et 
ce  fut  ainsi  que  des  jours  de  prospérité  et  d'aisance  com- 
mencèrent à  réjouir   vos  modestes  familles. 

Cet  accroissement  de   pépinières  d'horticulture  ,  dissé- 
minées dans  notre   Flandre ,    reçut  bientôt   une  nouvelle 


(i)  M.  le  baron  Baut  de  Rasmon.  tl  est  l'auteur  d'un  commentaire 
et  de  notes  non  moins  savantes  que  remplies  de  goût  sur  le  Poème 
des   yergers,  par  Fontancs,  dont  il  soigna    la  réimpression  à  Gand. 


(  494  ) 

importance  par  la  création  de  la  Société  Botanique ,  qui 
fut  instituée  en  1809  à  Gand,  et  dont  les  salons  d'expo- 
sition furent  successivement  imités  sur  une  échelle  plus 
ou  moins  large ,  dans  plusieurs  autres  villes  et  communes 
belges ,  et  plus  tard  en  Hollande ,  en  France ,  en  Angleterre 
et  même  aux  Etats-Unis  d'Amérique. 

Ce  dût  être  pour  Mussclie  surtout ,  une  bien  douce 
satisfaction  de  voir  que  l'utilité  de  ce  qui  n'était  naguère 
qu'un  métier,  ainsi  que  les  produits  de  la  bêche  et  du 
greffoir ,  commençaient  à  être  appréciés ,  et  que  dans  les 
banquets  de  la  société,  le  modeste  jardinier ,  assis  à  côté 
des  premiers  magistrats  de  la  province  et  des  communes , 
semblait  ces  jours  là ,  recevoir  l'hommage  de  son  ancien 
seigneur ,  dont  il  avait  élevé  la  Camellie  et  le  Limodore 
qui  venaient  d'être  couronnées  dans  le  concours. 

Les  rangs  de  ces  premiers  apôtres  de  Flore  ,  dont  Mussche 
lui-même  me  dicta  ,  en  1817  ,  les  noms  et  les  titres 
méritoires  (1),  ont  été  bien  éclaircis  depuis  1809,  et  bien 
plus  sensiblement  encore  depuis  cette  période  jusqu'à  nos 
jours  !  déjà  le  vieux  Van  Cassel ,  un  des  plus  anciens 
patriarches  de  la  floricullure,  avait  précédé  Mussche  dans 
le  tombeau  ;  tous  nous  les  suivrons  dans  ce  dernier  asyle ,  qui 
plus  tôt,  qui  plus  tard;  nous  qu'un  âge  plus  avancé  et  déjà 
ses  infirmités  menacent  de  plus  près ,  et  vous  ,  qui  jeunes 
encore ,  semant  des  lys  et  des  roses  sous  vos  pas ,  arrosez 
les  platanes  qui ,  vous  aimez  du  moins  à  l'espérer ,  réuni- 


(i)  V.  La  notice  historique  qui  précède  VHortus  Gandavensls  que 
]M.  Mussche  dédia  au  roi  et  fit  imprimer  en  1817.  Cette  notice  con- 
tient une  nomenclature  consciencieusement  exacte  de  ceux  qui  ,  par 
leurs  bienfaits,  avaient  contribué   à  enrichir  le  jardin. 


(  495  ) 

ront  un  jour ,  voire  heureuse  famille  et  vous ,  sous  leur 
ombrage.  Ecoulez  la  voix  du  poète  : 

Linquenda  tellus  ,  et  domus  ,  et  placens 
Uxor ,  neque  harum ,  quas  colis ,  arborum 
Te ,  praeter  invisas  cupressos  , 

Ulla  brevem  dominum  sequetur  (i). 

Mais  au  moins  est -il  doux  de  voir  encore  se  grouper 
ici ,  autour  des  magistrats ,  respectueusement  découverts 
cl  inclinés  devant  cette  tombe ,  un  si  grand  nombre  de 
ces  vétérans  de  la  culture  pratique  ,  MM.  Lanckman  , 
Verleemven,Willems,  Verscbaffelt,  L.  Myncke,  Van  Damme, 
Spae ,  et  déjà  au  milieu  de  ces  anciens ,  signalés  par 
leurs  clievrons ,  la  nombreuse  pépinière  de  leurs  enfants 
et  de  leurs  petits-enfants ,  déjà  tous  armés  de  la  bêche 
et  conscrits  au  service  de  Flore. 

Nous  voici  à  la  période  de  1815  ,  qui  ne  s'ouvrit  pas 
sous  des  auspices  moins  heureux.  Déjà  sous  l'empire  de 
Napoléon ,  un  sentiment  d'affection  et  de  sympathie  avait 
attaché  les  frères  Thouin  du  Jardin  des  Plantes  de  Paris , 
au  Jardin  de  Gand  et  à  son  directeur;  c'était  des  deux 
côtés  un  échange  continuel  de  graines  et  de  plantes,  et 
cependant  ils  ne  s'étaient  jamais  vus. 

En  1815  ,  une  ère  toute  nouvelle  se  présenta  pour  notre 
institution.  La  bienveillance  des  ministres  des  Etats-Unis  de 
l'Amérique  au  congrès  de  Gand ,  nous  autorisa  à  ouvrir 
de  grandes  communications  avec  les  botanistes  de  cette 
partie  d'un  autre  hémisphère. 

Par  nos  relations  avec  lord  3Ioira  ,  gouverneur-général 
des  Indes  britanniques  dans  l'Asie,  deux  illustres  botano- 
graphes ,  le  docteur  Wallich  et  Broager,  nous  firent  con- 


(i)  HoR.  Lyr.  ii.   i^. 


(  ^96  ) 

naître  plusieurs  végétaux  du  midi  de  l'Indostan;  d'autres, 
toul-à-fait  inconnus  du  Thibct  et  du  Népa^vl  (1). 

Un  religieux ,  don  Léandro  ,  savant  professeur  de  Rio- 
Janeiro  ,  nous  devint  connu  par  l'intermédiaire  du  jiro— 
fesseur  Sommé ,  d'Anvers ,  et  les  végétaux  du  Brésil  vinrent 
doter  et  étonner  nos  serres. 

Mais  voici  que  le  gouvernement  des  Pays-Bas  ouvre 
une  cinquième  partie  du  monde  et  tout  l'archipel  de  la 
Sonde ,  la  Chine  ,  le  Japon ,  aux  communications  de  la 
science;  de  savants  Hollandais  et  Belges  vont  explorer  la 
Flore  de  l'Australasie.  Les  belles  familles  des  Myrtacées , 
des  Prêtées ,  des  Mimoses ,  des  Epacrides ,  et  toutes  ces 
fleurs  qui  par  leur  nom  si  sonore,  semblent  trahir  une 
origine  grecque  ,  à  l'exception  seule  de  celui  que  la  recon- 
naissance à  imposé  à  la  Banksia  (2);  mille  autres  encore  , 
non  moins  anomales  par  leur  port  et  leur  floraison  que 
par  leurs  mœurs  et  leurs  habitudes ,  viennent  successive- 
ment enrichir  et  compléter  nos  conservatoires. 

A  cette  époque  se  rattachent  nos  premières  communi- 
cations avec  le  baron  Van  de  Capelle  ,  gouverneur-général 
des  Indes  néerlandaises ,  avec  le  professeur  Reinuardt ,  et 


(i)  M.  le  docteur Reynler  de  Vos,  de  Middelbourg  ,  établi  au  comp- 
toir hollandais  de  Chinsurah ,  se  rendit  envers  lord  Moira ,  l'interprète 
de  la  reconnaissance  de  la  société ,  en  lui  présentant  en*  son  nom  et 
en  échange  de  ses  bienfaits,  une  collection  de  graines  de  nos  plantes 
légumineuses  ,   farineuses  et  fourragères. 

(2)  J'en  ai  fait  encore  ailleurs  l'observation.  Les  botanographes  qui  ont 
donné  aux  végétaux  de  la  Nouvelle-Hollande,  des  noms  scientifiques, 
n'en  ont  guère  donné  de  ceux  qui,  comme  sous  d'autres  zones  loin- 
taines ,  rappellent  quelques  noms  propres.  On  peut  citer  pour  exemple 
les  Mélaleuca,    les  Métrosidéros ,  les  Eucalyptus,    les    Lcplospermum. 


(  497  ) 

le  colonel  Paravicini ,  dans  l'île  de  Java  môme  (1),  le 
docteur  von  Sieboldt  au  Japon  et  le  vice-consul  de  Macao, 
en  Chine  ;  et  comme  déjà  le  Brésil  nous  avait  fait  con- 
naître ses  Cacloïdes  et  ses  Passiflores ,  l'Amérique  du  nord 
ses  Rhodores ,  ses  Ralmies  et  ses  Magnolicrs ,  le  Cap  ses 
immenses  et  capricieuses  tribus  de  Bruyères  et  de  Pelargô- 
nes ,  de  nouvelles  espèces  de  Roses  aux  couleurs  brillantes  et 
au  feuillage  élégant ,  viendront  aussi  se  porter  du  Bengale ,  et 
se  mêler  aux  Roses  mythologiques  et  odorantes  de  nos 
parterres  ;  Sieboldt  viendra  nous  montrer  de  nouveaux  Lys 
et  d'autres  rejetons  de  la  belle  et  bizarre  famille  des  Orchi- 
dées (2);  la  Camellia  et  celte  Dahlia  qui  serait  la  reine 
de  l'empire  de  Flore  sous  les  tropiques ,  si ,  plus  belle  que 
la  Rose,  elle  en  avait  le  parfum;  des  milliers  d'autres  fleurs, 
sans  noms  encore  ,  s'acclimateront  et  se  multiplieront  dans 


(i)  Une  collection  de  graines  légumineuses,  pareille  à  celle  qui 
avait  été  envoyée  à  Lord  Moira ,  fut  envoyée  au  gouverneur-général 
par  les  soins  de  la  régence,  et  sous  la  surveillance  de  M.  le  comte 
d'Exaerde  agronome  expérimenté. 

(2)  Une  partie  de  cette  collection  avait  été  confiée,  en  i83o,  par  le 
docteur  Von  Sieboldt  lui-même  à  feu  M.  Mussclie;  dans  ce  nombre  se 
trouvent  des  lillacécs  magnifiques  qui  ont  Henri  depuis  i83o,  et  que 
M.  Morrenj  professeur  de  botanique  de  l'université  ,  a  savamment  décrits  , 
dessinés  et  fait  graver  dans  V liorticuleur  belge;  il  paraît  que  plu- 
sieurs bulbes  ont  dû  ctre  arracliées  pendant  une  période  assez  longue, 
quand  la  maladie  de  Mussclie  rempccliait  de  veiller  à  la  conservation 
de  ces  plantes  dont  il  était  facile  de  soustraire  quelques  caïeux  qui 
circulent  aujourd'hui,  dit-on  ,  et  même  se  répandent  dans  le  commerce. 
Il  sera  diflicilc  d'arriver  à  la  source  de  cette  infidélité,  et  le  caractère 
honorable  et  à  grandes  vues  de  M.  Von  Sieboldt,  le  j)ortera  à  d'autant 
plus  d'indulgence  que  la  multiplication  môme  de  ces  ileurs,  sur  le  con- 
tinent de  l'Europe,  entrait  dans  les  vues  qu'il  avait  en  les  y  intro- 
duisant. 11  est  juste  de  dire  aussi  que  Mussclie  lui-même,  dans  des  vues 
utiles  et  honorables  ,  avait  donné  tel  de  ces  caïeux  à  des  jardiniers  dont 
il  savait   apprécier  rinlclligcnlu  culture. 


(  498  ) 

nos  jardins ,  où  elles  brilleront  nombreuses  comme  les 
étoiles  du  firmament  :  colifichets  admirables  de  la  création 
pour  notre  friyolité ,  sujets  de  méditations  profondes 
aux  yeux  de  la  philosophie ,  elles  sont  pour  la  jouissance 
de  nos  sens  et  pour  l'ornement  de  nos  jardins,  ce  que  ce 
noble  Solanée,  cette  pomme -de-terre,  cet  autre  bienfait 
de  la  providence,  est  pour  la  nourriture  du  pauvre  et  la 
richesse  de  nos  campagnes.... 

Mais  j'oublie  que  nous  sommes  autour  d'une  terre  aride  et 
stérile,  d'une  tombe  avare;  parlons  une  dernière  fois  du 
jardinier ,  et  rappelons  combien ,  dans  une  position ,  si 
humble  avant  lui ,  il  sut  s'élever  à  l'estime  et  à  la  con- 
fiance des  hommes  que  leur  position  ou  leur  grande 
science,  plaçait  au-dessus  de  lui. 

Je  vous  ai  déjà  nommé  plusieurs  botanographes  et  hor- 
ticulteurs ,  dont  les  noms  sont  renommés  ;  rappelons-nous 
encore  le  célèbre  de  Candolle  et  plus  tard  M.  Bory  de 
Saint-Vincent;  je  nommerai  ensuite  le  prince  de  Salm-Dyck 
qui  dota  notre  jardin  d'une  riche  collection  de  Stapelias, 
et  de  Mésembryanthcmes ,  et  importa  dans  notre  ville 
cet  élégant  Cactoïde,  que  notre  culture  a  si  bien  réussi 
à  multiplier  (1);  il  faudrait  distinguer  encore  le  conseiller 
d'état,  feu  M.  Membrede ,  qui  partagea  avec  nous  les 
Saules  de  ses  jardins  d'Albeeck,  MM.  Verlat  et  Plasschaert, 
de  Wespelaer,  M3I.  Smcdt,  de  Deurne,  et  le  baron 
Du  Bois ,  de  Nevele  ,  ou  mieux  encore  leurs  iutelligens 
jardiniers,  Donckelaer  et  Van  den  Berghe.... 

Je  n'oublierai  pas  cependant  de  désigner  encore  au  nombre 
de  ces  protecteurs,  un  nom  illustre,  celui  de  S.  A.  R.  feu 


(2)  Cactus  speciosus.  M.  de  Salm,  membre  à  ceUe  époque  de  la 
chambre  des  dqiutés  pour  le  département  de  la  Roër,  faisait  partie 
de  la  dcputatioji  qui  était  aller  complimenter  le  roi  Joseph  à  Madrid , 
tt  ce  beau  végétal  accompagna  sou  retour. 


(  499  ) 

le  prince  Auguste,  Grand  Duc  de  Saxe  Weyraar;  combien 
d'heures  n'est-il  pas  venu  passer  avec  Mussche  qui  le  re- 
cevait tout  en  travaillant  dans  ses  serres  (1)  ?  on  eut  dit  que 
ce  noble  ami  de  Goethe  ne  se  rendait  quelquefois  au  milieu 
de  nous  que  pour  y  partager  avant  tout  l'affection  de  ses 
enfans  et  de  son  illustre  famille,  et  pour  ajouter  ensuite 
à  ses  jouissances,  les  inslans  qu'il  pomait  consacrer  à 
voir  les  travaux  de  Mussche  et  à  encourager  les  succès  de 
son  habile  expérience. 

Jardinier  avant  tout  autre  devoir ,  et  toujours  armé  de 
la  serpette  ,  Mussche  portait  avec  orgueil  le  tablier  et  le 
costume  oblige  de  sa  profession  ;  il  ne  le  quitta  quelquefois 
que  pour  se  mettre  à  la  table  des  princes  et  des  grands; 
car  lui  aussi,  il  jouit  de  ce  qu'Horace,  courtisan  d'Auguste, 
appelle,  (et  il  n'en  est  pas  toujours  ainsi),  un  bonheur! 
Il  sut  se  faire  estimer  des  hommes  que  leur  célébrité 
scientifique  et  leur  haute  position  sociale,  recommandent 
au  respect  ;  disons  mieux  :  son  mérite  et  les  services  qu'il 
rendit  furent  appréciés;  et  sous  ce  rapport  seul,  le  vers 
du  poète  est  un  éloge  pour  cet  homme  d'ailleurs  si  modeste  : 

Prlncipibus  placuisse  viris ,  non  ultima  laus  est. 

Ce  mérite,  ces  services  ne  purent  pas  échapper  non  plus 
à  l'équité  de  l'administration  municipale,  ni  à  la  gratitude 
spéciale  de  la  Société  Botanique,  et  plus  d'une  fois  leur 
munificence  encouragea  le  laborieux  jardinier,  en  con- 
sacrant son  nom  sur  un  médaillon  d'or  ,  solennellement 
décerné  et  remis  (2). 


(i)  Ce  souverain  avait  une  estime  toute  particulière  pour  notre  jar- 
dinier, qui  conservait  précieusement  une  boîte  d'or  avec  le  chilfre  du 
prince  et  une   médaille  d'or  à  son  effigie. 

(u)  Une  empreinte  gravée  au  burin  de  ces  médaillons,  est  déposée  au 
caLinet  des  médailles  de  l'université. 


(  500  ) 

Le  roi  des  Pays-Bas  aussi  n'a  pas  cru  devoir  passer  sur 
notre  jardin ,  sans  y  laisser  des  traces  de  sa  satisfaction  ; 
il  récompensa  l'activité  de  Mussche,  en  lui  promettant 
la  constrution  de  nouvelles  serres  et  d'une  orangerie  (1)  et  son 
désintéressement ,  en  l'aggrégeant  à  l'ordre  du  Lion  Belgique, 
et  en  le  dotant  ainsi  d'une  augmentation  annuelle  de  sub- 
sides. Ce  nom  de  frère  parut  honorable  à  notre  modeste 
jardinier.  Jamais,  en  effet,  ce  titre  ne  fut  prodigué,  et 
chaque  fois  il  fut  la  récompense  d'une  action  vertueuse  ou 
courageuse,  ou  d'un  mérite  spécial  (A). 

Mais  voici  que  nous  avançons  rapidement  vers  le  terme 
que  la  providence  avait  marqué  aux  jours  de  Mussche. 
Depuis  trois  ans  sa  santé  ,  minée  en  grande  partie  par 
des  travaux  assidus ,  et  par  un  passage  continuel  de  la  tem- 
pérature des  serres  à  celle  de  l'air  libre ,  déclinait  visible- 
ment et  des  intermittences  de  meilleur  augure  pouvaient 
seules  encore  donner  quelque  lueur  d'espoir.  Mais  quand 
tous  ses  amis  (2)  voyaient  combien  son  énergie  et  cette 
active  surveillance  qu'il  avait  toujours  exercée  sur  les  serres 
et  les  collections ,  s'était  affaiblie ,  seul  il  paraissait  ne  pas 
croire  au  déclin  de  ses  forces  physiques  et  morales  ;  en 
1832,  il  perdit ,   —  nous  perdîmes  tous  —  M.   Charles 


(i)  L'orangerie  seule ,  bàtîe  sur  une  vaste  échelle  et  dans  un  style 
sévère,  sur  les  dessins  de  l'architecte  L.  Roelandt,  put  être  achevée 
et  le  fut  en  1829. 

(A)  On  est  prié  de  recourir  à  une  note  imprimée  à  la  fin  de  cette 
notice. 

(2)  M.  Mussche  avait  des  amis  d'enfance  et  de  jeunesse ,  et  il  méri- 
tait d'en  avoir  :  ce  serait  chose  oiseuse  de  les  nommer  ;  si  je  me  fais  uu 
devoir  de  citer  plus  particulièrement  M.  le  greffier  Jlaelsackc  ,  c'est  qu'il 
fut  un  des  premiers  promoteurs  et  signataires  pour  la  construction 
du  sarcophage  monumeiilal  qui  a  été  élevé  à  la  mémoire  de  son  ami , 
et  que  c'est  de  lui  que  je  tiens  plusieurs  détails  particuliers  dont  j'ai 
fait  usage.  (  N.  C.  ). 


(501  ) 

Van  Hulthcm,  son 'protecteur  pendant  sa  jeunesse,  son 
conseil  et  son  guide  dans  un  âge  plus  avancé,  son  ami 
pendant  sa  vie  entière.  Cette  perte  inopinée,  irréparable 
pour  nous  tous ,  agit  bien  plus  douloufeusement  encore 
sur  les  sens   affaiblis  et  sur  l'esprit  de  Mussche. 

Le  jardin  reçut  en  1834  la  visite  du  roi  et  de  la  reine  des 
Belges ,  qui  examinèrent  avec  le  plus  vif  intérêt  les  col- 
lections botaniques,  et  des  expressions  de  bienveillance 
encouragèrent  le  jardinier  qui  en  éprouva  quelque  soula- 
sement  à  l'état  habituel  de  ses  souffrances ,  surtout  en 
remarquant  que  le  prince  n'était  pas  étranger  à  la  science 
même,  et  ce  sentiment  de  satisfaction  que  Mussche  ma- 
nifesta ,  était  entièrement  dirigé  ,  non  pas  dans  son  intérêt 
privé ,  mais  dans  celui  du  jardin.  «  Cela  nous  vaudra,  chsait-il 
»  avec  naïveté ,  l'achèvement  de  nos  serres  » .  Il  aimait 
surtout  à  en  conclure  que  le  roi ,  par  cela  seul  que  S.  M. 
avait  apprécié  la  richesse  de  la  collection ,  aurait  continué 
sa  protection  à  cet  établissement,  menacé  en  effet,  parle 
décret  du  16  décembre  1830,  qui  ordonna,  dans  l'uni- 
versité de  Gand,  la  suppression  de  la  faculté  des  sciences 
à  laquelle  il  appartient. 

Puisse  ce  prince,  si  des  paroles  prononcées  sur  une 
tombe  peuvent  avoir  accès  dans  un  palais ,  recueillir  ce 
dernier  vœu  d'un  mourant ,  et  répandre  aussi  ses  bienfaits 
sur  cette  belle  institution ,  mère  et  modèle  de  tant  d'autres 
dans  notre  patrie  ! 

Quelques  mots  encore  :  plus  heureux  que  M.  Van  Hulthera , 
Mussche  vécut  assez  longtemps  pour  avoir  pu  admirer  la 
magnificence  de  notre  salon-jubilaire ,  —  de  ce  salon  qui 
ne  se  rouvrira  jamais ,  aussi  superbe  ,  aussi  gracieux ,  par 
une  réunion  aussi  nombreuse  et  aussi  rare  de  fleurs , 
accourues  de  toutes  les  zones  de  la  terre ,  pour  y  disputer 
la  pomme  décernée  à  la  plus  belle  ! 

Il  s'y  fil  conduire  mourant  ;  nommé  un  des  juges  du 


(  502  ) 

concours,  il  vint  un  instant  se  mêler  parmi  ses  Pairs  y 
tous  maîtres  dans  la  science  botanique  ou  dans  l'horticul- 
ture, qui  l'accueillirent  avec  respect;  mais  trop  affaibli  il 
s'abstint  de  voter. 

Il  s'était  seulement  laissé  entraîner  à  l'espoir  de  voir 
et  de  saluer  une  dernière  fois  les  fleurs ,  ces  agens  parés 
et  mystérieux  des  amours  et  des  noces  de  la  plante ,  ces 
fleurs  au  milieu  desquelles  il  avait  passé  sa  vie ,  tout  entier 
à  leur  culte,  occupé  de  leurs  sympathies  et  de  leurs  af- 
fections, étudiant  leurs  goûts  et  leurs  mœurs,  facilitant 
le  croisement  de  leurs  espèces,  et  recueillant  religieuse- 
ment le  produit  de  leurs  amours. 

A  chaque  salon  il  avait  vu  s'épanouir  des  fleurs  nou- 
vellement introduites  sur  le  continent;  en  1834,  il  put 
voir ,  la  première  et  dernière  fois ,  la  tige  élancée  du 
Doryanthe  (1)  qui  venait  d'être  couronné  ;  il  avait  pu 
admirer  la  magnifique  phalange  de  fleurs  que  Sir  H.  T.  Oakes 
nous  avait  amenée  de  Tournai ,  les  Camellies  de  Madame 
Meeus-Van  der  Maelen  ,  les  Amaryllis  de  M,  C.  Maes;.... 
des  larmes  coulèrent  de  ses  yeux  :  et  à  sa  joie  de  les  avoir 
vues ,  se  mêlèrent  des  regrets  ;  mais  «  j'ai  vu  le  salon , 
et  je  meurs  content  ,  dit-il.  Nunc  (limiUis  I  se  serait-il 
écrié,  si  le  mot  sublime  du  Vieillard  de  l'évangile  pou- 
vait être  détourné  à  l'expression  d'une  joie  profane. 

A  cette  dernière  visite  au  salon  se  rattache  un  fait 
touchant  par  sa  simplicité ,  et  je  vous  le  rendrai  comme 
je  l'ai  vu. 

Une  CamclHe,  produite  par  la  culture  intelligente  de 
Donckelaer ,  dont  elle  porte  le  nom ,  avait  échappé  aux 
regards  de  Mussche.  Le  jardinier  de  Louvain  lui  avait  fait 
présent  de  la  belle  Hyhride ,  et  néanmoins  il  désira  ,  avec 

(i)  D.  excelsa  cultivé  dans  les  serres  de  M.  A.  Mechelynck,  fabricant. 


(  503  ) 

rimpalient  désir  d'un  enfant ,  qu'elle  fut  portée  un  instant 
chez  lui ,  pendant  l'ouverture  même  du  salon ,  pour  qu'il 
pût  en  voir  la  fleur  ;  «  mais  elle  vous  appartient ,  lui 
»  dit-on;  vous  la  verrez  dans  deux  jours  ».  Il  insista  : 
«  Qui  sait  ?  dit-il,  la  fleur  sera  fanée  et  tombée  peut-être, 
avant  qu'elle  puisse  s'épanouir  au   printemps  prochain  ». 

Les  commissaires  du  salon  s'empressèrent  de  lui  accorder 
celte  jouissance.  Il  put  voir  la  fleur,  —  mais  il  ne  la 
verra  plus  refleurir  ! 

La  maladie ,  qui  le  menait  lentement  au  tombeau ,  prit 
finalement  un  caractère  d'intensité  qui ,  vers  les  derniers 
mois  de  1834,  ferma  toute  chance  à  l'espoir.  Les  soins 
que  la  piété  médicale  lui  rendait  avec  afl'ection  ,  et  les  con- 
solations de  l'amitié  ne  lui  avaient  jamais  manqué,  et 
tempérèrent  ce  qu'il  y  avait  de  douloureux  dans  ces 
derniers  momens  d'une  vie  utile  et  laborieuse  -,  la  religion 
seule  pouvait  les  adoucir ,  et  elle  vint  à  son  secours. 

Pendant  sa  carrière  ,  plus  d'une  fois ,  Mussche  avait  reçu 
la  visite  du  vénérable  évêque  du  diocèse  (1).  Le  prélat 
aimait  à  causer  quelquefois  avec  notre  jardinier,  et  plus 
d'une  fois  aussi,  en  le  surprenant ,  occupé  de  ses  plantes 
et  tout  adonné  à  ce  travail  paisible ,  il  a  dii  comprendre 
combien  il  était  plus  doux ,  plus  placide  d'être  chargé  de 
la  culture  des  fleurs  que  des  soins  graves  et  pénibles , 
attachés  à  l'administration  d'un  vaste  et  populeux  diocèse. 

L'évêquc  vint  voir  et  revoir  3Iussche  pendant  l'inten- 
sité de  ses  dernières  souffrances;  jardinier  chrétien  ,  il 
accueillit  avec  respect  de  la  bouche  du  prélat  et  de  celle 
du  curé  de  sa  paroisse ,  les  consolations  et  les  secours 
que  la  religion  offre  aux  inourans ,  et  calme,  résigné  ,  plein 


(i)  Le  palais  épiscopal  a  une  issue  sur  le  jardin. 


(  504  ) 

d'espoir  et  de  confiance ,  il  rendit  son  âme  au  créateur  et 
sa  dépouille  mortelle  à  la  terre. 

Jean  Henri  Mussghe  termina  son  utile  et  laborieuse 
carrière,  le  24  décembre  1834,  âgé  d'environ  70  ans. 

Que  son  âme  repose  en  paix  ! 

N.  Cornelissen, 
ancien  Secrétaire  de  la  Société  Botanique. 


Note  A.   F.  page  19. 

On  a  dit  et  imprimé  que  c'était ,  de  la  part  du  roi  des 
Pays-Bas ,  une  espèce  de  manque  d'égards ,  que  de  n'avoir 
conféré  à  un  homme  du  mérite  de  Mussche ,  d'autre  grade 
que  l'aggrégation ,  comme  frère,  à  l'ordre  du  Lion  Belgique. 

Ceux  qui  ont  dit  cela  ne  connaissaient  guère  Mussche , 
et  surtout  ils  se  méprenaient  sur  la  nature  de  son  mérite. 
C'était  un  jardinier  dans  toute  l'étendue  du  mot  ;  il  en 
avait  les  habitudes  ,  le  langage  et  le  costume ,  et  quoique 
ayant  assez  pour  passer  ses  jours  dans  une  certaine  aisance, 
il  n'était  pas  fâché  d'obtenir  un  peu  de  «  ce  superflu  qui 
n'est  pas  moins  nécessaire  »,  et  (cet  aveu  dut-il  désenchanter 
quelques  idées)  nous  dirons  franchement,  que  c'était  bien 
aussi  en  partie  ce  motif  qui  l'avait  porté  à  désirer  l'ag- 
grégation qui  ajoutait  une  annuité  de  fl.  200  des  P.  B.  à 
son  modeste  traitement.  Mussche  dit  lui-même  cent  fois 
que  rien  ne  lui  eut  paru  plus  ridicule  que  de  s'entendre 
aj)[)cler  M.  le  chevalier  ^  on  me  nomme  si  souvent  le  père 
Mussche,  dit-il,  on  n'a  qu'à  dire  le  frère;  aussi  le  frère 
put-il  librement  continuer  de  marcher  sur  ses  anciennes 
brisées,  s'entourer  de  ses  confrères,  jardiniers  comme  lui. 


(  505  ) 

clans  un  estaminet  flnmanJ,  et  leur  offrir  de  partager 
avec  eux  ,  le  litre  LVuijfzel  ou  le  petit  verre  de  stomachique. 

Et  quant  au  mérite ,  jamais  nous  n'avons  entendu  dire 
ni  voulu  insinuer  que  notre  jardinier  fut  un  génie,  un 
maître  dans  la  science ,  un  savant  du  premier  ordre  ;  c'était 
tout  simplement  à  nos  yeux,  comme  aux  yeux  de  ceux 
qui  savaient  apprécier  ses  services,  un  homme  laborieux 
et  instruit ,  doué  d'un  esprit  droit  et  juste ,  et  de  con- 
naissances peu  communes  dans  la  profession  qu'il  honorait. 

Ce  n'est  cependant  pas  que  des  botanistes  qui  ont  leur 
rang  dans  la  science,  n'aient  également  estimé  à  une 
haute  valeur  ce  qu'il  y  avait  de  relevé  dans  ses  connais- 
sances ;  connu  d'eux  comme  bolanographe ,  et  auteur  de 
\  Hortiis  gandavensis ,  il  attira  leurattention  ;  M.  deCandolle 
fils  ,  dans  sa  monographie  des  Campanulacées ,  lui  a  dédié 
trois  espèces  de  campanules ,  sous  le  nom  générique  de 
Musschia,  et  originaires  de  Madère;  M.  Dumortier,  de 
Tournai ,  a  également  créé  un  genre  Musschia;;  et  non-seule- 
ment M.  Morren ,  professeur  de  botanique  à  l'université  de 
Gand,  a  désiré  aussi  rendre  sur  la  tombe  du  jardinier, 
un  dernier  hommage  à  sa  mémoire  ;  mais  de  concert  avec 
M.  Decaisne ,  il  a  consacré  à  ses  mânes  une  des  plus  belles 
espèces  parmi  les  Epimèdes  qui  nous  viennent  du  Japon, 
et  ce  qui  les  a  surtout  portés  à  lui  dédier  plus  particu- 
lièrement cette  fleur  sous  le  nom  (['Epiniedium  mus— 
schiai%uni,  c'est  que  ce  fut  lui  qui,  le  premier,  réussit  à 
conserver  dans  nos  orangeries  un  genre  de  plantes  qui, 
comme  le  dit  très-bien  M.  Morren ,  en  fera  désormais  un 
des  plus  jolis  ornemens. 

Les  hommages  funéraires  n'ont  pas  manqué  à  la  mé- 
moire de  Mussche.  Presque  seul,  pondant  de  longues 
années,  il  avait  rédigé  les  notices  qui  nommaient  avec 
une  correction  si  consciencieuse ,  les  fleurs  exposées  dans 
ses  salons  de  la  Société  Botanique;  cette  société  exprima 

35 


(  506  ) 

ses  regrets  par  une  inscription  due  au  pieux  soin  de 
M.  Coryn,  secrétaire  perpétuel  de  l'institution;  elle  a 
également  transcrit  la  note  simple  et  touchante,  par  laquelle 
feu  M.  Van  Hulthera  intliquait  les  services  du  jardinier , 
—  note  sans  flatterie  et  sans  exagération ,  et  qui  contient 
la  juste  mesure  de   son  mérite. 

Ce  fut  pendant  l'inhumation  même  que  vint  la  première 
idée  d'un  sarcophage  à  élever;  M.  le  bourgmestre,  pré- 
sident de  la  société  ,  les  fonctionnaires  publics  et  les  anciens 
amis  du  défunt,  accueillirent  ce  projet;  une  souscription 
fut  ouverte  et  remplie  en  peu  de  jours ,  et  dans  cette 
liste  aussi ,  à  côté  des  noms  de  tant  de  simples  jardiniers 
et  ouvriers ,  on  pourra  lire  ceux  du  gouverneur  de  la  pro- 
vince, de  Mgr.  l'évêque,  du  premier  président  de  la  cour 
provinciale  et  des  hommes  les  plus  distingués  ,  soit  par  leur 
position  sociale,  soit  par  le  rang  qu'ils  occupent  parmi 
les  savans ,   les  artistes  et  les  littérateurs. 

N.  C. 


(  507  ) 


2lnttli)0C0  ^xitxqnts  &*©utJragt0. 


Philosophie  sur  l'homme  et  le  développement  de 
ses  facultés,  ou  essai  de  physique  sociale,  par 
M.  QuÈTELET ,  directeur  de  rOhservatoire  de  Bruxelles. 
Paris  ,  Bachelier ,  et  Bruxelles  ,  Périclion.  1  vol  in-8.° 

De  tout  temps,  l'iiomme  s'est  pris  lui-m»}me  pour  objet 
lie  ses  études  ;  le  scalpel  de  l'anatoniiste  a  su  lui  révéler 
la  construction  habile  de  ses  organes  et  de  leurs  fonctions. 
Le  médecin  a  déterminé  les  symptômes  indicateurs  et  la 
médication  appropriée  aux  diverses  maladies  qui  viennent 
tour  à  tour  assaillir  notre  frêle  organisation  :  le  philoso- 
phe ,  depuis  plus  de  trente  siècles ,  discute  sur  l'origine 
et  sur  la  distinction  des  facultés  de  notre  intelligence  ; 
en  un  mot ,  des  sciences  diverses  et  nombreuses  exploitent 
la  mine  féconde  ,  peut-être  inépuisable ,  des  phénomènes 
de  notre  existence  ;  et  cependant  le  nombre  de  ceux  qui 
ont  jusqu'à  présent  échappé  à  nos  regards  est  encore  bien 
grand.  L'auteur  de  l'ouvrage  que  nous  anonçons,  connu 
déjà  par  un  grand  nombre  d'essais  de  travaux  statistiques, 
a  essavé  de  combler  une  lacune  à  cet  égard.  Il  s'est  pro- 
posé de  déterminer  numériquement  les  lois  du  dévelop- 
pement de  nos  organes,  de  nos  facultés  physiques,  de  nos 
aptitudes  morales  et  de  nos  pcnchans ,  de  fixer  à  quelle 
époque  de  la  vie  se  rencontre  leur  maximum  d'énergie  ; 
il  a  été  frappé  des  différences  considéralilcs  qu'on  remarque 
dans  le  rapport  des  naissances  et  des  décès  à  la  masse  de 


(  508  ) 

ja  population ,  dans  des  localités  différentes ,  ou  dans  les 
mêmes  localités  à  des  époques  diverses  ;  il  a  cherché  à 
en  trouver  les  causes ,  à  y  joindre  celles  qui  peuvent 
augmenter  ou  diminuer  le  nombre  des  mariages ,  à  déter- 
miner si  ce  nombre  se  trouvait  en  raison  directe  ou  inverse 
de  l'accroissement  de  la  population ,  etc.  Il  est  facile  de 
comprendre  quel  vaste  champ  s'est  ouvert  à  ses  recherches. 
Avant  lui,  nous  ne  possédions  que  quelques  essais  rares, 
incomplets  et  encore  récens  sur  ces  matières.  A  quoi 
devons-nous  attribuer  une  si  longue  indifférence  ?  Serait-ce 
la  multitude  des  questions  qui  se  présentent  à  l'observa- 
teur, leur  variété,  leur  complexité,  et  je  ne  sais  quelle 
incertitude  vague  dans  leurs  élémens ,  qui  en  rend  la 
solution  difficile  ?  Serait-ce  une  certaine  crainte  religieuse 
qui  les  enveloppait,  dans  les  temps  où  la  foi  était  vive 
et  générale ,  et  qui  les  dérobait  aux  investigations  de  la 
science ,  pour  les  attacher  immédiatement  au  bon  plaisir 
de  puissances  supérieures  et  mystérieuses  ? 

Poussé  par  l'instinctive  curiosité  de  sa  nature ,  l'homme 
avait  pourtant  alors  l'œil  braqué  sur  les  astres ,  pour 
reconnaître  celui  qui  paraissait  à  l'horizon  au  moment  de 
la  naissance  d'un  enfant,  il  étudiait  avec  anxiété  la  lon- 
gueur de  la  fatale  ligne  de  vie  qui  sillonnait  le  creux  de 
sa  main,  il  écoutait  avec  angoisse  le  cri  de  l'orfraie  perchée 
sur  la  muraille  voisine  ;  mais  il  aurait  regardé  comme 
téméraire  et  impie  de  s'adresser  aux  circonstances  mêmes 
au  milieu  desquelles  son  existence  s'écoulait,  et  de  cher- 
cher si  elles  n'exerçaient  pas  sur  celle-ci  des  influences 
naturelles ,  efficaces ,  de  sorte  qu'il  y  eût ,  entre  elles  et 
les  phénomènes  les  plus  importans  de  son  organisation , 
des  rapports  incertains  et  précis  qu'il  lui  fut  possible  de 
déterminer.  La  statistique  eût  été  proscrite  sans  pitié  ;  la 
pauvre  statistique ,  qui  n'est  que  la  constatation  innocente 
et    consciencieuse  des    faits    matériels    et    moraux,    dans 


(  509  ) 

linlention  de  trouver  el  de  mellre  en  évidence  les  lois 
qui  les  produisent  et  les  dirigent  :  taudis  qu'aujourd'hui, 
où  l'esprit  humain  a  enfin  conquis  et  chèrement  acheté  le 
droit  de  se  livrer  à  toutes  les  études  qui  peuvent  con- 
courir à  son  libre  développement ,  nous  voyons  la  statis- 
tique s'étendre  avec  indépendance  et  impunité  ,  multiplier 
tous  les  jours  ses  travaux  et  n'épargner  aucun  des  faits 
qui  présentent  quelque  intérêt  pour  l'homme  et  pour  la 
société. 

Le  plan  de  l'ouvrage  de  M.  Quételet  est  trés-simple.  Il 
prend  pour  objet  de  ses  recherches ,  les  deux  termes  entre 
lesquels  s'accomplit  l'existence  de  l'homme,  la  naissance 
et  la  mort,  et  détermine  les  causes  qui  peuvent  modifier 
leurs  relations  numériques  soit  entr'eux ,  soit  d'eux  à  la 
population.  Ainsi  il  examine  séparément  l'existence  des 
sexes,  des  localités,  de  l'âge,  des  années,  des  saisons, 
des  heures  du  jour ,  des  professions ,  de  la  nourriture , 
de  la  moralité ,  de  l'aisance  et  de  la  misère. 

Dans  le  second  volume,  il  s'occupe  du  développement 
de  l'homme  au  physique  d'abord ,  de  la  taille ,  du  poids , 
de  la  vitesse,  de  la  force;  puis  au  moral,  et  après  avoir 
posé  quelques  questions  relatives  au  progrès  régulier  et 
ordinaire  de  ses  facultés,  il  traite,  plus  en  détail,  de 
l'aliénation  mentale,  de  l'idiotisme,  de  l'intempérance^ 
du  suicide ,  du  duel ,  et  enfin  du  penchant  au  crime. 

A-t-il  étudié  d'une  manière  assez  positive  et  asseï  com- 
jtlète  tous  ces  faits,  et  l'action  exercée  sur  chacun  d'cui 
par  les  influences  antérieures,  telles  que  l'âge,  la  saison, 
etc. ,  pour  pouvoir  coordonner  les  lois  qui  les  régissent  ? 
Non  certainement.  11  a  trop  d'expérience  et  de  sagacité 
pour  en  avoir  la  prélcnlion.  11  sait  qu'il  est  très-probable 
que  des  résultats  précis  et  complets  échapperont  toujours 
à  nos  moyens  faibles  cl  bornés,  mais  s  il  no  nous  est 
pas    possible    de    déterminer  avec    cxucliUidc    l'influence 


(  510  ) 

qu'exercent  certains  faits ,  c'est  déjà  beaucoup  que  de 
savoir  qu'ils  en  exercent  une ,  et  dans  quel  sens  ils  l'exer- 
cent. Aussi  parce  qu'elles  nous  offrent  cet  enseignement 
sur  beaucoup  de  points ,  les  observations  de  M.  Quételet 
sont-elles  dignes  de  tout  notre  intérêt ,  et  nous  n'éprou- 
vons que  l'embarras  du  choix  pour  en  présenter  quel- 
ques-unes à  nos  lecteurs.  Celles  que  nous  allons  rapporter 
sont  tirées  du  dernier  chapitre ,  celui  qui  traite  du  pen- 
chant au  crime. 

Nous  sommes  heureux  de  trouver  que  les  matériaux  dont 
l'auteur  s'est  servi  dans  ce  chapitre ,  lui  ont  presque  tous 
été  fournis  par  les  comptes  généraux  de  l'administration 
de  la  justice  en  France ,  publiés  depuis  dix  ans  par  le 
ministère  de  la  justice.  Recueil  précieux  dont  le  cadre  s'étend 
et  se  perfectionne  chaque  année.  Seulement  M.  Quételet 
a  pu  constater  et  vérifier  pour  la  Belgique  la  plupart  des 
résultats  auxquels  il  a  été  conduit  pour  la  France,  et  il  a 
trouvé  une  grande  conformité  entre  les  uns  et  les  autres. 

Nous  voyons  le  penchant  au  crime  se  développer  d'abord 
en  raison  de  l'intensité  de  la  force  physique  et  des  passions. 

Il  atteint  son  maximum  vers  1  âge  de  vingt-cinq  ans , 
époque  où  le  développement  physique  est  à  peu  près 
terminé.  De  plus,  certains  crimes  ont  des  rapports  intimes 
avec  certains  âges,  de  sorte  qu'ils  semblent  en  être  un 
triste  et  funeste  accompagnement.  Nous  ne  pouvons  mieux 
faire  que  de  citer  les  paroles  graves  et  éloquentes ,  par 
lesquelles  l'auteur  exprime  la  progression  que  doit  par- 
courir l'homme   qui  s'engage  dans   la  carrière  du  crime. 

«  Ainsi  le  penchant  au  vol ,  qui  est  un  des  premiers  à 
se  manifester,  domine  en  quelque  sorte  toute  notre  exis- 
tence ;  on  serait  tenté  de  le  croire  ijiliércnt  à  la  faiblesse 
humaine  qui  le  suit  comme  par  instinct.  Il  s'exerce  d'abord 
à  la  faveur  de  la  confiance  qui  règne  dans  l'intérieur  des 
familles,  puis  s(?   nianifcsle   au-dehors   et  jusque   sur  les 


C511) 

chemins  publics ,  où  il  finit  par  recourir  à  la  violence , 
lorsque  déjà  l'homme  a  fait  le  triste  essai  de  la  plénitude 
de  ses  forces  en  se  livrant  à  tous  les  genres  d'homicides. 
Ce  funeste  penchant  est  moins  précoce  cependant  que  celui 
qui,  vers  l'adolescence,  naît  avec  le  feu  des  passions  et 
les  désordres  qui  l'accompagnent ,  et  qui  pousse  l'homme 
au  viol  et  aux  attentats  à  la  pudeur,  en  commençant  à 
chercher  ses  victimes  parmi  les  êtres  dont  la  faiblesse 
oppose  le  moins  de  résistance.  A  ces  premiers  excès  des 
passions ,  de  la  cupidité  et  de  la  force ,  se  joint  bientôt 
la  réflexion  qui  organise  le  crime,  et  l'homme,  devenu 
plus  froid,  préfère  détruire  sa  victime  en  recourant  à  l'as- 
sassinat ou  à  l'empoisonnement.  Enfin  ses  derniers  pas  dans 
la  carrière  du  crime  sont  marqués  par  la  fausseté  qui  sup- 
plée en  quelque  sorte  à  la  force.  C'est  vers  son  déclin  que 
l'homme  pervers  présente  le  spectacle  le  plus  hideux  ;  sa 
cupidité ,  que  rien  ne  peut  éteindre ,  se  ramine  avec  plus 
d'ardeur,  et  prend  le  masque  de  faussaire;  s'il  use  encore 
du  peu  de  forces  que  la  nature  lui  a  laissées,  c'est  plutôt 
pour  frapper  son  ennemi  dans  l'ombre  ;  enfin  si  ses  pas- 
sions dépravées  n'ont  point  été  amorties  par  l'âge ,  c'est 
sur  de  faibles  enfans  qu'il  cherchera  de  préférence  à  les 
assouvir.  Ainsi  ses  premiers  et  ses  derniers  pas  dans  la  car- 
rière du  crime  sont  marqués  de  la  même  manière,  du 
moins  sous  ce  dernier  rapport  ;  mais  quelle  différence  ! 
Ce  qui  était  en  quoique  sorte  excusable  chez,  le  jeune 
homme,  à  cause  de  son  inexpérience,  de  la  violence  de  ses 
passions  et  de  la  ressemblance  des  âges ,  devient  chez,  le 
vieillard  le  résultat  de  l'immoralité  la  plus  profonde  et  le 
comble  de  la  dépravation  ». 

Nous  apprenons  ensuite  que  la  difl'érence  des  sexes  a 
aussi  une  grande  influence  sur  le  penchant  au  crime.  On 
ne  trouve  en  moyenne  qu'une  fennne  sur  quatre  hommes 
amenée  devant  les  tribunaux.  Plus  on  s'élève  dans  les  rangs  de 


(  512  ) 

la  société  ,  plus  l'instruction  de  l'un  et  de  l'autre  sexe  s'étend 
et  se  complète,  mieux  chacun  comprend  sa  mission,  plus 
le  crime  devient  proportionnellement  rare  chez  les  femmes , 
car  la  difficulté  à  le  commettre  augmente  ,  en  même  temps 
que  la  tentation  diminue.  Le  contraire  se  manifeste  en  redes- 
cendant l'échelle  sociale;  plus  on  se  rapproche  des  der- 
nières classes  du  peuple,  plus  la  misère  augmentant  produit 
l'abrutissement ,  plus  aussi  l'on  voit  les  habitudes  des  deux 
sexes  tendre  à  se  confondre ,  et  le  privilège  d'une  moindre 
criminalité  diminuer  pour  les  femmes. 

Les  saisons  exercent  également  une  influence  très-mar- 
quée sur  le  penchant  au  crime.  Ainsi  c'est  pendant  l'été 
que  se  commettent  le  plus  de  crimes  contre  les  personnes 
et  le  moins  de  crimes  contre  les  propriétés.  L'inverse  a  lieu 
pendant  l'hiver. 

Mais  le  fait  le  plus  curieux  que  nous  signalent  ces  re- 
cherches, est  certainement  la  constance  avec  laquelle  se 
reproduit,  tous  les  ans,  le  nombre  total  des  crimes  commis 
dans  un  pays,  et  le  nombre  de  ceux  de  chaque  espèce. 
Aussi  nous  savons  qu'il  y  a  tous  les  ans  de  sept  mille  à 
sept  mille  cent  crimes  commis  en  France ,  c'est-à-dire 
sept  mille  à  sept  mille  cent  individus  poursuivis  pour  crimes, 
ce  qui  fait  un  sur  quatre  mille  quatre  cent  soixante-trois 
habitans.  Nous  pouvons  assurer  que  l'année  prochaine  et 
l'année  d'après  ce  nombre  sera  le  même.  Nous  pouvons 
dire  combien  il  v  aura  d'individus  qui  tremperont  leurs 
mains  dans  le  sang  de  leurs  semblables,  combien  seront 
faussaires ,  combien  seront  empoisonneurs.  Nous  pouvons 
aller  plus  loin;  nous  pouvons  (Ure  combien  parmi  ceux 
qui  seront  accusés  et  poursuivis ,  il  y  en  aura  de  con- 
danuiés-,  car  nous  savons  qu'il  y  en  aura  soixante-un 
sur  cent.  11  ne  nous  est  pas  permis  de  marquer  au  front 
un  de  nos  semblables,  et  de  lui  dire  :  «  Lan  qui  vient ^ 
lu  porteras  ta  tète  sur  l'échafaud  »  ,  mais  nous  pouvons 


CI    GIT    LA    DEPOUItLE     1^  O  K  TI.I,LX      X.X  . 

JEAlNf     HETJKY"      MUSSCHE, 

JAKXilNISE^  "EN    CHEF     DU    JARDIN'    BOTANIQUE. 

AGGREGE     A    L'ORDRE     D'U     LION     BELC.    . 

DCWÉ    D'UNE    INTELLICEIvrcE     H  A.-BE  , 

CET   HOM-ME,     SI    UTILE     PENDAUT     XXXlt    AT/ J  , 

5'ETATT    ItnriÉ    AUX  METHOIjES    DE  LA    SCIENJE, 

ÎT  HZ    JAUDJNJER.  IL    ETAIT    DEVE-NIT     BOTANISTE. 

SOUS   LES  AU5FICES    BE  CH.VAK  HULTHEM,  ÔON  AMI  , 

IL    COJJTBIBU-A  PAR  SON    EXEMPLE 
A  REPA'NDRE   LE  C-OÛT   DE     L'KO'R  TICU  L'I'URE 
ET    DE    L'INTEOEUCTIOT^  je  PLA'NTE;     ÉrF-AÎIâÈRES, 
ETUNE    NOUVELLE    SOURCE    D'I'NDUiTKlE, 
CE   PBOSPZETTE     OWMEKCTALE    ETDE    GLOIRE, 
■  S'  OUyPIT    AINSI    PO-UH.    SA  VILLE     NATALE. 
QTI    BIENTOT, 1-AR    SES     COirCOUB.S    31SAHNUKL,- 

DE   FLtURS    EN  HIVER    ET  EN    ÉtÈ  . 
SERVIT    DE"  PREMIER    MODELE    À    LA    B£LCIQUE 

ET    À    L'EUROPE      ENTIERE. 
.'    H.   MUSSCKE.    HOMME      ^AVANT     ET  MODESTE 
AVAIT    DES  MOEURS     SIMPLES    ET  UN  BOTI  COEUK; 
DES    SOUVERAINS    ONT   FlONORlf    SON    MEKITF; 
LESAMIS    !■£  LA  SCIENCE    L'ONT    AMUÉr.lÉ 
.<!Es'  ÉGAUX    L'A>F>.CTI';NMAIENT 
ET   L'A'PPELAIEVT    LEUR  PEBE- 
.     AFFOIBLt     PAR   L'AGE    ET  PAR    LES    TRAVAUH. 
IL   S'ANIMAIT   ENCO-RE    EN  "RE  GAREAirT  JE  5  lîl.ElIItJ, 

ETILNEI.ÏS    l,UITTA  PAS    SANS    HEGRETî; 

PAR   I.ORCAMe'dUN  vénérable   ET  PtEUX  PRELAT, 

LA.  RELIGION  VINT  LK    CONSOLER   ET  LUI  t/TFRlh 

:,KS    SECOURS    QU'IL  REÇUT    AVEC    PIETÉ, 

ET  NE  À    GA'ND   LE  XX.  'JUIN    M.B  C  C  LX/, 

IL  V  MOURUT   CALME  RT   RESICJNR, 

lE  XXIV   DÉCEMBRE     MBCCCXXXIV. 


CF.  TrE     FIEVUE    TUM'ILAIBE 
?l'T     .'OTER    PftR    I/AMITIE: 

LES   PRKMIEHs"  MAÛtS  TBATS  l-E  LA.  PJÎOVIMCE  UT  I  - _ 

r.T  À  Lt.lfR     lilfl'.MH.F.     1.   l-.VEQUE  DU    DIOCLit 
■  r  i.f.  coi.t.KCK  liy.s  ce  11  A-i'KURS  ok   1,'DNrvK.R  .sitk, 
■A.NT  riEs   SERVICES    D  UN  HomMB    uriii;',, 

-oOolES     A  OE    MONUMENT        C'ArFECri      I 
K^T   AINSI     qUUN    SOUVENIR    PRIVE 

EST      JJEVIiNlf      r..'EXPRi 
'    f,    T.n     R  B  CONN  AI.S5AN 


A 


"V;, 


S).. 


Ot<HELiASt.U      IWV. 


ÎATt.PNOTii  fc- 


(513) 

dire  à  la  société ,  à  notre  pays ,  quel  est  le  contingent 
qu'il  cloit  à  l'échafaud,  aux  bagnes,  aux  prisons;  car  ce 
tribut  effrayant  ne  s'acquitte  pas  avec  moins  de  régularité 
que  celui  que  la  population  paie  à  la  nature,  ou  qu'exige 
le  trésor  pour  subvenir  aux  charges  de  l'état.  Est-ce  à 
dire  qu'il  soit  fatal ,  qu'il  échappe  à  l'empire  de  l'homme 
et  que  nous  devions  nous  résigner  à  l'inexorable  nécessité 
de  voir  à  tout  jamais  sept  mille  de  nos  semblables  désho- 
norer notre  pays  par  des  crimes  honteux  ou  sanglans  ? 
Non  assurément  !  nous  protesterions  de  toutes  nos  forces 
contre  un  semblable  résultat  qui  fait  frémir  le  cœur  et 
révolte  l'esprit,  si  M.  Quételet  ne  nous  avait  pas  devancés, 
et  si  nous  n'étions  parfaitement  d'accord  avec  lui  sur  les 
conséquences  qu'il  en  tire.  Le  nombre  des  crimes  commis 
dans  un  pays  est  l'expression  du  rapport  le  plus  intime 
entre,  d'une  part ,  la  législation  criminelle,  et ,  de  l'autre, 
les  mœurs ,  les  institutions ,  les  lumières  ,  les  habitudes , 
tout  ce  qui  constitue  la  manière  d'être ,  de  vivre  ,  de  penser, 
de  sentir,  en  un  mot  la  moralité  de  ses  habitans.  Or,  les 
causes  qui  peuvent  et  doivent  modifier  ce  rapport ,  ne 
sont  certainement  pas  placées  hors  de  notre  portée  ;  mais 
elles  sont  infiniment  compliquées ,  et  ce  n'est  pas  l'affaire 
d'un  jour  que  de  les  atteindre.  Comme  le  dit  très-bien 
notie  auteur  :  «  11  n'est  donné  qu'à  peu  d'hommes  doués 
»  d'une  puissance  de  génie  supérieure ,  d'imprimer  une 
»  action  sensible  au  système  social  ;  *t  encore  celte  action 
))  exige  souvent  un  temps  considérable  pour  transmettre 
»  pleinement  son  effet  ». 

«  Si  l'action  modificative  des  hommes  se  communiquait 
immédiatement  au  système  social,  loute  espèce  de  pré- 
vision deviendrait  impossil)lc  ,  et  l'on  chercherait  vainement 
dans  le  passé  des  leçons  ])our  l'avenir,  mais  il  n'en  est 
pas  aiusi  :  quand  des  causes  acli\cs  ont  pu  s'établir,  elles 
exercent  une  action  sensible  lougtcinps  même  après  qu'on 


(  514  ) 

a  cherché  ù  les  comhatlre  et  à  les  délruire  :  on  ne  saurait 
donc  apporter  assez  de  soin  à  les  signaler  et  à  développer 
îes  moyens  les  plus  efficaces  pour  les  modifier  d'une  ma- 
nière utile.  Cette  réaction  de  l'homme  sur  lui— même  est 
une  de  ses  plus  nobles  attributions  ;  c'est  le  champ  le 
plus  beau  dans  lequel  puisse  se  développer  son  activité. 
Gomme  membre  du  corps  social ,  il  subit  à  chaque  instant 
le  nécessité  des  causes  et  leur  paie  un  tribut  régulier  ; 
mais  comme  homme  ,  usant  de  toute  l'énergie  de  ses  fa- 
cultés ijitellectuelles ,  il  maîtrise  en  quelque  sorte  ces 
causes ,  modifie  leurs  effets  et  puis  cherche  à  se  rappro- 
cher d'un  état  meilleur  ». 

C'est  donc  une  tâche  longue  et  difficile  ,  mais  vaste  et 
pleine  d'encouragement  que  de  remonter  aux  véritables 
termes  de  notre  bien  être ,  à  toutes  causes  qui  directe- 
ment ,  ou  indirectement ,  peuvent  avoir  quelque  influence 
sur  notre  moralité.  C'est  là  ,  bien  plus  encore  que  dans 
les  modifications  que  peut  subir  la  législation  que  se 
trouvent  les  remèdes  à  un  état  de  choses  aussi  affligeant, 
que  le  spectacle  de  sept  mille  de  ses  concitoyens  se  dé- 
gradant ainsi  chaque  année.  Si  l'action  qu'il  nous  est  permis 
d'exercer  sur  ces  causes  est  lente ,  elle  est  sûre ,  et  pour 
plusieurs  il  suffira  sans  doute  de  les  avoir  signalées  pour 
les  l'aire  disparailre ,  ou  du  moins  les  voir  diminuer  rapi- 
dement. 

(  Journal  de  Vlnslruclion  imhlique  ), 


(  -^15  ) 


fluUctin  Qibii0grttpl)tj(jue» 


OUVRAGES    RELATIFS    A    LA    REVOLUTION    BELGE. 

Willem  den  koppigen ,  ingedrongcn  koning  dcr  Nederlandcn  , 
aenlcjding  gevende  lot  deu  opstand  def  Bclgcn  in  1830; 
met  een  omstandig  verhael  van  de  vicr  rocmweêrdigo  dagcn , 
groote  voorvallcn  en  gevolgen  ;  door  J.  B.  Van  der  Mculen. 
Eerstc  deel.  Biussel ,  Vanderborght  zoon,  1833.  in-8.<^  oOO  blad. 

[  Le  deuxième  -volume  est  sous  presse.  ] 

Un  mot  sm-  le  système  monarchique  tempère  (  par  M.  Bernard 
Yispoel ,  avocat  à  Gand).  Gand ,   Van  Rj  ckcghem-iiovacre 
1831,  de  16  pages  in-S." 

Un  mot  sur  l'intervention  étrangère  et  sur  l'indépendance 
de  la  Belgique  (par  M.  l'abbe  De  Foerc.  lbid,idcm,  (1831) 
de  16  pages  in-8,° 

De  l'administration  de  la  justice  aux  Paj  s-Bas ,  sous  le 
ininistère  de  C.  F.  Van  Maanen  ;  avec  ime  analyse  des  prin- 
cipaux procès  criminels  politiques,  et  dos  autres  persécutions, 
depuis  l'an  1815  jusqu'au  2o  août  1830  (par  M.  11.  Ilclius 
d'iluddegbem).  Ibid,   idem,    1830.  de  120  pages  in-8.° 

Prc'cis  historicjues  des  institutions  judiciaires  de  la  Bclgi([ue , 
depuis  les  tem[)S  les  plus  recules  jusqu'à  ce  jour.  Par  le  même. 
Bruxelles,  Tarlicr,   1831.  de  7-1   pages  in-8.'' 

HISTOIRE. 

Notice  sur  les  institutions  Gallo  -  Frankcs ,  -'f20-7o2  ,  par 
M.    Tailliar  ,   conseiller   en  la  cour  royale    de  Douai.  Extrait 


(516) 

des  mémoires  de  la  société  royale  et  centrale  d'agriculture, 
sciences  et  arts ,  du  département  du  Nord.  Douai,  Wagrez  aine, 
18âo.  in-8.°  de  186  pages. 

[  Notice  consciencieuse ,  puisée  aux  sources  contemporaines  ,  et  qui  jette 
beaucoup  de  jour  sur  les  institutions  politiques  de  cette  époque.] 

Fastes  militaires  des  Belges  ,  ou  histoire  des  guerres  ,  sièges  , 
conquêtes,  expéditions  et  faits  d'armes  qui  ont  illustré  la 
Belgique  ,  depuis  César   jusqu'à  nos  jours.   Brux.,  1833. 

[  Cet  ouvrage  se  continue  avec  une  grande  régularité  :  la  22.'=  livraison 
qui  vient  de  paraître  ,  avec  la  5.^  de  planches  ,  contient  :  Les  Ecorcheurs 
—  Guerre  du  Luxembourg.  —  Révolte  des  Gantois.  —  Simon  de  Lalaing" 
*—  Jacques  de  Lalaing.  —  Bataille  de  Gavre.  —  Vieillesse  de  Pliilippe-le- 
Bon.  —  Le  vœu  du  Faisan.  —  Bataille  de  Montléi-y.  —  Deuxième  guerre 
de  Dinant.  —  Charles -le -Téméraire.  —  Guerre  de  Liège.  —  Affaire  de 
Brusthem.  —  Jean  de  ville.  ] 


LITTERATURE. 

Jahrcs-Bcricht  ucber  das  Gjmnasium  zu  Lingen  in  dem 
Schuljahro  von  Ostern  1832  bis  Ostern  183S,  von  D.i-E.Kastner. 
Vorangeht  eine  Abhandlung  desselbea  ueber  die  nieder- 
deutsche  und  nicderiaendsclie  Dichtkunst  im  Mittelaltcr  und 
eine  noch  ungcdruclae  Probe  derselben.  Lingen  G.  W.  Mohr  , 
18â3.  in-4.0  32  pages. 

[  Dans  cette  brochure  se  trouve  un  fragment  de  4Jy  vers  de  la  bible 
rimée   et  inédite  de  Jacques  van  Maerlant.  ] 

Poésies  militaires  de  l'antiquité  ,  ou  Callinus  et  Tjrtée  , 
texte  grec,  traduction  polyglotte,  prolégomènes  et  commen- 
taires; par  A.  Baron,  professeur  de  littérature  à  l'université 
libre  de  Belgique,  etc.  Ouvrage  dédié  au  roi.  Bruxelles, 
Méline.  iu-8.o  de  336  pages  et  de  15  feuillets  de  liminaires. 

[  Ouvrage  d'érudition  et  de  goût,  traduction  en  vers  fraurais  de  M.  Baron, 
qui  laisse  loin  derrière  elle  toutes  celles  qui  l'ont  précédée  :  les  autres 
traductions  données  par  l'éditeur  sont  pour  le  hollandais ,  celle  de  Bilder- 
dyk,  pour  l'allemaud  ,  celle  de  F.  Jacobs  ,  pour  J'aufiLiis  ,  de  R.  Polerliele  , 
pour  l'italien  ,  de  Lamljerti.  Cette  polyglotte  eu  sept  langues  est  un  vrai 
chef-d'œuvre  typographique  qui  sort  des  presses  de  !M.  A.  W  ahlen.  ] 


(517) 


HORTIGULTURE. 

Arbres  fruitiers  ,  leur  culture  en  Belgique  et  leur  propaga- 
tion par  la  graine ,  ou  Pomonie  Belge ,  expérimentale  et 
raisonnce,  par  J.  B.  Van  Mens.  Bruxelles,  Périchon.  iu-12. 

LIVRES    CLASSIQUES. 

Cours  élémentaire  de  prononciation ,  de  lecture  à  haute 
voix  et  de  récitation ,  d'après  les  auteurs  les  plus  estimés  j 
par  un  professeur.  Tournay ,  Renard-Dosson ,  1834.  in-12  de 
107  pages. 

BIBLIOGRAPHIE. 

Manuel  du  Bibliothécaire,  accompagné  de  notes  critiques, 
historiques  et  littéraires  ,  par  M.  P.  Naraur  ,  bibliothécaire 
de  l'université  de  Louvain.  Brux. ,  J.  B.  Tircher,  ISS-i.in-S." 
IV  et  368  pages. 

Catalogue  d'une  belle  collection    de    livres   et  manuscrits , 
ayant  fait  partie  de  la  bibhothèque  de  feu  M.  Richard  Heber 
suivie  d'un  supplément.  Gand ,  Duvivicr,  183o.  de  140  pages. 
in-S." 

DROIT    ADMIMSTRATIF. 

Essai  sur  les  besognes  périodiques  de  l'administration  pro- 
vinciale et  communale  en  Belgique,  parH.  D.  K.(De  Kerchove). 
Gand,  C.  J.  Van  Ryckegem,  1835.  XXIV,  U'ô  et  12  pag.  in-8.° 


(518) 

(Blxvamqtic  ht0  ^cicncc^  ci  !3trt0  j 
ci  ^nvUt£!5. 


Nous  avons  déjà  annoncé  dans  notre  recueil  la  grande 
carte  cadastrale  de  la  province  de  la  Flandre  orientale  ,  à 
l'éclielle  de  1  à.  80,000 ,  par  M.  P.  Gérard  ,  inspecteur  du 
cadastre ,  dans  cette  même  province.  M.  Gérard  vient  d'en- 
vojcr  en  cadeau  à  ses  nombreux  souscripteurs ,  parmi  lesquels 
il  compte  S.  M.  le  roi ,  pour  un  grand  nombre  d'exemplaires, 
les  ministres,  etc.,  un  spécimen  de  sa  carte  qui  nous  donne 
Gand  et  ses  alentours  ,  dans  un  rajon  d'environ  deux  lieues. 
Nous  ne  craignons  pas  de  dire  que  rien  d'aussi  parfait  en  ce 
genre  n'a  encore  été  exécuté  en  Belgique ,  tant  sous  le  rap- 
port des  détails  d'exécution  matérielle,  que  sous  celui  de  la 
science  et  de  la  fidélité  topographiques  :  la  confection  de  cette 
carte  a  coûté  à  l'auteur  plusieurs  années  d'un  travail  opi- 
niâtre :  elle  est  le  fruit  du  dépouillement  de  trois  mille  cartes, 
grand  in-folio,  exécutées  par  ordre  du  gouvernement  :  il 
faudrait  voir  la  carte  originale  de  M.  Gérard  ,  pour  concevoir 
l'étendue  d'une  telle  entreprise,  et  la  persévérance  qu'elle 
exige  pour  être  conduite  à  bonne  fin. 

Empressons-nous  de  faire  connaître  les  deux  jeunes  artistes 
(pii,  sous  la  direction  de  l'auteur,  ont  attaché,  à  Gand, 
leur  nom,  à  ce  travail  <[ui  sera  d'une  si  grande  utilité  pour 
les  propriétaires  et  les  administrations  :  ce  sont  pour  le  trait, 
M.  F.  J.  Dcsmarés,  et  pour  la  lettre,  M.  L.  Slaes ,  tous  deux 
de  Bruxelles  :  ces  deux  graveurs  nous  ont  prouvé  que  nous 
ne  serons  plus  forcés  de  recourir  à  l'étranger  pour  l'exécution 
de  nos  plus  belles  cartes  topographiques  et  géographiques. 

On  sait  que  la  carte  de  M.  Gérard  dont  nous  avons  pu- 
blié le  prospectus,  paraîtra  en  deux  feuilles,  dont  la  première 
sera  livrée  aux   souscripteurs,  en  mars,  1836,  et  la  seconde 


(  510  ) 

à  la  fin  (Je  Ja  nicmc  année.  Le  pri>:  on  sera  de  lo  francs 
pour  eux ,  et  de  ÎLO  francs  pour  les  non-souscripteurs.  Des 
spécimen  et  prospectus  sont  déposes  chez  tous  les  libraires  de 
Gand. 

—  On  annonce  comme  devant  paraître  sous  peu  une  His~ 
toîre  de  la  Belgique,  par  M.  C.  ,  aîné,  avocat,  avec  32  gi-a- 
vures  composées  et  gravées  par  M.  Joseph  Coomans.  Les 
S2  gravures  exécutées  avec  le  plus  grand  soin ,  représenteront 
les  armes,  les  costumes,  les  moniimcns  des  anciens  Belges, 
les  portraits  des  grands  hommes  de  la  Belgique,  les  batailles 
les  plus  remarquables  et  les  plus  beaux  sites  du  pays.  Le 
texte ,  tout  en  ne  formant  que  la  partie  accessoire  de  l'ou- 
vrage, contiendra  cependant  l'histoire  substantielle,  et  pour 
ainsi  dire  complète,  des  diverses  provinces  de  la  Belgique. 
Ayant  travaillé  dans  un  but  tout  populaire,  les  auteurs  pu- 
blieront deux  éditions  de  leur  Jiistoire  gravée  de  la  Belgique; 
l'une  en  français  ,  l'autre  en  flamand.  La  première  coûtera 
complète  7  francs;  la  seconde  ,  qui  aura  les  gravures  du  second 
th-age,  n'en  coûtera  que  cinq. 

Bibliographie.   —  Veste  de   livres   de   feu  M.  R.  Hei!ER. 
De   tous  les  bibliophiles  qui  aient   jamais  existé    aucun    n'a 
peut-être   égalé  celui  dont   nous    allons   dire    quelques    mots. 
M.  Richard  Hebcr,  né  à  Oxford,  fit  dans  sa  jeunesse  des  études 
très-brillantes,  et  s'appliqua  avec   tant  d'ardeur  aux  langues 
anciennes  qu'il  s'acquit  bientôt,  comme  helléniste,  une  brillante 
réputation.  Après  avoir  terminé  ses  cours  à  l'université,  l'his- 
toire, les  antiquités  et    la  httérature  de  son  pays   attirèrent 
toute  son  attention,  et  en  peu  de  temps  il  lit  dans  cette  partie  des 
progrès  si  marqués  ,  que  les  premiers  savants  de  l'Angleterre 
recherchèrent     son    amitié  ,    et    entretinrent    avec    lui    une 
correspondance  très-active.    Warton ,    EUis,    Douce,    le  mi- 
nistre Peel,  mais   surtout  Waltcr-Scott ,  qui    lui   dédia   quel- 
ques-uns   de    SCS   ouvrages  ,   vivaient  dans   son    intimité    et 
aimaient  à  lui  soumettre  les  questions  les  plus   difilcilos,  re- 
latives à  l'histoire  de  l'Angleterre.  L'université  d'Oxford,  qui, 
comme  on  sait ,  a  le  droit  de  nommer  un  membre  au  par- 
lement,  avait  choisi   M.  Heber  pour  la  représenter.  Il  s'ac- 


(520) 

quitta  avec  honneur  de  cette  place,   et  ne  donna  sa  de'missîon 
qu'afîn  de  pouvoir  augmenter  ses  recherches  litte'raires. 

M.  Heher  ,  possédant  une  fortune  qui  ,  chez  nous  , 
passerait  pour  colossale,  avait  déjà  recueilli  une  immense 
bihliothèque ,  lorsqu'il  forma  le  projet  de  réunir  à  lui  seul 
tout  ce  qui  a  jamais  été  écrit  sur  la  littérature  et  l'histoire 
des  différents  peuples.  Afin  de  mettre  à  exécution  ce  projet 
gigantesque,  il  fît  plusieurs  voyages  sur  le  continent,  et 
acheta  des  masses  de  livres  tellement  considérables ,  que  dans 
beaucoup  d'endroits ,  et  surtout  en  Belgique ,  il  causa  à  lui 
seul ,  pour  ainsi  dire ,  une  pénurie  de  livres  rares  ou  curieux. 
Doué  d'une  facilité  étonnante  pour  apprendre  différentes 
langues  ,  M.  Heber  fut  bientôt  a  mcme  d'apprécier  ce  que  les 
littératures  des  divers  peuples  offraient  de  plus  intéressant. 
Il  se  forma  une  bibliothèque  tellement  riche  pour  la  littéra- 
ture italienne ,  qu'elle  surpassait  celles  de  Florence ,  de 
Milan,  etc.  Personne,  en  France  mcme,  ne  possédait  une 
collection  aussi  complète  que  la  sienne  de  ces  anciens  romans 
de  chevalerie,  qui  sont  devenus  si  rares  aujourd'hui  et  qui 
presque  tous  se  vendent  à  des  prix  si  élevés.  En  Belgique, 
il  recueillit  tout  ce  que  l'ancienne  littératuie  flamande  offre 
de  remarquable.  Cette  collection  dont  la  majeure  partie  a 
passé  malheureusement  en  Angleterre ,  était  mieux  choisie  et 
plus  nombreuse  que  tout  ce  que  nos  bibhothèques  publiques 
et  privées  renferment  en  ce  genre.  Elle  seule  pourrait  détruire 
le  préjugé  de  quelques  personnes  qui  ont  prétendu  que  les 
provinces  flamandes  de  notie  royaume,  n'avaient  pas  une 
littifrature  riche  et  variée. 

Lamort  surprit  M.IIebcr  dans  les  premiers  jours  d'octobre  1833, 
au  moment  que  son  commissionnaire  allait  lui  rendre  compte 
des  derniers  achats  qu'il  avait  faits  pour  lui  ;t  la  vente  de 
Van  de  Vclde ,  à  Gand.  Le  projet  de  M.  Hcbcr  était  loin 
d'clre  exécuté ,  aucun  triage ,  aucun  classement  n'avait  été 
opéré.  Tout  se  trouvait  pêle-mêle  ,  et  il  lui  aurait  fallu 
encore  dix  années  de  vie  pour  réunir  et  arranger  cette 
vaste  bibliothèque ,    et  pour  choisir  les  mcillcuis  exemplaires 


(521  ) 

des  dilîerens  ouvrages  ,  dont  un  nombre  infini  se  trouvait 
en  double  ou  triple.  Ces  immenses  richesses  littéraires  qui 
devaient  être  réunies  dans  un  seul  et  même  local,  se  trou- 
vaient encore  dispersées  dans  difFérens  endroits.  C'est  ainsi 
qu'outre  des  grandes  collections  déposées  à  Nuremberg  , 
à  Paris  et  à  Lejde ,  il  existait  encore,  en  Belgique,  des 
dépôts  à  Anvers  ,  à  Bruges ,  à  Bruxelles ,  à  Gand ,  à  Louvain 
et  à  Malines.  C'étaient  là  les  acquisitions  que  M.  Heber  avait 
faites  aux  ventes  les  plus  remarquables  qui  eurent  lieu  chez 
nous  depuis  quelques  années ,  telles  que  celle  d'une  partie  du 
musée  des  Bollandistes ,  à  Anvers,  en  1823,  celle  du  biblio- 
thécaire Lauwcrs  de  la  même  ville  et  celle  de  l'abbaye  de 
Parck,    dont   la  vente  eut  lieu  à  Louvain,  en  1830. 

La  petite  vente  faite  à  Gand  (1)  était  presqu'enlièrement 
composée  de  curiosités  bibliographiques  qui  se  fesaient  remarquer 
par  une  admirable  conservation.  Un  très-grand  nombre  de  ces 
livres  avaient  été  récemment  rehés  par  les  soins  de  M.  Heber , 
et  les  nombreux  amateurs  qui  assistèrent  à  cette  vente  ont 
rendu  justice  au  relieur  Catoir,  de  Bruxelles  ,  dont  le  talent 
avait  encore  fait  augmenter  le  prix  des  ouvrages  ,  en  ajoutant  à 
la  valeur  des  volumes  mêmes  ,  une  condition  extérieure 
simple  mais  élégante. 

Nous  croyons  faire  plaisir  à  nos  lecteurs ,  en  citant  les  prix 
auxquels  les  principaux  articles  ont  été  portés.  Le  N.°  Bible 
des  Aides ,  en  grec,  loi 8,  a  été  vendu  fr.  9G  (2),  le  N.°  482 
Virgile  des  mêmes  imprimeurs  de  loOl ,  fautivement  indiqué 
comme  sans  titre,  mais  d'aillems  en  assez  mauvais  état,  a  été 
vendu  fr.  220.  Le  N.«  278  a  été  vendu  fr.  80.  Les  Acta 
Saiictorani  (-48  volumes  seulement),  sous  le  N.°  140,  fr.  390, 


(i)  Nous  disons  petite  parce  qu'elle  ne  forme  qu'une  tres-mince 
partie  du  total  de  cette  bibliothèque.  Kn  Angleterre,  on  n'est  pas 
encore  parvenu  à  la  moitié ,  et  Ton  a  déjà  vendu  pendant  cent  et 
cinquante  jours. 

(2)    Nous  indiquons  seulement  les  prix  de  vente  sans   avoir    égard 
aux  10/00  d'augmentation. 


(  522  ) 

[es  Acla  Eruditorum  Lipsiae,  incomplets  ,  fr.  235.  Le  N.°  13S-4  , 
Clément,  bibliothèque  curieuse ,   exemplaire  en  grand  papier, 
peut-être  unique  ,  a  été  porté  à  fr.  193.  Le  magnifique  Vondel 
(  N.°  69-i  )  fr.  1 -40  ;  un  Schilter  (  N.°  1190  )  fr  92;  les   S  vo- 
lumes de  Hontlieim  fr.  90.  Le  N.°  773  Le  livre  de  Baudouin, 
comte  de  Flandre,    imprimé  à   Chambéry  ,    en   l-48o ,  relié 
avec  un  exemplaire  incomplet  du  Du  Guesclin  et  une  Des- 
truction  de  Jhérusalem ,   a  été  adjugé  à  INI.  Crozel,    libraire 
à  Paris,  pour  la  somme  de  fr.  1673.  Le  même  a  acquis,  au 
prix  de  fr.  160,  le  N.°  1213.  Le  précieux  recueil  de  gravures 
d'Albert  Durer  et  autres  anciens    maîtres,  sous  le  N.°  1213, 
a  été  acheté  par  un  amateur   de  Gand ,   pour   la  somme  de 
fr.  137o.  L'article  précédent,  exemplaire  unique  du  Schilder- 
hoeh  de  De  Bie ,  a  été  acquis  pour  compte  du  gouvcnicment, 
pour  la  somme  de  fr.  300.  Le  même  prix   a    été    payé  pour 
le  N.°  70o,  Vocabulario  de  Japon,  imprimé  sur  papier  végétal , 
par  les  missionnaires  eux-mêmes  ,  livre  qui  est  d'une  rareté 
excessive. 

Les  prix  auxquels  ont  été  vendus  les  manuscrits  ne  sont  pas 
moins  remarquables.  Le  N."  1  a  été  payé  fr.  600 ,  et  a  été 
acquis  pour  la  bilîliolbcque  de  Eourgogne ,  ainsi  que  les 
N.°»  o,  26,  27,  28,  33,  etc.,  etc.  Le  N.°  3  adjugé  pour 
fr.  180  ,  le  N.°  30,  pour  2o0,  et  le  N.°  32  ,  pour  fr.  170, 
ont  été  emportés  en  Angleterre.  Les  N.°^  2  vendus  fr.  220, 
21  fr.  43,  22  fr.  54,  29  fr.  180,  31  fr.  190,  36  fr.  85, 
41  fr.  52,  enrichissent  les  collections  de  diffcrens  amateurs 
de  Gand. 


TABLE  DES  MATIERES. 


aiÉ3I0mES  5  NOTICES  ,  ETC. 

Page. 
La  Vierge  et  l'Enfant  Je'sus,  tableau  de  Jean  Van  Eyck, 

1439 ,  par  A.  V.  L.  (  M.  Aug.  Van  Lokeren  ).  .  .  1 
Le  Jeu  d'Esmorëe,  drame  du  XII.^  siècle,   traduit  du 

flamand  par  C.  P.  Serrure 6 

Jean  Van  HemLyze,  par  A.  Voisin -41 

Notice   sur  le   dépôt  des  archives  de  Gand ,     par 

(A.  Van   Lokeren  et  Parraentier) 54 

Mausolée  de  deux  Dames  d'honneur  de  Maiic  Stuart , 

fjui  se  trouve  à  Anvers,  par  C.  P.  Serrure  ...  89 
Notice  sur  la   collection  des  manuscrits  de  Granvelle, 

qui  se  trouve  à  Besançon ,  par  L.  P.  Gachard .  .  97 
Notice  sur  M.  D'Huyvetter  et  sur  son  cabinet  d'anti- 
quités nationales,  par  A.  Voisin 189 

Mémoire  sur  les  Bollandistes  et  leurs  travaux,  par 

L.  P.  Gachard 200 

Économie  politique ,  Caisse  d'Epargnes 250 

Notice  sur  Everard  t'Serclas ,  par  J.  de  Saint-Génois.  258 
Sur  un  ancien   Ms.  ,  concernant  l'histoire  de  Flandre  , 

de  Brabant  et  d'Artois  ,  par  M.  Lambin  .  .  .  .271 
Guillaume  de  Meef ,  dit  de  Champion  ,  par  M.  L.  Polain.  278 
Le  Comte  Jacques  de  Thicnnes  ,  présenté  à  ses  Vassaux  j 

tableau  d'un  maître  inconnu,  par  C.  Vervicr  .  .  349 
Notice   sur    un    Manuscrit    de    Li  Muiiis ,    par  E.   C. 

de  Gcrlachc 354 


TABLE   DES    MATIERES. 

L'abbaye    et    l'Église  paroissiale    de    Lobbcs ,    par 

A.  G.  B.  Schayes 383 

Paysage  par  Joachim  Patinir,  par  A.  V.  L.     .     .     .  403 

Sur  la  ville  de    Damme ,   au   moyen-âge ,  par  L.   A. 
Warnkœnig ^o? 

Réflexions  sur  un  passage  de  Gilles  d'Orval ,  relatif  aux 
environs  de  Tongres,    par  J.  Kickx -475 

Notice  biographique  sur  H.  Mussche,  par  N.  Cornelissen.  48-i 

ANALYSES  CRITIQUES  D  OUVRAGES. 

Observations  sur  le  premier  titre  du  projet  de  loi  sur 

l'instruction  publique,  D.  A 112 

Examen  de  Jacqueline  de  Bavière  de  M.  Prosper  Noyer, 

par  Gobert-Alvin 127 

Choix  de  k'gendes  historiques  belges  :  Une  leçon  de  Juste- 

Lipse ,  etc.,  par  M.  C...  de  P..     .....     .     139 

Recherches  sur  les  ossemens  fossiles  de  la  province  de 

Liège,  par  Ch.  Morren l-i9 

Encyclogvaphie  du  règne  végétal,  etc.,  par  le  même.  lo9 
Chronique    de  Balderic,    édition  de    M.   Le   Glay; 

par  M.  De  ReiÛeuberg 288 

Flandrische  staats  und  Rechtsgeschichte  ;    traduit  de 

l'Allemand  de  Mittermaier ,  par  M.  Lenz  .  .  .  296 
Les  Tournois  dcChauven ci,  publication  de  II.Dclmottc; 

par  De  ReifTenberg 308 

Abrégé  méthodique  de  la  géographie  universelle,  par 

Pirlot;    anah^sé  par  C.  P.  Serrure 314 

Rchgion  et  amour,  par  P.  J.  F.  De  Decker;   analysé 

par  Gobcrt-Alvin 316 

Recherches    sur     les    causes    de    l'ophlbaluilc  ,     par 

Vandermeer;    analysé   par    Ed.   L 408 

Lettres  sur  la  révolution  brabançonne ,  par  Ad.  Borguet.  412 
Philosophie  sur  l'homme  et  le  développement  de  ses 

facultés,  par  M.  Quctclct.  (Extrait  du  Journal  de 

rinstruL'tion  ,  de  France  ) o07 


TABLE    DES    MATIERES. 


liLLLETI.\  BIBLIOGRAPUIQLE. 

Histoire  de  la  Belgique    ....     162,  321,  417,  515 
Publications  relatives  à  la  révolution  belge 

de   1830 163,  323,  515 

Histoire  générale 418 

Géographie  de  la  Belgique 165 

Littérature 165,  325,  419,  516 

Histoire  littéraire 166,  419 

Jurisprudence,    législation,    etc.     .     .     .     167,  327,  517 
Ouvrages  divers,  livres  classiques  .     .     .     168,  420,  517 

Sciences  et  arts 327,  418,  420 

Numismatique 418 

Botanique,  horticulture 419,  517 

Médecine ♦ 419 

Bibliographie 517 

CHROMQUES    DES     SCIENCES     ET     DES     ARTS, 
ET  VARIÉTÉS. 

Retour  de  Charles  V ,  de  l'expédition  d'Alger ,  en  1 541 .  1 69 

Prise  de  Gand,  par  Louis  XIV,   en  1678  ....  170 
Règles  de  travail  pour  les  ouvriers  du  Brabant,  dans 

le  XVLe   siècle 171 

Lettre  inédite  de  Guicciardin,  au  magistrat  de  Gand.  173 

Damasse  de  Flandre 175 

Installation  de  la  Société  des  Sciences  ,  des  Lettres 

et  des  Arts,  à  Anvers 176 

Société  phjsiophile  de  Gand 180 

Souscriptions  a  divers  ouvrages 181 

Société  des  Antiquaires  de  la  Moriuie 188 

Congrès  scientifique  de  Douaj 329 

Ancien  sceau  de  la  ville  d^\nvcrs 337 

Archives  de   la  ville  de  Lierre 341 

Epitaphes  et  mscriptions  dans  les  églises     ....  343 


TABLE    DES    MATIERES. 

Notice  nccrologîque  sur  M.  R.  Courtois ,  professeur  de 

Botanique 34o 

Commission  royale  d'histoire ,  pour  la  publication  des 
chroniques  belges ..421 

Epoque  de  J.  Artevelde  :  lettre  inédite  d'Edouard  III , 

roi  d'Angleterre,  au  magistrat  de  Gand.     .     .     .     4-49 

Pose  et  inscription  de  la  première  pierre  du  Casino  , 
destiné  aux  Sociétés  de  Flore  et  de  Saint-Cécile  de 
Gand  (  communiqué  par  M.  N.  Cornelissen  ).     .     .     451 

Article   bibliographique ,   par  J.  Fiess 4S4 

Question  proposée  pour  1836,  par  la  société  de  méde- 
cine de  Gand 433 

Carte  cadastrale  de  la  Flandre  orientale  de  M.  P.  Gérard.    318 

Vente  de  livres  de  feu  M.  Heber 519 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS. 


Page  44.  Jean  Van  Hembyze,  fut  fils  de  Guillaume  (et 
non  de  Jean)  et  de  Wilhelmine  Triest,  voyez  l'année  1343, 
OLi  fut  premier  échevin  Guill.  Van  Hcmbyze.  L'Espinoy, 
fol.  868  •   aussi   Gencl.  Gesch.  II  dcel.  fol.  428. 

Page  94.  Le  portrait  de  M.  Stuart  d'après  l'avis  de  con- 
naisseurs, serait  dû  au  pinceau  de  Porbus.  Comme  la  date 
de  l'érection  du  monument  s'accorde  parfaitement  avec  celle  à 
laquelle  vécut  cet  artiste ,  cela  paraît  d'autant  plus  probable. 


TTY  CENTER  LINRARY